Publié par : Memento Mouloud | juin 26, 2017

Memento kampf : un abécédaire à contretemps

 Absent : le grand absent, c’est Dieu.

Abstrait : On reconnaît les gens pressés à ce qu’ils confondent abstraction et profondeur

Abyme (mise en) : L’expression est empruntée au vocabulaire héraldique où une figure est dite en abîme dès lors qu’elle est placée au cœur de l’écu et le reproduit sous une forme miniaturisée. On la trouve peinte chez Van Eyck. C’est Gide qui lui donne sa graphie en Y.

Académie Française : Entreprise de taxidermie littéraire impulsée par Richelieu. S’y préparer.

Accessus ad auctores : Méthode médiévale de lecture et d’interprétation théorisée par Konrad von Hirsau. Elle permet l’abord d’un texte en milieu scolaire. Les questions portent sur l’auteur, l’objectif, le titre, le contenu, le nombre et l’agencement des chapitres, l’utilité et l’appartenance catégorielle du livre concerné.

Acrostiche :

Vous portâtes, digne Vierge, princesse,

Jésus régnant, qui n’a ni fin ni cesse,

Le Tout-Puissant, prenant notre faiblesse,

Laissa les cieux et nous vint secourir,

Offrit à mort sa très chère jeunesse ;

Notre-Seigneur, tel est tel le confesse :

En cette foi je veux vivre et mourir.

Acta sanctorum : Les bollandistes en firent une édition critique

Acte sexuel : Son point de perfection s’appelle l’obscène.

Action : Si l’action définit une quantité d’énergie disponible, cette énergie est libidinale donc quantifiable. Elle investit des mondes et suppose des protagonistes. Achevée, elle est filtrée par l’hippocampe et s’accomplit en réseaux neuronaux. Transformée en récit, elle est un flux sémiotique, le matériau de nos délires et de nos vérités. Elle est donc au principe de deux illusions, celle du Moi idéal, celle du Grand Autre dont les arcanes invitent à l’illumination et aux initiations diverses.

Action Directe : Groupe terroriste français fondé par un druide celtisant, elle désigne aussi un acte destiné à dégager des présences, elle est donc un plaisir naturel, celui de détruire avant de s’avancer et voir.

Adaptation : Si la vie était une question d’adaptation, nous serions encore des bactéries.

Affaires : toujours en cours

Agents provocateurs : Toujours actifs. Le père naturel d’Aragon, le préfet de police Andrieux en théorisa le bon usage.

Allemagne : les vertus allemandes sont toujours l’annonce d’une catastrophe quelconque.

Amérique (Etats-Unis d’) : Les américains se demandent, parfois, « pourquoi la France ? » Les réactionnaires se demandent toujours par quel mauvais tour de l’Histoire, les uns sont hégémoniques et les autres décadents. Orgueil et mépris accueillent le nom d’Amérique comme le manteau d’Arlequin d’un examen de conscience. Finalement, le réactionnaire se pose la même question que certains américains, mais en plus nombriliste.

Anarchie : Jacques Ellul la croit vérité biblique, Maurras corruption judéo-chrétienne, Proudhon l’imaginait sous la forme d’un manga fédéral et communal.

Antiracisme : Idéologie inconsistante, elle vise l’éradication des préjugés de race et le métissage généralisé ou l’apartheid de fait baptisé du nom de multiculturalisme. Dans sa version progressiste, elle entend réduire l’homme blanc à un nazi masqué dont le ventre est encore fécond de la Bête. L’antiracisme est donc une machine à innocenter pour l’éternité tous les peuples de l’ancien Tiers-Monde car comme l’écrit Emmanuel Todd dans son livre, le rendez-vous des civilisations, le père russe, lui viole sa belle-fille systématiquement en raison de son régime familial patrilocal et exogame. Dans sa version capitaliste, l’ouverture de l’arc-en-ciel au sommet se double d’un mépris de classe de fer.

Apollon : Le culte delphique réunit Apollon et Dionysos dans l’ivresse, la mania, soit l’art de la divination qui dérive de la folie. Cet art suprême nse subordonne les masques, les mystères et les orgies du dieu des métamorphoses. Aussi la sybille de sa bouche détraquée dit des choses sans sourire, fard ou ornement alors que les ménades ne font que rappeler cet attachement animal à la vie qui fait de nous et des victimes et des bourreaux. Dès lors, il faut reconsidérer Apollon. Il n’accompagne pas seulement de sa lyre le char des dieux dans son mouvement splendide et comme somnolent. De son arc, de ses flèches, lointain, vindicatif, il anéantit, lui l’exterminateur de loups. Dans la figure d’Apollon, Pythagore vénère l’hyperboréen extatique, le chamane en transe au confluent asiatique où l’arc tendu remplace le couteau et la cognée, la lance et le corps à corps. Le 69 chante les louanges d’Apollon parmi les orphiques, il n’est qu’une position acrobatique, chez nous. Une manière d’introduire le coït. Apollon est celui qui introduit le logos par la constellation cruelle du défi, de la perfidie, de l’énigme, du conflit. Car le logos est la plus mortelle des flèches décochée par l’arc de la vie.

Aptonyme : Mitterrand en est un.

Arabe : Ne jamais dire crouille, bicot, raton, petit gris mais le penser très fort. Souhaiter son éradication, la prêcher parfois. L’arabe est racailleux de nature, il est le parfait antonyme de l’honnête homme, la figure sur laquelle cracher, le type à exécrer. Si c’est une femme, sa sensualité orientale échappée d’une danse du ventre peut parfois attirer. Il est donc symptôme et matrice de tout le mal dans le pidgin réactionnaire standard, ce qui maintient, en retour, la fascination pour cet être fantasmatique

Aragon : le sang de la nuit moderne est une lumière chantante

Ariès Philippe : Un des plus grands historiens des Annales. A ce titre, il est peu connu.

Aristocratie :  Un ordre distinct et une supériorité, un pur fantasme.

Aryen : Mythe esthético-racialiste, il s’oppose à la figure idéologique du métis qui en est le dépassement néo-jésuitique.

Atrocité : la farder pour étonner les sots

Autre : Le seul Autre de l’homme, c’est Dieu.

Bacon Francis : Ce chancelier ouvre avec Descartes les Temps modernes. Ses tables sont encore la meilleure entrée à une anti-philosophie rationnelle. Rusant avec les puritains il scinda la Révélation en prétendant que Dieu s’était présenté selon deux voies : celle des écritures saintes, celle de la Nature dont Galilée appelait à déchiffrer l’alphabet. Il avait dit « l’athéisme n’ôte pas la raison, ne détruit point les sentiments naturels, ne porte aucune atteinte aux lois ni aux mœurs ». De plus, « un athée loin de brouiller est un citoyen intéressé à la tranquillité publique par l’amour de son propre repos ». Puis « un physicien doit faire dans ses recherches une entière abstraction de l’existence de Dieu, pour suivre son travail en bon athée et laisser aux prêtres le soin d’appliquer les découvertes à la démonstration d’une providence et à l’édification des peuples ». Toutefois Bacon n’était pas un tendre, des indiens cannibales, il dira qu’ils s’étaient placés de par leurs mœurs en dehors de l’Humanité.

Bardot Brigitte : Castratrice d’âne et hostile à l’abattage hallal, elle passe pour proche du Front National.

Baroque et Fatigué : Infatigable combattant de l’aggiornamento catholique, sa passion pour Nimier le conduisit au secrétariat général du Quai d’Orsay où il rédigea la tentation de Yaoundé

Baston : Ils étaient maintenant six, et ils se mirent à flanquer des coups de pied au gars qui était à terre. Il se couvrait le visage avec ses mains. Je fus surpris de constater qu’au bruit, je savais si un coup manquait son but, s’il frappait les doigts au lieu du nez, les couilles au lieu du tibia. J’étais paralysé. Quand le revois la scène, je me dis que j’étais suffisamment près pour mettre un terme à tout ça. Mais je n’en fis rien. L’idée ne m’en était même pas venue. Le temps était ralenti à l’extrême, chaque seconde se détachait des autres, 24 images par seconde s’étirant comme un vol de papillon découpé dans un continuum hors du temps, dans une perception qu’on ne trouve que dans le froid extrême des acides. Au premier choc, un seuil était franchi comme quand tu colles une jolie fille sur une piste de salsa, avec toute ta sueur et son bas ventre qui s’agite et se cambre en se frottant au tien.

En deçà de cet équateur, de cette porte verte, il existait encore un sens des limites, un consensus, même dans cette bande de pédales déguisés en garçons sauvages et dont le dernier chic consistait à se vêtir de loques onéreuses facturées au centime près dans une boutique presque hype. Les toilettes tapageuses de ces gars s’agitaient dans une zone où le sens des choses qu’on ne fait pas, n’existait plus. C’était une excitation qu’on pourrait qualifier de sublime si on était vraiment ridicule, en tout cas, c’était une joie féroce, une sorte d’extase animale, un prurit de l’Instant. Il émanait de ce tableau une énergie à laquelle on ne pouvait pas rester insensible. A côté de moi, un type disait qu’il se sentait heureux, qu’il ne se rappelait pas avoir jamais été aussi heureux.

Benoist Alain de : Homme-orchestre de la nouvelle droite, son œuvre prolifique, sa fonction de passeur entre les mondes allemand, français et italien, son rêve éveillé d’un remake de la révolution conservatrice sans le nazisme en font un perpétuel graphomane mélancolique.

Blanchot Maurice : Qu’est ce que l’amitié ? Le véhicule de la désorientation

Breivik Anders : Terroriste de droite le plus connu à ce jour, son manifeste de 1500 pages est à placer d’urgence dans le Guinness des records.

Breton André : Petit ours en peluche bleue qui composa la symphonie Nadja

Capitalisme ou la métaphore du hamster : « Ici il te faut courir de toutes tes forces rien que pour rester en place »

Catholicisme : Souvent revendiqué, il oppose les catholiques sociologiques et les convertis. Pour les premiers le catholicisme est une tradition familiale ou un groupe de référence, en tout cas un attribut du clan. Pour les seconds c’est un mystère et un appel. L’intersection entre les deux est le plus souvent nulle.

Céline Louis-Ferdinand : Auteur fétiche de tous les réactionnaires. Son parfum de scandale antisémite attire dans ses filets tout un peuple de lecteurs qui avance en frissonnant. Devant l’épaisseur de ses ouvrages de fiction, il semble que, découragés, nombre de ses fans l’aient transformé en trademark. Il vit que le monde était un temple aztèque et pensa que le judaïsme et son avatar chrétien étaient nés pour transformer ce monde en brasier. Il se fit médecin, druide puis chamane, il finit parmi ses chats et les tutus dans des odeurs d’encrier et des bruits de feuilles froissées. Le crime lui avait collé aux fesses, il en fit une œuvre.

Chirurgie esthétique : Le marché de la chirurgie esthétique ne s’est jamais aussi bien porté en France. Une étude de Xerfi estime que ces actes augmenteront de 2% par an d’ici 2015, tandis que les traitements non invasifs (toxine botulique par exemple) progresseront de 12% par an. Le phénomène est mondial : la croissance annuelle du marché de l’esthétique médicale devrait être de 10% et atteindre 7,1 milliards d’euros entre 2013 et 2017. Alors que les mammoplasties verront leur progression s’essouffler, d’autres secteurs plus lucratifs prennent déjà le relais.

Civilisation Occidentale : Mythe de droite qui est venu remplacer celui du bon vieux temps d’avant le 5 mai 1789. Fabriquée, dans les laboratoires de la guerre froide, la notion de civilisation occidentale élimine toutes les discontinuités et l’ensemble des cultures pré-industrielles qui ont façonné l’espace euro-américain. C’est le résultat d’une pensée massive à la Brecht qui permet de relier saucisson et culture occidentale et d’opposer le porc laqué à celle-ci.

Civilité : Parure de l’honnête bourgeois.

Classique : Pour tout classique, il existe un plaisir anthropologique du sentiment qui ne se confond pas avec la science ou la technique. Les anciens comme la théologie catholique lui servent de matériau, c’est-à-dire de ruines. Il n’est donc fidèle qu’à son œuvre.  S’il a pour ennemi les idéologues et les quiétistes, le classique cherche à établir un attribut éternel de quelque art que ce soit. Son classicisme commence par son étude et son étude est tout sauf livresque. Le classique ne discute pas, il explore. Le style relâché de l’affairiste Beaumarchais avec son « tout finit par des chansons » lui fait horreur. Il ne joue pas pour un parterre, il n’exécute pas par contrat, il compose dans le tissu de l’éternité. Entre l’illusion et l’abîme, le théâtre de foire et la déchetterie, le classique tient debout le squelette de la nature humaine, il est le lien vivant entre les anciens et nous, il est l’ancien de retour et le contemporain de projection, il est le passeur et le pont. Le classique est celui qui s’identifie à sa propre représentation, partout il force le trait dont il est déchiré. Le classique introduit l’amour comme ressort de la machine humaine. Cela n’est pas chez les anciens, cela n’est pas chez nous, cela n’est même pas chrétien. Tout Paris pour Chimène a les yeux de Rodrigue. Un classique peut dire cela, un autre ne l’entendrait même pas. Il ferait comme Wauquiez, il irait sur Youporn, il ne saurait pas que l’amour est affaire de langue et non d’images. A part les pervers on ne se voit jamais aimer, on se déclare tel et on fonce sur un chemin qui n’a pas d’autre issue que la victoire ou la défaite totale à moins qu’on ne prenne les campanules pour les fleurs de la passion. On n’emprunte pas le voile du serpent, cette série de détours et de caches, on n’entre pas en initiation névrotique du côté de la courtoisie, on brûle, on est comme foudroyé et transformé, on veut posséder, on scelle le corps et l’âme par où la passion dévastatrice s’insinue. Le classique célèbre dans un cadre géométrique qui tend à l’infini un sacrifice, ce qu’il monte, c’est une messe pour tous les temps présents, mais une messe rationnelle. Le classique compose, déplace, condense, il trace le graphe cartésien du temps et de l’espace et dessine la figure tragique ou comique selon le mobile des passions. C’est moi seul qui pouvais me détruire est la maxime du classique, il compte sur l’homme pour se dévorer et conjuguer l’art tauromachique d’Eros et de Thanatos, il n’a besoin ni de mystère brumeux, ni de symboles hagards et vides ni de forces sociales et historiques avec panneaux indicateurs et gros sémaphores. Il énonce simplement « Et monté sur le faîte, il aspire à descendre ». Un classique ne se livre pas, on ne trouve pas d’exhibitionnisme chez lui, son tas de secrets, il ne le dit ni misérable, ni rien, il le tait. Le carré du classique assemble du côté du couple, la passion et l’amour, du côté de l’éclat mondain, l’Etat-couronne et le calcul politique. Quand l’amour est conjoint à la Couronne, la gloire en est l’enfant, quand la passion et le calcul sont alliés et l’emportent, il ne reste que la terre brûlée. Rien de grand ne s’accomplit sans passion, mais rien de pérenne ne s’impose sous ce seul motif. Où l’on retrouve le sacrifice, l’eucharistie « est aussi une figure de celui de la Croix, et de la gloire et une commémoration des deux ». Il s’en suit que celui qui n’a pas connu l’amour est un humain en manque, un Faust bavard. Contrairement à ce qui est généralement avancé, les romantiques ont tous renoncé à l’amour et il faut attendre les surréalistes pour retrouver des héros français, des héros qui ne renoncent jamais, quitte à finir carbonisés car un amoureux est rétif à tout esclavage alors qu’il figure pour un contemporain une sorte d’idiot du village ou d’aliéné car le post-moderne renonce à tout sauf à la validité de son portefeuille et à la réitération de ses jouissances, même pitoyables.

Clonage : Les équipes de Mitalipov utilisent un procédé qui ressemble au clonage de Dolly, mais du fait de certaines particularités techniques, ce procédé ne se prêterait pas au clonage reproductif. Leur but est de créer un embryon qui a les mêmes gènes qu’un individu précis, et de cultiver les cellules souches issues de cet embryon, un peu comme une fourmi use des pucerons. À partir de ces cellules, il est en principe possible d’obtenir n’importe quel tissu de l’organisme : os, muscle, nerfs, etc. Les cellules ainsi produites peuvent ensuite être implantées chez l’individu à partir duquel elles ont été clonées, sans réaction de rejet, puisqu’elles ont les mêmes gènes. En somme, l’idée du clonage thérapeutique est de réaliser une autogreffe cellulaire et subsidiairement de produire un nouvel homme re-programmable .

Cochonne christique : modèle aussi répandu que l’étudiante ignare, l’idiote inutile et la précieuse grossière.

Conseils :

Remettez vos gants avant d’entrer, si vous vous êtes branlée dans l’ascenseur

Quand la maîtresse de maison se penche pour vous embrasser, ne lui fourrez pas la langue dans la bouche. Cela ne se fait pas dans les cinq premières minutes

Dîtes « bonjour Madame, comment allez-vous ? » mais ne demandez jamais à une femme en couple, « Vous a-t-on bien baisée la nuit dernière ? », parce que le plus souvent elle n’aurait rien à dire.

Dans une fête, ne prenez jamais le kleenex d’un monsieur pour vous essuyez les parties anciennement honteuses à moins que vous ne mouilliez pour lui.

Si une des visiteuses vous plaît, vous pouvez lui sourire à la dérobée. Si elle ne comprend toujours pas, faites vibrer votre langue dans votre bouche en forçant l’éclat de votre œil. Si rien ne vient, n’évitez plus la proposition directe.

A la personne qui vous fait admirer une rose, ne dîtes pas : « elle ressemble au con de Madame X… », ce serait un compliment et ça lui donnerait des idées.

Si une dame modeste vous dit « mon fils travaille moins bien que votre frère », ne répondez pas : « Oui mais son foutre est meilleur ». Les éloges de ce genre ne font aucun plaisir au petit personnel.

Ne demandez jamais à une actrice où elle a passé ses années d’escort-girl. Renseignez-vous auprès de ses amies.

Dire à une jeune femme, qu’elle a de bons cheveux blonds, c’est aimable ; mais lui demander tout haut si elle a les poils de la même couleur, c’est inconvenant.

Si une dame refuse de s’asseoir, ne lui donnez pas de conseils sur les dangers de se faire enculer par les maladroits.

Ne demandez jamais à une dame la permission d’aller jouir avec sa fille. Dîtes jouer c’est plus décent

Si vous jouez au doigt mouillé, ne le mouillez pas entre vos cuisses, à moins que vous ne soyez dans l’intimité

Si vous proposez de jouer à montre moi ta pine, vous verrez mon cul, assurez vous qu’on ne vous surveille pas, c’est plus sage.

Ne jouez jamais à celle qui fera la plus grande saleté en présence de vos parents, ils risquent fort de ne pas l’approuver

A la main chaude, si vous êtes à genoux devant un homme, ne lui sucez pas la queue, vous ne pourriez pas répondre aux questions du jeu

Ne masturbez jamais un homme par la fenêtre. On ne sait jamais sur qui cela peut tomber

Relever ses jupes, s’asseoir sur une quille debout et s’enfuir en la tenant par la seule force du casse-noisette, est un exercice parfaitement indécent, qu’une jeune femme

bien élevée ne doit jamais imiter même si elle l’a vu faire par un homme avec un certain succès d’estime

Si vous jouez au bordel avec plusieurs amies, ne vous charbonnez pas le ventre et les cuisses pour endosser le rôle de la négresse du jour

En jouant à cache-cache, si vous vous trouvez seule avec une jeune femme dans une cachette imprenable, branlez votre compagne, c’est l’usage. Si elle fait des manières, branlez-vous devant elle pour l’encourager

Si vous faîtes de l’équitation auprès d’un beau cavalier et si la selle vous prouve tout à coup une émotion débordante, vous pouvez soupirer à condition d’ajouter tout de suite « C’est pour vous que je le fais, Monsieur »

Si l’on vous surprend toute nue, mettez pudiquement la main sur votre visage et l’autre sur votre con mais évitez de vous branler avec la seconde

Ne suspendez pas un godemiché au bénitier de votre lit. Ces instruments-là se mettent sous le traversin

Ne cachez pas votre godemiché dans la jatte de fruits pour faire rire vos amies à l’heure du dessert

Ne vous mettez pas au balcon pour cracher sur les passants ; surtout si vous avez du foutre dans la bouche

Quand vous vous êtes servie d’une banane pour vous amuser toute seule ou pour faire jouir la femme de chambre, ne remettez pas la banane dans la jatte sans l’avoir soigneusement essuyée

Ne branlez pas vos petits amis dans une carafe de citronnade, même si cette boisson vous paraît meilleure ainsi additionnée. Les invités de monsieur votre Père ne partagent peut-être pas votre goût.

Ne suggérez pas au serveur de faire l’amour dans le cul d’une poularde cuite, sans vous être assurée vous-même que le serveur n’est pas malade

Si l’on vous demande ce que vous buvez avec délectation, ne répondez pas je n’aime que le sperme

Ne faîtes pas aller et venir une asperge en regardant avec langueur le jeune homme que vous voulez séduire, ça fait pimbêche.

Quand une grande personne raconte une histoire leste, ne vous mettez pas à crier même si l’histoire vous inspire au plus haut point.

Contre-colonisation ou Grand Remplacement ou Chances pour la France ou Vaste escroquerie :  De 1968 à 2005, la part des jeunes d’origine étrangère en Ile de France est passée de 16 à 37 %. Elle atteint le taux de 57 % en Seine Saint-Denis, de 41 % à Paris, de 40 % dans le Val de Marne. La part des maghrébins est, sauf en Seine Saint-Denis (20 %), de  10 %, celle des africains en provenance des zones sub-sahariennes, équivalente à celle des européens du sud, soit 5 %, à l’exception de la même Seine Saint-Denis, où elle atteint 16 %. La modification du tissu humain est indéniable mais elle ne reflète pas celle de l’ensemble de la France où la proportion des jeunes d’origine étrangère ne dépasse que rarement les 25 % (Nord-Est et littoraux méditerranéens, essentiellement) et s’établit, en moyenne, dans l’ensemble de l’hexagone, autour de 13-14 %. Or si on considère les taux d’emploi des classes d’âge actives (25-54 ans) chez l’ensemble des immigrés, on obtient 75 % pour les hommes contre 88 % pour les natifs et 53 % pour les femmes contre 77 % chez les natives. Statistiques qui illustrent deux logiques : celle du patronat qui a préféré peser à la baisse sur les salaires plutôt que d’affronter de manière capitalistique ou en termes de meilleure organisation du travail la concurrence, et celle de l’Etat après que le Conseil d’Etat a fait obligation à la France de mettre en place le regroupement familial. Il s’en suit, en toute logique, que le bénéfice économique déjà très limité de l’immigration est annulé par le coût des versements de l’Etat social sous forme d’allocations familiales, d’allocations logement, d’allocations-chômage, de revenus minima garantis, de CMU, et autres prestations des caisses d’assurances-maladie. A ces coûts s’ajoutent, les financements semi-publics de nouveaux cultes, les échecs répétés en matière de scolarisation, les dérives schizo-paranoïaques que ne manquent pas de créer des situations bloquées, les coûts humains et économiques des différents types de délinquance. L’immigration d’un lumpenprolétariat sans qualifications ou de paysans en déroute n’est donc pas une chance pour la France. Il n’en reste pas moins qu’une politique ne se définit pas en termes comptables et que traiter les étrangers indésirables en déchets humains rassemble  les suffrages de toutes les droites, réactionnaires ou non. La différence entre un progressiste et un homme de droite est donc la suivante : le progressiste entend édulcorer la production continue de déchets humains par les mécanismes capitalistes mondialisés, l’homme de droite, en tirer une jouissance égotiste.

Curés : toujours pédophiles

Cut-up : Alors je parlai de chances désastreuses, d’aventures sur terre, dans l’air et sur mer, de morts esquissés d’un pinceau sur la brèche menaçante, du désastre et de ce qui suivit. Le récit des voyages, antres profonds, terres arides, fondrières, rocs et cîmes touchant le tranchant de ma plume, l’art du récit devrait causer comme Othello et non comme un fonctionnaire, il le doit à toute période et à son trait asignifiant, à cette matière balbutiante dont nous ne savons que faire sinon des commémorations et des leçons de choses. J’ai amassé des connaissances et des ouvrages, des archives et des mensonges, j’ai bifurqué maintes et maintes fois et je savais que cet entrelacs de chemins ne peut finir. Il faudrait commencer tout livre par le procédé de Brion Gysin, le cut-up, il faudrait le terminer après avoir parcouru toute la durée d’une question dont le concept se présente dans le flot des lieux communs. Démembrer les lieux communs, tel est le premier assaut du cut-up. Brion Gysin avait commencé par découper des articles et des lettres, par les disposer en quatre blocs puis les recomposer au hasard des coups de ciseaux et des tubes de colle. Désormais c’est la matière signifiante du flux historique et son équivoque que l’opérateur doit disposer selon une partition moins simple et nettement éloignée des rotations euclidiennes. L’ordinateur continue à cracher des poèmes, des livres, des pièces de théâtre et il opère dans un domaine illimité et itératif, il pourrait répéter en boucle, « François Hollande était un énarque et personne ne baisait sa femme tandis que le Pr Hwang Woo-Suk annonçait avoir obtenu 11 lignées de cellules embryonnaires humaines par clonage ». Les deux épisodes appartiennent à la même scène et c’est une des voies de l’opérateur que de tenir ce pari et cet impératif jusqu’au bout sans jamais bien savoir où interviendra la couture.

