Publié par : Memento Mouloud | juin 20, 2017

Daech : le mode d’emploi syro-irakien du takfiriste au combat

Réda ‘’In fire’’Bekhaled dit le chevalier du zodiaque, pilote, depuis son ordinateur à Vaulx-en-Velin, des djihadistes au combat en Syrie. Notamment trois de ses frères  déjà arrêtés en 2014– le quatrième est rentré en France pour une permission prolongée – qui se sont enrôlés au sein de l’État islamique.

Lecteur de Soral, il avait pour objectif avant son arrestation un attentat contre une soirée-débat sur l’antisémitisme organisée au siège de la région Rhône-Alpes pour marquer les 70 ans du Crif, le Conseil représentatif des institutions juives de France, en Rhône-Alpes. M’Bala M’Bala n’en a toujours pas fait un sketch.

Le 3 avril 2014, le chevalier Réda ordonne ainsi à son aîné de « sécuriser une route pour qui [il] sai[t] ». Le 23 juillet 2014, alors que des combats font rage à Alep, un autre de ses frères le supplie de dire au « Grand » de récupérer « son sniper » et de lui passer la consigne : « Si tu l’as, dis-lui : ça tape sec ici la nuit ! Qu’il récupère son truc. » Car si « l’immeuble tombe, c’est perdu ». Il raconte subir les assauts d’un « hélico » qui « jette de très haut. Tu vois pas, t’entends pas ». Réda s’engage à faire passer le message et, en attendant, lui conseille de neutraliser l’hélicoptère à la « 23 », un canon anti-aérien de fabrication soviétique. Dix jours plutôt, Réda lui avait recommandé de placer « les frères à la 23 » sur les immeubles, « pour un meilleur champ de vision et d’action ».

Réda Bekhaled est interpellé le 16 septembre 2014. Un an plus tard, une première exploitation « partielle » de l’ordinateur familial saisi lors des perquisitions passe à travers les conversations Skype. Il faudra une année supplémentaire et une analyse plus exhaustive du disque dur pour mettre au jour le rôle joué dans la guerre syrienne par un intégriste de 19 ans derrière son écran dans la région lyonnaise.

24 mois en tout pour éplucher un ordinateur familial. On sent que la guerre déclarée par Hollande nage en pleine efficacité opérationnelle.

« Réda Bekhaled assure la gestion à distance des déplacements de djihadistes sur le territoire syrien, écrit dans une note du 9 septembre 2016, le magistrat de la section antiterroriste du parquet de Paris et néanmoins stratège amateur qui analyse, selon un rythme réduit, le contenu des conversations. Relais essentiel de certains combattants djihadistes présents en Syrie, Réda Bekhaled est en mesure de déclencher l’intervention d’un sniper lorsque les combattants de l’État islamique sont en difficulté et qu’un immeuble tenu par Daech risque de tomber dans des mains ennemies… ». Etrange qu’un magistrat français écrive ennemi pour adverse, mais passons, la confusion règne.

La révélation du stratège-magistrat est bouleversante. Daech utilise des snipers dans le combat urbain. Rappelons qu’en juin 1993, les 50 ennemis au compteur neutralisés par l’armée française à Mogadiscio furent le fait d’une dizaine de snipers made in France sur 200 soldats déployés. Qu’en est-il de l’efficacité du pilotage à distance d’un homme qui ne sait pas qu’il est sur écoute alors qu’il s’engage dans une guerre asymétrique ? Nous n’en serons rien.

Une note de la DGSI présente le semblant de plan mis en place par les soldats du califat dans la bataille de Mossoul qui démarre à l’automne 2016. Depuis le 17 octobre, l’armée irakienne, les milices chiites et les combattants kurdes soutenus par la coalition internationale ont lancé une offensive. Les premières forces spéciales irakiennes sont entrées dans Mossoul le 1er novembre.

« Aux premières semaines de l’offensive, l’organisation terroriste semble privilégier une stratégie défensive de retardement. » Pour ce faire et en prévision de cette bataille, l’État islamique, en bonne logique clausewitzienne de la supériorité de la défense sur l’attaque, a transféré, au cours de l’été 2016, un important contingent de djihadistes depuis la Syrie vers la capitale autoproclamée du califat en Irak. Parmi eux figurent plusieurs dizaines de francophones appartenant à la katiba Tarek Ibn Zyad, un berbère qui avait servi dans l’armée omeyyade.

Dans l’attente de l’arrivée de l’adversaire, les takfiristes ont creusé des tranchées tout autour de la ville, dans lesquelles ils ont versé de l’essence. Une fois la bataille démarrée, ils y mettent le feu, ainsi qu’à « des puits de pétrole ou des tas de pneus, […] pour gêner les avions de la coalition ». Le 22 octobre 2016, ils incendient une mine de soufre, située entre Mossoul et le village de Qayyara, cette fois pour gêner la progression des troupes au sol. Les soldats sont obligés de mettre des masques à gaz pour se protéger des émanations toxiques.

Jusque là, la tactique est éprouvée depuis la guerre de Sécession.

Les takfiristes ont également creusé des tunnels, certains à quatre mètres de profondeur, afin de se protéger contre les frappes aériennes de la coalition. Une pratique déjà conseillée, le 25 décembre 2013, par le jeune Réda Bekhaled, spécialiste lyonnais en tactique des jeux de guerre, alors qu’un de ses frères, 55 de QI, se plaignait d’être trop « à la portée des canons ». Réda l’avait incité à creuser des galeries souterraines « comme les rats », pour « l’évacuation, le ravitaillement, etc. », insistant – « Parles-en, faut se réveiller ! » – et envisageant que ces galeries puissent servir à organiser des guets-apens – « Comme ça, quand ils croient qu’ils ont eu tout le monde, vous, vous êtes dans les terriers. Et, quand ils rentrent, bye bye… ». Spécialiste en éthologie du rat, le chevalier Réda devrait savoir que selon l’espèce, certains rats vivent dans les étages supérieurs des bâtiments, tandis que d’autres occupent le sous-sol et abord des bâtiments. Mince Réda a encore confondu avec Bugs Bunny.

À Mossoul, les tunnels servent aussi à « retarder la progression des adversaires …grâce à des attaques surprises permises par des sorties éclairs des Inghimassi », constate la DGSI. « Inghimas » signifie en arabe « infiltration » et s’applique, dans le langage spécifique des takfiristes, au fiancé de la mort qui réussit à s’infiltrer derrière les lignes ennemies avant de se faire exploser.

Interrogé par la police fédérale belge le 7 novembre 2013, le repenti Jejoen Bontinck a détaillé le processus, sommaire, de sélection des candidats aux attentats suicides : « On pouvait soumettre sa candidature […] via son propre émir. Au moment approprié, on appelait la personne concernée et on te donnait une cible, à savoir un endroit où il y avait beaucoup d’ennemis. Aucune formation n’était prévue. » Le futur Inghimassi est alors équipé, toujours selon Bontinck, d’une ceinture « avec différentes poches séparées, que l’on porte autour du corps »« transformée et équipée d’un mécanisme de traction »« les explosifs sont mis dans les sachets ».

Au sixième jour de la bataille de Mossoul, des Inghimassi ont mené une contre-attaque à Kirkouk, située au sud-ouest de Mossoul. « Cette posture avait pour objectif de détourner les forces de la coalition », estime la note de la DGSI. Par ailleurs, l’État islamique s’est doté d’une brigade très mobile, constituée d’une centaine de djihadistes « chargés du combat de retardement », parmi lesquels « de nombreux snipers » et d’autres combattants armés de mortiers, de mitrailleuses et de lance-roquettes. À l’extérieur de la ville, des équipes munies de missiles antichars ont été déployées.

De nouveau, la révélation est immense. Daech coordonne ses mouvements, tente des diversions. Dans les faits, l’étouffement est inéluctable.

Dès l’instauration de son califat, l’organisation avait fondé à Mossoul une force spéciale dénommée « Jaysh al-Ousra » – « L’armée des jours difficiles » –, d’environ 3 000 hommes, répartis en neuf bataillons mobiles. Dans une note secret-défense datée du 3 septembre 2015 et déclassifiée à la fin de l’année dernière, la DGSE insistait : « Sur le terrain, les combattants de l’État islamique se distinguent par leur mobilité et leur capacité à se déployer rapidement sur l’ensemble des territoires contrôlés et sur plusieurs fronts. »

À Mossoul, les djihadistes ont aussi jalonné les routes et certaines habitations d’IED (pour « Improvised explosive device », selon le jargon militaire américain, qui désigne ce qu’on appelle plus prosaïquement une « bombe artisanale »). Fabriquées à partir d’obus trafiqués conçus pour exploser à la réception d’un signal électronique ou de bonbonnes de propane bourrées d’explosifs, les IED constituent une « technique largement éprouvée par l’organisation ». Cette technique avait été abondamment utilisée lors de l’insurrection irakienne au mitan des années 2000, insurrection à laquelle participaient sous l’étendard d’Al-Qaïda en Irak la plupart des caciques de l’actuel État islamique.

« Les IED peuvent également être enfouis sous terre, dans les rues, être dissimulés dans des pneus ou des ordures et peuvent prendre toute sorte de forme », souligne la DGSI. Dans son ouvrage La Guerre sans fin (Albin Michel, 2008), le grand reporter américain Dexter Filkins énumère certaines déclinaisons inventées par les insurgés irakiens, comme les « DBIED » pour « Dog-borne-IED », des engins explosifs transportés par des chiens, ou encore ce mulet portant une ceinture d’explosifs, que des marines seront contraints d’abattre à distance un jour de l’automne 2005, dans les environs de Ramadi.

Manquent des Women in Nikab-Ied.

Par la charge contenue, les IED se révèlent redoutablement meurtriers. Toujours au cours de la seconde guerre en Irak, des Humvees américains ont été coupés en deux par le souffle de l’explosion. Un transport de troupes blindé de 57 tonnes a aussi été soulevé et envoyé valdinguer de l’autre côté d’une route par une de ces bombes enterrées sous la chaussée.

Autre « arme tactique traditionnellement utilisée par l’État islamique » et utilisée sans modération dès les premiers jours de la bataille de Mossoul : les VBIED, pour « Vehicle-borne-improvised-explosive-device » (toujours l’héritage du jargon militaire américain). Au sixième jour de l’offensive sur Mossoul, 58 véhicules piégés ont été lancés sur les Kurdes, les troupes de l’armée irakienne et les milices chiites, afin « de rallonger la durée des combats à l’extérieur de Mossoul, permettant ainsi d’affiner les préparatifs de défense à l’intérieur de la ville », selon l’analyse de la DGSI.

Ces VBIED sont stockés sous des abris dans des villages voisins pour être utilisés dès que les forces armées arrivent, « prouvant ainsi un degré élevé de préparatifs de la part de l’organisation ». Selon le renseignement intérieur français, ces actions à l’aide de véhicules piégés seraient l’œuvre de la katiba Tarek Ibn Zyad. Prépositionnée sur le front nord de Mossoul et « disposant d’un vivier particulièrement important de kamikazes, cette katiba a enrôlé un grand nombre de francophones, privilégiés pour ce type d’attaque ». C’est un peu la division Charlemagne des takfiristes.

Dans la note du 3 septembre 2015 précitée, la DGSE considérait que, cumulée avec le recours systématique à des fiancés de la mort-happening et au « déploiement d’une violence extrême », l’utilisation de véhicules piégés était « propre à produire un effet de sidération sur l’adversaire ». Les services secrets français illustraient leur propos avec l’exemple du précédent siège de Mossoul en juin 2014. À l’époque, c’était l’État islamique qui cherchait – et allait réussir – à s’emparer de la ville. « Les forces irakiennes ont rapidement abandonné leurs positions, note la DGSE, alors qu’elles bénéficiaient d’un rapport de force nettement favorable, tant en effectif qu’en armement. » Un repenti d’origine asiatique, entendu par un juge français, estimera que les djihadistes, lors de la prise de Mossoul, étaient « seulement 500 […], alors qu’en face, il y avait entre 7 000 et 12 000 personnes ».

