Publié par : Ivan Kruger | décembre 11, 2018

Les pieds-nickelés de la Macronie : Alexandre, Moustapha, Kader, Vincent et les autres…

Au printemps 2018, la direction générale des services, la direction des affaires financières et les agents comptables de l’université Paul-Valéry de Montpellier en bons paillassons universitaires exécutent une « demande de la présidence » : embaucher une société de sécurité alors qu’une autre est déjà sous contrat. Kader Rahmouni, un ancien garde du corps d’Emmanuel Macron aurait permis à une de ses connaissances d’obtenir un contrat de plus de 260 000 euros, sans appel d’offres ni mise en concurrence. Le premier devis de la société a été transmis à l’université par l’intermédiaire d’une représentante locale de La République en marche (LREM), parti de la société civile qui a le sens des affaires.

L’entreprise APS Sud se substituant à Prosegur commence sa mission sur le campus de l’université Paul-Valéry le 13 avril alors qu’ un groupe de guévaristes-lafarguistes venait d’ attaquer dans une perspective festive la salle des serveurs de l’université afin d’empêcher la tenue des examens en ligne car la sélection c’est l’abjection. Un premier foco était ouvert. Coût : cent mille euros de dégâts. Une paille dans la Révolution.

« Un jour, ACI [une autre entreprise locale ] m’a appelé pour me dire qu’il y avait des besoins à la faculté de Montpellier », explique Moustapha Bouzbiba, le patron d’APS, Ce beau jour ou était-ce une nuit, Moustapha appelle Kader et lui explique qu’il doit extirper un groupe de guévaristes dont la tête de file est un chien. Kader ne comprend pas tout de suite. « Sur le Coran de la Mecque… » lui assène Moustapha. Et la discussion s’engage, mallettes en main.

Pour comprendre qui est  Bouzbiba, il est nécessaire de rappeler qu’il fut chargé de l’accueil – lors de plusieurs événements du candidat Macron, à Paris ou à Lyon. Une hôtesse mais en plus musclé. Des fois, il lui tenait la porte, d’autres fois, lui ajustait ses cravates ou lui apportait un café. « On a pris un minibus entre copains pour des meetings. Je l’avais déjà fait pour Sarkozy ou Hollande, je suis apolitique ». Il veut dire par là que son seul parti, c’est le pognon. Un parti neutre, international, sans préjugés, le parti de Sinbad. On se demande donc comment Moustapha l’apolitique a pu contacter Kader l’apolitique qui connaissait Alexandre l’apolitique.

Intégré au dispositif de sécurité du candidat, Kader Rahmouni est en compagnie d’Alexandre Benalla, lors du déplacement du candidat En Marche! sur le site de l’usine Whirpool, en Picardie. Il trouve les ouvrières chaudasses, son patron, illettrées. On le voit aussi contenir la foule qui cherche à serrer la main de l’idole en fer-blanc lors du meeting de la porte de Versailles, le 10 décembre 2017. À ses côtés, Alexandre Benalla et Vincent Crase, le mystérieux « Rachid le borgne » de la cellule parallèle de l’Elysée.

« En étant présent sur les meetings de Macron, Kader a pu taper dans l’œil des gens d’En Marche! dans l’Hérault », explique Moustapha qui tente une explication ou lance une piste. En effet, M. Rahmouni a travaillé pour la députée LREM de la 3ecirconscription de l’Hérault Coralie Dubost qui a peur des chasseurs. En mai 2018, lors de la visite à Montpellier de l’éphémère et très flat tax ministre des sports de l’époque Laura Flessel, Kader est présent, équipé d’une oreillette, sans que sa fonction soit déterminée. Il passait par là, il attendait les résultats du tiercé. Seul Dieu le sait…

« Quand on veut un contrat, on envoie sa plaquette de présentation mais on cherche aussi des relais », explique l’anthropologue et homme d’affaires Moustapha. Il organise un rendez-vous avec Rahmouni à l’Odysseum, dans le courant du mois d’avril. Tous deux se postent avec des lunettes noires près du bassin aux requins pour parler spécifiquement des besoins de l’université. « On a pris un café, et Kader m’a dit : “Moi, il y a quelqu’un que je connais et qui peut aider, il a beaucoup lu Gérard Genette” », se souvient vaguement Moustapha qui lui préfère et de loin Marc Fumaroli.

