Publié par : Memento Mouloud | octobre 16, 2016

Marche des fiertés consuméristes v/s Marche néo-franquiste pour tous

Marquée par des hommages aux attentats d’Orlando et de Nice, la Gay Pride de Montpellier, sous un soleil invictus, a rassemblé samedi près de 10 000 personnes (3 000 selon la Police, 15 000 selon les organisateurs) d’après le Midi Libre mais 4.000 personnes pour France Bleu. Une affluence en baisse par rapport à l’année dernière. Initialement prévue mi-juillet, la Marche des Diversités Fierté Montpellier Pride (ou marche des diverses fiertés homosexuelles voire transgenres et fiers de l’être) avait été annulée mais réunissait ce samedi, 200 représentants des Pride de la planète, invités dans le cadre du Congrès Mondial. Car les pride sont fiers mais pas téméraires, ils laissent ça aux peshmergas kurdes ou aux commandos français perforés par des drones piégés dans un coin perdu de la frontière irakienne.

« Trop souvent la communauté LGBT est montrée du doigt », lance une participante à la Gay Pride qui se prend pour un collectif à deux jambes. Christophe arbore le drapeau arc-en-ciel, remarquable geste de résistance parmi d’autres gens fiers qui pensent tous fièrement la même chose. « Le quotidien reste parfois compliqué », reconnaît le Montpelliérain. « Des insultes, des réflexions. Pour beaucoup de gens, l’homosexualité est acceptable parce qu’on ne la voit pas. » Qui sont ces beaucoup et ces gens, mystère. « Nous avons encore beaucoup de chemin à parcourir », déclare Vincent Boileau-Autin, président de Fierté Montpellier, et premier marié de France, en faisant allusion aux 39 marches et revendications des populations dites LGBT. « Il ne faut rien lâcher », lance le même dans une sorte de rhétorique ultra de la constipation. Rappelons qu’une moyenne de 667 mariages mensuels dits gais ont été célébrés en 2015, soit à peine plus de 3 % de l’ensemble des mariages. « Rien n’est jamais gagné. Nos acquis peuvent disparaître demain. C’est pour cela que nous devons aller encore plus loin dans notre combat » où Vincent dira qu’après-demain tout peut être soldé et qu’il faut aller encore plus loin, plus haut, plus fort dans la domestication consumériste de l’amour. D’ailleurs Rendez-vous était pris dès 19h au COXX, Cubix, Heaven et UP : ces 4 bars où les équipes (de bénévoles ?) recevaient pour les seuls Apéros Officiels de Clôture de la Pride 2016 ! Formidable

La Gay Pride s’est terminée place de la Comédie. Après quelques discours des organisateurs, une minute de silence a été respectée en hommage aux 49 victimes de l’attentat d’Orlando dans une sorte de parodie du tombés au champ d’honneur. Manquait l’oraison funèbre d’un Périclès arc-en-ciel. Quelques heures plutôt, les locaux de l’association Fierté Montpellier Pride, boulevard Pasteur, avaient été tagués dans la nuit de vendredi à samedi. Les membres de l’association avaient découvert deux inscriptions ce samedi matin : « Non à la PMA sans père » ainsi que le logo de la Manif pour tous, la fameuse phalange néo-franquiste pour la restauration des valeurs faisandées.

La porte-parole de La Manif pour tous Ludovine de La Rochère a beaucoup voyagé au cours des dernières années. Elle a notamment rencontré ses homologues en Croatie, en Allemagne, en Finlande, en Irlande. Elle n’a jamais évoqué la cohorte des prêtres pédophiles ou les financements baroques de la sainte église militante. Visiblement pour cette sorte de croisés salonnards il est acquis que l’église est une porcherie et qu’il faut en prendre acte. Mais que ce soit là-bas ou ailleurs, les acteurs de La Manif pour tous bénéficient de l’activité des réseaux catholiques. « On sait que le cardinal André XXIII et monseigneur Barbarin ont mis à disposition leurs réseaux lors des grandes manifestations contre la loi Taubira ». Ils étaient moins enclins à le faire pour soutenir les centaines (milliers ?) de victimes d’abus pastoraux.

La nébuleuse de La Manif pour tous bénéficie également du soutien de fondations américaines comme l’American Center for Law and Justice, qui a créé l’European Center for Law and Justice (ECLJ) basé à Strasbourg et, l’année suivante, le Slavic Center for Law and Justice (SCLJ), en vue de faire du lobbying sur les valeurs familiales et contre le « péché » de l’homosexualité. la National Organisation for Mariage (NOM) et son président Brian Brown – très actif aux États-Unis dans la lutte contre les unions de même sexe – ont aussi noué des liens étroits avec La Manif pour tous, dont les leaders ont été invités à Washington. La fondation Lejeune dont Ludovine de La Rochère est l’ancienne responsable de la communication, est aussi très active outre-Atlantique où elle a créé une antenne, l’agence de communication américaine Opus fidelis, dirigée par David Lejeune. Elle assure depuis les États-Unis des campagnes de propagande en faveur du programme national-lapiniste intégral.

Opus Fidelis semble, en outre, être particulièrement bien vue par le Vatican. En 2010, l’agence a remporté un appel d’offres lancé par la Fondation pour l’évangélisation des médias (FEM) initiée par Benoît XVI afin de créer le réseau de médias sociaux de l’Église catholique. La plateforme créée par David Lejeune, Aleteia.org, est bien entendu très active dans l’information sur le Mariage pour tous français.

Au début du mois de janvier 2013, l’agence prenait en charge l’organisation sur le web (créations de sites, de la newsletter…) d’une association baptisée Collectif pour la famille et le mariage (CFM), créée par Guillaume de Thieulloy, responsable des sites traditionalistes Nouvelles de France et Observatoire de la christianophobie, avec Béatrice Bourges, et l’ancien ministre de la défense Charles Millon.

Derrière cette organisation internationale, c’est le Vatican qui tire les ficelles. « Nous savons que NOM a souvent servi de faux nez – et obéit – à la conférence des évêques catholiques américains », explique David Cary Hart, auteur du blog The Slowly Boiled Frog, qui a particulièrement suivi le mouvement NOM et ses liens avec l’Opus Dei. Or « l’Opus Dei est la seule organisation catholique à dépendre directement du pape ». De son côté, NOM Exposed avait découvert, en janvier 2012, l’organisation d’une réception organisée au nom de l’archevêque de New York au profit de la branche américaine de l’ONG Fidesco. Or le président de cette association n’est autre que le PDG d’Opus Fidelis, David Lejeune.

Enfin, on peut remarquer que Fidesco est une ONG fondée en 1981 par la Communauté de l’Emmanuel, bien connue au sein du mouvement français de la Manif pour tous et dont l’histoire éclaire partiellement ces liens franco-américains. « Il s’agit d’un mouvement créé en 1976 sur les bases du “Renouveau charismatique”, un courant venu des États-Unis, qui a touché à la fois les églises catholiques, méthodistes ou évangéliques. Dans les années 1980, le Vatican va les canaliser et les utiliser dans le cadre de sa stratégie de reconquête. Ils vont ainsi prospérer en développant, notamment, des agences de communication, car ce sont des gens très modernes. » En effet,l’une des caractéristiques des 8 000 à 10 000 membres français de cette communauté est d’être « souvent des cadres supérieurs, dont beaucoup travaillent dans le secteur de l’internet ». Des cordicoles de droite, en résumé.

Il suffit en effet de jeter un coup d’œil à la liste des organisateurs et diverses associations membres du collectif Manif pour tous, pour constater une surreprésentation de la communauté de l’Emmanuel parmi les organisateurs, ainsi que leurs liens avec l’Opus Dei, la Fondation Lejeune et l’Église catholique. L’un des exemples les plus symboliques est sans doute Ludovine de la Rochère. C’est également un membre de la communauté, Jean-Baptiste Maillard, qui est à l’origine du site Homovox censé représenter les homosexuels au sein du mouvement. Parmi les autres organisateurs notables, on trouve également Élisabeth Montfort, rédactrice en chef de la revue de la communauté de l’Emmanuel, L’1nvisible.

Alexey Komov, directeur des affaires internationales de la fondation Saint-Basile le Grand, une des plus importantes associations caritatives orthodoxes, ne cache pas son soutien aux organisations qui, en Europe, protègent les « valeurs traditionnelles de la famille » illustrées par l’aviation russe bombardant hôpitaux et écoles à Alep.

Ambassadeur du Congrès mondial des familles, il a participé au congrès régional organisé ce vendredi 14 et samedi 16 octobre à Belgrade. Aux côtés de Brian Brown du NOM, une sorte de sainte alliance redivivus. Alexey Komov était il y a deux ans l’invité de marque de la Fédération des associations familiales catholiques lors d’une table ronde organisée sur le thème « Si tu veux la paix défend la famille ». Dans un entretien à un site russe, il expliquait que « la Russie est sans doute le seul pays parmi les plus grandes puissances du monde à avoir le courage, la détermination et la rigueur nécessaires pour protéger les valeurs de la famille ». Visiblement Alexey n’a toujours pas digéré le fait que la Russie n’est plus une grande puissance, ni compris qu’un pays gouverné par un autocrate transforme tout un chacun en un castrat gouvernemental. Également présent à Belgrade, le Français Fabrice Sorlin, représentant pour la France du Congrès mondial des familles. Créateur de Dies Irae, cet ancien candidat aux législatives du Front national est un proche de l’oligarque Konstantin Malofeev, au cœur de la danse du ventre du FN auprès de l’autocrate du kremlin. Le bonhomme en mousse à vodka est également président de la fondation Saint-Basile le Grand. Grande bienfaitrice de la nébuleuse de La Manif pour tous.

Midi Libre/ France Bleu /Montpelliergay /Mediapart / BAM

Publié par : Memento Mouloud | octobre 15, 2016

L’Hérault sauvé des eaux

Ce devait être the big flood ou quelque chose d’approchant, alerte rouge, le département paralysé, des routes coupées, des mémés portées par les pompiers dans des nacelles, les gitans évacués sans caravanes, les campings transformés en étangs, le camp naturiste d’Agde engorgé par les godemichés et les vibromasseurs stockés, les écoles fermées, la gestion de la population par la panique, la mise au pied de la catastrophe, la servitude par l’urgence. Une expérience in vivo.

Le matin, le préfet interdisait le transport scolaire, ce qui revenait à dire que les enfants n’iraient pas à l’école mais les enseignants, oui. L’après-midi c’était tout le monde à la maison, préparez les sacs de sable. Les principaux, les proviseurs, les directeurs envoyaient des messages, portez-vous bien, j’espère qu’aucun d’entre vous ne nagera ce soir parmi les dauphins, les tortues, les gougeons. Les autres se débrouilleront. Le vendredi à 8 heures, c’était l’école ouvrira à 13 h, pourquoi pas 12h15 ou 13 h20 ?

L’alerte rouge était passée à l’orange, le personnel devait rejoindre le front, the flood front. Si on était pointilleux, on aurait pu remarquer que les consignes sont de limiter les déplacements en cas d’alerte orange ; foin des consignes, the big flood s’était transformée en little flood voire en pas flood du tout ou not flood. Tout personnel resté en plan chez lui était un planqué, un déserteur. Ils firent cours, les enfants étaient entre 1 et 6 selon les classes, une réussite.

Les mauvaises langues diront que des modèles incapables de prévoir l’ampleur d’une inondation sur deux à trois heures voire d’une journée à l’autre à propos d’un département français auront bien du mal à établir ce que sera le climat de la planète dans 50 ou 100 ans, mais ce sont de mauvaises langues. L’important n’est pas de savoir ou de prévoir l’important c’est d’étudier l’effet de panique et de maintenir l’urgence parce que l’urgence est la matrice de toute servitude.

Publié par : Memento Mouloud | octobre 14, 2016

Les Wildenstein face à l’horreur fiscale et socialiste

L’entrelacs de trusts et de “sociétés sous-jacentes” rend la fortune des Wildenstein si opaque qu’eux-mêmes en ignorent peut-être la valeur globale. Encore qu’on puisse en douter tant l’argent est leur fluide essentiel et presque unique. Alec Junior a bredouillé que son ranch au Kenya (qui appartient à un trust et mesure 300 km2) vaut environ 10 millions de dollars. Un simple mensonge. Disons que la parole d’un Alec devant un tribunal français ne vaut rien pour la simple raison qu’il ne reconnaît qu’un seul tribunal, le sien. Son père, domicilié fiscalement en France depuis 2004, n’avait déclaré aucun revenu pendant deux ans, mais était alors propriétaire d’une écurie de chevaux de course, du château de Marienthal (Essonne) ainsi que d’un hôtel particulier rue de la Boétie (Paris), entre autres choses. Feu Alec avait donc créé une société en 2007, afin de justifier ses revenus aux yeux du fisc français. Cette SARL (Béguémot Company), gérée par Olivier Riffaud, avait déclaré 1,7 million d’euros de TVA cette année-là. Pourtant, s’étonne le président du tribunal, « on n’a, en fait, retrouvé que trois factures, d’un montant global de 443 000 euros, censées correspondre à des prestations d’Alec », son intervention (moyennant 5 % de commission) dans la vente de trois tableaux : un Édouard Manet, un Gustave Courbet et un Odilon Redon. Aux yeux du président Olivier Géron, toute cette opération ressemblant fort à un bricolage de dernière minute afin de faire face à l’oppression fiscale de nature quasi-soviétique régnant dans l’hexagone.

Adepte de la maxime « à nos femmes, à nos chevaux et à ceux qui les montent », Alec avait également décidé de faire un cadeau à sa jeune épouse russe, qui était déjà la bénéficiaire d’un trust possédant six tableaux : il lui avait offert un immeuble dans la rue Vaneau, près de l’hôtel Matignon. Quelques 11 millions d’euros avaient été dégagés pour acquérir l’immeuble et y faire des travaux. Là encore, l’opération avait nécessité des montages complexes, avec de l’argent des trusts et la confection d’un prêt bidon.

« Quand j’ai renoué avec mon père, qui était en phase terminale, elle n’était pas avec lui mais plutôt en thalasso », avance son fils vertueux.« Je n’ai été prévenu de sa mort que le lendemain. Sa maison avait été entièrement vidée, du coffre-fort jusqu’aux poignées de porte. »

En piochant dans la fortune familiale, on ignore ce que vaut une île, appartenant également à un trust familial, située aux îles Vierges britanniques. Il y a aussi des immeubles et des galeries d’art, et des milliers de toiles de maîtres. On sait tout de même, par la comptabilité des trusts, que le clan a vendu en 12 ans pour 250 millions de dollars d’œuvres d’art. Selon une estimation qui figure au dossier, le Delta Trust familial possédait à lui seul, en 2001, quelque 2 483 œuvres d’art, d’une valeur globale de 750 millions de dollars. Autant d’œuvres que les nazis n’auront pas eu.

