Publié par : Memento Mouloud | mai 3, 2017

Lafarge, Jean-Claude Veillard et l’État islamique

 

 

L’un des dirigeants du groupe Lafarge qui a supervisé des négociations secrètes avec l’État islamique, afin que le géant mondial du ciment poursuive son business en pleine guerre syrienne, est un fervent soutien de la cheffesse du Front national (FN). Il fut notamment l’un de ses candidats lors des dernières élections municipales à Paris.

Son nom : Jean-Claude Veillard. Il est l’actuel directeur de la sûreté du groupe franco-suisse Lafarge/Holcim. Plusieurs documents et témoignages démontrent son implication dans le dossier syrien et sa parfaite connaissance des tractations qui ont eu cours, en 2013 et 2014, entre la multinationale et l’État islamique (EI), auteur d’une vague d’attentats sans précédent en France en 2015.

Cette collaboration avait abouti à divers appuis financiers de Lafarge en faveur du groupe terroriste : achat de pétrole, dont la production était contrôlée par l’EI, fourniture de camions de ciment et paiement d’une taxe pour assurer le passage et la sécurité des employés de l’entreprise en Syrie. Mis au jour par le quotidien Le Monde et la lettre spécialisée Intelligence Online, les faits ont provoqué le dépôt d’une plainte pénale, le 15 novembre 2016, par l’ONG française Sherpa et le Centre européen pour les droits constitutionnels et les droits de l’homme (ECCHR), basé à Berlin, pour « financement d’entreprise terroriste »« complicité de crimes de guerre et de crimes contre l’humanité »« mise en danger délibérée d’autrui »« exploitation abusive du travail d’autrui »« négligence » et « recel ».

Ancien des commandos de marine, qu’il a quittés avec le grade de capitaine de frégate (équivalent de lieutenant-colonel), Jean-Claude Veillard est depuis bientôt dix ans l’un des piliers du groupe Lafarge, leader mondial dans le domaine des matériaux de construction – ciment, béton, granulats – avec 13 milliards d’euros de chiffre d’affaires. C’est aussi un militant : à l’occasion des élections municipales de mars 2014 à Paris, il fut cinquième sur la liste du candidat du Rassemblement Bleu Marine, Wallerand de Saint-Just, qui est actuellement le trésorier de la campagne présidentielle de Marine Le Pen. C’est exactement à la même période que Lafarge négociait avec l’État islamique.

Le groupe avait racheté en 2007 une cimenterie syrienne qui, après de multiples travaux, a été inaugurée en 2010, soit deux ans après l’arrivée de Veillard à la tête de la sécurité de la multinationale. L’usine syrienne était alors considérée comme l’une des plus modernes et prometteuses du Proche-Orient, avec une capacité de production annuelle de trois millions de tonnes de ciment. Située à Jalabiya, au nord-est de la Syrie, à 90 kilomètres de Raqqa, la “capitale” de l’État islamique dans ce pays, la cimenterie était la propriété d’une filiale à 98 % de Lafarge, baptisée Lafarge Cement Syria (LCS).

Malgré sa réputation de personnage très secret, qui a gardé de son passé dans les forces spéciales la culture du cloisonnement, Jean-Claude Veillard a laissé derrière lui des traces qui prouvent son implication dans l’embarrassant dossier syrien de Lafarge. Du fait de l’emprise territoriale grandissante de l’EI en Syrie, en 2013 et 2014, Lafarge a fait le choix, contrairement à d’autres, d’entrer en négociation financière avec l’organisation terroriste pour pouvoir continuer ses affaires sur place et, d’après ses dirigeants, assurer la sécurité de son personnel.

Jean-Claude Veillard était informé de chaque phase de la négociation avec les djihadistes. Il recevait copie des mails adressés à la direction et a dû donner son avis sur les décisions prises. Plusieurs mails, dont Mediapart a pu avoir connaissance, en attestent. C’est le cas, par exemple, d’un échange de mails d’août 2014 dans lequel l’un des responsables de Lafarge en Syrie annonce qu’à la suite de ses discussions avec l’État islamique, l’entreprise devait fournir les pièces d’identité de ses employés sur place pour faciliter leur passage, lequel avait été rendu possible grâce à l’acquittement d’une taxe au profit des djihadistes. D’autres éléments circonstanciés, qui reposent notamment sur les attestations d’une douzaine d’anciens salariés de l’usine syrienne, tendent par ailleurs à démontrer que Lafarge a sciemment mis en danger son personnel sur place dans le seul but de continuer à produire. Les récits évoquent une série d’enlèvements, des tirs contre des salariés et l’absence de véritable plan d’évacuation en cas d’attaque de l’usine. 

Les accords de Lafarge avec l’EI ont perduré jusqu’au mois de septembre 2014, date à laquelle l’organisation terroriste a fini par s’emparer de l’usine, forçant la multinationale à fermer le site. Entretemps, compte tenu de la difficulté et du danger de la situation, Lafarge a évacué son personnel européen (essentiellement français) puis, officiellement, son personnel local (syrien) vers la Turquie, où les employés ont continué à être payés jusqu’à fin 2015.

En réalité, l’évacuation des 240 salariés présents lors de l’attaque de l’usine par l’EI s’est passée selon le principe de la préférence nationale. La direction avait négligé de prévenir le personnel local de l’imminence de l’attaque et les bus qui avaient été annoncés en cas d’évacuation d’urgence ne sont jamais venus car les taxes de l’État islamique étaient trop onéreuses. Les salariés syriens ont dû se débrouiller seuls pour se sauver dans un camp de réfugiés en Turquie. Le décalage entre l’évacuation des Français puis, lorsqu’on ne pouvait plus faire autrement, celle des syriens n’a choqué que les droits de l’hommistes car dans l’évangile frontiste la vie d’un français est incommensurable à celle d’un peon.

« Je n’ai rien à dire ». Concernant son engagement aux côtés de Marine Le Pen, Jean-Claude Veillard s’est contenté d’un grotesque: « Il s’agit d’une affaire personnelle et privée. ». Puis dans sa position favorite de victime du bolchévisme médiatique incarné par BFM et Jean-Jacques Bourdin « Si j’avais été l’adjoint de Mélenchon ou d’un socialiste, cela ne vous aurait pas intéressés, j’en suis sûr. »

Une assemblée générale des actionnaires de Lafarge doit se réunir ce mercredi 3 mai, à Zurich (Suisse), pour examiner les suites à donner à une enquête interne confiée à deux cabinets d’avocats, Baker McKenzie (aux États-Unis) et Darrois-Villey-Maillot-Brochier (en France), sur les accusations de compromissions du groupe avec l’EI. Ses conclusions, connues depuis avril, sont très sévères et ont poussé Lafarge, qui s’était longtemps réfugié dans le déni, à reconnaître les faits.