Le premier devis d’APS Sud aurait été transmis à la direction de l’université par Charlyne Péculier, représentante locale de LREM, référente pour la région Occitanie des Jeunes avec Macron, qui se présente aussi comme une collaboratrice de la députée Dubost et qui fut frappée « par la désinformation » lors d’une AG » d’une « minorité qui bloque l’ensemble de l’université ».  Quant au président de l’université, Patrick Gilli, il affirme qu’APS Sud a été « sélectionnée » pour ses compétences et parce qu’elle était en capacité de répondre « aux besoins de renforts exceptionnels ». On ne sait donc pas qui fut la plaquette et qui le relais mais comme le disait Charlyne, « La réforme est passée, il n’y aura pas de recul». Idem pour le contrat.

Kader Rahmouni est le « chef de site » d’APS Sud. C’est lui qui coordonne, en lien avec la présidence de l’université, les équipes de sécurité, dont un maître-chien qui surnomme affectueusement son partenaire canin Gary Prado. Au bout d’une première journée de présence de l’équipe de Kader Rahmouni, un responsable de la sécurité de la fac alerte directement le président de l’université au sujet de cette société « que vous avez pris en renfort », s’inquiète de son manque de professionnalisme et de son attitude qui pourrait être assimilée par des grévistes à de la provocation. Encore un type qui ne comprend rien à la méthode Benalla.

Quatre jours plus tard, un étudiant, une enseignante et une syndicaliste « sont venus pointer du doigt les violences policières dont ils ont fait l’objet samedi dernier lors de la manifestation interluttes sectionnaires. Mais aussi interpeller l’opinion sur la présence d’agents de sécurité qui seraient, selon eux, envoyés par le président de l’université, Patrick Gilli : “Ils sont avec des chiens et déjà plusieurs altercations ont eu lieu avec des étudiants guévaristes-lafarguistes, des personnels LGBT et d’autres animaux dont un lapin” »rapporte Le Midi-Libre.

Facturée 17 300 euros, la mission d’APS, du 13 au 17 avril, a été la première d’une longue série. L’entreprise aurait touché plus de 260 000 euros depuis qu’elle a été recrutée par l’université Paul-Valéry : autour de 230 000 euros au printemps 2018, mais aussi 30 000 euros pour les quelques jours de mobilisation sociale depuis la rentrée, Ainsi l‘entreprise de sécurité fut mobilisée le 9 octobre lorsque l’université installait, face aux appels à la grève, un dispositif pour « filtrer et empêcher les indésirables de pénétrer dans l’enceinte » « Un montant que l’université n’a voulu ni confirmer, ni commenter » affirme Mediapart qui s’étonne qu’une prestation soit facturée alors que les gilets jaunes occupent gratos des ronds-points et des péages.

M. Bouzbiba répond, comme atteint par la lassitude : « Moi, j’ai payé mes salariés. J’ai tout facturé. Tout est clair, mes mecs, ils pointaient. Si je n’avais pas travaillé sur ce site, j’aurais pu plier la boutique. Je suis chef d’une petite entreprise, la plupart des mecs qui bossent avec moi, ils ne bosseraient pas sinon. L’argent est rentré, et il est ressorti. J’ai fait vivre du monde. »