« Je me suis mise à la place de Guy Wildenstein. Ce n’est pas facile d’hériter d’une fortune importante. Que faire quand on hérite de milliers d’œuvres d’art ? », se demande Monica d’Onofrio lors d’une question parfaitement rhétorique. De fait, la procureur estime que si l’aîné des Wildenstein a hérité d’un mode de gestion, de montages offshore, il a aussi donné des instructions à ses conseillers et à ses hommes de loi. L’accusé dit tout ignorer de la fiscalité socialiste française. La magistrate n’y croit pas.« On connaît les lois de la République, le pays qui a vu naître ses prestigieux ancêtres, où ils ont constitué leurs collections, et où les membres de la famille viennent se soigner, ou mourir, dans des hôpitaux qui vivent de nos impôts ».

« À quoi sert de créer un trust, sinon dans un but d’opacité fiscale ? Elle est déclarée où, cette fortune apatride ?… Nulle part. Vous pensez que c’est une niche fiscale mondiale ? C’est une honte ». Apatride, le procureur se verra bientôt accuser, si nécessaire de rapatrier sur les tréteaux judiciaires les 200 familles ou les plus sombres heures de notre histoire.

Dans ce réquisitoire parfois décousu qui invoque la honte et nos impôts, les faits d’armes familiaux remontent à la surface. Alors que Daniel Wildenstein agonisait en 2001, les enfants terribles organisèrent pour sauver leur statut de rentier de père en fils, le transfert à l’étranger de centaines de toiles, la vente chevaux de course, et la spoliation de la veuve, Sylvia. Les deux fils de Daniel, Alec et Guy, ont alors fait en sorte que Sylvia renonce à la succession de son mari, en lui présentant des dettes inquiétantes. Ils ont également bloqué les 19 toiles de Bonnard que son mari lui destinait, et qui étaient logées à dessein dans le Sylvia Trust. Quelques-unes de ces toiles ont été vendues depuis, d’autres appartiennent encore à la famille. Sylvia, elle, est morte. Quant aux déclarations de succession de Daniel et d’Alec, elles ont été très largement minorées.

« Pourquoi avoir persisté à frauder, pendant tant d’années ? Avoir mis tant d’énergie à ne pas déclarer, payé autant de frais en conseils et en conseillers ? », questionne Monica d’Onofrio. Sa collègue Mireille Venet parlera de « la famille Liechtenstein ». Serait-elle antisémite ? Gauchiste ? Ennemie du franc suisse ?

Robert Panhard a 70 ans. Ce notaire parisien à la retraite, descendant du constructeur automobile René Panhard, et président du très sélect Automobile club de France depuis 2012, est jugé pour complicité de fraude fiscale. On lui reproche d’avoir aidé les héritiers de Daniel Wildenstein, puis ceux de son fils Alec Senior (décédé en 2008), à dissimuler des avoirs considérables au fisc français. À savoir des centaines de toiles de maîtres (dont une des trois versions du joueur de Luth du Caravage estimé à 27 millions d’euros, d’ailleurs cette œuvre a, depuis peu, été entreposée dans un coffre fort en Suisse), des propriétés au Kenya, aux Îles vierges britanniques et à New York, des parts de la galerie d’art Wildenstein, et enfin des sociétés hippiques. Les actifs du célèbre collectionneur et marchand d’art Daniel Wildenstein avaient ainsi été déclarés à hauteur de 40,9 millions d’euros seulement en 2002. Quelques modestes rectifications furent opérées. Mais neuf ans plus tard, le fisc a notifié aux héritiers qu’il convenait d’y ajouter quelque 571 millions d’euros d’actifs. Et fin 2014, le fisc a adressé à chacun des héritiers un courrier fixant à 226 millions d’euros les droits dus, outre 135 millions d’intérêts de retard et 86 millions de majorations.

Robert Panhard avait 3 000 dossiers dans son étude notariale, qui employait 70 personnes. Dans le dossier Wildenstein, il a encaissé 160 000 euros pour le projet de déclaration de succession de Daniel, un document pour le moins incomplet qui lui vaut de comparaître devant le tribunal. Son confrère Gilles Oury, désigné par la cour d’appel de Paris en 2005 pour régler la succession Wildenstein, lorsqu’il il est questionné sur les lacunes de sa mission, asserte  « Je ne peux juger que d’après les pièces qu’on me donne » . Censé liquider la communauté Daniel et Sylvia Wildenstein, et régler le partage de la succession entre les héritiers, il dit avoir découvert l’existence de plusieurs trusts par la presse, et attendre encore des réponses à ses courriers adressés aux dits trusts. « Nein ! », répète en boucle l’avocat suisse Peter Altorfer, d’une voix forte, et en tapant de la main sur le pupitre en bois faisant office de barre du tribunal, lorsqu’on l’interroge sur ses curieuses défaillances en tant que protecteur de plusieurs trusts. Lui non plus n’aurait commis – ni même vu passer – quelque infraction que ce soit.

On ne discute pas avec les staliniens antisémites, on les contourne.

« Je n’ai posé qu’une question théorique sur le statut fiscal des trusts à quelqu’un que je connaissais au cabinet de M. Copé, ministre du budget, mais en anonymisant les statuts des trusts de la famille Wildenstein », se justifie Olivier Riffaud. Ce géant aux moustaches monumentales présente aussi la particularité d’avoir été successivement inspecteur des impôts, clerc de notaire puis avocat, et de s’être rendu utile auprès des Wildenstein.

Leurs avocats se plaisent à répéter que la France n’entend rien à la législation sur les trusts anglo-saxons. Pourtant, le fisc américain s’est lui aussi manifesté, les Wildenstein ayant malencontreusement omis de déclarer en 2001 des tableaux d’une valeur de 250 millions de dollars, logés dans le Delta Trust. Le fisc américain réclame donc 136 millions de dollars aux héritiers. Preuve s’il en était besoin que tous les agents fiscaux sont des socialistes et devraient être abattus sur le champ.

Il  est aussi question de dons financiers via le Premier cercle des donateurs de feu l’UMP, de Légion d’honneur, et de conflits d’intérêts ; on y croise le chef de l’Etat populiste, Nicolas Sarkozy, et le ministre populiste Eric Woerth. Dans la famille, Guy est en effet un ami de longue date de l’ancien chef de l’Etat populiste. Interrogé le populiste Eric Woerth affirmait ceci : «Au moment d’une succession, comme à tout moment, on ne doit rien dissimuler…. Le principe du fisc, et le principe de la fiscalité française, c’est qu’on soit au courant de ce qui se passe en terme patrimonial, ou en termes de revenus.» et quand on est riche de payer le moins possible car le riche a droit à un revenu minimum garanti du capital.

Dalida aurait conclu par paroles et paroles et paroles, on peut résumer d’un mot, foutaises.

Monsieur Sarkozy n’est pas de droite, pas plus qu’il n’est du centre, il est de Neuilly. Il l’est jusqu’aux tréfonds, jusqu’à la moindre de ses fibres, il est un bourgeois, ce qu’on nommait dans les années trente du siècle précédent, un modéré, un bien pensant. Il sera donc populiste modéré.

Qu’un homme puisse se passer de l’Etat pour se tenir debout, qu’un homme n’ait pas pour objectif ultime de peaufiner son testament et de tâter l’ampleur de son portefeuille, qu’un homme puisse se concevoir autrement et en tirer les conséquences, Sarkozy ne le perçoit même pas, cela dépasse son entendement.

Avec lui, avec ses affidés,  on en revient aux vieilles médiocrités, l’enrichissez vous de Guizot et la culture c’est ce qui reste quand on a tout enlevé d’Herriot, cette transe d’une société qui aurait le coffre-fort et l’école (grande) pour fondements. Que Monsieur Sarkozy y ajoute la police n’est pas la politesse qu’un tartuffe adresse au spécialiste des retournements de veste qu’était Fouché, c’est dans la logique de la safe politic comme il y a un safe sex.

Chez Sarkozy, son l’Etat vous protégera, sonne comme un restez atrophiés, son travailler plus pour gagner plus comme un appel à suivre en tous lieux, tous points, la voie indiquée par son patron, son nationalisme rapiécé est un patchwork kitsch où défilent les grands épisodes comme dans ses histoires de France pour les nuls.

Sarkozy ou un autre groupe de fidèles républicains, une autre clique, mèneront donc à bien le programme de la société bourgeoise que résume Cioran, « seuls les oisifs, les parasites, les experts en turpitude, les petits et les grands salauds profitent des biens qu’elle étale, de l’opulence dont elle s’enorgueillit : délices et profusion de surface ».

Oisifs, parasites, porteurs de turpitudes, salauds, opulents, il faut laisser le soin d’y mettre les noms.

Mediapart / BAM

Publié par : Memento Mouloud | octobre 11, 2016

A celle qui est voilée (remix)

1

Sors du nuage, ombre parlante

Ô fantôme, laisse-toi venir

Suis le ghazi dans la tangente

Suis le blédard de son œil noir

 2

Cherche-le sous les vaporettes

Dresse un bâton sous son calcif

Et, dans ses profondeurs muettes

Fourre-lui en du laxatif

 3

Suis l’imam qui fuit et branle

Aux grandes blagues en courroux

Oh ! tiens ! tu dois être bien brêle

Car ton lion faquin est bien mou

 4

Car la nuit engendre l’onagre

C’est sans doute une loi des pieux

Que ton noir fessier fasse pellagre

Sur son vit avaricieux

 5

Dans ce monde chaleureux en guerre

Vous devez aimer l’encensoir

Toi, toute flétrie et fière

Lui, tout rançonné de mouroirs !

 6

Tu me dis de loin que tu l’aimes

Et que, la nuit, près des prisons

Tu viens voir sur leurs faces blêmes

Le spectre blanc de leurs chansons

 7

Là, torturant, sous le grand dôme,

Près du lot sans trêve agité

Surprise on trouve l’idiome

De celui qui va dégoiser

 8

Ils comparent, sans la connaître

La captive à la règle vit

Leur brâme assiégeant sa fenêtre

Aux sourates ils s’essuient Talit

 9

Parfois, comme au fond d’une combe

Tu te sens sur ce front fatal

Bourbe de l’Inconnu qui plombe

Le pur brasier made in Halal

 10

A ton souffle, vers dieu talqué

Tu sens en toi, trousse pâleur

Frissonner toutes tes travées

Prières du cerveau en terreur

 11

Mais tu ne veux pas qu’on le voie

Du rien et du fruit de l’amour

Tu ne peux pas le nommer Joie

Ayant dit : tu t’appelles balourd

 12

Oh ! Fais un pas de plus ! viens, hante

Si nul talib ne le défend

Viens voir ce fort dans sa fiente

L’esprit oblong, le corps dément

 13

Viens voir le désert où sa bite

Seule sous un falzar étonnant

Est l’ange chez le cénobite

Ou vanité chez le croyant

 14

Range les perles dans les décombres

Toutes les gouttes de liqueur

Viens ouvrir sur les pleurs à l’ombre

Ta bouche d’où le mors écoeure

 15

Du bord des sinistres rapines

En verrines opaques, Sion !

Tu entrevois les choses porcines

Complète l’admonition

 16

Viens voir le danseur huis en panne

A mesure qu’on le conchie

Et de jour en jour dans son crâne

A plus de torts et moins de Oui

 17

Viens ! viens dans la troupe hagarde

Où gît la foi, d’où l’esprit sort

Où confusément par mégarde

Se forment les tic-tac des morts

 18

Tout s’échancre aux flambeaux funèbres

Allah, pour le danseur atterré

Ouvre grands dans les ténèbres

De brusques gouffres, piété

 19

Pendant d’être sur cette Terre

Tu sens que jadis tu singeais

Prise dans la grange nouvelle

Ton malheur, Eh !, c’est d’être née

 20

Sur ton âne, qui fut palombe

Tire, toi qui du pieu ballot

Vois surseoir en trombe une tombe

Sur le cadavre d’un blaireau

 21

Oui, ta frayeur irréparable

Se suspend aux deux éléments

C’est falot en toi, misérable

Cette fange et ces sacrements

 22

Hélas ! hélas ! c’est d’être un Ôme

C’est de songer qu’il était beau

D’ignorer comment tu es conne

D’être du miel et naître veau

 23

C’est être magma qui soliloque

Son vil bonheur sous le ciel bleu

C’est de porter la honte humaine

Où laver les zèles, par Dieu

 24

C’est de figer la muselière

C’est d’être plein, lui, fils du jour

De la lampe de la bannière

Même quand il s’écrie : Bonjour !

Publié par : Memento Mouloud | octobre 10, 2016

Donald for president !

La fin du marxisme implique que l’ordre bourgeois soit le seul debout qu’on le nomme capitalisme, libéralisme ou mondialisation. Appelons cet ordre, le Système. Deux fins antithétiques apparaissent : l’une présuppose que le système a pour fin l’émancipation de l’Humanité, il a donc pour modalité la défense inconditionnelle de toutes les minorités, c’est l’essence de cet espace critique appelé la gauche ; l’autre présuppose que les effets de cette critique contrecarre l’efficacité globale du système, qu’il en freine les performances et les possibilités, c’est  l’essence de cet espace technophile et sans morale préétablie qui s’appelle la droite.

Or la crise implique que la performance globale du système comme l’émancipation se heurtent à des impasses et apories qui menacent de désagrégation panique tout le dispositif. Il ne s’agit plus de simples dysfonctionnements attribuables à l’avidité ou aux rigidités bureaucratiques (cas du Crédit Lyonnais ou de la faillite d’Enron) mais bien d’une corrélation entre variables que le mathématicien René Thom a baptisée du nom de catastrophe. Ainsi la crise des sub-primes désarçonne l’ensemble du système bancaire en dévoilant l’étendue d’un aveuglement alimenté par les flux de crédit appariés dans le tandem infernal de la titrisation des encours et de la pratique du Leverage Buy Out. Dès lors, la rançon d’un tel aveuglement se paie d’une restriction tout aussi primitive des investissements et des premières saisies et faillites. Paradoxalement, deux dictatures post-communistes sont censées servir de contrepoids à la chute de la nef, la Chine et la Russie de Poutine.

