Publié par : Memento Mouloud | décembre 29, 2018

Alexandre Benalla, affranchi et star du rap

Si l’on suit l’actualité Benallienne avec une oreille inattentive et des yeux sevrés, on y verra un feuilleton de plus. Après Benalla joue de la matraque, Benalla ouvre la maison du Touquet, Benalla parle aux sénateurs, Benalla rencontre Alex, Benalla s’envole pour N’Djamena. On aura évité Benalla joue de la mandoline, Benalla mange un mars et Benalla couche avec Manu et Brigitte en même temps mais c’est de justesse et parce qu’il y a des lois, notamment à propos de la diffamation et éventuellement de la calomnie.

Si on lit un peu plus si on s’avance, si on fouille mais à peine, on peut voir Benalla en star du rap français. Non pas une star qui chante et joue les émancipés pour des blaireaux tricards qui vivent chez leurs mères et fantasment sur des meufs gros culs gros seins dans les clips du grand duc, non pas le feuilleton Kaaris Booba d’Orléans au Zénith et mate ma teub comme elle est grande, non une vraie star du rap qui aurait rencontré Scorsese.

Pour une fois, on tient sous la loupe un affranchi ou en passe de l’être, un type à récits s’il y avait des rhapsodes.

Le « petit gars d’Evreux » n’a pas rendu ses passeports diplomatiques. On surjoue l’indignation. Le Quai d’Orsay qui n’avait rien vu rien su attend le feu vert présidentiel, le Parquet suit. On prépare l’immolation d’Alex sur l’autel des gilets jaunes. On invente une taffiole de favori pour le brûler en effigie sur l’autel du Roi qui se prend, sans doute, pour Borgia et y va de sa petite entourloupe.

Il paraît que le président est fâché par les rencontres londoniennes avec Djouhri, foutaises. Le président a compris qu’il fallait une tête au peuple et celle-ci était la plus commode dans son esprit. Comme avec les gilets jaunes, Manu risque encore de se planter ; le roc Benalla n’a pas l’intention de jouer la guimauve. Sur ce point, son parcours est éloquent.

Alexandre Benalla n’était pas très études. S’il fait partie des classes parlantes de ce pays avec son master de droit en poche, contrairement à l’amie Rachida Dati, il ne l’a pas volé mais obtenu avant de bifurquer. La basoche, c’est pas son truc. Pour Marc-Antoine Jamet, ancien collaborateur de Laurent Fabius et secrétaire général du groupe de luxe LVMH, Benalla est forcément « un petit gars de la Madeleine », une ZUP d’Evreux, un moins que rien, un invisible mais Marc-Antoine qui ne s’appelle pas Muret et n’a pas les traits de Marlon Brando, ne connaît rien aux petits gars d’ici ou là. Tous les Marc-Antoine de l’hexagone devraient savoir que bien d’autres Benalla ne voudront jamais ressembler aux spectres qu’ils sont tout troussés de bel argent et de beaux diplômes. Ils préfèrent les rough boys. Ce sont des petits gars qui se sculptent, corps, cerveaux, langues, prosodies, biftons, ils sculptent.

Le petit gars croise la route d’Eric Plumer, dit « Jaurès », patron historique du service d’ordre du PS qui l’envoie nettoyer la section héraultaise retournée par Georges Frêche. Il s’y emploie en accompagnant la brave Pascale Boistard. Boistard contre Frêche, c’est Gérard Oury qui se prolonge. A la fin de 2012, il rejoint Velours International, fondé par deux anciens policiers de l’antigang. Du vent, selon un ancien de la société, qui assure que celle-ci attendait davantage du carnet d’adresses que le jeune homme se vantait de posséder. Le vent en question reste jusqu’en 2015, comme quoi le vent souffle où il veut. Il tente d’ouvrir une filiale marocaine et y expérimente ses limites. Il apprend et vite, il a 24 ans.

