Publié par : Memento Mouloud | mai 24, 2016

Emmanuel Gaillard, doctrinaire et acteur de l’empire du Bien

Emmanuel Gaillard est un théoricien et praticien d’une institution centrale dans le fonctionnement du capitalisme contemporain : l’arbitrage international. Il est partner de Shearman & Sterling dont les activités s’étendent aux quatre coins du monde et concernent tous les secteurs du droit. Son département arbitrage inclut une cinquantaine d’avocats, c’est l’un des plus importants au monde.

John J. Madden, membre de la firme expliquait les raisons de l’amplification de l’emprise des investisseurs dans la stratégie et la direction des entreprises. Il observait un changement d’attitude des grands investisseurs, représentant maintenant 66 % du capital des grandes firmes, qui conduit à une obsession de l’accroissement de la valeur ajoutée pour les seuls actionnaires ; un nombre accru de campagnes (+ de 50 %) initiées par des activistes de la plus-value lesquelles se traduisent par des victoires de plus en plus éclatantes ; un retour sur l’investissement élevé (13 % entre 2009 et 2012) ; un accroissement du capital disponible notamment par l’apport de plus en plus grand des investisseurs institutionnels (fonds de pension, compagnies d’assurance, fonds commun de placement, caisses de retraite, etc.) ; Un affaiblissement des défenses des Conseils d’Administration. et une meilleure synergie entre actionnaires; un asservissement de plus en plus marqué des conseils d’administration donc une intégration des directions d’entreprise dans les stratégies et tactiques des investisseurs activistes.

Natif de Chambéry et fils d’un entrepreneur en travaux publics, Emmanuel Gaillard passe l’agrégation. Sa thèse, Le Pouvoir en droit privé, affiche d’emblée ses ambitions. À 32 ans, il devient professeur à Harvard, la Mecque des facultés de droit outre-Atlantique. L’année suivante, de retour à Paris, il rejoint en tant qu’associé le cabinet Bredin Prat. Et se fait repérer avec son premier client, la Sonatrach, la société des pétroles algériens, également représentée par Shearman & Sterling. Le cabinet américain, qui cherche à s’internationaliser, débauche le jeune avocat qui se passionne déjà pour l’arbitrage.

Le Centre international pour le règlement des différends relatifs aux investissements ( Cirdi ) de la Banque mondiale, dans le cadre duquel s’inscrivent la majorité des tribunaux d’arbitrage aujourd’hui, recensait plus de 450 litiges en 2011, pour seulement 38 en 1996.  Ainsi, après le défaut de l’Argentine en 2001-2002, plus de quarante procès sont intentés par des investisseurs étrangers, dont les entreprises françaises Suez et Vivendi, estimant les mesures d’urgence économique adoptées contraires aux traités signés antérieurement par le pays. En 2012, Veolia envoie une notification d’arbitrage à l’Égypte. Dans le sillage de la révolution, le gouvernement égyptien a fait voter une loi augmentant le salaire minimum et diminuant d’autant les profits de l’entreprise française, notamment dans la région d’Alexandrie, où elle disposait d’un contrat de gestion des déchets. Deux ans auparavant, le cigarettier Philip Morris a fait de même avec l’Uruguay et l’Australie, exigeant plus de 2 milliards de dollars de dédommagement. Ces pays avaient fait figurer des images dissuasives sur les paquets de cigarettes, une atteinte à ses opérations commerciales aux yeux de la multinationale, qui a décidé de faire valoir ses droits au nom de traités bilatéraux signés entre eux et la Suisse, où elle a son siège. De son côté, La compagnie d’énergie suédoise Vattenfall a attaqué le gouvernement allemand pour 6 milliards d’euros, invoquant le traité sur la Charte de l’énergie qui régit les échanges énergétiques mondiaux. En effet, suite à la catastrophe de Fukushima de 2011, Angela Merkel avait choisi la voie de la sortie du nucléaire. Or Vattenfall était propriétaire de deux centrales allemandes fermées à cette occasion.

Les dossiers sensibles se succèdent sur les bureaux des associés de la firme Shearman & Sterling, de la renégociation de la dette allemande au sortir de la Seconde Guerre mondiale à l’expropriation des actionnaires de l’entreprise pétrolière Ioukos – alors dirigée par Mikhail Khodorkovski – par l’État russe dans les années 2000, en passant par le conseil à la société algérienne d’hydrocarbures Sonatrach après l’indépendance, ou encore la libération des otages de l’ambassade américaine de Téhéran au début des années 1980, pour laquelle elle a joué un rôle d’intermédiaire.

Emmanuel Gaillard est en affaire depuis dix ans avec les anciens actionnaires de Ioukos, tous proches de l’oligarque russe anti-Poutine Mikhaïl Khodorkovski, qui avait racheté le groupe pétrolier en 1995. C’est lui qui a trouvé la parade pour contester l’expropriation de Ioukos par Moscou. Une bataille au long cours qui laissera peu de temps libre à ce passionné de squash et de littérature. Ainsi qu’aux 27 avocats mobilisés sur le dossier, pour quelque 132.000 heures de travail et 70 millions de dollars d’honoraires.

Pour se défendre, les Russes ont fait appel au bureau parisien du cabinet américain Cleary Gottlieb Steen & Hamilton, qui ne souhaite pas s’exprimer sur ce dossier. Il a fallu trouver des documents alors que la plupart avaient été détruits, faire venir des témoins, leur assurer l’immunité. Yas Banifatemi, l’associée de Gaillard, a multiplié les voyages en Israël, une destination compliquée pour cette Française, fille d’un docteur en physique nucléaire iranien.

En juillet 2014, Emmanuel Gaillard fait condamner la Russie à verser 50 milliards de dollars d’indemnités aux actionnaires de Ioukos, la plus grosse amende jamais infligée dans le cadre d’un tribunal arbitral.  La cartographie du capital de Ioukos apportait la solution. Créé et implanté sur le territoire russe, détenu et dirigé par des citoyens russes, le groupe pétrolier est en réalité placé sous le contrôle d’un échafaudage financier complexe par lequel ses actionnaires ont transféré leurs parts dans des structures opaques basées à Gibraltar, à Chypre et sur l’île de Man. Emmanuel Gaillard prend langue avec Tim Osborne, un fiscaliste de la vieille école dont les bureaux sont situés à Cheltenham, une petite ville de la campagne anglaise réputée pour son hippodrome. Il connaît Ioukos de l’intérieur pour avoir, quelques années auparavant, préparé le transfert de son siège au Royaume-Uni – opération qui ne s’est jamais faite. Surtout, il est le trustee (administrateur qui, en droit anglo-saxon, détient la propriété d’une société pour le compte de ses mandants) principal choisi par Khodorkovski et ses associés pour garder sous sa protection les actions du groupe pétrolier.

Le 2 mars 2005, le cabinet Cleary Gottlieb, dont le siège mondial est lui aussi à New York, informe Emmanuel Gaillard que l’État russe l’a choisi comme conseil. Les deux avocats désignés, l’Américain Robert Greig et l’Autrichienne Claudia Annacker, sont eux aussi des spécialistes de l’arbitrage. Ils informent leurs adversaires français que pour la durée de la procédure, ils établiront leur QG à Paris. Les conseils de Ioukos choisissent Daniel M. Price (futur sherpa de George W Bush, il sera remplacé par le suisse Charles Poncet), juriste chevronné qui a négocié les premiers accords commerciaux des États-Unis avec l’URSS ; les avocats de la Russie retiennent Stephen ­Schwebel, ancien président de la Cour internationale de justice. Mais après des semaines de pourparlers, impossible de s’entendre sur le choix d’un président. En application du règlement, la Cour permanente d’arbitrage de La Haye soumet alors trois noms aux deux parties. Ce sera le Québécois Yves Fortier, ancien président de la Cour d’arbitrage international de Londres.

Au lendemain de son incarcération, Khodorkovski a discrètement cédé ses actions de Ioukos à ses vice-présidents, grâce à l’écheveau de sociétés écrans géré depuis Londres par Tim Osborne. Sans que l’État russe le sache, ils sont ainsi devenus les véritables ayants droit de la compagnie pétrolière – ou du moins ce qu’il en reste. Depuis dix ans, ils ont perçu au total quelque 2 milliards de dollars en provenance de la holding de Gibraltar. Depuis 2003, ils n’ont pas quitté Israël (cet État ne coopère pas avec Interpol, de sorte que les mandats d’arrêt qui les visent n’y sont pas applicables).

Leonid Nevzline et Vladimir Dubov accepteront de témoigner. Le premier est actionnaire à hauteur de 20 % du quotidien Haaretz.

Devant le peu d’empressement de la Russie à s’acquitter de cette somme, la holding GML, qui représente les actionnaires (environ 60 % des actions ), emmenée par Gaillard, fait geler des avoirs russes par les justices belge, britannique et française, dans le cadre de mesures dites « d’exécution de reconnaissance de la sentence ». L’équivalent d’une saisie, mais à l’échelle d’un pays entier, et dont Gaillard serait l’huissier. La bataille pour l’exécution de cette sentence arbitrale ne fait que commencer et, en avril dernier, le tribunal de première instance de La Haye vient de remettre le compteur à zéro. Mais cette décision ne scelle pas pour autant l’épilogue de la saga car les ex-actionnaires de Ioukos ont d’ores et déjà annoncé leur intention de faire appel. Plusieurs menaces de mort ont d’ailleurs été adressées à Emmanuel Gaillard, ainsi qu’à Yas Banifatemi, associée du cabinet. Avec Poutine, Gaillard a explosé de vingt fois le record précédent, qui lui appartient aussi : « J’avais réussi à obtenir, par voie d’arbitrage, 2,5 milliards de dollars du Koweït, pour le compte de la société américaine Dow Chemical »  Entre-temps, Gaillard a eu l’occasion de faire valoir son talent dans une autre affaire : c’est lui que Bernard Tapie a engagé pour mener son action contre l’État dans l’affaire Adidas-Crédit Lyonnais. Pour Maurice Lantourne, avocat depuis dix-neuf ans de Bernard Tapie sur ce dossier, lui-même mis en examen pour avoir, selon l’accusation, « arrangé » son arbitrage, « Emmanuel Gaillard a été naturellement choqué par le comportement du Crédit lyonnais ; de plus, au nom de la place de Paris, il lui est insupportable qu’on puisse annuler un arbitrage en allant au pénal, en faisant des perquisitions, en fouillant dans le passé des arbitres ». C’est aussi le point de vue de Tapie : « En matière d’arbitrage, la France avait un plus, qu’elle perd à cause de mon histoire ; la sécurité de l’arbitrage n’est plus acquise ; la décision de la cour d’appel fait peur à tout le monde. » Gaillard se fait désigner au pénal pour avoir accès à des pièces dissimulées. Deux d’entre elles sont des bombes, qui mettent à mal la théorie adverse selon laquelle Tapie était pressé de vendre, à 2 milliards de francs, un Adidas en perdition : une lettre de Gilberte Beaux, présidente de la société, qui réclame 3 millions de francs au Crédit lyonnais pour avoir convaincu Tapie de vendre Adidas avant que le redressement n’apparaisse ; et le courriel d’un mandataire du Crédit lyonnais qui évalue la valeur d’Adidas à 11 milliards au bout de quatre ans, le prix exact lors de l’introduction en Bourse.

« Les histoires, les anecdotes, ne m’intéressent pas. » Il refuse de répondre point par point aux 140 pages de la partie adverse pour se limiter à trois questions : y a-t-il eu mandat de vente accordé par Tapie au Crédit lyonnais ? Réponse : oui. A-t-il été exécuté loyalement ? Non. La banque a-t-elle partagé un intérêt avec les acquéreurs ? Oui. Le délit est ainsi constitué.

La contribution de Gaillard, grand amateur de romans noirs, à l’ordo-libéralisme se présente comme une théorie de l’« ordre juridique arbitral ». Ce qui n’a pas empêché la République chilienne de le récuser en 2006.

On a parlé d’« empire par invitation» ( « empire by invitation » ) pour décrire la façon dont les élites européennes ont accepté, depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, et davantage encore depuis la période néolibérale, l’installation sur leur sol d’un empire états-unien aussi bien militaire qu’économique. Le droit des affaires est le langage dans lequel cette invitation a été formulée. Le consentement de ces élites au mécanisme de l’arbitrage, moyennant quelques propositions de « réformes » faites par la Commission européenne en septembre dernier à l’instigation de certains pays membres, en est une illustration.