Dazibaos :

Moi pour mes études, je me suis inscrite en région centre

Si non caste tamen caute

Un aphoriste plante des clous

L’instinct est le dépôt du raisonnement

Des analphabètes monétaires

Who paid the piper

Romantique et totalement addictif

Odio Humanis generis

Clap your hands

Io mi voglio divertir

Essayer encore rater encore rater mieux

Rien ne peut se substituer à une vie humaine

Mangerbouger

Tout médiatique est remplaçable

In search of incredible

Geox respire

Encore un nom à paresser dehors

Vous n’auriez pas un petit euro pour que je mange un grec

40 % d’admis

Tous les jours une chance de gagner

Ma carte bleue m’est plus proche que tes lèvres

Be happy Be simplet

Tu peux car tu dois

Tu dois car tu peux

Tu ne peux pas donc tu ne dois pas

Jouis, toute infraction à cette injonction sera sévèrement punie

Un droit n’est pas une permission

Seule la force arrête la force

Dieu est l’objet infini du désir, la promesse

Contrat personnalisé

Ce back-room est éclairé par Led

Attentifs ensemble

Le deux fois crucifié où le trouver dans l’histoire ?

I cannot make it cohere

Les abeilles cueillent la lumière

Supprimant en sa chair la haine

Interdiction de nourrir les pigeons sous peine de poursuite

Exitiabilis superstitio

Pour appeler le chef de station

Sang, sexe et coups bas, une école presque normale

7 consignes à respecter

être libre c’est exercer ses pouvoirs

l’énergie ne peut être créée ou détruite, elle change de forme

La liberté a du bon

Il faut veiller à ne pas trop instruire

Plus frais, moins cher

Vous emprunterez de nouvelles portes

Qui jamais ne manque à l’appel s’attire le mépris

L’histoire du terrorisme est éducative

L’injonction d’être à la fois Z et non-Z

Un manteau pendu à une patère

Toute spiritualité est hypocrite

Pour Dieu l’expérience n’existe pas

Le monde se divise en deux : ceux qui ont besoin de tenir et les rentiers

Pour réussir les concours sciences-po

Ils souffraient d’une inquiétude diffuse, ils ne dormaient plus

Regardez l’avenir avec confiance

Ne mets pas tes mains sur les portes

L’individu est le lieu géométrique de toutes les faiblesses

Le plus grand choix du web

Le tableau de distribution commande le circuit électrique

E vei jausen lo jorn qu’esper denan

La Chose sociale a mille yeux

Génétiquement parlant, l’homme est presque une mouche

Nel mezzo del cammin di nostra vita

Tu risques de te faire pincer très fort

le sacrifice de soi est l’immondice de toute morale

La révolution fut un rêve de pierre

Le secret déconnecte le singulier et le collectif

Pas de compromis

Cauchemars sur mesure

Dieu crée ses propres objets

Contra vim mortis non est medicamen

Mortui non mordent

Ein Kompelle

Rejoignez la manière basse de penser

Taille dans le vif

Vous pouvez également composer un numéro d’urgence

J’ai trouvé le moyen le plus économique  pour m’envoyer en l’air

Pour arrêter de fumer faîtes-vous aider

Omnium Odium

L’animal est mieux équipé pour vivre

C’est pas l’euro qui fait augmenter le prix de ta baguette mais la pression démographique mondiale

Vénus après le vin, c’est du feu sur du feu

La Vème République c’est Salente sur Seine

Avant que la planète ne meure les êtres avaient cessé de parler

Un peine à jouir est un branleur ignorant le point g

Le christianisme est un exil permanent dans le monde

Culpa lata dolo aequiparatur

Le système financier américain est réellement insolvable

Nous saurons toujours où vous êtes et où vous allez

Meglio un amico che cento parenti, pure ricchi e potenti

Il ne faut juger de notre heur qu’après la mort

Métro, boulot, fourneaux

Leur égalité, nous rendre indiscernables

Déjà 150 000 lecteurs

 Le phénomène gravity enfin dans vos chiottes

Hollande en montagne

 Pascesoir

On peut tous avoir des superpouvoirs

12 meetings 3 pays

On peut être élu et garder l’os à moëlle

Dolo malo agit

Calzedonia le suicide de la société

Le christianisme est une lubie

Je range la culture dans ma poche

Never Mind Superman

Cum fide agit

La prison reste ouverte pendant les travaux

Donnez pour ma survie

La poésie est la clairière de l’ennui, son retrait

La technique n’est pas une question de prix

Ni Comte, ni Sponville

Homo liber

Etant donné que je suis sans domicile fixe

Vincent Niclo dans le rôle de la bête

La musique, c’est ce qui unifie

Vous verrez les vieux sous un autre jour

Paralogismes, contrevérités, allusions cachées

Travail ou loisirs, à eux de choisir

Les riches ne meurent jamais

Des chevaux de frise de livres et d’incompréhension mutuelle

On enterre beaucoup de belles choses dans la boue qui a les serties

Une guerre entre un acheteur et un vendeur n’est pas profitable

Salsa l’eau

Les animaux sauvages s’installent à Paris

Chez vous partout dans le monde

Le choix ne s’opère qu’à partir de l’incertitude

La TVA peut aller se faire cuire un oeuf

De Gaulle (Charles) : Comme son nom l’indique, il fit bander les français.

Desassossego : antonyme du verbe socegar qui désigne en portugais un certain apaisement

Dépense : Elle n’est pas une consommation, ni une destruction mais une poétique de la perte, un traitement du déchet, le fondement de toute civilisation. On l’appelle le luxe, le deuil, la guerre, la chasse, le culte, la cruauté, l’érotique, les monuments, les jeux, les spectacles, les arts, l’amour. Sans elle l’homme serait fourmi, abeille ou termite.

Dieu est une femme : L’idée éternelle, existant en et pour soi se manifeste, s’engendre éternellement et jouit d’elle-même éternellement.

Disney ou la quintessence de l’Occident : Disney n’est pas un autre monde, c’est notre monde, la quintessence de l’Occident. Avant d’y arriver, il faut bien traverser ce qui était une campagne et qui n’est plus qu’un amas, avec ces centres commerciaux comme autant de pôles disposés près des nœuds autoroutiers. Le coeur d’une vie de lotissements et de résidences sorties de nulle part, le rêve stilo nuovo de la petite-bourgeoisie francilienne, c’est-à-dire, mondialisée. Quand on lit les noms de Marne la Vallée ou de Val d’Europe, on doit savoir qu’on est nulle part, même pas en France, dans une sorte d’atopie, un processus réitéré d’auto-colonisation. Nous ne sommes pas plus américains qu’ils ne sont quelque chose, notre patrie est l’infini territorial à portée de n’importe quel homme. Si l’Europe devait adopter un drapeau, ce ne serait pas la bannière étoilée ou la couronne de la très sainte Vierge sur fond bleu, mais le drapeau jaune, celui de Disney, mais aussi, celui des cocus.

Dans le parking, je croise quatre racailleux qui s’en vont, leurs têtes maussade, leurs démarches simiesques, leur langue en lambeaux, ce sont bien les seuls racailleux s’affirmant comme tels que je vais croiser. Car les racailleux quand ils entrent dans le territoire de Mickey baissent la tête, de peur d’être chassés du paradis. Ils savent que s’ils gueulent trop fort, on les priera fermement de déguerpir et de ne plus revenir. L’entrée n’est pas difficile à trouver, elle barre l’horizon, avec, au loin, le donjon de la Belle au Bois dormant et son dragon mécanique, couché dans une grotte à la Marie-Antoinette. Des cinémas, les studios Disney et les premiers adultes arborant les oreilles de Minnie ou de Mickey, l’air extatique. Il existe aussi des perruques d’héroïnes blondes pour les petites filles et des locks multicolores qui ont la préférence des cinquantenaires. Tout le monde est visiblement serein, comme débarrassé d’un fardeau. Non pas le fardeau de toute la vie, mais celui du sexe, de la mort, du conflit, enfin un lieu où désarmer, où tout poser, où applaudir tous ensemble à la parade et au spectacle final, avec Peter Pan et Alice, en guests. Une post-vie enfin réalisée.

Walt Disney l’a fait pour eux, pour l’Humanité, qu’il en soit remercié.

Comme l’indique le small world, ce monde des poupées où un berger juif grimé en hassidim joue de la flûte à côté de danseuses orientales d’une Egypte version Aladin, l’Eden accueille aussi les animaux, le mignon rhino et le tigre hébété. Dans la file d’attente, devant moi, deux gouines gentilles, aux sourires glacés, se donnent la main, avant d’embarquer sur le radeau du small world. Et quand je dis embarquer, c’est pour la métaphore car le parc est une vraie machine désirante deleuzienne. On y croise des flux et on les coupe, on les agence en série, on les balance sur les rails, les canaux, on les dirige vers la sortie, vers les restaurants et boutiques aux prix exorbitants, vers les poubelles omniprésentes. On les bombarde d’un flux permanent de phrases, de chants, de mots d’ordre, on délivre l’Humanité du silence. Et quand vous êtes seuls, enfin, sur le pont suspendu, alors que la nuit tombe et qu’il pleut, vous vous sentez soulagés, ils se sentent perdus, « Monsieur, Monsieur, exit please, exit ».

Je me souviendrais longtemps de cette parade où les princes ressemblent à des cadres de la Défense déguisés, où les fées sont hideuses, les héroïnes d’une fadeur à pleurer, d’où émergeait, d’une chorégraphie pitoyable, un chinois totalement hystérique, tandis que la sono balançait pour la cinquième fois, every thing is magic, alors que je me demandais à quoi pouvait penser Winnie l’Ourson tapant sur son tambour. Blanche Neige, la seule brune du lot souriait comme une danseuse de peep-show et des adultes se penchaient pour mieux voir tandis qu’un nain en costume d’employé contenait la foule sur les trottoirs. Mais de toute façon cette foule de vieux enfants est sage et aguerrie, parfois, elle court le long du parcours de la parade, poussettes en tête, mais c’est bien la seule entorse au régime de la bonne humeur, heureusement traversée des pleurs des enfants et des colères de leurs parents qui semblent anéantis quand leur progéniture traîne les pieds en hurlant, « Maman, j’en ai marre ».

Le plus surprenant fut de constater que des adultes de tous âges ne prenaient même pas l’excuse de leurs enfants pour venir parader en groupes ou en couple, attendre et piétiner même quand il est possible de prendre un fast pass. Mais le fast pass demande de marcher, peut-être de courir et ces gens veulent tout, sauf courir, ni même marcher, encore moins contempler et réfléchir, s’asseoir et méditer. Les touristes comptent en plusieurs langues le nombre d’attractions qu’ils ont englouties, quatorze dit un jeune adolescent obèse espagnol, quatorze, répond avec fierté un adulte non moins obèse qui doit être son géniteur. Un domestique en livrée, je veux dire un employé du magic world ouvre la porte, « bienvenue dans la maison hantée ». Je me demande, « pourquoi tous les employés au contact du public, autres que ceux en uniforme rouge, ont un accent étranger quand ils causent français ? ». La réponse réside dans le salaire, dans l’impératif de flexibilité, dans ce qu’on voudra. Un job d’étudiant, enfin, de néo-étudiant.

Disney est parcouru d’un vent glacial, le labyrinthe d’Alice vient de fermer. Il y a du monde pour Jumbo et pour les tasses d’Alice et pour le Space Mountain. Nous descendons dans le Nautilus. Je retrouve comme pour Robinson et son arbre, une bibliothèque surplombant ici un lit, là, un bureau. Des bibliothèques pour des gens qui ne lisent plus, des bibliothèques comme vestiges de l’ancienne Humanité. Tout y est agencé avec une certaine minutie, un certain goût, un soupçon de nostalgie, une certaine manière perdue de soigner les détails, de ne pas les perdre de vue. Il n’y a personne pour le Nautilus et Jules Verne, ou peu de monde, un jeune garçon veut voir et revoir la pieuvre, il hurle qu’il ne veut pas partir, son père l’arrache du lieu, « ça va être l’heure du spectacle ». Des cadrans, de vieux portulans, des fausses lettres, un salon et quand on sort les cris venus du space mountain.

Disney n’a jamais été capable de fournir autre chose qu’une image caricaturale du Mal et parfaitement insignifiante du Bien, parce que Disney est une féérie, un Temple où on prétend dissocier l’Agneau et le Tigre, chasser le péché, comme si la vertu en était séparable. Tous les bordels sont pavés de religion et toutes les prisons, d’articles du code pénal. D’après cette loi d’airain, on peut se demander ce qu’est Disney.

Aussi, peu importe que cette entreprise qu’est Disney, perdure ou s’effondre, peu importe si elle accumule investissements et dividendes, management cruel et bouffonneries en tous genres au point qu’un homme sensé qui voudrait en finir avec ce genre de divertissements renoncerait à tout détruire, car tout détruire a un prix. Disney trouve dans les esprits de tous les visiteurs mais aussi de tous ceux qui voudraient y aller ou se déclarent de farouches opposants à l’américanolâtrie avant de se résoudre à s’y rendre, Disney, dis-je, trouve une sympathie d’aspiration qui frise le véritable enthousiasme et dont la manifestation procure un obscur tressaillement ; cette sympathie, par conséquent, ne peut avoir d’autre cause qu’une disposition post-morale du genre humain, ce qu’on pourrait nommer son occidentalisation terminale.

Dos Passos John : Il introduisit le procédé de la chambre noire et colla à même le labyrinthe romanesque quelques actualités et extraits de torchons

Droite : Rassemblement de demi-habiles, de benêts, d’idiots congénitaux, d’hyliques en furie et de partisans vulgaires du mérite

Duns Scot :  « La révélation a dans l’univers un rôle pratique ; elle supplée la raison là où celle-ci ne peut atteindre »

Ecologic footprint : elle se situe entre 1,8 et 9,4 ha par dividuel selon que l’on est un fabriquant de jean émacié du Bangladesh ou un obèse nord-américain en route vers un CBD quelconque

Equilibre général (théorie de l’) : La théorie de l’équilibre général résume ce qu’est le libéralisme théorique. Il suppose quelques hypothèses fortes. En premier lieu que l’homme soit réduit à sa ratio calculante donc à une sorte d’automate dépouillé des désirs, passions et troubles divers qui le composent, Pareto appelait ça les résidus. Le calcul marginal des utilités guidant ses choix, l’automate toujours faire ainsi : en gros entre un kilo de tomates et me taper une pute quelle décision m’est le plus utile, je branche la fonction computer et j’attends. Deuxièmement la libre allocation des facteurs (capital/travail) suppose que l’espace soit isotrope et la mobilité absolue. Comme le facteur travail n’est pas encore pourvu d’un sas de téléportation et d’une ubiquité absolue, cette condition n’est jamais réunie mais ce n’est pas grave. Troisièmement, la seule information qui vaille est celle distillée par les prix. Comme les mécanismes d’asymétrie d’informations (voir Kenneth Lay ou Madoff) et de manipulation monétaire et mentale sont des variables de notre monde, cette condition est rarement vérifiée. Quatrièmement tout mécanisme de marché est réversible ce qui revient à dire que le temps n’existe pas.

Pareto qui était moins tarte et un peu plus enfoiré que tous les néo-libéraux d’aujourd’hui a soutenu pour sa part que la répartition des revenus obéissait à une loi intangible (leur concentration vers le haut de la droite tracée sur un repère orthonormé) et que l’histoire n’était jamais qu’un cimetière des élites moyennant en quoi il rejoignit le fascisme.

Eugénisme : Commençons par les définitions de base. A chaque génération, on compte 50 mutations de l’ADN. Les allèles sont les différentes versions d’un même gène qui diffèrent par leurs bases. Aussi, un hétérozygote porte deux versions d’un même gène.

Le polymorphisme est une caractéristique variable au sein d’une population (la taille, par ex), il caractérise le genre humain parmi d’autres  mammifères. Les polymorphismes portant sur une seule base sont appelés Snips (single nucleotide polymorphism).

Néanmoins, les fréquences alléliques divergent d’un groupe humain à l’autre. On les calcule avec un indice statistique, le Fst (fixation index statistics)  qui caractérise les parts de variation à l’intérieur d’un groupe et entre groupes pour chaque snip. Sa valeur va de 0 (aucune différence entre groupes) à 1 (homogénéité du groupe, différence seulement entre les groupes).

La valeur moyenne du fst parmi les humains est de 0,1, aussi 90 % de la variété humaine est intra-groupale. Très peu de snip ont un fst supérieur à 0,4 (5%), pratiquement aucun n’atteint 0,7.

Néanmoins il existe une corrélation entre allèles. Dès lors, c’est avec des groupements d’allèles dont le fst est supérieur à 0,28 qu’on distingue très clairement 5 à 6 groupes humains d’ascendance.  Ces snips à fst élevés sont appelés AIM (ancestry informative marker).

Les associations de snips appelées haplotypes désignent un ensemble de marqueurs polymorphiques caractérisant un segment d’ADN car les allèles de snips très proches sur l’ADN sont associés, ils gardent la mémoire des chromosomes dont ils sont issus. Or, les haplotypes concernent des dizaines de milliers de bases soit 1/10 millième de la longueur d’un chromosome comme le 11ème qui est moyen.  De fait, les haplotypes permettent de discerner avec plus de précision l’origine ancestrale d’un individu, c’est un marqueur du groupe d’appartenance.

On retrouve dans le génome de Craig Venter, séquencé entièrement en 2007, la différence de 0,1 % entre les deux chromosomes homologues (père/mère). A celle-ci s’ajoute plus de 900 mille variants entre les deux ADN correspondant à des délétions, des duplications et d’autres évènements. Aussi l’écart, en nombre de nucléotides, entre les deux génomes haploïdes de Craig Venter s’établit à 0,5 % dont 0,1% pour les snips et 0,4% pour les CNVR. La localisation des CNVR n’obéit à aucune régularité (sur des séquences non-codantes, à proximité ou à l’intérieur d’un gène). Au sein de l’ADN de Venter la moitié des gènes sont concernés par une variation.

Or les snips et les CNVR sont le meilleur marqueur de différences entre groupes d’ascendance comme on le constate pour les mélanosomes dans l’épiderme qui concentrent la mélanine. Un gène, parmi d’autres, qui forme les mélanosomes  contient un snip dont un allèle est présent chez 90 % des africains tandis que l’autre allèle est présent chez 98 % des européens. Or la peau claire favorise la synthèse de la vitamine D indispensable pour éviter le rachitisme et dont la formation requiert la lumière solaire. Parallèlement, la lactase est un enzyme dont l’activité diminue à l’âge adulte. Or cette activité perdure, à l’âge adulte, parmi les populations du centre-nord de l’Europe ou les populations pastorales africaines, ce qui indique qu’un ou plusieurs gènes responsables de la régulation du lactase ont muté.

Or, comme un allèle rare au sein du genre humain peut devenir prépondérant dans un groupe restreint sous l’action conjuguée de l’effet fondateur corrélé à la théorie de la migration continue, on voit bien que la dérive génétique peut devenir une politique suivie et une bonne affaire.

En conclusion s’il est désormais possible de déterminer le/les groupes d’ascendance de chacun et de suivre ou de provoquer des mutations d’allèles rares parmi des lignées humaines, on voit bien que l’eugénisme n’est pas un mauvais souvenir ou une théorie absurde mais une virtualité que le marché et la démocratie ne demandent qu’à piloter.

Evola Julius : Sa métaphysique du sexe n’est pas un traité à l’usage des amateurs de godemichés.

Fascisme : Dernière expérience historique catastrophique proprement réactionnaire. Fun, le fascisme est un hymne à l’œuvre civilisatrice de Kaufman and Broad.

Femme : « La femme a pour but essentiel d’être une mère de famille, la femme doit rester au foyer, le travail doit lui être interdit ». Déclaration des socialistes internationalistes parisiens en 1868. Proudhon voulait en faire l’institutrice des enfants.

Flic : nettoie la merde des autres

Foule : L’individu est déjà une foule à lui tout seul, son problème est donc d’en sortir. A contrario, la foule cherche son unité pour frapper et acquérir la puissance même du nombre. L’individu comme la foule sont donc des multiplicités en quête de points de condensation. Le traitement qui permet de les réduire à un amas d’atomes browniens consiste à saisir leur unité ex-post, soit par le marché, soit par les sondages dits d’opinion, en un mot via des artefacts. Ainsi, la foule est préparée et sert de matière première aux membres du gouvernement invisible en vue du but qu’il s’est fixé. Ainsi, alors que l’Angleterre était à deux doigts de chanceler, devant les nazis, en mai-juin 1940, seuls 5 hommes étaient réellement informés de la situation catastrophique qui était la sienne.

Fracassomanie : Tendance compulsive de tout réactionnaire. Il en viendra donc à confondre tout effet non recherché avec un effet pervers qui n’en est qu’un cas limite, voire pathologique.

Gauche : Challenger parlementaire de l’Eglise catholique depuis 1789

Germanicus : Le premier camp de Varus, par la grande étendue de son portour et les dimensions du quartier général, indiquait une troupe forte de trois légions ; puis un retranchement à demi abattu, un fossé peu profond montrait que là s’étaient établis les restes de l’armée déjà bien diminuée ; au milieu de la plaine des ossements blanchis et, selon que les hommes s’étaient enfuis ou avaient résisté, éparpillés ou entassés. A côté gisaient des fragments d’armes et des ossements de chevaux et aussi des têtes fixées sur les troncs des arbres. Dans les bois voisins des autels barbares devant lesquels ils avaient immolé les tribuns et les centurions les plus élevés en grade. Et les hommes qui avaient survécu à ce désastre, échappés au combat ou à la servitude, racontaient qu’ici étaient tombés les légats, là avaient été prises les aigles, où Varus avait reçu sa première blessure, où de sa main infortunée il s’était lui-même frappé et avait trouvé la mort ; le tertre d’où Arminius avait harangué ses soldats ; ils disaient combien de gibets, combien de fosses pour les prisonniers et la manière dont il avait, plein d’orgueil, insulté les étendards et les aigles. C’est  ainsi que l’armée romaine, revenue six ans après le désastre, ensevelissait les ossements de trois légions, personne ne sachant s’il mettait en terre les restes d’étrangers ou des membres de sa famille, les considérant tous comme des proches, des hommes du même sang, avec une colère grandissante contre l’ennemi, et éprouvant à la fois de la tristesse et de la haine. Germanicus posa la première motte pour construire le tombeau, hommage particulièrement apprécié pour les défunts et qui l’associait à la douleur des soldats présents.

Gravilliers (rue des) : Première antenne parisienne de l’Internationale. Il est à noter que Napoléon III encouragea la délégation française à se rendre à Londres. Tandis que le journaliste Armand Lévy jouait les petits rapporteurs d’un supposé bonapartisme ouvrier, les proudhoniens en profitèrent pour fortifier leurs organisations autonomes.

Gregueria : La lune est la blanchisseuse de la nuit. On n’y trouve aucun adage, aucun aphorisme, aucune maxime car le chameau est toujours mité. On les doit à Ramon Gomez de la Serna.

Heidegger et la science : Heidegger distingue la science de la « technique mécanisée », cette « transformation autonome de la pratique » qui vassalise les sciences mathématisées. Cette sujétion s’observe à propos des modèles de simulation, de la pseudo-révolution des Big Data, lors de l’usage forcené des statistiques, à travers l’engouement pour les fractales voire les pseudo-théories du chaos ou des cordes. Ce que le philosophe établit c’est la synonymie entre métaphysique moderne, technique moderne et technique mécanisée. Dans le même temps, l’art se tient pour une expression de la vie humaine (les artistocrates d’aujourd’hui avec leurs installations et leurs performances le prouvent chaque jour qui passe). Il y conjoint deux autres phénomènes, l’interprétation culturelle de l’Histoire et le dépouillement des dieux dont la conclusion est le marketing des valeurs ainsi que le vide absolu de la dévotion réduite à un sentiment ou à une démythologisation infinie (dernier titre en date, ce que ne dit pas le Coran ou l’éthique selon le gaon de Vilna voire saint Thomas is back). Or Heidegger prend bien garde de distinguer la science moderne de l’épistémé grecque ou de la théologie médiévale. L’essence de la science moderne c’est l’enquête sur l’Histoire ou la Nature où il s’agit de distinguer un patron, un modèle, quasiment un plan méthodologique et rigoureux dont les mathématiques assurent ou non la cohérence.