Ce qui indique assez le degré de professionnalisme de l’armée irakienne et de ses formateurs américains.

De pareils exemples existent sur le front syrien. Ainsi, le 5 août 2013, l’État islamique s’emparait de la base aérienne de Mennegh, au nord d’Alep. Huit mois de siège n’avaient pas fait fléchir l’armée de Bachar al-Assad, mais le lendemain d’une attaque suicide au cours de laquelle un djihadiste s’était fait exploser dans son véhicule blindé à l’entrée des bâtiments abritant le QG de la base, les militaires avaient battu en retraite. Pas sûr que les gars du Hezbollah soient aussi impressionnés par l’attentat au camion piégé qu’ils ont breveté aux dépens des français et des américains au Liban.

Le repenti précité, qui avait pour nom de guerre « Abou Saïf al-Koury » (« le Coréen »), racontera avoir participé en octobre 2014 à une « rimas ». Une action, selon lui, différente d’une inghimas« Cela consiste à foncer sur l’ennemi en étant équipé de six kilos de C4. Ce n’est pas une opération kamikaze. Nous avançons et en cas de capture, nous mourons sur place en nous faisant exploser en actionnant une grenade. » Cela se passait à Samara, en Irak. « Ce jour-là, je n’aurais pas dû revenir vivant. En face, ils étaient dix fois plus nombreux. Ils ont vu qu’on était un groupe d’émigrés complètement déterminés, et cela les a fait fuir… »

Parfois, la réalité syrienne est moins glorieuse. De retour d’un combat, un djihadiste s’époumone auprès d’un proche : « Je suis dégoûté, j’ai tout perdu : mes clés de voiture et de maison ! […] Elles étaient accrochées à la ceinture d’explosifs, elles sont tombées… » Ou encore ce martyr mort après s’être « trompé de route » « Il a pris tout droit, il devait tourner à droite en face. […] Les chiens, ils ont tiré quand il était près. […] Il en a pris une dans la tête et au ventre », pleure un des frères d’armes du « martyr », ne comprenant pas pourquoi ce dernier ne portait pas sur lui sa ceinture explosive.

L’EI privilégie désormais, poursuit la note de la DGSI, « des actions par petits groupes d’unités mobiles et spécialisées, utilisant parfois la population comme bouclier humain ». Au début de la bataille de Mossoul, l’État islamique aurait, selon l’ONU, retenu jusqu’à 8 000 familles en otage autour de la ville et les utilisait afin de dissuader les frappes aériennes de la coalition.

Durant le premier semestre 2014, 1’organisation terroriste bascule ses capacités militaires vers le sud afin de s’étendre en Irak. Falloujah tombe, Mossoul aussi. Le califat est prononcé et, début août, une offensive est menée dans le Kurdistan irakien. Le 8 août, alors que les djihadistes prennent le contrôle du barrage de Mossoul, les États-Unis commencent leur campagne de frappes aériennes dans le pays de feu Saddam Hussein. Le 12 août, Abou Djaffar se trouve là où « les Américains bombardent ». Quelques jours plus tard, ne pouvant plus combattre longuement en raison d’une blessure à la jambe qui a nécessité une greffe et l’empêche de rester debout, « il s’est inscrit pour se faire exploserpour mourir en martyr dans une grosse opération », résumera dans une écoute téléphonique son épouse. Sur Facebook, celui qui se félicite de son sort – « C grave bien d’être un terroriste » – vient de se faire filmer – « Une production Abou Djaffar » – en train de confectionner et tester une ceinture explosive dans un désert.

Les jambes, encore, et le dos du djihadiste cannois écopent, le 16 octobre 2014, alors que le candidat kamikaze éclopé effectue un tour de garde à Deir Ez-Zor, une ville au centre de la Syrie. L’État islamique et l’armée de Bachar al-Assad se disputent son aéroport militaire. Au téléphone, la mère d’Abou Djaffar confie à une proche : « Rached a été blessé […]. Il a une tache provoquée par une bombe et des éclats dans le corps. » Les analystes de la DGSI estiment que « les taches » mentionnées par la mère de Rached Riahi ont pu être occasionnées par du gaz de chlore ou du gaz moutarde. Durant plusieurs jours, Abou Djaffar est soulagé à base de morphine. À la fin de sa convalescence, un mois plus tard, il est de retour à Deir Ez-Zor, où la bataille continue.

Le 2 janvier 2015, un voisin d’Abou Djaffar alerte sa famille : il a une fois de plus été blessé, sa jambe est même « complètement foutue » et il « souffre beaucoup ». Ce jour-là, les forces américaines ont bombardé Raqqa afin de préparer une opération pour libérer un pilote jordanien, qui sera finalement immolé le lendemain dans une cage. Le coup de fil à la famille d’Abou Djaffar est attribué à “Abou Hafs”, alias Tyler Vilus, un Français originaire de Troyes, interpellé l’été suivant à Istanbul et que les enquêteurs suspectent d’avoir été, au moment de son arrestation, sur le point de rejoindre le futur commando du 13-Novembre.

On n’en est pas encore là. En ce mois de janvier, les frappes de la coalition commencent à produire leurs effets. Faute de matériel, les djihadistes ne peuvent pas soigner Abou Djaffar, qui est transféré 450 kilomètres plus loin, à la frontière avec le Liban. Sur son lit, il fait une hémorragie avant d’être enfin opéré. Cette fois, le tibia d’une jambe et le fémur de l’autre ont été touchés, paralysant toute la partie inférieure du takfiriste.

L’année 2016 voit le territoire de l’État islamique rétrécir de près de 40 %, l’organisation terroriste abandonner Falloujah en Irak, Palmyre, Jarablous et Manbij en Syrie. Et Abou Djaffar perdre la vie. Du moins, en théorie. Ses proches, en France, ont reçu un appel annonçant la mort du djihadiste. Depuis fin avril, il est jugé par contumace dans le procès de Cannes-Torcy qui réunit 20 hommes accusés de l’attaque d’une épicerie juive à Sarcelles et de plusieurs autres projets d’attentats en France. Ces gars qui rient quand on les juge.

À l’occasion d’une précédente blessure à la jambe, son épouse et sa belle-sœur s’étaient inquiétées de sa perte de mobilité : « Il ne pourra déjà presque plus plier sa jambe et quand t’es au combat, t’as besoin de tes jambes, t’as besoin de courir ! […] Je ne sais pas si son martyre pourra compter parce qu’il se jettera dans la gueule du loup… »  On se pose donc plein de questions au pays des takfiristes.

Ainsi Tyler Vilus, le voisin qui annonce les problèmes de santé de Rached Riahi, décrivait sur les réseaux sociaux la mort d’un frère au front : « La sensation quand tu entres dans un hangar au milieu des combats, des bombardements, des feux, des odeurs de poudre et j’en passe… Et que tu sentes cette odeur de musc que seul un frère tombé peut dégager… Mach’allah, ce frère sentait bon. Qu’Allah accepte ses actes. » Un autre complice d’Abou Djaffar dira à son propre père à propos d’une bataille victorieuse : « Les anges, ils combattent avec nous ! »

Dieu, les anges, tout le monde aime le sang, l’odeur de poudre et de cadavres, les têtes coupées, les mains qui virevoltent, les trous béants parce que ça sent le musc l’anus dei.

L’État islamique dispose d’une main-d’œuvre désireuse de se sacrifier mais aussi qualifiée. Et là, on reparle des frères Bekhaled. Cette fois, de l’aîné. Né le 6 mars 1983, Mohamed Bekhaled officie au sein de l’armée djihadiste en tant que sniper. De retour de Syrie, l’ex-épouse d’un membre de la fratrie confirmera aux policiers : « [La femme de Mohamed] m’a dit que son mari se donnait à fond dans son métier et qu’il était passionné par les armes et les tirs. »

Les fournitures qu’il commande au cadet Réda en France témoignent de sa méticulosité. Le 18 avril 2014, Mohamed Bekhaled réclame un « anémomètre thermomètre digital de poche », d’une valeur d’environ 50 euros, et un « télémètre Bushnell fusion 1600 arc », coûtant entre 850 et 1 000 euros. Le premier permet de mesurer la force du vent et le second est une paire de jumelles mesurant la distance jusqu’à la cible choisie. Quatre jours plus tard, il insiste à propos des jumelles de haute précision. Il a déjà « testé » le tir « jusqu’à 900 mètres », mais vise « la perfection ».

Jusqu’à 900 mètres quand l’adjudant Benjamin Gineste tire à 3700 mètres avec un fusil CheyTac M200. En effet, les takfiristes, c’est la perfection pour les nuls.

Interrogé en janvier 2016, un consultant en informatique décrit un camp dans les montagnes de Deir Ez-Zor. Les recrues sont logées dans des cavités, sans eau ni électricité. À l’extérieur, « de grosses citernes métalliques recouvertes pour être camouflées ». Un livreur apporte « de temps en temps » la nourriture. Le vendredi, tout le monde se lave en se baignant dans l’Euphrate. Interrogé par la brigade criminelle, Chemsedine raconte avoir dormi à la belle étoile dans une forêt en périphérie de Raqqa. Une usine désaffectée faisait office de salle de sport et un ancien camp de l’armée de Bachar al-Assad de pas de tir.

Les téléphones, les ordinateurs sont proscrits. Les montres aussi. Les jours fériés, les permissions sont prohibées. Seuls les encadrants peuvent échanger au moyen de talkies-walkies et se déplacer à moto. Comme leurs élèves, ils viennent des quatre coins du monde. On dénombre des professeurs syriens, bosniaques et tunisiens, un ancien karatéka marocain, d’anciens militaires égyptiens comme ouzbeks. Parfois, ils sont accompagnés de traducteurs.

Quel que soit le camp, le déroulement des journées se ressemble, d’un témoignage à l’autre. Après la prière du matin, les candidats au Koh-Lanta takfiriste s’adonnent au jogging, parfois dans la montagne ou dans la forêt, pratiquent des exercices de renforcement musculaire (pompes, abdominaux, gainage). « Nous devions faire des roulades au sol ou ramper », ajoute Chemsedine dit Ramballal. Au bout de trois ou quatre heures à ce régime, les candidats s’alimentent d’un petit-déjeuner roboratif – « deux œufs durs, un pain, de la confiture et du fromage » – pour enchaîner sur le décervelage islamique, toujours intense.

L’après-midi est dédié à des manœuvres tactiques et autres aspects techniques rudimentaires (maniement, montage et démontage d’armes). Le professeur, un ancien d’Afghanistan, explique « à la craie sur tableau vert la stratégie à adopter pour des groupes de combat de deux hommes », leur enseigne « à se positionner à une distance suffisante les uns des autres pour ne pas tous mourir d’un coup en cas de tir adverse à l’arme lourde ». Quant au repenti belge précité, Jejoen Bontinck, on lui enseigne, entre autres, la manière de réagir en cas de bombardement aérien. Certains djihadistes préciseront avoir également appris des techniques permettant de se repérer ou d’évaluer une distance. Certains ont même appris à lire Sayyid Qutb, le Philippe Sollers takfiriste.