Quelle est la source de la légitimité d’un tribunal arbitral en cas de litige entre parties issues de pays différents ? Lorsque celles-ci appartiennent au même pays, le système juridique concerné s’applique. Mais dans le cas contraire ? « Une norme juridique se définit par son caractère d’efficacité », dit Gaillard, c’est-à-dire par le fait que les décisions qui en découlent sont appliquées car tenues pour légitimes.

Un tribunal arbitral est en général composé de trois arbitres. Chaque partie – investisseurs, multinationales, États… – en choisit un, et les deux parties se mettent d’accord sur le nom du président du tribunal. Les arbitres ne sont donc pas nommés par voie officielle – par l’État –, comme c’est le cas dans la justice ordinaire. La réputation des arbitres est un enjeu de taille, les parties devant s’interdire de choisir un arbitre trop manifestement favorable à leurs intérêts, tout en évitant d’en désigner un qui y serait hostile. Si la cour d’appel de Paris a annulé l’arbitrage qui avait octroyé 400 millions d’euros à Bernard Tapie dans l’affaire Adidas-Crédit Lyonnais en 2008, et que la ministre de l’Économie de l’époque Christine Lagarde n’avait pas cru bon contester, c’est du fait des forts soupçons de collusion entre Tapie et l’un au moins des arbitres. La manifestation des signes extérieurs de la neutralité, à défaut de la neutralité elle-même – une majorité d’arbitres sont « pro-investisseurs » plutôt que « pro-États », comme le constate une enquête portant sur 350 d’entre eux –, est donc une dimension essentielle du rituel arbitral.

Le coût global de certaines procédures excède 30 millions d’euros, dont une partie significative payée par le contribuable, puisque l’État pioche dans ses finances pour se défendre dans des procès intentés par les investisseurs. S’il accepte d’inclure des clauses arbitrales dans les traités relatifs à l’investissement – il existe plus de 3 000 traités aujourd’hui, bilatéraux et multilatéraux – , c’est dans l’espoir qu’un régime juridique favorable incitera les investisseurs à venir chez lui. C’est en tout cas ce que ses experts en commerce extérieur, souvent des employés passés ou futurs de multinationales qui tirent profit de ce régime, préconisent.

Les investisseurs pratiquent l’optimisation en matière de traités, tout comme ils pratiquent l’optimisation fiscale, en se rendant dans les pays où le droit de l’investissement leur est favorable. Par le recours à une succursale à l’étranger, une multinationale peut aussi décider de s’en prendre à un État en invoquant le traité bilatéral sur l’investissement (« Bit », pour Bilateral investment treaty) dans le cadre duquel elle a le plus de chances de l’emporter, ou même en invoquant plusieurs traités bilatéraux. Le géant de la cosmétique états-unien Ralph Lauder s’en est ainsi pris à la République tchèque d’abord au nom d’un traité établi entre les États-Unis et la Tchéquie, puis, un peu plus tard, via une filiale néerlandaise, sur la base d’un traité entre les Pays-Bas et la Tchéquie. « Bit shopping » est l’expression consacrée pour désigner cette pratique dans le monde de l’arbitrage.  Il arrive que l’existence même d’une procédure arbitrale demeure secrète jusqu’à ce que la sentence soit rendue.

À la question de savoir quelle est la source de la légitimité de l’arbitrage international, trois réponses sont possibles. La première est que la sentence arbitrale tire son autorité du système juridique de l’État dans lequel siège le tribunal. Si un litige entre des investisseurs français et l’État vénézuélien fait l’objet d’un arbitrage en Suisse, la sentence s’impose aux parties en vertu du cadre juridique helvétique régissant les tribunaux d’arbitrage qu’elles ont choisi d’un commun accord. Cette première conception est dite « monolocalisatrice » : la légitimité d’un tribunal arbitral provient de sa localisation dans un seul État. Une conception « complètement archaïque » de l’arbitrage, selon Emmanuel Gaillard.

La deuxième solution possible est « multilocalisatrice ». Dans ce cas, ce n’est pas l’État où siège le tribunal qui confère par extension aux normes arbitrales leurs fondements. C’est l’ensemble des juridictions nationales qui reconnaissent la validité de la sentence, et sont prêtes le cas échéant à l’appliquer. Cette deuxième approche est celle de la convention de New York de 1958 portant sur la réglementation de l’arbitrage international, à laquelle 156 pays sont parties contractantes. Cette convention oblige chaque État signataire à prendre part à l’exécution d’une sentence rendue dans un autre État signataire. C’est en vertu de cette convention que les justices britannique, belge et française ont saisi les biens russes dans l’affaire Ioukos, jugée depuis le tribunal arbitral de La Haye.

« Il s’agit de vraies situations internationales, il n’y a pas un droit national plus légitime que d’autres. L’essentiel du droit applicable à ces situations internationales est généré par des États agissant collectivement, ce qu’on appelle l’ordre juridique arbitral. » Cette autonomie se remarque notamment au fait que les sentences arbitrales ont une force contraignante sur les États.

La source de la légitimité des tribunaux arbitraux se trouve dans des « valeurs universelles », dit Gaillard. Lorsqu’un litige entre un investisseur français et l’État vénézuélien est arbitré en Suisse, la légitimité de la sentence ne repose ni dans le droit français, ni dans le droit vénézuélien, ni dans le droit suisse, et pas non plus dans la convention de New York. Elle repose sur des « normes généralement acceptées », qui émanent de la «communauté internationale », au service de laquelle les arbitres rendent justice.

Si la protection de l’environnement apparaît dans un nombre croissant de contrats, il s’agit d’une norme transnationale en puissance. Il en va de même de la lutte contre la corruption dans les transactions commerciales internationales, objet d’une convention de l’OCDE, sur laquelle sont susceptibles de s’appuyer les arbitres : « Les pays n’agissent plus isolément. Certains sont à la traîne, d’autres en avance. Il y a ceux qui disent : la corruption doit être attaquée efficacement, d’autres, que l’environnement doit être protégé… Ce n’est pas juste une question de choix, il y a un mouvement global des nations. »

Gaillard développe l’idée que le champ de l’arbitrage est passé en quarante ans d’un modèle « solidariste » à un modèle « polarisé ». Le premier reposait sur un petit nombre d’acteurs exerçant alternativement les fonctions d’arbitres, d’avocats des parties ou d’experts. Le modèle « polarisé » actuel, au contraire, implique un nombre croissant d’acteurs de plus en plus spécialisés. Certains arbitres ou avocats officient par exemple aujourd’hui uniquement dans l’arbitrage concernant le secteur gazier, d’autres n’offrent leurs services qu’aux investisseurs, ou au contraire aux États. En somme, la croissance de ce secteur s’accompagne, comme dans tout champ social, d’une spécialisation des fonctions. Une  étude révèle que plus de 90 % des arbitres nommés dans le cadre des tribunaux du Cirdi sont des hommes. Si quatre-vingt-sept nationalités sont représentées parmi les arbitres, plus de la moitié proviennent de sept pays : les États-Unis, la Grande-Bretagne, la France, la Suisse, la Nouvelle-Zélande, l’Australie et le Canada. L’écrasante majorité des ressortissants des autres nationalités possèdent un diplôme de droit états-unien, britannique ou français. Plus de 50 % des litiges soient jugés par une quinzaine d’arbitres. La communauté arbitrale se caractérise par un entre-soi extrême. L’importance des classements ( rankings ) de praticiens, de type Who’s Who Legal ou Chambers Global, au moyen desquels les parties choisissent les arbitres et les équipes d’avocats, en témoigne.

Mediapart / JDD/ Challenges / Vanity Fair/ El Clarin/ BAM

Publié par : Memento Mouloud | mai 24, 2016

Un homme, un vrai (7 extraits)

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Publié par : Memento Mouloud | mai 16, 2016

Un mois de maintien du désordre établi : France (avril-mai 2016)

La CGT-police livre, dans un document fondé sur le vécu de «collègues de terrain», une version inédite des heurts très médiatisés qui se sont produits lors de la manifestation parisienne du 9 avril. Au fil de ces quatre pages, le syndicat dénonce un commandement «qui a laissé partir la manif de République malgré la présence de groupuscules violents anarchistes cagoulés», rappelant que des policiers avaient été blessés. À l’occasion de cette manifestation, le Mili (Mouvement Inter Luttes Indépendant) avait en effet publié un appel à «la jeunesse», l’invitant à prendre la tête du cortège et à ne pas se placer «en position défensive». L’organisation, qui a participé au «black block» du 9 avril, dénonçait notamment la répression policière.

Le communiqué de la CGT-Police s’interroge sur les moyens mis à la disposition des agents. «Où sont les moyens de la DOSTL? Tels que des barres ponts et les lanceurs d’eau, qui auraient pu éviter aux malheureux collègues des compagnies d’intervention de se faire bombarder pendant plus d’une heure», écrit le syndicat. Les policiers n’ont pu intervenir pour protéger les manifestants pacifiques, les commerçants, les collègues, des biens, un commissariat. Par contre, pour protéger le domicile du premier ministre, là, tout a été fait.

Le syndicat estime que l’absence de consignes cohérentes vise à décrédibiliser les manifestations contre la loi El Khomri et le mouvement «Nuit debout», et facilite «les cas de violences policières». Selon eux, «la tactique semble claire « diviser pour mieux régner » et éviter le débat de fond sur les choix de société, en mettant en avant des « faits divers »».

22 avril 2016

La tension débute lors de la diffusion d’une vidéo dans laquelle un policier assenait, en marge d’une manifestation contre le projet de loi sur le travail le 24 mars, un coup de poing à un lycéen de l’établissement parisien Henri-Bergson. L’auteur, un gardien de la paix de 26 ans. Félix, un lycéen parisien qui assure n’avoir eu « aucune hostilité vis-à-vis des forces de l’ordre » raconte s’« être fait matraquer dans le dos », par les CRS. La ville de Rennes a également été le théâtre de nombreux incidents. Ainsi, les manifestations du 31 mars et du 9 avril ont donné lieu, selon les syndicats, à des réactions totalement disproportionnées des forces de l’ordre. « Près de 1 000 grenades lacrymogènes ont été lancées à l’encontre des manifestants et même des passants, dans le but d’interdire l’accès du centre-ville aux manifestants. Les gardes mobiles ont fait un usage immodéré et dangereux de tirs de Flash-ball. Des grenades assourdissantes ont été utilisées également », dénonce la CGT d’Ille-et-Vilaine. Un constat partagé par Sud-Santé Rennes.

À la suite d’une manifestation le 9 avril, un couple de manifestants s’est vu prescrire l’un 90 jours d’incapacité totale de travail (ITT), l’autre 21 jours. « On rejoignait le cortège des manifestants vers la place de Bretagne, à Rennes, samedi vers 14 h, quand des CRS nous sont tombés dessus au niveau des Arcades de République. Il n’y avait personne autour. Les CRS étaient quatre ou cinq, ils nous ont séparés puis frappés en nous insultant ».

Le 14 avril, le départ d’un cortège parisien avait été fixé à place Stalingrad, dans le XIXearrondissement. Les lycéens se sont donné rendez-vous un peu plus tôt dans la matinée. Le groupe de 150 jeunes a été encerclé afin qu’il ne s’engage pas sur l’avenue Jean-Jaurès pour rejoindre le reste du cortège et ainsi permettre à la manifestation de débuter. Dans l’intervalle, les échanges ont été violents. Des manifestants hurlaient« Libérez nos camarades ». Au moindre mouvement, les CRS ont chargé, matraqué et gazé les jeunes gens bloqués. Des projectiles, bouteilles, pavés ou même des chaises prises sur les terrasses de café attenantes, ont été lancés sur les forces de l’ordre par les manifestants. Un peu avant d’arriver sur la place de la République, le cortège du reste des manifestants stationne. Arrivés sur la place, sans même comprendre pourquoi, les manifestants sont dispersés à coup de grenades lacrymogènes et de grenades de désencerclement. La foule suffoque, la place se couvre d’un nuage gris, la majorité parvient à se replier sur les rues adjacentes.

À l’issue de la manifestation du 31 mars, la préfecture de police de Paris a diffusé, avec son sigle, à différents médias une vidéo montrant la violence des casseurs acculant des policiers et cherchant à venir au contact.