Dans ce cadre, l’Islam apparaît comme une force et un projet auprès de peuples dont le moteur est le ressentiment et l’humiliation. En effet, cette religion s’appuie sur une autorité souveraine hostile à toute critique des fondements et à tout sens d’un sublime quelconque, elle ne tolère que deux procédures : l’interprétation qualifiée des oulémas (l’itjihad) et le caractère séculier et global de règles qu’elle impose à travers sa jurisprudence (le fiqh) à toute société et à tout individu.

Or l’Oumma est dominée par des aristocraties ou des juntes (y compris la forme para-étatique prise par Al Qaida), et non pas des bourgeoisies. Ces castes se présentent au regard du système comme une menace (attentats, menaces diverses, présence de communautés de combattants et de réseaux de soutien au djihad sur le sol occidental, défense inconditionnelle de la liberté de culte sur le sol euro-américain, guerres de faible intensité) et un recours (sauvetage de banques, investissements massifs, recyclage des pétro-dollars).

Aussi le djihad n’est pas marginal au regard de l’Oumma, il est le signe tangible des victoires remportées contre le système : sur le terrain militaire, il a pour objectif l’épuisement des forces occidentales et de l’ennemi israélien par une guérilla permanente, sur le terrain financier, il entend imposer ses règles à un système financier à court de liquidités et qui n’a pas à ménager le puzzle politique et ses questions afférentes de justice et de distribution équitables des colifichets et des biens.

En conclusion, l’absorption de l’Oumma par le système est impossible. Dès lors, les premières étapes de la gangrène se mettent en place, restrictions des libertés publiques et prolifération d’un appareil clandestin de tortionnaires couverts par une législation d’urgence, aveuglement et lâchetés devant les atteintes à la simple dignité humaine commises par les régimes hostiles ou en marge du système, manipulation des peurs et des défections dans l’opinion publique acquise au système, pour finir indiscernabilité des figures de la liberté par aveuglement, recouvrement et bêtise.

 

Publié par : Memento Mouloud | octobre 6, 2016

L’agonie infinie de l’école républicaine

On se souvient peut être de ce ministre de droite au regard vide de bovin parfumé dont la faconde de chef de rayon se perdait dans un français aussi approximatif que lacunaire appris dans une station de novlangue sarkozyste. Il avait décrété que la réussite n’était pas un problème de moyens dans le domaine de l’éducation et si Monsieur Châtel avait été un disciple d’Oscar Wilde, il n’aurait pas eu tort puisque ce dernier, lâchant des paradoxes comme un pétomane se livre à ses sonates odorantes, affirmait que tout ce qui est digne d’être connu ne s’enseigne pas. Néanmoins si on imaginait assez bien Châtel finir dans un back-room le fion dilaté aux poppers, on avait plus de mal à le concevoir penché sur le destin de Salomé avec son fard luisant dans la pénombre.

Bien entendu, le ministre caressait cette partie de l’opinion selon laquelle un fonctionnaire n’est  jamais qu’un fainéant patenté qui se rend chez son psy dès qu’il faut travailler, l’enseignant étant une sorte de parasite au carré, monstrueux croisement entre un dirigeant pornographe de l’UNSA et Jean-Paul Sartre. L’opinion n’a jamais été convaincue par le fait qu’il faille payer si cher, via l’impôt, des professeurs qui bénéficient de vacances permanentes et s’adonnent à des disciplines aussi archaïques que la philosophie, la littérature ou l’Histoire. Passe encore que l’Ecole serve de garderie à de futurs pianoteurs anglophones branchés sur un réseau quelconque émettant en 5 G alors qu’une pizza surgelée finit de s’émietter sur un coin de table, mais qu’elle soit peuplée de tire au flanc et de psychopathes de tous les continents en incite plus d’un à rejoindre ce qui se nomme le « privé » où leurs enfants finiront par apprendre à s’ennuyer à l’ancienne, ce qui, en ces temps d’innovations pédagogiques permanentes, n’est jamais qu’un moindre mal.

Comme le tittytainment n’attend pas le nombre des années, il était 9 heures lorsque Amédée pénétra dans le réfectoire où la principale, encadrée de son adjointe bronzée aux cuisses de catcheuses et d’une CPE à la blondeur moutonnante d’éternelle cliente du cap d’Agde entama son discours d’accueil où tout le monde se félicitait d’être si bon et plein d’entrain. Amédée pouvait observer le tutoiement généralisé, les clins d’œil, les jupes courtes des jeunes, la mine décavée des plus âgés et cette ambiance grand enfant où le personnel des écoles ne semble jamais sortir d’une éternelle jeunesse. Il avait bien croisé des peintres en bâtiment et des femmes obèses aux trois-quarts afro-antillaises mais avait su du premier coup d’œil qu’il s’agissait moins de collègues que des célèbres personnels ATOSS qui sont la colonne marchante de l’Intendance dont on se demande toujours à quoi elle peut bien servir, sinon à infantiliser sur le mode soviétique des enseignants à la recherche d’une clé, de leurs casiers ou d’un matériel en état de marche.

Amédée se demandait si tous ces gens n’étaient pas par hasard des figurants échappés de Camping ou d’un vieux film de Mocky période à mort l’Arbitre. Néanmoins, il fut saisi d’un vertige inexplicable devant cette atmosphère irréelle où il était question de DHG, de classes à 32 d’aides personnalisées et de lutte contre le décrochage scolaire et l’échec du même nom, sans même évoquer la Réforme. Il était évident qu’une bonne partie de ce milieu était absolument effrayant de vacuité et hostile à tout ce à quoi Amédée tenait un peu. Il y avait longtemps que l’Ecole était devenue l’ennemie du savoir et une pépinière de roquets serviles. On avait cessé d’enseigner Ronsard ou Virgile ou alors par la bande, on avait moqué les vieux réacs qui s’escrimaient à tenir le pari de l’Intempestif dans des classes surchauffées, on avait dénoncé tous les enseignants sous le nom de nantis pour ne pas désigner les véritables métèques du temps à la vindicte publique, on avait commencé à vilipender ces profs trop blancs et pas assez divers comme si la coalition des terroirs mondiaux en voie de métissage était la dernière trouvaille raciale pour cisailler le savoir sur ses bases. Mais Amédée savait à quoi s’en tenir, « certaines choses dépendent de toi, d’autres non », parmi celles-ci, il y avait la bêtise, l’ignorance et la vulgarité mais c’étaient là de vieux partenaires.

L’école n’est pas victime d’un complot de l’OCDE et du capitalisme mais d’une conjonction entre les souhaits des milieux d’affaires, ceux des gestionnaires d’Etat et les désirs de la gauche sociétale. Il ne suffit pas de lire Libé et les Inrocks et d’assister à une joute de plateau télé pour percevoir intimement le désastre en cours. Il faut le vivre au quotidien et c’est le lot de tous les flics, de tous les soldats, de tous les profs, de tous les médecins et infirmières d’urgence, de tous les pompiers, ambulanciers et postiers, de tous ceux qui forment cette phalange de cocus éternels de l’idéal républicain.

Les gens bien nés savent qu’une société consumériste a besoin de dressages et de signaux mais aussi de nouveaux marchés, de nouveaux gisements où planter la vanité et l’avarice. Une fois qu’on a mis les salaires sous le boisseau, on sort l’endettement chronique et la mutualisation des couvertures de prêts via des titres de créances. Quand les créances s’avèrent pourries, on demande à Big Mother de mettre la main au panier de tous. Une fois que Big Mother est sur les rotules, on pressure encore, on attend le grand challenge, le moment où l’institution n’aura plus les moyens de sa mission et partira, pour de bon, en morceaux. Alors, on pourra introduire de la fluidité et des contrats, on pourra trouver une demande solvable et investir, on pourra de nouveau surplomber la ruine et l’avilissement apeuré du plus grand nombre.

Toute la gauche sociétale est en rang serré pour se pousser du col auprès de ses nouveaux actionnaires de la société liquide après laquelle elle court en poussant des hourras et des youyous. Hollande perdra donc, mais les milieux d’affaires n’ont pas besoin d’Hollande. Dans le cas de l’école, le corps d’inspecteurs benêts fait très bien l’affaire. Celui de l’inspection des Finances veille.

Tous les députés qui ont voté la mort de l’Ecole en la transformant en site d’évaluation des compétences, ce qu’il faut traduire par site de mise à mort des savoirs, ne sont pas cyniques, ils sont à la fois bêtes et sûrs d’eux, fiers de leur nullité et dangereux, hostiles au Bien commun et parfaitement à l’aise. C’est à coups d’ouverture à l’autre et de fermeture aux morts, de projets pour tous et de réussite pour quelques-uns, de parcours accompagnés mais fléchés pour certains, de stages étranges et à l’étranger, de lutte en tous genres pour un retour à la morale grégaire, de mises en accusation des crimes passés de l’Occident et de mises en suspens des jugements sur les bombardements humanitaires d’aujourd’hui, de sensibilisation au développement durable et d’aveuglement aux destructions présentes, de déploration de la violence mais d’appels à toutes les tolérances pour l’intégration de chacun dans un parcours diversifié, de promotion des nouvelles technologies en lieu et place des classiques ringards, de brevets de collèges numériques terrassant la remise du prix de version latine, de la transformation des disciplines scientifiques en tremplins pour « école » de commerce, que s’opère une destruction méthodique. Evidemment, le contrecoup d’une telle politique pousse tous les parents qui le peuvent à inscrire leurs enfants dans des écoles privées, ou à les désinscrire purement et simplement, si bien qu’on leur apprendra un semblant de savoir parce que l’ambition des milieux d’affaires et la dynamique d’une société du déchet-roi, c’est la formation permanente, la création d’un élève pour la vie, d’un adulescent prolongé qui se demande encore à 70 ans quelle voie doit être la sienne, et ce, dans tous les domaines de la vie.

Des stages éclairs pour apprendre à des cadres analphabètes à rédiger des mails en français ne sont pas le savoir, juste une demande éphémère qui inscrit l’oubli et le renouveau dans l’ordre récurrent du capital. Le cadre en question apprendra tout aussi bien à gérer son stress, à virer le petit personnel, à recourir à la kabbale ou à la numérologie. C’est une outre qu’on remplit et qu’on vide, une dysenterie sémiotique coulant à plein régime et selon des séquences brèves et sans issues. Les écoles privées et les précepteurs sont l’avenir parce qu’il n’y aura plus d’Ecole du tout, comme il n’y aura plus d’Armée mais des sociétés intégrés de mercenaires, plus de Police mais des services de sécurité en rhizomes, plus de Prison mais des dispositifs de réclusion, d’insertion, voire de destruction si nécessaire, plus de voyous mais des ascensions et des chutes, plus d’Art, mais des performances, plus de Musée mais des expositions et des évènements, plus de Dieu, mais la multiplication des petits tyranneaux de la libido ou la médicalisation intégrale des angoisses, plus de nations mais une Humanité affligée de ses masses de superflus et de perpétuels résidus transformant des villes entières en dépotoirs et en espaces de guerre pour laissés pour compte.

Ce qui vient ? une stase qui n’aura plus que le présent pour s’illustrer.

Demandez à un collégien ce qu’il n’aimerait pas faire, il vous répondra, s’il est sincère, professeur ou éboueur, ces drôles de métiers où se traitent les déchets de la société de consommation, c’est-à-dire la société de la jouissance continue, même en leasing. Ce qu’ils veulent devenir à cet âge est atterrant : designer, artiste, etc., déjà camés à l’image, déjà composés comme des petits rouages de la machine à crédit qui ne supporte pas les écarts.

Les collégiens n’aiment pas les professeurs donc. Ils sont comme les libéraux et comme les grands-pères à râteliers intégrés de 68. Le professeur c’est encore un peu une loi vivante, encore un peu de politesse, de culture, rien à voir avec l’argent, rien à voir avec cette petite femme écarlate qui n’a même plus besoin de billets pour composer son fard. Et les cours ne sont pas filmés par des caméras de surveillance. Ils échappent à la vigilance des parents. Ils sont dans l’obscur. On ne sait pas à qui on confie ses enfants alors on allume la télé, on allume l’ordi, on achète un portable, on aide même la petite dernière à s’inscrire sur Facebook où il faudra surveiller les commentaires et les drôles de zigues. On ne sait pas à qui on confie ses bambins mais on invite le monde dans leurs chambres en essayant d’intégrer à tout ça un contrôle parental, en se faisant l’espion de ses enfants, de fait l’œil impuissant de la loi en berne. Mais on connaît le remède, l’école zéro défaut, une utopie scolaire façon Oz et pour le tout venant un The Wire encyclopédique.

C’est vrai le professeur n’est pas DSK, il ne partouze pas à New-York, Madrid, Manille, Singapour, Le Cap, Marrakech, Sao Paulo ou Moscou. Il n’invite pas Jade et Estelle à le rejoindre. Il ne les sodomise pas à sec dans les chiottes. Il manque d’audace, il ne sait pas jouir le con. C’est vrai il n’a pas épousé le rejeton d’un marchand de tableaux qui versait dans le journalisme compatissant, son solde n’est pas terrible et Wikipedia ou n’importe quelle puce intégrée peut suppléer à son savoir, à sa personne. C’est une interface inutile. C’est un archaïsme vivant. Un peu comme la circoncision.

Publié par : Memento Mouloud | octobre 6, 2016

De quelques athées (et parfois agnostiques)

Abu Elalae El Mâari : poète né en Syrie à la fin du Xème siècle : « les chrétiens errent çà et là dans leur voie, et les musulmans sont tout à fait hors du chemin. Les juifs ne sont plus que des momies, et les mages de Perse des rêveurs. Le partage du monde est donc réduit à deux sortes de gens : dont les uns ont de l’esprit mais point de secte attitrée. Les autres sont d’une secte mais de peu d’esprit »

Alphonse X, roi de Castille au XIIIème siècle, il invita des savants juifs à rédiger des tables astronomique puis lut une quinzaine de fois la Bible avec ses gloses avant de conclure que Dieu avait créé le monde de travers.

Anaxagore : Maître de Périclès, on lui fit un procès en impiété, en 437-436 et le métèque fut chassé de la Cité athénienne et vécut en exil à Lampsaque. Selon d’autres sources, il aurait été condamné à mort. Il ne reste de lui que 24 fragments dont se servit Diogène Laërce.

Apollonius de Tyane : Devin et magicien, contemporain de Jésus-Christ. Il fut conspué par les plumes chrétiennes en tant que tricheur invétéré. Agrippa le tenait pour un grand Initié au même titre qu’Hermès et Zoroastre.

Apone Pierre d’ : Médecin padouan mort en 1316, il réclama au pape Honorius IV, 400 ducats d’honoraires journaliers pour le soigner. L’Eglise s’en souvint si bien qu’il fut arrêté et torturé à l’âge de 80 ans comme hérétique et mage. On l’accusa de se servir de 7 esprits enfermés dans un cristal.

