Publié par : Memento Mouloud | décembre 13, 2018

Tuerie de Strasbourg : complot or not complot ?

Il est admis par ceux qui pensent bien et qui pensent dans le cadre du désordre établi que le complot n’existe pas. Il est admis par nombre d’historiens et de journalistes qu’il existe mais qu’il échappe le plus souvent à ses concepteurs et se heurte à des contre-complots si bien qu’il est toujours difficile d’en suivre les méandres mais toujours possible d’en établir l’existence.

Lorsque un ancien copain de parrain marseillais et un fonctionnaire des services de renseignement occupent les postes de ministre de l’Intérieur, quand un nombre important de types aux fonctions sécuritaires floues gravitent autour de la Présidence, quand on édicte une loi sur le secret des affaires qui éradique toute possibilité d’enquêter sur les firmes transnationales et les grandes fortunes, quand l’état d’urgence n’est plus un « tabou », on ne peut, en toute décence, écarter la piste du complot et ce d’autant plus que cette tuerie débute par un double mensonge proféré par M. Nuñez.

« La motivation terroriste [de l’assassin] n’est pas encore établie », a précisé M. Nuñez, sur France Inter. « Rien ne permettait de signaler dans sa vie courante un risque de passage à l’acte », a-t-il ajouté.

Le premier mensonge tombe de lui-même puisque selon le procureur, des témoins ont entendu [le tueur] crier « Allah Akbar », cri de ralliement des djihadistes. Le taxi qui l’a conduit indique qu’il voulait s’en prendre à des mécréants. Le second mensonge est tout aussi absurde : la ministre de la justice, Nicole Belloubet, a précisé sur Public Sénat mercredi qu’il avait « effectué en France deux peines de prison de deux ans chacune, qu’il avait purgées »« Il est sorti de prison il y a trois ans, de sa dernière condamnation ». Il a également été condamné à « deux ans et trois mois de prison en 2016 pour cambriolages » en Allemagne, a précisé à un porte-parole du ministère de l’intérieur de la région de Bade-Wurtemberg, où l’intéressé avait sévi. Il a purgé un peu plus d’un an de prison en Allemagne avant d’être expulsé en France. Une fiche « S » (pour « sûreté de l’Etat ») fut émise en mai 2016 à son encontre ce qui a donné lieu, depuis lors, à de multiples surveillances sur la personne de l’assassin et celle de son environnement proche, sans qu’aucun signe avant-coureur de passage à l’acte ne soit détecté.

Or cette dernière mention entre en contradiction avec l’affirmation suivante : En lien avec les gendarmes et dans le cadre du groupe d’évaluation départemental (GED) de la radicalisation, piloté par le préfet du Bas-Rhin, tous les éléments en possession des services de renseignement avaient néanmoins été partagés depuis cet automne en vue de faire aboutir la procédure judiciaire de droit commun qui le visait. 

Première question, que fait en liberté un homme aux 27 condamnations dont la radicalisation daterait de 2013 et qui présente un profil violent. Est-il une chèvre ? Une balance ? Un indicateur ?

Faute d’y voir clair son parcours est le suivant :

A 10 ans, il est déjà hors des clous. Comme l’a indiqué le procureur de la République de Paris, Rémi Heitz, il cumulait, à la veille de sa tuerie, 67 antécédents judiciaires, dont 27 condamnations en France, en Allemagne et en Suisse. Un casier surtout chargé d’outrages, de vols, ou de destructions qui l’amènent à enchaîner les séjours en détention.

Il est né à Strasbourg au sein d’une fratrie marocaine de six frères et sœurs, ainsi que six autres demi-frères et demi-sœurs, soit douze enfants au total. Une famille à problèmes, avec un noyau dur de quatre frères multirécidivistes eux aussi, à propos de laquelle une plaisanterie un peu aigre circule, depuis longtemps, entre avocats pénalistes strasbourgeois : « Les C, tu ne les as pas encore défendus ? Ne t’inquiète pas, cela viendra un jour ! » Il arrête l’école à 16 ans, puis navigue entre chômage, voyage, et délinquance, selon un jugement de 2016 du tribunal de Singen (Bade-Wurtemberg), en Allemagne.

En 2008, lors de son premier séjour français en prison, les surveillants retrouvent une affiche de Ben Laden dans sa cellule. Il n’a que 19 ans. Lors de son second séjour au milieu des années 2010, son prosélytisme est encore plus assumé. Il lui arrive de tenir des propos ouvertement véhéments à l’encontre d’autres détenus moins pratiquants que lui.

En 2012, il est arrêté après avoir pénétré dans un cabinet dentaire à Mayence. A l’intérieur, il a dérobé un coffre-fort contenant la caisse. La valeur du vol est estimée à 1 467 euros en argent liquide, 192 euros en timbres et 6 572 euros en or dentaire. En 2013, il est à nouveau condamné à un an et six mois de réclusion criminelle, à Bâle, pour des cambriolages. Des larcins sans envergure où il se fait prendre à chaque fois.