Chemsedine estime avoir fait feu à 500 reprises. « Nous avons appris à tirer à la kalachnikov à 200 mètres. Dans différentes positions : 1) debout avec une chèvre, 2) un genou au sol en position haute sur un âne 3) un genou au sol en position basse mais la bite à la main, 4) assis sur les fesses, jambes croisées devant, un Coran entre les dents 5) debout à une main avec chute au sol, avec salto arrière 6) couché sur le ventre avec bascule et les deux mains dans le dos. 7/ sur un amoncellement de têtes coupées en faisant le poirier…Un campement militaire de six mois, mon pote ! C’est un truc, tu sors, t’es genre une tuerie, s’extasie sur une écoute téléphonique un djihadiste du Val-de-Marne. Genre, t’apprends tous les trucs archi-bien ! Genre, tu ressors, t’es un chef militaire. Tu vois c’que j’veux dire ? »

D’après Jejoen Bontinck, on peut également suivre une formation « pour devenir pilote ou pour conduire des chars ». Une nécessité. Lors de la prise de la base aérienne de Mennegh déjà évoquée, l’État islamique met la main sur des hélicoptères, des avions de chasse. « Mais il y a personne qui peut les conduire », se désespère le djihadiste du Val-de-Marne si favorable aux stages de six mois. Difficile avec un Bac pro français en poche et quand on ne maîtrise ni le français, ni l’arabe, ni les maths, ni la physique, ni rien.

Des enfants combattants, « âgés de 7 à 17 ans », sont intégrés dans les katibas « Achbal al-Khilafat » (« Les lionceaux du califat »), où on leur dispense une formation militaire « intensive ». Une récente vidéo de propagande montre trois enfants âgés de moins de dix ans en train de nettoyer un immeuble truffé, à dessein, de prisonniers menottés dans le dos mais laissés libres de leurs mouvements. Les gamins, habillés d’un treillis militaire à leur taille, équipés de caméras GoPro et d’armes de poing montent dans les étages, se couvrent les uns les autres et abattent un par un les détenus.

Une sorte de cryptie takfiriste empruntée aux spartiates par un amateur d’antiquités.

Mediapart/BAM/ La Dépêche

Publié par : Memento Mouloud | juin 19, 2017

Manouel Blancos Valls héros burlesque

Ce type m’a toujours paru un contre-héros burlesque, quand il adhère au PS, c’est à la sortie du lycée, pendant les vacances, quand il a 20 ans, le voici rocardien, quand il en a 30, il siège à la MNEF de Spithakis, quand il commence à prendre du grade, c’est à l’ombre de Jospin, le tacticien le plus tocard dont la gauche ait jamais accouché, quand il veut rallier Sarkozy, le président l’oublie, quand il se marie avec une femme juive c’est avec l’ensemble des juifs qu’il se marie, quand il se choisit un ennemi, il ne trouve que Dieudonné à combattre et Dieudonné poursuit ses harangues, se multiplie, se répand, quand il rallie une pensée, il choisit Fourest qui se délite à hauteur de twitts et de chroniques sur France-Désert, quand il devient enfin premier ministre c’est pour descendre les poubelles et perdre la primaire contre Benoît Hamon, quand il s’époumone qu’il aime l’entreprise, Hollande choisit d’envoyer sur le front l’enfant chéri de Rothschild et des backrooms, l’ami des sphincters démembrés, l’ami de tous les petits-déjeuners, quand il veut passer pour le gendre idéal, les sexagénaires lui préfèrent le gamahucheur jésuite, le gérontophile en guimauve à la voix de flûte ébréchée, quand il joue sa survie politique, descendu de Matignon, sous les glaviots de la charité macronesque qui ne lui oppose personne et le traite en chien fidèle du courant qui dévale, ça finit en bagarre de troquet dans une ambiance d’urnes bourrées et de bulletins salsifis dont on s’envoie à la figure les ratures. Dépourvu d’humour et perché sur des talonnettes, sa verve claque comme un itinéraire de pacman dans un road-movie slovène. Ses entrées et sorties semblent la réplique de celles de ces hallebardiers de théâtre qui ont rêvé le roi Lear et finissent, assommés de barbituriques, en doublant Winnie l’Ourson, les yeux perdus dans quelque téton de cire.

Publié par : Memento Mouloud | juin 17, 2017

Considérations sur l’agression de NKM sur un marché

Thierry, un militant Les Républicains, a croisé l’agresseur juste avant son geste. « J’ai donné le tract à ce monsieur et il m’a dit simplement : ‘De toute façon, tous les politiques de droite et de gauche qui se sont succédé depuis trente ans, sont tous des pourris’. » Iris, une autre jeune militante LR, a vu cet homme d’une cinquantaine d’années assez grand, assez costaud agresser la candidate. « J’ai vu le moment où il lui a balancé comme ça les tracts dans la tête, elle a mis sa main devant. Et à la seconde, il lui a mis un coup dans la poitrine. C’est là où elle est tombée. » Selon une journaliste de l’AFP, qui a assisté à la scène, l’individu lui a arraché ses tracts des mains, avant de les lui envoyer au visage aux cris de « bobo de merde ».  Cherchant à se protéger de la main NKM, déséquilibrée, a chuté sur le sol et perdu connaissance plusieurs minutes, sous une forte chaleur. Geoffroy Van der Hasselt, le photographe de l’agence de presse, a affirmé à BFMTV « c’est [la] propre main [de NKM] qui a frappé son visage ». Un autre témoin, Alexis, cité par Europe 1, assure pour sa part que l’individu lui aurait donné un coup sur la poitrine. « Elle est tombée de toute sa hauteur. En tombant au sol, elle a aussi pris un coup à la tête », témoigne-t-il.

Coup sur la poitrine, donc agression volontaire ou geste intempestif, la question reste ouverte. Elle n’est pas tranchée et repose sur des témoignages contradictoires et opposés. La dilection seule permet de trancher. On peut dire que NKM a succombé à 150 grammes de papier ou à la forte pression d’un type costaud, le mauvais mâle blanc des films d’horreur féministes.

Ce qui reste avéré, c’est que l’homme a fui sa responsabilité première : prendre acte de son geste et relever ou du moins tenter de ranimer NKM. Il aurait pu s’expliquer sur le champ s’il avait choisi le code courtois hérité mais il a préféré gagner du temps en homme de communication, en homme de marketing sis dans le rural profond et qui, à ce titre, conchie les bobos, ses collègues. Ou le bonhomme s’est dit spontanément qu’il serait le dindon de la farce, le crucifié du jour, celui dont on donne le nom en pâture.

La chose est faite, la chasse a commencé. Toute la vie d’un homme de 55 ans se réduit à un geste importun, une sorte de coup d’éclat, de raz-le-bol. Chaque jour des infirmières, des directeurs d’école, des enseignants, des pompiers, des facteurs, des élèves, des voisins, des agents divers et variés des services publics sont agressés en silence, certains menacés de mort, d’autres dans l’angoisse d’une réitération mais NKM fait la une des magazines.

NKM est une icône du spectacle, une icône en perdition, une icône de chair mal en point, une icône maladive. L’erreur, la faute de l’homme est de confondre un spectre de pixel et un être humain, une figure de vacuité telle que celle du bobo et une femme qui tente une dernière fois de convaincre avant de sortir côté cour, vers l’oubli compulsif où le spectacle tient ses limbes.

Le bobo a pris forme parce ce qui est détesté chez lui ce n’est pas le bourgeois, c’est l’artiste et derrière l’artiste, comme derrière l’intellectuel, une figure de supériorité qui ne doit rien à l’argent ou au sport. Dans notre temps, le talent comme le savoir sont suspects et honnis, il est étrange que NKM qui n’a ni l’un ni l’autre finisse par en pâtir.

Petit notable, chef d’entreprise, communicant, ancien encarté à l’UDI, ce parti qui ne connaît aucun corrompu, aucun pourri, aucun démagogue, l’homme, de 54 ans est maire d’une petite commune de l’Eure. Il avait donné son parrainage à Henri Guaino pour l’élection présidentielle 2017, ce qui conduit les journalistes grégaires à opérer un lien entre les propos d’Henri Guaino, le soir de sa défaite, et le geste inconsidéré de son parrain éphémère.

Il est déjà condamné, grotesque, forcément grotesque

RTL/ L’Express/ BAM

Publié par : Memento Mouloud | juin 17, 2017

Portée d’Anacrime le logiciel bienveillant

 

Dans Minority Report, Philip K Dick explorait les méandres d’une prémonition mutante et d’une croyance fatale et dérisoire de l’homme en deux fins : la disparition du crime et l’infaillibilité d’un dispositif de connaissance. Si la connaissance a des degrés, elle n’est qu’une échelle sur l’horizon de la crédulité, du désir, de l’erreur et de la bêtise. Non seulement la connaissance est intrinsèquement probabiliste mais toute induction est un saut difficile et non un pont entre une série de faits et une hypothèse exhaustive, élégante et unique.

Anacrime est donc une variation sur Précrime, comme l’indique le préfixe grec ana, en arrière. L’une voit derrière, l’autre voit devant, on entendrait presque une mauvaise chanson paillarde, « si t’avances quand je recule… ». Quant à l’affaire Grégory, elle installe un dispositif inédit, l’imprescriptibilité de tout crime et de là l’atermoiement illimité, sans fin, qui pèse sur tous les suspects, tous les témoins, tous les protagonistes d’une affaire mise en lumière. Comme si tout crime était désormais contre l’Humanité, ou du moins comme si tout crime pouvait l’être.

En effet, le fichier d’analyse sérielle permet aux enquêteurs de police, de gendarmerie et des douanes de comparer et d’exploiter tous les éléments liés à une infraction. Encore faut-il que l’infraction soit passible d’au moins cinq ans d’emprisonnement, qu’elle implique une mort inexpliquée ou bien une disparition.

La CNIL s’alarmait qu’« aucune disposition ne précise les conditions de décision du procureur de la République en matière de maintien, dans les traitements concernés, des données des personnes en cas de décision de relaxe ou d’acquittement devenue définitive, en cas d’effacement ou de décision définitive de non-lieu et de classement sans suite pour insuffisance de charges ».

Initialement développée par la société canadienne i2, puis rachetée par iBM, la solution Analyst’s Notebook a donné lieu au logiciel AnaCrim. Il est utilisé en France par le Service central du renseignement criminel (SCRC) depuis une dizaine d’années. Les méthodes sont standardisées à l’échelle européenne. « L’objectif : mettre en évidences les incohérences dans l’emploi du temps d’un témoin ou d’un mis en cause, des contradictions entre certains témoignages et les observations faites par les enquêteurs. Les analystes criminels ont ainsi minutieusement retranscris tous les éléments constatés par les enquêteurs sur le terrain ou les détails figurant dans une audition », a expliqué le colonel Didier Berger, chef du Bureau des affaires criminelles (BAC) de la gendarmerie à nos confrères du Parisien.

Les analystes sont formés au Centre national de formation de police judiciaire, une partie des cours étant donnée par l’université de technologie de Troyes (UTT). Les futurs analystes y apprennent à appliquer les outils informatiques aux finalités d’une enquête policière. « Intégrer les données, rechercher et visualiser les liens entre les divers protagonistes, leur implication dans l’affaire, la chronologie des faits, et enfin l’interprétation des données », indique le programme de la formation.

