Publié par : Memento Mouloud | décembre 18, 2018

Vincent Crase, Alexandre Benalla, Martin Bouygues, Iskander Makhmudov et les garçons à table

Il s’appelle Vincent, l’autre Iskander Makhmudov, Alexandre fut leur trait d’union. Iskander-Alexandre, ah vraiment, c’était prédit, inscrit dans les étoiles. Un contrat à 300 mille euros. Une paille, un détail. Les infortunés ont quitté l’Elysée puis la République en marche, ah vraiment, c’est trop, les animaux de proie ont des airs naïfs et des lunettes trop noires. Le contrat russe de Vincent Crase portait sur la protection de proches et de biens d’Iskander Makhmudov, devenu l’une des plus grandes fortunes de Russie à la faveur des vagues de privatisations de la fin des années 1980 et du début des années 1990. Des mines, des industries, un carrousel. La revue Forbes estime son patrimoine personnel entre 3 et 6,5 milliards d’euros. Il est l’heureux, le nouveau prince. Le gaz flambe et nage, les enseignes sont vermeilles, comme les mineurs délurés, enterrés, défaits. Un château en Sologne, une villa à Ramatuelle (Var), des terrains de chasse du côté de Blois. Louis XII sourit, à cheval. Les montages financiers scintillent sous les pavillons fiscaux, Chypre, Luxembourg, Monaco. Un tas bleu de petites perles. Tout le passé glapit, tout le passé tressaute. UMMC (métallurgie, cuivre et zinc), Transmashholding (premier fabricant russe de matériel ferroviaire, partenaire en Russie d’Alstom et de Martin Bouygues ) Kuzbassrazrezugol (charbon), tout se résume d’un trait, Ismajlovskaya.

« Nous avons été prestataires de service contractuellement pour la société de conciergerie Mars de M. Crase qui a fait appel à nos services pour une prestation de service réglementée pour l’un de ses clients » . Vincent Crase était Mars, l’autre était Jupiter, Benalla, le giton bleu ou l’Hermes en guêpière, c’était la fête chez Brigitte, Brigitte la fausse blonde et ses acteurs de cabaret, dans le brouillard rose et jaune et tout propret. Alexandre Benalla assure n’avoir joué aucun rôle dans le contrat russe de son « ami » et ancien collègue Vincent. « Je n’ai jamais pris part à la moindre négociation, ni de près ni de loin, avec M. Makhmudov ou ses représentants concernant le contrat avec la société Mars et M. Vincent Crase…Il n’y a pas de lien entre Makhmudov et Benalla. ». Un martyre sans assurance.

Alexandre Benalla assure n’avoir vu Iskander que deux fois dans sa vie, au Maroc en 2016 puis une seconde à Paris avant la campagne présidentielle. Les deux hommes se sont pourtant congratulés à plusieurs reprises en 2018 et ont été vus ensemble par plusieurs témoins les 25 et 26 août derniers dans le château en Dordogne d’une figure de la Françafrique, Vincent Miclet.

Des enquêteurs espagnols soupçonnent des groupes mafieux russes établis sur le littoral espagnol d’avoir blanchi plusieurs dizaines de millions d’euros tirés du trafic de drogue et autres activités illégales, en utilisant des sociétés domiciliées en Espagne et dans des paradis fiscaux. Ils ont découvert que Makhmudov contrôlait la maison-mère de Vera Metallurgica S.A., une structure au cœur de ce réseau. Une filiale de l’UMMC. Mais Iskander est éclectique, membre de l’Association du dialogue franco-russe, le club fondé par l’ancien patron des chemins de fer russes Vladimir Yakunin et le député Les Républicains Thierry Mariani, grand fan de l’annexion de la Crimée par l’oncle Vladimir. Dans son métier, on appelle Iskander le chinois et Alexandre a les yeux si bridés qu’on dirait des all rights.

Dans le sillage des enquêtes espagnoles, une procédure a aussi été ouverte à Stuttgart en Allemagne. Elle a abouti au procès et à la condamnation en 2010 d’un certain Alexandre Afanasiev, du groupe mafieux Izmaïlovski. Là encore, le rôle d’Iskander Makhmudov apparaît. Un témoin clé, à l’époque réfugié en Israël, a raconté par le menu comment la société financière « Blond Invest » – dont les propriétaires étaient au début des années 1990 Deripaska, Makhmudov et Tchernoï – avait pour protecteurs, mais aussi pour partenaires en affaires les membres du groupe mafieux d’Izmaïlovski.

Vincent et Alexandre gonflent des indeeds et des haôs, attendent la suite. Ils s’ennuient, ils matraquent, pour la France, la patrie, Jupiter. Une opération de redressement moral, national, une obstétrique. Il expliquait que les capitaux sales provenant du racket, de la prostitution et des salles de jeu illégales avaient été réinjectés dans la société minière Ural Mining and Metallurgical Company (UGMK) avec l’aide active d’Andreï Bokarev, aujourd’hui devenu l’indéfectible partenaire de Makhmudov et actionnaire d’UGMK. Puis ces fonds avaient été définitivement blanchis au Liechtenstein via des fondations. Les promesses de l’ombre et celles du doute.

En 2008, du temps du tandem Sarkozy-Fillon, Alstom, alléché par la perspective d’entrer sur le grand marché des chemins de fer russes (le premier réseau d’Europe avec 85 000 kilomètres de voies, 1,3 milliard de passagers et 1,3 milliard de tonnes de fret par an), décidait de se rapprocher de Transmashholding (TMH). Cette société de construction de matériel ferroviaire, créée en 2002, était alors contrôlée à 75 % par Iskander Makhmudov et son associé Andreï Bokarev. Une poule aux œufs d’or, puisqu’elle est le principal fournisseur de l’opérateur étatique Russian Railways (RZD) qui y détient 25 % du capital. Puis en 2011, le groupe français entrait au capital Transmashholding (TMH), rachetant au tandem Makhmudov-Bokarev 25 % au sein de The Breakers Investment BV, à Amsterdam (Pays-Bas), la maison mère de TMH, dont la structure est un modèle d’opacité, le capital étant détenu par les deux hommes d’affaires via des sociétés chypriotes 

Alexandre et Vincent ne sont pas seuls, leurs parrains sont légions. C’est Martin Bouygues (alors actionnaire d’Alstom à 30 %, contre 28,3 % aujourd’hui) qui a présenté Iskander Makhumudov à Patrick Kron, à l’époque où le projet de l’hôtel cinq étoiles à Ekaterinbourg prenait forme. Dans une longue interview accordée en 2011 au quotidien Vedomosti, il évoque ses liens d’amitié et d’affaires avec Makhmudov et Bokarev, qu’il qualifie de « grands industriels » pour lesquels il a « le plus grand respect ». Et avec lesquels il fait alors régulièrement des parties de chasse en Russie.

UMMK accumule ses profits en dehors de Russie, sur le compte de sociétés de négoce basées à Chypre et en Suisse. En sûreté, les fonds servent à racheter des actifs en Europe. En 2015, l’une des filiales de UMMK a pris le contrôlevia une structure suisse, du groupe Gindre à Lyon, spécialiste mondial du conducteur cuivre pour les équipements électriques qui possède six usines de production en France, aux États-Unis, au Royaume-Uni, en Inde, en Slovaquie et en Allemagne. Les gitans ne voleront plus les cuivres, les méchants, Papa Iskander veille.

Vincent regarde le ciel puis les pavillons dans leur ratatinement terrible, il trouve le pli des cils makhmudoviens magnifiques, Alexandre lui sourit « et si on allait s’éclater à la contrescarpe ».

Source Mediapart


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