Publié par : Memento Mouloud | novembre 27, 2018

Samedi 24 novembre 2018 : la bataille des Champs

« J’avançais avec ma fille et ma nièce, on était en train de discuter, et mes deux fils et mon neveu nous suivaient, lorsque la grenade a explosé. A priori, des gens levaient les mains en l’air devant la police. Alors que nous avancions, les garçons ont vu un truc tomber. Ils se sont baissés, mais Gabriel a pris la grenade pour protéger son frère et son cousin. Aussitôt après l’explosion, j’ai vu Florent venir vers nous en portant Gabriel. J’ai vu mon gamin avec la main arrachée. J’ai vu les os de sa main. C’était comme dans une guerre. Et alors qu’il était blessé, on s’est encore fait bombarder de lacrymogènes. »

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Côté matériel, une cinquantaine de GLI-F4 ont été tirées le 24 novembre sur les Champs-Élysées ainsi que 5 000 grenades lacrymogènes et cent mille litres d’eau. Michel Delpuech, le préfet de police de Paris, s’est déclaré satisfait du « bilan humain » du maintien de l’ordre  : « C’est 31 personnes blessées, 24 parmi les manifestants dont un, un peu sérieusement à la main – sans doute en voulant ramasser une grenade –, et sept parmi les forces de l’ordre dont une personne assez sérieusement blessée. Mais c’est un bilan humain que je me permets de qualifier de très mesuré en regard de la densité de l’événement, de la longueur de l’événement. »

Selon Philippe Capon, secrétaire général d’UNSA Police, « les Champs restaient une zone sensible, et il aurait été de bon sens de donner injonction aux entrepreneurs de BTP de retirer leur matériel, et leurs engins qui ont servi à faire des barricades et à provoquer des incendies…Il fallait bloquer toutes les rues sur les côtés, faire remonter les forces, et après verrouiller le quartier. Au lieu de ça, on a laissé au vu et au su de tout le monde monter des barricades, pendant des heures et des heures. »

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« Il y avait une manif déclarée au Champ-de-Mars, où personne n’est venu, fait remarquer Frédéric Lagache, secrétaire général du syndicat Alliance. Pourquoi, sachant qu’il y avait des risques, n’avoir pas nettoyé les Champs de tout ce qui pouvait servir, au lieu d’y laisser de quoi faire un feu de joie ?  Ça a été tellement dur que beaucoup de collègues n’avaient jamais vu ça. Et pourtant ils sont aguerris au trouble à l’ordre public, certains ont fait les émeutes de 2005. La violence a été très difficile à contenir, ça arrivait de part et d’autre, des rues adjacentes. On n’avait pas les effectifs. On essaie de contenir jusqu’à épuisement de ceux d’en face, tant qu’il n’y a pas de mise en danger d’autrui, mais cette fois c’est allé jusqu’à un quasi-épuisement de nos stocks de munitions. Les Allemands vont au contact, mais pour aller au contact, il faut être bien plus nombreux. »  

Du côté du syndicat de police Vigi, on dénonce « des ordres incohérents ». « Le périmètre défini était énorme, juge Alexandre Langlois, son secrétaire général. Impossible à tenir par une sécurisation statique. Certains de nos collègues ont fait des vacations de 20 heures. Certains n’ont pas mangé… Ce n’est pas légal, et évidemment pas responsable. » Selon le syndicaliste, le préfet Delpuech n’a « aucune expérience du maintien de l’ordre », et son bras droit, Alain Gibelin, directeur de l’ordre public et de la circulation (DOPC), a quant à lui déjà « montré son incompétence » lors de débordements et d’incidents survenus à l’occasion d’une victoire du Paris Saint-Germain en 2013.

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« On a opéré une concentration très importante des forces autour d’un premier cercle, autour du palais de l’Élysée, pour bunkériser l’Élysée, explique un CRS. En deuxième rideau, il y avait beaucoup moins de monde. Les milliers de personnes qui ont pu s’engouffrer sur les Champs-Élysées par la place de l’Étoile et les rues adjacentes se sont retrouvées devant le barrage de l’Élysée. Il aurait fallu plus de forces en amont…  Il y a eu un nombre considérable de grenades de tirées. La GLI-F4 est une munition qui peut occasionner des blessures sérieuses. Les unités doivent les utiliser en fonction de la menace. Mais c’était très tendu, par conséquent tous les moyens ont été utilisés. »

Source : Mediapart


Responses

  1. Alors…

    « Ça a été tellement dur que beaucoup de collègues n’avaient jamais vu ça. »

    Exact.