Le procureur général Jean-Jacques Bosc a tenu à éclaircir, jeudi 15 juin 2017 dans l’après-midi, les dernières découvertes de l’enquête au cours d’une conférence. Il y a présenté les dernières conclusions de l’analyse en écriture (analyse graphologique de la lettre manuscrite, et analyse syntaxique des deux lettres dactylographiées) sur les écrits envoyés par le « corbeau » de l’affaire. « L’analyse criminelle montre que plusieurs personnes ont concouru à la réalisation du crime »

L’analyse criminelle repose en grande partie sur la représentation visuelle par graphe, permettant d’identifier plus facilement les liens entre différents acteurs d’un réseau… ou les incohérences dans leurs déclarations pendant l’enquête.  Pour chaque dossier, « on constitue une base de données avec tout ce que tout le monde dit et fait, ce volume global est  ensuite transposé sur un gros schéma sur lequel on zoome en fonction de ses recherches »

La visualisation supplante l’analyse, l’esprit de finesse n’est plus, l’esprit de géométrie devient garant de la croyance aberrante en l’omniscience. « Ce sont des dizaines de milliers de pages, de procès verbaux, de témoignages, d’auditions, de vérifications qui ont été faites dans le dossier, affirme Didier Seban. Quand on finit de lire le dossier, on a oublié le début. La mémoire humaine n’est pas en mesure de mettre en rapport l’ensemble de ces éléments. C’est ce que va faire le logiciel. »

Le logiciel devient notre mémoire, ce qui est évidemment faux, une mémoire n’est pas un dépôt d’archives et une archive n’est pas une stase mémorielle.

Selon Didier Seban, les enquêteurs de la Section de Recherche de Dijon ont également avancé grâce au « foulage » : « Quand vous écrivez un texte sur une feuille, eh bien vous laissez des traces sur le support, sur la feuille d’en dessous. Ces traces, on peut aujourd’hui avec des techniques scientifiques beaucoup plus modernes trouver des traces qu’on ne trouvait pas (…). On peut se re-pencher sur les lettres du Corbeau ». En 1984, c’était déjà cette technique, moins précise qu’aujourd’hui, qui avait conduit à l’inculpation de Bernard Laroche. Mais les enquêteurs, lors de l’instruction, l’avaient « égaré » fragilisant les accusations après la rétraction d’un témoin clé, et conduisant à la libération de Laroche.

Personne ne se dit que si la sottise, l’égarement, conduisent les raisonnements et les actes des hommes, la même sottise, le même égarement se retrouveront dans leurs machines, une sottise bien plus affirmée, une sottise qui se prend pour l’oeil absolu du divin. Dans la théorie des graphes, on abandonne ce qui en géométrie est essentiel, les cas de figure. Or on ne peut nier que chaque crime est un cas de figure et non un élément dans une série.

Mais le but de cette relance de l’affaire Grégory n’est pas là. Des enquêteurs qui sont incapables, nous dit-on, d’arrêter des djihadistes déjà fichés par les services de renseignement, se révèlent omniscient 33 ans plus tard dans une affaire criminelle célèbre, non parce que des éléments nouveaux sont apparus mais pour la simple raison qu’Anacrime a tout vu, tout su, tout repéré. Ce qui se vend c’est donc une croyance dans l’image et le traitement des Big Data, une manière de referendum en faveur des artisans du désastre pour lesquels l’homme augmenté, tout épuisé de prothèses, sera l’égal des géants de la Bible, sorte de garde prétorienne des trônes des anges.

Entre Marguerite Duras et les actuels paladins du Big Data, le plus délirant n’est certainement pas la première et si la littérature a déposé ses pouvoirs, la Big Science de pacotille avec ses belles machines et ses beaux graphiques ne cesse d’affirmer les siens parce que l’homme a enfin trouvé son propre prédateur et la manière la plus simple de se suicider en tant qu’espèce : la bouffonnerie grégaire et narcissique.

Sciences et Avenir / Marianne / Le Monde/ BAM

Publié par : Memento Mouloud | juin 16, 2017

L’attentat anti-frontiste fantôme de Marseille

Voilà plusieurs jours que les agents de la Direction générale de la sécurité intérieure (DGSI) sont engagés dans une traque sans retour. S’ils échouent, ils le pressentent, quelque chose de potentiellement énorme pourrait arriver. Ce mardi 18 avril, après avoir épuisé tout ce que la technologie permet en termes de surveillance téléphonique, les limiers se présentent enfin au pied de l’immeuble tant recherché. Une adresse, située dans le IIIe arrondissement de Marseille, qu’ils connaissent pour appartenir à une pointure locale du trafic d’armes.

Alors qu’ils se harnachent, prêts à monter à l’assaut, les policiers voient un homme apparaître dans le hall. Ils n’en croient pas leurs yeux, mais Mahiedine Merabet, 29 ans, l’un des deux hommes derrière lesquels ils courent éperdument, descend faire une course à l’épicerie en… claquettes. «C’était M. Bonne Humeur, se souvient Jamila*, qui réside au même numéro. Il semblait ouvert, apaisé, avec toujours un petit mot sympa ou une petite attention.» Calme, Monsieur Bonne Humeur marche le bras en écharpe, séquelle d’une récente chute à vélo. «Il s’habillait à l’européenne, pas de barbe ni rien», reprend Jamila. «Ça nous arrive de boire un verre dans la cour et de jouer de la guitare, complète ce commerçant de la rue. Il ne nous a jamais fait une seule réflexion. Au contraire, pour l’Aïd, il nous avait amené des gâteaux !» Après l’avoir appréhendé sans difficulté, les policiers s’engouffrent dans la cage d’escalier à toute vitesse. «Ils se sont d’abord trompés de porte, et ont failli défoncer la mienne», relève Jamila. Changeant de porte, ils tombent cette fois sur un homme discutant tranquillement au téléphone, assis sur les marches. A son tour, il est interpellé et menotté. Il s’agit de Clément Baur, 23 ans, complice présumé de Merabet.

Selon «la Voix du Nord», Merabet aurait été scolarisé, enfant, dans une école catholique du quartier de l’Epeule, à Roubaix. Plus récemment, il avait créé sa société de vente d’objets religieux. Un tremblant, en somme, un homme du dieu vendangeur des vies humaines.

Ils se sont connus entre janvier et mars 2015, alors qu’ils étaient dans la même cellule, au 1er étage de la prison de Lille-Sequedin. Devenus inséparables, ils ont élaboré ensemble un projet d’attentat à la sophistication étonnante. En pénétrant dans leur antre marseillais, les policiers ont découvert 3,5 kilos de TATP, dont une partie séchait encore sur trois étagères. Baur et Merabet, qui avaient tapissé les murs de photos d’enfants syriens morts ou blessés par l’armée de Bachar al-Assad, s’étaient également procuré un pistolet-mitrailleur Uzi, un pistolet automatique Mauser, des chargeurs garnis, deux armes de poing, un sac de boulons, un couteau de chasse, une cagoule, ainsi qu’une caméra GoPro.

Le 12 avril, soit six jours avant l’interpellation, Mahiedine Merabet cherche à envoyer une vidéo d’allégeance à un membre de l’Etat islamique. Le destinataire, qu’il croit être membre de l’organisation terroriste, n’est autre qu’un des multiples cyberpatrouilleurs de la DGSI infiltrés dans les réseaux.

Le meeting de la candidate du Front national qui se tenait le mercredi 19 avril à Marseille – à quatre jours du premier tour de l’élection présidentielle – figurait, lui, parmi les cibles de Baur et Merabet. Les deux hommes ont en outre effectué des recherches sur des bars marseillais. Enfin, il semble qu’une attaque contre des bureaux de vote marseillais le dimanche du premier tour de la présidentielle ait été envisagée. Pour se figurer les itinéraires possibles, Baur et Merabet avaient affiché une carte de la ville sur les murs de l’appartement. En garde à vue, Mahiedine Merabet, délinquant endurci et familier des interrogatoires, demeurera mutique. Clément Baur, lui, concède l’existence d’une action terroriste, même s’il en minimise au maximum la portée.

Le parcours du binôme est singulier à bien des égards. Né en 1987 à Croix, dans le Nord, Mahiedine Merabet mouille un premier temps dans le trafic de stups. Il sera condamné à douze reprises. En octobre 2013, les policiers saisissent 1,5 kilo de cannabis et 5 600 euros en petites coupures dans sa chambre. 1 500 euros seront également exhumés dans sa voiture. A l’audience, couverte à l’époque par la Voix du Nord, Merabet joue le refrain d’une épée de Damoclès qui pesait sur ses épaules : «Je suis menacé, je dois rembourser des dettes, parce que, déjà, je me suis fait cambrioler et que les voleurs ont emporté beaucoup de cannabis et d’argent.» Les juges n’y croient guère, ils le condamnent à trois ans de prison. Incarcéré à Lille-Sequedin, Merabet s’inscrit au culte musulman et, selon le Parisien, fait l’objet d’une surveillance pour un trafic supposé de cannabis au parloir.

Un surveillant de la maison d’arrêt de Sequedin le décrit auprès de nos confrères de l’Express comme « un détenu très pratiquant« . « Même si, avec mes collègues, nous n’étions pas certains qu’il ait été radicalisé, on gardait un oeil sur Merabet, car on avait peur qu’il n’entraîne d’autres détenus vers un islam un peu trop extrême« , explique le surveillant. Il évoque un détenu « peu discret« , « à l’aise dès son arrivée » et qui « connaissait beaucoup de monde dans la prison« .

Le 19 janvier 2015, Merabet voit Clément Baur atterrir dans sa cellule. Le natif d’Ermont, dans le Val-d’Oise, vient d’être condamné à quatre mois de prison pour détention de faux papiers lituaniens. Contrôlé trois jours plus tôt dans un TGV reliant Bruxelles à Nice, il avait affirmé s’appeler Ismaïl Abdoulaef aux douaniers. Ceux-ci tiquent, débarquent Baur à Lille et le remettent aux policiers. L’histoire du jeune homme bascule alors dans l’invraisemblable. Aux magistrats, il explique (en français) s’appeler Ismaïl Djabrailov, être né le 1er septembre 1992 à Kizliar, en Russie, et avoir acheté des faux papiers lituaniens pour ne pas être expulsé vers le Daguestan, une république du Caucase subissant une sévère répression de Moscou. Baur, qui parle un russe châtié, est si persuasif qu’il est incarcéré à Sequedin sous ce faux nom.

Selon les enquêteurs, Clément Baur est déjà fortement radicalisé à l’époque. A 14 ans, il s’est converti à l’islam au contact de Tchétchènes à Nice – ville où réside sa mère divorcée. Doué pour les langues, il apprend le russe puis l’arabe en un rien de temps. Adolescent, Clément Baur manifestait une grande soif de spiritualité. Catholique pratiquante, sa mère l’avait emmené aux Journées mondiales de la jeunesse de l’Eglise. Une expérience qui avait plu à Baur. Son rêve ? Devenir couvreur pour participer à l’édification de lieux de culte – églises, mosquées, temples protestants. Pour cela, il intègre quelques mois les Compagnons du devoir, mais échoue rapidement.

A la fin de l’année 2014, Clément Baur rompt brutalement avec sa famille et disparaît. Ses proches signalent à plusieurs reprises sa radicalisation, ce qui engendre la création d’une fiche S – pour «Sûreté de l’Etat». A sa mère, il dira depuis le réseau social russe VKontakte être parti en Syrie et vouloir décapiter son père. En réalité, hormis ses quatre mois d’incarcération à Lille-Sequedin, Baur gravite entre la Belgique et l’Allemagne. Il habite un temps à Liège, puis à Verviers, où il côtoie la communauté tchétchène. Il fraye même avec Francesco P.L.J., un jihadiste de la ville, ce qui lui vaut d’être visé par une enquête en Belgique. Habile, il jongle avec les fausses identités, allant jusqu’à duper I. et K., deux femmes avec lesquelles il sort plusieurs mois en 2015 et 2016. Originaires du Caucause, elles ne connaîtront jamais la véritable identité de leur compagnon, qui se dit alors koumyk, une ethnie musulmane du Daguestan.