On le retrouve au siège de l’Office européen des brevets (OEB), pseudopode de la bureaucratie de l’UE. Il est alors garde du corps de son président, le Français Benoît Battistelli. Il a muté. De salle de muscu en programmes, il s’est transformé à l’instar d’un Zidane rejoignant la Juve. Il commence la sculpture de soi en compagnie de Jean-Jacques Mormeck qui l’envoie sur les rings d’Aulnay-sous-Bois. Un zeste de Rocky, l’évangile selon saint Jean ou son apocalypse se peignent sur le quadrilatère.

« On a passé énormément de soirées ensemble et je peux vous dire que c’est un monde qu’il ne connaît pas » assure Karim Achaoui, l’avocat du Mitan. Pour un homme dont la double profession de foi consiste à mentir comme on respire, on voit ce qu’on peut espérer de sincérité dans chacun de ses oracles. Toujours est-il que Benalla est aux premières loges de l’envolée macronienne vers le château. La scène du 17 novembre 2016 est ainsi relatée dans le Monde, « le lendemain, Alexandre Benalla accompagne le tout nouveau candidat pour un déplacement de deux jours à Marseille. Au programme, un meeting aux Pennes-Mirabeau, dans la banlieue de la ville, en présence de Christophe Castaner. La sécurité du candidat était jusqu’alors assurée par trois boxeurs bien connus dans les Ardennes, les frères Zaïm, recrutés juste après le départ de Bercy. Ce 17 novembre 2016, Benalla fait le fier devant le trio. Hamid Zaïm tente de l’arrêter par une clé de bras. On évite de justesse la bagarre, mais, à compter de ce jour-là, les frères Zaïm disparaissent du circuit : place à Alexandre Benalla, « directeur de la sûreté et de la sécurité d’En marche ! », comme disent ses cartes de visite. »

On appelle ça un récit édifiant, la légende dorée de l’homme moderne qui lit ses journaux chaque matin. Evidemment le style de Jacques de Voragine ne peut plus être le même. Il y a les frères Zaïm et la clé de bras, c’est l’épreuve, puis la carte de visite, c’est l’épilogue de la fable. La rencontre d’un homme et d’un couple, la passion réciproque, le coup de foudre. Bidon, archi-bidon mais cela passe bien dans un pays qui se méfie des pédés et des arabes, surtout quand ils touchent aux arcanes du pouvoir.

Oui Benalla aime la castagne et les flingues, ce sont les attributs des affranchis au même titre que les passeports qu’on ne rend pas et que les clés qu’on garde sous le coude. Le souverain n’est pas celui qui décide des situations exceptionnelles mais celui qui les crée sans même bouger. D’intuition, Benalla a su que c’est dans cet espace à la Riemann qu’il fallait évoluer.

Il faut observer le tétraèdre des relations de Benalla : Alexandre Djouhri, Philippe Hababou Solomon, Vincent Miclet, Marc Francelet. Passons sur le premier trop connu. Observons les autres.

Avant le Tchad, il s’est rendu avec l’affairiste franco-israélien Philippe Hababou Solomon au Cameroun, dirigé par Paul Biya, 85 ans dont trente-six à la tête de l’Etat. A Yaoundé, M. Benalla s’est retrouvé face au chef d’état-major puis dans le bureau du directeur du cabinet de Paul Biya. Il s’est mêlé à une délégation composée de quatre Turcs cornaquée par M. Solomon pour le compte d’une société soudanaise de textile, Sur International, ainsi que Barer Holding, une joint-venture entre le Qatar et la Turquie. Objectif officiel du voyage : négocier la vente d’uniformes pour les forces de sécurité camerounaises et tchadiennes et discuter d’investissements du Qatar. Un zeste de Mossad, une pincée de pétro-dollars, un havre fiscalo-mafieux turc, un circuit Cameroun-Congo Brazza, reste un libanais dans le placard. C’est la première des entrées dans le grand monde selon Alexandre.