Arétin (Pietro Bacci dit l’) S’il n’a pas contre Dieu même / Vomi quelque horrible blasphème / C’est qu’il ne le connaissait pas

Aristarque : Astronome du IIIème siècle avant notre ère il fut accusé de troubler le repos des dieux parce qu’il professait la rotation de la Terre sur elle-même et celle de la planète bleue autour du Soleil.

Bacon Francis : Ce chancelier ouvre avec Descartes les Temps modernes. Ses tables sont encore la meilleure entrée à une antiphilosophie rationnelle. Rusant avec les puritains il scinda la Révélation en prétendant que Dieu s’était présenté selon deux voies : celle des écritures saintes, celle de la Nature dont Galilée appelait à déchiffrer l’alphabet. Il avait dit « l’athéisme n’ôte pas la raison, ne détruit point les sentiments naturels, ne porte aucune atteinte aux lois ni aux mœurs ». De plus, « un athée loin de brouiller est un citoyen intéressé à la tranquillité publique par l’amour de son propre repos ». Puis « un physicien doit faire dans ses recherches une entière abstraction de l’existence de Dieu, pour suivre son travail en bon athée et laisser aux prêtres le soin d’appliquer les découvertes à la démonstration d’une providence et à l’édification des peuples ». Toutefois Bacon n’était pas un tendre, des indiens cannibales, il dira qu’ils s’étaient placés de par leurs mœurs en dehors de l’Humanité.

Badiou Alain Il remplaça Dieu par la théorie des ensembles et saint Paul par Lénine

Bataille Georges : De Dieu il ne dit pas seulement qu’il est un vaudeville genre Feydeau mais que « se mettre dans la situation de Dieu est une situation tellement pénible qu’être Dieu est l’équivalent du supplice. Car cela suppose qu’on est d’accord avec tout ce qui est ; d’accord avec le pire »

Benoist Alain de : Homme-orchestre de la nouvelle droite, son œuvre prolifique, sa fonction de passeur entre les mondes allemand, français et italien, son rêve éveillé d’un remake de la révolution conservatrice sans le nazisme en font un perpétuel graphomane mélancolique et païen.

Blanchot Maurice : Qu’est ce que l’amitié ? Le véhicule de la désorientation

Boccace (Jean) ou Bocaccio Giovanni : Gabriel Naudé, le théoricien du coup d’Etat, affirma « pour la religion, je crois que Boccace n’en avait pas et qu’il était parfait athée ». Opinion que réfute Pasolini dans son Décameron.

Bodin Jean : Bayle le tenait pour un athée mais Jean Bodin, politique dans l’âme, chasseur éclairé de sorcières et lecteur d’Hippocrate fut aussi tenu pour un judaïsant secret.

Brahé Tycho : Alchimiste invétéré, doté par le roi du Danemark d’une seigneurie et d’un château qu’il transforma en observatoire, il fut le premier à prouver, observant l’apparition d’une étoile et le passage des comètes, la mutabilité des cieux confirmant, expérimentalement, les intuitions de Nicolas de Cues

Buchanan (George) : Lorsqu’il mourut à Edimbourg, à l’âge de 76 ans, cet homme de la Renaissance refusa qu’on lui présente la Bible.

Calderino Domizio : Véronais, il vécut au XVème siècle, il appelait Dieu, communem errorem

Cardano Gerolamo : Humaniste, il affirma que les hommes étaient issus d’une génération spontanée faite de matière en quoi il fut suivi par Giordano Bruno

Céline Louis-Ferdinand : Il vit que le monde était un temple aztèque et pensa que le judaïsme et son avatar chrétien étaient nés pour transformer ce monde en brasier. Il se fit médecin, druide puis chamane, il finit parmi ses chats et les tutus dans des odeurs d’encrier et des bruits de feuilles froissées. Le crime lui avait collé aux fesses, il en fit une œuvre.

Corse : Entre 1565 et 1615, des missionnaires jésuites sont envoyés sur l’île et constatent, abattus que les prêtres sont ignorants, concubinaires, parfois homicides et qu’ils sont dans l’incapacité d’administrer les sacrements. Les paroissiens ne connaissent ni le Credo, ni l’Ave, ni le Pater et des morts circulent en toute coexistence avec les vivants, un balluchon à la main. Prostrés, les légionnaires du Christ se demandent qui, entre les sangliers et les hommes ont été les premiers évangélisés.

Costa Uriel (da) : Il professa, publiquement,  l’athéisme au XVIIème siècle, il fut donc battu, fouetté puis conduit au suicide.

Deleuze Gilles : sa doctrine est simple, « jamais les religions ne valent autant que par la noblesse et le courage des athéismes qu’elles inspirent »

Descartes René : Apprenant la condamnation de Galilée par le Tribunal du Saint-Office le 22 juin 1633 où le savant italien est contraint d’abjurer son « hérésie », Descartes écrit à Mersenne, son disciple et intermédiaire avec Hobbes, qu’il renonce à publier son Traité du Monde et se déclare à deux doigts de brûler tous ses papiers. Il formule alors la devise : bene vixit bene qui latuit.

Epicure : Chez lui, la Nature est une somme infinie d’éléments divers, espèces, individus et parties de ces individus. Or cette somme ne totalise pas ses propres éléments si bien que la Nature ne forme pas un Tout car il n’y a pas d’unité des séries causales. La Nature distribue et conjoint-disjoint, lie-délie si bien que coexistent des pleins et des vides, les premiers formés d’atomes, les autres tissés de néant. Dès lors, l’Etre, l’Un, le Tout sont de pures fables sinon de purs délires.

Evhémère : Mythographe des IV-IIIème siècles avant notre ère, il prétendit dans son récit sacré que les hommes des premiers temps, parmi les plus forts et les plus intelligents s’étaient imposés aux autres en s’attribuant une substance divine si bien que la foule des subjugués les considérait comme des dieux et leur rendit un culte qui se perpétua.

Excommuniés : Ils forment une phalange nombreuse et assez peu étudiée. Dans le seul pays de Caux, un cahier de 270 pages est nécessaire pour en tenir le registre entre 1498 et 1528. Ils ne se pressent pas pour revenir dans le giron de l’Eglise militante et vivent en toute quiétude, en dehors des sacrements.

Freud : Il posa cette question, comment vivre sans Dieu ?

Galilei Galileo Dénoncé au Saint-Office par sa mère puis son secrétaire au prétexte qu’il avait une maîtresse et ne communiait jamais, sans même évoquer son absence complète aux offices, celui-ci en vint à déclarer que l’écriture était à portée humaine, c’est-à-dire en phase avec le vulgaire tandis que fixer sa lunette sur les cieux était un geste qui avait pour effet d’entrer dans les propriétés secrètes de la Nature, véritable labyrinthe de l’entendement divin.

Séparant l’univers physique de toute expérience sensible, il fit des sons, des couleurs, de l’odeur, de la saveur, de simples noms et non des qualités objectives si bien qu’il nia dans sa doctrine le dogme de la transsubstantiation qui ne s’accorde pas avec l’atomisme implicite de Galilée. Sur la science qu’il définit par la littéralisation des phénomènes dont elle rend compte, il dit «la philosophie est écrite dans ce très grand livre qui se tient constamment ouvert devant tous les yeux mais elle ne peut se saisir si l’on ne se saisit point de la langue et si l’on ignore les caractères dans lesquelles elle est écrite. Cette philosophie est écrite en langue mathématique, et ses caractères sont des triangles, des cercles et autres figures géométriques, sans les moyens desquels il est impossible de saisir humainement quelque parole ». Dès lors distinguant, au sein de l’entendement, une compréhension extensive d’une compréhension intensive des phénomènes, il en vit à affirmer que  la seconde permet une compréhension parfaite d’une proposition donnée qui n’est plus une simple hypothèse, ce qu’aurait toléré l’Eglise, mais une « certitude aussi absolue que la nature même ». Dès lors l’intellect humain, dans son domaine partiel, « s’égale en certitude objective à la connaissance divine ».

Ajoutons que Galilée n’a pas seulement introduit la notion de référentiel et affirmé la relativité des mouvements de manière théorique mais combattu la physique aristotélicienne avec une ironie non-feinte « il est étonnant que l’on puisse uriner, puisque nous courons si vite derrière l’urine ; ou alors, il nous faudrait uriner à genoux ». Néanmoins il faudra l’intervention de Descartes pour reconnaître l’inertie (et le mouvement rectiligne uniforme) comme une loi naturelle et sa généralisation à tout mouvement se produisant dans un espace vide. Quant à Newton, il l’associera à la masse comme quantité de matière.

Gruet Jacques : Calvin le fit brûler ainsi que ces ouvrages dont il ne reste rien si ce n’est des comptes-rendus de condamnation. Il tenait Jésus pour un fou et un rustre qui mérita sa crucifixion, le monde pour éternel, Moïse pour un fabulateur, Dieu pour un pervers mais croyait en l’astrologie.

Héraclite : « Le monde n’a été fait ni par un des dieux, ni par un des hommes ; il a toujours été, il est et il sera ; c’est le feu toujours vivant, qui s’allume régulièrement et qui s’éteint régulièrement »

Hitler Adolf : Il voulut détruire la religion chrétienne et édifia 42 mille camps d’internement, de détention, de travail forcé et d’extermination durant le règne où son Empire allait en s’étendant, avant de s’effondrer sous les bombes et les charges des moujiks.

Houellebecq Michel : Ancien exilé fiscal vivant au milieu d’un bouclier de chinois parisiens, ce lecteur assidu de Wikipedia aurait fréquenté les bordels thaïlandais où aucun Dieu ne le visita.

Kepler Johannes : Il disait que la Terre émettait une musique en mi-fa-mi qui rappelait que les puissances de cette planète étaient la faim et la misère. Sa mère qui vivait à Leonberg fut accusée par une voisine d’avoir empoisonné à grand renfort de potion magique une autre femme et de négocier un crâne humain pour le compte de son fils astrologue. Dans une ville où furent brûlées 6 sorcières entre 1615 et 1616, lorsqu’une petite fille atteinte d’un lumbago l’imputa à la vision de Katharine Kepler, on envoya en prison cette femme de 73 ans sous le coup de 49 chefs d’inculpation puis on la menaça de torture. Son fils la sortit des geôles mais Katharine ne revint jamais dans son village où la foule l’attendait pour la lyncher. Le premier il voyagea sur la Lune.

Leibniz : « Si tout est possible, et tout ce qu’on se peut figurer, quelque indigne qu’il soit, arrive un jour, si toute fable ou fiction a été ou deviendra histoire véritable, il n’y a donc que nécessité, et point de choix, ni providence ».

Contre Descartes, il soutient que la seule chose qui se conserve, dans la nature, c’est la force vive (ou énergie cinétique) équivalente au produit de la masse par le carré de la vitesse. Dès lors il distingue force ou kraft et quantité de mouvement.  Le pôle actif de cette réalité métaphysique que sont la matière et le mouvement c’est le conatus (terme emprunté à Hobbes) ou énergie qui se traduit par le mouvement. Le pôle passif est la matière qui, dira t-il, résiste à la pénétration. De plus, il existe des centres de force (terme emprunté à Giordano Bruno) ou monades.  Chaque monade est  douée d’une activité représentative à l’égard de l’univers et d’une tendance à passer d’un état à l’autre ou appétition. Leibniz rétablit donc l’unité entre domaines spirituel et matériel. Il en profite pour définir l’espace et le temps comme des réalités relatives, respectivement l’ordre des coexistences et des successions. Aussi, comme la physique n’est pas réductible à la mécanique et cette dernière à la cinématique, il invente la notion de dynamique dans laquelle la mécanique est repensée à partir du concept de force.

Lucrèce : Comme il est impossible que deux corps fusionnent il s’en suit que le plaisir est dépendant d’une matière donc d’un assemblage d’atomes.  Un homme sage, adonné à la pratique raisonnée des plaisirs renonce à l’amour-fusion ou à l’amitié platonique ainsi qu’à la fuite en avant dans la recherche effrénée des sensations dont le courant impétueux conduit à la noyade. La recherche du plaisir est ordonnée autour des corps présents dont certains sont compatibles et d’autres, non. Et l’incompatibilité en question n’est pas une simple affaire d’opportunité car celui qui accueille un corps incompatible pour en tirer du plaisir en sera totalement détruit puisque le plaisir s’habille d’une certaine indifférence. Dès lors il n’y a pas de plaisir sexuel tel que nous l’entendons mais simple compatibilité entre corps.

Plus largement, les fantômes, les superstitions, les terreurs qui sont des troubles de l’âme s’opposent aux plaisirs. Or si éviter la douleur est à la portée du premier animal venu, l’art de confondre les troubles est moins répandu. A l’origine de ce trouble deux illusions parallèles, celle d’une capacité illimitée du corps aux plaisirs les plus divers et celle de l’immortalité de l’âme. Aux désirs illimités répondent les châtiments sans fin d’une douleur éternelle, d’un tourment infini. L’homme religieux ainsi constitué est celui dont l’avidité insatiable nourrit une culpabilité qui n’a pas de bornes. Le puritain est un pourceau, aussi « c’est ici-bas que la vie des sots devient un véritable enfer ».

Machiavel : « L’existence de toutes les choses de ce monde a un terme. Je parle ici des corps composés, tels que les républiques ou les religions. Il est plus évident que le jour que, puisque ces corps ne se renouvellent pas, ils ne peuvent durer ».

Maurras (Charles) : penseur martégal du coup de force qu’il attendait en rédigeant des poèmes en provençal. Grand ordonnateur de la restauration royale, profondément troublé par la réhabilitation du capitaine Dreyfus, théoricien du faux patriotique et grand vendangeur du sang des français, Charles Maurras dit le Sourd s’attacha à réécrire en permanence l’ensemble de ses articles et ouvrages. Il fonda l’Action Française qui fut l’école des cadres de la contre-révolution avant d’être condamnée par Pie XI qui alla jusqu’à refuser les sacrements à ses membres impies. Athée, il défendit le trône vacant et l’autel des bondieuseries pudibondes. Positiviste, il se fit le grand pourfendeur des quatre états confédérés. Moderne, il poursuivit, seul, son dialogue avec le métèque Moréas. Il atteignit à la gloire des salons sous la République de Poincaré et trouva en Mussolini le gentleman de ses rêves. Très hostile aux hirco-cerfs post-aristotéliciens, à la dialectique heimatlos et au gentleyoutre Léon Blum, il fit d’une défaite française humiliante, une divine surprise avant de se lancer dans un monologue éditorial avec le maréchal Pétain qui lui préférait Bernard Faÿ. On ne lui connaît aucune aventure féminine ce qui tendrait à prouver que l’onanisme rend sourd ou que ses préférences allaient aux éphèbes, ce qui expliquerait sa passion pour les pélasges, ancêtres supposés des étrusques.