Le groupe a déjà annoncé le départ prochain, le 15 juillet, de son directeur général, Eric Olsen. Ce dernier s’est engagé à “faire le ménage” au sein de la direction avant de partir. Plusieurs dirigeants seraient aujourd’hui menacés : le PDG de la filiale syrienne, le directeur de l’usine (qui vit aujourd’hui à Damas), mais aussi Jean-Claude Veillard.

Mediapart/BAM

 

Publié par : Memento Mouloud | mai 2, 2017

Les copains russes du FN

 

Rendez-vous était pris le 17 mars 2016, à Genève. Ce jour-là, Jean-Luc Schaffhauser, eurodéputé frontiste dont la fondation fut la bénéficiaire de fonds en provenance des îles Vierges britanniques, a une mission importante à accomplir. Il s’est déplacé pour s’entretenir discrètement avec un certain Vilis Dambins, un businessman letton dont le nom est apparu lors du scandale des Panama Papers. Cet ancien banquier est l’un des principaux émissaires d’Alexandre Babakov, parlementaire et conseiller du président Poutine qui a déjà aidé le Front national à obtenir, en 2014, un prêt de 9,4 millions d’euros auprès de la First Czech-Russian Bank (FCRB). Il y a urgence puisque six jours auparavant, le 11 mars 2016, s’est produit à Moscou un événement fâcheux : la banque russe sur laquelle le FN comptait – la FCRB – pour obtenir de nouveaux crédits a été mise sous tutelle par la banque centrale russe dans des conditions mystérieuses. Elle n’a alors plus que quelques mois à vivre, plombée par un trou de 31,8 milliards de roubles (497 millions d’euros). En attendant sa mise en faillite, laquelle interviendra en octobre 2016, il faut à tout prix trouver une banque russe capable de prendre la relève.

Trois mois après l’entrevue de Genève, une première piste conduit le bureau exécutif du Front national à donner son feu vert, le 15 juin 2016, pour un emprunt de 3 millions d’euros auprès de la Strategy Bank, établissemt plusieurs fois épinglé pour blanchiment d’argent mais la Strategy Bank a finalement perdu sa licence bancaire le 26 juillet 2016, faisant capoter le contrat de prêt. Le 4 novembre 2016, il rencontre lui-même à Paris l’intermédiaire letton Vilis Dambis en compagnie de Didier Bollecker, un avocat français qui agit alors pour le compte de Jean-Luc Schaffhauser. Les trois hommes ont choisi de se retrouver à l’hôtel Peninsula, un palace cinq étoiles situé à deux pas de l’Arc de triomphe.  le Front national s’est tourné vers la NKB Bank, un établissement encore plus obscur, situé à la 527e place du classement russe. Il s’agissait toujours d’emprunter 3 millions d’euros auprès de cette autre banque. Le terme « autre » banque ne convient pas exactement car Strategy Bank et NKB Bank sont en réalité des structures jumelles, contrôlées par un seul et même homme : Dmitri Roubinov, ancien fonctionnaire de la banque centrale.  Le 29 décembre 2016, NKB Bank a, à son tour, perdu sa licence pour violations répétées de la « loi fédérale contre le blanchiment d’argent et le financement du terrorisme », laissant une ardoise de 510 millions de roubles (8,3 millions d’euros). Et ce 17 avril dernier 2017, la Cour d’arbitrage de Moscou a prononcé sa faillite

Derrière ces deux tentatives avortées de prêts, on retrouve encore et toujours Alexandre Babakov, l’homme clé du prêt de 9,4 millions déjà obtenu en 2014.  Marine Le Pen l’aurait rencontré lors d’un voyage resté confidentiel en Russie, en février 2014, au moment des discussions pour le premier prêt russe. Le parcours de Babakov est plutôt celui d’un oligarque proche du Kremlin qui jongle avec plusieurs casquettes, mêlant politique et business. Aujourd’hui sénateur, il a été de 2003 à 2015 député à la Douma, d’abord élu sur la liste du mouvement ultra-patriote Rodina, puis faisant allégeance à Russie unie, le parti du pouvoir. Depuis 2012, il occupe la fonction de « représentant spécial » de Vladimir Poutine, chargé des relations avec les organisations russes à l’étranger, ce qui le désigne comme l’un des hommes clés des réseaux d’influence du Kremlin en Europe.

 

 

Le parlementaire Babakov, qui a bâti sa fortune dans l’immobilier et le secteur énergétique, n’a jamais abandonné ses affaires, maître dans l’art de se cacher derrière une nébuleuse d’hommes de paille et de structures opaques comme celles administrées par Vilis Dambins. Son patriotisme est à géométrie variable : il est ainsi propriétaire de biens immobiliers en France – un château à 37 km de Versailles et un appartement parisien – enregistrés au nom de son épouse et de ses enfants et qu’il n’a jamais déclaré en Russie comme la loi l’y oblige pourtant. Dans sa dernière déclaration de patrimoine, il indique pour 2016 des revenus de 538 millions de roubles (soit 67 fois plus qu’en 2015 quand il était député à la Douma) et se dit propriétaire d’un seul appartement en Russie de 69 m2, affirmant ne pas avoir de voitures.

Les coulisses du prêt accordé en 2014 font apparaître un schéma tortueux de versements passant par le Luxembourg et les îles Vierges britanniques, et dans lequel on retrace en filigrane Alexandre Babakov et ses proches. Au cœur de cette nébuleuse, on trouve l’Académie européenne, une « fondation » dirigée par Schaffhauser qui œuvre au rapprochement avec la Russie. D’après nos informations, l’association a reçu, en 2014 et 2015, 250 000 euros au total, en provenance de la société Spencerdale Ltd, basée aux îles Vierges britanniques. L’argent a transité via une autre structure créée quelques mois avant le premier versement, le 30 septembre 2013 : West East Communication Group. 

