Publié par : Memento Mouloud | décembre 24, 2018

Raisonnement islamique et dissertation française

Les dix sources de la légitimité en pays d’Islam sont les suivantes : le Coran, la tradition, le consensus, le raisonnement par analogie, l’évaluation du juge, l’intérêt commun, les coutumes du pays, la présomption de continuité, les lois des peuples monothéistes, les avis des compagnons du prophète. Ce sont là les garanties d’un énoncé juridique.

Le Coran est l’autorité suprême, il s’en suit que le Texte a la prééminence sur le fait. La tradition repose sur six corpus de hâdiths rassemblés au Xème siècle. Ces hâdiths sont l’ensemble des actes et paroles de Mahomet rapportés par ses compagnons. Le hâdith se présente en deux parties : la chaîne des noms qui transmettent, le contenu de ce qui est transmis, c’est donc à proprement parler un recueil de lieux communs. Le Texte et les lieux communs ont donc la prééminence sur les faits.

Le consensus est une sorte d’infaillibilité attribuée aux experts, aux compagnons et à Mahomet lui-même. La chaîne fonctionne comme l’Idée platonicienne sauf qu’il n’y a pas d’idée intelligible mais le Texte, le Coran. La chaîne a pour but d’écarter les simulacres et de sélectionner les bonnes copies. Elle ouvre la voie à la querelle interminable des prétendants à la bonne copie. Le Texte, les lieux communs, la querelle des prétendants à la bonne copie ont donc la prééminence sur les faits. Le raisonnement par analogie fonctionne par contiguïté et ressemblance. On étend la jurisprudence du Coran à d’autres cas et sans garde-fous ce qu’Al Ghazali avait critiqué dans sa parabole du coquillage. Le Texte se substitue à l’enquête, l’air de famille à l’examen donc au diagnostic analytique. Le Texte, les lieux communs et la querelle des prétendants à la bonne copie ont donc la prééminence sur les faits, l’enquête et le diagnostic analytique. L’évaluation du juge est un simple cas particulier du consensus des biens pensants. L’intérêt commun étant celui de la communauté, c’est un autre cas particulier du consensus des biens pensants puisque quelques noms sténographient l’ensemble de la communauté des fidèles, sorte de copie de la République platonicienne. Dans les coutumes du pays, les préjugés communs ont plus d’autorité que l’argument dit rationnel. Il s’en suit que le Texte, les lieux communs, la querelle des prétendants à la bonne copie et les préjugés communs ont la prééminence sur les faits, l’enquête et le diagnostic analytique.

Le Coran est une somme de narrations, de poésie lyrique et d’énoncés normatifs. De fait, ces derniers définissent cinq catégories de cas : l’obligatoire, le recommandé, le permis, le répréhensible, l’interdit. On voit tout de suite que l’obligatoire et l’interdit, comme le recommandé et le répréhensible sont dans une relation converse tandis que le permis est la catégorie la plus floue, celle où le Texte, les lieux communs, la querelle des prétendants à la bonne copie et les préjugés communs ont la prééminence sur les faits, l’enquête et le diagnostic analytique.

En conclusion, le raisonnement des juristes islamiques et celui des dissertants francophones est le même. Il prend pour un raisonnement ce qui est une domination des arts de la langue (rhétorique, grammaire) et du sémantisme à propos de cas qui ne sont jamais établis après enquête et examen. Le tout enrobé dans une prétention à l’universalité.


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