Vincent Miclet est un homme de 53 ans, détenteur d’un passeport diplomatique béninois, 180e fortune de France (500 millions d’euros) d’après le magazine Challenges. Il possède quelques résidences de luxe en Dordogne, au Maroc, dans le XVIème. Il aime les cocottes l’ésotérisme et l’Afrique surtout quand elle paye et elle paye grassement quand on la saisit. Les autorités angolaises le poursuivent pour détournement de fonds. On scrute au loin les premières minutes de l’arroseur-arrosé. Il a connu les enfants du clan Denis Sassou-Nguesso et Jean-Jérôme Feliciaggi. Il a fait ses premières armes dans la pêche avec des poissons sans doute fourrés mais seul son chauffeur connaîtra les ors des tribunaux correctionnels. Il rencontre André Tarallo, il est alors au coeur du Foccardisme canal historique. Comme le dit le proverbe, c’est une bibliothèque en attente du brasier que ce Monsieur Vincent. Benalla écoute, il rédige son script, il voit, découpe, tronçonne, rigole. « Cet aventurier du commerce international excelle dans l’importation de denrées alimentaires, d’uniformes, de bottes pour une armée en passe de devenir l’une des plus puissantes d’Afrique. Il fait même venir de France un « ami », l’ancien gendarme de l’Elysée Christian Prouteau, fondateur du GIGN. » L’angolagate est en place on y rencontre des noms connus, usés, le vrai bureau des légendes rouillé de cuivre. La période est aux vaches maigres, Miclet disparaît de la scène et confie la vente de ses appartements français à une femme du milieu corse, une figure dont le mari perfectionne sont art culinaire en cellule. Mais Benalla apprend et enregistre, c’est l’essentiel. Il faut aller vite et dans ce domaine l’apprentissage informel vaut tous les bouquins. Alexandre n’est pas mémorialiste, il veut agir, pomper, vivre en prédateur. Il rêve Lamborghinis et coups de feu, mais pas dans un clip. Il veut palper, toucher, il est comme saint Thomas.

Marc Francelet c’est le petit escroc de la bande mais imaginatif, flic ou voyou remixé. Condamné dans une escroquerie à l’assurance-chômage. Pour le reste, RAS, les preuves manquent, un certain savoir-faire appris à l’école des frères Zemour et de Dédé la Sardine. On imagine les dialogues de Simonin en plus tangible. Tableaux roulés dans les bagages, faux puits de pétrole en Ouzbékistan avec la Sagan en émissaire auprès du mythe errant, Francelet a beaucoup tâté de la tchatche et de l’arnaque mais c’était pas chez Spielberg.

Pour Benalla, le temps de l’école est donc finie, l’écolier est dans la tourmente, s’il s’en sort, les saisons risquent de s’enchaîner et la place de la Contrescarpe paraîtra lointaine, aussi lointaine que la jeunesse hilare du si jeune président remontant les Champs Elysées.

Source : Le Monde


Responses

  1. Interview de Phil Hababou Haim Salomon à Jeune Afrique, le 30 décembre

    Comment les personnalités africaines que vous avez rencontrées ont-elles réagi à la présence d’Alexandre Benalla à vos côtés ?

    Phil : « Avec curiosité et amusement. Benalla est franc-maçon, comme Denis Sassou Nguesso : ça rapproche… »

    Source : https://www.jeuneafrique.com/696870/politique/entretien-avec-philippe-hababou-solomon-lintermediaire-qui-a-introduit-alexandre-benalla-en-afrique/

    Concernant toujours Phil…
    On reprend

    « Très actif, Philippe Hababou Solomon tente aussi de racheter le club de football de Tel Aviv, Maccabi, et joue un rôle dans l’embauche de Luis Fernandez par le club Beitar de Jérusalem. »

    donc >>>

    « En novembre 2005, Luis Fernandez rejoint alors le club israélien du Betar Jérusalem en tant qu’entraineur après avoir été sollicité par le millionnaire russe Arcadi Gaydamak qui vient de reprendre le club ».

    puis>>>
    le retour de Luis en Israël, quelques années après (avec la même filière) ne se passe comme prévu.

