Publié par : Memento Mouloud | octobre 17, 2017

Le jour où Harvey (Weinstein) s’est arrêté

 

Comme tous les empereurs romains, même au petit pied, même hébétés, comme tous les tyrans délirants perdus dans une forêt psychotique dont on ne revient pas, la statue d’Harvey Weinstein s’est brisée, damnatio memoriae. Toutes les traces sont effacées d’Hollywood à Deauville, de Cannes à Stockholm, c’est le scénario dont Tarantino ne fera rien. Weinstein était un despote, un premier de cordée comme dit Macron, il est la preuve même que la différence que fait le sociologue Boltanski entre mailleur de réseaux et faiseur, pollinisateur et parasite n’est pas une alternative mais une vision alternée.

Harvey Weinstein fut les deux, en capitaliste avisé, en oligarque consommé. Il fut une force, il n’est plus rien, sa société est vendue à l’encan, les femmes l’ont piétiné, comme une thiase qui vient dévorer le corps adipeux d’un joueur de flûte qui disposait d’autres lèvres pour tisser des harmoniques faites de grognements et de cris. On le surnommait le porc, sans doute parce qu’il était juif et qu’on ne connaît pas, dans notre période idolâtre de pire insulte que celle tirée d’un recueil de lois fumeuses disposées sur un grimoire qu’il s’appelle Lévitique ou Coran. C’est ce qu’il reste de sacré dans une société occidentale qui ne sait même plus sur quelles hypothèses elle repose. Un sacré de synthèse. Une société d’unanimes. Un assemblage de muets mais de muets criards.

Puis vint le hashtag, balance ton porc. Le comparer à la délation vichyssoise tient de l’imbécillité chronique ou de la mauvaise foi. Dénoncer en 1942 conduisait au peloton d’exécution ou à Auschwitz, dénoncer son porc en 2017 tient du défouloir qu’on prend pour une liberté. C’est un appel à une énième interdiction visant l’homme blanc, hétérosexuel et premier de cordée. Une visée morale dont les prêtres sont au gouvernement ou au chaud dans les médias.

Avec la même componction qui fut celle de feu l’Eglise catholique, du temps de sa splendeur qui faisait mourir de rire Talleyrand qui avait connu bien des religions et des êtres suprêmes, des rois et des despotes, mais qui avait conservé cette suffisance cynique de bon prince de la maison du Christ que Claudel nommait la tanière à cochons car les cochons sont retors et quelque peu divins dans la mythologie celtique. Ils sont les saumons de terre, un troupeau qui annonce l’autre monde où la mort a toutes les chances de triompher.

Mais revenons au hashtag qui pue la tristesse et l’impuissance à cent coudées, un hashtag troué de non-dits et comme oublieux de certaines réalités. On y mêle des propos salaces, une notion juridique floue, celle d’harcèlement et une autre précise, celle de viol. On crée un continuum où tenir des propos salaces revient à préméditer un viol. Le principe de précaution y trouve un nouveau champ d’application.

Les femmes qui s’y expriment sont désignées comme des libératrices de la parole au même titre que la princesse de la Reine des neiges. Let it go, comme l’annonce Disney. Mais ce qu’elles demandent c’est du pénal, toujours plus de pénal pour vivre libre au milieu des prédateurs blancs, hétérosexuels et premiers de cordée. Il suffit d’ouvrir les yeux et de lire pour constater qu’aucun arabe, aucun noir ne figure sur la liste des harceleurs, je passe sur les autres groupes. Visiblement la mondialisation se passe en petit comité.

Ce qui crève les yeux tient en peu de mots. Les femmes obtiendront une nouvelle loi qui finira par interdire aux hommes blancs, hétérosexuels et premiers de cordée de tenir des propos salaces en public. Elles crieront victoire et puis elles remarqueront que le même homme blanc, hétérosexuel et premier de cordée ou un autre disposant du pouvoir de les licencier pour un quelconque prétexte n’aura même plus besoin de propos salaces pour obtenir ce qu’il veut car comme le disait le comte Almaviva dans Figaro, « l’amour n’est que le roman du cœur : c’est le plaisir qui en est l’histoire » . Il aurait pu dire le caprice.

Le despote aura changé de manière et les femmes victorieuses quitteront la même chambre d’hôtel avec les mêmes escarpins et leur même rimmel badigeonné des mêmes larmes qu’elles avaient du temps où les hommes blancs, hétérosexuels et premiers de cordée tenaient des propos salaces.


Responses

  1. Vous dites d’une autre époque : « Dénoncer en 1942 conduisait au peloton d’exécution ou à Auschwitz… »

    J’avoue que je ne comprends pas. Qui a dénoncé en 1942, un Juif, un franc-maçon, un communiste ou un homosexuel a fini devant le peloton ?

    Quand au reste, cela n’a plus grand intérêt même si je suis – en partie -d’accord avec vous.

  2. ha…..l’envie du pénal c’est ce qui reste lorsque la jouissance des autres transgressions s’efface

    on peut s’enculer en couronne, se marier entre femmes , se marier entre hommes?

    trèèèèèèès bien

    mais c’est pas assez , non,pas assez

    on peut imposer des études de genre? c’est bien,mais c’est pas assez

    il faut imposer son pouvoir

    et bien le montrer

    tremblez ,hommes , faibles,lâches et guidés par votre zézétte !

    j’attend avec plaisir et gourmandise,le jour où , une de ces activistes se verra traînée devant les tribunaux pour avoir tenté d’enfourcher un stagiaire mâle sous peine de renvoi ,style « mais tu vas triquer , ducon? lèche ! »

    au fait, ça s’est déjà passé

    croyez le ou pas

    au marché de ma petite ville de province , une restauratreuse maigriotte disait au fromager « mon employé me met au prud’hommes ! le salaud ,il prétend que je le discrimine ! alors que je vis avec une femme depuis trois ans! »

    la gourdasse croyait qu’en ayant coché la case « lesbienne » , elle en était quitte et pouvait tout se permettre ( ou pas )
    elle est tombée, visiblement sur plus futé qu’elle
    victimologie, différence sexuelle et de genre , monnaie sonnante et trébuchante…


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