Publié par : Ivan Kruger | avril 6, 2020

Les Coppola, les profs et les Lolitas

Dans un film de Sofia Coppola. Il y a quatre blondes, quatre filles blondes d’un prof de maths joué par James Woods. James a tout joué. Le mutant pistolero de Videodrome, le reporter crucifié de Salvador et d’autres et beaucoup d’autres.

Un acteur est un masque, buongiorno mascherine.

Dans ce masque-là, il est prof de maths, ne voit rien, n’entend rien, il est une sorte de serpillière. Il essuie chacune de ses filles suicidées. Il les essuie. Aucun homme, aucun père ne fait cela, à part Monsieur Karl Wittgenstein mais il n’était pas prof de maths, plutôt capitaine d’industrie et esthète et les suicidés chez lui étaient masculins. Eux too.

Un prof de maths tue ses filles parce qu’il ne connaît rien à l’énigme du continent noir et ne veut rien en connaître. Il tue ses filles parce qu’il rêve de garçons et de maquettes. C’est le message du film.

Quel était celui de Karl Wittgenstein, peut-être qu’un détour par Tetro serait approprié.

On passerait alors de Sofia à Francis, du drame à la tragédie, de la chansonnette à l’opéra. Décidément, eux too.

Parmi les profs de français, surtout les professeuEs, certaines finissent avec leurs élèves de Terminale. Les professeurs sans E, comme Perec a pu ne pas l’écrire, les professeurs se finissent avec une des leurs. Il leur faisait étudier l’amant de la Chine du Nord, il avait trouvé dans le roman de gare de Marguerite de quoi alimenter une fascination d’éraste. Il lui demandait de se raser, il ne supportait plus aucun poil, il la voulait en lit d’hôpital, pliée et dépliée, il avait laissé dans l’entracte quatre enfants et une femme qu’il avait aimés, sans doute, mais il ne s’aimait plus, alors il disparaissait en feu de Bengale, sous les quolibets.

Tout le monde trouvait ça moche, ceux qui le connaissaient, ceux qui ne le connaissaient pas. Parmi ceux qui le connaissaient, certains avaient voté Brigitte et Manu mais ils ne voyaient pas bien le parallèle.

Ils avaient duré.

Lui s’était fracassé sur une mère d’élève en souffrance dans les parloirs et confessionnaux qui ne cessent de proliférer depuis que Dieu est mort. Dieu est sans doute dépulpé, démembré, dépierré, lyophilisé, culturisé, aseptisé, vaudevillisé, sodomisé, compissé, crachoté, conchié, mais ses oreilles se démultiplient, pondent, clonage en série de parloirs aux acouphènes de strass, ça crisse dans le dédale, le monde est un labyrinthe de confessions, une psalmodie, une litanie, moi je dont je participe, dont j’alimente le déluge en formation.

Trois millions de diaristes, un million de psychotiques dont pas mal à la rue, SDF, autre acronyme, homme des rues, comment ça se dit en malais ?

Donc il avait descendu les marches, tiré par les cheveux des Erinyies, elle ne dirait rien sur son pubis étincelant de rose, il liquiderait l’appartement loué près du lycée entre deux lectures cursives de Platon, le soir entre bougie et fromages.

Elle avait l’âge de ses filles mais on ne baise pas ses filles, en tout cas, pas chez les profs.

Selon Sofia Coppola, on les accompagne jusqu’à la baignoire, jusqu’au rasoir, on détourne quelques mineures, rarement des mineurs ou ils ne portent pas plainte, pas de Kevin Spacey à l’horizon chez les profs, mais on n’incestuise que rarement ou peu ou jamais en public, en privé, en confession, on est moraux tout de même jusque dans le roman d’apprentissage de la levrette et de ses dérivés.

Il avait refermé le livre. Un conseil disciplinaire allait statuer, il serait muté, il irait ailleurs. Il n’avait rien écrit, il n’écrirait rien, le silence allait le voiler et recouvrir sa voix, il reverrait le pubis nu comme une cataracte.

C’est sûr il reverrait des lèvres pures comme des liposuccions puis s’éteindrait sur un souffle et une quinte de toux de Duras crachant son beaujolais sur des manuscrits en souvenir d’un Bouddha ithyphallique dont elle ne se mémorait qu’un détail, elle l’avait accouché un soir à Nevers dans un coin triste d’une ville triste où on rêve en japonais.


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