Comme toujours chez Heidegger, s’opère le détour par l’étymologie. Ta mathemata c’est ce qui est connu d’avance dans l’objet (corps ou choses). La physique moderne se définit donc comme l’ensemble des mouvements spatio-temporels de différents centres de gravité, la biologie comme une combinatoire d’éléments simples (nucléotides ou acides aminés) ou la linguistique comme un arbre cohérent de règles qu’on peut déduire. Le but est d’établir mathématiquement la nécessité du processus de changement d’un phénomène (une loi toujours locale et conditionnée) via une série d’expérimentations, série tout à fait inconnue des sciences grecque et médiévale qui, après Aristote, observent certaines modifications et qualités des corps mais n’expérimentent pas.

Le procédé prime sur l’étant (Nature ou Histoire) si bien que le chercheur, comme le dit Heidegger, n’a pas besoin de bibliothèque, « il délibère dans les sessions et s’informe dans les congrès », son recul doit avoisiner les 5 ans au maximum, il slalome entre des boîtes noires qu’il se garde bien d’interroger. L’enquêteur est donc « poussé dans la sphère du technicien ». En conséquence, l’homme calculant, l’homme moderne, le dernier de la série, l’avatar ultime, est celui qui définit la vérité comme une certitude de la représentation. Aussi, dans « aucune époque précédente, le non-individuel n’a eu tant d’importance sous la forme du collectif », du fameux On qui parle, dicte et voit. « Et si ton âme s’élance / Nostalgique au-delà de ton propre temps / Triste, alors, tu demeures sur la froide berge / Auprès des tiens sans les connaître jamais ».

Henri V : Contrairement à celui de Shakespeare, le comte de Chambord ne cessa jamais d’être un personnage de comédie. Celle de l’exil, puis de la restauration, enfin du drapeau blanc. Sa contribution à la destitution de la monarchie française fut essentielle. Le général Boulanger ne fit donc qu’achever un cadavre.

Hippocrate : Avatar néo-platonicien du comte de Saint-Germain

Histrionisme : Tout artiste y a recourt sans quoi il exposerait des horreurs. C’est la pente de l’art dit contemporain que de déchirer les oripeaux en urinoirs et en carrés blancs, justement parce qu’il n’est plus de l’art mais une collection de rebuts, de trucs, de charlatanisme verbeux, de plumes dans le cul, d’exhibitionnisme et de déchets.

Hyène : On la reconnaît à ce qu’elle déterre et souille les cadavres

Identité : Fantasme lié à la mémoire, cette coupe mobile qui parcourt les strates historiques et les ruines, l’onomastique et les méandres du sperme.

Immigré : Administrativement, un résident français  né à l’étranger. Chez certains, un synonyme de musulman, chez d’autres le support d’une identité qui leur permet d’échapper à ce cauchemar d’être un autochtone. Comme si toute qualité était donnée à la naissance. Voire lors de la méiose.

Immortel : Le 30 septembre, Time Magazine titrait “Google peut-il vaincre la mort ?”. En effet, la firme de Cupertino vient de créer le laboratoire Calico pour poursuivre des recherches sur l’allongement de la vie et l’immortalité potentielle des meilleurs d’entre les pénultièmes primates supérieurs. Larry Page et Sergueï Brin, les fondateurs de Google, sont des parieurs ; ils se pensent à la fois omniscients et fragiles. Leur victoire d’hier, leur élection en milliards de dollars, le coffre-fort de l’intelligent design qui les a choisis peut aussi les délaisser. Aussi, ils ont investi de grosses sommes dans la Singularity University inaugurée en 2009 par Ray Kurzweil, leur petit Docteur Folamour. Selon le spécialiste de séquençage génétique, Laurent Alexandre, coauteur deGoogle démocratie (Naïve) : “Google est aujourd’hui le principal vecteur de l’idéologie transhumaniste dans le monde”, idéologie que partage, en partie, le Pentagone.

Google a confirmé avoir racheté – pour un montant inconnu – l’entreprise de robotique Boston Dynamics. Travaillant main dans la main avec le Pentagone et la Defense Advanced Research Projects Agency (Darpa), la société est célèbre pour ses créatures mécaniques à l’agilité et à la rapidité inégalées.

En attendant, les premiers pas du département robotique de la firme devraient se faire dans le domaine industriel en développant des « cobots », robots dits collaboratifs qui assistent les ouvriers dans les tâches répétitives et les transports de charges lourdes. Un secteur à peine naissant qui s’annonce lui aussi florissant puisqu’il finira par transformer les ouvriers en images d’archive, une voix du passé dépassé par l’élite cognitive des Immortels.

Infini : A partir du postulat des parallèles d’Euclide qui n’est ni évident, ni démontrable, on admet l’hypothèse qu’il existe une infinité de parallèles à une droite en un point extérieur à celle-ci. Dès lors, les modèles géométriques deviennent des instruments opératoires applicables à la réalité physique. Paniqués, les mathématiciens vont se demander quelles sont les conditions, a priori, de la vérité axiomatique.

L’antiquité grecque avait distingué le fini (propriété des collections dont les éléments sont dénombrables) de l’infini potentiel qui permet des successions indéfinies telle que la suite des entiers naturels, et cet infini de l’infini actuel qui tient en un bloc chu d’un désastre obscur, une collection infinie (type, les nombres pairs). Ce dernier infini était exclu des mathématiques.

En effet, Aristote avait posé les trois règles logiques encadrant tout usage de l’infini : la non-contradiction, l’affirmation selon laquelle le tout est plus grand que la partie, le tiers-exclu (si P n’est pas vrai alors non-P l’est).

Cantor va sortir de l’impasse de l’infini actuel en proposant une définition de la notion selon laquelle lorsque l’équivalence entre le tout et la partie est constatée, on identifie l’infini actuel dont les objets, les collections, sont baptisés transfinis.

Devant le conflit, les italiens Padoa et Peano procèdent à une axiomatisation de l’arithmétique à partir du concept de successeur. En résumé, dans la suite des nombres naturels, on peut toujours compter un de plus. Puis vint Hilbert.

Il place l’arithmétique en position stratégique en démontrant que la non-contradiction de la géométrie cartésienne se fonde sur celle des nombres réels. Dès lors, il casse l’axiomatique en deux : d’un côté l’axiomatique à contenu (qui porte sur les propositions relevant du fini ou de l’infini potentiel) ; de l’autre, l’axiomatique idéale qui porte sur les propositions relevant du transfini dont les symboles logiques, « il existe » et « pour tout ». Ce que vise Hilbert, c’est l’équivalent mathématique d’une grammatisation générale des langues naturelles.

Les questions étaient les suivantes : l’axiomatique formelle est-elle complète (toute formule y est démontrée ou réfutée) ? Consistante (aucune formule contradictoire n’est engendrée par les axiomes) ? Décidable (il existe une méthode effective pour décider si une formule est vraie ou fausse). On doit les deux premières réfutations à Gödel, la dernière à Turing et Church. Toutes se basent sur des preuves d’impossibilité car le résultat est inaccessible, exit le programme hilbertien. Turing ajoute : le « reste » que le système formel ne peut atteindre provient de la géométrie qu’Hilbert avait cherché à réduire.

Hilbert s’oppose, à propos de la théorie des nombres, au tandem Frege-Russell. Il ne cherche pas à réduire les nombres à leurs caractéristiques ensemblistes, productrices de paradoxes, mais les envisage comme une donnée primitive dont on peut étudier les représentations sous forme de signe. Turing suit alors les cours de Max Newman qui expose les données du problème après le théorème de Gödel : « Maintenant que l’on sait qu’il n’y a pas d’engendrement complet et systématique de tous les théorèmes d’un système d’axiomes contenant l’arithmétique, on doit se poser la question de savoir si, quel que soit le système d’axiomes, il n’y aurait pas au moins une procédure passe-partout indéfiniment applicable pour trouver quelles sont les propositions que l’on peut effectivement déduire de ce système, c’est-à-dire qui décideraient de sa vérité. C’est en susbtance le problème de la décision ou Entscheidungsproblem posé par Hilbert ». Turing suppose qu’il suffit de décrire une machine idéale pour déterminer ce qu’est une procédure systématique.

Turing rédige, notamment en français, « sur les nombres calculables, avec une application au problème de la décision ». L’Académie des sciences de Paris reste de marbre. Il poursuit sa thèse de doctorat de logique mathématique sous la direction d’Alonzo Church, à l’Université de Princeton (E-U). Alonzo Church sera le premier à user du terme de machine de Turing, en 1937. Il a posé les bases théoriques de l’informatique en donnant congé au programme panformaliste d’Hilbert. Sa définition du calcul est la suivante : un dispositif constitué d’un nombre fini d’instructions, itérables un nombre potentiellement infini de fois. C’est ainsi que naît la figure du computer. L’ingénieur allemand Konrad Zuse met au point, dans un isolement total, le z3, premier ordinateur Turing-complet. La machine est programmable, binaire, digitale, électromagnétique. Elle effectuera des calculs pour le profilage des ailes d’avions mais sera détruite, en 1944, lors d’un bombardement. Il faut attendre les crédits massifs d’IBM, Harvard et le tandem Grace Hooper (mathématicienne) et Howard Aiken (physicien) pour que les E-U aient leur premier ordinateur, entre février et août 1944.

Face aux projets de John von Neumann sur les calculateurs électroniques, Turing propose non des machines à calculer mais une programmation exécutable sur un ordinateur. Le premier programme au monde à fonctionner sur un ordinateur est mis au point au sein de l’Université de Manchester où Max Newman a accueilli Turing.

Il amorce un tournant et concentre sa réflexion sur la croissance dans les ordres végétal et animal. Il délaisse ce qu’il nomme sa « machine à états discrets » pour les « systèmes continus » dont la trajectoire est non-linéaire et dont le matériel se déforme. La sentence du Tribunal de Manchester à propos de « pratiques indécentes réitérées en compagnie d’un autre homme » ne lui laissera pas le temps d’achever sa course. Le 7 juin 1954, il se suicidera, à l’âge de 42 ans.

Inscape : Procédé anglo-catholique d’entrée littéraire dans le paysage intérieur par la description minutieuse d’un évènement.

Islam : Hérésie chrétienne plus ou moins donatiste qui se présente comme la religion naturelle du Dieu unique. Ses théologiens ne sont lus que par un quarteron d’orientalistes et d’islamologues qu’Edouard Saïd aurait disqualifiés pour l’éternité. Aucune des procédures d’analyse usuelles ne peut lui être appliqué publiquement sans se voir taxer d’islamophobie et menacer par l’islamosphère et ses sicaires.

Juif : Ce nom divise les réactionnaires en particulier et les êtres humains en général.

Jésus : Pour parler en pseudo-mathématicien l’ensemble des hommes est un multiple de multiples, un ensemble illimité et inconsistant, Jésus figurerait ce qui transforme cet ensemble sous une forme qui exclut l’Unité (qui ne sélectionne que les observants, en clair les pharisiens) ou la Totalité organique, (Empire ou Eglise), de là que sa royauté soit d’amour car elle ne fabrique pas en série des damnés ou des hérétiques mais s’étend sur et s’entend pour chacun. Comme le dit saint Paul, là où le péché abonde, la grâce surabonde car l’inclusion dans Jésus est en excès sur l’appartenance au genre humain.

Kan Ha Diskan : procédé de répétition d’une partie d’une phrase dans la suivante, comme l’arithmétique dans le champ formel, il désigne un infini possible de la langue

Kitsch : Le kitsch ne relève pas du seul jugement de goût hautain ou décalé envers une série d’objets à la prétention ridicule. En effet, le kitsch, tel que le conçut Hermann Broch est une catégorie philosophique, une manière de réduire tout phénomène à ses effets. Ouvrir un musée 24 heures sur 24 parce qu’il faut accueillir le public qui se presse devant les toiles de Monsieur Hopper est kitsch, tout le gouvernement et le marketing sont kitsch, le bavardage sur l’appartenance au Moyen-Age voire à la Préhistoire de celui qui ne manifeste pas un enthousiasme de tous les instants envers un mariage minimal, aussi. On est donc loin du petit cadre avec collines et cours d’eau dans un restaurant chinois.

Même si le terme dérive du verbe verkitschen, opération de bradage d’un produit, même s’il naît des premières reproductions industrielles, le kitsch n’apparût que dans la Vienne des Habsbourg, celle de Sissi et François-Joseph. On commença par y adorer, en art, le décoratif, le facile et l’agréable et dans l’opinion une manière assez Schmock de défendre et d’attaquer en vertu des lois du Progrès. La presse s’y fit l’égale de l’argent. Mais le kitsch n’aurait jamais fonctionné sans des confreforts puissants, les traditions musicale et théâtrale de l’Autriche sans lesquelles le kitsch qui est toute la modernité serait apparue pour ce qu’il est :  une chute accélérée dans le vide.

Il faut donc partir de là, tout art véritable, dans l’âge moderne est une réaction désespérée au kitsch, une sorte de grattage sauvage face à un urticaire qui menace de tout côté. Car le kitsch est à la fois un didactisme, un art militant, et un esthétisme, un art pour l’art, ou une performance. Comme l’écrit Broch, « c’est dans la découverte et la création du neuf que l’homme se distingue de l’animal. Celui qui veut chercher pour l’art de nouveaux domaines esthétiques crée des sentiments artistiques mais ne crée pas de l’art. L’art naît des pressentiments du réel et ce sont eux seulement qui le font s’élever au dessus du kitsch ».

Néanmoins, comment distinguer, donc démêler le kitsch de l’art puisque les deux sont appariés, comment séparer la peste émotionnelle, cette fuite devant la fuite, de la Raison contaminée jouant les mouches du coche. Broch répondait, par le roman. Mais pas n’importe quel roman. Non pas la seule exploration psychologique des caractères mais une disposition polyphonique de la narration qui doit rendre compte de la fragmentation du monde qui ne se réduit pas au nombril de chacun et à la somme de ses dépits/jouissances d’amant, de fils, de père, de transgenre ou d’ennemi du genre humain.

Le kitsch opère le passage du fini à l’infini et du particulier à l’universel, il est l’ensemble de nos mythes, la loi du plus grand nombre, l’étoffe médiocre du marché, un certain optimum de la loi d’attraction. Le kitsch est donc un livre de recettes sur le bonheur présent ou une fiche détaillée des manières de s’en servir. Le kitsch a donc besoin d’opérateurs et d’ingénieurs, c’est un processus industriel, il demande du temps et du sérieux, de l’organisation.

Kundera a dit du kitsch qu’il était la traduction de la bêtise des idées reçues dans la langue de la beauté et de l’émotion. Une manière d’arracher des torrents d’attendrissement à propos des banalités et des pensées à quatre sous qui peuvent animer tout un chacun. Le kitsch est l’esthétique et la morale quotidienne d’un monde occidental qui n’a plus aucune morale puisqu’il la déclare axiomatiquement plurielle. L’art, le marteau avec lequel frapper sur la console du manège, même si cela ne sert à rien.

Kobus van Cleef : médecin atrabilaire disparu en rade de Brest

Kung Fu Tseu : Ami méconnu d’Ezra Pound

Lettrine : Forme close de prose qui se distingue du journal, de l’aphorisme ou du poème en prose.

Liberté d’expression : La gauche progressiste en a le monopole. D’ailleurs qui n’est pas progressiste ne sait parler, aussi qui n’est pas progressiste est un barbare.

Lipogramme : Carence alphabétique appliquée à la prose

Livre (économie du) : le prix d’un livre se décompose comme suit : une part éditeur de 48 % (dont 10 % de droits d’auteur, 14 % pour la fabrication, 5% pour la promo, 15 % de frais de structure et 5 % de marge), une part diffusion-distribution-librairies de 52 % (dont 37 % pour la librairie, 8% pour la distribution et 7 % pour la diffusion). On conçoit l’avantage pris par Amazone sur la voie du monopole sur le marché généraliste. Les premiers ouvrages sont tirés entre 1000 et 1500 exemplaires, histoire de minimiser les pertes, 80 % des travaux résultent d’une commande d’éditeur et 300 entreprises d’édition assurent 90 % du chiffre d’affaires d’un secteur où le pourcentage des gros lecteurs est en perdition tandis que celui du lecteur annuel unique augmente, preuve, selon certains, d’une démocratisation en cours donc d’un arasement généralisé.

Luca Ghérasim : Roumain moins en Cour que Cioran et Eliade, il développa la performance en compagnie de Brion Gysin, tentant d’épuiser les séries tonales de la langue

Lynchage : Mesure extrajudiciaire très répandue dans le Deep South, elle visait, par l’usage local du terrorisme à maintenir le suprématisme blanc. Systématiquement appliquée en URSS, ce genre de mesures est passée inaperçue. Un lynchage médiatique a pour objectif de priver un artiste, un écrivain, un littérateur, un universitaire de prébendes et de médiateurs sur le grand marché où l’on vend des foutaises.

Masculin / Féminin : Partons d’une définition « la sexualité est l’ensemble des processus qui permettent des échanges d’ADN entre génomes », donc la reproduction sexuée est le couplage entre la formation d’un nouveau génome et la reproduction d’un individu. Or toute reproduction sexuée implique deux phénomènes la méiose (avec formation des gamètes, les cellules germinales que sont le spermatozoïde et l’ovule et qui ne possèdent qu’un jeu de 23 chromosomes) et la fusion de deux gamètes. Comme nous sommes anisogames, on distingue des gamètes féminines et des gamètes masculines. Bien sûr on peut toujours penser que nous deviendrons des méduses (on se reproduira par clonage-bouturage) ou que nous atteindrons un jour la parthénogénèse mais à ce moment là nous ne serons plus des humains. D’ailleurs il n’existe dans la nature aucun système de reproduction sexuée impliquant plus de 2 individus mais nos queers savent que la science ne connaît pas de limites.

On lit donc avec un certain effarement chez des biologistes standards, cette idée que le mâle serait un parasite faisant porter à un hôte sa descendance. On peut considérer que la reproduction des lézards ou des abeilles est une « norme », sous prétexte qu’il existe un double coût des mâles (qui diviserait par 2 la descendance féminine) mais c’est présupposer que le mâle est une erreur de la Nature ou une exception (et on retombe malencontreusement sur la création d’Adam par le Dieu phallo-logo-centrique comme évènement incompréhensible)

Le problème de la reproduction asexuée c’est qu’elle accumule les mutations délétères et s’avère incapable de résister aux parasites (les vrais cette fois-ci) par manque de brassage génétique, on n’a donc nul besoin de la Bible pour expliquer la nécessité du mâle parmi les mammifères. Toutefois, les néo-féministes et les queers ont tendance à se prendre pour des plantes, plutôt que pour des primates singuliers. Les queers se voient bien possédant des organes mâles (les étamines qui produisent du pollen) et des organes femelles (le style contenant les ovaires). De plus comme les plantes sont allogames (la fécondation s’opère par le pollen d’une autre plante) on voit que nos queers-plantes attendent beaucoup des techniques de reproduction assistée.

Sinon du côté humain le chromosome X possède 156 mégabases et 3500 gènes, le chromosome Y, 60, et une trentaine de gènes dont plus de la moitié ne sont pas présents sur le chromosome X. C’est lui qui porte les gènes de la masculinisation dont le SRY qui déterminerait, mais pas à lui seul, entre la 5ème et la 8ème semaine de gestation la différenciation des testicules (j’imagine que les queers rêvent de le neutraliser). Le problème c’est que le SRY semble le résultat d’une mutation ponctuelle (puisqu’on le trouve chez tous les mammifères mais pas chez les oiseaux, le devenir-oiseau des queers) intervenue, pour la 1ère fois, il y a 300 millions d’années. La dernière des inversions est, de peu, antérieure à la différenciation entre les primates et les 1ers hominidés (entre 30 et 50 millions d’années).

Dès la 8ème semaine de gestation l’hormone AMH élimine de l’embryon masculin les canaux de Müller puis la testostérone secrétée par les cellules de Leydig stabilisera les canaux de Wolff ( à l’origine des canaux qui véhiculent les spermatozoïdes). C’est le contraire chez l’embryon féminin puisque les canaux de Müller se différencieront en trompes de Fallope et formeront vers la 16ème semaine, l’utérus et une partie du vagin.

L’hypothèse d’Anne Fausto-Sterling parue dans The Sciences en 1995 c’est de distinguer 5 sexes : hommes, femmes, herms (hermaphrodites vrais dont les anomalies portent sur les gonades), merms (pseudo-hermaphrodites masculins) et ferms (pseudo-hermaphrodites féminins). Dans les cas des merms, les anomalies sont dues à une défaillance dans la production, la transformation ou la réception de la testostérone voire dans un fonctionnement défectueux de l’AMH, ce sont alors les « hommes à utérus » partiels qui adviennent et tous sont stériles (on le voit l’appareil génital masculin doit être en état de marche pour se reproduire). Dans le cas des ferms, on constate une certaine virilisation de l’appareil génital, les glandes surrénales secrétant trop d’androgènes lors du développement embryonnaire.

Anne Fausto-Sterling est absolument associée au militantisme de la société des Intersexués d’Amérique du Nord dont la figure emblématique est Cheryl Chase. Leur combat a consisté à lancer un moratoire sur les opérations d’enfants porteurs d’ambiguïtés génitales. Comme on nage dans un néo-lyssenkisme, elle en vient forcément à distinguer une science dimorpho-centrée et une autre puis elle en conclut que la science serait là pour dire le droit donc elle entend réformer, au nom de l’autre science, l’état civil et réguler les blocs opératoires. Le vocabulaire dont elle use est assez intéressant : les femmes sont munies de « toute la plomberie interne » nécessaire pour le trajet de l’urine et des ovules. On est donc dans le registre du bricolage.

Elle trouverait 1,7 % de naissances « intersexués » (incluant ce qu’elle nomme les cas de chromosomes supplémentaires et les « contradictions » entre gonades, hormones et organes génitaux). Elle découvre finement que la probabilité qu’une anomalie soit importante dépend de la taille du groupe considéré (faible en Nouvelle-Zélande, forte chez les esquimaux Yupiks) puis elle cite un cas qui semble détruire toute sa lutte contre le dimorphisme : celui de John auquel on avait retiré ses organes masculins (ses testicules) à la suite d’une circoncision malheureuse qui l’avait privé de son pénis. John fut transformé en Joan, le problème, c’est qu’il s’appelle aujourd’hui David Reimer et a renoncé à porter robes et culottes.

Pour finir Fausto-Sterling défend l’International Bill of Gender Rights adopté par on ne sait qui, en 1995 à Houston (Texas). Parmi les dix droits énoncés : celui de définir son sexe, d’en changer si on le désire via une opération chirurgicale (on voit donc que le problème de AFS ce n’est pas l’opération, c’est la conjonction d’une demande et de sa faisabilité dès lors qu’il est question d’en finir avec le dimorphisme phallo-centrique) et celui d’épouser « qui on veut », CQFD

Minoritaire : Concept développé systématiquement par Gilles Deleuze. Le devenir-minoritaire affecte tout un chacun. Il ne se confond pas avec le fait de se grimer en immigré en clamant, « étrangers, ne me laissez pas seul avec les français ». Comme le dit ce chant salafiste, « ghurabaa’ hakazhal ahraaru fii dunya-al ‘ abid ».

Miroir : la meilleure manière de se découvrir, se regarder dans tous les miroirs, ainsi nous formons la série de nos variations ou de nos infidélités.

Muray Philippe : Cancéreux bilieux, il prétendit découvrir les méandres de la post-Histoire et son moteur perpétuel, l’ordre cordicole de la vie sous perfusion. Pourquoi  avait-il si mauvais goût dans ses dilections contemporaines ? Pourquoi ses romans étaient-ils aussi mauvais ? Autant de questions qui laissent ses exégètes aphones. Qu’est-ce que j’aimais chez lui. Son désespoir absolu et son rire.

Multiculturalisme : Plus petit dénominateur commun qui consiste à manger des sushis, à fréquenter le hammam, à acheter sa baguette, à rêver de Miami ou de Dubaï, et à brancher son ordi sur le vaste monde des réseaux.

Nazisme : Son apport est vestimentaire. Ses panoplies servent toujours dans les orgies anglaises parrainées par le parti conservateur. Dans d’autres lieux, l’accord de la maîtresse de maison est souhaitable.