Le syndicat Solidaires s’interroge sur « les consignes données aux forces de l’ordre », en soulignant que « plusieurs interventions de policiers en civil ont eu lieu en utilisant des autocollants syndicaux et sans brassard police »« L’intersyndicale parisienne, relève Solidaires, a d’ailleurs écrit à la préfecture de police de Paris en date du 11 avril pour solliciter une audience et revenir sur les problèmes récurrents des encadrements de manifestations par les forces de l’ordre. Ce courrier CGT-FO-FSU-Solidaires-UNEF est assez rare pour y noter un vrai climat de répression. » Jean Vigne, secrétaire général de Sud-Santé, ironise sur les policiers « déguisés » en syndicalistes. « On les reconnaît : ils portent tous le même sac à dos Quechua gris ! ».

Dans un tract diffusé en fin de semaine dernière, la CGT-Police s’étonnait elle-même des méthodes de maintien de l’ordre employées à l’occasion de la manifestation parisienne du 9 avril : « Toutes les forces employées ont été averties sur les ondes qu’en tête de cortège un point de rassemblement d’activistes violents était localisé boulevard du Temple avec une camionnette munie d’un drapeau “pirate”. Les autorités ont laissé partir la manif de République malgré la présence de groupuscules violents anarchistes cagoulés […] Les policiers n’ont pas été autorisés (et on ne leur a pas donné les moyens) à intervenir pour protéger les manifestants pacifiques, les commerçants, les collègues, des biens, un commissariat. » Le syndicat en tire comme conclusion que les autorités, « en choisissant de rétablir l’ordre par la force, plutôt que d’écarter au plus vite les éléments perturbateurs », emploient une « tactique » qui favorise les dérapages y compris policiers.

Alexandre Langlois, le secrétaire général CGT Police, explique. « Tout est mis en place pour que ça se passe mal. Par exemple, on a déplacé une compagnie de CRS qui pouvait très facilement empêcher un groupe de casseurs identifiés qui se rendait le soir à la Nuit debout. Pour la première fois, les autorités nous ont dit ce soir-là : “Laissez-les passer !” En revanche, les moyens ont été mis pour assurer la protection du domicile du premier ministre… »

Une dizaine de manifestants passent pour leur part en jugement au tribunal correctionnel pour avoir, le 31 mars, « participé à un attroupement armé » et « jeté des projectiles sur les forces de l’ordre », dont un syndicaliste de 60 ans qui affirme, vidéo à l’appui, être tombé dans sa fuite, un drapeau de Sud-Santé à la main, et avoir alors reçu à terre plusieurs coups de la part de policiers en train de charger dans la rue. Un jeune de 25 ans a été condamné le 13 avril à un an de prison, dont six mois ferme, pour avoir blessé grièvement à l’œil un gendarme en lui lançant un pétard au visage.

28 avril

Une masse de policiers et de CRS encadre la marche tandis que les manifestants scandent : “A Paris la police c’est des pourris”. Les regards fusent entre les forces de l’ordre et les personnes présentes ce 28 avril. Beaucoup de marcheurs sont couverts de lunettes de protection et de masques. Un groupe d’anarchistes se forme à l’avant du cortège et des insultes sont lancées à destination des policiers.

1er mai 2016

Manuel Valls a appelé à ne pas « dévoyer ». « Les attaques, les violences que les forces de l’ordre ont subies, les mises en cause du travail des forces de l’ordre ne sont pas admissibles, a dit le Premier ministre. Nous répondrons avec la plus grande détermination face aux casseurs que je ne confonds évidemment pas avec les manifestants. Chacun doit prendre ses responsabilités quand on organise une manifestation. »

La réforme en vue d’un approfondissement de l’asservissement commun vise à affaiblir d’un même pas la force obligatoire de la loi et celle des contrats individuels. Cela au profit d’une norme collective d’entreprise, permettant la mobilisation maximale des salariés au service des objectifs définis par l’employeur. On passe ainsi d’un ordre régi par des lois (étatiques ou contractuelles) fixant à l’avance les obligations de chacun, à un ordre régi par des liens, dans lequel ces obligations peuvent fluctuer en fonction des objectifs de l’entreprise, tels que définis par l’employeur. Ce glissement est tout à fait typique de la résurgence des liens d’allégeance, telle qu’elle se manifeste non seulement dans le rapport salarial, mais aussi dans les rapports entre entreprises donneuses d’ordre et sous-traitantes ou encore entre les institutions financières internationales et les États les plus faibles. Dans tous les cas, on attend de la partie dominée qu’elle réagisse en temps réel aux signaux qu’elle reçoit, pour atteindre les objectifs fixés par la partie dominante.

Cortège coupé en deux, barrage empêchant quiconque de passer, usage intense et répété de gaz lacrymogènes. En face, plusieurs manifestants ont lancé des projectiles, levé les mains pour pouvoir passer, ou chanté « Tout le monde déteste la police ! ». Une jeune femme, venue en famille avec ses enfants et ses amis à la manifestation, n’en revient pas : « Nous étions près du cortège de la JOC et au milieu de la CGT. Le cortège s’est arrêté. On voyait pas très loin de nous des CRS au milieu des manifestants, sans bien les distinguer. Les gens ont commencé à dire de reculer avec les enfants, car la police commençait à gazer. On a donc reculé. Mais même en reculant on a vu le grand nuage de gaz, et on le sentait fortement, j’ai encore l’odeur dans le nez. Les gens venaient tous vers nous, avec les foulards relevés sur le visage pour se protéger… »

 « Les CRS étaient par groupes de 5 ou 6, au milieu des manifestants. On n’a pas compris. Les gens ont commencé à leur dire de dégager, et ils ont fini par partir. Sur le trajet, il y avait régulièrement des rangées de flics sur les côtés qui nous encadraient. J’ai pas vu de pavés, mais des pétards et des trucs pyrotechniques. C’était assez brouillon. À Reuilly, le cortège s’est arrêté. Une info a circulé comme quoi un mec avait été pris par les CRS et le mouvement a commencé. Les flics ont gazé de partout. Les gens se sont mis à courir mais le cortège ne s’est pourtant pas trop disloqué. Alors les CRS ont bloqué la rue en rangée, devant et derrière, on était coincé. Avant même les syndicats, le cortège était de fait coupé en deux. Les gens disaient d’avancer, c’était le bordel. Il y a eu encore des pétards et des lacrymos mais globalement c’était calme, disons, comparé à d’habitude… Mais les CRS ont continué à compresser, c’était ultra compact, pendant une demi-heure, trois quarts d’heure, on ne pouvait plus bouger ni devant ni derrière. Il était plus de 17 heures. Il y a encore eu une charge et des lacrymos. Les membres de la “medic team” ont indiqué aux gens qui ne se sentaient pas bien une entrée d’immeuble et une cour où ils donnaient des soins. On s’y est réfugié. La “medic team” déconseillait de retourner dans la manif. Donc on est sorti de l’autre côté de la cour. »

Des manifestants ont été blessés, dont au moins une journaliste espagnole ayant reçu des éclats d’une grenade lacrymogène au visage. À 18 heures, l’essentiel de la manifestation s’est dispersé dans une ambiance bon enfant place de la Nation, encerclée par les CRS et de nombreux policiers de la BAC, casqués et matraques en main.

3 mai

L’argent est comme le fumier, bénéfique si l’on veille à le répandre mais nuisible si on le laisse s’entasser. L’explosion des inégalités et le déclin de la part du travail dans la distribution des revenus favorisent la spéculation au détriment de l’investissement productif et de la consommation. À s’en tenir au seul versant juridique des choses, l’impact du droit du travail sur l’emploi est certainement moindre que ceux du droit monétaire et financier, du droit des sociétés, du droit fiscal ou du droit comptable.

Entre la coupole des Invalides et les bords de Seine mardi 3 mai, trois rassemblements. Dès midi, l’une des pelouses impeccables de ce Paris-centre est occupée par les calicots blancs de la CFE-CGC. « C’est la première fois que nous nous rassemblons ainsi depuis la réforme des retraites en 2013, rappelle Carole Couvert, sa présidente. Ce n’est pas du tout notre tradition. » Contrairement à l’intersyndicale composée de la CGT, FO, Solidaires et la FSU, dans la rue depuis deux mois, la CFE-CGC ne demande pas le retrait de la loi El Khomri, dont l’examen commence l’après-midi à l’Assemblée, mais des amendements encore plus soutenus que ceux obtenus par la commission des affaires sociales.

Alors même que les responsables syndicaux affinent leur stratégie, le meeting est émaillé par des détonations. Une partie des troupes CGT et Solidaires ont rejoint de jeunes manifestants : étudiants, lycéens, membres de la coalition #Onbloquetout et Nuit debout. Certains ont fait le chemin depuis Montparnasse, et poussent maintenant devant l’entrée de la rue de l’Université, menant à l’Assemblée nationale. Les gendarmes casqués font barrage et emmènent une dizaine de personnes pour interpellation. La plupart sont relâchés, mais trois d’entre eux restent aux mains des forces de l’ordre. Le cortège hétéroclite vire en manifestation sauvage vers le croisement de la rue Saint-Dominique, où il est à nouveau bloqué. « Relâchez nos camarades », crient les manifestants, alors que des membres des “street medic” rabattent leur casque en prévision de la castagne.« Au début de la mobilisation, les camarades n’étaient pas ravis de voir ces jeunes avec la cagoule sur la tête, le visage masqué, note Gérald Le Corre, inspecteur du travail venu de Normandie, derrière une banderole CGT. Mais maintenant, on accompagne parce qu’on ne veut pas les laisser seuls face aux flics, et laisser croire qu’il y aurait deux mouvements. » Finalement, le mouvement s’étiolera de lui-même, sans plus d’échauffourées.

4 mai 2016

Sur les 11 interpellations du 1er mai, 4 ont été classées sans suite. Trois des interpellés étaient jugés tardivement mardi 3 mai en comparution immédiate, devant les chambres 23-1 et 23-2 du tribunal correctionnel de Paris. Un père de famille aux explications douteuses arrêté avec des blocs de bitume dans les poches. Un trentenaire qui avait eu la mauvaise idée de chausser des baskets rouges et dont l’arrestation relève de la fantaisie policière. Et un jeune homme de 18 ans, handicapé mental, comprenant à peine les questions du tribunal.

5 mai 2016

Gabriel Dumas-Delage, 24 ans, réalisateur et surveillant dans un collège.

J’étais sur la place de la République depuis environ minuit, je filmais et commentais pour mon compte Periscope, lorsque, vers 1 h-1 h 30, ça a commencé à chauffer. Les policiers n’arrêtaient de balancer des grenades lacrymogènes mais également des grenades de désencerclement, et ce en tirs tendus. Une fille, juste derrière moi, reçoit un projectile à la tête, à 2-3 centimètres de l’œil. Elle tombe par terre et hurle. Sur son visage, elle a une brûlure sur la joue et un gros bleu. Personne ne s’était préparé à être attaqué de la sorte. Au bout d’un moment, nous sommes tous repoussés autour de la place. Plus personne n’est sur la dalle. Et c’est à ce moment-là que les CRS décident de charger. Sur un groupe d’environ 90 manifestants, ils en isolent un tiers. Et là, ils les défoncent à coups de matraque.

Lucie Hautelin, 25 ans, comédienne.

 Je tombe et je hurle en me tenant la mâchoire. Sur le coup je pensais avoir été touchée par un tir de Flash-Ball, mais il s’avère que c’était un éclat de grenade. Deux personnes viennent me chercher et me portent jusqu’au cordon de policiers, qui ont fini par me laisser passer lorsqu’ils ont vu ma blessure.

Sarah, la trentaine, vient de terminer sa thèse en littérature

J’ai tout de suite senti que l’atmosphère était très différente de celle des précédentes semaines : les policiers étaient très tendus, impossible d’entamer le dialogue comme on pouvait le faire avant. On les aurait dit peu sûrs d’eux, demandant par talkie des renforts sans raison. La charge a été donnée et ils ont foncé, écrasant tout le monde, frappant sur les gens, même à terre, leur marchant dessus, y compris blessés et infirmiers. Dans les rues adjacentes à République, les CRS chargeaient de nouveau, la panique, des gens à terre se faisaient tabasser, une fille se faisait éclater la main parce qu’elle l’avait levé pour parler, et devant le Bataclan,vers 2 h 30 du matin, un jeune homme est embarqué avec du scotch sur la bouche ! « C’est abject ce que vous faites, vous n’avez pas le droit », un CRS me répond : « On a tous les droits, c’est l’état d’urgence. » « Même celui de vie ou de mort ? » « Oui. »

Camille, 28 ans, doctorant en sociologie, présent en tête de cortège dans le défilé du 1er-Mai.