Schaffhauser est un ancien consultant passé par Auchan, Dassault et Total, l’eurodéputé a été débauché en 2012 par Marine Le Pen, qui a vu dans son carnet d’adresses fourni dans les pays de l’ex-URSS un véritable atout. Cet ex-centriste proche de l’Opus Dei s’est vu offrir par la présidente du FN une place éligible sur les listes frontistes aux élections municipales et européennes, en 2014. Cette même année, il a apporté sur un plateau le prêt de la FCRB de 9 millions d’euros. Avant de reprendre ses recherches de financement en 2016, dans l’optique de la présidentielle. En septembre 2016, soit trois mois après que Marine Le Pen donne son accord pour l’emprunt de 3 millions d’euros, l’eurodéputé annonçait, dans sa déclaration d’intérêts de parlementaire, la reprise de ses « activités de consultant » et des « revenus à venir à partir de 2017 ».

Mediapart

Publié par : Memento Mouloud | avril 28, 2017

Pawn Storm ou comme un ours dans un ban de requins

La méthode d’attaque est le phishing (« hameçonnage » en français), qui consiste à créer une page contrôlée par l’attaquant afin d’y amener la cible pour qu’elle y livre des données personnelles. Il s’agira d’un faux site de banque pour récupérer des données bancaires ou d’une fausse page Gmail pour récupérer les codes d’accès à une messagerie.

Pour mener ses opérations de phishing« Pawn Storm a maintenu une campagne de long terme contre les principaux fournisseurs de services mails internationaux gratuits comme Yahoo et Gmail ». Mais le groupe a également créé de faux sites à visée plus locale, destinés à piéger les utilisateurs de la société ukrainienne Ukr.net ou des sociétés russes Yandex et Mail.ru. « Pawn Storm a mis en place des sites de phishing d’autres fournisseurs de services mails gratuits pour des cibles très spécifiques. Nous avons trouvé des noms de domaine de phishing pour des fournisseurs de service mail relativement petits à Chypre, en Belgique, en Italie, en Norvège et dans d’autres pays. » Pawn Strom se serait ainsi attaqué au service mail d’universités en Estonie et en Russie.

Une fois qu’un des employés d’une organisation est tombé dans le piège d’un des sites de phishing et que ses identifiants ont été récupérés, les hackers peuvent tout d’abord récupérer les données du compte concerné. Mais surtout, ils disposent désormais d’une porte d’entrée dans le réseau visé leur permettant « de pénétrer plus profondément dans l’organisation ciblée ».

Toute la difficulté, pour l’assaillant, est de parvenir à faire venir la cible sur son site. Celui-ci ressemblera à une page du service mail et demandera à la cible de taper son identifiant et son mot de passe, qui seront alors récupérés. Pour cela, les hackers enverront généralement un mail invitant la victime à cliquer sur un lien au prétexte d’une urgence, d’une mise à jour ou d’un problème de sécurité. L’attaque est donc précédée d’une phase « d’ingénierie sociale » durant laquelle le hacker récolte un maximum d’informations personnelles en vue de calibrer son message.

Si la plupart de ces leurres sont facilement identifiables, Pawn Storm a démontré dans plusieurs cas un savoir-faire peu commun. Certains « acteurs ont démontré une créativité remarquable dans leurs attaques et parlent couramment des langues étrangères. Pour certains des assauts, les victimes ne peuvent être blâmées pour être tombées dans les astuces de l’ingénierie sociale. Nous avons vu des leurres de phishing qui étaient quasiment impossibles à distinguer de mails authentiques ».

Trend Micro alerte également sur l’utilisation par Pawn Storm d’une technique de phishing plus évoluée baptisée Tabnabbing (de tab, onglet en français, et nabbing, « épinglage » ou « hameçonnage » en français). Cette technique consiste à utiliser un petit programme qui permet de détecter lorsque la cible change d’onglet dans son navigateur. Concrètement, celle-ci sera sur une page habituelle mais dès qu’elle changera d’onglet, le programme modifiera l’URL pour une page de phishing.

« Dans ce scénario d’attaque, la cible reçoit un email supposé venir d’un site qui pourrait l’intéresser – peut-être d’une conférence à laquelle il est censé participer ou d’un site d’information auquel il vient de s’inscrire. L’email propose un lien vers une URL qui semble très authentique. Quand la cible lit son mail et clique sur le lien, il va s’ouvrir dans un nouvel onglet. Ce nouvel onglet  montrera le site légitime de la conférence ou du site d’information après avoir été redirigé depuis un site sous le contrôle de l’attaquant. » La victime pourra donc y naviguer sans aucun problème ni danger. Mais ce qu’elle ne sait pas, c’est que « juste avant la redirection, un simple script a été lancé, transformant l’onglet original de son service mail en site de phishing. Quand la cible a fini de lire l’article ou les informations sur la conférence sur le site légitime, il retourne sur l’onglet de ses mails. Il est informé que sa session a expiré et que le site a besoin à nouveau de ses identifiants. Il est alors probable qu’il rentre à nouveau son mot de passe »

Plusieurs organisations ont été ciblées par ce type particulier d’attaque, notamment les ministères de la défense hongrois et espagnols, la sécurité nationale bulgare, l’OSCE ou encore des utilisateurs de Yahoo. Pour les autres attaques, les cibles finales du groupe sont variées, mais correspondent toutes, souligne Trend Micro, à des cibles d’espionnage étatique : « forces armées, industrie de la défense, partis politiques, ONG, médias et gouvernement partout dans le monde ». Dans ce tableau, on trouve les armées du Chili, d’Arménie, de Roumanie, du Danemark, du Portugal, de la Grèce, des Émirats arabes unis ou encore de Bulgarie. Plusieurs ministères ont également été visés : ceux de la défense de la Bulgarie, de la Pologne, de la Hongrie, de l’Espagne, d’Afghanistan ou d’Arabie saoudite et ceux des affaires étrangères de Géorgie du Sud, d’Arménie, des Émirats arabes unis et du Qatar.

De nombreux médias ont également été ciblés, notamment le New York Times, Buzzfeed, le journal turc Hurriyet ou Al Jazzera. En ce qui concerne les partis et responsables politiques, ou trouve le premier ministre turc, le parlement turc, le parti démocrate américain, le parlement du Monténégro ou encore le candidat français Emmanuel Macron. On peut également ajouter plusieurs agences gouvernementales comme le département de l’aviation civile de Malaisie, la société américaine énergétique Westinghouse Nuclear, des organisations internationales comme l’OSCE, l’Agence mondiale antidopage ou le Tribunal arbitral du sport.