Néandertal : Le chercheur a livré son mode d’emploi : séquencer le génome de Neandertal à partir de son ADN, tâche qui a déjà été accomplie, puis le scinder en dix mille fragments puis les synthétiser. Si on reproduisait ce processus suffisamment de fois, on créerait une ligne de cellules souches de plus en plus proche de celles de Néandertal. » Ensuite, il resterait encore à trouver une mère porteuse volontaire. Au journal allemand, le professeur Church a d’ailleurs expliqué chercher « une femme audacieuse » pour porter et mettre au monde ce bébé particulier. Church, qui a lui-même mis au point un procédé semiautomatique permettant d’accélérer ce processus dans son laboratoire, affirme qu’il faudrait d’abord créer un clone de Néandertal femelle, qui pourrait servir de mère aux autres. « L’homme de Néandertal pense différemment de nous. On sait que sa boîte crânienne était plus grande que la nôtre. Il pourrait même être plus intelligent. Le jour où nous aurons à faire à une épidémie, que nous devrons quitter la planète ou quoique ce soit, il est concevable que sa manière de penser puisse nous être bénéficiaire. »

New Age : Le New-Age a ses quatre étapes : l’épreuve qualifiante, la quête de soi, l’habitat du mystère, la conspiration ouverte. L’humour y est banni. On atteint les Near Death Experiences. On peut se demander si on n’est pas déjà mort au terme du parcours.

Nicolas du Chardonnet (Saint) : Avant que BHL ne découvre qu’il s’agissait d’une église et non d’une figure de la scolastique, Bernadette Chirac soutint son occupation par les hérétiques de la fraternité saint Pie X, très amateurs de chants grégoriens.

Nieztsche Friedrich-Wilhelm : Célèbre fou de Weimar qui se pendait au cou des chevaux fouettés et signait Kaiser-Christ ses dernières lettres. Il passa sa vie à démolir les attendus métaphysiques de l’idéalisme allemand et de l’utilitarisme anglais à coups de marteaux franco-russes. Les concepts qu’on lui prête se résument souvent au titre de ses ouvrages. Pourtant sa référence à Zarathoustra indique clairement que le fils du pasteur se plaçait lui-même dans la lignée des ésotéristes, ce qui tendrait à indiquer que la pensée de Nietzsche tient à la fois de la toile d’araignée, du labyrinthe et du voile de Pythagore. Philologue et pianiste, il passera à la postérité sous le nom de philosophe.

Noir parfois africain ou nègre : Se tient, selon le discours de Dakar, dans le vestibule de l’Histoire avec sa machette, ses femmes et le sida en prime. Navigue parfois sur des rafiots de fortune en direction des Canaries ou de Gibraltar. Athlète de naissance, chanteur et danseur, il a le QI d’un enfant de 7 ans et le chibre d’un étalon. Sa prédilection pour les blondes, le rap et les fringues est légendaire. Entre Huggy les bons tuyaux et fifty cents, son type navigue entre le mec cool et le rough guy.

Nouvel Ordre Moral ou NOM : L’affaire DSK indiqua son entrée en lice dans tous les foyers français

Objectivistes : Héritiers d’Ezra Pound, ils sont les pères du Black Mountain College d’où transiteront minimalismes et post-modernités.

Œil Absolu : A celui-ci s’oppose l’œil de l’esprit

Palais de la guerre de Munich : Bombardé par les alliés, il figure l’architecture selon le goût du Führer

Pédophilie : Entre 1850 et 1870, le nombre de viols et d’attentats à la pudeur sur les enfants de moins de 15 ans, à Paris, double. Les prévenus concernés et déférés devant les tribunaux d’assises forment alors 6 % des effectifs des criminels.

Pensée unique : celle des autres

Pessimisme : « Moi j’ai toujours été dévot à la mort et je suis le convoi de la vieille Monarchie comme le chien du pauvre », cette phrase illustre cette vitalité désespérée qui est le propre de l’antimoderne. Le sentiment de l’Histoire ouvre donc un espace ambigu entre pessimisme et combat, avec cette certitude que l’échec est au bout du chemin. A l’opposé du progressiste, le contre-révolutionnaire a su dégager le concept d’époque, comme changement qualitatif dans l’ordre des évènements et non cumulatif dans l’ordre du temps. De Joseph de Maistre à Muray, en passant par Péguy, cette pensée est constante. Cette perspective s’oppose à celles de Chateaubriand et de Tocqueville pour qui la Révolution était déjà en cours avant d’éclater en convulsion, si bien qu’elle n’a pas eu lieu. A la place de l’époque, Chateaubriand perçoit dans l’irréversibilité de l’Histoire, la figure du déclin. Aussi tous les progressistes ont un petit côté prédicateur et concierges dès qu’on les compare à ses amoureux déçus que sont les anti-modernes et les révolutionnaires, cousins invisibles.

Pétain (Philippe) : Maréchal de France, vainqueur de Verdun, dictateur tardif, cet amateur de femmes acheva sa vie dans une cellule de l’île D’Yeu. François Mitterrand n’oublia jamais d’honorer sa mémoire. Maurras trouvait que Pétain était « vraiment un homme de la grande espèce » et voici comment il en vint à découvrir dans son sacre parlementaire, une divine surprise :  « quand la poésie vient d’atteindre tous les points de sa perfection consommée, quand elle a touché même le sublime, quelque chose lui manque encore si elle n’a pas produit ce qu’on peut appeler : la divine surprise, celle, précisément qui submerge tous les espoirs de l’admiration la mieux disposée. Et bien ! La partie divine de l’art politique est touchée par les extraordinaires surprises que nous a faites le Maréchal. On attendait tant de lui, on pouvait et on devait tout en attendre. A cette attente naturelle, il a su ajouter quelque chose, il y a répondu de façon plus qu’humaine. Il n’y manque plus rien désormais ». 

Pinochet Augusto : Idole rastaquouère d’une certaine droite, il mourut en martyr de la lutte contre le communisme et la subversion, poursuivi par l’Inquisiteur Garzón.

Plagiat : Lautréamont en systématisa le procédé y compris lors de la composition de son nom qui venait des Mystères de Paris donc du roman-feuilleton

Poisons modernes : Durant, la première guerre mondiale, Hoechst (désormais Aventis), DuPont, Monsanto, entre autres fournissent explosifs, gaz moutarde, poudre à canons et produits de base aux armées en campagne. Les actionnaires sont heureux, le chiffre d’affaires explose, la vie est belle. Fox-trot sur les monuments aux morts.

En 1920, après avoir été poursuivi comme criminel de guerre pour avoir piloté la mise au point des obus au gaz, Fritz Haber, juif allemand né à Breslau, est couronné par un prix Nobel de chimie pour sa synthèse de l’ammoniac. Père de tous les toxicologues, ils lui doivent une loi qui porte son nom. Celle-ci détermine le pouvoir létal des gaz. Elle se formule ainsi : « pour chaque gaz de combat, la quantité C présente dans un m3 d’air est exprimée en milligrammes et multipliée par le temps T exprimé en minutes qui est nécessaire pour obtenir un effet létal sur l’animal expérimental inhalant cet air. Plus le produit C x T est petit, plus la toxicité du gaz de combat est grande ». S’appuyant sur ces travaux pionniers, le britannique John William Trevan met au point la dose létale 50 ou DL 50. Cet indicateur mesure la dose de substance chimique nécessaire pour tuer la moitié des animaux exposés. Elle s’exprime en un gradient mg (de substance) / kg. Aussi, une DL 50 de 40 mg/kg requiert 3,2 grammes pour tuer la moitié des animaux pesant 80 kg. La DL 50 de la vitamine C est de 11,9 grammes/kg, le sel de table de 3grammes, le Zyklon B de 1 mg, le cyanure de 0,5 à 3 mg, la dioxine de 0,02 mg.

La société allemande Degesch contacte Haber pour mettre au point un insecticide à partir de l’acide cyanhydrique qu’il connaît bien puisqu’il a récusé son emploi comme arme chimique du fait de son maniement difficile. Il parvient à ce que le Zyklon B puisse être utilisé en épandage sur les cultures. En 1958, il est homologué en France pour le traitement des semences de céréales et la protection des stocks si bien qu’Eden vert l’exploite jusqu’en 1988. Degesch France en usera comme agent de désinfection des locaux de stockage jusqu’en 1997.

En 1939, le chimiste suisse Paul Müller redécouvre les vertus du DDT, un organochloré. La firme Geigy (désormais Syngenta) en use comme insecticide et Müller rafle le prix Nobel en 1948. Dissous dans l’huile, il est utilisé par l’Us Army à Naples en 1943 afin de détruire les poux responsables du typhus. Dans le Pacifique sud son épandage généreux est sensé anéantir l’anophèle, vecteur du paludisme. On asperge la substance sur les rescapés des camps, les prisonniers coréens, les immigrés judéo-arabes en Israël, les populations civiles allemandes, les villes américaines et les plaines corses. Son usage est étendu à tout le monde libre et bien aligné pour la plus grande joie de Dow Chemical et Monsanto. Près de 2 millions de tonnes de ce produit phare ont aspergé la planète dont le 1/3 aux Etats-Unis.

Les organophosphorés issus des recherches sur les gaz de combat s’attaquent au système nerveux des nuisibles, mais en 1939, IG Farben met au point le sarin dont le DL 50 est de 0,5 mg/kg, le tiers de la toxicité de la dioxine, arme subsidiaire du FSB (après le polonium). On ne sait s’il fut utilisé sur les prisonniers russes mais Pinochet et la junte s’en servirent pour paralyser éternellement certains opposants et la secte Aum lança son attaque sur le métro de Tokyo avec cet insecticide.

Au début des années 1940, les chercheurs britanniques et américains isolent l’hormone de croissance des plantes, ce qui ouvre la voie aux désherbants comme méthode de combat. De la famille des chlorophénols, ceux-ci sont utilisés en Malaisie par l’armée britannique afin de détruire les récoltes des maquisards sino-communistes. Au même instant, le centre de guerre biologique de Fort Detrick teste le trinoxol, l’ancêtre de l’agent orange qui sera gracieusement distribué dans les rizières et forêts tropicales du Mékong. Celui-ci contient de la dioxine synthétisée par un laboratoire allemand, à Hambourg, en 1957. Selon une étude américaine, 80 grammes de dioxine dans un réseau d’eau potable pourrait détruire ou du moins compliquer gravement la vie d’une métropole de 8 millions d’habitants.

C’est à ce genre de détail qu’on perçoit la complète aliénation hollywoodienne des disciples d’Al-Qaida.

L’essence au plomb, dont General Motors et Dupont de Nemours furent les promoteurs, empoisonna le sang de générations d’américains durant cinquante années glorieuses. Le fréon qui, en haute atmosphère, transforme l’ozone en oxygène, tel un Midas un peu sombre porté sur les rayonnements ultra-violets, est un autre titre de gloire de Thomas Midgley, qui déposa un nombre impressionnant d’autres brevets et reçut maintes distinctions prestigieuses, pour ses contributions au progrès de la chimie. C’était un inventeur très ingénieux. Même lorsqu’il fut frappé par la poliomyélite, en 1940, il imagina un système complexe de filins et de poulies pour quitter son lit et se recoucher tandis que Kant en était resté au remonte-chaussettes. Malheureusement il s’emmêla dans son propre appareillage et mourut, étranglé, en 1944. Roosevelt, un autre handicapé, ne lui survécut qu’une année, laissant une partie de l’Europe en ruines entre les mains d’Oncle Joe. Dans son panégyrique, on pourrait introduire cette phrase de l’historien John Mc Neill : « Midgley a eu plus d’impact sur notre atmosphère qu’aucun autre organisme vivant ».

Prostitution : En 1870, on comptait pour la seule ville de Paris (1,8 million d’habitants), 1066 filles encartées dans les maisons closes et 2590 racoleuses de trottoir recensées. En revanche le nombre d’occasionnelles est évaluée entre 20 et 30 mille, quant au nombre de cocottes et de courtisanes, il s’éléverait à une centaine.

Purge (selon The Economist ) : liquéfier le marché du travail, baisser impôts et cotisations sociales, offrir au capital un revenu minimum garanti et plus si spéculations et intervenir si nécessaire à coups de centaines de milliards en cas de collapse, en revanche afficher une inflexible pingrerie en matière de prestations sociales et de retraites par répartition, enfin tirer sur la bureaucratie publique pour la remplacer par la gabegie privée

Raspail Jean : Son camp des saints est un commentaire indigent, bien qu’un peu long, du radeau de la Méduse du peintre Théodore Géricault.

Réacosphère : Ensemble de blogs plutôt masculins où il est question de racailles, de femmes à poil, de Dieu, de la France qui s’en va, de socialisme national et même international à détruire d’urgence, de libéralisme qui vient, de race blanche supérieure, de paganisme et, parfois, de Littérature. Dans les faits, on la reconnaît, outre son opposition stérile à la génération lyrique, par sa pensée, à la fois, grotesque, basse et psychotique et son style de valet de chambre congédié et en colère ou de jeune consumériste à la libido exténuée. Les borgnes et les aveugles la confondent avec les fascistes et les réfractaires.

Réac’Inconnu : De son vrai nom, Gertrude Stein

RER : Pour les provinciaux, évitez d’emprunter le B, à l’exception du trajet vers Roissy, les autres peuvent être longs, très longs.

Richesse : Place le montant du PIB à gauche puis il te faut soustraire l’endettement cumulé, l’épuisement des ressources et l’abrutissement généralisé ? Que reste-t-il de ta richesse ? La croyance, ton credo quia absurdum.

Roms : Infra-humains burinés qu’il est encore licite d’animaliser. Selon Manuel Valls, ils ne sont pas comme nous et constituent la première menace de France. Barrès en était.

Ronet Maurice : Si la beauté masculine avait un visage, ce serait le sien.

Ruines : Lieu commun de la dilection fasciste-kitsch pour la destruction 

Sélavy : génératrice d’anagrammes dont les dés sans loisir étaient des lois du désir, un peu comme les taies d’eau rayées de Raymond Roussel

Sei Shônagon : elle inventa les notes de chevet où l’on trouve des choses qui émeuvent profondément, celles qui ont une grâce raffinée, celles qui sont détestables, celles qui semblent éveiller la mélancolie, celles qui remplissent d’angoisse mais aussi manteaux de femmes, nuages, gens qui prennent des airs savants, ignorants ou idiots, etc.

Shakespeare : Comment un fils de gantier qui n’avait, vraisemblablement, fréquenté que la grammar school de Stratford-upon-Avon a-t-il pu connaître aussi bien la common law, la tradition juive, les figures et mouvements de la langue anglaise, Montaigne, la doctrine du pari et les querelles théologiques autour des spectres ?

Sugar Daddy : Un communiqué de Roland Jaccard affirme qu’il n’en est pas

Testicules : Ruby maniant quelques testicules : Oh que je suis fâchée, ma bonne amie de la résistance que tu mets à mes désirs ! Et ces boules, quel est leur usage et comment les nomme- t-on ?

Nicole : Le mot technique est couilles…testicules est celui de l’art

Transformisme : Identification de la politique avec l’art de s’adapter aux circonstances en singeant les réformes tout en adoptant l’impératif du gouvernement des mœurs et de la société. En France, l’exemple le plus flagrant en fut la loi dite des 35 heures qui jugea négligeable les spécificités des PME, précarisa les travailleurs les plus faibles et déposséda l’ensemble des salariés de tout contrôle réel sur l’organisation du temps hors et au travail.

Tropisme : le bord, la limite où tambourinent les mots muets 

Veigh Timothy Mc : Contre toute évidence, ce soldat politique selon la définition d’Évola est présenté comme un loup solitaire, ou pire, un pied nickelé. Son attaque contre le siège du FBI à Oklahoma, devait sans doute donner le signal d’une insurrection qui n’en finit pas de venir.

Venise : Ville-Temple où vint mourir Ezra Loomis Pound né dans l’Idaho. Il était devenu fasciste parce que le fascisme, plutôt qu’un système de gouvernement, était un système de pensée. C’était à la fois une philosophie, une religion, un mouvement politique. C’était la pétition de grandes espérances, l’ébranlement de mythes, l’appel de la conscience obscure. Sa ruse était d’habituer les hommes aux illusions morales pour les empêcher de s’étonner des illusions économiques. Sa force était d’être réellement en harmonie avec des régions profondes de l’âme humaine. Il est entendu que la plupart des notions dont il se servait ne sont que de faibles reflets de vraies pensées, des ersatz déraisonnables, un vrai tumulte de mots. Mais sa supériorité était dans un style que forgent l’héroïsme et l’honneur et qui brille d’éclats innombrables. C’était une sorte de philosophie de la forme. C’était une création dont la littérature et les arts tirent des mythes qui sont beaux. Le fascisme offrait à l’homme un système total où il est mystifié, mais où cette mystification ne le dégrade pas. Il lui assurait à la fois un régime inhumain puisqu’il ne lui permettait pas les conditions matérielles suffisantes, et une doctrine humaine puisque l’homme y puise prodigieusement l’orgueil d’être homme. C’était par cette voie que le monde fut conquis à d’extraordinaires puissances de ténèbres. Pound était revenu dans son pays menotté, on l’avait interné 13 ans dans un asile, il s’était tu 13 autres années, il était le siècle à lui tout seul et le siècle l’avait vomi.

Vérité : D’un côté, elle est toujours pauvre et non pas délicate et belle comme la plupart se l’imaginent, mais maigre, défaite, sans chaussure, sans domicile, point d’autre lit que la terre et les décharges, point de couverture sinon de papier froissé, couchant au gré des humeurs et, en digne fille de sa mère, misérable mais jamais prostituée. D’un autre côté, suivant le naturel de son père, elle est toujours en quête de ce qui est bon et beau, elle entreprend, elle soumet, robuste, chasseresse, sans cesse combinant quelque artifice, jalouse de savoir et mettant tout en œuvre pour y parvenir, lirepassant toute sa vie à philosopher, enchanteresse, magicienne, sophiste.

Vert : Selon la légende, Jarry et Baudelaire avaient les cheveux verts

Vin : « Monsieur, je vous remercie, je ne bois que du vin »

Vortex : Selon Ezra Pound, point d’énergie la plus grande, la guerre en est la figure palpable, elle réduit à néant l’arrogance, l’égocentrisme, la fierté de l’individu bourgeois

Zürn : compagne des poupées d’Hans Bellmer

 

 

« Il existe également un moyen de migrer dès à présent vers une démocratie plus horizontale indépendamment d’un mode de gouvernance hiérarchique. C’est-à-dire un vote en direct des citoyens pour différents projets amenés par les citoyens eux-mêmes. En effet, les start-up façonnent notre société présente et future. Financer une start-up en direct est donc un acte particulièrement impactant. Alors, pourquoi laisser cette responsabilité aux acteurs financiers ou politiques alors que nous pouvons tous placer 5 à 10 % de notre capital dans 5 à 10 placements à risque ?  « Une première solution pourrait venir d’une expérimentation d’un changement des modalités de vote. Le principe du système actuel de vote direct et unique pour un candidat date de l’antiquité et n’a pas été depuis amélioré. Or, les algorithmes, la modélisation, l’algèbre linéaire nous ont permis de faire des progrès significatifs dans la résolution des problèmes d’élection. Pourquoi ne pas adopter la stratégie qui a permis à Google de bien classer les pages du web à ses débuts pour évaluer la pertinence de candidats à l’élection présidentielle ? »

Maël Bosson

« Cela ne sert à rien de faire appel à l’institution, au ministère, chaque structure hospitalière est autonome dans ses décisions. Ces structures n’examinent pas les dossiers de candidature en fonction du mérite, mais sur le on-dit des gens avec qui le candidat a travaillé…le sexisme joue, le racisme joue. Mais un homme n’aurait pas voulu plier, cela aurait été la même chose. Il n’y a pas de recours, pas de commission médicale paritaire. On dit de quelqu’un qu’il ne veut pas s’intégrer quand il ne veut pas faire ce qu’on lui demande de faire. Alors que dans les pays anglo-saxons, s’il y a une personnalité difficile, on discute. On ne va pas lui montrer la porte. C’est très hypocrite, car à l’inverse, on ne fait rien contre les chirurgiens alcooliques ou harceleurs. L’hôpital français, c’est le népotisme et le marquisat, des querelles de clocher et des conflits de pouvoir. Un monde où on ne peut pas dénoncer son patron harceleur sexuel car c’est lui qui décide de votre carrière. La hiérarchie hospitalière universitaire, c’est le monde de la cooptation. Ils recrutent ceux qui sont prêts à courber l’échine jusqu’à ce qu’ils leur succèdent et reproduisent le système ».

Martin Winckler  

Maël Bosson a le look d’un trentenaire écolo-sympa. Il a fait une prépa d’ingénieur à l’INP (Institut national polytechnique), est passé par l’Inria (Institut national de recherche en informatique et en automatique), a fait un petit tour au CEA (Commissariat à l’énergie atomique) avant de revenir à l’INP dans le Gipsa-lab (Grenoble images parole signal automatique) et de faire un postdoctorat dans le Montana. Un parcours typique d’ingénieur grenoblois.

Pendant ses études, le voici fasciné par le vélo électrique. Il commence à en fabriquer sur mesure et monte des sites internet electricbikerange.info, www.ebikemaps.com et wwww.monveloelectrique.fr, pour fédérer une communauté d’utilisateurs de ce type de transport. Il prend le statut d’autoentrepreneur. Au Gipsa-lab, il a étudié un « contrôleur », une carte électronique made in ST Micro, qui permet d’optimiser la batterie d’un vélo électrique.

Avant de se lancer, il cherche à s’entourer des bonnes personnes et reprend contact avec un vieux camarade de promo, Raphaël Marguet, pour lui proposer de cofonder la boîte. Au site frenchflairconsulting.com, Bosson explique son choix de coéquipier : « Je travaillais avec la Métro sur des problématiques de développement du vélo électrique et lui avait été élu au conseil municipal de la Ville de Grenoble. Nous avons naturellement repris contact.  »

D’autres versions du lancement du projet existent. Bosson, adepte de ski de rando, a l’habitude de monter son matos en vélo. Un jour, il croise Raphaël, une connaissance de la prépa. Ils discutent quelques minutes et Raphaël est vite séduit par le projet.

D’un côté on accroche le notable, de l’autre tout part d’une rencontre dans un drôle d’endroit.

Les trois dirigeants d’Altia, Patrice Durand, Patrick Adolf et Nicole Cohen, sont aujourd’hui au cœur d’une enquête pour abus de biens sociaux et escroquerie, menée depuis l’été 2014 par le juge parisien Guillaume Daieff. Ils étaient les anciens propriétaires de GM&S . Pour deux d’entre eux, ils sont toujours les propriétaires des murs et du terrain de GM&S, et à ce titre perçoivent encore des loyers tous les mois.

Sabrina est marquée par une rencontre avec sa pédiatre. Après le bac, les études de médecine sont une porte de sortie. « Je voulais étudier ailleurs qu’en banlieue. » Elle intègre Paris 7, Bichat. Et dès la deuxième année, elle est « fascinée par le cerveau. Mais la neuro est perçue comme la spécialité des dieux. Les postes sont très chers ». Elle en fait cependant son objectif, même si, dès le début, elle se sent en décalage. « Quand je suis arrivée en première année de médecine, les étudiants baignaient dans le milieu, il y avait énormément de fils de médecins. Ils avaient déjà commencé à bosser l’été précédent en achetant des polycopiés, pendant que moi je travaillais au McDo pour me payer mes études. »

Sabrina tente alors de cacher le décalage qu’elle ressent. « J’ai toujours masqué mes origines, quitte à mentir. J’ai un faciès interprétable de façons multiples. Comme mon nom. Mais je ne me mélangeais pas trop. A posteriori, je me dis que je n’ai jamais vraiment fait l’effort d’aller vers les autres. Mais je n’étais pas attirée par le côté festif, les soirées alcoolisées. J’étais entre deux mondes puisque, le soir, je rentrais dans ma cité. » Les premières années se déroulent sans problème. La compétition commence vraiment en 5e année. Sabrina obtient un bon classement, qui lui donne accès à la chirurgie. Mais c’est trop juste pour Paris. Elle choisit Toulouse. « C’est là que j’ai signé mon arrêt de mort. »

En avril 2015, Ebikelabs naît, avec Bosson comme Chief executive officer (PDG) et Marguet comme Chief community manager (en gros il publie des trucs sur Facebook et Twitter).

Deux ans plus tard, la boîte est installée dans un open space d’Innovallée, la « technopole numérique » de Meylan-Montbonnot. Elle vend des contrôleurs, de petits objets pour vélos à assistance électrique (ou VAE). Elle développe également une application, qui permet de calculer un trajet, et vous indique si la batterie dudit VAE tiendra le coup, en fonction de la pente et de votre poids. Enfin, elle commercialise depuis peu des totems, de simples tablettes branchées sur leur appli, et installées dans des magasins de vélos, permettant au client de choisir son modèle de vélo électrique.