    « En août 2008, il fait un bref retour surprenant dans le club du Betar Jérusalem en tant que Manager général. Il porte plainte pour salaires impayés ce qui va déboucher sur l’arrestation en Suisse de Arkadi Gaydamak par ailleurs sous le coup d’un mandat d’arrêt européen. Ce dernier accepte de verser 500,000 € à Luis Fernandez pour pouvoir être relâché et retourner en Israël . »

    Alors>>>

    Pourquoi le petit Luis n’a pas eu peur, ni de Phil, ni d’Arkadi ?

    Indice>>>

    Tout au long du livre, vous décrivez Pini Zahavi comme celui pour qui rien n’est impossible. Qu’a-t-il de plus que les autres?
    Romain Molina : Au delà du football, c’est un diplomate. Ses liens diplomatiques et politiques sont sans équivalent dans le football mondial. Il a toujours un coup d’avance et son passé de journaliste l’a aidé, il dispose d’un réseau d’informateurs impressionnant. Il a quasiment formé tous les agents qui comptent vraiment aujourd’hui. Il a compris que pour durer, il fallait être diplomate et charmeur, il n’est jamais dans l’agressivité, ne va jamais trop loin. C’est ce qui le différencie de beaucoup d’autres agents. Sur certains transferts, des propriétaires de clubs l’appellent pour avoir son avis. Certains agents se vantent d’ailleurs d’avoir réussi tel ou tel transfert sans savoir que le deal s’est fait parce que Zahavi l’a validé.

    Je ne suis pas persuadé que Benalla, qui publiquement se dit maintenant lié avec le fils de Djouhri, alias Germain marié à une fille de Tchemezov (aka Mr Rostec), ait bien compris où il est train de mettre les pieds…
    Son petit protecteur Phil l’ayant déjà largué (balancé), il me semble déjà nu.

    Il me semble bien le loin de Foccart et le temps où certaines appartenances ou accointances étaient suffisantes.

  2. Bonjour Cliff et bonne année. Merci pour vos informations. Imaginons que Benalla se sente dans une position d’affranchi ou qu’il la désire ou plutôt imaginons que certains parrains, il y en a pas mal dans la partie qui se joue, ont intérêt à accueillir Benalla, à présenter Benalla, à soutenir Benalla dans son nouveau costume. Cela dirait, dit, beaucoup de choses sur la faiblesse du pouvoir quinto-républicain, vous ne trouvez pas Cliff ?

  3. Sur Benalla, je pense comme vous, il se sent l’âme d’affranchi. L’avenir dira ce qui arrivera. Je maintiens cependant qu’il n’a la carrure, ni les réseaux, ni la puissance, ni  »l’intelligence », ni la maille pour réussir en Afrique comme des Bourgi, Djouri, etc.
    Qu’importe d’ailleurs ce qu’il y a, ce qu’il y aurait dans son coffre-fort.

    Pour la quinta, je ne pense pas (et ce n’est que mon avis), que nous puissions nous faire un avis à l’aune de ces histoires, de ces marigots exotiques en quelque sorte. Je pressens que le Continent est dirigé depuis bien plus haut (Areva, Total, Bolloré, Orange, etc). Après ils choisissent parmi les utiles, les parasites,
    les implantés sur place, etc.

    Les mêmes, qui lors de la dernière élection, se sont un peu planté sur le choix du numéro 1.

    Sur l’état de la quinta, et à moins que je me trompe, la dernier qui a tenté le coup des Cahiers des Doléances et des Etats Généraux a mal terminé, non ?

    A titre d’illustration, je vous joins la dernière émission de C Dans l’Air, où moins parmi les moins révolutionnaires de Paris, semblent en appeler à ce qui ressemble à un départ, au moins pour sauver les meubles.


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