En mars 2016, Merabet est libéré de la prison de Saint-Omer (Pas-de-Calais), où il a été transféré après Sequedin. A son tour, il est fiché S par la DGSI. Le binôme se reforme, cette fois-ci pour le pire. Baur s’établit chez son acolyte à Roubaix. Le 7 décembre, après avoir appris que Merabet cherchait à se procurer des armes, la police y mène une perquisition administrative. Ils découvrent un drapeau de l’EI, de la documentation jihadiste, ainsi qu’un homme prétendant s’appeler Arthur Kamalov. Ils ne comprendront que bien plus tard qu’il s’agit en réalité de Clément Baur.

Le lendemain, Merabet file à l’anglaise et ne recevra jamais l’assignation à résidence qui devait lui être notifiée. Le 12 décembre, il est contrôlé par les douaniers luxembourgeois en compagnie de Arzu Yuruk C., une de ses multiples conquêtes, et avec 5 000 euros. Quelques semaines plus tard, il retrouve Baur à Vandœuvre-lès-Nancy, en Meurthe -et-Moselle, lieu où semble avoir émergé l’idée plus précise d’un attentat.

Le 4 avril, le commissariat de Roubaix est destinataire d’un message peu commun : «Je vous donne ma pièce d’identité et ma carte [bancaire], car à cause de vous, je n’en ai plus l’utilité. Je vais bientôt me rendre, on discutera. Vous, les forces de l’ordre, que me voulez-vous ? Laissez-moi respirer, je n’ai rien à vous dire. Je vis d’amour et d’eau fraîche, je médite. Laissez-moi tranquille. Salut !» L’expéditeur s’appelle Monsieur Bonne Humeur. Le même jour, le binôme embarque dans une voiture direction Marseille. La réservation a été effectuée par Merabet à l’aide d’un faux compte BlaBlaCar au nom de Maxime Manga. Durant la traque, la DGSI a auditionné des dizaines de chauffeurs pour retrouver la trace des fuyards.

Soucieux de leur postérité, Mahiedine Merabet et Clément Baur se filmaient durant leurs préparatifs. Sur une carte mémoire saisie dans l’appartement marseillais, les enquêteurs ont retrouvé les rushs de tutoriaux livrant les secrets de la fabrication d’explosifs.

Le Front national a réclamé vendredi au ministère de la Justice l’ouverture d’une enquête, le parti affirme ne pas avoir été informé de la menace spécifique pesant sur sa présidente. « Près de deux mois après les faits, c’est par des fuites dans le journal Libération que nous apprenons que l’attentat déjoué de Marseille visait notamment le meeting marseillais de Marine Le Pen du 19 avril 2017…Il est surprenant, exceptionnel et parfaitement inadmissible, que jamais Marine Le Pen ni son équipe de campagne n’aient été informées par les autorités de cette menace très grave. Elle leur serait aujourd’hui toujours inconnue si des fuites de presse n’avaient pas eu lieu ».

Reuters/ Libération/ Le Parisien/ France 3 Régions/ BAM

Publié par : Memento Mouloud | juin 15, 2017

L’affaire Grégory pour ceux que les twittos fatiguent

L’affaire Grégory : heurs, malheurs et profits

Le 16 octobre 1984, Grégory Villemin, âgé de 4 ans ½, disparaît de la maison de ses parents, à Lépanges-sur-Vologne, dans les Vosges. Dans la soirée, on retrouve son corps dans les eaux de la Vologne, à Docelles, à six kilomètres de son domicile. Il a les jambes et les bras liés par une corde et il est mort noyé. Sur le petit corps, aucune trace de violences. À l’évidence, il a été jeté vivant dans la rivière – comme on noierait un chat. Les soupçons se portent sur la famille. Le lendemain, le père de l’enfant, Jean-Marie Villemin, reçoit une lettre anonyme : « […] Ce n’est pas ton argent qui pourra te redonner ton fils. Voilà ma vengeance, pauvre con… » Deux semaines plus tard, le juge d’Epinal, Jean-Michel Lambert, délivre un mandat d’écroue contre Bernard Laroche, un cousin des Villemin, qui a fait l’objet d’une dénonciation de la part de sa propre cousine, âgée de quinze ans. En février 1985, le juge le libère, et un mois plus tard, Villemin père l’abat d’un coup de fusil de chasse. Mais les rumeurs vont bon train. Elles accusent Christine Villemin, la mère du petit Grégory.

G. Moréas

Par tradition, quand un écrivain aborde une affaire criminelle, c’est pour défendre un innocent. Mme Marguerite Duras a changé ces manières. Désormais, il s’agit d’identifier le criminel pour trouver de la beauté à son acte.

A-t-elle enquêté? Non, elle a connu une extase : « Dès que je vois la maison, je crie que le crime a existé… L’enfant a dû être tué à l’intérieur… Ensuite, il a dû être noyé. » Mme Duras, c’est Miss Marple juchée sur le trépied de la sibylle de Cumes : des brumes l’enveloppent, que traversent des paroles de vérité jaillies de sa bouche oraculeuse, formées dans ces régions de l’esprit où n’accède pas le sens commun. Et si Christine V. comme elle écrit, fidèle à son système d’abréviation littéraire est coupable, les excuses ne lui feraient pas défaut. Les femmes ne sont-elles pas « oublieuses de leurs enfants » quand elles « vivent dans la loi des hommes », asservies à des malotrus qui n’hésitent pas à les battre pour un bifteck mal cuit ?

Dans ces conditions, quoi de plus naturel que l’infanticide ? Il est le dérivatif à la monotonie conjugale. Tout a bien pu pousser Christine à le commettre ? la laideur du paysage, la médiocrité de sa propre existence, l’inanité des conversations avec son mari, et peut-être aussi le manque d’attrait des programmes de télévision.

Un écrivain « décadent », Pierre Louÿs, a glorifié dans une nouvelle l’attitude d’un sculpteur d’Athènes, bourreau de ses esclaves, qui, un beau matin, reçut une délégation de ses compatriotes venue protester. En guise d’excuse, il présenta la belle statue d’un moribond qu’il avait pu créer grâce à une observation directe de la douleur, suppléant à la panne de son inspiration. Que saignent les corps et les coeurs, pourvu que l’on signe!

Il manquait sans doute au petit théâtre de Mme Duras un personnage d’indicateur par bêtise, par maladresse ? par vanité surtout. Et celle de la romancière est depuis quarante ans, sur la Rive gauche, une source inépuisable d’anecdotes, ce qui ne diminue d’ailleurs en rien son talent d’héritière de Rachilde et de Lucie Delarue-Mardrus. Une notoriété soudaine a décuplé ce défaut. La dernière muse du régime se croit à présent une conscience. Elle ne serait que ridicule, une fois de plus, si, dans son numéro de vedette s’attardant sur le devant de la scène après le départ des machinistes du Goncourt et le baisser du rideau, elle ne poursuivait sa quête des applaudissements sur le cercueil d’un gosse.

Angelo Rinaldi

Le 17 juillet 1985, dans Libération, elle publie un reportage sur l’affaire Villemin. Dans une transe divinatoire, dit-on, elle accuserait sans l’ombre d’une preuve Christine Villemin d’avoir tué son fils et admire cet infanticide comme la libération symbolique d’un esclave. « On l’a tué dans la douceur ou dans un amour devenu fou ». Duras aime raccourcir les noms de ses personnages, elle les fait ainsi entrer dans la littérature, les soustrait ainsi à la réalité vécue.

Pour Christine V., le cri est supprimé par le silence de la femme tombée dans un état d’indifférence chronique à tout ce qui se passe autour d’elle, un état, comme le décrit Duras, de « docilité aveugle » tellement apprécié par l’homme : « Elles ne font pas le jardin. Celles-là, elles ne plantent pas les fleurs de saison. Parfois elles s’asseyent devant la maison, exténuées par le vide du ciel, la dureté de la lumière. Et les enfants viennent autour d’elles et jouent avec leurs corps, grimpent dessus, le défont, le décoiffent, le battent, et rient d’elles, elles restent impassibles, elles laissent faire, et les enfants sont enchantés d’avoir une mère pour jouer et l’aimer ».’

L’affaire Grégory se politise. On considère Duras comme le porte-parole de la gauche qui déclare Christine Villemin plutôt coupable. En réaction, depuis le début de ce drame, les intérêts de l’accusée sont pris en charge par l’organisation d’extrême droite Légitime défense. Mais si elle se politise, l’affaire s’intellectualise aussi. L’écrivain utilise beaucoup le conditionnel présent et l’adverbe « peut-être ». En outre, si Duras se rend sur les lieux, ce n’est pas pour mener une enquête, mais pour trouver un nouveau lieu d’écriture. Elle va à la découverte des « collines nues » des Vosges, sans autre précision toponymique, comme si elle allait à la découverte de la jungle pendant son enfance ou bien au bord de la mer, à Trouville. C’est le dispositif visuel qu’elle cherche avant d’écrire.

Des femmes-écrivains de l’époque, à l’image de Françoise Sagan, Françoise Mallet-Joris, Régine Deforges, Benoîte Groult et Michèle Perrein, interrogées par l’Evénement du jeudi, se déclarent « indignées » par le récit qu’a donné Marguerite Duras de l’affaire Grégory dans Libération et réagissent violemment. Le grand public également, alerté par Dominique Souchier, l’homme de la « Revue de presse » de France-Inter, s’est ému. Des lettres sont arrivées par paquets à Libération. La majorité d’entre elles sont hostiles aux sublimations de Duras.

Thèse

Je voudrais plutôt m’attacher aux dires du magistrat qui, actuellement, se trouve affecté au tribunal de grande instance du Mans en qualité de vice-président.

D’emblée, il affirme ne pas vouloir regarder le film parce qu’il est persuadé que l’image qu’on donnera de lui sera « partielle et partiale »puis il évoque notamment le rôle du capitaine Sesmat.

Ce dernier – aujourd’hui colonel( e.r.) – vient de publier un livre, « Les deux affaires Grégory ». Avec un ton qui ne dissimule rien mais reste courtois, il décrit clairement les péripéties complexes de la double affaire Villemin ( avant et après l’action de la gendarmerie ) et fustige, en particulier, le comportement du juge Lambert. Pour qui a suivi à l’époque, la relation médiatique de cette catastrophe et lu le livre de Laurence Lacour, le procès à charge dressé par l’auteur semble fondé, une fois écarté le plaidoyer pro domo qui le conduit à donner le beau rôle aux gendarmes et à leur chef. De fait, je pense qu’ils ont vu juste dès l’origine et que la suite n’a fait que dissiper une vérité mal exploitée par une infinité de maladresses. A bien y réfléchir, tout était absurde dans cette accusation et pourtant, longtemps, elle a pourri beaucoup d’esprits.

Jean-Michel Lambert reproche d’abord à l’acteur jouant son rôle de n’être pas venu le voir « pour s’imprégner de son personnage et me demander, par exemple, si j’avais des manies ou des habitudes ». La critique est ridicule et révèle un narcissisme mis en lumière par certains lors de l’instruction. Il rend surréaliste, ensuite, la dénégation selon laquelle, tout en n’ayant aucune expérience de la pression médiatique, il aurait toujours su résister à celle-ci. Ma mémoire est fidèle sur ce point et me laisse pantois devant une telle assertion. Enfin, après l’audition de Murielle Bolle par les gendarmes, il n’avait pu être joint et cette carence avait constitué un fiasco majeur. Sans contredire le fond de ce grief, il se contente de faire valoir qu’il n’était pas parti en week-end mais se trouvait à Epinal, ce qui aggrave encore son cas.

Je laisse de côté ce que j’avais relevé dans son livre, écrit à l’époque, pour profiter précisément de sa gloire médiatique éphémère. Il y exposait des détails intimes, mentionnant par exemple qu’il ne pouvait plus faire l’amour quand il avait procèdé à une inculpation. Tout cela à la fois insignifiant et grotesque.

