Publié par : Memento Mouloud | novembre 25, 2018

L’avenir (probable) des gilets jaunes

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Les gilets jaunes ne liront pas cette chronique, les gilets jaunes n’ont ni le temps, ni l’envie de lire autre chose que ce qu’ils postent ou rédigent. Les gilets jaunes fonctionnent en circuit fermé. Ce ne sont ni des intellectuels, ni des administrateurs, ni des spéculateurs, mais les gilets jaunes ont découvert qu’ils pouvaient agir, penser et discuter ensemble, c’est déjà beaucoup. Ils ont donc découvert leur force mais aussi l’impuissance et le caractère insupportable des abrutis qui nous gouvernent et commentent. Ils sont partis, billes en tête sur une hausse de taxe de trop et découvrent, de manière évidente, que ceux qu’ils ont élus, ceux que les concours ont sélectionnés comme administrateurs, ceux qui profitent grassement de la dette publique mais aussi privée, ceux dont la vie est subventionnée sans réciprocité aucune, ceux qui passent pour les damnés des proches banlieues métropolitaines, ceux qui jouent les amuseurs publics à coups de vannes méprisantes, tous ceux-là les ont abandonnés ou leur sont étrangers, terriblement étrangers.

Les gilets jaunes sont non pas le peuple mais une partie du peuple une multitude dont le symbole même, un gilet obligé, moche, anonyme, est devenu un attribut d’on ne sait quoi. Insurrection, jacquerie, revendications, France dite périphérique, classes moyennes, poujadistes, fascistes, populistes, autant d’étiquettes qui valsent, autant de façons très sciences po-bfm de ne pas penser mais de causer ad libitum.

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Commençons par la grande liquidation des étiquettes.

Quelqu’un qui gagne 1300 euros par mois n’appartient pas à la classe moyenne, mais aux classes populaires ; les poujadistes avaient pour horizon le travail indépendant et non pas salarié or les auto-entrepreneurs ne sont pas vraiment à la pointe du mouvement, de plus les poujadistes étaient nationalistes, parfois antisémites et s’inscrivaient dans une camaraderie de proximité, ce dernier point étant le seul que les gilets jaunes leur empruntent. Le concept de France périphérique est vide de sens, il s’appuie sur l’opposition entre les banlieues proches des métropoles et les banlieues péri-urbaines ou les zones rurales comme si les oppositions de classe ne traversaient pas ces mêmes territoires, comme si ces territoires étaient homogènes, comme si les bobos étaient les collabos d’une hyperclasse mondialisée dont le concept même est tout aussi bidon, sans compter celui de bobo, pour la simple raison que vivre à Montreuil et dans le 12ème n’a tout simplement aucun point commun. Laissons le fascisme de côté et allons droit au populisme.

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Le capitalisme a toujours produit et continue de produire des gradients d’exclusion qui s’expriment par une combinaison simple du patrimoine, des revenus, des dettes et des statuts. Vous pouvez comme Luc Ferry ou Emmanuel Macron trouver que ce système est formidable ou simplement le meilleur possible, mais dès lors il faut en accepter la conclusion : comme tout le monde ne sera pas un dirigeant, un spéculateur, un administrateur ou un intellectuel voire un saltimbanque à statut, la meilleure option quand on est pour le capitalisme et un homme/femme du commun, c’est opter pour le populisme et l’ethnicité.

Il existe donc deux types de gilets jaunes, ceux pour lesquels le capitalisme lui-même est en cause, avec ses fondés de pouvoir, ses petits défenseurs et ses appendices territoriaux, concentrés dans les zones commerciales avec enseignes et black Friday et ceux pour lesquels l’ethno-populisme doit primer sur une quelconque universalité. En résumé, la position des gilets jaunes crypto-frontistes est la suivante : dans le jeu de la survie mieux vaut se situer du bon côté du péonage.

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L’avenir des gilets jaunes se situe précisément autour de cette tectonique simple. Ceux qui composent les gilets jaunes n’ont pas, seulement, un sentiment d’abandon. Ils savent qu’ils sont abandonnés et tondus avec, ce que Léo Ferré appelait un ciseau à surtaxes, sans réciprocité aucune. Et cette question de la réciprocité est essentielle. C’est ce qui réunit les riches, bichonnés, les entreprises, abonnées aux exemptions de cotisations sociales sans aucune contrepartie en termes d’emplois créés et d’investissements intelligents au prétexte que les salaires nets ou différés sont toujours trop chers, les pauvres sous perfusion complète d’allocations diverses en personnels mis à disposition en passant par les soins gratuits. Or ces sollicitudes hétérogènes fonctionnent à sens unique. Si la France était un circuit électrique, les membres des gilets jaunes figureraient le dipôle qui alimente tous les autres éléments en attendant sa mise au rebut. Quelle que ce soit la conception de la justice défendue (kantienne, conséquentialiste, distributive, proportionnelle) aucune ne peut légitimer un tel état de fait.