À partir d’un moment, un groupe d’environ une quarantaine de lycéens ou étudiants mieux équipés pour ce genre de situation se sont interposés en allant au contact avec les CRS. Nous nous sommes retrouvés juste derrière. Il y a eu quelques jets de projectiles, mais ils n’ont même pas été si violents que ça. Ça m’a même surpris. À un moment, j’ai entendu l’un d’eux crier « ça va gazer ! » et tous ces jeunes se sont instantanément dispersés dans le cortège… nous nous sommes retrouvés nez-à-nez avec les polices et nous avons reçu le gaz à bout portant.

 Julia, 56 ans, fonctionnaire dans une université, présente en tête de cortège dans le défilé du 1er-Mai.

ça hurlait, ça criait, beaucoup de gens faisaient des crises d’angoisse. Moi-même, à un moment, j’ai cru que j’allais mourir là. Je suis tombée à genoux devant les CRS mais j’ai eu le réflexe de me relever. Je leur ai dit « je meure », et l’un d’entre eux s’est légèrement reculé. De l’autre côté du cordon, je me suis effondrée par terre. Même si eux aussi ont souffert des gaz et ont reçu des projectiles, les CRS nous ont réellement mis en danger.

Endika, étudiant espagnol de 21 ans

Certains, cagoulés, ont jeté des bouteilles aux CRS, alors nous nous sommes trouvés bloqués entre des grenades lacrymogènes et de la fumée… La police a chargé contre tous, indistinctement.

Fermin Grodira, 23 ans, journaliste espagnol.

J’ai été touché à la tête dimanche 1er mai à la suite d’une explosion, qui a aussi blessé un ami assez gravement à l’œil. Nous étions pourtant bien identifiés comme membres de la presse, et en aucun cas les policiers n’ont pu nous confondre avec des manifestants violents. À l’hôpital, il y avait beaucoup de blessés : un autre journaliste avec cinq points de suture au crâne, une dame, âgée d’environ 70 ans, avait été matraquée à la tête, un jeune homme qui avait perdu deux doigts… Quand j’ai vu le communiqué de la préfecture faisant état de deux blessés, je n’y ai pas cru. L’explosion qui nous a touchés ne peut cependant pas être attribuée avec certitude aux policiers : quand j’examine les images de ce moment, j’ai l’impression qu’elle pourrait être attribuée à une bombe artisanale lancée par des autonomes.

Jérôme, photographe indépendant, 38 ans.

Dimanche après-midi, après quelques altercations entre la police et des manifestants cagoulés, les CRS ont décidé de séparer le cortège et de gérer son avancée, forçant donc les gens à se serrer les uns contre les autres sans aucune sortie possible. Les casseurs étant mêlés aux différents groupes de manifestants séparés, la police a continué de lancer des grenades lacrymogènes au milieu des gens attroupés. Beaucoup ont commencé à paniquer, à ressentir des malaises. Certains ont été poussés sur les CRS et ont, par conséquent, été aspergés de gaz lacrymogène et frappés à coups de matraque, y compris des personnes âgées. J’ai moi-même été dans cette situation. J’ai également reçu deux éclats de grenade dans le dos qui ont laissé quelques traces.

J’assistais à un très bon concert place de la République, et des affrontements avaient lieu entre les casseurs et les forces de police. Après de longs échanges de grenades lacrymogènes (souvent à hauteur d’homme) et de projectiles, la police a cerné la place, enfermant plus d’une centaine de personnes (aucun casseur restant) et nous poussant sans ménagement avec lacrymogènes, coups de matraque et insultes – y compris de simples passants, et même un homme en chaise roulante avec sa fille – afin de nous contenir au fond de la place. Là, nous avons été bloqués plus d’une heure, et après qu’ont pu partir une grosse partie d’entre nous, d’autres se sont vu pousser à l’entrée du métro Bonsergent puis gazer.

Street Médic est un collectif de manifestants qui tente d’apporter les premiers soins lors des manifestations.

Il y a eu ce 1er mai : une centaines de blessures dues aux coups, aux grenades et aux tirs de Flash-Ball, entraînant des brûlures et des plaies superficielles à très graves, aux jambes, au visage, aux yeux, au crâne, aux mains,  aux doigts, au torse, au dos, au ventre, aux bras, aux épaules, aux pieds. Beaucoup de crises d’angoisse, de crises d’asthme, de malaises

6 mai

Désormais, la doctrine en circulation (Angleterre, Suède, Allemagne, Danemark, etc.) s’appuie sur le principe de « dés-escalade ». C’est-à-dire où la police essaie de privilégier des solutions où la force intervient en dernier recours. Elle fait en sorte d’isoler les gens radicaux, les perturbateurs, les fauteurs de trouble, et de les séparer du reste des manifestants pour que leur état d’esprit ne contamine pas la foule. Cela se fait par des mesures extrêmement ciblées d’interpellations en cours de manifestation. Les CRS et les gendarmes travaillent d’ailleurs à des solutions en binôme depuis le milieu des années 90. Vous avez, par exemple, deux CRS en protection et deux gendarmes qui fondent dans la foule pour aller chercher un individu ciblé. Pendant ce temps, et c’est précisément ce qu’il n’est pas fait en France, des policiers sont déployés pour informer et rassurer les manifestants des opérations en cours.

Si vous avez des casseurs qui débarquent pour semer la zone à Nuit debout, ils font en quelques sortes le travail de la police et c’est à l’avantage du gouvernement. Jeudi, il y a un policier CGT qui a fait un témoignage intéressant sur ce sujet dans L’Humanité. C’était précis, clair, net et assez proche de ce que j’ai déjà pu recueillir au moment des manifestations du CPE en mars 2006. Ce policier affirmait que, lors de la manifestation du 9 avril, l’ordre avait été donné de ne pas intervenir alors qu’une bande d’anarchistes fondait sur la place de la République. Ils auraient très bien pu les interpeller en amont et éviter les débordements par la suite.

Un des points particuliers du maintien de l’ordre à la française, c’est que le politique garde la main sur la police. Dans les pays anglo-saxons par exemple, le politique n’a pas de contacts avec la salle de commandement. En France, vous y trouvez le secrétaire général de la préfecture ou un membre du cabinet du ministre de l’Intérieur ou du Premier ministre.

Les casseurs seraient plus nombreux, plus violents et plus déterminés. Je vous rappelle juste que dans les années 70, les autonomes rentraient dans les cortèges de manifestants avec des camionnettes! Et elles étaient remplies à ras-bord de matériel destructif : des battes de Baseball, des cocktails Molotov, des engins de mortiers. La démonstration n’a pas été faite que les groupes radicaux ont employé des matériaux insurmontables. Par ailleurs, regardez les équipements policiers à la fin des années 70! Par rapport au raffinement offensif et défensif des équipements actuels, les policiers de l’époque étaient littéralement tout nus. On ne peut pas budgéter à fonds perdus des équipements de maintien de l’ordre pour les policiers français et expliquer qu’ils ne sont pas capables de maîtriser quelques dizaines de casseurs (ils auraient été 300 le 1er mai selon la préfecture). Ce n’est pas possible. En comparaison, le 30 avril à Stuttgart, la police a réalisé 500 interpellations en marge d’un congrès du parti populiste allemand AfD (contre 18 le 1er-Mai à Paris, ndlr). L’hypothèse que les forces de l’ordre seraient dépassées par des groupuscules gauchistes n’est vraiment pas crédible.

13 mai

« On a compris que l’évacuation commençait quand on a vu la nacelle apparaître », explique un militant. À Rennes, sur le toit de la salle de la cité, ancienne Maison du peuple occupée depuis le 1er mai, une vingtaine de militants ont vu vendredi, vers six heures du matin, médusés, une cage faire son apparition dans l’air, portée par la grue du chantier voisin de la place Sainte-Anne. Dans la nacelle, six policiers du RAID armés de Flash-Ball. Nathalie Appéré, la maire socialiste de Rennes, signataire il y a peu d’une convention autorisant l’occupation provisoire du lieu, et le nouveau préfet Patrick Dallennes ont choisi la confrontation face au mouvement social.

L’expulsion des lieux a été soutenue dès le premier jour par l’ancien préfet de région Patrick Strzoda, propulsé fin avril directeur de cabinet de Bernard Cazeneuve. Le 28 avril, jour où un étudiant de Rennes 2 a été grièvement blessé à l’œil par un tir, l’ancien préfet – déjà directeur de cabinet du ministre – a assuré au Télégramme « qu’aucun Flash-Ball » n’avait été utilisé contre les manifestants, suggérant à la presse qu’un « choc dû à une grenade lacrymogène » ou « un projectile émanant des manifestants » pouvait être responsable des blessures de l’étudiant.

« Très vite, le préfet Strzoda nous a demandé de nous désolidariser des mouvements de jeunesse mais il n’en était pas question, explique le syndicaliste de Sud. Selon lui, il y avait “600 profils louches”, alors qu’il s’agissait de l’AG de Rennes 2… Les neuf inculpés des manifs des 31 mars et 9 avril n’avaient rien de louche : il y avait un infirmier, un serveur, un gars de PSA… Par contre, le procès a montré qu’il n’y avait aucune preuve contre eux. » Patrick Strzoda demande aux syndicats d’isoler les casseurs pour « leur régler leur compte ». En septembre, il avait déjà menacé les syndicats paysans (Confédération paysanne, Coordination rurale et Apli) qui voulaient bloquer l’entrée du Salon des productions animales (SPACE) en leur promettant « la guerre » s’ils n’acceptaient pas ses conditions.

« C’est l’État qui organise l’escalade, juge un syndicaliste de Sud Santé, et ce par l’usage général et immodéré de la force. Sans raison, sur des gens tombés à terre. À l’hôpital de Rennes, on a eu un afflux de personnes blessées au visage. Et il y a une masse de gens qui ne veulent pas déposer plainte contre la police. » « On a franchi un seuil, et très vite, juge Xavier de l’AG interpro, il y a eu une banalisation du Flash-Ball. Dans les manifs, on les entend, pan, pan, pan, ça canarde ! » Les cortèges se sont dotés, comme dans d’autres villes en France, d’équipes “médic”, qui prennent en charge et mettent à l’abri les blessés. « Aujourd’hui, on comptabilise sur Rennes 259 blessés, dont 43 graves par fractures, plaies ouvertes, traumatismes, et un œil perdu, c’est la seule devenue irréversible », détaille Hugo Poidevin, membre des Médic.

Mediapart / JDD / Les Inrocks/ Politis

Publié par : Memento Mouloud | mai 10, 2016

La presse française au temps du spectaculaire intégré

Le spectacle sert beaucoup plus à montrer qu’à cacher

Basile-Amédée Mandragore

Il y a le milliardaire franco-israélien virtuellement en faillite Patrick Drahi qui profite de notre époque où l’argent ne vaut plus rien. Les gestionnaires de fonds de pension, de fonds d’investissement, qui sont à la recherche de rendements, sont prêts à souscrire les yeux fermés à tous les produits qui leur rapportent un peu. Cela a permis à Patrick Drahi de financer à toute allure son expansion avec des emprunts à 6 % quand il aurait dû normalement payer 11 % à 12 % voire plus. ». Toutes les opérations d’Altice se font de la même façon : une entité est créée au Luxembourg, reçoit une petite partie du capital apporté par le fonds d’investissement principal où abondent Altice, mais aussi les fonds d’investissement Cinven et Carlyle, et joue de l’effet de levier – le LBO (leveraged buy out) en apportant les actifs rachetés pour garantir la dette souscrite. Au passage, d’autres sociétés sont créées pour rémunérer grassement les managers. Tout le monde y trouve son compte : banquiers d’affaire, conseillers juridiques, banques qui placent la dette sur les marchés et ce grâce aux commissions que chacun encaisse. Le rachat de Suddelink est ainsi un cas d’école : sur les 8 milliards de dollars du prix d’acquisition, 6,7 sont financés par l’endettement de Suddenlink.