    « On n’avait pas les effectifs. »

    Vu l’ampleur nationale du mouvement, on pouvait pas plus.

    « Du côté du syndicat de police Vigi, on dénonce « des ordres incohérents » »

    Gesticulation syndicale. Juste non !

    « Certains de nos collègues ont fait des vacations de 20 heures. Certains n’ont pas mangé… Ce n’est pas légal, et évidemment pas responsable. »

    Bon. Comme il n’ avait aucune force de réserve pour pouvoir manger, de toute façon…

    « Alain Gibelin, directeur de l’ordre public et de la circulation (DOPC), a quant à lui déjà « montré son incompétence »

    On dirait que certains n’ont pas aimé sa prestation devant les députés…

    « On a opéré une concentration très importante des forces autour d’un premier cercle, autour du palais de l’Élysée, pour bunkériser l’Élysée, explique un CRS. »

    Sans déconner ?!? Faut avouer que face a la boutique Dior, j’hésite un peu si le choix se présente…

    « Il aurait fallu plus de forces en amont… »

    Je voulais faire une omelette au jambon, j’avais ni oeufs ni lards…

    « La GLI-F4 est une munition qui peut occasionner des blessures sérieuses. Les unités doivent les utiliser en fonction de la menace. Mais c’était très tendu, par conséquent tous les moyens ont été utilisés. »

    Voila. Après en 2018, si vous vous amusez encore à ramasser un explosif bien connu, je dirai tant pis…

    Vu le problème, çà à été TRES BIEN géré.

    • Je reviens sur votre dernière remarque : « vu, le problème ». Et je crois bien que si des gars, connaissant bien les mouvements de foule avaient été présents sur les lieux (l’ultra-droite fantôme des discours gouvernementaux) avec des intentions de putsch (le 6 février délirant du préfet de police), ce problème-là, différent du premier, n’aurait pas été géré du tout. Du moins, c’est ce que je conclus des déclarations des policiers et de vos remarques

      • Ah mais clairement !!
        Bon, ils apprennent un peu sur certains points mais comme vous le dites c’est juste de l’anarchie de « braves type ». De « bon » gars. Qui sont venus là plupart les mains dans les poches. Bon dans le tas il y en avait un qui avait une hache énorme dans le pantalon mais ca devait être sa tendance bucheron..

        Quelque chose d’encadré, à la Maïdan, et oui ca va être sportif.

      • Une hache dans le futal, j’imagine que le prix de l’essence l’a empêché de ramener une tronçonneuse…

  2. Un petit coup de stratégie de la tension au passage quand même, non ?

    • En effet, Cliff. Le calcul de Macron est à courte vue. En mettant en scène le désordre, il oblige la droite parlementaire à le rejoindre. Il se présente donc en garant de l’ordre public, en tête de file des néo-libéraux et en fondé de pouvoir des milieux d’affaires europhiles. Il pense donc mener au pas de charge la suite des démantèlements en repoussant les gilets jaunes du côté des « extrêmes ». Ce qu’il ne voit pas c’est qu’il a définitivement perdu le peuple et par conséquent qu’il a déclenché une vague de haines envers sa personne qu’il est impossible d’éteindre.

  3. Exactement, même analyse.
    Je permets d’ajouter, et écrivant après vous chronologiquement et donc en ayant vu l’intervention du sieur, que comme d’habitude les syndicats ont été reçus, ont acquiescé et par leur silence total se sont vautrés du côté d’un ordre injuste pour ceux qu’ils sont supposément censés représenter et défendre. Vous me direz que cela était attendu, entendu et convenu. Pas faux, mais à ce petit jeu-là, ils continuent, et accélèrent le fait de repousser vers les extrêmes les gilets jaunes et un peu plus. Comme dans toutes les révoltes, ce sont souvent, les « uns peu plus » qui font pencher la balance…

    • Il faut dire que les gars défendent leur gamelle, comme on dit ils vivent du syndicat pas pour ce qu’il est sensé représenter dans la tradition ouvrière, soit une force coalisée qui se déploie dans le temps en fonction d’une idée de ce qu’est une société décente


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