En avril et mai 2016, Pawn Storm a également lancé une opération contre la CDU, parti de la chancelière allemande Angela Merkel. Aucune donnée n’a pour l’instant été publiée. Il est également « très probable que, de juillet 2015 à août 2016, Pawn Storm ait eu accès au compte Gmail de Colin Powell, ancien secrétaire d’État américain des États-Unis sous l’administration de George W. Bush ». Certains de ces mails ont été diffusés en septembre 2016 sur le site dcleaks.com. Le groupe a également été très actif en Russie : « Des citoyens russes – journalistes, développeurs de logiciels, politiciens, chercheurs d’universités et artistes – sont également visés par Pawn Storm. Plusieurs organisations médiatiques (dont des médias grand public) et des ambassades étrangères à Moscou sont également des cibles habituelles. »

Pour ses opérations, le groupe « utilise les infrastructures internet de pays bien connectés comme les États-Unis, la France, les Pays-Bas, la Lettonie, la Roumanie et l’Allemagne ». Un choix curieux car ces pays disposent tous de services de renseignement, pour certains particulièrement efficaces. Certes, comme le souligne le rapport, Pawn Storm chiffre ses communications et l’envoi des identifiants dérobés. Mais il n’en demeure pas moins que cette attitude est pour le moins inhabituelle pour des hackers qui, habituellement, redoublent de créativité pour dissimuler la moindre trace. « Pawn Storm ne se soucie clairement pas que les services de renseignement puissent avoir une visibilité sur les identités des cibles victimes… Pawn Storm est en quelque sorte effronté : les acteurs ne se préoccupent pas de se faire attraper à un moment. »

Sa stratégie pour protéger l’anonymat de ses membres est en revanche qualifiée de « remarquable ». Les actions de Pawn Storm ne peuvent pas être facilement attribuées à des surnoms ou des profils de l’underground… Pour beaucoup de groupes cyber-criminels, au moins certains surnoms de l’underground sont connus, mais pas pour ce groupe. Les identités individuelles des acteurs de Pawn Strom sont très bien protégées. »

Dans le cas de Pawn Storm, l’accusation la plus ferme a été portée au mois de janvier dernier par un rapport commun de services américains remis à Donald Trump. Celui-ci affirmait « avec grande confiance », mais sans preuve matérielle, que ce sont les services de renseignement militaires russes, le GRU, qui se cachaient derrière « Guccifer 2.0 », auteur du piratage des courriels de responsables du parti démocrate. Le GRU aurait ensuite choisi de donner ces documents à WikiLeaks.

Mediapart

 

 

Publié par : Memento Mouloud | avril 26, 2017

Macron ou le parti de la Joie

« La lente reprise qui a suivi les crises de 2008-2009 et de 2011-2012 dans les pays où la distribution du revenu a continué de favoriser les revenus les plus élevés n’a guère permis aux revenus plus faibles d’accroître leur niveau de vie, oumême de le préserver dans certains cas. Il en a résulté, notamment aux États-Unis et dans certaines parties de l’Europe, une désillusion croissante par rapport à la mondialisation. Il existe un risque palpable que des préoccupations légitimes sur le plan de l’équité provoquent des mesures protectionnistes sous la pression d’un scepticisme croissant vis-à-vis du commerce, de l’immigration et de l’action multilatérale »

Rapport du FMI

 

Hier soir Macron accusait sur France 2 ses adversaires d’être tristes. On en déduisait le nom de son parti, le parti de la Joie. Il serait facile d’appeler celui de Marine le Pen, le parti de la haine quand il n’est que celui du ressentiment, qu’il emprunte à la gauche, et de l’inconsistance qu’il puise un peu partout.

Il y aura donc, en vue, une lutte d’hybrides.

Un parti de la joie né de la peur d’un duel entre Fillon et Le Pen et du fantasme d’une fin de l’Europe, et un parti du ressentiment animé de toutes sortes d’aversions. Le parti de la colère s’abstiendra, celui du courage n’est pas encore formé.

Fillon a bien tenté de lui donner une langue churchillienne mais le non-dit de la langue fillonesque était celui-ci : c’était un parti de vieux, de vieux à patrimoines. Rappelons que le revenu moyen des retraités est, en France, supérieur au revenu moyen des actifs. Il est inutile d’évoquer les inégalités de patrimoine. Certains patrimoines finiront épongés dans les frais de fin de vie, d’autres embaumeront de bonheur et paveront de roses les apports nécessaires à l’investissement dans la pierre ou l’innovation.

En votant à 37 % pour Fillon et dans une proportion importante pour Dupont-Aignan, les vieux des années noires et ceux des trente glorieuses ont signifié aux générations à plus de deux millions de chômeurs permanents pris dans les campanules de la société kitsch de sidération qu’ils les méprisaient. Les générations en question ont répliqué par Mélenchon ou la cohorte des tous nus et tous bronzés du revenu universel.

Les plus installés ont voté Macron suivis de tous ceux qui n’ont pas compris ou ne comprendront jamais à quel point donner un esprit et confier le sien à une entreprise relevait à la fois du ridicule et du cauchemar.

Publié par : Memento Mouloud | avril 25, 2017

Le vote des métropoles

Le bilan du vote des métropoles, noyau, centre et tête de réseau de la mondialisation est simple : une bonne partie des gens de gauche préfèrent jouer les idiots utiles du libéralisme plutôt que de voter à gauche, sortes de lapins pétrifiés pris dans les phares d’un hypothétique second tour entre Fillon et Le Pen. Le vote Le Pen stagne voire subit une légère érosion à l’exception de la région provençale où il progresse. La droite conservatrice se maintient malgré une légère fuite de son électorat vers le parangon du libéralisme tolérant, sans préjugés et quelque peu moralineux. Le badin de la farce est donc sans aucune exception la gauche condamnée à jouer le bovarysme de l’insurrection qui vient et ne cesse de venir ou le ressentiment contre les méchants riches qui n’en finissent plus de s’enrichir, en attendant le jour radieux où l’humain sans frontière se confondra avec le capital du même nom.