Ces machins commencent laborieusement à se vendre, mais pour l’instant la boîte n’a pas beaucoup de rentrées d’argent. Pourtant dix personnes y bossent à temps plein, en ingénierie, communication ou marketing. « J’ai un ami qui a lancé sa start-up et qui a vécu pendant 10 ans grâce aux aides européennes et aux subventions », explique Dominique Houzet, le chercheur qui a embauché Bosson en postdoctorat au Gipsa-lab.

En 2009, Patrice Durant, Patrick Adolf et Nicole Cohen, anciens cadres de l’allemand Halberg, commencent à constituer un groupe industriel ambitieux. À l’été 2009, ils emportent à la barre du tribunal de commerce l’usine de La Souterraine, ainsi que trois autres usines d’emboutissage (la fabrication de pièces automobiles métalliques), à Bessines-sur-Gartempe (Haute-Vienne), Beaucourt (Territoire de Belfort) et Saint-Nicolas-d’Aliermont (Seine-Maritime), qui appartenaient au groupe Sonas. Le prix d’achat est de 750 000 euros. Altia met la main sur 23 sites en France, dont l’emblématique fabricant de chariots de supermarché Caddie. Un magnifique « sauvetage industriel » selon le ministre du redressement productif de l’époque, Arnaud Montebourg. L’État acquiert 20 % du capital en apportant 10 millions d’euros à l’entreprise, par le biais du Fonds de modernisation des équipementiers automobiles, puis par celui du Fonds stratégique d’investissement, devenu la BPI. À l’été 2014, la BPI accorde encore 8 millions d’euros d’avance sur trésorerie à l’entreprise.

Après quatre nouveaux semestres apparemment sans souci, on tente de dissuader Sabrina d’aller en « neurochi ». Sans qu’elle comprenne pourquoi, on ne lui valide pas son 4e stage. Un ponte lui conseille de se réorienter. « J’ai compris qu’il fallait laisser la place à un fils de neurochirurgien qui était derrière moi. Si je validais mes stages, personne ne pouvait cependant m’empêcher de réaliser ce que je voulais. Mais d’un seul coup, j’ai senti que je n’étais plus désirée. Des personnes ont voulu me faire payer mon ambition personnelle, d’être sortie de ma condition de prolétaire, mon faciès et surtout le refus de me soumettre aux relations extra-professionnelles pour pouvoir m’intégrer. » Plus prosaïquement, des « difficultés d’intégration » lui seront par la suite reprochées.

En un an, Ebikelabs est parvenu à réunir un million d’euros (Les Échos, 9/06/2016). Avant même de créer sa start-up, Maël Bosson a bénéficié d’une aide pour favoriser le «  transfert de technologie » entre le Gipsa et Ebikelabs. Pour ce faire, il a eu un fonds d’EasyTech, un « programme » du pôle de compétitivité Minalogic visant à aider des « projets innovants impliquant de l’électronique ou du logiciel embarqué ». Damien Cohen, chargé de mission pour Easy Tech, explique que «  le montant pour ce type d’expertise oscille entre 12 000 et 15 000 euros, en cofinancement ». Selon Bosson «  La valorisation des forts investissements dans la recherche publique semble aujourd’hui essentiellement orientée vers le transfert technologique avec le soutien de nombreuses structures et d’importants financements ».

La petite start-up a ensuite bénéficié de l’aide d’une multitude de structures publiques. Elle a été accompagnée par Gate 1, un «  centre de ressources pour les jeunes entreprises innovantes souhaitant se développer  », financé par l’INP, l’UGA (université), le CEA, etc. Serge Compagnon, de Gate 1, nous explique : «  Gate 1 vient en renfort des fondateurs, qui ont souvent des profils techno. Nous sélectionnons des intervenants qui vont ensuite mener des missions de relations presse, ou faire des petits films pour communiquer.  » Ebikelabs met également en avant Innovizi, un « dispositif de financement des jeunes entreprises innovantes en région Auvergne Rhône-Alpes, porté par le Réseau entreprendre Rhône-Alpes et Initiative Auvergne Rhône-Alpes ».

Pour avoir du cash, elle a également eu un « prêt d’amorçage » et une « avance remboursable » de la part de la Banque publique d’investissement (BPI). La BPI, qui finançait GM& S, propose aux start-ups « un financement sous forme de prêt bonifié sans garantie ni caution. Le prêt oscille entre 50 000 et 100 000 euros apportés par Bpifrance, et peut être porté à 300 000 euros en cas d’engagement en garantie de la Région. » Bosson a obtenu 250 000 euros d’emprunt de la part de la BPI, vu que la Région a soutenu la start-up. En étudiant l’histoire de Raise Partner, la boîte cofondée par le maire de Grenoble Piolle (voir Le Postillon n° 27), nous avions découvert que les aides remboursables pour les start-up ne sont souvent jamais remboursées, car les entreprises se débrouillent pour ne jamais déclarer de bénéfice.

En plus de la Région, le Département s’engage également. Dans le cadre d’une «  aide au développement expérimental », le département de l’Isère donne 20 000 euros à Ebikelabs en novembre 2015, sans aucune contrepartie. Il s’agit d’un «  dispositif pour consolider le potentiel d’innovation des PME et TPE iséroises ». De plus, le dispositif « Jeune entreprise innovante » permet une exonération totale de l’impôt sur le revenu et des sociétés pendant le 1er exercice de l’entreprise. Chez Ebikelabs, il s’est étendu d’avril 2015 au 31 décembre 2016. Une longue première année qui permet une belle défiscalisation, qui se poursuit durant la seconde année à 50 %. Cet allègement est également cumulable avec le crédit d’impôt recherche (CIR), que Bosson n’a pas encore demandé. D’après un document qui a fuité, l’entreprise estime à 60 000 euros ses économies potentielles grâce au CIR, qui permet de couvrir 30 % de ses recherches en innovation.

Ebikelabs a bénéficié de 200 000 euros destinés à faire grandir des « pépites » technologiques européennes. Le canal : l’entreprise Inno Energy – une société européenne, disposant d’actionnaires en or massif : SUEZ, Areva, Schneider, INP, CEA, etc.

Altia constituée de bric et de broc et dont seuls certains sites sont rentables, va mal. Elle s’effondre courant 2014. En avril, les usines d’emboutissage sont cédées et déposent le bilan quelques jours plus tard. En juin, c’est au tour de Caddie. Fin juin 2014, les trois dirigeants sont poussés dehors par la BPI, et le 1er août 2014, le groupe entier est placé en redressement judiciaire. De novembre 2011 au 31 décembre 2014, en un peu plus de trois ans, les dirigeants d’Altia ont chacun touché plus de 1,3 million d’euros de rémunération nette, auxquels il faut ajouter 5,5 millions d’euros de dividendes, partagés entre eux trois sur la même période. La méthode pour amasser cet argent est simple. Selon un rapport daté de septembre 2012 établi par Syndex, le cabinet d’expertise comptable accompagnant les syndicats du groupe, Altia avait mis en place une politique de versement effréné de « management fees » (redevances de direction) et de dividendes. Les usines du groupe étaient tenues de faire remonter à toute vitesse d’énormes sommes d’argent vers les holdings de tête du groupe.

« C’était un pillage organisé », juge le directeur de l’une de leurs usines. « Un de nos clients, que je connaissais bien, m’avait dit : “Vos dirigeants ne sont pas des industriels, seul le cash les intéresse” », témoigne un haut cadre qui les a longuement fréquentés. « C’étaient des anti-industriels, ils étaient là pour s’enrichir », estime un autre. Un autre moyen de s’enrichir reposait pour les dirigeants sur l’utilisation fort astucieuse des terrains et des bâtiments des usines reprises. Dès qu’Altia rachetait un groupe, ces actifs étaient placés dans une société civile immobilière (SCI), à qui les usines étaient tenues de payer des loyers. Cela a été par exemple le cas pour les usines d’emboutissage de La Souterraine, Bessines et Beaucourt, dont les terrains et les bâtiments ont été rassemblés dans la SCI Stamping (mot anglais signifiant « emboutissage »), créée le 26 novembre 2009 et détenue à 99 % par Altia group, la holding de tête appartenant exclusivement à Durand, Adolf et Cohen.

Selon l’enquête judiciaire, l’achat des locaux et des terrains a coûté à la SCI 550 000 euros. Une opération extrêmement rentable puisque; entre février 2010 et janvier 2014, elle a encaissé pour 5,6 millions d’euros de loyers ! « L’investissement a été rentabilisé en six mois ! », s’est étranglé un témoin entendu par les policiers. L’usine de La Souterraine a touché 250 000 euros pour céder ses actifs à la SCI Stamping. Elle lui a ensuite versé 2,8 millions d’euros en quatre ans… Évidemment bien au-dessus du prix du marché. « Pas mal pour des bâtiments construits dans les années 1960, grince un syndicaliste de l’époque que nous avons interrogé. Surtout quand on sait qu’Altia n’entretenait rien, ni les murs, ni la toiture… »

En 2013, l’entreprise subit de sérieux problèmes de trésorerie, et voit les banques débloquer des sommes au compte-gouttes. Mais selon un échange de mails, lorsqu’un responsable financier annonce la « libération » de 470 000 euros le 30 mai, Patrick Adolf ne songe pas que cet argent sera utile pour payer les salaires des ouvriers ou les fournisseurs des usines. « Merci d’utiliser une partie de ces déblocages pour les fees et les loyers. »

En France, on compte moins de 13 % de femmes parmi les neurochirurgiens ; 3 parmi les 67 professeurs d’université et seulement 2 chefs de service (à Caen et Bordeaux). « Mais il n’y a quasiment pas non plus d’Arabes, de juifs, de Noirs », décrit Sabrina, qui rapporte la mégalomanie du secteur. « Vous connaissez la différence entre Dieu et un neurochirurgien ? Dieu ne se prend pas pour un neurochirurgien. » Et un Dieu choisit ses prophètes. « Est-ce que c’était parce que j’étais banlieusarde ? Je n’avais pas de famille, pas de réseau, j’étais inoffensive. Ils ont cru que je m’écraserais. »

« On m’a dit que je n’avais pas le profil, que je n’étais pas compétente. Mais comment pouvaient-ils le savoir ? Ils ne m’avaient jamais laissé rien faire. » Sabrina est coincée : elle ne parvient pas à se faire transmettre la preuve qu’elle a bien validé son stage précédent. Faux-pas supplémentaire : elle prend un avocat pour se défendre et attaque l’invalidation de son stage au tribunal administratif (qui lui donnera tort). Un médecin, qui l’appelle « Pupuce » depuis le premier jour, lui confiera : « On ne peut pas valider une interne procédurière. Avec toi, on va tous finir derrière les barreaux. Tu es une bonne âme humaine, va donc en médecine générale. »

À Toulouse, la CGT, qui la défend, évoque sans hésiter de la discrimination : « Ce qu’on lui a fait, c’est l’horreur absolue. C’est une chance qu’elle ne se soit pas foutue en l’air. » Mais le représentant du syndicat souligne aussi son attitude parfois contre-productive, peut-être liée à sa méconnaissance des codes en vigueur : « Elle a envoyé des lettres partout, tout le temps, jusqu’au président de la République, ce qui n’a fait que renforcer l’hostilité contre elle, et a donné un prétexte à l’administration pour dire qu’elle était folle. C’est une fille très intelligente, acharnée, un monstre de travail, qui met un point d’honneur dans un certain nombre de choses, et qui a osé s’en prendre à l’establishment. C’est vrai que c’est une sacrée coïncidence que sa place soit prise par le fils d’un ponte. Mais pourquoi attaquer au tribunal administratif ? C’est quasiment impossible de gagner. C’est inutile…lle lisait les textes sur la formation et elle voulait que ça se passe comme c’est écrit, raconte la CGT. Mais de la théorie à la pratique, il y a un monde : tout le monde le sait, personne n’ouvre sa gueule. Quand on est interne, on est soumis. On n’apprend pas le métier mais on s’en fout. Bien qu’on le lui ait dit, elle a refusé d’être taillable et corvéable à merci. Qu’elle ait fini son cursus, c’est un miracle. »

À Grenoble, on peut aussi tomber sur Horizon 2020, où les subventions passent de 5 à 9 zéros. « L’Europe veut maintenir sa compétitivité au niveau mondial, face aux USA ou à l’Asie. Ainsi, H2020 est le 8e programme d’aide aux start-up développé par l’Europe. Pas moins de 8 milliards d’euros sont consacrés pendant 5 ans, jusqu’en 2020 à la R&D  », nous explique Pierre Cléau, cofondateur d’Auvalie Innovation, installée comme Ebikelabs dans la zone d’Innovallée à Meylan.

Auvalie Innovation représente tout un pan du financement de la R&D. Il se définit pompeusement comme le Centre d’expertise en stratégie de financement de l’innovation. « On a des experts en montages de demandes de subventions, qui viennent en aide aux entreprises. Elles viennent nous voir parce qu’elles ne savent pas quelles aides sont disponibles. » continue Pierre Cléau.

La BPI, qui, on l’a vu, finance déjà les entreprises innovantes, propose une autre béquille. Son nom : Aide au partenariat technologique (APT). Cette subvention, qui avoisine en général les 30 000 euros, est à destination des entreprises qui veulent du conseil pour obtenir des subventions. « On va faire naître l’idée chez les entreprises d’aller chercher des financements de l’APT afin de faciliter nos règlements », explique Pierre Cléau. Auvalie va ensuite se rémunérer de deux manières différentes. Par un règlement classique en honoraires, ou bien par une rémunération au succès. « Si l’entreprise obtient son financement, elle nous paie sur l’enveloppe obtenue. Pour des clients qui demandent au-dessus d’un million à l’Europe, on perçoit entre 5 et 6 %…par une sorte de marketing territorial, lorsque l’enveloppe APT est épuisée en fin d’année, la région peut taper dans les bourses French Tech », poursuit M. Cléau.

Ebikelabs n’a pas seulement touché de l’argent public : la start-up a également fait appel au «  love money » comme ils disent. Lors de sa première levée de fonds, elle a obtenu 192 000 euros de la part d’une trentaine d’amis ou d’anciens clients de Bosson investissant dans la boîte. En 2017, elle aimerait réussir à « lever » 500 000 euros pour doubler la taille de l’équipe (10 collaborateurs actuellement), en « faisant appel à l’investissement participatif (crowdfunding equity) ».

Forte de ses dix stages validés, Sabrina peut cependant enfin soutenir sa thèse, mais à Toulouse, devant ses censeurs. Au vu de son profil « atypique », le jury, qui dit douter de la réalité des cas exposés, lui objecte son « parcours inquiétant », ses « grosses difficultés relationnelles ». Elle ne se démonte pas, obtient de pouvoir présenter sa thèse presque à l’identique à Paris, et la valide en octobre 2016. Ses cinq années de spécialisation en ont pris huit, mais elle voit enfin le bout du tunnel. Elle n’obtient aucun des nombreux postes qu’elle postule. « Je suis vue comme “Miss problem”. Et je vais faire quoi ? Travailler à la boulangerie ? Je me suis retrouvée à la Caisse des allocations familiales à mendier un RSA. De postes vacants, il y en a. On a même recours à des étrangers. Mais on n’examine même pas ma candidature. C’est Sabrina. La folle. »

L’horloge tourne. Le diplôme n’est valable que deux ans, Sabrina n’a plus que quelques mois pour trouver. Même pour pouvoir exercer en clinique, elle doit auparavant être passée par un hôpital. Elle s’est donc tournée vers Mediapart, pour un appel à l’aide. « Ma carrière va se finir avant d’avoir débuté. Ce n’est pas possible. »

Le Postillon / Mediapart

J’avais compilé cet ouvrage avant l’attentat-massacre contre Charlie-Hebdo. Celui qui voulait voir savait ce qui allait se passer, il n’en connaissait pas les modalités, ni le détail dans le sordide, mais il savait que la guerre était en cours. Je croyais savoir avant janvier 2015, depuis je sais que j’ai su,  non seulement que la guerre était en cours mais qu’elle allait s’exporter ici, hic et nunc ; consolation nulle. J’ai élagué cette compilation sans rajouter de passages, ni de conclusions, tout est d’époque mais monté différemment. C’était la technique des cinéastes et celle des partisans du cut-up, reprendre et corriger, affiner, synesthésier si nécessaire car écrire dans l’instant et monter dans l’urgence c’est s’exposer à l’inanité mais aussi au trait par lequel se développe un geste ou une pensée. On m’avait demandé pourquoi ce titre, sous le signe du scorpion. J’aurais pu répondre parce que notre pays, parce que l’Europe, parce que l’Occident ne seront pas vaincus mais semblent se suicider gaiement dans l’indifférence axiologique du libéralisme à ce qui n’est pas l’optimum fiscal et hédoniste mais aussi par médiocrité et bêtise, à droite et à gauche du saint Chrême de feu le cercle de la raison dont on peut craindre aussi bien le sommeil que le somnambulisme. Le sommeil engendre sans doute des monstres mais la vigilance permanente, non moins. J’en propose donc une version tailladée, sans béquilles, une série de portraits et de coupes dans cette stase de la guerre avant qu’elle n’éclose à la kalashnikov après qu’un des frères Baltringue s’était trompé d’adresse et de porte d’entrée.

 

Sous le signe du scorpion

Publié par : Memento Mouloud | juin 20, 2017

Daech : le mode d’emploi syro-irakien du takfiriste au combat

Réda ‘’In fire’’Bekhaled dit le chevalier du zodiaque, pilote, depuis son ordinateur à Vaulx-en-Velin, des djihadistes au combat en Syrie. Notamment trois de ses frères  déjà arrêtés en 2014– le quatrième est rentré en France pour une permission prolongée – qui se sont enrôlés au sein de l’État islamique.

Lecteur de Soral, il avait pour objectif avant son arrestation un attentat contre une soirée-débat sur l’antisémitisme organisée au siège de la région Rhône-Alpes pour marquer les 70 ans du Crif, le Conseil représentatif des institutions juives de France, en Rhône-Alpes. M’Bala M’Bala n’en a toujours pas fait un sketch.

Le 3 avril 2014, le chevalier Réda ordonne ainsi à son aîné de « sécuriser une route pour qui [il] sai[t] ». Le 23 juillet 2014, alors que des combats font rage à Alep, un autre de ses frères le supplie de dire au « Grand » de récupérer « son sniper » et de lui passer la consigne : « Si tu l’as, dis-lui : ça tape sec ici la nuit ! Qu’il récupère son truc. » Car si « l’immeuble tombe, c’est perdu ». Il raconte subir les assauts d’un « hélico » qui « jette de très haut. Tu vois pas, t’entends pas ». Réda s’engage à faire passer le message et, en attendant, lui conseille de neutraliser l’hélicoptère à la « 23 », un canon anti-aérien de fabrication soviétique. Dix jours plutôt, Réda lui avait recommandé de placer « les frères à la 23 » sur les immeubles, « pour un meilleur champ de vision et d’action ».

Réda Bekhaled est interpellé le 16 septembre 2014. Un an plus tard, une première exploitation « partielle » de l’ordinateur familial saisi lors des perquisitions passe à travers les conversations Skype. Il faudra une année supplémentaire et une analyse plus exhaustive du disque dur pour mettre au jour le rôle joué dans la guerre syrienne par un intégriste de 19 ans derrière son écran dans la région lyonnaise.

24 mois en tout pour éplucher un ordinateur familial. On sent que la guerre déclarée par Hollande nage en pleine efficacité opérationnelle.

« Réda Bekhaled assure la gestion à distance des déplacements de djihadistes sur le territoire syrien, écrit dans une note du 9 septembre 2016, le magistrat de la section antiterroriste du parquet de Paris et néanmoins stratège amateur qui analyse, selon un rythme réduit, le contenu des conversations. Relais essentiel de certains combattants djihadistes présents en Syrie, Réda Bekhaled est en mesure de déclencher l’intervention d’un sniper lorsque les combattants de l’État islamique sont en difficulté et qu’un immeuble tenu par Daech risque de tomber dans des mains ennemies… ». Etrange qu’un magistrat français écrive ennemi pour adverse, mais passons, la confusion règne.

La révélation du stratège-magistrat est bouleversante. Daech utilise des snipers dans le combat urbain. Rappelons qu’en juin 1993, les 50 ennemis au compteur neutralisés par l’armée française à Mogadiscio furent le fait d’une dizaine de snipers made in France sur 200 soldats déployés. Qu’en est-il de l’efficacité du pilotage à distance d’un homme qui ne sait pas qu’il est sur écoute alors qu’il s’engage dans une guerre asymétrique ? Nous n’en serons rien.

Une note de la DGSI présente le semblant de plan mis en place par les soldats du califat dans la bataille de Mossoul qui démarre à l’automne 2016. Depuis le 17 octobre, l’armée irakienne, les milices chiites et les combattants kurdes soutenus par la coalition internationale ont lancé une offensive. Les premières forces spéciales irakiennes sont entrées dans Mossoul le 1er novembre.

« Aux premières semaines de l’offensive, l’organisation terroriste semble privilégier une stratégie défensive de retardement. » Pour ce faire et en prévision de cette bataille, l’État islamique, en bonne logique clausewitzienne de la supériorité de la défense sur l’attaque, a transféré, au cours de l’été 2016, un important contingent de djihadistes depuis la Syrie vers la capitale autoproclamée du califat en Irak. Parmi eux figurent plusieurs dizaines de francophones appartenant à la katiba Tarek Ibn Zyad, un berbère qui avait servi dans l’armée omeyyade.

Dans l’attente de l’arrivée de l’adversaire, les takfiristes ont creusé des tranchées tout autour de la ville, dans lesquelles ils ont versé de l’essence. Une fois la bataille démarrée, ils y mettent le feu, ainsi qu’à « des puits de pétrole ou des tas de pneus, […] pour gêner les avions de la coalition ». Le 22 octobre 2016, ils incendient une mine de soufre, située entre Mossoul et le village de Qayyara, cette fois pour gêner la progression des troupes au sol. Les soldats sont obligés de mettre des masques à gaz pour se protéger des émanations toxiques.

Jusque là, la tactique est éprouvée depuis la guerre de Sécession.

Les takfiristes ont également creusé des tunnels, certains à quatre mètres de profondeur, afin de se protéger contre les frappes aériennes de la coalition. Une pratique déjà conseillée, le 25 décembre 2013, par le jeune Réda Bekhaled, spécialiste lyonnais en tactique des jeux de guerre, alors qu’un de ses frères, 55 de QI, se plaignait d’être trop « à la portée des canons ». Réda l’avait incité à creuser des galeries souterraines « comme les rats », pour « l’évacuation, le ravitaillement, etc. », insistant – « Parles-en, faut se réveiller ! » – et envisageant que ces galeries puissent servir à organiser des guets-apens – « Comme ça, quand ils croient qu’ils ont eu tout le monde, vous, vous êtes dans les terriers. Et, quand ils rentrent, bye bye… ». Spécialiste en éthologie du rat, le chevalier Réda devrait savoir que selon l’espèce, certains rats vivent dans les étages supérieurs des bâtiments, tandis que d’autres occupent le sous-sol et abord des bâtiments. Mince Réda a encore confondu avec Bugs Bunny.

À Mossoul, les tunnels servent aussi à « retarder la progression des adversaires …grâce à des attaques surprises permises par des sorties éclairs des Inghimassi », constate la DGSI. « Inghimas » signifie en arabe « infiltration » et s’applique, dans le langage spécifique des takfiristes, au fiancé de la mort qui réussit à s’infiltrer derrière les lignes ennemies avant de se faire exploser.

Interrogé par la police fédérale belge le 7 novembre 2013, le repenti Jejoen Bontinck a détaillé le processus, sommaire, de sélection des candidats aux attentats suicides : « On pouvait soumettre sa candidature […] via son propre émir. Au moment approprié, on appelait la personne concernée et on te donnait une cible, à savoir un endroit où il y avait beaucoup d’ennemis. Aucune formation n’était prévue. » Le futur Inghimassi est alors équipé, toujours selon Bontinck, d’une ceinture « avec différentes poches séparées, que l’on porte autour du corps »« transformée et équipée d’un mécanisme de traction »« les explosifs sont mis dans les sachets ».

Au sixième jour de la bataille de Mossoul, des Inghimassi ont mené une contre-attaque à Kirkouk, située au sud-ouest de Mossoul. « Cette posture avait pour objectif de détourner les forces de la coalition », estime la note de la DGSI. Par ailleurs, l’État islamique s’est doté d’une brigade très mobile, constituée d’une centaine de djihadistes « chargés du combat de retardement », parmi lesquels « de nombreux snipers » et d’autres combattants armés de mortiers, de mitrailleuses et de lance-roquettes. À l’extérieur de la ville, des équipes munies de missiles antichars ont été déployées.

De nouveau, la révélation est immense. Daech coordonne ses mouvements, tente des diversions. Dans les faits, l’étouffement est inéluctable.