Par conséquent, en évitant de s’appesantir sur les riches, bichonnés mais inconnus ou trop lointains, sur les entreprises, car il y a toujours des artisans et des auto-entrepreneurs parmi les gilets jaunes, la cible du mouvement pourrait bien devenir les pauvres sous perfusion, si possible afro-maghrébins voire gitans selon les spécificités locales. Dès lors, les partisans de l’ethno-populisme pourraient tout à fait former l’équivalent d’une OAS dont la radicalité ne pourra pas s’éteindre par un exil massif vers un pays-métropole qui n’existe pas. A ce moment-là l’ancien membre du milieu marseillais Castaner trouvera réellement des terroristes d’ultra-droite-poissons dans l’eau naviguant parmi une population désespérée, sourde et aveugle.

Mais c’est encore un scénario trop extrême.

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La plus probable des hypothèses, si les gilets jaunes abandonnent la critique du capitalisme pour l’ethno-populisme, sera l’équivalent d’une vague droitière irrésistible qui absorbera, les crypto-fascistes, les identitaires, le Rassemblement National, les villiéristes, les debout la France, les sens communards et les débris de l’UMP autour d’une figure qui oscillera entre Marion Maréchal Le Pen et/ou un fort en gueule vindicatif.


Responses

  1. Haaa ! Enfin !
    Heureux de vous lire, Memento.

    • Bonjour Grégory, c’est reparti pour un tour

  2. Heureux de vous relire.

  3. Vous avez le chic pour trouver des photos pointant la veulerie de nos gouvernants. En même temps, vu leur calibre, ce n’est pas trop difficile.

    Pour ce qui est de votre texte, intéressant au demeurant, j’émets une réserve. Vous parlez d’ethno-populisme pour ensuite parler d’un avenir où seraient agrégés des afro-maghrébins ou gitans. J’ai vraiment du mal avec cette hypothèse. Mis à part les Antilles, pour parler en masse, et quelques individus issus d’Afrique et du Maghreb, j’ai bcp de mal à croire que les colorés des banlieues viendront rejoindre ce mouvement. Trop différent pour eux. Nous avons parlé depuis des années sur ce blog et d’autres, du fractionnement de la Nation, accru par l’immigration pour que j’y revienne.

    • Bonsoir. On s’est mal compris Daredevil, j’ai la même analyse que vous. Quand j’évoque l’ethno-populisme, je prends pour modèle celui de la Ligue dite du Nord en Italie, cela exclut de facto afro-maghrébins et gitans, qui sont perçus comme étant à mille lieux de ce mouvement des gilets jaunes dont ils semblent ne rien partager. L’atonie des racailleux de la capitale témoignant d’ailleurs de cet état de fait.

      Je trouve qu’il existe chez Macron, un côté meneuse de revue qui me rappelle la chanson de Brel, Varsovie

      • OK. Je comprends mieux. merci.

  4. Merci de votre Memento.
    Un sacré tour.
    J’ai regardé des semaines, rien, rien, rien.
    Puis d’un coup, d’un seul, plein de nouveaux textes.

    Je prends le plaisir de les lire.
    En espérant que vous allez bien et les vôtres également.

    • Heureux de vous relire Cliff mais l’année fut éprouvante

      • J’espère que ça va mieux pour vous.

  5. oui je vais bien mais il est bon de méditer ce que disait Malherbe à propos d’une jeune fille fauchée par la mort : nous sommes du monde où les plus belles choses ont le pire destin (évidemment je ne cause pas de Macron)

  6. en fait c’est ce qui pourrait arriver de mieux au mouvement, l’autre alternative restant la dilution et la mort ce qui est le plan du mondialisme donc de Macron

    • Nous ne sommes pas d’accord mais ce n’est pas grave. Pour moi, l’ethno-populisme est une impasse et une arnaque, il suffit d’aller du côté de la Hongrie d’Orban pour en juger

      • il reste aussi la submersion islamiste que personnellement je ne souhaite pas

      • Même si je distingue la fait d’être musulman et celui de professer l’islamisme, je considère les islamistes (je précise tous les islamistes) comme des ennemis ; quant à vivre dans une société au quart, au tiers ou à moitié musulmane, cela m’est tout à fait impossible compte tenu de ce qu’est l’islam européen aujourd’hui mais l’avenir ne dépend pas de mes dilections présentes

  7. Heureux de te relire.
    Nous avons la même conclusion, et Marion est celle qui récupérera la mise. Ce qui m’a frappé avec les Gilets Jaunes, c’est la volonté de « faire bouger les choses » en étant statique : rond-points, bloquages, Champs-Elysées. On ne défile plus, on reste sur place. Une espèce de synthèse molle de la manif sandwicharde et du sitting adolescent. Et entre Macron et eux, il semble que la France soit devenu ce soldat blessé qui meurt sans bouger dans d’immenses efforts.


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