 

Lille :

Macron : 22 574 (Bayrou 2012 : 7365)

Mélenchon-Hamon : 36850 (Hollande-Mélenchon-Joly 2012 : 48490)

Arthaud-Poutou : 1442 (2012 : 1378)

Le Pen : 12481 (LP 2012 : 11968)

Fillon : 13004 (Sarkozy 2012 : 18951)

Dupont-Aignan : 2360 (D-A 2012 : 917)

 

Strasbourg

Macron : 29278 (Bayrou 2012 : 11096)

Mélenchon-Hamon : 35636 (Hollande-Mélenchon-Joly 2012 : 50811)

Arthaud-Poutou : 1499 (2012 : 1365)

Le Pen : 12833 (LP 2012 : 12635)

Fillon : 20927 (Sarkozy 2012 : 29272)

Dupont-Aignan : 3063  (D-A 2012 : 1086)

 

Grenoble

Macron : 17985 (Bayrou 2012 : 5466)

Mélenchon-Hamon : 24920 (Hollande-Mélenchon-Joly 2012 : 37380)

Arthaud-Poutou :  890 (2012 : 890)

Le Pen : 6718 (LP 2012 : 7170)

Fillon : 9505 (Sarkozy 2012 : 14067)

Dupont-Aignan : 1739 (D-A 2012 : 827)

 

Lyon :

Macron : 71084 (Bayrou 2012 : 24531)

Mélenchon-Hamon : 75049 (Hollande-Mélenchon-Joly 2012 : 106285)

Arthaud-Poutou :  2686 (2012 : 2661)

Le Pen : 20784 (LP 2012 : 22718)

Fillon : 54765 (Sarkozy 2012 : 70311)

Dupont-Aignan : 6197 (D-A 2012 : 3103)

 

Rennes

Macron : 29090 (Bayrou 2012 : 9737)

Mélenchon-Hamon : 36232 (Hollande-Mélenchon-Joly 2012 : 54026)

Arthaud-Poutou :  1384 (2012 : 1442)

Le Pen : 6121 (LP 2012 : 6800)

Fillon : 15098 (Sarkozy 2012 : 19393)

Dupont-Aignan : 2167 (D-A 2012 : 1106)

 

Paris

Macron : 375005 (Bayrou 2012 : 92664)

Mélenchon-Hamon : 320098 (Hollande-Mélenchon-Joly 2012 : 497231)

Arthaud-Poutou :  9696 (2012 : 9363)

Le Pen : 53719 (LP 2012 : 61503)

Fillon : 284744 (Sarkozy 2012 : 319482)

Dupont-Aignan : 17997 (D-A 2012 : 9959)

 

Bordeaux :

Macron : 35223 (Bayrou 2012 : 11619)

Mélenchon-Hamon : 37702 (Hollande-Mélenchon-Joly 2012 : 52419)

Arthaud-Poutou :  1693 (2012 : 1716)

Le Pen : 8331 (LP 2012 : 8757)

Fillon : 24568 (Sarkozy 2012 : 30545)

Dupont-Aignan : 2606 (D-A 2012 : 1218)

 

Toulouse :

Macron : 52935 (Bayrou 2012 : 17232)

Mélenchon-Hamon : 76706 (Hollande-Mélenchon-Joly 2012 : 104269)

Arthaud-Poutou :  2606 (2012 : 2604)

Le Pen : 18194 (LP 2012 : 19714)

Fillon : 34336 (Sarkozy 2012 : 44092)

Dupont-Aignan : 4840 (D-A 2012 :2340)

 

Montpellier

Macron : 27179 (Bayrou 2012 : 7961)

Mélenchon-Hamon : 44428 (Hollande-Mélenchon-Joly 2012 : 58952)

Arthaud-Poutou :  1386 (2012 : 1465)

Le Pen : 14662 (LP 2012 : 14751)

Fillon : 17376 (Sarkozy 2012 : 23310)

Dupont-Aignan : 2627 (D-A 2012 :1327)

 

Nantes :

Macron : 46072 (Bayrou 2012 : 15733)

Mélenchon-Hamon : 54483 (Hollande-Mélenchon-Joly 2012 : 76581)

Arthaud-Poutou :  2038 (2012 : 1938)

Le Pen : 10644 (LP 2012 : 11213)

Fillon : 30259 (Sarkozy 2012 : 36497)

Dupont-Aignan : 3713 (D-A 2012 : 1796)

 

Nice :

Macron : 33169 (Bayrou 2012 : 10332)

Mélenchon-Hamon : 34877 (Hollande-Mélenchon-Joly 2012 : 55176)

Arthaud-Poutou :  1408 (2012 : 1457)

Le Pen : 40874 (LP 2012 : 37856)

Fillon : 42190 (Sarkozy 2012 : 56988)

Dupont-Aignan : 5912 (D-A 2012 : 2277)

 

Marseille

Macron : 74823 (Bayrou 2012 : 20619)

Mélenchon-Hamon : 110 264 (Hollande-Mélenchon-Joly 2012 : 164544)

Arthaud-Poutou :  3926 (2012 : 3773)

Le Pen : 86633 (LP 2012 : 79292)

Fillon : 72516 (Sarkozy 2012 : 100637)

Dupont-Aignan : 11026 (D-A 2012 : 4160)

 

Toulon

Macron : 14958 (Bayrou 2012 : 5664)

Mélenchon-Hamon : 17337 (Hollande-Mélenchon-Joly 2012 : 27885)

Arthaud-Poutou :  951 (2012 : 1075)

Le Pen : 21403 (LP 2012 : 18963)

Fillon : 18503 (Sarkozy 2012 : 26129)

Dupont-Aignan : 3444 (D-A 2012 : 1252)

Publié par : Memento Mouloud | avril 25, 2017

Sabbat chez les Le Pen

Je ne sais si France 2 y a songé mais lors de cette soirée de premier tour, des femmes dansaient, les femmes Le Pen tandis que Marion Maréchal s’esclaffait sur le plateau de TF1. Les femmes jouissaient clairement de leur victoire.

 

Jean-Marie Le Pen était seul dans son bureau. Un petit entretien de courtoisie. Il était fatigué, vieux, usé, comme un Lear au milieu des ruines. Il fut congédié comme le spectacle congédie un valet. Il lança un « bonne soirée » en off. Il n’était plus qu’un saltimbanque sur un bord de route, dans une roulotte, un padrone en perdition.

 

Publié par : Memento Mouloud | avril 25, 2017

Retour vers le futur : le come-back de la Troisième Force

C’était en 1951, les américains et leurs séides hexagonaux ne savaient comment endiguer le double étau communiste et gaulliste, ils en vinrent donc à inventer une alliance et une loi électorale. Du côté de l’alliance, celle-ci s’étendait des socialistes à la droite conservatrice. Du côté de la loi, on trafiqua un peu et on en vint aux apparentements. La prime allait au gagnant et les partis « américains » touchèrent le jackpot parlementaire en étant minoritaire dans le pays. C’était une manière de ressusciter l’opposition maurrassienne entre pays légal et pays réel. Les méchantes langues parlaient de système. La gauche entrait dans une opposition dont elle ne sortit réellement qu’en 1981. On crut les gaullistes morts. Ils allaient renaître en 1958.