Dès l’instauration de son califat, l’organisation avait fondé à Mossoul une force spéciale dénommée « Jaysh al-Ousra » – « L’armée des jours difficiles » –, d’environ 3 000 hommes, répartis en neuf bataillons mobiles. Dans une note secret-défense datée du 3 septembre 2015 et déclassifiée à la fin de l’année dernière, la DGSE insistait : « Sur le terrain, les combattants de l’État islamique se distinguent par leur mobilité et leur capacité à se déployer rapidement sur l’ensemble des territoires contrôlés et sur plusieurs fronts. »

À Mossoul, les djihadistes ont aussi jalonné les routes et certaines habitations d’IED (pour « Improvised explosive device », selon le jargon militaire américain, qui désigne ce qu’on appelle plus prosaïquement une « bombe artisanale »). Fabriquées à partir d’obus trafiqués conçus pour exploser à la réception d’un signal électronique ou de bonbonnes de propane bourrées d’explosifs, les IED constituent une « technique largement éprouvée par l’organisation ». Cette technique avait été abondamment utilisée lors de l’insurrection irakienne au mitan des années 2000, insurrection à laquelle participaient sous l’étendard d’Al-Qaïda en Irak la plupart des caciques de l’actuel État islamique.

« Les IED peuvent également être enfouis sous terre, dans les rues, être dissimulés dans des pneus ou des ordures et peuvent prendre toute sorte de forme », souligne la DGSI. Dans son ouvrage La Guerre sans fin (Albin Michel, 2008), le grand reporter américain Dexter Filkins énumère certaines déclinaisons inventées par les insurgés irakiens, comme les « DBIED » pour « Dog-borne-IED », des engins explosifs transportés par des chiens, ou encore ce mulet portant une ceinture d’explosifs, que des marines seront contraints d’abattre à distance un jour de l’automne 2005, dans les environs de Ramadi.

Manquent des Women in Nikab-Ied.

Par la charge contenue, les IED se révèlent redoutablement meurtriers. Toujours au cours de la seconde guerre en Irak, des Humvees américains ont été coupés en deux par le souffle de l’explosion. Un transport de troupes blindé de 57 tonnes a aussi été soulevé et envoyé valdinguer de l’autre côté d’une route par une de ces bombes enterrées sous la chaussée.

Autre « arme tactique traditionnellement utilisée par l’État islamique » et utilisée sans modération dès les premiers jours de la bataille de Mossoul : les VBIED, pour « Vehicle-borne-improvised-explosive-device » (toujours l’héritage du jargon militaire américain). Au sixième jour de l’offensive sur Mossoul, 58 véhicules piégés ont été lancés sur les Kurdes, les troupes de l’armée irakienne et les milices chiites, afin « de rallonger la durée des combats à l’extérieur de Mossoul, permettant ainsi d’affiner les préparatifs de défense à l’intérieur de la ville », selon l’analyse de la DGSI.

Ces VBIED sont stockés sous des abris dans des villages voisins pour être utilisés dès que les forces armées arrivent, « prouvant ainsi un degré élevé de préparatifs de la part de l’organisation ». Selon le renseignement intérieur français, ces actions à l’aide de véhicules piégés seraient l’œuvre de la katiba Tarek Ibn Zyad. Prépositionnée sur le front nord de Mossoul et « disposant d’un vivier particulièrement important de kamikazes, cette katiba a enrôlé un grand nombre de francophones, privilégiés pour ce type d’attaque ». C’est un peu la division Charlemagne des takfiristes.

Dans la note du 3 septembre 2015 précitée, la DGSE considérait que, cumulée avec le recours systématique à des fiancés de la mort-happening et au « déploiement d’une violence extrême », l’utilisation de véhicules piégés était « propre à produire un effet de sidération sur l’adversaire ». Les services secrets français illustraient leur propos avec l’exemple du précédent siège de Mossoul en juin 2014. À l’époque, c’était l’État islamique qui cherchait – et allait réussir – à s’emparer de la ville. « Les forces irakiennes ont rapidement abandonné leurs positions, note la DGSE, alors qu’elles bénéficiaient d’un rapport de force nettement favorable, tant en effectif qu’en armement. » Un repenti d’origine asiatique, entendu par un juge français, estimera que les djihadistes, lors de la prise de Mossoul, étaient « seulement 500 […], alors qu’en face, il y avait entre 7 000 et 12 000 personnes ».

Ce qui indique assez le degré de professionnalisme de l’armée irakienne et de ses formateurs américains.

De pareils exemples existent sur le front syrien. Ainsi, le 5 août 2013, l’État islamique s’emparait de la base aérienne de Mennegh, au nord d’Alep. Huit mois de siège n’avaient pas fait fléchir l’armée de Bachar al-Assad, mais le lendemain d’une attaque suicide au cours de laquelle un djihadiste s’était fait exploser dans son véhicule blindé à l’entrée des bâtiments abritant le QG de la base, les militaires avaient battu en retraite. Pas sûr que les gars du Hezbollah soient aussi impressionnés par l’attentat au camion piégé qu’ils ont breveté aux dépens des français et des américains au Liban.

Le repenti précité, qui avait pour nom de guerre « Abou Saïf al-Koury » (« le Coréen »), racontera avoir participé en octobre 2014 à une « rimas ». Une action, selon lui, différente d’une inghimas« Cela consiste à foncer sur l’ennemi en étant équipé de six kilos de C4. Ce n’est pas une opération kamikaze. Nous avançons et en cas de capture, nous mourons sur place en nous faisant exploser en actionnant une grenade. » Cela se passait à Samara, en Irak. « Ce jour-là, je n’aurais pas dû revenir vivant. En face, ils étaient dix fois plus nombreux. Ils ont vu qu’on était un groupe d’émigrés complètement déterminés, et cela les a fait fuir… »

Parfois, la réalité syrienne est moins glorieuse. De retour d’un combat, un djihadiste s’époumone auprès d’un proche : « Je suis dégoûté, j’ai tout perdu : mes clés de voiture et de maison ! […] Elles étaient accrochées à la ceinture d’explosifs, elles sont tombées… » Ou encore ce martyr mort après s’être « trompé de route » « Il a pris tout droit, il devait tourner à droite en face. […] Les chiens, ils ont tiré quand il était près. […] Il en a pris une dans la tête et au ventre », pleure un des frères d’armes du « martyr », ne comprenant pas pourquoi ce dernier ne portait pas sur lui sa ceinture explosive.

L’EI privilégie désormais, poursuit la note de la DGSI, « des actions par petits groupes d’unités mobiles et spécialisées, utilisant parfois la population comme bouclier humain ». Au début de la bataille de Mossoul, l’État islamique aurait, selon l’ONU, retenu jusqu’à 8 000 familles en otage autour de la ville et les utilisait afin de dissuader les frappes aériennes de la coalition.

Durant le premier semestre 2014, 1’organisation terroriste bascule ses capacités militaires vers le sud afin de s’étendre en Irak. Falloujah tombe, Mossoul aussi. Le califat est prononcé et, début août, une offensive est menée dans le Kurdistan irakien. Le 8 août, alors que les djihadistes prennent le contrôle du barrage de Mossoul, les États-Unis commencent leur campagne de frappes aériennes dans le pays de feu Saddam Hussein. Le 12 août, Abou Djaffar se trouve là où « les Américains bombardent ». Quelques jours plus tard, ne pouvant plus combattre longuement en raison d’une blessure à la jambe qui a nécessité une greffe et l’empêche de rester debout, « il s’est inscrit pour se faire exploserpour mourir en martyr dans une grosse opération », résumera dans une écoute téléphonique son épouse. Sur Facebook, celui qui se félicite de son sort – « C grave bien d’être un terroriste » – vient de se faire filmer – « Une production Abou Djaffar » – en train de confectionner et tester une ceinture explosive dans un désert.

Les jambes, encore, et le dos du djihadiste cannois écopent, le 16 octobre 2014, alors que le candidat kamikaze éclopé effectue un tour de garde à Deir Ez-Zor, une ville au centre de la Syrie. L’État islamique et l’armée de Bachar al-Assad se disputent son aéroport militaire. Au téléphone, la mère d’Abou Djaffar confie à une proche : « Rached a été blessé […]. Il a une tache provoquée par une bombe et des éclats dans le corps. » Les analystes de la DGSI estiment que « les taches » mentionnées par la mère de Rached Riahi ont pu être occasionnées par du gaz de chlore ou du gaz moutarde. Durant plusieurs jours, Abou Djaffar est soulagé à base de morphine. À la fin de sa convalescence, un mois plus tard, il est de retour à Deir Ez-Zor, où la bataille continue.

Le 2 janvier 2015, un voisin d’Abou Djaffar alerte sa famille : il a une fois de plus été blessé, sa jambe est même « complètement foutue » et il « souffre beaucoup ». Ce jour-là, les forces américaines ont bombardé Raqqa afin de préparer une opération pour libérer un pilote jordanien, qui sera finalement immolé le lendemain dans une cage. Le coup de fil à la famille d’Abou Djaffar est attribué à “Abou Hafs”, alias Tyler Vilus, un Français originaire de Troyes, interpellé l’été suivant à Istanbul et que les enquêteurs suspectent d’avoir été, au moment de son arrestation, sur le point de rejoindre le futur commando du 13-Novembre.

On n’en est pas encore là. En ce mois de janvier, les frappes de la coalition commencent à produire leurs effets. Faute de matériel, les djihadistes ne peuvent pas soigner Abou Djaffar, qui est transféré 450 kilomètres plus loin, à la frontière avec le Liban. Sur son lit, il fait une hémorragie avant d’être enfin opéré. Cette fois, le tibia d’une jambe et le fémur de l’autre ont été touchés, paralysant toute la partie inférieure du takfiriste.

L’année 2016 voit le territoire de l’État islamique rétrécir de près de 40 %, l’organisation terroriste abandonner Falloujah en Irak, Palmyre, Jarablous et Manbij en Syrie. Et Abou Djaffar perdre la vie. Du moins, en théorie. Ses proches, en France, ont reçu un appel annonçant la mort du djihadiste. Depuis fin avril, il est jugé par contumace dans le procès de Cannes-Torcy qui réunit 20 hommes accusés de l’attaque d’une épicerie juive à Sarcelles et de plusieurs autres projets d’attentats en France. Ces gars qui rient quand on les juge.

À l’occasion d’une précédente blessure à la jambe, son épouse et sa belle-sœur s’étaient inquiétées de sa perte de mobilité : « Il ne pourra déjà presque plus plier sa jambe et quand t’es au combat, t’as besoin de tes jambes, t’as besoin de courir ! […] Je ne sais pas si son martyre pourra compter parce qu’il se jettera dans la gueule du loup… »  On se pose donc plein de questions au pays des takfiristes.

Ainsi Tyler Vilus, le voisin qui annonce les problèmes de santé de Rached Riahi, décrivait sur les réseaux sociaux la mort d’un frère au front : « La sensation quand tu entres dans un hangar au milieu des combats, des bombardements, des feux, des odeurs de poudre et j’en passe… Et que tu sentes cette odeur de musc que seul un frère tombé peut dégager… Mach’allah, ce frère sentait bon. Qu’Allah accepte ses actes. » Un autre complice d’Abou Djaffar dira à son propre père à propos d’une bataille victorieuse : « Les anges, ils combattent avec nous ! »

Dieu, les anges, tout le monde aime le sang, l’odeur de poudre et de cadavres, les têtes coupées, les mains qui virevoltent, les trous béants parce que ça sent le musc l’anus dei.

L’État islamique dispose d’une main-d’œuvre désireuse de se sacrifier mais aussi qualifiée. Et là, on reparle des frères Bekhaled. Cette fois, de l’aîné. Né le 6 mars 1983, Mohamed Bekhaled officie au sein de l’armée djihadiste en tant que sniper. De retour de Syrie, l’ex-épouse d’un membre de la fratrie confirmera aux policiers : « [La femme de Mohamed] m’a dit que son mari se donnait à fond dans son métier et qu’il était passionné par les armes et les tirs. »

Les fournitures qu’il commande au cadet Réda en France témoignent de sa méticulosité. Le 18 avril 2014, Mohamed Bekhaled réclame un « anémomètre thermomètre digital de poche », d’une valeur d’environ 50 euros, et un « télémètre Bushnell fusion 1600 arc », coûtant entre 850 et 1 000 euros. Le premier permet de mesurer la force du vent et le second est une paire de jumelles mesurant la distance jusqu’à la cible choisie. Quatre jours plus tard, il insiste à propos des jumelles de haute précision. Il a déjà « testé » le tir « jusqu’à 900 mètres », mais vise « la perfection ».

Jusqu’à 900 mètres quand l’adjudant Benjamin Gineste tire à 3700 mètres avec un fusil CheyTac M200. En effet, les takfiristes, c’est la perfection pour les nuls.

Interrogé en janvier 2016, un consultant en informatique décrit un camp dans les montagnes de Deir Ez-Zor. Les recrues sont logées dans des cavités, sans eau ni électricité. À l’extérieur, « de grosses citernes métalliques recouvertes pour être camouflées ». Un livreur apporte « de temps en temps » la nourriture. Le vendredi, tout le monde se lave en se baignant dans l’Euphrate. Interrogé par la brigade criminelle, Chemsedine raconte avoir dormi à la belle étoile dans une forêt en périphérie de Raqqa. Une usine désaffectée faisait office de salle de sport et un ancien camp de l’armée de Bachar al-Assad de pas de tir.

Les téléphones, les ordinateurs sont proscrits. Les montres aussi. Les jours fériés, les permissions sont prohibées. Seuls les encadrants peuvent échanger au moyen de talkies-walkies et se déplacer à moto. Comme leurs élèves, ils viennent des quatre coins du monde. On dénombre des professeurs syriens, bosniaques et tunisiens, un ancien karatéka marocain, d’anciens militaires égyptiens comme ouzbeks. Parfois, ils sont accompagnés de traducteurs.

Quel que soit le camp, le déroulement des journées se ressemble, d’un témoignage à l’autre. Après la prière du matin, les candidats au Koh-Lanta takfiriste s’adonnent au jogging, parfois dans la montagne ou dans la forêt, pratiquent des exercices de renforcement musculaire (pompes, abdominaux, gainage). « Nous devions faire des roulades au sol ou ramper », ajoute Chemsedine dit Ramballal. Au bout de trois ou quatre heures à ce régime, les candidats s’alimentent d’un petit-déjeuner roboratif – « deux œufs durs, un pain, de la confiture et du fromage » – pour enchaîner sur le décervelage islamique, toujours intense.

L’après-midi est dédié à des manœuvres tactiques et autres aspects techniques rudimentaires (maniement, montage et démontage d’armes). Le professeur, un ancien d’Afghanistan, explique « à la craie sur tableau vert la stratégie à adopter pour des groupes de combat de deux hommes », leur enseigne « à se positionner à une distance suffisante les uns des autres pour ne pas tous mourir d’un coup en cas de tir adverse à l’arme lourde ». Quant au repenti belge précité, Jejoen Bontinck, on lui enseigne, entre autres, la manière de réagir en cas de bombardement aérien. Certains djihadistes préciseront avoir également appris des techniques permettant de se repérer ou d’évaluer une distance. Certains ont même appris à lire Sayyid Qutb, le Philippe Sollers takfiriste.

Chemsedine estime avoir fait feu à 500 reprises. « Nous avons appris à tirer à la kalachnikov à 200 mètres. Dans différentes positions : 1) debout avec une chèvre, 2) un genou au sol en position haute sur un âne 3) un genou au sol en position basse mais la bite à la main, 4) assis sur les fesses, jambes croisées devant, un Coran entre les dents 5) debout à une main avec chute au sol, avec salto arrière 6) couché sur le ventre avec bascule et les deux mains dans le dos. 7/ sur un amoncellement de têtes coupées en faisant le poirier…Un campement militaire de six mois, mon pote ! C’est un truc, tu sors, t’es genre une tuerie, s’extasie sur une écoute téléphonique un djihadiste du Val-de-Marne. Genre, t’apprends tous les trucs archi-bien ! Genre, tu ressors, t’es un chef militaire. Tu vois c’que j’veux dire ? »

D’après Jejoen Bontinck, on peut également suivre une formation « pour devenir pilote ou pour conduire des chars ». Une nécessité. Lors de la prise de la base aérienne de Mennegh déjà évoquée, l’État islamique met la main sur des hélicoptères, des avions de chasse. « Mais il y a personne qui peut les conduire », se désespère le djihadiste du Val-de-Marne si favorable aux stages de six mois. Difficile avec un Bac pro français en poche et quand on ne maîtrise ni le français, ni l’arabe, ni les maths, ni la physique, ni rien.

Des enfants combattants, « âgés de 7 à 17 ans », sont intégrés dans les katibas « Achbal al-Khilafat » (« Les lionceaux du califat »), où on leur dispense une formation militaire « intensive ». Une récente vidéo de propagande montre trois enfants âgés de moins de dix ans en train de nettoyer un immeuble truffé, à dessein, de prisonniers menottés dans le dos mais laissés libres de leurs mouvements. Les gamins, habillés d’un treillis militaire à leur taille, équipés de caméras GoPro et d’armes de poing montent dans les étages, se couvrent les uns les autres et abattent un par un les détenus.

Une sorte de cryptie takfiriste empruntée aux spartiates par un amateur d’antiquités.

Mediapart/BAM/ La Dépêche

Publié par : Memento Mouloud | juin 19, 2017

Manouel Blancos Valls héros burlesque

Ce type m’a toujours paru un contre-héros burlesque, quand il adhère au PS, c’est à la sortie du lycée, pendant les vacances, quand il a 20 ans, le voici rocardien, quand il en a 30, il siège à la MNEF de Spithakis, quand il commence à prendre du grade, c’est à l’ombre de Jospin, le tacticien le plus tocard dont la gauche ait jamais accouché, quand il veut rallier Sarkozy, le président l’oublie, quand il se marie avec une femme juive c’est avec l’ensemble des juifs qu’il se marie, quand il se choisit un ennemi, il ne trouve que Dieudonné à combattre et Dieudonné poursuit ses harangues, se multiplie, se répand, quand il rallie une pensée, il choisit Fourest qui se délite à hauteur de twitts et de chroniques sur France-Désert, quand il devient enfin premier ministre c’est pour descendre les poubelles et perdre la primaire contre Benoît Hamon, quand il s’époumone qu’il aime l’entreprise, Hollande choisit d’envoyer sur le front l’enfant chéri de Rothschild et des backrooms, l’ami des sphincters démembrés, l’ami de tous les petits-déjeuners, quand il veut passer pour le gendre idéal, les sexagénaires lui préfèrent le gamahucheur jésuite, le gérontophile en guimauve à la voix de flûte ébréchée, quand il joue sa survie politique, descendu de Matignon, sous les glaviots de la charité macronesque qui ne lui oppose personne et le traite en chien fidèle du courant qui dévale, ça finit en bagarre de troquet dans une ambiance d’urnes bourrées et de bulletins salsifis dont on s’envoie à la figure les ratures. Dépourvu d’humour et perché sur des talonnettes, sa verve claque comme un itinéraire de pacman dans un road-movie slovène. Ses entrées et sorties semblent la réplique de celles de ces hallebardiers de théâtre qui ont rêvé le roi Lear et finissent, assommés de barbituriques, en doublant Winnie l’Ourson, les yeux perdus dans quelque téton de cire.

Publié par : Memento Mouloud | juin 17, 2017

Considérations sur l’agression de NKM sur un marché

Thierry, un militant Les Républicains, a croisé l’agresseur juste avant son geste. « J’ai donné le tract à ce monsieur et il m’a dit simplement : ‘De toute façon, tous les politiques de droite et de gauche qui se sont succédé depuis trente ans, sont tous des pourris’. » Iris, une autre jeune militante LR, a vu cet homme d’une cinquantaine d’années assez grand, assez costaud agresser la candidate. « J’ai vu le moment où il lui a balancé comme ça les tracts dans la tête, elle a mis sa main devant. Et à la seconde, il lui a mis un coup dans la poitrine. C’est là où elle est tombée. » Selon une journaliste de l’AFP, qui a assisté à la scène, l’individu lui a arraché ses tracts des mains, avant de les lui envoyer au visage aux cris de « bobo de merde ».  Cherchant à se protéger de la main NKM, déséquilibrée, a chuté sur le sol et perdu connaissance plusieurs minutes, sous une forte chaleur. Geoffroy Van der Hasselt, le photographe de l’agence de presse, a affirmé à BFMTV « c’est [la] propre main [de NKM] qui a frappé son visage ». Un autre témoin, Alexis, cité par Europe 1, assure pour sa part que l’individu lui aurait donné un coup sur la poitrine. « Elle est tombée de toute sa hauteur. En tombant au sol, elle a aussi pris un coup à la tête », témoigne-t-il.

Coup sur la poitrine, donc agression volontaire ou geste intempestif, la question reste ouverte. Elle n’est pas tranchée et repose sur des témoignages contradictoires et opposés. La dilection seule permet de trancher. On peut dire que NKM a succombé à 150 grammes de papier ou à la forte pression d’un type costaud, le mauvais mâle blanc des films d’horreur féministes.

Ce qui reste avéré, c’est que l’homme a fui sa responsabilité première : prendre acte de son geste et relever ou du moins tenter de ranimer NKM. Il aurait pu s’expliquer sur le champ s’il avait choisi le code courtois hérité mais il a préféré gagner du temps en homme de communication, en homme de marketing sis dans le rural profond et qui, à ce titre, conchie les bobos, ses collègues. Ou le bonhomme s’est dit spontanément qu’il serait le dindon de la farce, le crucifié du jour, celui dont on donne le nom en pâture.

La chose est faite, la chasse a commencé. Toute la vie d’un homme de 55 ans se réduit à un geste importun, une sorte de coup d’éclat, de raz-le-bol. Chaque jour des infirmières, des directeurs d’école, des enseignants, des pompiers, des facteurs, des élèves, des voisins, des agents divers et variés des services publics sont agressés en silence, certains menacés de mort, d’autres dans l’angoisse d’une réitération mais NKM fait la une des magazines.

NKM est une icône du spectacle, une icône en perdition, une icône de chair mal en point, une icône maladive. L’erreur, la faute de l’homme est de confondre un spectre de pixel et un être humain, une figure de vacuité telle que celle du bobo et une femme qui tente une dernière fois de convaincre avant de sortir côté cour, vers l’oubli compulsif où le spectacle tient ses limbes.

Le bobo a pris forme parce ce qui est détesté chez lui ce n’est pas le bourgeois, c’est l’artiste et derrière l’artiste, comme derrière l’intellectuel, une figure de supériorité qui ne doit rien à l’argent ou au sport. Dans notre temps, le talent comme le savoir sont suspects et honnis, il est étrange que NKM qui n’a ni l’un ni l’autre finisse par en pâtir.

Petit notable, chef d’entreprise, communicant, ancien encarté à l’UDI, ce parti qui ne connaît aucun corrompu, aucun pourri, aucun démagogue, l’homme, de 54 ans est maire d’une petite commune de l’Eure. Il avait donné son parrainage à Henri Guaino pour l’élection présidentielle 2017, ce qui conduit les journalistes grégaires à opérer un lien entre les propos d’Henri Guaino, le soir de sa défaite, et le geste inconsidéré de son parrain éphémère.

Il est déjà condamné, grotesque, forcément grotesque

RTL/ L’Express/ BAM

Publié par : Memento Mouloud | juin 17, 2017

Portée d’Anacrime le logiciel bienveillant

 

Dans Minority Report, Philip K Dick explorait les méandres d’une prémonition mutante et d’une croyance fatale et dérisoire de l’homme en deux fins : la disparition du crime et l’infaillibilité d’un dispositif de connaissance. Si la connaissance a des degrés, elle n’est qu’une échelle sur l’horizon de la crédulité, du désir, de l’erreur et de la bêtise. Non seulement la connaissance est intrinsèquement probabiliste mais toute induction est un saut difficile et non un pont entre une série de faits et une hypothèse exhaustive, élégante et unique.

Anacrime est donc une variation sur Précrime, comme l’indique le préfixe grec ana, en arrière. L’une voit derrière, l’autre voit devant, on entendrait presque une mauvaise chanson paillarde, « si t’avances quand je recule… ». Quant à l’affaire Grégory, elle installe un dispositif inédit, l’imprescriptibilité de tout crime et de là l’atermoiement illimité, sans fin, qui pèse sur tous les suspects, tous les témoins, tous les protagonistes d’une affaire mise en lumière. Comme si tout crime était désormais contre l’Humanité, ou du moins comme si tout crime pouvait l’être.

En effet, le fichier d’analyse sérielle permet aux enquêteurs de police, de gendarmerie et des douanes de comparer et d’exploiter tous les éléments liés à une infraction. Encore faut-il que l’infraction soit passible d’au moins cinq ans d’emprisonnement, qu’elle implique une mort inexpliquée ou bien une disparition.

