Publié par : Memento Mouloud | décembre 13, 2018

L’affaire Fethi Benslama

Mediapart titre sous la plume de Lénaïg Brédoux, « Violences sexuelles. Un ponte de la psychanalyse visé par une enquête ». Or quand on lit le papier en question, il est question de doctorantes dont on change les noms qui prétendent que Fethi Benslama leur aurait refusé un poste après qu’elles auraient décliné des services sexuels attendus par le ponte en question. Il est aussi question de colères, d’une atmosphère de terreur, d’insultes, d’enquête administrative et de plaintes sous anonymat. Comme nous ne vivons pas sous le régime de Ben Ali, je me demande simplement comment Fethi Benslama s’y prendrait pour faire régner la terreur et si c’est le cas ce que cela impliquerait pour les institutions universitaires qui sont, à la fois, des nids de vipères et des essaims de faux-culs, des thiases de suffisants et des corybantes du dieu Plutus tel que le dessinait Baudelaire.

En rejoignant l’amicale des contempteurs de la psychanalyse Mediapart ne fait pas dans la dentelle. Le journal s’immisce dans une querelle qui oppose entre eux les psychanalystes autour de la question de la déradicalisation. Gérard Pommier estime qu’on ne peut pas plus déradicaliser un islamiste aujourd’hui qu’un nazi en 1938 et que, de fait, Benslama prostitue la psychanalyse à la déraison d’État. A contrario, Benslama y voit une expérience institutionnelle et clinique mais aussi un combat qui le place dans le viseur des djihadistes de tous horizons. Mediapart donne des armes à ceux qui attendent de son départ à la retraite, la chute de la maison Benslama pour se partager les dépouilles du département de psychanalyse de Paris VII. Parallèlement, la revue donne des gages aux forcenés de la destruction de la psychanalyse au profit des cognitivistes, des imposteurs de la génétique, des docimologistes et des psychiatres qui affirment eux-mêmes que leurs médicaments miracles ne produisent des effets que sur le tiers de leurs patients. Enfin, la revue établit sans le vouloir j’imagine, un parallèle entre Tarik ‘Ithyphallus » Ramadan et Fethi Benslama qui servira à tous les racistes d’argument pour l’éternel topos de l’arabe fourbe, fielleux et obsédé.

On appelle ça un tir groupé. Bravo Lénaïg.


Responses

  1. A suivre les  arguments de l’auteur, on peut comprendre que M. Fethi Benslama, n’est pas dictateur, on peut en convenir…
    On peut comprendre aussi que cette affaire qui aurait du rester circonscrite au cercle du champs universitaire et particulièrement de la « maison psychanalytique » de paris 7, que le linge donc se laverait en famille, à la rigueur concevable, surtout s’agissant d’un désaccord sur la prise de position de la psychanalyse face à une demande sociale – voire politique.
    Entendre aussi que cette divulgation sur la place publique n’est pas faite pour arranger les déboires de la psychanalyse dans la controverses actuelles avec d’autres approches de la psychopathologie, cela est largement discutable car n’est il pas le propre de toute science que d’être questionnée ? Je dirais que le lecteur est assez perspicace pour distinguer les abus éventuels d’un psychalyste et La psychanalyse (si tant est qu’il en existe qu’une seule), car quand on se plaint d’un abus de quelque autorité qu’elle soit (par exemple un médecin) ce n’est pas tout le champs dont on se plaint (la médecine).
    Aller jusqu’à interpréter « l’affaire » à la lumière d’un racisme arabo-musulman ambiant, certes à combattre, alors même qu’Edwy Plenel, est l’un de ceux qui ont crié haut et fort leur indignation… là je dis amalgame, à double titre : en tant que clinicien et originaire du « Maghreb ».
    Quand à dire que le journalisme fait preuve d’imixtion dans une affaire s’agissant de potentielles victimes d’un délit (ce sera à la justice de statuer) sachant que la justice est une affaire publique, le journaliste en la matière fait son travail, qui plus est d’intérêt public.