Dans cet entretien, il y a infiniment plus grave. Parce que c’est révélateur et d’une médiocrité personnelle et d’un parapluie collectif qui sert, croyons-nous, à nous préserver des gouttes de nos comportements individuellement sujets à caution.

Philippe Bilger

Le procès, pour préjudice patrimonial, intenté à Jean-Marie Villemin donne l’occasion de mieux cerner financièrement cette affaire qui a généré une formidable activité économique. Paris Match a viré, en transactions ou en amendes, sur le compte des avocats des Villemin près de 2 millions de francs. Les sommes versées aux Bolle par l’hebdomadaire friseraient 1,5 million de francs, selon les chiffres de Jean-Marie Villemin, non démentis par les intéressés. Arrivent ensuite France Dimanche, Ici Paris, Détective… Au total, le chiffre d’affaires de l’affaire serait d’environ 6,8 millions de francs (3,5 pour les Villemin, 3,3 pour les Bolle-Laroche).

Pour arriver à ces additions, Jean-Marie Villemin a répertorié toutes les procédures pour diffamation, atteinte à la vie privée ou au droit à l’image (plus de 80 en tout selon Me Garaud), et a joué de la calculette. Sur les 3,5 millions de francs gagnés grâce à la presse, Me Garaud s’est indemnisé à hauteur de 1,16 million de francs, non compris quelque 700.000 francs de frais divers. Me Garaud a pour sa part rappelé qu’il avait assuré la défense des Villemin «dans le respect de (la) déontologie» jusqu’au verdict du procès de Jean-Marie Villemin à Dijon. Les deux autres avocats du couple, Mes Thierry Moser et François Robinet, ont touché respectivement 60.000 et 50.000 francs. Les avocats des grands-parents de Grégory, Mes Joël Lagrange et Paul Lombard, n’ont pas perçu d’honoraires.

La «technique» de Me Garaud et de sa belle-fille, Me Marie-Claire Chastant consistait à se faire indemniser grâce aux procès contre les journaux, principalement contre Paris Match. Ce que révèle Jean-Marie Villemin, aujourd’hui contraint par les procédures dirigées contre lui de montrer sa relative insolvabilité, est que son principal avocat a beaucoup joué à l’intermédiaire avec les médias, ­on est tenté d’écrire imprésario­ incitant les Villemin, en particulier Christine, à se plier à des séances de photos ou d’exclusivité, pour se payer.

Les chiffres montrent également que Christine et Jean-Marie Villemin ne se sont pas enrichis. Pour leur ouvrage, le Seize octobre, l’éditeur Plon a versé l’intégralité de l’à-valoir de 610.000 francs à Marie-Ange Laroche. Aujourd’hui, ils vivent avec environ 7.000 francs par mois, le salaire de Jean-Marie moins la saisie, après sa condamnation à payer 980.000 francs de dommages et intérêts.

Résultat, selon Jean-Marie Villemin, les 800.000 francs qui au final, leur sont échus ne couvrent pas le préjudice subi par la vente de leur maison vosgienne et les pertes de salaire liées à l’affaire. Quant aux 660.000 francs, versés par la commission d’indemnisation aux victimes pour la mort de Grégory, ils sont aux 4/5 bloqués, dans l’attente de futurs jugements.

Pour la famille Bolle, le bilan financier est plus positif. Marie-Ange et ses avocats ont perçu 2,2 millions de francs (auquel s’ajoutent les 900.000 francs de dommages et intérêts que Jean-Marie Villemin a été condamné à payer, par la cour d’assises de la Côte-d’Or). Muriel Bolle, sa belle-soeur, a gagné 860.000 francs en procès divers, les autres membres de la famille, environ 500.000 francs.

Des procédures sont encore en cours. Selon Jean-Marie Villemin et son avocat, Me Arnaud Montebourg (qui n’est pas payé pour ces procédures), la famille Bolle-Laroche demanderait encore 8,5 millions de francs aux Villemin.

Denis Robert 1995

La découverte du corps, 16 octobre 1984.
Vers 21 h 15, les pompiers de Docelles découvrent le corps de Grégory Villemin, 4 ans, flottant pieds et poings liés dans la Vologne, à 6 km du domicile familial de Lépanges-sur-Vologne. Son oncle a reçu quelques heures plus tôt (17 h 32) un appel téléphonique revendiquant l’assassinat. Les parents de Grégory reconnaissent immédiatement la voix du corbeau qui les harcèle depuis plusieurs mois.

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Première lettre anonyme, 17 octobre 1984. Une lettre anonyme adressée à Jean-Marie revendique le crime : « J’espère que tu mourras de chagrin, le chef. Ce n’est pas ton argent qui pourra te redonner ton fils. Voilà ma vengeance, pauvre con. » La lettre a été postée à Lépanges-sur-Vologne, le jour du meurtre, avant la levée de 17 h 15 (d’après l’oblitération). Ce corbeau harcelait le couple Villemin depuis trois ans.

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L’épreuve des dictées,18 octobre 1984.
Début de l’épreuve des « dictées » : pendant plusieurs jours, quelque 140 membres ou proches de la famille Villemin vont se livrer à des pages d’écriture (notamment en recopiant le dernier message du corbeau) sous le contrôle des gendarmes.

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L’enterrement 20 octobre 1984.
Obsèques de Grégory à l’église puis au cimetière de Lépanges. La mère hurle : « Grégory chéri, reviens ! Non, je ne veux pas ! Pourquoi t’ont-ils fait ça ? » De nombreux journalistes et curieux assistent à la cérémonie.

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Le portrait-robot 22 octobre 1984.
Les enquêteurs diffusent le portrait-robot d’un homme soi-disant aperçu rôdant le soir du crime autour de la poste de Lépanges : 40 ans, 1,80m, forte corpulence, lunettes, cheveux châtains mi-longs.

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Partie civile 24 octobre 1984.
Jean-Marie et Christine Villemin se constituent partie civile ce qui leur permettra d’avoir désormais accès au dossier. Ils prennent pour avocat Me Garaud de « Légitime défense ».

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Première reconstitution 25 octobre 1984.
Les gendarmes de Bruyères procèdent à une reconstitution avec un mannequin. Après plusieurs essais, ils concluent que l’enfant n’a pas été jeté à l’eau entre Deycimont et Docelles, là où des traces de pneus et de talon de femme avaient été relevées le lendemain du crime mais en plein centre du village, tout près de l’endroit où il a été trouvé.

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2e portrait-robot 26 octobre 1984.
Un homme se présente spontanément à la gendarmerie de Bruyères : c’est lui que le portrait-robot désigne, à tort. Il n’a aucune peine à se disculper. Un second portrait –robot basé sur le témoignage d’un cafetier de Docelles, est aussitôt diffusé.

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Expert et graphologue 30 octobre 1984.
Réunion à la gendarmerie de Nancy entre les principaux responsable de l’enquête, l’expert en écritures qui a commencé d’analyser les dictées et une graphologue parisienne dont c’est la première apparition dans l’affaire. L’expert déclare que ses premiers travaux lui donnent à penser que le corbeau pourrait être Bernard Laroche, cousin de Jean-Marie, mais demande davantage de temps pour rendre ses conclusions définitives.

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Bernard Laroche arrêté et inculpé 31 octobre 1984.
Les gendarmes passent outre cette recommandation et interpellent sans plus attendre Bernard Laroche à son domicile d’Aumontzey et Marie-Ange à son usine de Gérardmer. Le couple est relâché le lendemain après-midi car tous deux ont pu fournir un alibi pour l’heure du crime.

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Murielle Bolle craque 2 novembre 1984.
Murielle, jeune sœur de Marie-Ange qui a témoigné que son beau-frère était chez sa tante Louisette (handicapée mentale) passe 36 heures  en garde à vue. Après avoir confirmé son premier témoignage, la très jeune fille (15 ans et demi) craque : « J’ai menti ».

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Bernard Laroche inculpé 5 novembre 1984.
Le juge d’instruction Jean-Michel Lambert inculpe Bernard Laroche. Il est aussitôt écroué à la prison Charles-III de Nancy où les autres détenus le menacent : « À mort, Laroche à la Vologne ». Le lendemain, Murielle se rétracte, innocentant Laroche.

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Avocats de la CGT 6 novembre 1984. À la demande de la direction de l’usine Ancel-Set où travaille Bernard Laroche, maitres Gérard Welzer et Paul Prompt, avocats de la CGT à Épinal et Paris, prennent en main la défense de l’inculpé.

L’Est Républicain

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Confrontation 9 novembre 1984.
Bernard Laroche est confronté dans le bureau du juge Lambert avec Murielle qui confirme sa rétractation. Ses avocats demandent aussitôt sa mise en liberté provisoire. Elle sera refusée pour trois raisons : possible arrestation prochaine des coauteurs du crime, nécessité d’attendre les conclusions des experts, sécurité de l’inculpé lui-même.

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Devant la poste 22 novembre 1984.
Christine Villemin est confrontée dans le bureau du juge Lambert avec quatre collègues de travail qui affirment l’avoir vue le 16 octobre en quittant l’usine un peu avant 17 h, se diriger vers la poste de Lépanges, s’arrêter devant et y déposer une ou plusieurs lettres. La mère de Grégory maintient qu’elles se trompent et l’ont vue, en fait, la veille.

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Remis en liberté 4 février 1985.
Le juge, contre l’avis du ministère public, libère Bernard Laroche, qui reprend son travail. Mais il reste inculpé d’assassinat. Ce jour-là, devant les journalistes, Jean-Marie Villemin annonce son intention de le tuer à la sortie de son travail. Marie-Ange Laroche demande alors, pour son mari, la protection de la gendarmerie qui la lui refuse (mais la gendarmerie n’était plus chargée du dossier à ce moment-là).

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Police judiciaire 18 février 1985.
Le juge Lambert saisit la police judiciaire de Nancy et reçoit longuement dans son bureau MM. Pierre Richard, sous-directeur du bureau des affaires criminelles à la PJ qui prend personnellement l’affaire en main et Gérard Andrieu, directeur du SRPJ de Nancy.

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Le meurtre de Bernard Laroche 29 mars 1985.
Jean-Marie Villemin, ne croit pas en l’innocence de son cousin. Il décide de se faire justice lui-même et abat d’un coup de fusil Laroche. Il se constitue prisonnier. Le lendemain, il est inculpé d’assassinat et écroué. Marie-Ange Laroche obtiendra par la suite la condamnation de l’État pour ne pas avoir empêché la mort annoncée de son mari.

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Obsèques de Laroche 2 avril 1985.
Obsèques sans incident de Bernard Laroche à l’église puis au cimetière de Jussarupt. On apprend que le juge Lambert avait l’intention de rendre prochainement une ordonnance de non-lieu définitif à son égard.

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Saverne 28 mai 1985, Jean-Marie Villemin est transféré à la prison de Saverne. Raison officielle : le rapprocher de Petitmont où Christine s’est réfugiée début avril chez sa grand-mère.

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Mutation 13 juin 1985. Le capitaine Sesmat est muté « sur sa demande » à Berlin.

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Reconstitution à Aumontzey 20 juin 1985.
Reconstitution du meurtre de Bernard Laroche devant son pavillon d’Aumontzey. Malgré un impressionnant service d’ordre, la crainte d’une nouvelle vengeance est si forte que Jean-Marie Villemin porte un gilet barre-balles.

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Christine Villemin soupçonnée 5 juillet 1985.
Le juge Lambert inculpe Christine Villemin d’assassinat et la place sous mandat de dépôt. Les éléments à charge sont une nouvelle étude graphologique la désignant comme le corbeau, ainsi que des cordelettes identiques à celles ayant ficelé Grégory retrouvées dans la cave du domicile familial. Des collègues de travail affirment l’avoir vue au bureau de poste de Lépanges précisément le jour et l’heure auxquels le corbeau a posté la lettre.