La CNIL s’alarmait qu’« aucune disposition ne précise les conditions de décision du procureur de la République en matière de maintien, dans les traitements concernés, des données des personnes en cas de décision de relaxe ou d’acquittement devenue définitive, en cas d’effacement ou de décision définitive de non-lieu et de classement sans suite pour insuffisance de charges ».

Initialement développée par la société canadienne i2, puis rachetée par iBM, la solution Analyst’s Notebook a donné lieu au logiciel AnaCrim. Il est utilisé en France par le Service central du renseignement criminel (SCRC) depuis une dizaine d’années. Les méthodes sont standardisées à l’échelle européenne. « L’objectif : mettre en évidences les incohérences dans l’emploi du temps d’un témoin ou d’un mis en cause, des contradictions entre certains témoignages et les observations faites par les enquêteurs. Les analystes criminels ont ainsi minutieusement retranscris tous les éléments constatés par les enquêteurs sur le terrain ou les détails figurant dans une audition », a expliqué le colonel Didier Berger, chef du Bureau des affaires criminelles (BAC) de la gendarmerie à nos confrères du Parisien.

Les analystes sont formés au Centre national de formation de police judiciaire, une partie des cours étant donnée par l’université de technologie de Troyes (UTT). Les futurs analystes y apprennent à appliquer les outils informatiques aux finalités d’une enquête policière. « Intégrer les données, rechercher et visualiser les liens entre les divers protagonistes, leur implication dans l’affaire, la chronologie des faits, et enfin l’interprétation des données », indique le programme de la formation.

Le procureur général Jean-Jacques Bosc a tenu à éclaircir, jeudi 15 juin 2017 dans l’après-midi, les dernières découvertes de l’enquête au cours d’une conférence. Il y a présenté les dernières conclusions de l’analyse en écriture (analyse graphologique de la lettre manuscrite, et analyse syntaxique des deux lettres dactylographiées) sur les écrits envoyés par le « corbeau » de l’affaire. « L’analyse criminelle montre que plusieurs personnes ont concouru à la réalisation du crime »

L’analyse criminelle repose en grande partie sur la représentation visuelle par graphe, permettant d’identifier plus facilement les liens entre différents acteurs d’un réseau… ou les incohérences dans leurs déclarations pendant l’enquête.  Pour chaque dossier, « on constitue une base de données avec tout ce que tout le monde dit et fait, ce volume global est  ensuite transposé sur un gros schéma sur lequel on zoome en fonction de ses recherches »

La visualisation supplante l’analyse, l’esprit de finesse n’est plus, l’esprit de géométrie devient garant de la croyance aberrante en l’omniscience. « Ce sont des dizaines de milliers de pages, de procès verbaux, de témoignages, d’auditions, de vérifications qui ont été faites dans le dossier, affirme Didier Seban. Quand on finit de lire le dossier, on a oublié le début. La mémoire humaine n’est pas en mesure de mettre en rapport l’ensemble de ces éléments. C’est ce que va faire le logiciel. »

Le logiciel devient notre mémoire, ce qui est évidemment faux, une mémoire n’est pas un dépôt d’archives et une archive n’est pas une stase mémorielle.

Selon Didier Seban, les enquêteurs de la Section de Recherche de Dijon ont également avancé grâce au « foulage » : « Quand vous écrivez un texte sur une feuille, eh bien vous laissez des traces sur le support, sur la feuille d’en dessous. Ces traces, on peut aujourd’hui avec des techniques scientifiques beaucoup plus modernes trouver des traces qu’on ne trouvait pas (…). On peut se re-pencher sur les lettres du Corbeau ». En 1984, c’était déjà cette technique, moins précise qu’aujourd’hui, qui avait conduit à l’inculpation de Bernard Laroche. Mais les enquêteurs, lors de l’instruction, l’avaient « égaré » fragilisant les accusations après la rétraction d’un témoin clé, et conduisant à la libération de Laroche.

Personne ne se dit que si la sottise, l’égarement, conduisent les raisonnements et les actes des hommes, la même sottise, le même égarement se retrouveront dans leurs machines, une sottise bien plus affirmée, une sottise qui se prend pour l’oeil absolu du divin. Dans la théorie des graphes, on abandonne ce qui en géométrie est essentiel, les cas de figure. Or on ne peut nier que chaque crime est un cas de figure et non un élément dans une série.

Mais le but de cette relance de l’affaire Grégory n’est pas là. Des enquêteurs qui sont incapables, nous dit-on, d’arrêter des djihadistes déjà fichés par les services de renseignement, se révèlent omniscient 33 ans plus tard dans une affaire criminelle célèbre, non parce que des éléments nouveaux sont apparus mais pour la simple raison qu’Anacrime a tout vu, tout su, tout repéré. Ce qui se vend c’est donc une croyance dans l’image et le traitement des Big Data, une manière de referendum en faveur des artisans du désastre pour lesquels l’homme augmenté, tout épuisé de prothèses, sera l’égal des géants de la Bible, sorte de garde prétorienne des trônes des anges.

Entre Marguerite Duras et les actuels paladins du Big Data, le plus délirant n’est certainement pas la première et si la littérature a déposé ses pouvoirs, la Big Science de pacotille avec ses belles machines et ses beaux graphiques ne cesse d’affirmer les siens parce que l’homme a enfin trouvé son propre prédateur et la manière la plus simple de se suicider en tant qu’espèce : la bouffonnerie grégaire et narcissique.

Sciences et Avenir / Marianne / Le Monde/ BAM

Publié par : Memento Mouloud | juin 16, 2017

L’attentat anti-frontiste fantôme de Marseille

Voilà plusieurs jours que les agents de la Direction générale de la sécurité intérieure (DGSI) sont engagés dans une traque sans retour. S’ils échouent, ils le pressentent, quelque chose de potentiellement énorme pourrait arriver. Ce mardi 18 avril, après avoir épuisé tout ce que la technologie permet en termes de surveillance téléphonique, les limiers se présentent enfin au pied de l’immeuble tant recherché. Une adresse, située dans le IIIe arrondissement de Marseille, qu’ils connaissent pour appartenir à une pointure locale du trafic d’armes.

Alors qu’ils se harnachent, prêts à monter à l’assaut, les policiers voient un homme apparaître dans le hall. Ils n’en croient pas leurs yeux, mais Mahiedine Merabet, 29 ans, l’un des deux hommes derrière lesquels ils courent éperdument, descend faire une course à l’épicerie en… claquettes. «C’était M. Bonne Humeur, se souvient Jamila*, qui réside au même numéro. Il semblait ouvert, apaisé, avec toujours un petit mot sympa ou une petite attention.» Calme, Monsieur Bonne Humeur marche le bras en écharpe, séquelle d’une récente chute à vélo. «Il s’habillait à l’européenne, pas de barbe ni rien», reprend Jamila. «Ça nous arrive de boire un verre dans la cour et de jouer de la guitare, complète ce commerçant de la rue. Il ne nous a jamais fait une seule réflexion. Au contraire, pour l’Aïd, il nous avait amené des gâteaux !» Après l’avoir appréhendé sans difficulté, les policiers s’engouffrent dans la cage d’escalier à toute vitesse. «Ils se sont d’abord trompés de porte, et ont failli défoncer la mienne», relève Jamila. Changeant de porte, ils tombent cette fois sur un homme discutant tranquillement au téléphone, assis sur les marches. A son tour, il est interpellé et menotté. Il s’agit de Clément Baur, 23 ans, complice présumé de Merabet.

Selon «la Voix du Nord», Merabet aurait été scolarisé, enfant, dans une école catholique du quartier de l’Epeule, à Roubaix. Plus récemment, il avait créé sa société de vente d’objets religieux. Un tremblant, en somme, un homme du dieu vendangeur des vies humaines.

Ils se sont connus entre janvier et mars 2015, alors qu’ils étaient dans la même cellule, au 1er étage de la prison de Lille-Sequedin. Devenus inséparables, ils ont élaboré ensemble un projet d’attentat à la sophistication étonnante. En pénétrant dans leur antre marseillais, les policiers ont découvert 3,5 kilos de TATP, dont une partie séchait encore sur trois étagères. Baur et Merabet, qui avaient tapissé les murs de photos d’enfants syriens morts ou blessés par l’armée de Bachar al-Assad, s’étaient également procuré un pistolet-mitrailleur Uzi, un pistolet automatique Mauser, des chargeurs garnis, deux armes de poing, un sac de boulons, un couteau de chasse, une cagoule, ainsi qu’une caméra GoPro.

Le 12 avril, soit six jours avant l’interpellation, Mahiedine Merabet cherche à envoyer une vidéo d’allégeance à un membre de l’Etat islamique. Le destinataire, qu’il croit être membre de l’organisation terroriste, n’est autre qu’un des multiples cyberpatrouilleurs de la DGSI infiltrés dans les réseaux.

Le meeting de la candidate du Front national qui se tenait le mercredi 19 avril à Marseille – à quatre jours du premier tour de l’élection présidentielle – figurait, lui, parmi les cibles de Baur et Merabet. Les deux hommes ont en outre effectué des recherches sur des bars marseillais. Enfin, il semble qu’une attaque contre des bureaux de vote marseillais le dimanche du premier tour de la présidentielle ait été envisagée. Pour se figurer les itinéraires possibles, Baur et Merabet avaient affiché une carte de la ville sur les murs de l’appartement. En garde à vue, Mahiedine Merabet, délinquant endurci et familier des interrogatoires, demeurera mutique. Clément Baur, lui, concède l’existence d’une action terroriste, même s’il en minimise au maximum la portée.

Le parcours du binôme est singulier à bien des égards. Né en 1987 à Croix, dans le Nord, Mahiedine Merabet mouille un premier temps dans le trafic de stups. Il sera condamné à douze reprises. En octobre 2013, les policiers saisissent 1,5 kilo de cannabis et 5 600 euros en petites coupures dans sa chambre. 1 500 euros seront également exhumés dans sa voiture. A l’audience, couverte à l’époque par la Voix du Nord, Merabet joue le refrain d’une épée de Damoclès qui pesait sur ses épaules : «Je suis menacé, je dois rembourser des dettes, parce que, déjà, je me suis fait cambrioler et que les voleurs ont emporté beaucoup de cannabis et d’argent.» Les juges n’y croient guère, ils le condamnent à trois ans de prison. Incarcéré à Lille-Sequedin, Merabet s’inscrit au culte musulman et, selon le Parisien, fait l’objet d’une surveillance pour un trafic supposé de cannabis au parloir.

Un surveillant de la maison d’arrêt de Sequedin le décrit auprès de nos confrères de l’Express comme « un détenu très pratiquant« . « Même si, avec mes collègues, nous n’étions pas certains qu’il ait été radicalisé, on gardait un oeil sur Merabet, car on avait peur qu’il n’entraîne d’autres détenus vers un islam un peu trop extrême« , explique le surveillant. Il évoque un détenu « peu discret« , « à l’aise dès son arrivée » et qui « connaissait beaucoup de monde dans la prison« .

Le 19 janvier 2015, Merabet voit Clément Baur atterrir dans sa cellule. Le natif d’Ermont, dans le Val-d’Oise, vient d’être condamné à quatre mois de prison pour détention de faux papiers lituaniens. Contrôlé trois jours plus tôt dans un TGV reliant Bruxelles à Nice, il avait affirmé s’appeler Ismaïl Abdoulaef aux douaniers. Ceux-ci tiquent, débarquent Baur à Lille et le remettent aux policiers. L’histoire du jeune homme bascule alors dans l’invraisemblable. Aux magistrats, il explique (en français) s’appeler Ismaïl Djabrailov, être né le 1er septembre 1992 à Kizliar, en Russie, et avoir acheté des faux papiers lituaniens pour ne pas être expulsé vers le Daguestan, une république du Caucase subissant une sévère répression de Moscou. Baur, qui parle un russe châtié, est si persuasif qu’il est incarcéré à Sequedin sous ce faux nom.

Selon les enquêteurs, Clément Baur est déjà fortement radicalisé à l’époque. A 14 ans, il s’est converti à l’islam au contact de Tchétchènes à Nice – ville où réside sa mère divorcée. Doué pour les langues, il apprend le russe puis l’arabe en un rien de temps. Adolescent, Clément Baur manifestait une grande soif de spiritualité. Catholique pratiquante, sa mère l’avait emmené aux Journées mondiales de la jeunesse de l’Eglise. Une expérience qui avait plu à Baur. Son rêve ? Devenir couvreur pour participer à l’édification de lieux de culte – églises, mosquées, temples protestants. Pour cela, il intègre quelques mois les Compagnons du devoir, mais échoue rapidement.

A la fin de l’année 2014, Clément Baur rompt brutalement avec sa famille et disparaît. Ses proches signalent à plusieurs reprises sa radicalisation, ce qui engendre la création d’une fiche S – pour «Sûreté de l’Etat». A sa mère, il dira depuis le réseau social russe VKontakte être parti en Syrie et vouloir décapiter son père. En réalité, hormis ses quatre mois d’incarcération à Lille-Sequedin, Baur gravite entre la Belgique et l’Allemagne. Il habite un temps à Liège, puis à Verviers, où il côtoie la communauté tchétchène. Il fraye même avec Francesco P.L.J., un jihadiste de la ville, ce qui lui vaut d’être visé par une enquête en Belgique. Habile, il jongle avec les fausses identités, allant jusqu’à duper I. et K., deux femmes avec lesquelles il sort plusieurs mois en 2015 et 2016. Originaires du Caucause, elles ne connaîtront jamais la véritable identité de leur compagnon, qui se dit alors koumyk, une ethnie musulmane du Daguestan.

En mars 2016, Merabet est libéré de la prison de Saint-Omer (Pas-de-Calais), où il a été transféré après Sequedin. A son tour, il est fiché S par la DGSI. Le binôme se reforme, cette fois-ci pour le pire. Baur s’établit chez son acolyte à Roubaix. Le 7 décembre, après avoir appris que Merabet cherchait à se procurer des armes, la police y mène une perquisition administrative. Ils découvrent un drapeau de l’EI, de la documentation jihadiste, ainsi qu’un homme prétendant s’appeler Arthur Kamalov. Ils ne comprendront que bien plus tard qu’il s’agit en réalité de Clément Baur.

Le lendemain, Merabet file à l’anglaise et ne recevra jamais l’assignation à résidence qui devait lui être notifiée. Le 12 décembre, il est contrôlé par les douaniers luxembourgeois en compagnie de Arzu Yuruk C., une de ses multiples conquêtes, et avec 5 000 euros. Quelques semaines plus tard, il retrouve Baur à Vandœuvre-lès-Nancy, en Meurthe -et-Moselle, lieu où semble avoir émergé l’idée plus précise d’un attentat.

Le 4 avril, le commissariat de Roubaix est destinataire d’un message peu commun : «Je vous donne ma pièce d’identité et ma carte [bancaire], car à cause de vous, je n’en ai plus l’utilité. Je vais bientôt me rendre, on discutera. Vous, les forces de l’ordre, que me voulez-vous ? Laissez-moi respirer, je n’ai rien à vous dire. Je vis d’amour et d’eau fraîche, je médite. Laissez-moi tranquille. Salut !» L’expéditeur s’appelle Monsieur Bonne Humeur. Le même jour, le binôme embarque dans une voiture direction Marseille. La réservation a été effectuée par Merabet à l’aide d’un faux compte BlaBlaCar au nom de Maxime Manga. Durant la traque, la DGSI a auditionné des dizaines de chauffeurs pour retrouver la trace des fuyards.

Soucieux de leur postérité, Mahiedine Merabet et Clément Baur se filmaient durant leurs préparatifs. Sur une carte mémoire saisie dans l’appartement marseillais, les enquêteurs ont retrouvé les rushs de tutoriaux livrant les secrets de la fabrication d’explosifs.

Le Front national a réclamé vendredi au ministère de la Justice l’ouverture d’une enquête, le parti affirme ne pas avoir été informé de la menace spécifique pesant sur sa présidente. « Près de deux mois après les faits, c’est par des fuites dans le journal Libération que nous apprenons que l’attentat déjoué de Marseille visait notamment le meeting marseillais de Marine Le Pen du 19 avril 2017…Il est surprenant, exceptionnel et parfaitement inadmissible, que jamais Marine Le Pen ni son équipe de campagne n’aient été informées par les autorités de cette menace très grave. Elle leur serait aujourd’hui toujours inconnue si des fuites de presse n’avaient pas eu lieu ».

Reuters/ Libération/ Le Parisien/ France 3 Régions/ BAM

Publié par : Memento Mouloud | juin 15, 2017

L’affaire Grégory pour ceux que les twittos fatiguent

L’affaire Grégory : heurs, malheurs et profits

Le 16 octobre 1984, Grégory Villemin, âgé de 4 ans ½, disparaît de la maison de ses parents, à Lépanges-sur-Vologne, dans les Vosges. Dans la soirée, on retrouve son corps dans les eaux de la Vologne, à Docelles, à six kilomètres de son domicile. Il a les jambes et les bras liés par une corde et il est mort noyé. Sur le petit corps, aucune trace de violences. À l’évidence, il a été jeté vivant dans la rivière – comme on noierait un chat. Les soupçons se portent sur la famille. Le lendemain, le père de l’enfant, Jean-Marie Villemin, reçoit une lettre anonyme : « […] Ce n’est pas ton argent qui pourra te redonner ton fils. Voilà ma vengeance, pauvre con… » Deux semaines plus tard, le juge d’Epinal, Jean-Michel Lambert, délivre un mandat d’écroue contre Bernard Laroche, un cousin des Villemin, qui a fait l’objet d’une dénonciation de la part de sa propre cousine, âgée de quinze ans. En février 1985, le juge le libère, et un mois plus tard, Villemin père l’abat d’un coup de fusil de chasse. Mais les rumeurs vont bon train. Elles accusent Christine Villemin, la mère du petit Grégory.

G. Moréas

Par tradition, quand un écrivain aborde une affaire criminelle, c’est pour défendre un innocent. Mme Marguerite Duras a changé ces manières. Désormais, il s’agit d’identifier le criminel pour trouver de la beauté à son acte.

A-t-elle enquêté? Non, elle a connu une extase : « Dès que je vois la maison, je crie que le crime a existé… L’enfant a dû être tué à l’intérieur… Ensuite, il a dû être noyé. » Mme Duras, c’est Miss Marple juchée sur le trépied de la sibylle de Cumes : des brumes l’enveloppent, que traversent des paroles de vérité jaillies de sa bouche oraculeuse, formées dans ces régions de l’esprit où n’accède pas le sens commun. Et si Christine V. comme elle écrit, fidèle à son système d’abréviation littéraire est coupable, les excuses ne lui feraient pas défaut. Les femmes ne sont-elles pas « oublieuses de leurs enfants » quand elles « vivent dans la loi des hommes », asservies à des malotrus qui n’hésitent pas à les battre pour un bifteck mal cuit ?

Dans ces conditions, quoi de plus naturel que l’infanticide ? Il est le dérivatif à la monotonie conjugale. Tout a bien pu pousser Christine à le commettre ? la laideur du paysage, la médiocrité de sa propre existence, l’inanité des conversations avec son mari, et peut-être aussi le manque d’attrait des programmes de télévision.

Un écrivain « décadent », Pierre Louÿs, a glorifié dans une nouvelle l’attitude d’un sculpteur d’Athènes, bourreau de ses esclaves, qui, un beau matin, reçut une délégation de ses compatriotes venue protester. En guise d’excuse, il présenta la belle statue d’un moribond qu’il avait pu créer grâce à une observation directe de la douleur, suppléant à la panne de son inspiration. Que saignent les corps et les coeurs, pourvu que l’on signe!

Il manquait sans doute au petit théâtre de Mme Duras un personnage d’indicateur par bêtise, par maladresse ? par vanité surtout. Et celle de la romancière est depuis quarante ans, sur la Rive gauche, une source inépuisable d’anecdotes, ce qui ne diminue d’ailleurs en rien son talent d’héritière de Rachilde et de Lucie Delarue-Mardrus. Une notoriété soudaine a décuplé ce défaut. La dernière muse du régime se croit à présent une conscience. Elle ne serait que ridicule, une fois de plus, si, dans son numéro de vedette s’attardant sur le devant de la scène après le départ des machinistes du Goncourt et le baisser du rideau, elle ne poursuivait sa quête des applaudissements sur le cercueil d’un gosse.

Angelo Rinaldi

Le 17 juillet 1985, dans Libération, elle publie un reportage sur l’affaire Villemin. Dans une transe divinatoire, dit-on, elle accuserait sans l’ombre d’une preuve Christine Villemin d’avoir tué son fils et admire cet infanticide comme la libération symbolique d’un esclave. « On l’a tué dans la douceur ou dans un amour devenu fou ». Duras aime raccourcir les noms de ses personnages, elle les fait ainsi entrer dans la littérature, les soustrait ainsi à la réalité vécue.

Pour Christine V., le cri est supprimé par le silence de la femme tombée dans un état d’indifférence chronique à tout ce qui se passe autour d’elle, un état, comme le décrit Duras, de « docilité aveugle » tellement apprécié par l’homme : « Elles ne font pas le jardin. Celles-là, elles ne plantent pas les fleurs de saison. Parfois elles s’asseyent devant la maison, exténuées par le vide du ciel, la dureté de la lumière. Et les enfants viennent autour d’elles et jouent avec leurs corps, grimpent dessus, le défont, le décoiffent, le battent, et rient d’elles, elles restent impassibles, elles laissent faire, et les enfants sont enchantés d’avoir une mère pour jouer et l’aimer ».’

L’affaire Grégory se politise. On considère Duras comme le porte-parole de la gauche qui déclare Christine Villemin plutôt coupable. En réaction, depuis le début de ce drame, les intérêts de l’accusée sont pris en charge par l’organisation d’extrême droite Légitime défense. Mais si elle se politise, l’affaire s’intellectualise aussi. L’écrivain utilise beaucoup le conditionnel présent et l’adverbe « peut-être ». En outre, si Duras se rend sur les lieux, ce n’est pas pour mener une enquête, mais pour trouver un nouveau lieu d’écriture. Elle va à la découverte des « collines nues » des Vosges, sans autre précision toponymique, comme si elle allait à la découverte de la jungle pendant son enfance ou bien au bord de la mer, à Trouville. C’est le dispositif visuel qu’elle cherche avant d’écrire.

Des femmes-écrivains de l’époque, à l’image de Françoise Sagan, Françoise Mallet-Joris, Régine Deforges, Benoîte Groult et Michèle Perrein, interrogées par l’Evénement du jeudi, se déclarent « indignées » par le récit qu’a donné Marguerite Duras de l’affaire Grégory dans Libération et réagissent violemment. Le grand public également, alerté par Dominique Souchier, l’homme de la « Revue de presse » de France-Inter, s’est ému. Des lettres sont arrivées par paquets à Libération. La majorité d’entre elles sont hostiles aux sublimations de Duras.

Thèse

Je voudrais plutôt m’attacher aux dires du magistrat qui, actuellement, se trouve affecté au tribunal de grande instance du Mans en qualité de vice-président.

D’emblée, il affirme ne pas vouloir regarder le film parce qu’il est persuadé que l’image qu’on donnera de lui sera « partielle et partiale »puis il évoque notamment le rôle du capitaine Sesmat.

Ce dernier – aujourd’hui colonel( e.r.) – vient de publier un livre, « Les deux affaires Grégory ». Avec un ton qui ne dissimule rien mais reste courtois, il décrit clairement les péripéties complexes de la double affaire Villemin ( avant et après l’action de la gendarmerie ) et fustige, en particulier, le comportement du juge Lambert. Pour qui a suivi à l’époque, la relation médiatique de cette catastrophe et lu le livre de Laurence Lacour, le procès à charge dressé par l’auteur semble fondé, une fois écarté le plaidoyer pro domo qui le conduit à donner le beau rôle aux gendarmes et à leur chef. De fait, je pense qu’ils ont vu juste dès l’origine et que la suite n’a fait que dissiper une vérité mal exploitée par une infinité de maladresses. A bien y réfléchir, tout était absurde dans cette accusation et pourtant, longtemps, elle a pourri beaucoup d’esprits.

Jean-Michel Lambert reproche d’abord à l’acteur jouant son rôle de n’être pas venu le voir « pour s’imprégner de son personnage et me demander, par exemple, si j’avais des manies ou des habitudes ». La critique est ridicule et révèle un narcissisme mis en lumière par certains lors de l’instruction. Il rend surréaliste, ensuite, la dénégation selon laquelle, tout en n’ayant aucune expérience de la pression médiatique, il aurait toujours su résister à celle-ci. Ma mémoire est fidèle sur ce point et me laisse pantois devant une telle assertion. Enfin, après l’audition de Murielle Bolle par les gendarmes, il n’avait pu être joint et cette carence avait constitué un fiasco majeur. Sans contredire le fond de ce grief, il se contente de faire valoir qu’il n’était pas parti en week-end mais se trouvait à Epinal, ce qui aggrave encore son cas.