Muray Philippe Il se déclara catholique impossible donc athée véritable

Nietzsche : Passons par la bande tant son athéisme est de notoriété publique, « dans la glorification du travail, dans les infatigables discours sur la bénédiction du travail, je vois les mêmes arrières-pensées que dans les louanges adressées aux actes impersonnels et utiles à tous : à savoir la peur de tout ce qui est individuel »

Origène : « Quel est l’homme de sens qui croira jamais que, le premier, le deuxième et le troisième jours, le soir et le matin purent avoir lieu sans soleil, sans lune et sans étoiles, et que le jour, qui est nommé le premier, ait pu se produire alors que le ciel n’était pas encore ? Qui serait assez stupide pour s’imaginer que Dieu a planté , à la manière d’un paysan, un jardin d’Eden, dans un certain pays de l’Orient, et qu’il a placé là un arbre de vie tombant sous le sens, tel que celui qui en goûterait avec les dents du corps recevrait la vie. A quoi bon en dire davantage lorsque chacun, s’il n’est dénué de sens, peut facilement relever une multitude de choses semblables que l’Ecriture raconte comme si elles étaient réellement arrivées et qui, à les prendre littéralement, n’ont guère eu de réalité »

Quignard Pascal Etre athée c’est redevenir hérétique à l’égard de chaque religion et apostat de toutes. Parce que les dieux sont des fables, ils sont sans puissance, parce qu’ils sont des corps de papier, leur cortège est tissé de prescriptions et de terreurs. Celui qui avait écrit écraser l’infâme finit, vieillard sinistre, par bénir l’enfant de l’Amérique des mots de God et Liberty

Rougier Louis Il transforma les républicains et les cartésiens en nouveaux mystiques chrétiens ignorants et barbares. Son contre Celse est un contre Rome qu’elle soit en Italie, à New York ou à Moscou.

Sade « On n’imagine pas comme la volupté est servie par ces sûretés-là et ce qu’on entreprend quand on peut se dire ‘’Je suis seul ici. J’y suis au bout du monde, soustrait à tous les yeux et sans qu’il puisse devenir possible à aucune créature d’arriver à moi ; plus de freins, plus de barrières’’. De ce moment-là, les désirs s’élancent avec une impétuosité qui ne connaît plus de bornes, et l’impunité qui les favorise en accroît délicieusement toute l’ivresse. On n’a plus là que Dieu et la conscience : or, de quelle force peut être le premier aux yeux d’un athée de cœur et de réflexion ? Et quel empire peut avoir la conscience sur celui qui s’est si bien accoutumé à vaincre ses remords qu’ils deviennent pour lui presque des jouissances »

Scepticisme : Il consiste à opposer à des témoignages, des vestiges ou des raisonnements un non liquet, un « je ne suis pas convaincu ». A la thèse avancée par son adversaire le sceptique répond, une autre explication est-elle possible ? En conséquence, le sceptique suspend à jamais son jugement et n’en vient jamais au moment de conclure donc de choisir car c’est un homme du vraisemblable et non du vrai.

Staline : L’ancien séminariste ne demanda pas la Croix avant de mourir mais il finit putréfié comme le staretz Zosime.

Strauss Leo : Il resta juif dans un Temple vide.

Traité des trois imposteurs : Entre le début du XIIIème et le début du XIVème siècle, le traité des trois imposteurs (Moïse, Jésus, Mahomet) écrit en langue latine, se diffuse. On lui attribue successivement trois auteurs, Frédéric II de Hohenstaufen, le théologien Simon de Tournay et le franciscain Thomas Scottus. Ce dernier traduit devant les tribunaux de l’Inquisition affirma sa croyance en l’éternité du monde et en la primauté d’Aristote sur tous les prophètes, Jésus compris. On voit là une première apparition de l’athéisme au sein même de la chrétienté.

Cet athéisme fut partagé, en partie, par les humanistes et les libertins. Ainsi, selon Machiavel les mythes et les religions sont toujours créés par des sages, législateurs ou philosophes, parce que les hommes sont dominés par leurs passions et l’ignorance et qu’il s’agit de leur tenir la bride. Afin d’étayer son propos, Machiavel s’appuie sur l’exemple du premier roi romain, Numa qui prétendit tirer les premières lois de la cité italiote des confidences de la nymphe Egérie. Radicalisant la proposition, Cesare Cremoni, confiait un siècle plus tard à Gabriel Naudé qu’il ne croyait ni à Dieu, ni au Diable mais qu’il avait élevé son valet dans le plus strict catholicisme de peur qu’il ne l’égorge au petit matin. Cet athéisme était si bien passé dans le peuple, qu’un ancien bouffon de la cour des Médicis, distillateur de son état et juif converti fut condamné par l’Inquisition vénitienne moins pour son incrédulité que pour son affirmation selon laquelle « le colombier avait ouvert les yeux »

En 1632-33, La Mothe le Vayer prétend sous le nom d’Horace Tubère qu’« écrire des fables pour des vérités, donner des contes à la postérité pour des histoires, c’est le fait d’un imposteur ou d’un auteur léger et de nulle considération. Ecrire des caprices pour des révélations divines et des rêveries pour des lois venues du ciel, c’est être grands prophètes et les propres fils de Jupiter ». Le libertin est donc celui qui a levé toutes les superstitions, l’usage du terme renvoyant au caprice souverain, à une licence indépendante et affranchie, à une recherche des vérités et vraisemblances qui ne connaissent que la limite des initiés, ceux qui savent lire entre les lignes et mentir pieusement en public.

Bayle, réfugié en Hollande est le premier à affirmer l’idée que la tolérance illimitée assure la stabilité de la société civile, principe que reprendront les constituants américains en la limitant aux religions chrétiennes et aux judaïsmes. Or il semble bien que Bayle ait largement inspiré un traité philosophique clandestin conçu et rédigé dans les Provinces-Unies, l’Esprit de Monsieur Benoit de Spinosa ou traité des trois imposteurs qui n’a aucun rapport avec le précédent médiéval. Ce texte est le plus influent des manuscrits philosophiques clandestins et on en trouve la trace dans toute l’Europe. Ainsi, on ne dénombre pas moins de 172 manuscrits conservés en langue française. S’il semble avoir été écrit dans les années 1680, le principal auteur du texte aurait été un certain Johan Vroesen, diplomate et homme d’Etat issu d’une famille régente de Rotterdam et foncièrement anti-orangiste. On l’a aussi attribué au huguenot spinoziste Jean-Maximilien Lucas. Dans tous les cas, il fut réagencé par un groupe de huguenots radicaux de la Haye gravitant autour de Charles Levier, éditeur et figure des Chevaliers de la Jubilation. En effet, Levier aurait emprunté un exemplaire du traité au quaker érudit anglais Benjamin Furly, un ami de Locke, en 1711 puis il aurait introduit, à côté du corps du texte qui comprend des traductions françaises des traités de Spinoza, les passages empruntés à Charron et Naudé ainsi que l’évocation du premier roi romain Numa. On trouve aussi dans ce collage des extraits déformés des ouvrages de Hobbes, de La Mothe Le Vayer et de Vanini

En outre, ce traité est à mettre en relation avec le vaste rassemblement diplomatique à Utrecht, 1712-1713, qui clôt la guerre de succession d’Espagne sur une victoire sans pareille des anglais qui s’emparent littéralement de l’Amérique espagnole et portugaise sans avoir à l’administrer. Le Prince Eugène et son aide de camp, le baron Hohendorf ainsi que Peter Friedrich Arpe, membre de la délégation danoise, prennent part aux discussions autour de la confection de l’ouvrage. Le cher baron, grand espion, épousa une aristocrate hollandaise et fit souche à Bergen op zoom. On sait aussi qu’en 1712, le prince Eugène confia sa version du manuscrit pour qu’il soit imprimé. En 1716, un mystérieux JLR, répondant à l’érudit français La Monnoye affirme l’existence du traité qui, jusque là, relevait de la rumeur et des circuits parallèles. L’auteur prétend avoir découvert en 1706, un ancien texte latin dans les bagages d’un officier allemand. En mars 1716, Leibniz identifie faussement JLR à Peter Friedrich Arpe qui ne savait pas écrire le français. Au printemps 1717, la police écume les librairies de Dresde et de Leipzig afin d’en chercher des exemplaires hypothétiques. La réputation subversive du livre est faite

On y trouve déjà tous les poncifs des Loges maçonniques en formation. L’ouvrage n’est pas clairement athée et ménage une sorte de compromis avec le déisme pour ne pas froisser les susceptibilités d’alliés nécessaires dans l’inhibition des censures ecclésiastiques. Ainsi, les démons y deviennent des fantasmes soutenus par l’imagination. Il n’y a donc ni ciel, ni enfer, ni âme, ni dieux, ni diables comme entendu « communément » et les théologiens, gens de mauvaise foi, débitent des sornettes afin d’abuser de la crédulité du peuple. Le tout se termine par cette apostrophe au genre humain : « si le peuple pouvait comprendre dans quel abîme l’ignorance le précipite, il secouerait bien vite le joug sous lequel le tiennent ces âmes vénales qui le conservent dans l’ignorance pour leurs propres intérêts. Il suffirait pour cela qu’il use de sa raison. Il est impossible que, la laissant agir, il ne découvre pas la vérité »

 

Publié par : Memento Mouloud | octobre 6, 2016

Notre époque et nos tyrans

Notre époque s’imagine si peu d’ennemis qu’elle ne les conçoit que monstrueux. Elle a donc désigné, les pédophiles, les casseurs, les violeurs, les daechites, les réfugiés, les désoeuvrés comme autant de figures tératologiques à portée de main. Nous en sommes venus à ce point où tout syrien sur les routes de l’exode passe pour un violeur du nouvel an, où chaque toxicomane est désigné comme une cible vivante par le président philippin qui compare son œuvre à celle de son idole, Hitler, le grand forestier, le grand incinérateur, devenu le grand nettoyeur. Le vrai prêtre de l’époque, celui de l’effroi. Mais l’effroi n’est pas seulement la figure de l’Ici puisqu’il interdit tout ailleurs et même toute fuite,  l’effroi condamne à la diversion ou à la mort, c’est le dilemme de notre temps. Aucun pari ne viendra le défaire ou le résoudre.

Notre époque est une époque de bonheur, de coaching, de mise en forme et de méforme, non plus une idée neuve mais une idée agissante. Le bonheur est donc une idée qui n’en finit plus de soumettre à quelque méthode, à quelque personne, à quelque tour, à quelque évaluateur. Chaque fois que nous dormons, une vigie nous veille. Dès lors, le bonheur et l’humiliation ne peuvent se discerner. On pourrait s’en divertir en allant jusqu’au crime après avoir épuisé les aventures du sexe et celles de la réalisation de soi, mais le coach est comme un messie de poche, il semble énoncer, « Je m’en vais, tu me chercheras en vain et tu mourras dans ton caca ». C’est sa langue et sa scène ;  de la merde sortant d’une chambre quelconque sans rien pour éponger. Si nous étions mieux disposés, nous dirions, « de quelque sorte que ce soit, qui m’aurait proposé une telle vue, je l’aurais pendu » et nous ne pendons pas.

La prière de notre époque : pas un gramme de lucidité.

La consommation est notre destin ou notre providence. Tous bourgeois, petits ou grands, tel est le slogan. Or la bourgeoisie, petite ou grande n’est pas seulement une classe mais une morale, disons plusieurs morales. Le grand bourgeois n’est pas le petit-bourgeois inculte qui n’est pas le petit-bourgeois cultivé et encore moins le petit-bourgeois intellectuel. Le premier vit de son patrimoine, des asymétries d’information et de ses rentes d’intermédiation, le deuxième de son fonds de commerce, le troisième de ses lectures anciennes et du journal, le dernier de trois fois rien. Le premier est un noble, le deuxième une caricature, le troisième un colifichet, le dernier un luftmensch, il flotte dans l’air maussade. Là-bas disait Baudelaire, any where, c’est-à-dire dans les livres. Les amis, pourrait se dire le petit-bourgeois intellectuel, se trahissent en leurs bibliothèques, ça tombe bien plus personne ne sait lire. Après tout, les bonnes nouvelles sont rares. Les humanistes ne cherchaient pas plus loin.

Au banquet, il y aura des morts et des vivants et ils ne seront pas si nombreux. Il y aura même un Judas, pour la route.

Les prolétaires ne vivent d’aucune plus-value, entretenus, ou pas, à coups d’emplois aidés ou d’exemptions de charges, ils se savent en sursis, les yeux rivés sur Shenzhen ou Manille, Dakar ou Rio, la benne les attend, elle passe en bleu blanc rouge. Le Front National menaçait la démocratie réellement enterrée. Depuis que Marine Le Pen peut envisager d’entrer dans le prochain gouvernement, la menace s’appelle Tarnac ou les zadistes, le gang des barbares et ceux à capuches, les miliciens de l’islam et les skinheads. Enfin, tous ceux qu’on chargera du fardeau de ressusciter un fantôme. Il ne s’agit pas de se moquer car seuls les porcs désirent rire de tout, juste de se rendre à ce constat : les existences d’un peuple, d’une classe, d’un individu sont indissociables de leurs victoires.

A ce compte, combien ont d’ores et déjà disparu ?

L’histoire de l’émergence au sein d’une collectivité nationale d’un individu à peu près autonome ressortit à la chronique aventureuse, et non pas à celle des rapports de classe. Peu de gens peuvent dire qu’ils sont des schismes vivants et des apostasies en furie. Ceux qui ne croient pas aux cauchemars n’ont pas de rêves, c’est déjà un point de départ. Notre cauchemar sera climatisé ou non mais il est.