Macron n’est donc pas une nouveauté. Disons qu’il incarne un JJSS d’aujourd’hui à qui ne manque qu’une Françoise Giroud. Pour ce qui est de l’Express, la plateforme s’est étendue. Il existe désormais des Express de gauche, du centre, de droite, il en existe sur différents supports, sur la Toile, les portables, partout où la pensée trépasse en 32 signes et quelques algorithmes.

Plus besoin de grand frère américain, l’UE y supplée. Juncker comme Merkel appellent à voter Macron, à consolider le processus, à le rendre illimité, éternel, sempiternellement en construction.

Du côté de la gauche, nous savions qu’il était inutile qu’une Union soviétique existe. La gauche inventera encore et toujours mille paradis imaginaires où des rois découronnés agenceront des fêtes éternelles où il sera question de luttes et de rêves entre citoyens multicolores et réconciliés. Des lieux dépourvus de Mal, des lieux lisses comme une chambre de crématorium ou un asile de fin de vie.

Macron se contente d’être en marche, au bord de l’infini du capital embrasé.

La droite conservatrice jouera au dernier français dans son asile catholique, ultime rempart ou camp des saints en attente d’un homme. La droite conservatrice est une somme de grenouilles qui ont soif et ne savent plus chanter.

Reste la famille bancale, mi-légitimiste, mi-bonapartiste, la France des Le Pen. Une France métissée aussi depuis que les outre-mers votent pour elle et que les intra-marins la rejoignent. La Télévision continue de produire des femmes d’un quintal à la marmaille exsangue  et des ouvriers mutiques comme parangons du vote frontiste mais ça ne prend plus.

Macron dispose des assis mais ils dansent, derviches décravatés de la réussite en sautoir, faiseurs ou mailleurs, araignées des réseaux qui vibrent d’innovations à prendre et à laisser.

Il faudrait un roi, une noblesse, une prêtrise pour s’opposer au règne de l’argent, tout le monde le sait mais les fadaises ont toujours cours. Des gens qui sont incapables de maintenir une famille vous expliquent doctement qu’ils ont la clé de l’avenir ; ils fabriquent leur petit empire de mille ans, leur Raum portatif, cet espace lisse qu’ils tracent depuis le seuil de leur ordinateur. Ils simulent dans un monde aux abois.

Extension du domaine du nombril.

La France vote Macron ou le Pen ou Trucmuche mais le roi Vermeil attend encore aux abords du cygne noir qui n’en finit pas de se consumer. La France reviendra c’est sûr, mais ce sera après-demain. Comme la quatrième République n’en finissait jamais de régler la question coloniale, celle-ci n’en finit pas de se mélanger les pinceaux avec la question musulmane. A une même question mondiale, la France légale répond aphone : c’est la faute aux zyslamistes, les beaux jours reviendront.

Publié par : Memento Mouloud | avril 22, 2017

Demain votez Bouli

Publié par : Memento Mouloud | janvier 14, 2017

Du spectacle des primaires et des élections

meluche

Je venais d’avaler le cinquième et antépénultième opus de Jason Bourne au scénario calamiteux, comme les trois précédents, à l’atmosphère de paranoïa crypto-nationaliste, teinté du visage bouffi d’alcoolique non-repenti de Matt Damon, passaient les primaires du PS dont l’intérêt dramaturgique est nul puisque le seul intérêt spectaculaire de cette élection c’est d’assister au naufrage électoral du socialisme français, à sa disparition parlementaire, exactement comme le seul intérêt de la primaire de droite fut d’assister aux défaites humiliantes de Sarkozy puis de Juppé. Il ne souffle aucun vent révolutionnaire sur la France, pas plus que sur les bataillons de prose algorithmique de la presse hexagonale, juste une volonté des spectateurs de changer de récit et de canevas.

Les primaires comme les élections sont un spectacle organisé par l’oligarchie qui en choisit les figurants et les têtes de gondole. C’est ce que les gens sérieux appellent la démocratie. Hamon et  Valls figurent des androïdes japonais égarés dans la partition de leur logiciel, Montebourg joue au chien fou du plein emploi, Benhamias campe sans cravate, Pinel opère en potiche engourdie, Peillon s’est choisi un costard de gardien de Franprix et un brushing crypto-stalinien, quant à de Rugy on se demande bien ce qu’il peut faire là, campé sur le libéralisme avancé et son administration du désastre.

Dans l’élection qui vient l’intérêt va se nouer non pas autour de la présence frontiste au second tour ou sur les sourcils broussailleux du brave Fillon adepte de la monovanne mais sur la victoire de Macron et sur le score à deux chiffres de Mélenchon, en résumé sur la disparition possible et probable du PS. Le spectacle sera assuré comme de l’autre côté de l’Atlantique où Trump n’a pas gagné sur un programme mais sur un ressort dramaturgique simple : en matière de spectacle, le diable c’est l’ennui.

Publié par : Memento Mouloud | décembre 29, 2016

Raffaele Simone, la démocratie, les populismes et l’Europe

Mon analyse suggère (…) que la démocratie (…) repose sur un système compliqué, courageux et génial de fictions (…). Ces fictions, nombreuses et entremêlées, forment dans leur ensemble une structure conceptuelle à la complexité impressionnante. Mais si (…) on la démonte pièce par pièce, elle s’avère un agrégat instable, presque comme celui des baguettes de mikado qui se superposent une fois retombées : on dirait qu’elles sont bien agencées, alors qu’en réalité leur équilibre est extrêmement fragile. Il suffit de la moindre vibration pour tout défaire.

Dans la modernité occidentale, on souffre de deux décalages fatals : celui de la politique face aux besoins des citoyens et celui des médias face à la vie réelle. Le premier est dû à la mauvaise direction qu’a prise la politique depuis des décennies : sphère close, ou quasiment close, mandarins, clientélisme, cumul, dans la durée, des charges et des mandats, privilèges, professionnalisation rampante, etc. Cette métamorphose – prévue lucidement déjà au début du siècle passé par Max Weber – a été révélée par l’action et la place grandissantes de l’information et, plus récemment, d’Internet. Si l’on veut un exemple caractéristique, triomphant, de cette distorsion, il suffit de regarder la bureaucratie européenne, où les gens qui commandent et déterminent le sort des différents pays sont inconnus et très bien récompensés.