En 2015, à sa sortie de prison, c’est sur la base des informations transmises par l’administration pénitentiaire qu’il change de catégorie. En janvier 2016, il est inscrit au FSPRT. Puis il fait l’objet d’une fiche « S », en mai 2016, qui permet de suivre ses déplacements. Depuis lors, il est sous surveillance. Tout le panel des techniques disponibles est utilisé à son encontre (surveillances physiques, techniques – téléphonie, sonore, vidéo –, etc.) Même chose pour son environnement proche.  Néanmoins, en janvier 2016, à Engen, il force une pharmacie à coup de tournevis. A l’intérieur, il dérobe trois caisses pour un total de 315 euros avant d’être identifié par la vidéosurveillance.

Depuis cet automne, son suivi s’était accentué. Faute de pouvoir l’épingler administrativement (sous la forme d’une assignation à résidence, par exemple) ou judiciairement (pour apologie du terrorisme), le groupe d’évaluation départemental (GED) de la radicalisation du Bas-Rhin, piloté par le préfet, s’était mis en tête de tenter de l’entraver autrement. Tous les éléments en possession des services sont alors partagés en vue de faire aboutir une procédure judiciaire de droit commun depuis le mois d’août pour des faits de tentative d’homicide sur fond d’affaire d’extorsion. Un banal règlement de compte entre voyous qui aurait dégénéré, le 21 août, jour de l’Aïd.

Lui et ses comparses sont connus depuis des années pour leurs propos outranciers lors de diverses interpellations ou des rendez-vous aux caisses d’allocations familiales. L’un d’entre eux avait encore fait l’objet d’un contrôle pour défaut de permis de conduire qui avait mal tourné, quelques jours avant la tuerie du 11 décembre. 

Quelle que soit la réponse sur le statut exact du bonhomme, l’assassin appartient à un réseau européen islamo-racailleux puisqu’il a été condamné en France, en Suisse, en Allemagne et qu’il disposait, dans son domicile d’une grenade défensive, d’une arme 22 LR chargée, de munitions, de quatre couteaux dont deux de chasse, selon les précisions du procureur Rémy Heitz. A cet arsenal, s’ajoute l’arme à feu et le couteau avec lesquels il a accompli son rite de sacrifice au dieu carnassier qu’il vénère. De plus, l’homme a quitté en taxi, peu après 20h00, le centre de Strasbourg après qu’il avait échangé des coups de feu avec une patrouille de militaires et s’est fait déposer dans le quartier de Neudorf dix minutes plus tard où il échangeait de nouveaux coups de feu avec une patrouille de police. Au minimum, des complices le cachent, au pire, l’acte n’est pas improvisé et Neudorf sert de base de repli à une action planifiée. A proprement parler, une conjuration. Dans tous les cas, ce que révèle cette cavale c’est l’emprise des groupes islamo-racailleux sur des quartiers où ils naviguent comme des requins dans l’eau puisqu’on voit mal un homme ordinaire s’opposer à des groupes dont il sait parfaitement qu’ils peuvent l’égorger à tout moment. Et si ce n’est pas lui, ce sera ses enfants ou sa femme.

Enfin, les conditions mêmes qui ont conduit à la tuerie révèlent un certain dysfonctionnement des services de sécurité. En effet, Le 11 décembre au matin, le jeune homme devait faire l’objet d’une interpellation dans le cadre d’une affaire de tentative d’homicide. Tout le reste de son équipe ayant été arrêtée – soit cinq personnes – mais pas lui, car il était absent de son domicile. Ce furent les gendarmes qui effectuèrent l’intervention « en lien avec le renseignement territorial et la DGSI », selon une source proche de l’enquête. Peu de détails ont filtré sur le résultat de cette perquisition. On pourrait ajouter que peu de détails ont filtré sur ce modus operandi où personne ne se serait demandé si l’homme en question était bien dans son appartement. De la perquisition, les enquêteurs concluent que lui et ses complices allaient se lancer dans le home-jacking.

La thèse du complot ne tient donc pas dans une mésinterprétation des fuseaux horaires mais dans les conditions mêmes de la surveillance puis de la tentative d’arrestation de l’assassin. L’islamo-racailleux dont il est question n’est pas Jason Bourne et n’a pas été conditionné par la célèbre hypno-thérapeute gilet jaune, Jacqueline ou une unité 131 de la DGSI. La thèse du complot ne se défend qu’à la condition suivante : l’interpellation a été déclenchée alors que certains, au sein du gouvernement, savaient que l’assassin n’était pas dans son appartement et escomptaient donc qu’il passerait à l’acte pour que l’actualité ne soit plus centrée sur les gilets jaunes et/ou que l’État d’urgence soit proclamé.

Cette thèse me paraît faible et peu vraisemblable. Elle a sa place dans un scénario hollywoodien quelque peu dystopique mais comporte un nombre si incalculable d’hypothèses adjacentes qu’elle n’emporte pas la conviction.

En revanche, celle d’une sous-estimation de l’existence et de l’emprise de réseaux européens islamo-racailleux sur certains quartiers, sous-estimation couplée à un dysfonctionnement à éclairer me paraît rendre compte de l’ensemble de la chaîne des événements qui aboutirent à une énième tuerie au nom d’un dieu qui ressemble de plus en plus à une idole aztèque.

Sources : Le Monde / Reuters / Mediapart


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