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Libérée 16 juillet 1985.
Bien qu’enceinte de 6 mois Christine Villemin a entamé depuis la prison de Metz-Queuleu une grève de la fin. Son mari (il a été transféré de Saverne à Nancy) a également arrêté de s’alimenter. Finalement, la chambre d’accusation de Nancy, relevant l’insuffisance des motifs de mise en détention provisoire, la libère. Mais elle confirme dans le même temps l’ordonnance de mise en accusation qui sera annulée ensuite par la Cour de Cassation. Son cas divise radicalement les acteurs de l’affaire, entre ceux qui sont persuadés de son innocence et ceux qui la considèrent coupable.

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Duras « se libère » 17 juillet 1985.
Marguerite Duras publie une tribune « Sublime, forcément sublime Christine V. » dans le journal Libération. Elle pointe la culpabilité criminelle de Christine Villemin. L’article est précédé d’un avertissement, « La transgression de l’écriture », rédigé par Serge July qui rappelle la liberté inhérente à l’écriture de l’artiste.

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Naissance de Julien Villemin 30 septembre 1985.
Christine Villemin accouche à 22 h 10 d’un petit Julien, Jean-Marie, Gilbert à la maternité de Lunéville.

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Confrontation et reconstitution 22 octobre 1985. Nouvelle et interminable confrontation générale (près de 9 h) dans le bureau du juge Lambert. Huit jours plus tard, une reconstitution aux hauts de Lépanges est organisée. Jean-Marie et Christine sont laissés seuls pendant plus d’une heure dans leur ancienne maison puis ressortent main dans la main.

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Les Villemin aux Assises 9 décembre 1986.
La cour d’appel de Nancy renvoie Christine Villemin devant la cour d’Assises pour le meurtre de Grégory. Déjà le 22 juillet 1986, Jean-Marie Villemin avait été renvoyé aux assises mais cette fois-ci pour le meurtre de Bernard Laroche.

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Police scientifique 23 février 1987.
À la suite des insuffisances de l’investigation criminelle de la gendarmerie lors de cette affaire, les pouvoirs publics décident la création de la Section technique d’investigation criminelle (STIC), futur Institut de recherche criminelle de la gendarmerie nationale.

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Dijon reprend l’enquête 17 mars 1987. Cassation de l’arrêt de renvoi de Christine Villemin. La cour d’appel de Dijon reprend l’enquête. Elle ordonne un supplément d’information, successivement mené par le président Simon jusqu’en 1990, puis par son successeur le président Martin.

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Reconstitution 17 novembre 1987. Une reconstitution est réalisée pour tenter de déterminer l’endroit exact où l’enfant a été jeté dans la Vologne. Elle soulève plus de questions qu’elle n’apporte de réponses.

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Jean-Marie Villemin libéré 24 décembre 1987. Jean-Marie Villemin est libéré. Placé sous contrôle judiciaire, il est assigné à résidence dans l’Essonne.

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Non-lieu pour Christine Villemin 3 février 1993. La cour d’appel de Dijon prononce un non-lieu en faveur de Christine Villemin pour « absence totale de charges », une première en droit pénal. Habituellement un non-lieu est rendu pour absence suffisante de preuves ou d’éléments de preuve, le non-lieu rendu apparaît donc comme une véritable réhabilitation. La cour révèle également que des charges « très sérieuses » pèsent toujours sur Bernard Laroche.

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Jean-Marie condamné à 5 ans 16 décembre 1993. Jean-Marie est condamné à 5 ans d’emprisonnement par la cour d’assises de Dijon, dont un avec sursis. Comme il a purgé une partie de sa peine pendant sa détention préventive, il est relâché peu de temps après l’annonce du verdict.

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L’ADN du timbre inexploitable 14 juin 2000. À la demande des parents de Grégory, l’enquête est rouverte et l’espoir est relancé par l’analyse de l’ADN présent sur un demi-timbre qui aurait pu conserver la salive du « corbeau ». Mais les analyses ne donnent rien, les experts déclarant à l’époque l’ADN inexploitable. La procédure est clôturée par un arrêt de non-lieu, le 11 avril 2001.

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L’État condamné Mai 2002. La cour d’appel de Versailles condamne l’État à verser 63.000 euros à Marie-Ange Laroche et Murielle Bolle en réparation d’une « inaptitude à remplir sa mission » et souligne un « manque total dans la maîtrise et dans la conduite de l’enquête et de l’instruction ». Ces critiques s’étendent au supplément d’instruction mené à partir de 1987. Le tribunal des conflits saisi par les deux, avait rendu un arrêt le 19 octobre 1998. La veuve pouvait alors demander une réparation à l’État du fait de l’absence de protection de Bernard Laroche.

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70 000 euros pour les Villemin 30 juin 2004. L’État est condamné à verser 35.000 euros à chacun des parents de Grégory pour dysfonctionnement de la justice.

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Les soupçons du colonel Sesmat Septembre 2006. Le colonel de gendarmerie Sesmat, qui a dirigé l’enquête, laisse entendre, dans son livre « Les deux affaires Grégory », que de lourds soupçons pèsent sur Laroche.

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Demande rejetée 25 octobre 2006. Demande de réouverture de l’enquête par Murielle Bolle ; elle sera rejetée le 9 janvier 2007.

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Six épisodes à la télé 28-30 octobre 2006 : France 3 diffuse les six épisodes du film « L’affaire Villemin » (réalisés par Raoul Peck), qui retrace l’assassinat jamais élucidé du petit Grégory, et dont la programmation avait été retardée en raison de plaintes en justice.

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Diffamation ? 26 janvier 2007. Les avocats de Marie-Ange Laroche et ceux de Murielle Bolle assignent pour diffamation, Patrick de Carolis et la chaîne France 3, devant le tribunal de grande instance de Nanterre. Jean-Marie Villemin ne sera pas réhabilité 26 juin 2007.

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26 juin 2007. Le parquet général indique ne pas s’opposer à la réhabilitation demandée par Jean-Marie Villemin en vue d’effacer sa condamnation prononcée en 1993 pour le meurtre de Bernard Laroche qu’il tenait pour l’assassin de son fils Grégory, le 16 octobre 1984. Cependant le 3 juillet, la chambre de l’instruction de la cour d’appel de Paris rejette la demande de réhabilitation.

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Philippe Besson condamné 19 septembre 2007 : L’écrivain Philippe Besson et les éditions Grasset, qui en 2006 ont publié un roman intitulé « L’Enfant d’octobre » inspiré de l’affaire Grégory, sont condamnés à payer de lourdes amendes à Christine et Jean-Marie Villemin.

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Déboutées 30 janvier 2008 : le tribunal de Nanterre examine la plainte pour diffamation déposée par la veuve et la belle-sœur de Bernard Laroche contre la chaîne France 3. Le 27 mars, elles seront déboutées de leur action.

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Réouverture de l’enquête 9 juillet 2008 : Saisi par les époux Villemin, le procureur général de la cour d’appel de Dijon demande la réouverture de l’instruction, pour une nouvelle recherche d’ADN. Le 3 décembre suivant, la cour d’appel de Dijon ordonne la réouverture de l’enquête.

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Des traces ADN 22 octobre 2009 : L’expertise, réalisée par le laboratoire lyonnais Biomnis (ex-Mérieux), a révélé la présence de deux profils distincts, un masculin et un féminin, sur timbre et une lettre du corbeau. Finalement les analyses ADN faites sur la lettre du corbeau envoyée aux Villemin ne donnent rien. En effet, les traces identifiées ne correspondent à aucun des 150 protagonistes de l’affaire. En 2010-2011, six nouvelles analyses sont ordonnées mais une fois encore, la justice fait chou blanc.

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Les scellés ne donnent rien 5 mai 2010 : le parquet général de Dijon annonce que les analyses ADN réalisées sur les scellés ne mènent à aucune piste, confirmant une information de L’Est républicain.

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Recherches tous azimuts 20 octobre 2010 : Jean-Marie Beney, le procureur général de la cour d’appel de Dijon ordonne que la justice rouvre l’enquête pour « l’analyse du cheveu retrouvé sur le pantalon du petit Grégory, « l’analyse du cœur des cordelettes » ayant servi à l’attacher, procède à « la comparaison des enregistrements des voix du corbeau et les voix des différents protagonistes de l’affaire », « à la recherche des traces digitales sur les parties collantes des enveloppes » et « à la recherche des traces de foulage sur la lettre de revendication du crime »

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Pas d’ADN ou si peu 16 janvier 2012. Le procureur général, Jean-Marie Beney annonce qu’« il n’a pas été possible d’extraire d’ADN du nœud des cordelettes ». Le cheveu a, quant à lui, révélé un ADN mitochondrial qui n’a pu être mis en relation avec personne Marie-Ange Laroche condamnée pour diffamation 31 janvier 2012. Marie-Ange Laroche, la veuve de Bernard Laroche, un temps suspecté de l’assassinat du petit Grégory Villemin, a été condamnée à 1 000 euros d’amende avec sursis pour avoir diffamé Étienne Sesmat, premier enquêteur sur l’affaire. La voix du corbeau analysée 1er septembre 2012. Maître Thierry Moser, avocat des époux Villemin, déclare à la presse que l’expertise de la voix du corbeau, conservée sur des cassettes audio aujourd’hui numérisées, sera désormais possible : « Les gendarmes de l’IRCGN, après consultation des techniciens, ont répondu que l’expertise peut être tentée malgré les difficultés de faisabilité ». La nouvelle enquête consistant à comparer la voix du corbeau avec les enregistrements réalisés par des journalistes lors de reportages.

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1er septembre 2012 La voix du corbeau analysée. Me Thierry Moser, avocat des époux Villemin, déclare à la presse que l’expertise de la voix du corbeau, conservée sur des cassettes audio aujourd’hui numérisées, sera désormais possible : « Les gendarmes de l’IRCGN, après consultation des techniciens, ont répondu que l’expertise peut être tentée malgré les difficultés de faisabilité. La nouvelle enquête consistant à comparer la voix du corbeau avec les enregistrements réalisés par des journalistes lors de reportage.

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Nouvelles recherches ADN 26 septembre 2012. A la demande des parents de Grégory, la cour d’appel de Dijon autorise deux nouvelles recherches d’ADN sur les vêtements, les chaussures et les cordelettes. Plus d’espoir d’un point de vue scientifique 24 avril 2013. Le procureur général de la cour d’appel de Dijon, Jean-Marie Beney, annonce que les nouvelles expertises ADN menées sur les vêtements et les cordelettes de Grégory Villemin ne permettent d’identifier l’ADN d’aucun des protagonistes de l’affaire, de même l’analyse des enregistrements audio, si elle révèle bien les voix d’un homme et d’une femme ne permet pas non plus d’identifier une personne précise, le procureur ajoute qu’il y a « toujours un espoir dans la mesure où le dossier n’est pas fermé. Mais, d’un point de vue scientifique, l’espoir s’éloigne ».

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24 avril 2013. D’un point de vue scientifique, l’espoir s’éloigne. Le procureur général de la cour d’appel de Dijon, Jean-Marie Beney, annonce que les nouvelles expertises ADN menées sur les vêtements et les cordelettes de Grégory ne permettent d’identifier l’ADN d’aucun des protagonistes de l’affaire, de même l’analyse des enregistrements audio, si elle révèle bien les voix d’un homme et d’une femme ne permet pas non plus d’identifier une personne précise. Le procureur ajoute qu’il y a « toujours un espoir dans la mesure où le dossier n’est pas fermé. Mais d’un point de vue scientifique, l’espoir s’éloigne ».