Je laisse de côté ce que j’avais relevé dans son livre, écrit à l’époque, pour profiter précisément de sa gloire médiatique éphémère. Il y exposait des détails intimes, mentionnant par exemple qu’il ne pouvait plus faire l’amour quand il avait procèdé à une inculpation. Tout cela à la fois insignifiant et grotesque.

Dans cet entretien, il y a infiniment plus grave. Parce que c’est révélateur et d’une médiocrité personnelle et d’un parapluie collectif qui sert, croyons-nous, à nous préserver des gouttes de nos comportements individuellement sujets à caution.

Philippe Bilger

Le procès, pour préjudice patrimonial, intenté à Jean-Marie Villemin donne l’occasion de mieux cerner financièrement cette affaire qui a généré une formidable activité économique. Paris Match a viré, en transactions ou en amendes, sur le compte des avocats des Villemin près de 2 millions de francs. Les sommes versées aux Bolle par l’hebdomadaire friseraient 1,5 million de francs, selon les chiffres de Jean-Marie Villemin, non démentis par les intéressés. Arrivent ensuite France Dimanche, Ici Paris, Détective… Au total, le chiffre d’affaires de l’affaire serait d’environ 6,8 millions de francs (3,5 pour les Villemin, 3,3 pour les Bolle-Laroche).

Pour arriver à ces additions, Jean-Marie Villemin a répertorié toutes les procédures pour diffamation, atteinte à la vie privée ou au droit à l’image (plus de 80 en tout selon Me Garaud), et a joué de la calculette. Sur les 3,5 millions de francs gagnés grâce à la presse, Me Garaud s’est indemnisé à hauteur de 1,16 million de francs, non compris quelque 700.000 francs de frais divers. Me Garaud a pour sa part rappelé qu’il avait assuré la défense des Villemin «dans le respect de (la) déontologie» jusqu’au verdict du procès de Jean-Marie Villemin à Dijon. Les deux autres avocats du couple, Mes Thierry Moser et François Robinet, ont touché respectivement 60.000 et 50.000 francs. Les avocats des grands-parents de Grégory, Mes Joël Lagrange et Paul Lombard, n’ont pas perçu d’honoraires.

La «technique» de Me Garaud et de sa belle-fille, Me Marie-Claire Chastant consistait à se faire indemniser grâce aux procès contre les journaux, principalement contre Paris Match. Ce que révèle Jean-Marie Villemin, aujourd’hui contraint par les procédures dirigées contre lui de montrer sa relative insolvabilité, est que son principal avocat a beaucoup joué à l’intermédiaire avec les médias, ­on est tenté d’écrire imprésario­ incitant les Villemin, en particulier Christine, à se plier à des séances de photos ou d’exclusivité, pour se payer.

Les chiffres montrent également que Christine et Jean-Marie Villemin ne se sont pas enrichis. Pour leur ouvrage, le Seize octobre, l’éditeur Plon a versé l’intégralité de l’à-valoir de 610.000 francs à Marie-Ange Laroche. Aujourd’hui, ils vivent avec environ 7.000 francs par mois, le salaire de Jean-Marie moins la saisie, après sa condamnation à payer 980.000 francs de dommages et intérêts.

Résultat, selon Jean-Marie Villemin, les 800.000 francs qui au final, leur sont échus ne couvrent pas le préjudice subi par la vente de leur maison vosgienne et les pertes de salaire liées à l’affaire. Quant aux 660.000 francs, versés par la commission d’indemnisation aux victimes pour la mort de Grégory, ils sont aux 4/5 bloqués, dans l’attente de futurs jugements.

Pour la famille Bolle, le bilan financier est plus positif. Marie-Ange et ses avocats ont perçu 2,2 millions de francs (auquel s’ajoutent les 900.000 francs de dommages et intérêts que Jean-Marie Villemin a été condamné à payer, par la cour d’assises de la Côte-d’Or). Muriel Bolle, sa belle-soeur, a gagné 860.000 francs en procès divers, les autres membres de la famille, environ 500.000 francs.

Des procédures sont encore en cours. Selon Jean-Marie Villemin et son avocat, Me Arnaud Montebourg (qui n’est pas payé pour ces procédures), la famille Bolle-Laroche demanderait encore 8,5 millions de francs aux Villemin.

Denis Robert 1995

La découverte du corps, 16 octobre 1984.
Vers 21 h 15, les pompiers de Docelles découvrent le corps de Grégory Villemin, 4 ans, flottant pieds et poings liés dans la Vologne, à 6 km du domicile familial de Lépanges-sur-Vologne. Son oncle a reçu quelques heures plus tôt (17 h 32) un appel téléphonique revendiquant l’assassinat. Les parents de Grégory reconnaissent immédiatement la voix du corbeau qui les harcèle depuis plusieurs mois.

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Première lettre anonyme, 17 octobre 1984. Une lettre anonyme adressée à Jean-Marie revendique le crime : « J’espère que tu mourras de chagrin, le chef. Ce n’est pas ton argent qui pourra te redonner ton fils. Voilà ma vengeance, pauvre con. » La lettre a été postée à Lépanges-sur-Vologne, le jour du meurtre, avant la levée de 17 h 15 (d’après l’oblitération). Ce corbeau harcelait le couple Villemin depuis trois ans.

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L’épreuve des dictées,18 octobre 1984.
Début de l’épreuve des « dictées » : pendant plusieurs jours, quelque 140 membres ou proches de la famille Villemin vont se livrer à des pages d’écriture (notamment en recopiant le dernier message du corbeau) sous le contrôle des gendarmes.

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L’enterrement 20 octobre 1984.
Obsèques de Grégory à l’église puis au cimetière de Lépanges. La mère hurle : « Grégory chéri, reviens ! Non, je ne veux pas ! Pourquoi t’ont-ils fait ça ? » De nombreux journalistes et curieux assistent à la cérémonie.

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Le portrait-robot 22 octobre 1984.
Les enquêteurs diffusent le portrait-robot d’un homme soi-disant aperçu rôdant le soir du crime autour de la poste de Lépanges : 40 ans, 1,80m, forte corpulence, lunettes, cheveux châtains mi-longs.

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Partie civile 24 octobre 1984.
Jean-Marie et Christine Villemin se constituent partie civile ce qui leur permettra d’avoir désormais accès au dossier. Ils prennent pour avocat Me Garaud de « Légitime défense ».

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Première reconstitution 25 octobre 1984.
Les gendarmes de Bruyères procèdent à une reconstitution avec un mannequin. Après plusieurs essais, ils concluent que l’enfant n’a pas été jeté à l’eau entre Deycimont et Docelles, là où des traces de pneus et de talon de femme avaient été relevées le lendemain du crime mais en plein centre du village, tout près de l’endroit où il a été trouvé.

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2e portrait-robot 26 octobre 1984.
Un homme se présente spontanément à la gendarmerie de Bruyères : c’est lui que le portrait-robot désigne, à tort. Il n’a aucune peine à se disculper. Un second portrait –robot basé sur le témoignage d’un cafetier de Docelles, est aussitôt diffusé.

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Expert et graphologue 30 octobre 1984.
Réunion à la gendarmerie de Nancy entre les principaux responsable de l’enquête, l’expert en écritures qui a commencé d’analyser les dictées et une graphologue parisienne dont c’est la première apparition dans l’affaire. L’expert déclare que ses premiers travaux lui donnent à penser que le corbeau pourrait être Bernard Laroche, cousin de Jean-Marie, mais demande davantage de temps pour rendre ses conclusions définitives.

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Bernard Laroche arrêté et inculpé 31 octobre 1984.
Les gendarmes passent outre cette recommandation et interpellent sans plus attendre Bernard Laroche à son domicile d’Aumontzey et Marie-Ange à son usine de Gérardmer. Le couple est relâché le lendemain après-midi car tous deux ont pu fournir un alibi pour l’heure du crime.

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Murielle Bolle craque 2 novembre 1984.
Murielle, jeune sœur de Marie-Ange qui a témoigné que son beau-frère était chez sa tante Louisette (handicapée mentale) passe 36 heures  en garde à vue. Après avoir confirmé son premier témoignage, la très jeune fille (15 ans et demi) craque : « J’ai menti ».

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Bernard Laroche inculpé 5 novembre 1984.
Le juge d’instruction Jean-Michel Lambert inculpe Bernard Laroche. Il est aussitôt écroué à la prison Charles-III de Nancy où les autres détenus le menacent : « À mort, Laroche à la Vologne ». Le lendemain, Murielle se rétracte, innocentant Laroche.

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Avocats de la CGT 6 novembre 1984. À la demande de la direction de l’usine Ancel-Set où travaille Bernard Laroche, maitres Gérard Welzer et Paul Prompt, avocats de la CGT à Épinal et Paris, prennent en main la défense de l’inculpé.

L’Est Républicain

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Confrontation 9 novembre 1984.
Bernard Laroche est confronté dans le bureau du juge Lambert avec Murielle qui confirme sa rétractation. Ses avocats demandent aussitôt sa mise en liberté provisoire. Elle sera refusée pour trois raisons : possible arrestation prochaine des coauteurs du crime, nécessité d’attendre les conclusions des experts, sécurité de l’inculpé lui-même.

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Devant la poste 22 novembre 1984.
Christine Villemin est confrontée dans le bureau du juge Lambert avec quatre collègues de travail qui affirment l’avoir vue le 16 octobre en quittant l’usine un peu avant 17 h, se diriger vers la poste de Lépanges, s’arrêter devant et y déposer une ou plusieurs lettres. La mère de Grégory maintient qu’elles se trompent et l’ont vue, en fait, la veille.

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Remis en liberté 4 février 1985.
Le juge, contre l’avis du ministère public, libère Bernard Laroche, qui reprend son travail. Mais il reste inculpé d’assassinat. Ce jour-là, devant les journalistes, Jean-Marie Villemin annonce son intention de le tuer à la sortie de son travail. Marie-Ange Laroche demande alors, pour son mari, la protection de la gendarmerie qui la lui refuse (mais la gendarmerie n’était plus chargée du dossier à ce moment-là).

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Police judiciaire 18 février 1985.
Le juge Lambert saisit la police judiciaire de Nancy et reçoit longuement dans son bureau MM. Pierre Richard, sous-directeur du bureau des affaires criminelles à la PJ qui prend personnellement l’affaire en main et Gérard Andrieu, directeur du SRPJ de Nancy.

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Le meurtre de Bernard Laroche 29 mars 1985.
Jean-Marie Villemin, ne croit pas en l’innocence de son cousin. Il décide de se faire justice lui-même et abat d’un coup de fusil Laroche. Il se constitue prisonnier. Le lendemain, il est inculpé d’assassinat et écroué. Marie-Ange Laroche obtiendra par la suite la condamnation de l’État pour ne pas avoir empêché la mort annoncée de son mari.

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Obsèques de Laroche 2 avril 1985.
Obsèques sans incident de Bernard Laroche à l’église puis au cimetière de Jussarupt. On apprend que le juge Lambert avait l’intention de rendre prochainement une ordonnance de non-lieu définitif à son égard.

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Saverne 28 mai 1985, Jean-Marie Villemin est transféré à la prison de Saverne. Raison officielle : le rapprocher de Petitmont où Christine s’est réfugiée début avril chez sa grand-mère.

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Mutation 13 juin 1985. Le capitaine Sesmat est muté « sur sa demande » à Berlin.

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Reconstitution à Aumontzey 20 juin 1985.
Reconstitution du meurtre de Bernard Laroche devant son pavillon d’Aumontzey. Malgré un impressionnant service d’ordre, la crainte d’une nouvelle vengeance est si forte que Jean-Marie Villemin porte un gilet barre-balles.

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Christine Villemin soupçonnée 5 juillet 1985.
Le juge Lambert inculpe Christine Villemin d’assassinat et la place sous mandat de dépôt. Les éléments à charge sont une nouvelle étude graphologique la désignant comme le corbeau, ainsi que des cordelettes identiques à celles ayant ficelé Grégory retrouvées dans la cave du domicile familial. Des collègues de travail affirment l’avoir vue au bureau de poste de Lépanges précisément le jour et l’heure auxquels le corbeau a posté la lettre.

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Libérée 16 juillet 1985.
Bien qu’enceinte de 6 mois Christine Villemin a entamé depuis la prison de Metz-Queuleu une grève de la fin. Son mari (il a été transféré de Saverne à Nancy) a également arrêté de s’alimenter. Finalement, la chambre d’accusation de Nancy, relevant l’insuffisance des motifs de mise en détention provisoire, la libère. Mais elle confirme dans le même temps l’ordonnance de mise en accusation qui sera annulée ensuite par la Cour de Cassation. Son cas divise radicalement les acteurs de l’affaire, entre ceux qui sont persuadés de son innocence et ceux qui la considèrent coupable.

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Duras « se libère » 17 juillet 1985.
Marguerite Duras publie une tribune « Sublime, forcément sublime Christine V. » dans le journal Libération. Elle pointe la culpabilité criminelle de Christine Villemin. L’article est précédé d’un avertissement, « La transgression de l’écriture », rédigé par Serge July qui rappelle la liberté inhérente à l’écriture de l’artiste.

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Naissance de Julien Villemin 30 septembre 1985.
Christine Villemin accouche à 22 h 10 d’un petit Julien, Jean-Marie, Gilbert à la maternité de Lunéville.

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Confrontation et reconstitution 22 octobre 1985. Nouvelle et interminable confrontation générale (près de 9 h) dans le bureau du juge Lambert. Huit jours plus tard, une reconstitution aux hauts de Lépanges est organisée. Jean-Marie et Christine sont laissés seuls pendant plus d’une heure dans leur ancienne maison puis ressortent main dans la main.

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Les Villemin aux Assises 9 décembre 1986.
La cour d’appel de Nancy renvoie Christine Villemin devant la cour d’Assises pour le meurtre de Grégory. Déjà le 22 juillet 1986, Jean-Marie Villemin avait été renvoyé aux assises mais cette fois-ci pour le meurtre de Bernard Laroche.

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Police scientifique 23 février 1987.
À la suite des insuffisances de l’investigation criminelle de la gendarmerie lors de cette affaire, les pouvoirs publics décident la création de la Section technique d’investigation criminelle (STIC), futur Institut de recherche criminelle de la gendarmerie nationale.

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Dijon reprend l’enquête 17 mars 1987. Cassation de l’arrêt de renvoi de Christine Villemin. La cour d’appel de Dijon reprend l’enquête. Elle ordonne un supplément d’information, successivement mené par le président Simon jusqu’en 1990, puis par son successeur le président Martin.

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Reconstitution 17 novembre 1987. Une reconstitution est réalisée pour tenter de déterminer l’endroit exact où l’enfant a été jeté dans la Vologne. Elle soulève plus de questions qu’elle n’apporte de réponses.

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Jean-Marie Villemin libéré 24 décembre 1987. Jean-Marie Villemin est libéré. Placé sous contrôle judiciaire, il est assigné à résidence dans l’Essonne.

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Non-lieu pour Christine Villemin 3 février 1993. La cour d’appel de Dijon prononce un non-lieu en faveur de Christine Villemin pour « absence totale de charges », une première en droit pénal. Habituellement un non-lieu est rendu pour absence suffisante de preuves ou d’éléments de preuve, le non-lieu rendu apparaît donc comme une véritable réhabilitation. La cour révèle également que des charges « très sérieuses » pèsent toujours sur Bernard Laroche.

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Jean-Marie condamné à 5 ans 16 décembre 1993. Jean-Marie est condamné à 5 ans d’emprisonnement par la cour d’assises de Dijon, dont un avec sursis. Comme il a purgé une partie de sa peine pendant sa détention préventive, il est relâché peu de temps après l’annonce du verdict.

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L’ADN du timbre inexploitable 14 juin 2000. À la demande des parents de Grégory, l’enquête est rouverte et l’espoir est relancé par l’analyse de l’ADN présent sur un demi-timbre qui aurait pu conserver la salive du « corbeau ». Mais les analyses ne donnent rien, les experts déclarant à l’époque l’ADN inexploitable. La procédure est clôturée par un arrêt de non-lieu, le 11 avril 2001.

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L’État condamné Mai 2002. La cour d’appel de Versailles condamne l’État à verser 63.000 euros à Marie-Ange Laroche et Murielle Bolle en réparation d’une « inaptitude à remplir sa mission » et souligne un « manque total dans la maîtrise et dans la conduite de l’enquête et de l’instruction ». Ces critiques s’étendent au supplément d’instruction mené à partir de 1987. Le tribunal des conflits saisi par les deux, avait rendu un arrêt le 19 octobre 1998. La veuve pouvait alors demander une réparation à l’État du fait de l’absence de protection de Bernard Laroche.

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70 000 euros pour les Villemin 30 juin 2004. L’État est condamné à verser 35.000 euros à chacun des parents de Grégory pour dysfonctionnement de la justice.

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Les soupçons du colonel Sesmat Septembre 2006. Le colonel de gendarmerie Sesmat, qui a dirigé l’enquête, laisse entendre, dans son livre « Les deux affaires Grégory », que de lourds soupçons pèsent sur Laroche.

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Demande rejetée 25 octobre 2006. Demande de réouverture de l’enquête par Murielle Bolle ; elle sera rejetée le 9 janvier 2007.

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Six épisodes à la télé 28-30 octobre 2006 : France 3 diffuse les six épisodes du film « L’affaire Villemin » (réalisés par Raoul Peck), qui retrace l’assassinat jamais élucidé du petit Grégory, et dont la programmation avait été retardée en raison de plaintes en justice.

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Diffamation ? 26 janvier 2007. Les avocats de Marie-Ange Laroche et ceux de Murielle Bolle assignent pour diffamation, Patrick de Carolis et la chaîne France 3, devant le tribunal de grande instance de Nanterre. Jean-Marie Villemin ne sera pas réhabilité 26 juin 2007.

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26 juin 2007. Le parquet général indique ne pas s’opposer à la réhabilitation demandée par Jean-Marie Villemin en vue d’effacer sa condamnation prononcée en 1993 pour le meurtre de Bernard Laroche qu’il tenait pour l’assassin de son fils Grégory, le 16 octobre 1984. Cependant le 3 juillet, la chambre de l’instruction de la cour d’appel de Paris rejette la demande de réhabilitation.

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Philippe Besson condamné 19 septembre 2007 : L’écrivain Philippe Besson et les éditions Grasset, qui en 2006 ont publié un roman intitulé « L’Enfant d’octobre » inspiré de l’affaire Grégory, sont condamnés à payer de lourdes amendes à Christine et Jean-Marie Villemin.

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Déboutées 30 janvier 2008 : le tribunal de Nanterre examine la plainte pour diffamation déposée par la veuve et la belle-sœur de Bernard Laroche contre la chaîne France 3. Le 27 mars, elles seront déboutées de leur action.

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Réouverture de l’enquête 9 juillet 2008 : Saisi par les époux Villemin, le procureur général de la cour d’appel de Dijon demande la réouverture de l’instruction, pour une nouvelle recherche d’ADN. Le 3 décembre suivant, la cour d’appel de Dijon ordonne la réouverture de l’enquête.

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Des traces ADN 22 octobre 2009 : L’expertise, réalisée par le laboratoire lyonnais Biomnis (ex-Mérieux), a révélé la présence de deux profils distincts, un masculin et un féminin, sur timbre et une lettre du corbeau. Finalement les analyses ADN faites sur la lettre du corbeau envoyée aux Villemin ne donnent rien. En effet, les traces identifiées ne correspondent à aucun des 150 protagonistes de l’affaire. En 2010-2011, six nouvelles analyses sont ordonnées mais une fois encore, la justice fait chou blanc.

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Les scellés ne donnent rien 5 mai 2010 : le parquet général de Dijon annonce que les analyses ADN réalisées sur les scellés ne mènent à aucune piste, confirmant une information de L’Est républicain.

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Recherches tous azimuts 20 octobre 2010 : Jean-Marie Beney, le procureur général de la cour d’appel de Dijon ordonne que la justice rouvre l’enquête pour « l’analyse du cheveu retrouvé sur le pantalon du petit Grégory, « l’analyse du cœur des cordelettes » ayant servi à l’attacher, procède à « la comparaison des enregistrements des voix du corbeau et les voix des différents protagonistes de l’affaire », « à la recherche des traces digitales sur les parties collantes des enveloppes » et « à la recherche des traces de foulage sur la lettre de revendication du crime »

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Pas d’ADN ou si peu 16 janvier 2012. Le procureur général, Jean-Marie Beney annonce qu’« il n’a pas été possible d’extraire d’ADN du nœud des cordelettes ». Le cheveu a, quant à lui, révélé un ADN mitochondrial qui n’a pu être mis en relation avec personne Marie-Ange Laroche condamnée pour diffamation 31 janvier 2012. Marie-Ange Laroche, la veuve de Bernard Laroche, un temps suspecté de l’assassinat du petit Grégory Villemin, a été condamnée à 1 000 euros d’amende avec sursis pour avoir diffamé Étienne Sesmat, premier enquêteur sur l’affaire. La voix du corbeau analysée 1er septembre 2012. Maître Thierry Moser, avocat des époux Villemin, déclare à la presse que l’expertise de la voix du corbeau, conservée sur des cassettes audio aujourd’hui numérisées, sera désormais possible : « Les gendarmes de l’IRCGN, après consultation des techniciens, ont répondu que l’expertise peut être tentée malgré les difficultés de faisabilité ». La nouvelle enquête consistant à comparer la voix du corbeau avec les enregistrements réalisés par des journalistes lors de reportages.

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1er septembre 2012 La voix du corbeau analysée. Me Thierry Moser, avocat des époux Villemin, déclare à la presse que l’expertise de la voix du corbeau, conservée sur des cassettes audio aujourd’hui numérisées, sera désormais possible : « Les gendarmes de l’IRCGN, après consultation des techniciens, ont répondu que l’expertise peut être tentée malgré les difficultés de faisabilité. La nouvelle enquête consistant à comparer la voix du corbeau avec les enregistrements réalisés par des journalistes lors de reportage.

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Nouvelles recherches ADN 26 septembre 2012. A la demande des parents de Grégory, la cour d’appel de Dijon autorise deux nouvelles recherches d’ADN sur les vêtements, les chaussures et les cordelettes. Plus d’espoir d’un point de vue scientifique 24 avril 2013. Le procureur général de la cour d’appel de Dijon, Jean-Marie Beney, annonce que les nouvelles expertises ADN menées sur les vêtements et les cordelettes de Grégory Villemin ne permettent d’identifier l’ADN d’aucun des protagonistes de l’affaire, de même l’analyse des enregistrements audio, si elle révèle bien les voix d’un homme et d’une femme ne permet pas non plus d’identifier une personne précise, le procureur ajoute qu’il y a « toujours un espoir dans la mesure où le dossier n’est pas fermé. Mais, d’un point de vue scientifique, l’espoir s’éloigne ».

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24 avril 2013. D’un point de vue scientifique, l’espoir s’éloigne. Le procureur général de la cour d’appel de Dijon, Jean-Marie Beney, annonce que les nouvelles expertises ADN menées sur les vêtements et les cordelettes de Grégory ne permettent d’identifier l’ADN d’aucun des protagonistes de l’affaire, de même l’analyse des enregistrements audio, si elle révèle bien les voix d’un homme et d’une femme ne permet pas non plus d’identifier une personne précise. Le procureur ajoute qu’il y a « toujours un espoir dans la mesure où le dossier n’est pas fermé. Mais d’un point de vue scientifique, l’espoir s’éloigne ».

Il n’est « pas possible de mettre un nom » sur les profils ADN relevés dans l’affaire du petit Grégory, conclut le procureur général de Dijon.  » Il n’y a pas d’identification possible », compte tenu de la difficulté d’exploitation des résultats, jugés « extrêmement minces ».  

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24 avril 2014. Il n’est « pas possible de mettre un nom » sur les profils ADN relevés dans l’affaire du petit Grégory, conclut le procureur général de Dijon, Jean-Marie Beney. « Il n’y a pas d’identification possible », compte tenu de la difficulté d’exploitation des résultats, jugés « extrêmement minces ». L’avocat de la famille Laroche y voit tout de même la « confirmation de l’innocence » de Bernard Laroche et dénonce « un gâchis judiciaire ».

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3 septembre 2014. « L’assassinat de Bernard Laroche, c’est le temps fort de mon existence, l’un des moments les plus tragiques de ma vie », confie le magistrat dans un long entretien accordé à « L’Est Républicain » à l’occasion de la sortie de son livre sur la justice qui fait grand bruit : « « De combien d’injustices suis-je coupable ? ».

L’Est Républicain

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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