Il a acquis coup sur coup Libération, puis le groupe L’Express avec ses innombrables titres, et qui va progressivement monter au capital d’ici à 2019 de NextRadioTV, comprenant pêle-mêle BFM-Business, BFM-TV ou encore RMC. Le patron du groupe Altice vient d’annoncer qu’il avait l’intention d’intégrer Altice Media, qui est la structure dans laquelle il a regroupé tous ses achats dans la presse (Libération, le groupe L’Express, et NextRadioTV avec BFM-TV, BFM-Business et RMC…), au sein de l’opérateur téléphonique SFR, dont il a aussi pris le contrôle. Ladite société SFR aura donc désormais trois divisions, SFR Télécoms, SFR Publicité et SFR Médias. L’intégration a été rondement menée, puisqu’il existe dès à présent une application pour smartphone dénommée SFR Presse, à partir de laquelle il est possible de consulter de manière illimitée les contenus des 17 titres du groupe (Libération,L’ExpressL’Expansion,L’ÉtudiantLireStudio,Point de vue, etc.), moyennant l’abonnement à SFR ou moyennant 19,99 euros pour les non-abonnés. Présentant voici quelques jours ce nouveau portail, le PDG de SFR, Michel Combes (l’ancien PDG de Alcatel-Lucent qui a défrayé la chronique début 2015 en voulant partir de ce groupe, après une purge sociale sans précédent, avec un chèque de 13,7 millions d’euros, somme exorbitante ramenée sous le feu des polémiques à quelque 7,9 millions d’euros) a donné cette explication :« Nos titres ont été restructurés, l’heure est venue d’ouvrir une nouvelle étape en renouvelant leur modèle de distribution. ». Il existe dans l’opération une astuce fiscale, qui est bien dans le style de Patrick Drahi, lui, le grand expert en optimisation panaméenne et autres lost paradise. Le projet de SFR est en effet d’appliquer le taux de TVA super réduit de 2,1 % sur la partie presse des abonnements offerts par SFR, au lieu du taux de 20 % qui s’applique habituellement sur des abonnements téléphoniques ou les services en ligne.

Il y a eu aussi Vincent Bolloré l’africain que les gens de gauche n’aiment pas sans le connaître parce qu’il est parfaitement inutile de le connaître pour le savoir vide, ce qui évite de le détester et de prendre Monsieur Barthès pour un athlète de la liberté. Il a pris le contrôle de Vivendi et du même coup, à la Mobutu, de sa filiale Canal+, qu’il a soumise à quelques avanies, multipliant les décisions de coupure. Dans la crise que Canal+ a traversée ces derniers mois l’on a trop souvent minimisé un autre aspect des choses : Canal+ est placée par Vincent Bolloré au cœur d’un nouvel empire gigantesque, avec Vivendi, le géant mondial de la communication et du divertissement ; avec Havas, le géant français de la communication et de la publicité ; avec CSA, l’un des principaux instituts de sondage français ; avec Dailymotion, le site français d’hébergement et de partage de vidéos dont Vivendi prend le contrôle en avril 2015 ; avec Banijay et Zodiak, l’un des plus grands producteurs et distributeurs indépendants de programmes télévisuels au monde, dans lequel Vivendi a pris une participation de près de 26 % à la faveur du rapprochement des deux entités contrôlées par Financière Lov, la holding de Stéphane Courbit l’homme-lige du Qatar ou plutôt de sa famille régnante.

Bref, c’est un véritable conglomérat que Vincent Bolloré a construit en peu de temps. Un gigantesque tube digestif qui pourrait bien encore grossir, puisque l’homme d’affaires a clairement fait comprendre qu’il avait l’ambition de mettre aussi dans sa poche un opérateur téléphonique. C’est ce qu’est venu confirmer le raid qu’il a commencé à mener sur l’opérateur italien Telecom Italia, dans l’espoir sans doute un jour de pouvoir aussi devenir un acteur majeur en France. Or, ce type de groupe intégré, qui va de la presse au cinéma en passant par la publicité, la production de contenus multimédias, la téléphonie et l’accès à Internet, est omnivore. Un seul exemple : une bonne partie des journaux numériques français logent leurs vidéos sur Dailymotion, la plateforme d’hébergement dont le groupe Orange a cédé le contrôle à Vincent Bolloré.

Il y a eu auparavant le rachat du Nouvel Observateur par les trois actionnaires du groupe Le Monde, Xavier Niel (Free of brain), Matthieu Pigasse (les Inrocks, banque Lazard) et Pierre Bergé (ubériseur de matrices utérines). Il y a eu également le milliardaire d’Etat Bernard Arnault qui a pris le contrôle du Parisien, après avoir croqué Les Échos en 2007, laquelle prise de contrôle s’est aussitôt accompagnée d’une première censure, pour que le documentaire Merci Patron ! ne soit pas chroniqué dans le quotidien. Il y a eu encore le milliardaire libanais Iskandar Safa, qui a pris le contrôle du magazine Valeurs actuelles avec le duo Charles Villeneuve-Etienne Mougeotte aux manettes.

Il faut encore ajouter, pour avoir une vision d’ensemble du paysage médiatique français, les acquisitions faites les années antérieures par d’autres milliardaires : le contrôle de TF1, depuis sa privatisation, par Martin Bouygues (chevalier du Minorange ou maître suprême de l’ordre des commissions); celui du Point par un autre milliardaire d’Etat, François Pinault ; celui du Figaro par Serge Dassault, polytechnicien analphabète, avionneur, marchand d’armes, dispensateur de billets pour racailleux à bulletins et sénateur Les Républicains ; celui de tous les grands journaux régionaux de l’est de la France, de Metz jusqu’à Avignon, par l’ancien Nucingen du Crédit mutuel Michel Lucas ; celui de La Provence par Bernard Tapie, lequel a été par ailleurs mis en examen « pour escroquerie en bande organisée » et « complicité de détournement de fonds publics ».

Le groupe Lagardère contrôle « Europe1″ via Lagardère Active, le Journal du Dimanche via Hachette Filipacchi Médias. Arnaud Lagardère (parrain de l’un des fils de Sarkozy et autre crétin notoire) est l’un des deux présidents du directoire franco-allemand de EADS. EADS a signé le 3 décembre 2008 un contrat de 208 millions d’euros avec l’armée américaine. EADS est le principal soutien de la French Americain Foundation (Fondation Franco-Américaine). Cette fondation a depuis trente ans pour fonction de recruter des Young Leaders appelés à occuper des postes de dirigeants pour les former au soutien de la politique atlantiste et mondialiste dans le cadre du rapprochement transatlantique entre l’Union Européenne et la future Union Nord Américaine. Parmi les Young Leaders français de la fondation, on trouve: Alain Juppé, Valérie Pécresse, François Hollande, Arnaud Montebourg, Pierre Moscovici, ou Christine Ockrent. Le co-président de EADS, Thomas Enders est le président de groupe de réflexion Atlantic-Brücke qui a pour objectif de resserrer les liens transatlantiques. Ont bénéficié de son prix Eric M. Warburg: Henry Kissinger (1992), l’ancien chancelier Helmut Kohl (1996), Klaus Naumann (2000, ancien président du comité militaire de l’OTAN et membre du comité d’administration d’Atlantic-Brücke jusqu’en 2007) et George H. W. Bush senior (2002).

Marianne est détenu par Yves de Chaisemartin, ancien du groupe Hersant. Ce dernier est le conseiller de Carlyle Europe depuis juillet 2005. Le Groupe Carlyle est un fond d’investissement américain basé entre autres dans l’armement. Ce groupe compte parmi ses conseillers George H.W Bush, Franck Carlucci (ancien président de la CIA), à la direction Olivier Sarkozy (le demi frère de Nicolas Sarkozy) et parmi les financiers George Soros.

Mediapart / OJM / Les moutons enragés/ BAM

Publié par : Memento Mouloud | mai 10, 2016

Denis (Baupin) ou Pourquoi des hommes politiques plutôt que rien

reiser

Les hommes politiques sont comme des starlettes qui voudraient qu’on les désire sans fin alors qu’ils n’en finissent pas de tailler des pipes aux français formidables et aux réalités économiques qui les transforment en pantins tantôt livrés aux tomates, tantôt élus reines de village selon l’humeur des instances où se produisent les simulacres. Le scandale Denis Baupin est celui du réel parce qu’il est celui d’un être désirant et pitoyable, un pied dans le scénario du grand blond, un autre chez feu Marc Dorcel. Entre la sensiblerie et le désarroi du pornographe se tient l’effigie Denis Baupin et celles de tous les autres tarés qui quémandent les suffrages du peuple sur fond d’orgues désaccordées et de rhétorique quinto-républicaine exsangue. Il est bien évident que les hommes politiques ne sont pas des maîtres comme les rois et nobliaux étaient propriétaires du royaume et Dieu de la Terre. Ils sont l’Arlequin boiteux, maître un jour, valet souvent, cible émouvante parfois. Denis Baupin s’emmerde parce que son métier est emmerdant mais sans la noblesse du voleur de Darien qui faisait un sale boulot mais avait le mérite de l’accomplir salement. Baupin est un moralineux, quand il défend les femmes contre le harcèlement, il peint ses lèvres en rouge. Pendant ce temps, il voudrait qu’on le désire, éprouver un peu de passion, desserrer les boulons de la machine parlementaire qu’il forme avec sa femme depuis qu’ils n’écrivent plus de motion de synthèse pour savoir qui fera la vaisselle le vendredi soir et qui torchera le petit quand la couche recyclable sera pleine. Il ne veut pas seulement sodomiser Elen il voudrait que son SMS déclenche une vibration dans le rectum de cette fille, qu’elle prenne son fouet, ses cuirs et ses menottes, qu’elle le fouette, qu’elle lui pisse dessus et qu’enfin en judoka goguenard il divague dans son anus, la douleur encore poignante aux bordures de chaque ecchymose. Et puis rien ne vient, ou si peu ; il dira qu’il fait ça pour se marrer, il mentira, se mentira parce que tout homme politique est menteur de nature, c’est-à-dire contrefait depuis l’enfance, obvie, sans quoi il ne jouerait pas ce jeu de la promesse toujours reportée. Aujourd’hui les cartes se sont envolées, Denis n’est plus du bon côté de la moraline, il se défendra, il évitera une condamnation mais pas le blâme, on ne le désirera plus, il sera le déchet de son propre ennui, les féministes le présenteront comme un vestige d’une époque révolue avant de former un groupe Lysistrata à l’angle de la place de la République et de discuter une motion, deux nuits debout, en se demandant pourquoi il n’y a toujours pas de toilettes autour de cette foutue statue.

l’élection peut donner à certains un délire de puissance qui s’exprime par ce biais

Nathalie Kosciusko-Morizet

« A la question « est-ce que je fais confiance à mon mari? »», je réponds oui 

Emmanuelle Cosse

« Dans cette affaire, par omission, on est tous complice… »

Danielle Auroi, présidente de la commission des affaires européennes de l’Assemblée nationale

« Cet élu semble bénéficier d’une forme de bienveillance, qui n’est pas sans rappeler celle dont bénéficie Dominique Strauss-Kahn »

Vanessa Jérôme (2013)

« Rien n’était avéré. Les langues ne se délient pas facilement sur ces sujets. Il y avait une zone de flou sur ces comportements. Il y avait aussi des liens amicaux profonds avec ses proches qui compliquaient énormément la situation. Quand on en parlait, certains disaient d’ailleurs qu’il ne fallait pas l’accabler parce qu’il avait pris conscience de ses actes et se soignait. Mais comment imaginer la vérité ? »

Cécile Duflot

Reiser---la-une-bis

« À un moment donné, j’ai voulu faire une pause… Dans le couloir qui longe la salle, Denis Baupin est venu. Il m’a plaquée contre le mur en me tenant par la poitrine, et a cherché à m’embrasser. Je l’ai repoussé violemment…Sur le moment, j’étais tellement choquée que je n’ai pas dit grand-chose… « Je ressentais un très grand malaise. J’ai immédiatement pensé que c’était absolument anormal que je subisse ça. Mais le mot agression sexuelle, je l’ai mis très longtemps après. » À un de ses voisins, elle narre « Il m’a dit : “Ah, il a recommencé.” Ça a été sa phrase. » 