Il n’est « pas possible de mettre un nom » sur les profils ADN relevés dans l’affaire du petit Grégory, conclut le procureur général de Dijon.  » Il n’y a pas d’identification possible », compte tenu de la difficulté d’exploitation des résultats, jugés « extrêmement minces ».  

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24 avril 2014. Il n’est « pas possible de mettre un nom » sur les profils ADN relevés dans l’affaire du petit Grégory, conclut le procureur général de Dijon, Jean-Marie Beney. « Il n’y a pas d’identification possible », compte tenu de la difficulté d’exploitation des résultats, jugés « extrêmement minces ». L’avocat de la famille Laroche y voit tout de même la « confirmation de l’innocence » de Bernard Laroche et dénonce « un gâchis judiciaire ».

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3 septembre 2014. « L’assassinat de Bernard Laroche, c’est le temps fort de mon existence, l’un des moments les plus tragiques de ma vie », confie le magistrat dans un long entretien accordé à « L’Est Républicain » à l’occasion de la sortie de son livre sur la justice qui fait grand bruit : « « De combien d’injustices suis-je coupable ? ».

L’Est Républicain

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Publié par : Memento Mouloud | juin 13, 2017

Quand M6 rencontre Emmanuel-Ubu Ier, roi du Frankistan

Tout a commencé le 28 octobre 2016 à Al Hoceima, chef-lieu de la province rifaine. Ce jour-là, Mohcine Fikri, un marchand de poissons est broyé dans une benne à ordures alors qu’il tentait d’empêcher la destruction de sa marchandise, 500 kg d’espadons pêchés et saisis par la police à la sortie du port. Nasser Zefzafi, un chômeur de 36 ans, émerge alors pour prendre la tête de manifestations qui débordent peu à peu du Rif. L’homme au verbe haut accuse l’État d’être responsable de sa mort. Un peu comme Rémi Fraisse mais avec plus d’impact.

Dans cette région, le secteur informel représente une part importante de l’économie si ce n’est la principale part. L’économie est donc alimentée par la contrebande et la culture du cannabis, dont le Rif est la source de l’essentiel du trafic à destination de l’Europe voisine. Le Makhzen prélève sa dîme, discrètement. Comme ses aïeux, le roi est le premier dealer du royaume.

Nasser Zefzafi est demeuré inflexible jusqu’à son arrestation le 29 mai 2017. Il était en cavale depuis trois jours après l’interruption du prêche de l’imam de la principale mosquée de la ville qui lui reprochait d’embrasser le chaos. Cette remontrance, dictée par les autorités l’accuse d’avoir « porté atteinte à la liberté du culte » unique et « d’attiser la fitna entre les croyants » uniques. Car au Maroc tout est uni et unique. Le Roi parle et tout le monde pense et dit comme il parle. C’est donc aussi pratique que l’horaire des cinq prières quotidiennes, la fixation de la période du Ramadan et l’importation de papier OCB. En résumé, Nasser met le dawa au pays de M6, le roi le plus insignifiant du monde, en compagnie de tous les autres.

Le Rif a toujours été quelque peu siba. Une sorte de creuset de tribus acéphales qui descendent des montagnes avec des chapeaux de mexicains. Longtemps que les rifains attendent une sorte de Zapata, le rôle d’Abdelkrim étant déjà pris. Le sous-commandant Nasser est donc lancé sur la piste aux étoiles renouvelables.

M6 reçoit Emmanuel Macron, pour sa première visite au Maghreb. Les deux hommes ne se connaissent pas, et Rabat compte bien, malgré ces temps troublés, ouvrir un nouveau chapitre de ses liens avec la France. De plus le Makhzen est dépourvu de matériaux compromettants. Mais Macron dans son rôle de Bonaparte en kit est un type compréhensif. Inutile d’user du chantage avec lui. L’évocation de la déraison d’État lui suffit.

La veille de la visite d’Emmanuel-Ubu Ier, France 24 mensonges par seconde, dans sa version islamo-arabe expurgée, s’est vu signifier une interdiction d’activité au Maroc. Motif : « Une couverture biaisée des événements du Rif et l’invitation en plateau de personnes diffusant de fausses nouvelles ».

Mediapart / BAM

La série des crimes raciaux continue, chaque année en emmène son lot. Le premier s’appelait Youssouf Fofana, le deuxième Amédy Coulibaly, le troisième Fissenou S, le dernier en date Kada Kobili Traoré dit Bébé. Tous sont criminels, tous sont afro-musulmans, tous sont des hommes, tous ont été défendus par leurs familles respectives ou du moins tous n’ont pas été rejetés par elles. On en conclut qu’elles ne pensent pas avoir engendré un monstre mais un moment d’égarement. Qu’en quelques années ces quatre personnes aient commis des crimes visiblement racistes dont deux sont désignés comme l’acte d’un dément ne semble pas troubler l’opinion française. Après tout il y a Omar. Omar Sy et Omar Sy est très sympa et d’autres sont très écoutés. Ils sont sur la route et leur route est difficile mais leur mère n’a pas été défenestrée après avoir été tuée à mains nues, un soir à l’âge de 66 ans par un lascar que ses amis appellent Bébé. Les français préfèrent voir le verre à moitié plein, ils sont, non pas aveugles, mais optimistes. L’intégration est en cours. D’autres morts s’ajouteront à la liste mais c’est pour la bonne cause. Il n’y aura pas à l’école de leçons de morale ni de dispositifs de prévention à propos du racisme meurtrier de certains hommes afro-musulmans, seuls les blancs sont méchants, car les blancs sont colons, génétiquement colons.

Mais revenons à Kobili Traoré dit Bébé.

Dans le nuit du 3 au 4 avril dernier, Sarah Halimi, 66 ans, née Attal, a été torturée et défenestrée par son voisin Kada Traoré, 27 ans que ses amis appellent Bébé. Entre deux coups, l’assassin psalmodiait des sourates du Coran. Elle était la seule juive du 26, rue de Vaucouleurs, à quelques pas du boulevard de Belleville, dans le XIe arrondissement parisien. Vaucouleurs rappelle Jeanne d’Arc. Une juive anciennement directrice de crèche et un nom métonymique, c’était trop, Traoré allait se charger de l’exorcisme.

Kada Kobili, français d’origine malienne, vivait avec sa mère et ses sœurs. Quand les sœurs Traoré croisaient Elisheva, la fille de Sarah, venue rendre visite à sa mère, elles crachaient par terre et criaient « Sale juive ! ». Traoré avait un casier judiciaire chargé. Mais, avec une vingtaine de condamnations pour violences et vols, aucun psychiatre ne l’avait catalogué comme malade mental. Le casier judiciaire de Kobili comporte des mentions pour des délits tels que vols, trafic de stupéfiants et rébellion. Sorti de prison le 29 juillet 2016, il était soumis à des travaux d’intérêt général. « Il ne fréquentait pas les milieux salafistes ou radicaux », a assuré sa mère lors de son audition. Sa soeur a tenu la même ligne : « Il ne faisait aucune différence entre les gens. »  Ce qui prouverait que la haine n’attend pas le nombre des années de radicalisation chez les afro-musulmans. On pourrait tuer sans faire de différence entre les gens, juste en insultant des juifs ou des blancs de passage.

Dans la nuit du 3 au 4 avril dernier, il sonne à la porte d’une famille amie, les Diara, d’origine malienne comme lui. Son excitation leur fait peur, il crie « Allah Akbar ! » mais ce n’est pas eux qu’il entend tuer car dieu commande de sacrifier en priorité des mécréants, en deuxième des apostats, en troisième des homosexuels, en quatrième le tout venant. Surtout pas de discrimination. Bébé ne fait pas de différence. Il tuera d’ailleurs indifféremment. Il s’introduit sur le balcon contigu. Celui de l’appartement de Sarah Halimi. Bébé force la porte-fenêtre, la surprend dans son sommeil, la frappe, « la massacre » avant de la défenestrer, selon les termes de Me Jean-Alex Buchinger, avocat avec Me David-Olivier Kaminski des trois enfants et du frère de la victime. La tempête de coups, le calvaire de cette femme empoignée et jetée par la fenêtre ne se déroulent pas dans la solitude.

Comme toute exécution publique islamique, elle réclame le spectacle. Un spectacle public.

Les Diara, affolés lors de l’irruption de Traoré, ont appelé la police. Trois hommes arrivent à 4h28, les Diara leur jettent les clés dans la cour avant de retourner se barricader au fond de leur cuisine. Quelques minutes plus tard surgissent d’autres renforts de la brigade anticriminalité 75, la BAC. Selon des témoins, Bébé « continue à cogner et à cogner. Puis, il y a un silence. Il regarde la femme et lui dit: Tu continues à bouger? Et il l’insulte: Salope! Il la cogne alors de plus belle avec un acharnement méthodique. » Comme lui, plusieurs voisins entendent l’assaillant répéter « Allah akbar » et un mélange confus d’arabe et de français tel que « Que Dieu me soit témoin », « C’est pour venger mes frères ». D’autres distinguent une voix désigner Sarah Halimi sous l’appellation « sheitan »et se féliciter d’avoir « tué le démon ».   En parfaite maîtrise de lui-même, en « surstimulation », relate le rapport d’enquête, Traoré hurle à l’attention de la police qui a braqué un projecteur. « Il y a une femme (qui) va se suicider », annonce-t-il avant de la pousser dans le vide. Selon un témoin, il hurle qu’il a « les pieds plein de sang » que « ça colle partout. Dites-leur que j’ai marché dedans avec mon pied gauche ». Car Bébé a beaucoup d’humour comme ses soeurs quand elles crachent par terre en hurlant sale juive. Trop mortel de dominer le monde par le meurtre, le crachat et l’insulte.

L’interpellation de Bébé a finalement lieu à 5h35.

Magnanime, le Parquet de Paris, retient un acte de démence.

Marianne / Le Parisien/ L’Express/ BAM

Publié par : Memento Mouloud | juin 12, 2017

Ils ont voté

On ne peut s’étonner que des gens qui pensent et vivent comme des branques, votent comme des cons, c’est dans l’ordre des choses. Macron n’a rien caché de ce qu’il était et de ce qu’étaient ses affidés et soutiens, un monarque et sa cour. Les français ont donc voté comme des grenouilles, ils ont voté ou n’ont pas voté, mais le résultat est le même, pour un roi. Ils ont donc consenti à choisir : ils préfèrent la gratitude à la force, la dépendance aux libertés, le maréchal Ferrand à n’importe quel honnête homme. Ils refont le thatchérisme avec 40 ans de retard parce que les français ont peur, peur d’être pauvres après avoir eu peur d’être fascistes. Les français ont donc voté dans l’urgence et l’urgence interdit toute réflexion. Ils ont voté pour la République girouette, un coup à gauche, un coup à droite, un coup ici, un coup ailleurs, ils ont voté pour ce qui n’est pas et si l’inexistence avait un nom ils auraient voté pour ce nom et tous les autres. Il suffit de comparer les deux derniers votes britanniques aux nôtres pour savoir de quel côté du Channel existe un peuple souverain et un peuple asservi.

D’abord à la grosse Bertha allemande, ensuite au big stick états-unien, pour finir à la ritournelle coranique.

Les français ont donc voté comme opinent les cocottes, avec une grâce un peu vulgaire. Il n’y aura ni troisième tour social, ni quatrième tour ésotérique, il y aura le règne sans partage des notables et des élites. Tout changera pour que rien ne change, on connaît la chanson, on connaît même l’orchestre et ses partitions. L’ennui viendra vite et c’est cela qui tuera Macron et sa clique : l’infatuation, le ridicule et l’ennui. Sûrement pas la révolution ou les clones de Zemmour et lecteurs de Sautarel.

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