Le quadrilatère de l’oligarchie qui entretient les rouages de la machine à cauchemarder, unit les milieux d’affaires à ceux du spectacle et les deux aux juges et aux journalistes. Cette oligarchie est le Fabulous Four du capital, le Templum à quatre pattes. . Formé de la chair de toutes les vipères, ce dernier penche du côté d’Asclépios, il est le grand guérisseur des angoisses humaines. Appelant toutes les jouissances, il est aussi le grand sacrificateur, il tient dans une maxime et un impératif : que chacun soit le bourreau de lui-même. Comme le capital est amoral, il lui faut nécessairement se dire naturel, c’est-à-dire dans sa langue, darwinien. Mais le capital est trop retors pour se réclamer d’un seul discours. Dès lors il ira s’imposer jusque chez son ennemi communiste qui finira par l’adopter, d’abord parce que la couleur du chat est indifférente quand il attrape les souris, ensuite parce qu’il aura rallié cet étrange idiome. Enfin, il ira s’imposer jusque dans les consciences quand il se dira propre et signera des contrats dans lesquels il est stipulé que la sortie de la pauvreté commence quand on gagne plus de 2 dollars par jour. Il sera alors, non pas applaudi et acclamé mais considéré comme indépassable. Quand tous croient aux vertus du capital ou du moins à l’impossibilité de s’en passer, le libéralisme est la doctrine commune parce qu’elle est la doctrine de l’innocence intrinsèque de l’Argent et de la malveillance de ses détracteurs.

L’argent triomphe mais ne convertit personne, plus son règne s’étend plus la folie s’affirme. Le capital est le devenir-naufragé de chaque homme parce qu’il ne produit qu’un type humain en série, Addictus : l’esclave pour dettes. Warhol lui prophétisait le quart d’heure de célébrité. Comme d’habitude, il mentait. La nouvelle règle ne promet pas la célébrité à tous, il la promet au quelconque. Par cette procédure, il ne rend pas le pouvoir juste, il le rend désirable. Crédible comme il se dit dans la belle langue de l’époque. Or le croyant est comme un chien, c’est un animal de meute, obéissant, passionné du groupe, il cherche les récompenses et adore son maître. Son frère cadet, l’amateur de complots, voudrait que le secret soit impossible et comme banni de l’existence.

Il faut donc se demander, quels sont tes tyrans ?

Publié par : Memento Mouloud | octobre 6, 2016

Allah est-il un beauf comme les autres ?

 « L’argent et les enfants sont les meilleures choses de la vie terrestre »

(sourate la caverne, verset 46)

« Allah vous a fait à partir de vous-mêmes des épouses, et de vos épouses, il vous a donnés des enfants et des petits-enfants »

(sourate les abeilles, verset 72)

Dans la prose d’Allah, qui n’a pas fait l’Homme, homme et femme, mais homme tout court, la femme servant de véhicule à la transmission du sang et du nom, dans cette prose donc, la plus haute puissance que puisse atteindre un homme sur cette terre vient de la prédation, du commerce et de son sperme. Comme l’argent relève de l’infini et que la descendance, même munie de plusieurs utérus, est limitée, il s’en suit que le lieutenant de Dieu sur terre, c’est le processus d’accumulation de trésors monnayables et d’objets échangeables sur un marché, y compris, les autres hommes, définis comme impies ou mécréants. De là les accointances de l’islam wahhabite avec le crétinisme évangélique ou la cupidité mormone.

Il s’en suit que dans le monde qui vient où le christianisme ressemblera à une assemblée permanente de pentecôtistes et l’islam à une succursale du Golfe, la vraie cible est l’homme souverain car cet homme se définit par une pratique éclairée des plaisirs et des explorations, une certaine intellectualité, un goût raffiné pour les formes et les disciplines et une opiniâtreté à parcourir le régime des passions qu’il s’est choisi. De là que cet homme puisse rencontrer le tragique et déploie une certaine désaffection pour les codes sociaux et les fariboles collectives, toutes choses qui ne le rendent pas populaires et en font l’antithèse exacte de ces sortes de vaniteux qui pensent avoir rencontré Dieu dans leurs vestibules.

1/ Il y eut une loi contre le voile à l’école, une autre contre le niqab intégral. Aujourd’hui des voiles multicolores sont offerts sur les étals des marchés et resplendissent dans les universités ou dans les promenoirs des centres commerciaux, le niqab n’est pas intégral mais il est, Quick propose un menu hallal, les cantines évitent le porc, l’Aïd sera fêtée vendredi par une désertion massive des élèves de l’école publique et une hécatombe de moutons, le ramadan voit les stands Carrefour rappeler dignement l’apparition miraculeuse du Coran, des ministres tancent les caricatures trop lourdes qui blessent les croyants afin de maintenir la paix sociale et le climat de concorde avec les frères du sud de la Méditerranée, l’islamophobie est à l’ordre du jour, les mosquées sont intronisés par des édiles publics, l’Islam est devenu une composante du tissu de la France, tous les représentants islamiques sont des partenaires des autorités, les aumôniers-imams manquent dans les prisons.

2/ Il n’y a plus de chrétiens et de juifs ou quasiment plus, ou clandestins, au Maghreb, en Irak, en Iran, en Turquie, en Libye, mais l’islam est menacé en Europe. C’est sûr, les 16 millions de musulmans européens sont sous le coup de mesures d’expulsion imminentes et de pogroms sauvages, les jeunes musulmans n’osent plus se présenter comme tels et s’appellent tous Jérôme ou Sébastien, les mosquées flambent et les femmes en niqabs sont violemment agressées par des pères de famille racistes devant les maternelles quand leurs enfants ne sont pas victimes des ignobles discriminations petites-bourgeoises et athées de leurs enseignants qui ne leur mettent pas systématiquement 18/20 afin de compenser leurs multiples handicaps socio-culturels.

3/ Du foulard à Poitiers, la conséquence est bonne et le progrès considérable. Plus de 2 mille lieux de culte pour un peu plus de 2 millions de fidèles déclarés selon les islamophiles qui combattent la thèse délirante de la substitution démographique qui doit compter tous les vrais fans de Renaud Camus et du parti de l’In-nocence, soit deux militants et un majordome.

4/ La religion musulmane est en France, la religion des caves et des loosers

5/ Le foulard sous un certain angle : des femmes déclarent ne s’offrir qu’à des caves et des loosers pour l’amour de Dieu, donc ne faire l’amour qu’avec God, amen.

6/ Le foulard sous un autre angle : l’affirmation d’un segment du marché matrimonial. Cher frère, cher cousin, tu n’auras plus besoin d’aller au bled chercher ta dulcinée, je suis en vitrine rien que pour toi, moi la Hallal Doll.

7/ Le foulard féministe : on passe du slogan « mon corps est à moi » au mot d’ordre, « mon corps est interdit aux mécréants ». De fait, on opère un renversement. D’Universel en droit l’islam devient, en Europe, une religion de sang et de sperme, de nouveau une religion tribale avec sa cohorte de convertis en bute aux tentations du monde dépravé.

8/ Qu’apprend l’islam post-colonial en Europe et aux Etats-Unis sinon l’idiome marchand et son fétichisme ?

9/ Que garantit la néo-laïcité ? La consommation, le commerce, les droits de propriété, la haine du passé, le vote désabusé, le crétinisme distancié, le logo identitaire et la foire aux pluralismes, soit l’adhésion du dernier homme à un patchwork libidinal et imaginaire, un dernier homme qui regarde flotter son homologue récitant la chahada en rang serré, en attendant qu’une bombe explose ou qu’un perdant radical de plus vienne se faire sauter le caisson en emportant quelques compagnons avec lui, en Ulysse mortifère.

 10/ Le voile comme tous les signes ostensibles de musulmanité, en Europe, sont l’apparence d’une discipline, le signe vide d’un ascétisme qui ne débouche sur rien parce qu’il fait l’économie de millénaires de culture pour les réduire à une conversion de pacotille, un désert spirituel noyé d’enthousiasmes, de rites obsessionnels et de perversités cadavériques.

 

Publié par : Memento Mouloud | octobre 3, 2016

Alexandre djouhri ou la France illustrée

« Il a dit à table que j’étais un mec classe. Il a dit : “Il parle pas, il est fiable.” Il y avait Valls, il y avait Fabius. Et euh, il a dit que ce j’avais fait pour Bachir, je l’ai fait pour le pays. Même si politiquement il était contre, mais, lui, il a vraiment apprécié. »

Alexandre Djouhri se fait appeler Monsieur Alexandre, comme Stavisky ou plutôt comme Belmondo jouant Stavisky dans le film d’Alain Resnais. Dans les procédures judiciaires, il se présente comme le dirigeant d’un « groupe de sociétés qui a pour objet de participer, en association avec des groupes industriels français de premier plan, à des investissements importants dans les pays étrangers ». Hervé Séveno, patron du cabinet d’intelligence économique i2F et ancien de la Brigade financière de Paris n’est guère plus explicite: « Il pratique la diplomatie économique, des contrats entre Etats qui sont par définition secret-défense. Il n’a aucune raison de vous recevoir et ne vous recevra pas ». Un ancien de la DGSE explique, « c’est un intermédiaire new-age qui met en contact l’exécutif français avec des dirigeants d’entreprises du Moyen-Orient. Il se rémunère en prenant des parts dans des sociétés locales. C’est une espèce de private equity underground, probablement légal et quasiment intraçable, avec un contact privilégié en Arabie saoudite: le groupe Bug shan. ». Sa meilleure assurance, Bernard Squarcini, l’ancien patron de la Direction centrale du renseignement intérieur. En 2010 Bébert avait publiquement défendu Monsieur, déclarant à L’Obs qu’il travaillait « pour le bleu blanc rouge ». Il avait établi une attestation écrite en sa faveur. D’après les « fadet » – factures détaillées – obtenues par la justice, les deux hommes s’étaient joints à 404 reprises entre les mois d’avril 2012 et janvier 2013. De vieux frères siamois.

De l’argent, du pétrole, des flics véreux, on éclaire les incendies mais c’est l’Etat qui les allume. Par bonheur, les oligarques ne s’aiment point entre eux, même s’ils s’entendent pour le partage des dépouilles. C’est ainsi qu’il est possible de les connaître et de les décrire.

Bugshan. Le nom revient sans cesse dans les témoignages. Famille d’origine yéménite établie depuis un siècle à Djedda, en Arabie saoudite, les Bugshan ont fondé leur fortune sur l’importation des parfums Dior, mais aussi de pneus et de marques automobiles japonaises au Moyen-Orient. Jacques Chirac avait décoré le patriarche, Ali, de la Légion d’honneur en 2004. « Le seul véritable contact de Djouhri en Arabie saoudite, c’est Khaled Bugshan, un des chefs de la famille, assure Ziad Takieddine. C’est auprès des sociétés de cette galaxie qu’il se rémunère, et c’est eux qu’il utilise comme relais en Arabie saoudite, notamment pour Thales et Alstom. » Guidés dans l’affaire Karachi, les juges ont aussi découvert qu’une société du groupe Bugshan, Parinvest, avait été destinataire de 13 millions d’euros de commissions entre 1997 et 2000, dans le cadre du contrat Sawari II. L’intermédiaire assure aussi que la société Issham, qui a reçu l’essentiel des commissions (plus de 150 millions d’euros), figure dans la galaxie Bugshan.

Quand je dis La République Djouhrienne, ce n’est pas une boutade, un paradoxe, ni une injure. Je nomme l’objet comme des mystagogues désapprirent à nommer, dans un lycée français, à l’écolier que j’étais, pauvre, inattentif, mais dès l’enfance ennuyé de toutes les scolastiques. Je nomme donc l’objet la République par son principe réel. Je la nomme par ce qui la fait durer. Je la nomme par ce qui lui ressemble, je la nomme par ce à quoi elle donne sa chance de prospérer. Je la désigne par son avenir, et voilà pourquoi je ne dis pas la république de Guéant ou de Valls, mais la république qui a rendu possible et qui soutient tous les Guéant et tous les Valls. Djouhri, ce n’est ni Hollande, ni Sarkozy. Pourtant, à l’origine réelle de la Vème République, il y a un coup d’Etat, il y a une conjuration doublée d’un abandon, il y a un fantôme de guerre civile, comme il y a Djouhri. Il connaît Sarkozy « depuis 1986 ». Il raconte qu’il a « mis une torchée » à l’ambassadeur du Qatar. Selon les écoutes, Alexandre Djouhri échafaude aussi des plans pour rencontrer François Hollande. Il va là où l’argent public se dispense sans plafond imposé.

Inutile d’élever des statues républicaines à Djouhri. Son fils, Germain a épousé la fille d’un proche de Poutine, Serguei Chemezov, décoré de la Légion d’honneur à l’Elysée. Car même les anciens agents du KGB peuvent entrer dans la liste de ceux qui ont rendu des services. A Londres, où il résidait, Germain s’était rapproché d’un ancien associé de Messier Partners installé à son compte, Jean-Charles Charki. Un jeune homme qui se trouvait être le gendre de Cloclo Guéant. Petit voyou recyclé en rentier des asymétries d’informations, Alexandre Djouhri ferait un remarquable ministre non plus des affaires étrangères de la France mais de l’Etranger dans l’hexagone s’il y avait un Dedans et un Dehors et non pas une zone grise.

En conséquence, Alexandre Djouhri avait ses entrées dans la Tripoli du colonel dispensateur de sa semence et vendangeur des vies libyennes. Alors que le régime était sur le point de s’effondrer, il accompagnait Dodo la Villepine en Tunisie. Dodo semble avoir servi de médiateur entre la rébellion libyenne et Béchir Ben Salah, directeur de cabinet du colonel, et très proche de « Monsieur Alexandre ». Comment huiler les rouages et ouvrir de telles portes tout en remplissant ses valises, c’est très simple, il faut faire peu de cas du sang français. En 1999, la justice française condamne, par contumace, six Libyens à la réclusion à perpétuité pour leur rôle dans l’attentat, en 1989, contre le DC 10 d’UTA (170 victimes). Un mandat d’arrêt international est lancé. Problème: l’un des condamnés est Abdallah Senoussi, chef des services secrets libyens et beau-frère du colonel Kadhafi.

Avant même cette condamnation, Alexandre Djouhri serait intervenu auprès des autorités françaises pour faire « casser » le mandat d’arrêt visant Senoussi. Bien entendu, le conditionnel est de mise car Monsieur Alexandre a des avocats et leurs pressions s’achèvent par des mails dans ce style, « En tout état de cause, la demande de l’avocat laisse présager des poursuites si nous –et vous– persistons. C’est aussi l’avis de nos avocats, que nous avons consultés. Nous sommes bien conscients que cette demande n’a pas toutes les chances d’aboutir, qu’elle ne précise pas les passages supposés diffamatoires, bref que le procès qui pourrait advenir n’est pas gagné pour Djouhri. Néanmoins, face à un tribunal, n’étant pas auteur de l’enquête, [Le Journal]  ne saurait fournir ce qu’on appelle une « offre de preuves », accréditant les informations publiées. C’est pourquoi nous avons décidé de dépublier. »

Alexandre Djouhri ne sera jamais condamné à la dégradation nationale à vie, on ne lui fera pas descendre des escaliers qu’il n’a jamais gravis… non par impuissance, la France est un pays de naturalisation facile, mais par dédain. L’escalier monumental de l’internationale des affaires a seul senti peser le poids du petit flingueur.