Quant au second décalage, il est clair désormais que les médias sont de moins en moins rivés aux faits et immergés parmi les gens et leurs soucis réels, sauf à l’occasion de catastrophes et de situations dramatiques : les bureaux de presse, les sondages, les communications produites par les lobbies ont pris le dessus. Les médias ne racontent plus la vie des gens, mais plutôt les manigances des puissants, des célébrités et des fortunés. Conséquence de cette logique : la couverture de faits importants comme l’élection américaine, la Brexit et les primaires françaises a été totalement faussée par cette distorsion. La réalité parle évidemment un autre langage, que les médias ne connaissent pas.

Les mouvements populistes importants sont nés dans des pays qui, dans le passé, ont connu des formes de fascisme. Cela signifie que les mouvements populistes modernes ne sont que des formes allégées de fascisme. Il s’agit d’un avatar récent du fascisme européen. Et c’est extrêmement périlleux. Leurs publics sont essentiellement des personnes qui s’informent peu et ne comprennent pas grand-chose. Ce qu’autrefois on appelait la plèbe. L’un des aspects typiques du populisme est de construire une figure de vilain. Il y a un méchant physique et un méchant institutionnel. Pour les fascistes, le méchant interne était les communistes, puis les juifs. Le méchant externe était l’Angleterre. Aujourd’hui, le vilain interne, c’est l’étranger et l’externe, c’est l’Europe. Le scénario est similaire.

La seule particularité des nouveaux populismes, c’est qu’ils créent l’illusion de la démocratie directe à travers les nouvelles technologies. L’humoriste et militant Beppe Grillo entre totalement dans ce schéma. Il y a aussi des populismes de gauche à la Mélenchon. Mais le style de sa communication est un style fasciste. Sa conception des riches est typiquement dans cette veine. Les fascistes parlaient de ploutocratie. Si Mélenchon n’alimente pas le rejet de l’étranger, c’est parce qu’il faut qu’il exhibe quelques éléments de gauche. Le vrai basculement dans le sentiment qu’ont les opinions publiques vis-à-vis de l’UE est dû à l’émergence de ces mouvements populistes qui ont fait tellement de bruit que même les citoyens qui n’étaient au courant de rien s’en sont trouvés sensibilisés. Ce sont eux qui ont la vraie responsabilité du changement d’attitude envers l’UE.

Le politique est souvent aveuglé par ses propres paroles, et par les flatteries des personnes serviles qui l’entourent. Il est donc porté à se surestimer. Il suffit de voir la fin de carrière de Sarkozy … Au début, Renzi était associé à l’idée de jeunesse et de renouvellement ; beaucoup (mais pas moi) l’ont pris au sérieux précisément pour ces raisons-là. Puis, son tempérament est apparu au grand jour : omniprésent, toujours en mouvement,  imbu de lui-même et de son groupe, avec des discours continuels, une surexposition médiatique sans répit, des promesses, des bobards, des annonces surréalistes… Il a même créé l’émission web Matteo répond (à la manière d’Hugo Chávez), dans laquelle il parlait en roue libre, se moquant souvent de ses adversaires ou des dissidents de son propre parti, racontant des blagues – et disant de temps en temps aussi des bobards. Puis, on a compris qu’il n’avait pas grand-chose d’un homme de gauche, qu’il était davantage l’ami des patrons que celui des travailleurs, et que ses mesures (surtout économiques, mais aussi sur l’école, les biens culturels…) ne donnaient pas de résultat. Ensuite encore, il y a eu quelques opérations hasardeuses : le sauvetage de certaines banques opaques, la colonisation des postes publics clés par la nomination de ses amis et amies … Enfin, on a compris qu’on avait affaire à un « mâle politique alpha » : centralisateur, envahissant, bavard et tout à fait ignorant de l’histoire politique de son propre pays. Pas si différent de Berlusconi, qui l’a d’ailleurs reconnu sur-le-champ comme son semblable. Dynamique, menteur, omnipotent et égocentrique, il reviendra.

Les 5 Etoiles fédèrent, interceptent la contestation mais, au bon moment, ils ne savent pas gouverner. On le voit à Rome, qui a élu une maire 5 Etoiles avec un plébiscite (67% des voix en juin dernier pour Virginia Raggi, avocate de 37 ans), mais est aujourd’hui une capitale à l’abandon. En interne, le mouvement pratique de plus une démocratie très très très opaque. C’est un parti non-parti, démocratique mais aussi totalitaire, sans statuts, sans congrès, sans culture politique, confondant sans scrupules des motifs de droite et de gauche, avec une galaxie d’affairistes et d’opportunistes tout autour de lui.

Pour le citoyen ordinaire, le seul intérêt de l’Europe, c’est la possibilité de circuler librement. Pour d’autres catégories de personnes, c’est de faire circuler le capital ou de créer des entreprises sans obstacles. Les motifs de douter de l’Europe sont donc innombrables, et certains sont sérieux et bien-fondés. Du point de vue du peuple, l’Union Européenne signifie surtout limites de souveraineté et interventions incompréhensibles dans certains domaines (comme l’agriculture). Du point de vue de celui qui s’informe, elle signifie quatre choses : une immense bureaucratie quasiment céleste, extrêmement bien rémunérée, privilégiée et repliée sur elle-même ; la multiplication d’organes complexes et inutiles, dont aucun n’est soumis à des élections populaires ; la suprématie effrontée de l’Allemagne, une grande succursale, surtout en Europe centrale, qui est un gigantesque marché allemand ; le manque de réelle coordination sur tous les terrains décisifs tels que l’économie, la politique étrangère, de défense, la gestion de l’immigration etc.

Nous sommes liés à la structure de l’Union européenne un peu comme le chien l’est à sa laisse. Trop de choses dépendent de l’UE : les financements des grands projets d’infrastructures, l’agriculture, la circulation des personnes et des biens, l’euro. Des aristocraties intouchables se sont créées dans la sphère européenne. Ce ne sera pas facile de mettre à la porte Barroso et Van Rompuy avec toute leur clique. On est face à une bureaucratie qui, en grande partie, autolégifère. Ajoutons le fait que l’Europe est composée de pays où l’on parle des langues différentes, ce qui favorise certaines hégémonies. La classe politique italienne, qui ne parle pas l’anglais, ne peut certainement pas être aux avant-postes des débats. Ce n’est pas un détail. Les gaffes linguistiques de Romano Prodi sont restées célèbres.