Selon les statuts de Paul-Valéry, le président n’a une délégation de signature que pour les prestations inférieures à 40 000 euros. Ce seuil passe à 500 000 euros pour les dépenses relevant des marchés publics. Après plusieurs jours de discussion, les services finissent par trouver une solution évitant de passer par l’approbation du conseil d’administration de la fac : le président n’a qu’à déclarer que l’université était en « situation d’urgence impérieuse » (en lien avec le saccage guévaro-lafarguiste de la salle des serveurs) lorsqu’elle a fait appel à la société de sécurité, ce qui la dispense de tout appel d’offres. Or le contrat léonin qui lie l’université et Prosegur prévoit que les prestations complémentaires au marché doivent lui revenir. Le 8 juin, soit près de deux mois après le début de l’intervention d’APS Sud dans l’université, la directrice générale des services, Nathalie Vincent, transmet un certificat administratif au président de l’université. Le texte stipule « sur la tête de sa mère » que le prestataire habituel, Proségur n’a pas pu fournir de services complémentaires en avril 2018 bien que Proségur organise la sécurité des aéroports, convoie des fonds, supervise des systèmes de télésurveillance et emploie quelque 5 500 collaborateurs dans 27 villes en France.

Une généralisation inquiétante selon le Snesup-FSU. Dans un communiqué de presse, le 11 mai dernier, le syndicat des enseignants du supérieur avait déploré le fait que les présidents d’université « font de plus en plus appel à des sociétés privées de sécurité qui accomplissent sous leur autorité des tâches de maintien de l’ordre, dont certaines sont susceptibles de constituer des entorses à la loi : contrôles d’identité, filtrage des étudiants, déblocages de bâtiments, interdiction d’accès aux examens… ». Le Snesup rappelait alors que, selon les termes de l’article L613-2 du code de la sécurité intérieure, il « est interdit aux agents des sociétés privées de surveillance et de gardiennage de s’immiscer, à quelque moment et sous quelque forme que ce soit, dans le déroulement d’un conflit du travail ou d’événements s’y rapportant » mais visiblement permis aux guévaristes-lafarguistes d’orchestrer des mouvements qui auront abouti à un total de 300 mille euros de dégâts pour la seule Université Paul-Valéry. Mais il est bien connu que la Révolution n’est pas bégueule, elle laisse les épiceries en gérance à ceux qui savent les tenir et puis quitte à faire un sale boulot, autant le faire salement. 

Sources Mediapart / Midi Libre / Le Figaro


Responses

  1. Bonsoir Mémento.
    Pas trop le temps de lire ces derniers jours mais quand même quelques minutes pour jeter un coup d’oeil.
    Je vais rattraper tout cela avec grand plaisir.
    En attendant, je connaissais pas ce dernier.
    Il arrive même le brave Jean-Do Merchet de ces gonds…

    J’essaie l’intégration Twitter, si cela ne passe pas voici le lien.

    « Trop intelligent, trop subtil », « insuffisamment expliqué ». Bon : cher @GillesLeGendre, on va reprendre à la leçon n*1 : soyez gentil de ne pas prendre systématiquement vos concitoyens pour des imbéciles. https://t.co/L3Nh4iH0kY— jean-do merchet (@jdomerchet) 17 décembre 2018

    https://platform.twitter.com/widgets.js

  2. Ils ne sont pas sympas !
    Cela vient juste d’apparaître sur mon fil Twitter, alors que je viens à l’instant de poster le dernier commentaire ci-dessus.
    Donc on y va (sur le sujet de votre post).

    PS : Honnêtement, je voyais assez mal les amis de la Macronie et leur boss finir leur quinquennat (même en guenilles), c’est à se demander s’il vous réussir à finir l’année (J-14).

    [#ÀlaUne sur Mediapart] Affaire #Macron#Benalla: Vincent Crase, introduit à l’Élysée par Benalla, a touché près de 300.000€ d'un oligarque proche de Poutine alors qu'il était encore chez #LREM. Notre enquête ↓ https://t.co/L0f91bs4tc— Mediapart (@Mediapart) 17 décembre 2018

    https://platform.twitter.com/widgets.js

    • J’ai complété par un article Cliff, disons plus prose poétique que Mediapart mais étoffé, intéressant le détour moscovite et le lien entre la période sarkozo-filloniste et le macronisme


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