Le 3 mai 2012, il organise l’exfiltration de Bachir Saleh. Il n’est pas seul, Bébert veille. Saisis en 2013 d’une enquête sur la réalité de ces financements libyens, les juges avaient mis au jour un mystérieux virement de 500 000 euros parvenu à Cloclo Guéant, en mars 2008, via la Malaisie, et ils avaient appris par des documents saisis dans l’appartement de Bachir Saleh que le banquier soupçonné d’avoir effectué le virement initial de cette somme en Arabie Saoudite, Wahib Nacer, un dirigeant du Crédit agricole suisse, avait été le gestionnaire des comptes de feu le mage libyen. Il avait fui sur un vol Masterjet Aviaco Executiva  affrété, le 3 mai 2012. Destination Niamey, puis la république sud-africaine.

Un ancien dignitaire du régime libyen, entendu par les juges sous couvert de la procédure du témoin anonyme, avait confirmé le rôle d’Alexandre Djouhri dans l’exfiltration. « C’est Alexandre Djouhri qui s’est occupé de cela en lui faisant prendre un avion spécial pour le conduire du Bourget vers le Niger. (…) Par la suite, des proches de Sarkozy avaient conseillé à Bachir de quitter le Niger pour l’Afrique du Sud, ce qu’il a fait. » Accueilli en Corse, fin avril 2012, par l’un de ses amis français, l’ancien député européen Michel Scarbonchi, Bachir Saleh s’épancha. La « bande à Sarko » le pressait pour quitter le territoire national. Saleh lui précisa qu’« une comptabilité de toutes les remises de sommes en espèces à des autorités étrangères était tenue par la banque centrale libyenne, avec les dates de remises, les montants et les pays bénéficiaires ».

Le jeune Ahmed avait laissé place à Monsieur Alexandre, son surnom dans le business. Changement de prénom, changement de statut aussi: Alexandre Djouhri, résident suisse, était désormais le conseiller influent des grands groupes industriels français, de Veolia à Alstom. On le vit embarquer dans le Falcon 7X de Serge Dassault. Fréquenter Henri Proglio, le patron de Veolia, puis d’EDF Conseiller le PDG d’Alstom, Patrick Kron. Epauler celui de Veolia, Antoine Frérot. Le gamin de Saint-Denis, élevé à Sarcelles, était parvenu à se frayer un chemin sous les lambris dorés du sommet de l’Etat: le ministre de l’Intérieur, Cloclo, reconnaissait facilement des « relations amicales » avec un homme qu’il qualifiait de « très au courant des affaires du monde, des affaires industrielles ». Bébert, fameux chasseur de subversifs à Tarnac, ne tarissait pas d’éloges sur le personnage: « Djouhri sert notre pays et le bleu, blanc, rouge. Bien sûr, il fait des affaires pour lui, mais il en fait profiter le drapeau. ». On ne sert pas à la fois Dieu et Mammon, son pays et son portefeuille, c’est la morale commune pas celle de la Vème République, la chose est évidente.

Le premier des commandements, la prohibition du mensonge, ils le piétinent. Le second, la prohibition du meurtre, ils se targuent de lui pisser à la raie. Pour le troisième, la prohibition de l’inceste, ils ne le franchissent pas mais ne pas le faire les titille, les déchire, les éventre. Ils ont le Mal au cul et les casseroles qui vont avec.

Le dimanche 13 janvier 2008, l’Airbus présidentiel vole vers Riyad. Nico Sarkozy doit rencontrer Abdallah, le monarque saoudien wahhabite. Après l’Arabie, le président s’arrêtera au Qatar, où il s’entretiendra avec l’émir Al-Thani, et il finira le surlendemain son périple à Abou Dhabi. Les ministres qui l’accompagnent, papotent autour de la grande table. Nico les rejoint. Depuis quelques mois, il sait que l’enquête des juges Pons et d’Huy s’oriente vers une mise en cause de la Villepine, qu’ils le « soupçonnent d’avoir participé à une machination visant à [le] déstabiliser ». Nico s’était porté partie civile dans l’affaire Clearstream en janvier 2006. Il l’a emporté. Mais il n’oublie rien. Il sait que l’affaire aurait pu le « tuer ». La peur rétrospective le pousse à s’épancher et à expliquer les raisons qui l’ont mené à vouloir accrocher Dodo et ses prétendus comparses à un « croc de boucher ». Il donne alors de l’affaire Clearstream une version différente de celle que la justice établira trois ans plus tard. Il raconte comment et pourquoi, en 2004, le « chantier » monté contre lui aurait pu l’empêcher de prendre la tête de l’UMP et de devenir président. Le président détaille les secrets du complot, fomenté, selon lui, depuis l’Elysée, mais mis à exécution par un certain Alexandre Djouhri, qui a bien failli avoir sa peau. Et il termine son exposé par : « S’il n’était pas venu à Canossa, il aurait reçu une balle entre les deux yeux ! »

N’empêche, depuis l’arrivée de Nico à l’Elysée, Alexandre a ses habitudes au Château. Il s’y sent comme chez lui. En cette fin d’après-midi du 30 juin 2009 où la salle des fêtes est archipleine, el presidente doit décorer dix personnalités autour desquelles gravite du sale monde, le monde des éclopés du pouvoir, des courtisans, des gens à gamelles. Puis c’est le moment des petits-fours et du champagne. « M. Alexandre » se tient aux côtés de Philippe Carle, qui fait partie du premier cercle du président. Il est également proche de Vincent Bolloré et de Martin Bouygues ; joueur de polo, membre du Club des cent, du Maxim’s Business Club du golf de Saint-Cloud, il a, entre autres activités, édifié sa fortune dans l’assurance en revendant sa compagnie à Axa, tout en restant l’un des conseillers des dirigeants du groupe.

Les deux hommes quittent ensemble la salle de réception et foulent les pavés de marbre blanc et rouge du vestibule d’honneur, gravissent l’escalier Murat pour se rendre dans la première antichambre, puis la seconde donnant sur le Salon vert et le Salon doré, soit les bureaux du secrétaire général de l’Elysée et du président de la République. Les gardes républicains qu’ils croisent reconnaissent M. Alexandre, le saluent discrètement et le laissent aller, avec son compagnon, jusqu’à la porte du Salon vert, bureau de Cloclo. M. Alexandre entre sans frapper. Il se dirige ensuite vers le réfrigérateur, en sort une bouteille de champagne, l’ouvre, emplit deux verres, en tend un à son compagnon. Djouhri continue de se faire le cicérone en ouvrant la porte du Salon doré. Philippe Carle ne se sent pas à l’aise, il préférerait de beaucoup déguster une nouvelle coupe dans la salle des fêtes.

Le toupet de son guide l’inquiète : va-t-il aller jusqu’à s’asseoir dans le fauteuil présidentiel, derrière le bureau Louis XV sculpté au XVIIIe siècle par Charles Cressent ? Indifférent à la beauté des meubles, il ne prête pas attention à la cheminée de marbre blanc, ni au « N » de Napoléon III, ni aux objets disposés là par Nico : l’icône N’Gol, comme l’appelaient certains africains et un voilier.

S’il est un temps pour faire oraison, il en est un pour la colère, il en est un pour le vaudeville. Disons que le vaudeville aura le visage d’Alexandre Djouhri. Le fond du trou ce n’est pas Sarkozy ou Hollande, ce n’est pas le déficit public, « nous vaincrons parce que nous serons compétitifs », les slogans imbéciles, les politiciens inconscients, ce n’est même pas une expédition en Libye, car tout cela est la suite d’une opération déjà ancienne par laquelle les classes moyennes avaient cru pouvoir liquider tout l’héritage intellectuel et moral de la France, afin de garder l’héritage matériel et d’échapper à la Révolution en habit rouge et en chars soviétiques. Nous ne sommes pas encore tout à fait démunis, il nous reste les riches possibilités de la révolte et du mépris.

Djouhri cause comme la République, creux ou très mal, « Van Ruymbeke, lui, il tape à la machine, et puis il explique au mec, il faut amener des preuves. Il lui dit “Bon OK j’amène des preuves”. Le mec au bout de trois mois et demi, il amène zéro preuve. Il dit qu’il les avait vues à Paris, après qu’il les a envoyées en Libye en lieu sûr, et donc qu’est-ce qu’il fait Van Ruymbeke ? Il se dit je ne vais pas m’embouteiller avec cette merde. Donc il balance ça au parquet. Mais jamais, il aurait imaginé… Personne… que le parquet ouvre une enquête. »

Dans les années 1990, Djouhri tenait à montrer qu’il disposait d’un pistolet dans sa boîte à gants et qu’il n’hésitait pas à s’en servir. La patronne de la société de communication Image 7, Anne Méaux, une ancienne de la droite ultra, ne s’est-elle pas dite menacée, en novembre 2006, au pavillon Gabriel, à Paris, lors d’une réunion de la Fondation Euris, par un émissaire envoyé par Alexandre Djouhri ? Derrière Alexandre, la silhouette d’Ahmed de Sarcelles n’est jamais loin, comme une doublure, une trace. Indélébile.

La première trace de Monsieur Alexandre remonte à 1981. Il est alors interpellé pour vol à main armée autour d’une affaire de braquages de bijouteries. L’élan donné, il fourbit ses premières armes dans le business comme associé à 25%, via sa compagne de l’époque, dans la marque de blousons griffés Anthony Delon, lancée par le fils de l’acteur au grand dam de celui-ci, avec de sanglants règlements de comptes à la clé. Djouhri est alors une cible. Le litige commercial dégénère en fusillades entre bandes rivales. Le «conseiller technique» échappe à une première algarade : dans un restaurant, le Jacky’s aux Halles, le pistolet automatique pointé contre lui s’enraye, Djouhri achève à mains nues le désarmement de David Taieb. Ce dernier sera retrouvé abattu au Pecq quelques mois plus tard. Le rapport de police fait ces rapprochements, mais n’aboutira jamais à une quelconque poursuite. Suivra une fusillade place du colonel Fabien, à Paris, où cette fois une balle de 11,43 se loge dans son dos. Il débarque en sang aux urgences de l’hôpital Saint-Louis. « Je ne comprends pas les mobiles, je ne me connais pas d’ennemis », assure Ahmed Djouhri, qui nie avoir riposté à l’assaut. Un « résumé des premières investigations » de la brigade criminelle, daté du 21 août 1989 indique pourtant que le « test atomique » sur ses mains a prouvé qu’il s’est bien servi d’une arme de 9 millimètres. A ce propos, le tribunal de grande instance de Nanterre (Hauts-de-Seine) a statué de cette manière, en 2007, «En l’absence de lien établi entre le passé d’Alexandre Djouhri et ses activités économiques actuelles, l’évocation de faits anciens n’est pas susceptible d’apporter une contribution pertinente à un événement d’actualité ou à un débat d’intérêt général ». De son côté, Bébert souligne qu’Alexandre Djouhri est «inconnu au Service de traitement des infractions constatées [Stic]».

Le 26 avril 1990, une note du SRPJ de Versailles présente encore Djouhri comme « une figure montante du milieu parisien ». Les Renseignements généraux disposent également d’un dossier sur l’homme d’affaires. « Il consistait surtout en un dossier de police judiciaire, avec des éléments assez anciens, sans condamnation, ni inculpation », explique Joël Bouchité, directeur central des RG de 2006 à 2008. Il apparaît ensuite à la tête d’une petite agence de presse dite « euro-arabe « , d’où il creuse peu à peu son sillon dans les affaires et la politique. On le voit côtoyer un conseiller de François Mitterrand, Pierre Mutin. Un ancien directeur de cabinet de Jacques Chirac, Michel Roussin. Le Monsieur Afrique d’Elf, André Tarallo. Un ancien magistrat de la lutte antiterroriste, Alain Marsaud, qui reste l’un de ses plus ardents thuriféraires. Et même des piliers des services de police, dont François Antona, un proche de Charles Pasqua, et le numéro deux des RG François Casanova.

A propos d’Ahmed, une autre «fiche confidentielle», estampillée «très protégée», précise à son propos (après rappel de quelques antécédents) à la rubrique «confidentiel défense»«Individu à ne pas appréhender sur contrôle, signaler présence et informer service.»

Les Djouhri s’imposent parce que jamais la prière du bien pensant, « tout ce que vous voudrez, mais touchez pas aux biftons », n’a été aussi glorieusement reprise. Le bien pensant a tout lâché, tout trahi, il pleure, il chiale, il ergote, il dit qu’il votera Front National. Regardez un peu les coups de pieds au cul qui zèbrent son postérieur. Depuis 1789, la France va de révolution en réaction sans principe, hésite entre les insurrections inutiles et les généraux imbéciles dès lors qu’il est question de sauver le pays. Le silence sur Djouhri est bien l’abîme comique, au delà duquel il n’y a rien qu’un peu plus de vase où s’enfoncer.

Jean-François Gayraud, commissaire divisionnaire à la DST, auteur d’une note sur Alexandre Djouhri en 2004, va vite se rendre compte de l’influence du personnage: objet de menaces répétées et de brimades en interne, il démissionne fin 2007. Deux ans auparavant, Bébert dictait à sa secrétaire les mots suivants « rien de défavorable n’a pu être démontré concernant l’intéressé, et aucun élément lié au terrorisme, grand banditisme ou blanchiment n’a pu être mis en exergue ». Le même n’avait rien trouvé à redire sur le traitement de Mohamed Merah par ses services.

« Vous ne pensez pas que monsieur Djouhri a le droit qu’on le laisse un peu tranquille, trente ans après? » asserte Charles Pellegrini, ancien chef de l’Office central de répression du banditisme. Début 2008, Alexandre Djouhri avait obtenu la tête du directeur international d’Alstom, Bruno Cotté, ancien directeur de l’office d’exportation d’armement Sofresa et patron de l’international chez Dassault Aviation Alstom. « Il a refusé d’utiliser les réseaux Djouhri en Arabie saoudite et en Algérie, ce qu’il a payé de son poste ». L’intéressé, aujourd’hui directeur international de Safran, et le PDG d’Alstom, Patrick Kron, sont plongés dans le mutisme. Un revival de la République du silence et des maroquins.