Sandrine

« C’était du harcèlement quasi quotidien de SMS provocateurs, salaces. Il y avait des moments où on en avait plus, c’était par salves… Et c’était plutôt quand on était à l’Assemblée, entre le mardi et le jeudi… C’était par exemple : j’aime bien quand tu croises tes jambes comme ça. C’était même crûment dans des réunions ou des déjeuners de travail le fait de me proposer d’être mon amant. Au début, c’est dit sur le ton de la rigolade. Et puis, cela devient vite très lassant, pénible… Je savais que nous étions plusieurs députées à recevoir les mêmes SMS. »

Isabelle

« plusieurs mois de SMS d’incitation sexuelle de M. Baupin après lui avoir dit que je n’étais pas intéressée, que j’avais quelqu’un dans ma vie, que je ne souhaitais pas entretenir ce type de relation ». « Les refus polis n’étaient pas entendus…Au total, j’ai reçu une centaine de messages. Du type “Je suis dans un train et j’aimerais te sodomiser en cuissarde”. “J’adore les situations de domination. Tu dois être une dominatrice formidable…J’ai envie de voir ton cul.” »

Elen

« Quand on est en campagne électorale, on finit souvent assez tard. Un soir, j’étais dans le bureau de Jean-Luc Bennahmias, qui n’était pas là… J’étais seule avec Denis. Il s’est mis à me courir après autour du bureau. C’était complètement loufoque comme scène. Je me suis arrêtée d’un côté du bureau et je lui ai dit : “Écoute Denis, t’as qu’à sauter par-dessus.” Il m’a répondu : “Mais je suis capable.” Et je lui ai dit à ce moment-là : “C’est du n’importe quoi ton truc.” Et je suis partie. Le lendemain matin, j’arrive, je reprends mon boulot. Denis est là, il ne me dit pas bonjour. Je lui dis : “Écoute Denis, donc à partir du moment où on veut pas coucher avec toi, tu ne dis plus bonjour.” Il a pointé son index sur moi en disant : “Toi t’auras jamais de poste au sein du parti.” Ça s’est arrêté là. »

Annie

« Lorsque j’ai signalé ces faits aux coprésidents, ils ont réglé cela en tête à tête avec lui et il s’est immédiatement arrêté. Suite à cela, j’ai continué à travailler avec lui, sans aucune gêne. »

Une salariée de l’Assemblée Nationale

Reiser-6

« Le président de l’Assemblée nationale a reçu M. Denis Baupin, député de la 10ecirconscription de Paris, ce matin. Il lui a demandé de remettre sa démission de ses fonctions de vice-président de l’Assemblée nationale », a-t-il expliqué par communiqué. Peu après, Emmanuel Pierrat, avocat de Denis Baupin, a indiqué qu’il avait obtempéré : « Afin de protéger les institutions de la République et de pouvoir assurer sa défense, Monsieur Denis Baupin a présenté sa démission du poste de vice-président de l’Assemblée nationale à Monsieur le président de l’Assemblée nationale. »

 

Publié par : Memento Mouloud | mai 8, 2016

Des amendes et des socialistes héraultais (mais pas seulement)

J’ai calculé que si un automobiliste recevait chaque jour un avis de dépassement de la vitesse autorisée de plus de 10 kilomètres à l’heure mais de moins de 20, soit un tarif de 90 euros, il en viendrait à payer 2700 à 2790 euros par mois soit un salaire conséquent dans un pays où la plupart des salariés gagnent moins de deux mille euros par mois. Il existe donc des législateurs, il existe donc des journalistes, il existe donc un pouvoir pour prétendre qu’être tondu selon les règles de l’automatisme judiciaire est non seulement juste mais efficace.  Peut-être qu’un referendum d’initiative populaire en déciderait autrement mais dans l’hexagone, ce genre de consultation est populiste, attentatoire à la démocratie, donc impensable.

Depuis que je vis dans l’Hérault soit tout au plus 9 mois, ma femme et moi avons déjà acquitté plus de 300 euros d’amendes, soit une augmentation nette de notre ponction fiscale et autres prélèvements obligatoires qui s’établissent en tête du podium des populations les plus tondues du monde avec un gentil ciseau à surtaxes et à moraline. Pendant ce temps, une amie m’expliquait comment un jeune homme lui était rentré dedans après avoir emprunté un scooter et un sens interdit. Elle avait ses trois enfants à bord, la mise en danger était évidente mais le juge avait estimé que le jeune homme n’ayant aucun antécédent judiciaire, il partirait du tribunal sans aucune condamnation, ni la moindre amende. D’ailleurs, il ne dépassait pas les 30 km/h autorisés.

Sans doute le préfet de police héraultais est-il un homme zélé qui combat le front national à Béziers et les chauffards dans mon genre partout ailleurs. Sans doute est-il secondé par des policiers ou des gendarmes eux-mêmes zélés et très concernés par leur mission prioritaire : la lutte contre le populisme routier qui gangrène ce département.

On ne discute pas une mission sacrée, démocratique et garantie sans populisme.

Aujourd’hui, c’était la cérémonie du 8 mai. La mairesse socialiste du bled était entourée d’une section de pompiers et d’une bandas en uniforme de portiers, plus quelques parents qui accompagnaient leurs enfants. Comme j’achetai mon pain, je me suis arrêté pour écouter. A l’aller, il était question de la lutte contre la barbarie nazie, du rôle fondamental de la Résistance et presque anecdotique des alliés dans la libération du pays mais aussi de ces méchants qui veulent s’approprier les couleurs de la nation à coups de cochons en figurines posées sur des terrasses et d’apéros-saucissons sous de larges tentes. Au retour, on était passé au développement durable et au réchauffement climatique, j’en concluais que l’édile était socialiste sans quoi elle n’aurait pu associer, sans honte, dans un même discours la mise à mort des déportés et les impératifs catégoriques de la  COP 21.

Pendant ce temps, Madame Hidalgo, après avoir implanté des HLM dans le XVIème, s’apprêtait à transformer les champs Elysées, cette avenue putassière et mal fréquentée, en zone piétonnière, ultime frontière de la lucha final des socialistes qui préfèrent acheter diurne et debout que discuter assis et la nuit.

Publié par : Memento Mouloud | mai 4, 2016

Eloge du pet by Montaigne

cloclo

Les outils qui servent à décharger le ventre ont leurs propres dilatations et compressions, outre et contre notre avis, comme ceux-ci destinés à décharger nos rognons. Et ce que, pour autoriser la toute puissance de notre volonté, saint Augustin allègue avoir vu quelqu’un qui commandait à son derrière autant de pets qu’il en voulait, et que Vivès, son glossateur enchérit d’un autre exemple de son temps, de pets organisés selon le ton des vers qu’on leur prononçait, ne suppose non plus pure l’obéissance de ce membre, car en est-il ordinairement de plus indiscret et tumultuaire. Joint que j’en sais un si turbulent et revêche, qu’il y a quarante ans qu’il tient son maître à péter d’une haleine et d’une obligation constante et irrémittente, et le mène ainsi à la mort. Et plût à Dieu que je ne le susse que par les histoires, combien de fois notre ventre par le refus d’un seul pet, nous mène jusqu’aux portes d’une mort très angoisseuse ; et que l’Empereur, qui nous donna liberté de péter partout, nous en eût donné le pouvoir

Publié par : Memento Mouloud | mars 30, 2016

Donald Trump ou la manufacture du dégoût

L’annonce, le 23 février, du lancement du programme Knight-Hennessy par l’université de Stanford, doté de 700 millions de dollars au bénéfice d’une poignée d’étudiants triés sur le volet, est un signal comme un autre d’une élite en autarcie qui veille à sa propre reproduction et élargit la fracture avec le reste de la population. Or une enquête de deux chercheurs d’Harvard, Sara Solnick et David Hemenway (« Is More Always Better ? A Survey on Positional Concerns », Harvard School of Public Health, 1997) affirme que 56 % des sondés disaient préférer vivre dans un monde où ils gagnent 50 000 dollars et les autres 25 000 dollars, plutôt que dans un monde où ils gagnent 100 000 dollars et les autres 250 000 dollars. L’endettement est devenu une prison de fer.

« Il trouve à l’évidence un écho dans des sentiments très profonds de colère, de peur, de frustration et de désespoir, probablement dans des parties de la population dont le taux de mortalité est en train d’augmenter, chose inouïe en dehors des guerres et des catastrophes naturelles… C’est intéressant de faire la comparaison avec la situation des années 30, dont je suis assez vieux pour me souvenir…Objectivement, la pauvreté et la souffrance étaient beaucoup plus grandes. Pourtant, même chez les ouvriers les plus pauvres et les chômeurs, il y avait un sentiment d’espoir qui fait complètement défaut aujourd’hui. ». L’Amérique blanche est prise dans le dégoût et le dégoût a un visage, il s’appelle Donald Trump.

Dès juillet 2015, un sondage Gallup signalait que M. Trump était le candidat le plus connu dans le camp républicain, notamment grâce à l’émission « The Apprentice », sur NBC, vue par plus de 28 millions d’Américains et Patrick Bateman avait fondé son premier fan-club. Trump venait de s’échapper d’un roman. American Psycho était lancé. Le candidat à la primaire républicaine compte 4,5 millions d’abonnés à son compte Facebook, 5,5 millions d’internautes le suivent sur Twitter… Lui-même s’est baptisé le « Ernest Hemingway des 140 signes ». Nicholas Kristof évoque une étude de Mediaquant (un institut de mesure d’audience de Portland) sur le temps d’antenne, de lecture, « offert » au magnat de l’immobilier. Il est évalué à 1,89 milliard de dollars (alors qu’il n’a dépensé que 10 millions de dollars pour faire parler de lui), comparés aux 746 millions de dollars de couverture média gratuite pour Hillary Clinton. Entre le 16 juin, jour où il a annoncé sa candidature, et le 14 septembre, CNN a diffusé 2 159 sujets consacrés à Donald Trump, relève Fortune.

Dès août 2015, Donald Trump révèle une série de propositions en matière de politique migratoire. Il propose en vrac de refuser temporairement aux musulmans le droit d’entrer aux États-Unis, de mettre fin au droit du sol, de renforcer les règles existantes obligeant les employeurs américains à tout faire pour trouver un national avant d’embaucher un étranger. Enfin, il veut construire un mur le long des quelque 3 200 kilomètres de frontière entre les États-Unis et le Mexique. Comment le financer ? Très simple, il compte ainsi prélever une portion des sommes d’argent qu’envoient les immigrés mexicains à leurs proches de l’autre côté de la frontière tant que les autorités mexicaines refusent de payer pour la construction. Or la frontière est déjà une zone ultra militarisée, équipée depuis 2006 de clôtures de tôle ou de grillages sur plus de 1 000 kilomètres, et surveillée par 18 000 hommes. Comme l’explique parfaitement l’ancien diplomate Stephen R. Kelly dans le New York Times, les États-Unis sont déjà sur la voie d’une frontière fortifiée telle qu’elle existe entre les deux Corées.

Depuis l’été dernier, il a promis de limiter les délocalisations, d’augmenter les taxes sur les produits importés (les produits en provenance de Chine ou encore les voitures Ford assemblées au Mexique, insiste-t-il), de hausser l’impôt sur les plus fortunés, notamment les dirigeants de hedge funds. Il se prononce aussi contre les grands accords de libre-échange que les États-Unis négocient d’une part avec onze pays d’Asie (le TTP, signé en octobre), d’autre part avec l’Union européenne (le TTIP, en cours), en soulignant que ce genre de traités ne crée pas d’emplois.

« J’ai beaucoup d’amies qui comprennent mieux l’intérêt du planning familial que vous et moi ne le comprendrons jamais. Ils [le personnel des plannings] font un excellent travail. Là-bas, ils prennent soin des cancers du col de l’utérus, des problèmes de santé des femmes. » Trump s’oppose au droit à l’avortement (il disait le contraire en 1999). S’il est élu, les plannings recevront donc des financements fédéraux mais ne pourront pas s’en servir pour financer les IVG. Le tout, sans jamais expliquer que c’est précisément la situation actuelle : la loi fédérale empêche les plannings familiaux américains d’utiliser les subventions venant de Washington pour pratiquer des IVG, excepté en cas de viol, d’inceste ou de mise en danger de la vie de la mère.