Du point de vue populaire, l’UE devrait être tout simplement dissoute. Le Brexit a été une expression brutale de cette vision « d’en bas ». Du second point de vue, elle doit être réformée de toute urgence, et de manière drastique. C’est mon point de vue, mais je me rends bien compte qu’il faudrait un accord et un effort gigantesque pour reformer l’Europe et redonner plus d’espace aux citoyens en son sein. Par exemple, le modèle de l’intercompréhension, élaboré par la linguiste française Claire Blanche-Benveniste, pourrait être une solution. Chacun parle dans sa propre langue et en comprend certaines autres sans nécessairement les parler. C’est un objectif réaliste, mais qui requiert une politique éducative au niveau européen.

L’Europe est une entité historique indiscutable, malgré la diversité de langues et de traditions. Et que cela nous plaise ou non, c’est un continent où les valeurs sont en grande partie fixées par le christianisme. Naturellement, il existe plusieurs Europe. Mais comme Milan Kundera, je pense que l’Europe finit là où commence la sphère russe. Les récents événements en Ukraine le prouvent. La Turquie, qui a été l’ennemie millénaire de l’Occident, n’est pas non plus en Europe. Dans l’absolu, il faudrait pouvoir évaluer le degré d’européisme des pays de manière à éviter le syndrome d’immobilisme qui a frappé des organismes comme l’ONU, l’Unesco ou la FAO.

En politique, il n’existe pas de devoir moral. En acceptant les pays de l’Europe orientale, on aurait dû prendre en compte les expériences politiques récentes et on aurait dû demander leur avis aux citoyens européens. Le cas hongrois est intéressant. La Hongrie a connu une longue phase communiste, mais aussi une expérience nazie terrifiante. Ces deux cordes vibrent encore dans ce pays. Même chose pour la Roumanie qui, avec la libre circulation, a laissé partir des groupes de population comme les Tziganes, qui posent problème dans les pays d’accueil. L’intégration de ces pays a été faite de manière superficielle et on en voit les conséquences. La Hongrie est en train de devenir la centrale de l’extrême droite européenne et elle révèle l’impuissance de l’UE à corriger des déformations. L’élargissement a été fait à la légère, sous la pression de l’Allemagne et de ses intérêts économiques.

La dimension économique de la mondialisation prive silencieusement de leur pouvoir, transféré à des multinationales sans adresse postale, les gouvernements locaux; l’ampleur du phénomène migratoire interpelle, quant à lui, un principe au fondement des démocraties libérales modernes – celui de l’inclusion illimitée. La vigueur de ces deux événements sollicite à l’extrême, et parfois jus qu’au point de rupture, des mécanismes démocratiques déjà affaiblis.

La démocratie montre ses limites quand elle est attaquée par des facteurs hors contrôle : aujourd’hui, la variable cruciale des réponses électorales européennes est l’immigration. Que l’intensité de la crise migratoire constitue une stimulation inédite du paradigme démocratique européen. Je sais que c’est une remarque assez peu politiquement correcte, mais qu’importe: on peut aisément ressentir ces afflux massifs de populations en provenance du Moyen-Orient et d’Asie centrale comme un djihad sans armes. La réponse européenne ressemble moins à une prise de mesures qu’à ce que mon confrère Marc Ferro nomme des « aveuglements »: des situations où des phénomènes nouveaux troublants nous arrivent, sans que nous soyons jamais capables d’interpréter adéquatement leur signification, ni même de les voir; d’où la droitisation générale des opinions publiques du Vieux Continent.

L’unique endroit au monde où la démocratie pourrait être pratiquée pleinement, c’est l’école, sorte de laboratoire semi-réel de ce qu’est la démocratie. Si les acteurs publics en avaient conscience, ils pourraient assurer la continuité du modèle démocratique. Or l’école elle-même est en danger, en raison de son exposition aux tentations du monde extérieur et de sa désanctuarisation. Le berlusconisme a été la molécule expérimentale d’un modèle qui s’est généralisé entre-temps – jusqu’à Trump – et qui a conduit à une complète profanation de l’enceinte scolaire.

Le modèle démocratique voudrait, à priori, accueillir sans limite. Les citoyens, eux, n’en veulent pas. L’excès de droits conduit à la dissolution du modèle. La Fée démocratique ne peut pas s’occuper toujours de tout et payer les comptes de chacun. Les chocs font du bien s’ils ne sont pas fatals. Un modèle fragile en lui-même, comme la démocratie, court le risque de partir en lambeaux. Du reste, nous avons près de nous le modèle du poutinisme, qui continue à faire des émules dans le monde, il plaît en Italie, en France, en Angleterre, aux Etats-Unis… : des droits économiques, mais pas de droits politiques. Il n’en faut pas beaucoup pour que nous tombions dedans. L’antipolitique de Trump fragilise directement la démocratie américaine, et risque d’en faire à terme un régime hybride, une sorte de « démocrature ».  Le système électoral américain offre un exemple époustouflant de baroquisme et d’absurde. Créé il y a plus de deux siècles, il s’est fondé sur l’idée, typiquement paternaliste et pédagogique, selon laquelle le peuple, étant rude et mal informé, il faut passer son opinion par le filtre d’un deuxième niveau, constitué par des personnes plus préparées, réflexives et avec une plus grande expertise. Ce sont elles qui peuvent vraiment interpréter les besoins du peuple, qui, lui, n’est pas à même de dire exactement ce qu’il veut et ce dont il a besoin. Donc, la démocratie qu’aimait tant Tocqueville se base sur l’assomption cruelle que sur le fond le peuple est bête et sauvage et qu’il lui faut un pédagogue pour lui apprendre ce qu’il veut lui-même ! Or, il est bien connu que la manœuvre sur la loi électorale est un des instruments les plus puissants pour déterminer les résultats politiques, comme le cas de Trump (de même que celui de Gore il y a quelques années) l’a démontré de la manière la plus criante. Du coup, il est surprenant que personne, aux états-Unis, ni même chez les radicaux, ne s’attaque à cette loi dérisoire et offensive et ni ne réclame sa révision en profondeur. Entre-temps, la démocratie américaine se confirme paternaliste et hypocrite, quoique pût en penser le bon Tocqueville.

L’initiative de Macron s’inscrit évidemment dans un agenda d’ambition politique assez classique; de l’autre, en ce qui concerne sa capacité à capter l’énergie populaire, sa démarche m’inspire un doute: j’ai l’impression qu’il n’y a que lui et ses amis sur la scène. Est-ce de là que peut sortir une revitalisation?

Telerama/ L’Express/L’Humanité / Libération

 

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