    • Merci Boukerma pour votre intervention. Le titre de l’article, et le titre dans un article est essentiel, énonce ceci « Violences sexuelles. Un ponte de la psychanalyse visé par une enquête ». Ce qui est donc visé c’est « la psychanalyse » et ce sans nuance puisqu’il s’agit de mettre en cause une sorte de général en chef du mouvement psychanalytique : un ponte. Evidemment, comme théorie et pratique de la clinique, la psychanalyse n’est pas une et comme vous le savez son présupposé est le suivant : l’homme est un être-parlant. Si on entend donc mener l’examen scientifique et simplement honnête des psychanalyses, il faut porter le fer sur ce point : l’homme est-il essentiellement un être-parlant ? Il me semble que les cogniticiens, comportementalistes et autres écoles de la « pleine conscience » disent que non puisque tantôt la folie se ramène au fonctionnement bayésien du cerveau, d’autres fois, à une heuristique défectueuse et ailleurs à une série de postures non-adaptées ; il s’agit donc non pas d’une querelle mais d’un différend.

      Second point, Monsieur Benslama est accusé de violences sexuelles. Or il n’existe dans notre droit que deux types de violences sexuelles : la viol et le harcèlement. Le premier cas est écarté dans l’article, le second repose sur des déclarations anonymes auprès d’instances administratives. D’après ce que j’ai lu de ces déclarations dans l’article, il ne s’agirait pas de harcèlement à proprement parler mais de chantage sexuel implicite que les victimes présumées auraient reconnu a posteriori puisque elles ont attendu la mise à la retraite de Monsieur Benslama pour en faire part. Comme les paroles des victimes et celles de Monsieur Benslama s’opposent frontalement, le travail du journaliste est d’établir si oui ou non les déclarations des victimes sont vraisemblables. Il me semble donc que le travail du journaliste n’est pas de reproduire des déclarations qui peuvent entacher l’honneur d’un homme public mais de mener une enquête sur la manière dont Monsieur Benslama a dirigé le département de psychanalyse et distribué les prébendes universitaires quand il en a eu le pouvoir

      Enfin, je n’affirme pas que l’intention du journaliste était raciste, je dis seulement qu’il aura pour effet de renforcer un préjugé largement ancré sur la perversité présumée et pourquoi pas innée ou « culturelle » du mâle arabe ou arabophone ou arabo-islamique.

  2. Merci Boukerma pour votre intervention. Le titre de l’article, et le titre dans un article est essentiel, énonce ceci « Violences sexuelles. Un ponte de la psychanalyse visé par une enquête ». Ce qui est donc visé c’est « la psychanalyse » et ce sans nuance puisqu’il s’agit de mettre en cause une sorte de général en chef du mouvement psychanalytique : un ponte. Evidemment, comme théorie et pratique de la clinique, la psychanalyse n’est pas une et comme vous le savez son présupposé est le suivant : l’homme est un être-parlant. Si on entend donc mener l’examen scientifique et simplement honnête des psychanalyses, il faut porter le fer sur ce point : l’homme est-il essentiellement un être-parlant ? Il me semble que les cogniticiens, comportementalistes et autres écoles de la « pleine conscience » disent que non puisque tantôt la folie se ramène au fonctionnement bayésien du cerveau, d’autres fois, à une heuristique défectueuse et ailleurs à une série de postures non-adaptées ; il s’agit donc non pas d’une querelle mais d’un différend.

    Second point, Monsieur Benslama est accusé de violences sexuelles. Or il n’existe dans notre droit que deux types de violences sexuelles : la viol et le harcèlement. Le premier cas est écarté dans l’article, le second repose sur des déclarations anonymes auprès d’instances administratives. D’après ce que j’ai lu de ces déclarations dans l’article, il ne s’agirait pas de harcèlement à proprement parler mais de chantage sexuel implicite que les victimes présumées auraient reconnu a posteriori puisque elles ont attendu la mise à la retraite de Monsieur Benslama pour en faire part. Comme les paroles des victimes et celles de Monsieur Benslama s’opposent frontalement, le travail du journaliste est d’établir si oui ou non les déclarations des victimes sont vraisemblables. Il me semble donc que le travail du journaliste n’est pas de reproduire des déclarations qui peuvent entacher l’honneur d’un homme public mais de mener une enquête sur la manière dont Monsieur Benslama a dirigé le département de psychanalyse et distribué les prébendes universitaires quand il en a eu le pouvoir

    Enfin, je n’affirme pas que l’intention du journaliste était raciste, je dis seulement qu’il aura pour effet de renforcer un préjugé largement ancré sur la perversité présumée et pourquoi pas innée ou « culturelle » du mâle arabe ou arabophone ou arabo-islamique.


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