Alors que depuis l’élection de Barack Obama, la destruction des programmes publics d’assurance santé des plus pauvres est l’un des principaux objectifs des élus républicains au prétexte qu’ils ruinent le pays, Donald Trump insiste sur le fait que, lui, n’a rien contre Medicaid (couverture santé pour les plus pauvres), Medicare (couverture santé pour les retraités) et la sécurité sociale (le nom du programme public de retraite).

Lors d’un débat entre candidats conservateurs le 6 février 2016 dans le New Hampshire, Donald Trump s’est retrouvé seul sur scène à défendre l’utilisation des expropriations. Il l’a fait au nom de l’intérêt public : « Sans cette loi, on n’aurait pas de routes, pas d’hôpitaux, pas d’écoles, pas de ponts. (…) Je n’adore pas la loi sur les expropriations mais c’est une nécessité absolue pour notre pays. » Or en tant que promoteur immobilier, il a fait durant sa carrière un usage considérable, et beaucoup disent abusif, de la loi sur les expropriations pour servir ses propres intérêts financiers.

En moquant le sénateur et ancien candidat républicain à la présidence John McCain, prisonnier du Viêt-Cong pendant plus de cinq ans, Trump pointe du doigt l’humiliation de la défaite américaine au Viêtnam et ceux qui ont bâti leur carrière dessus (lui avait bénéficié d’un report dû à ses études puis à une blessure au pied). En critiquant l’invasion de l’Irak en 2003, il dénonce son propre camp, qui avait quasi unanimement soutenu cette guerre et dont une partie continue de défendre l’idée qu’il n’aurait pas fallu se retirer du pays. Par ailleurs, Trump se dédouane de toute suspicion d’être un« mauvais patriote » en donnant régulièrement de l’argent aux associations d’anciens combattants. Dans le même temps, il ne s’embarrasse guère de détails puisque son avis sur la guerre d’Irak a été plus que fluctuant en 2002 et 2003.

Pierre Sautarel, le créateur du site François de Souche, a annoncé il y a quelques temps qu’il souhaitait porter un t-shirt exprimant son soutien pour Donald Trump. “Sur Twitter, on a la volonté d’être retweeté, ça fait un peu de débat“. “Sur le moment c’était pour faire un contre pied. Au moment des campagnes d’Obama, il y avait plein de voitures de journaliste avec des autocollants Obama, on en parlait autour de moi, j’ai juste voulu faire de la provoc…Il plaît Trump, il détonne tellement par rapport au politiquement correct, à la démagogie absolue du ventre mou. C’est un type avec une grande gueule, parfois un peu vulgaire, on est plus habitué à ça, surtout après l’Obamania, un pseudo humanisme avec des prises de position gentillettes.”

Selon Egalité et Réconciliation “C’est un héros, celui qui dit tout haut ce que cachent les autres candidats dits “du système”. Cette idée que Trump est un candidat du peuple, revient régulièrement dans les textes que Boris Le Lay consacre régulièrement au candidat. Il compare le milliardaire à Jules Cesar, assassiné par l’Oligarchie, incarnée en l’occurrence par les media et les élites politiques. Ceux-ci n’ont qu’un but : éliminer Donald Trump. Le blogueur ne cache pas son enthousiasme pour les positions du milliardaire. Boris Le Lay explique dans sa conclusion que : “Les questions fondamentales sont posées : immigration, radicalisme islamique, primauté des intérêts américains sur ceux transnationaux de certains oligarques. La dynamique enclenchée n’échappe pas aux ennemis de Trump qui voit se profiler à l’horizon un césarisme qu’elle redoute par-dessus tout“

Dreuz.info a multiplié les articles en faveur du candidat Trump. Selon un article publié le 9 septembre dernier, Trump est un “ouragan” et représente “l’Amérique américaine” tandis que’Obama, lui ne serait que l’incarnation d’une “Amérique anti-américaine“. Plus récemment, le site explique que “Donald Trump incarne la colère” et réaffirme “l’identité américaine“. Dreuz voit dans le candidat “un désir d’en finir avec le politiquement correct dans tous les domaines“. Pour Jean-Patrick Grumberg, le créateur de la plateforme, le “Président Donald Trump et Israël” entretiendront une “amitié intense“. A en croire Jean-Patrick Grumberg, les positions pro-israéliennes de Donald Trump seraient les raisons pour lesquelles la presse française cracherait sur lui.

Trump plait également à la sphère catholique traditionnaliste. Le Salon Beige qui se définit comme un “blog quotidien d’actualité par des laïcs catholiques“, relaie régulièrement des articles favorables à Donald Trump ou visant à confirmer ses propos. Même si le 10 mars 2016, le site expliquait que la campagne de Donald Trump faisait penser à celle de Nicolas Sarkozy en 2007, “beaucoup de promesses” d’un côté, de “beaux discours” d’un autre, ce qui a mené à “un enfumage généralisé suivi d’un quinquennat pitoyable“. L’auteur de l’article se demande ainsi si “les américains de droite subiront […] le même sort“.

Vivien Hoch, collaborateur de Nouvelles De France, autre site phare de la mouvance, a été jusqu’à se déclarer porte-parole d’un comité des “français pour Trump“. Il manifeste son attrait pour Donald Trump jusqu’à son compte twitter, celui-ci arborant une grande photo en noir et blanc du milliardaire. Dans une interview donnée au Figaro qui a été mise hors ligne, il en explique les raisons : “Si l’on regarde les élections américaines avec un regard français – et c’est ce que nous faisons tous malgré nous -, il représente le contrepoint parfait de ce que représentent les hommes politiques français…Et c’est pour cela que nous le soutenons. […] il n’a pas peur de renverser la table si besoin, ni de déplaire. On l’aime pour ce qu’il est, ou on le rejette entièrement. En plus de ses propos assumés, il a une véritable prestance, un charisme”.

C’est parce qu’il souhaite un “électrochoc” pour la vie politique française semblable à celui provoqué par le candidat que Vivien Hoch soutient Donald Trump dans sa course présidentielle. Car selon lui, il n’y a pas d’équivalent au milliardaire aujourd’hui en France. Les noms de Jean-Marie Le Pen, Robert Ménard et Philippe de Villiers sont évoqués. “En réalité, il faudrait un mix de ces trois personnes“, estime le blogueur de Fdesouche, Pierre Sautarel. Ajoutant qu’à ses yeux,  la personnalité la plus proche de Trump en France est…Jean-Luc Mélenchon.

Les Inrocks / Mediapart / Le Monde / Noam Chomsky / BAM

Publié par : Memento Mouloud | mars 27, 2016

Règlement de comptes au GUD

Un jeune homme est assis sur son canapé. Il s’agit d’E.K., un ancien chef du GUD passé ensuite au FNJ On filme. Cinq autres personnes sont présentes mais l’on n’en voit que deux : Logan Djian, chef du GUD à Paris, et un autre militant du GUD, Kleber Vidal, qui apparaît furtivement mais restera silencieux tout au long de la scène, sans porter de coups. L’homme qui filme est Loïk Le Priol, un autre militant. Cet ancien militaire, étoile montante de la mouvance, vient de lancer sa ligne de vêtements « identitaires », Babtou qui sent son africain.  Les faits ont lieu dans la nuit du 8 et 9 octobre 2015. Il est une heure du matin.

Logan Djian assène une première claque à E.K. « On est cinq »« T’as parlé, faut assumer ». Il lui propose alors de se lever pour un combat à « un contre un ». Il veut le défoncer à la loyale. EK refuse. Un coup le propulse à terre. « Tu vas payer pour tout ce que t’as dit..On va pas te lyncher. À un contre un, toi et moi ».

Mais tu vois bien que t’es dix fois plus costaud que moi »« T’es qu’une merde… » intervient Loïk Le Priol. […] C’est toi l’idole du fascisme ? C’est toi le patron du GUD ? Mais t’es personne regarde-toi ! Allez lève-toi, assume pour une fois ! Porte tes couilles ! […] T’es un putain de Français, vas-y assume ! […] T’oses même pas te lever. […] Le peu de Français que t’avais en toi tu l’as même pas porté tes couilles. » « Dernière chance de te lever ou bien on te fout à poil », prévient Logan Djian. « Si tu veux faire le canard devant nous, comme le Hammerskin.

Le combat se transforme en happening. Djian contraint EK à se déshabiller : « Ou on te tabasse, ou tu le retires…Enlève ton pull pédé », surenchérit Le Priol un tant soit peu homophobe. EK se retrouve dans sa chambre. « Je t’en supplie », implore-t-il. Djian et Le Priol commencent à le déshabiller. « Arrêtez-vous ! »« Tout se paye. Tout se paye », rétorque Loïk Le Priol. « Arrête de jouer ta pute », « Arrête de jouer ta salope », lui répondent les deux agresseurs franchement misogynes. « Magne ta chatte putain, t’attends quoi pour te foutre à poil, dépêche-toi ! »« Neuf, huit – dépêche-toi –, sept, six, cinq, quatre, trois, deux, un … ». « Tu te mets à poil, tu te dépêches. Tu enlèves ta chemise, tu enlèves ton foulard. » « Tu te dépêches ou on te pend avec, espèce d’enculé, on te pend avec ! ».

L’atmosphère est lourde comme on dit dans les reportages en caméra cachée. « Magne ta chatte espèce de tarlouze. ». Cut. EK est dans le salon, nu, le visage ensanglanté. Logan Djian continue à distiller ses conseils : « Écoute-moi, cette histoire, elle ne reste qu’entre nous, elle ne circulera pas, pas comme les autres […]. Maintenant, si on a des infos autres que nous qui circulent sur ça, la vidéo va circuler, et évidemment tu sais ce qui va se passer. »« Maintenant, si ça t’a pas servi de leçon, on reviendra petite salope ». 

« Tu sais que j’en ai buté plus d’un des mecs là-bas, tu le sais ? », lance Le Priol, ancien militaire qui ne veut pas être en reste. « Le coupe-gorge, ça va très vite, tu le sais ? […] Lâche mon couteau, sinon je te plie la main ». Un couteau sur sa gorge EK murmure « Arrête ». Cut.

EK est allongé sur le dos, position du tireur couché mais nu comme pour une autofellation dont la promotion est assurée par les Inrocks. Bientôt il va danser sur l’air de la « Macarena » preuve que les types du GUD sont un peu ringards. « Les petites mains là, bouge-les. Que chaque seconde de cette vidéo soit balancée sur YouTube, juste pour le plaisir, le jour où tu parleras », lâche Le Priol. « Sinon, elle reste entre nous. Elle reste que pour moi. C’est Loïk Le Priol qui a cette vidéo. » « Tu bouges bien en plus, comme une petite salope, comme tu es en fait. ».

Le 14 octobre, des interpellations ont lieu et le parquet de Paris ouvre deux jours plus tard une information judiciaire pour « violences aggravées » avec préméditation, usage d’une arme en réunion, et entraînant une incapacité totale de travail supérieure à huit jours. Parmi les cinq mis en cause, deux sont mis en examen et placés en détention provisoire. Le 3 novembre, un arrêt de la chambre de l’instruction ordonne leur libération en contrepartie du paiement d’une caution de 25 000 euros chacun. Dix jours plus tard, les deux militants sont libres. Mais son contrôle judiciaire interdit à Logan Djian de se rendre en Île-de-France et le contraint de fixer son lieu de résidence à Dijon.

Ce serait un proche de Marine Le Pen qui aurait avancé les 25 000 euros de caution nécessaires à la libération de Logan Djian : Un certain Axel Loustau, trésorier du micro-parti Jeanne, conseiller régional FN tout récemment promu secrétaire départemental du FN dans les Hauts-de-Seine. M. Loustau nie. Les frontistes aussi pratiquent la taqiya, y’a pas de raisons. Or un versement concomitant de 25 000 euros de la société Financière AGOS à Jessica Guillemard, la compagne de Logan Djian, a attiré l’attention des enquêteurs. Créée en 2007 par Axel Loustau et sa femme, sous le nom de Financière SOGAX, cette holding familiale a été rebaptisée Financière AGOS en mai 2015. M. Loustau n’apparaît plus dans les statuts depuis le printemps 2015, mais il a conservé officieusement le contrôle de cette structure dont il a confié la présidence à l’une de ses proches.

Logan Djian n’a pas démenti ces informations, se contentant de préciser que « Loustau n’a plus rien à voir avec ça » puisqu’il n’est plus actionnaire de la Financière AGOS. « Comment savez-vous tout ça ? […] Je ne veux pas parler de ça, je n’ai rien à vous dire… Votre boulot de mange-merde, de petite salope, on vous répondra pas, OK. […] Tout ce que tu vas sortir, fais bien attention, c’est pas une menace, je t’emmènerai devant les tribunaux. Donc, fais bien attention espèce de petite merde […]. Les putes, je les traite comme des putes », a-t-il prévenu, sans aller jusqu’à diffuser la Macarena en fond sonore.

Devenu chef d’entreprise après ses années de militantisme au GUD, Axel Loustau, 45 ans, a créé un groupe de sécurité privée, Vendôme Sécurité. Ces dernières années, son engagement jamais renié au GUD, sa mise en examen dans l’affaire du financement du FN et plusieurs provocations l’ont propulsé sur le petit marché où on vend des mensonges« On est des radicaux, mais on est aussi des hommes d’affaires, vous nous avez fait perdre 40 % de notre chiffre d’affaires ».

Créée en 2007, cette holding familiale – acronyme d’Axel (Loustau) et de ses proches  – était domiciliée dans ses bureaux, place Léon-Deubel, dans le XVIe arrondissement de Paris. Au printemps 2015, M. Loustau sort de l’actionnariat de cette société, rebaptisée Financière AGOS, et c’est l’une de ses proches qui en prend la présidence : Emmanuelle Gaillard-Bailet. La jeune femme n’est autre que sa secrétaire, promue responsable administrative de son groupe de sécurité. Questionnée sur le versement de 25 000 euros de sa société Financière AGOS, Emmanuelle Gaillard-Bailet ne dément pas.

Jusqu’à juillet 2014, le commissaire aux comptes d’AGOS était un autre proche de cette galaxie des anciens du GUD : Nicolas Crochet. Cet expert-comptable, proche de Marine Le Pen et lui aussi mis en examen dans l’affaire du financement du FN, est apparu comme commissaire aux comptes de plusieurs sociétés de ce réseau des anciens gudards.

Entre le GUD et le Front national, les frontières sont poreuses un peu comme celles de jadis entre les trotskystes et le PS. Aujourd’hui encore, plusieurs anciens du GUD entourent Marine Le Pen : Philippe Péninque, son conseiller officieux et ami, qui fut l’un des chefs du groupuscule ; son vieil ami de fac Frédéric Chatillon, leader emblématique du GUD dans les années 1990, devenu le principal prestataire du Front national avec son agence de communication Riwal ; Axel Loustau, qu’elle a propulsé en 2012 trésorier de son micro-parti Jeanne, un poste occupé avant lui par un autre ancien du GUD, Olivier Duguet.

Aux dernières élections régionales, le trésorier du FN, Wallerand de Saint-Just – qui aurait été proche du GUD « sans y avoir adhéré » – a mené la liste frontiste en Île-de-France. Dans les Hauts-de-Seine, Axel Loustau a été investi en troisième position, puis élu grâce à la démission de la numéro deux de la liste. D’autres proches de ce réseau figuraient sur les listes frontistes : la mère de M. Loustau, candidate dans les Hauts-de-Seine, ou encore la numéro deux dans le Val-de-Marne, Gorete Varandas, dirigeante d’une société domiciliée à la même adresse que le micro-parti Jeanne, et qui apparaît dans l’enquête sur le financement du FN.

Axel Loustau qui n’est pas vraiment de gauche a pris la tête du collectif patronal du parti et vient d’être promu patron du FN dans les Hauts-de-Seine. Il prétend dans Le Parisien avoir « l’oreille [de Marine Le Pen] plus que d’autres…pas parce que je suis son pote, mais parce que j’ai une compétence de chef d’entreprise ».

Anciennes et nouvelles générations du GUD restent solidaires. Axel Loustau et son ami Frédéric Chatillon ont fait travailler Logan Djian dans leurs sociétés Riwal et le groupe Vendôme Sécurité, prestataires du Front national. Logan Djian apparaît d’ailleurs aux côtés du service d’ordre lors d’un déplacement de Marine Le Pen, le 7 janvier 2012. Ce qui remonte tout de même à quatre ans.

Surnommé le « Duce », le jeune homme a visiblement un faible pour Mussolini. Gérant du « Crabe-Tambour », un bar associatif et peu cinéphile du XVe arrondissement et fondateur de Securi Shop, une société d’équipement de sécurité, Logan Djian a organisé l’année dernière avec le GUD un congrès nationaliste européen réunissant des mouvements tels que les néonazis grecs d’Aube dorée et les néofascistes italiens de CasaPound. Il est aussi apparu faisant une quenelle avec Dieudonné, ou aux côtés de militants des Jeunesses nationalistes et du groupuscule pétainiste et antisémite l’Œuvre française.

Un futur lecteur des cahiers noirs d’Heidegger, en somme, et plus certainement un auditeur assidu des conférences d’Alain Soral.

L’eurodéputé Bruno Gollnisch, s’est rendu, le 18 juin dernier, à un « apéro-débat » au « Crabe-Tambour » et la députée Marion Maréchal-Le Pen posait avec le futur mis en examen lors de la dernière « Manif pour tous », le 5 octobre 2014, alors que le chef du GUD assurait la sécurité dans le cortège mais sans les étendards de la division Charlemagne ce qui fait toujours mauvais effet. Il n’est pas rare que de jeunes gudards et de jeunes frontistes se retrouvent dans des bars du XVearrondissement sans l’ambiance haute en couleur des damnés réservée au fan-club de Philippot. Julien Rochedy, président du FNJ, ne nie pas cette proximité. « Oui ce sont des amis » « ces individus, qui, à trois ou quatre en France, menacent gravement et dangereusement la démocratie et la République ». En janvier 2016 , l’ancien patron du FNJ qui n’est pas vraiment Charlie faisait sur Twitter la publicité de la ligne de vêtements de son « pote » Loïk Le Priol :

Julien Rochedy s’est associé avec le tandem Loustau-Chatillon, au sein d’une société de communication politique qu’il a créée en janvier 2015 : ASDALL–Ewing Com. Cette toute jeune structure est désormais gérée par Axel Loustau lui-même.« Les actionnaires, ce sont des amis qui ont voulu m’aider au départ, mais finalement, je suis parti sur d’autres projets. J’ai quitté cette société qui n’a eu aucune activité ».

Mediapart / BAM

Publié par : Memento Mouloud | mars 27, 2016

Heidegger antisémite spirituel

La conversion d’Heidegger à l’antisémitisme semble s’être faite assez tard, avec la rencontre de sa future femme, Elfride Petri, fille d’officier prussien, protestante et antisémite ; ainsi, il lui écrivit dans une lettre du 18 octobre 1916 : “L’enjuivement de notre culture et de nos universités est assurément effrayant et je pense que la race [Rasse] allemande devrait encore mettre en œuvre tant de force intérieure pour parvenir au sommet. Assurément, le capital !”. Puis vient la spiritualisation ou la décantation philosophique de son antisémitisme à gros sabots.

En écho dissonant à sa lettre de 1916, il s’inquiète en 1929 de “l’enjuivement croissant au sens large et au sens strict” de la “vie spirituelle allemande”. Il soutient alors qu’« avec leur talent calculateur prononcé », « les juifs vivent selon le principe de la race ». De plus, le « judaïsme mondial » exprime « le déracinement de tout étant hors de l’être ». Il a donc changé le point d’incidence du crime juif : ce n’est plus la race allemande qui est menacée mais la race juive qui menace toutes les autres d’un crime sans commune mesure : l’effacement définitif de l’Etre.

Le délire peut donc continuer et Heidegger-Jésus tracer la voie dans la forêt obscure. C’est le temps du combat contre ce qu’il nomme, dans un cours de 1929, la « dégénérescence de la vision du monde », à laquelle il oppose celle « entendue comme maintien ». De ce maintien dans l’être, de cette Haltung (« attitude ») aux accents héroïques, les juifs, parce qu’ils sont dépourvus de monde, sont d’emblée exclus. La radicalité de l’attaque se voit au fait que, de l’animal, Heidegger ne dit pas qu’il est sans monde, mais seulement « pauvre en monde ». Le juif lui est acosmique. Luftmensch.

Du haut de sa chaire, Heidegger, après le 30 janvier 1933,  accompagne le mouvement nazi d’épuration des lettres par le feu et la torture en pointant la difficulté de débusquer “l’ennemi” intérieur : car alors, “il est souvent bien plus difficile et laborieux de repérer l’ennemi en tant que tel, de le conduire à se démasquer, de ne pas se faire d’illusions sur son compte, de se tenir prêt à l’attaque, de cultiver et d’accroître la disponibilité constante et de lancer l’attaque à long terme avec pour but l’anéantissement complet.” Le discours est martial, Heiddy tente alors de déborder la SS sur sa droite tandis que les SA improvisent les premiers camps de concentration en attendant la seconde révolution qui ne viendra jamais.

Néanmoins le discours d’Heidegger se poursuit et si les nazis voient les juifs comme un problème à régler selon un mode policier et technique, Heidegger poursuit son questionnement antisémite spiritualisé. La question concernant le rôle du judaïsme mondial [Weltjudentum] n’est pas raciale [rassisch], c’est plutôt la question métaphysique [die metaphysische Frage] sur laquelle cette espèce d’humanité, étant simplement libérée de tout lien, peut faire du déracinement de tout étant hors de l’être sa propre « tâche » dans l’histoire mondiale. « L’accroissement temporaire du pouvoir du judaïsme a son fondement dans le fait que la métaphysique de l’Occident, particulièrement dans son déploiement moderne, offrit le point d’attaque pour l’auto-élargissement d’une rationalité et d’une faculté de calcul sinon vides, laquelle se procura par une telle voie un abri dans « l’esprit », sans pouvoir à chaque fois en appréhender de soi le ressort décisionnel occulte. Plus les décisions et interrogations futures deviennent originelles et primitives, davantage inaccessibles elles deviennent pour cette « race ». ».

Le judaïsme a perverti l’Occident, le gars de Fribourg n’est plus très loin d’Evola, fieffé philosophe réactionnaire bien qu’antisémite selon les SS.

Evoquant Nietzsche, le moustachu en tyrolienne écrit « La « juiverie mondiale » doit lui être apparue comme un peuple ou un groupe d’un peuple qui, dans la concentration sur soi la plus intense, ne poursuivait d’autre but que la désagrégation de tous les autres peuples : une « race » qui oeuvrait consciemment à la « déracialisation des peuples » Les Juifs seraient finalement, avec les Américains, les représentants les plus dangereux du commerce mondial, de la « machination » (au sens de « machinisation », de mobilisation technique totale de l’étant), des apatrides sans concept avec un sol, une origine.

La question se poursuit en 1946,: “La méconnaissance de ce destin […] ne serait-elle pas, pensée du point de vue du destin, une “faute” et une “faute collective” encore plus essentielles, dont la grandeur ne saurait aucunement – être mesurée en son essence à l’horreur des “chambres à gaz” – ; une faute – plus inquiétante que tous les “crimes” “répréhensibles” publiquement – que certainement nul à l’avenir n’aurait le droit d’excuser ? Imagine-t-“on” que dès à présent le peuple allemand et son pays sont un unique camp de concentration [Kz] – un camp tel que le “monde” n’en a encore jamais “vu” et que “le monde” ne veut pas non plus voir – ce non-vouloir-là est encore plus volontaire que notre absence de volonté face à l’ensauvagement [Verwilderung] du national-socialisme.”

Un tel décollage hors de tout référent historique force le respect. La philosophie d’Heidegger s’édifie sur du vide : la grandeur d’une mission que les nazis auraient loupée, la plainte du petit-bourgeois momentanément ruiné qui se calmera au jour du miracle allemand, la conversion du messie en paysan-sépia retiré dans la clairière.

« la Seconde guerre mondiale et les camps d’extermination relèvent de l’« accomplissement de la métaphysique » parce que c’est « l’histoire de l’Etre qui jette les dés ». Aussi Heidegger écrit, y compris après Auschwitz, que les Juifs, agents de la technique haïe, sont les fauteurs de la « désertification » du monde provoqué par la modernité, que leur extermination industrielle n’a été qu’une « auto-extermination » dont les Allemands ne portent pas la culpabilité puisque les Juifs ont dévié l’Histoire d’un Etre qui n’existe pas et qui double l’Histoire apparente, celle des caves qui se font tuer pour que jouent les fifres des bergers.

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