Il y a une conception de l’ordre dans la rue avec la misère derrière les façades, des préfets optimistes et des hommes désespérés, qui sera toujours le ridicule de la démocratie bourgeoise. Les émeutes de novembre 2005 n’étaient pas une nouvelle Commune, juste un épiphénomène de la République djouhrienne, incarnée dans l’homme de la casbah d’Alger, du capitalisme international et des cérémonies religieuses aux veilles des désastres.  Si l’ordre, c’est la mesure et la justice dans une cité fraternelle, nous n’avons rien de tout ça, rien qu’un désordre constitutif, une république en rut dont les petits pétroleurs encagoulés ont saisi toute la dynamique en foutant le feu aux poubelles ou aux voitures de leurs voisins.

« Ah oui, j’ai rendez-vous avec HollandeÇa y est, c’est fait. Oui, c’est fait. Classe en plus. (…) classe de chez classe. De chez Ben Classe. (…) Je vais te raconter comment, pourquoi, à quelle heure. » 

Djouhri est aussi apparu fin 2011 dans le volet financier de l’affaire Karachi, autour des commissions de l’énorme contrat de frégates Sawari II signé avec l’Arabie saoudite en 1994. L’intermédiaire Ziad Takieddine accuse Djouhri d’avoir piloté le basculement des commissions du réseau initial de sociétés bénéficiaires, réputé proche des balladuriens, à celui des chiraquiens à la fin des années 1990, ce que l’intéressé nie, évidemment. Entre crotales, la guerre se mène à ciel ouvert. Jamais la République n’a été si ouvertement le règne en France de Ploutos, sans même l’excuse d’une défaite ou d’une ruine. Ploutos n’a pas besoin de troupes d’occupation, un coup  de bourses et un mail lui suffisent. C’est un Dieu accommodant même s’il pète et grogne un peu fort. On appelle ça la mondialisation, elle vide de tout contenu le règne idolâtre des plus nombreux parce que les oligarques y trouvent un compte toujours bon et un portefeuille en progression.

« Il a dit à table que j’étais un mec classe. Il a dit : “Il parle pas, il est fiable.” Il y avait Valls, il y avait Fabius. Et euh, il a dit que ce j’avais fait pour Bachir, je l’ai fait pour le pays. Même si politiquement il était contre, mais, lui, il a vraiment apprécié. »

 » Dans les registres du commerce, les apparitions de Djouhri se comptent sur les doigts d’une main. Un poste de directeur de 1995 à 2000 de DIM SA, une société suisse de courtage de produits industriels et pétroliers liquidée en 2005. Un autre de « secrétaire » d’une société londonienne présente dans l’énergie, Adenergy Ltd, dotée d’un capital de 1 million de livres, mais dormante depuis deux ans. Plusieurs sources évoquent aussi un rôle important dans Adremis SA, une société suisse spécialisée dans l’eau et le traitement des déchets au Moyen-Orient. Monsieur Alexandre gagne ses galons d’éminence grise du CAC 40 en s’imposant à Veolia. « Henri Proglio a littéralement été «vampé» par la gouaille de Djouhri, qui était déjà proche de l’ ex-patron d’EDF, François Roussely », assure le criminologue Xavier Raufer, à l’époque consultant pour le groupe. Dans son antre aux stores toujours baissés, une ancienne boulangerie de la Butte-aux-Cailles remplie de dossiers criminels, Raufer assure avoir mis en garde Proglio: « Je l’ai averti des antécédents du bonhomme, il ne m’a pas écouté. J’ai préféré partir. La purge s’est poursuivie avec le départ d’Anne Méaux, sa communicante, qui était très proche, et de son lieutenant de quinze ans, le DRH Eric de Ficquelmont. » Contacté, ce dernier assure ne pas vouloir revenir sur cette période « assez nauséabonde »: « En tant que gaulliste, je devais me soumettre ou me démettre. J’ai préféré la seconde solution. »

Mohamed Ayachi Ajroudi a un souvenir précis de Monsieur Alexandre. Le 3 juin 2004, cet homme d’affaires franco-tunisien, très introduit au Moyen-Orient, rencontre Riri Proglio au restaurant du George V sur proposition d’Alexandre Djouhri, en présence du député Alain Marsaud. Au menu des discussions, la création d’une filiale, Veolia Middle East, qui serait détenue à 51 % par Veolia et à 49 % par l’homme d’affaires. C’est lors de cette rencontre, affirme Ajroudi, qu’Alexandre Djouhri a exigé de recevoir gratuitement 20 % de la nouvelle société. « J’ai refusé cette tentative d’extorsion à plusieurs reprises, Marsaud ayant tenté de s’inviter dans le deal avec le communicant Laurent Obadia, ce qui m’a valu d’être menacé, suivi, agressé », assure Ajroudi. Une version fermement démentie par Riri.

« Ce matin, tu as Sergio Bin Marcel  qui s’est fait convoquer par Macron à l’Élysée. Et moi je dîne avec lui à 19h30 »

L’épilogue de l’histoire se joue aussi au George V six mois plus tard. Djouhri, qui prend un verre au bar de l’hôtel avec Marsaud et Obadia, apprend que l’homme d’affaires franco-tunisien loge chambre 625. Ivre de colère et passablement aviné, il monte illico, frappe à la porte et boxe violemment Ajroudi. Djouhri, placé en garde à vue avec Obadia, sera finalement condamné à 400 euros pour « violence ayant entraîné une incapacité de travail inférieure à huit jours ».

On préfère s’appesantir sur Samy Naceri, mais les méthodes sont les mêmes parce que les départs se ressemblent. Un voyou qui réussit par des méthodes de voyou ne sera jamais un honnête homme, c’est ainsi. Encore moins le météore des grands hommes comme le pensait Nietzsche. Juste un sujet clivé, toujours à la dérive de sa schizophrénie, pris de bouffées violentes et de compulsions au milieu même des mondanités où il n’en finit pas d’incarner le second couteau grande gueule, un remake de Michel Constantin qui se rêverait en 007.  Et maintenant que le prolétariat est disloqué entre chômage de masse et chapelles ethniques que les paysans sont des recycleurs de pesticides et d’engrais, que la grande bourgeoisie s’apprête à livrer ses filles aux futurs Commissaires Internationaux de la Mondialisation Heureuse parlant le pidgin anglophone,  maintenant que la petite bourgeoise prolétarisée, endettée, tondue, ne peut rien par elle-même, reste-t-il encore quelque chose à défendre que n’ait pas achetée, vendue ou ridiculisée la République djouhrienne ?

« J’ai mis une torchée à l’ambassadeur du Qatar comme t’as aucune idéePutain, il m’a joué l’ambassadeur. Je dis : mais oublie, me fais pas l’ambassadeur, me fais pas le pays maintenant, je te parle d’homme à homme, y a pas ça ? Qu’est-ce c’est que tes couilles maintenant ? Putain, je lui ai mis une torchée ! Je lui ai dit maintenant je veux voir A. Y. dans telle et telle condition. Et on m’envoie pas des mecs pour m’expliquer que soit disant Hollande, pas Hollande. »

Sur un navire démâté et sans gouvernail, Il est permis d’être sensible aux chants des sirènes : arrêtons-nous un instant à cette contemplation de tout ce qui préparait les voies au triomphe d’un universalisme de pacotille. Est-ce l’Etat djouhriste qui a découvert le complot des casseurs ? Dans ce cas, ne faut-il pas s’interroger sur la valeur réelle de cette trouvaille? Qu’est-ce donc, que l’art de gouverner en République sinon celui de faire naître les complots qui justifient la Défense républicaine. Une République qui n’aurait pas à se défendre, il lui faudrait prendre un métier, faire quelque chose, qui sait ? Balayer la maison, préparer les repas ? Toutes choses qui lui répugnent, elle préfère le ciel des idées et les guichets des paradis fiscaux.

Il n’y a qu’une tradition républicaine en France, c’est la défense républicaine. On reconnaît que le scandale est dans l’Etat djouhriste mais on affirme que le complot est dans quelques cagoules. Et si c’était l’inverse ? Si le complot, le vieux complot était dans l’Etat et si ce n’est le complot, cette sotte complaisance dans la ruine des villes et la misère des hommes en temps de paix ?

Yallah, Je t’embrasse, Tchao, Salut 

L’interventionnisme djouhriste s’illustre dans l’affaire de l’Angolagate – une vente d’armes remontant aux années 1990 qui continue d’empoisonner les relations entre Paris et Luanda. «Des contrats portant sur 50 milliards d’euros sont depuis en suspens», souligne Hervé Seveno, ancien policier devenu l’un des ténors de l’intelligence économique et intime de Djouhri. Relayant la cause de Pierre Falcone, principal prévenu du dossier Angolagate, il milite au plus haut sommet de l’Etat pour sa libération, quitte à faire pression sur des magistrats. Le conseiller justice de Nico, Patrick Ouart, jugé trop peu actif, n’y a pas survécu : il a quitté l’Elysée fin 2010 pour pantoufler chez LVMH après s’être plaint de menaces. Djouhri, aurait parlé de le «fumer» et l’autre connard de plier, l’image est parlante.

Seul un Alexandre Djouhri peut se flatter d’un rapport aussi direct avec le président en exercice – via Maurice Gourdault-Montagne et La Villepine sous Chirac, via Cloclo et Bébert sous Sarko. «Du jamais vu sous la République», souligne un haut fonctionnaire de la Défense. Mais si justement, c’est toujours du déjà-vu en République, un vieux refrain, une sorte d’adaptation de quel malheur d’avoir un gendre.

Son ascension dans les sphères du pouvoir est passée par Elf et Veolia. Sa proximité avec Jean-Baptiste Andreani, ancien policier corse reconverti dans la sécurité privée, et Pierre-Yves Gilleron, ancien commissaire de la cellule antiterroriste de l’Elysée également sensible aux sirènes du privé, lui permet de se glisser dans le sillage des deux gestionnaires des commissions occultes du groupe pétrolier, Jacques Sigolet et André Tarallo. Les corses semblent nombreux dans cette ascension comme ils étaient nombreux autour des amours de François (Hollande) et Julie (Gayet). Donc, avec ses parrains et mentors, Alexandre Djouhri s’installe en Suisse au début des années 1990, tout en conservant un rond de serviette à l’hôtel Bristol, à Paris. Sigolet s’est depuis rangé des voitures après avoir été victime de trois tentatives d’attentat sur fond de ventes d’armes en Afrique. Mais Djouhri est toujours là, en partenariat avec Mathieu Valentini, poursuivi dans l’affaire Elf. Chez Veolia, il a d’abord pris la roue de Bernard Forterre, alors numéro 3 de l’antique Générale des eaux, candidat malheureux à la succession du patriarche Guy Dejouany. Après la parenthèse Jean-Marie Messier, le «développeur» est devenu omniprésent auprès de Riri Proglio (cumulant les casquettes à la tête de Veolia et d’EDF). Djouhri est un «ami personnel», confessera pudiquement ce dernier lors d’une déposition devant la police. Alain Marsaud, ancien magistrat et député UMP, entre-temps recruté par la Générale des eaux, décrira plus directement leur relation, présentant Djouhri comme «l’homme sans qui Proglio n’est rien».

 « Ces enculés du quai d’Orsay ont envoyé des mecs, et Valls est dans le coup pour dire à Béchir qu’ils peuvent enlever le mandat d’interpol s’il dit qu’il y a eu évidemment un financement ».

 Trahir, ce n’est pas changer d’opinion, cette chose vaine. C’est préférer l’opinion ou l’intérêt à quelque chose qui passe infiniment l’opinion et détermine l’humaine réalité. Pour juger et condamner Djouhri, il faut donc une autre mesure que celle de la République ; il faut reconnaître quelque chose de sacré, rebelle aux opinions, destructeur de leurs nuées. Il faut reconnaître comme siennes les trois prohibitions majeures et en tirer toutes les conséquences pratiques.

Ah d’accord

Une vie est heureuse, suggère Djouhri, quand elle commence par le ridicule et se prolonge par la puissance et l’ambition. J’ose dire qu’avec lui un genre se poursuit dans la littérature française : ni le roman d’aventure, ni le roman policier, mais le roman de République, toujours sous-titré, il se voulait César et ne fut que Pompée. Alexandre Djouhri déjeune avec Arnaud Lagardère, amuse Serge Dassault, fascine Riri, intéresse Jean-Louis Borloo, adore Yazid Sabeg… Ce dernier, PDG de la Compagnie des signaux et commissaire du gouvernement à l’Egalité des chances, lui sert à l’occasion de témoin de moralité ou de chauffeur. C’est dire la répartition des pouvoirs. En retour, Djouhri militait à l’Elysée en faveur de sa nomination à la présidence d’Areva : avec Yazid chez le fabricant de centrales nucléaires et Henri à la tête de l’électricien, plus besoin de fusionner EDF et Areva, pacsés de facto par les amis d’Alex ! La filière nucléaire a refusé ce touchant scénario. Aujourd’hui Areva est en faillite et Alstom licencie, on dira que ça n’a aucun rapport, je dirai que le lien est direct.

« Non mais attends, moi je vais aller voir Valls avec une kalachnikov et de la coke qui vient (…) des quartiers nord de Marseille et puis je vais lui dire que j’arrive avec arme et bagage. Ouais, Ouais, je te jure que je suis capable de lui dire ça dans sa gueule… »

Jamais avare d’un coup de pouce aux amis, l’entreprise Djouhri est venue au secours de Serge Dassault en son fief électoral de Corbeil-Essonne. Le principal employeur local, l’usine Altis de semi-conducteurs, étant menacée de faillite, compromettant sa réélection, l’avionneur déniche en 2009 un repreneur miracle : Germain Djouhri, fils d’Alexandre. Par la voix de son avocat, Djouhri père assure qu’il n’est pour rien dans le deal, son digne rejeton étant simplement précoce en affaires. Le bras droit de Dassault et maire consort de Corbeil-Essonnes, Jean-Pierre Bechter, la soixantaine bien tassée, présente Djouhri Jr, tout juste trentenaire, comme un «ami personnel» qui va «sauver» Altis en investissant 30 millions d’euros. Acceptons l’incongruité, mais, comme souvent chez les Djouhri, on s’interroge sur l’origine des fonds. Pas bien longtemps : Germain Djouhri passe rapidement la main à ce bon vieux Yazid Sabeg, nouveau sauveur providentiel jugé plus crédible – quoique… Un «ami depuis vingt-cinq ans», précise cette fois le bras droit de Dassault. Admirable chaîne d’amitié qui laisse entière la question de l’origine des fonds : Sabeg n’ayant investi que 1 000 euros de sa poche, d’où proviennent les 140 millions promis dans son offre de reprise ? 40 d’un mystérieux «investisseur privé», 20 de l’Etat français, solde à répartir entre banquiers, futurs actionnaires qataris ou russes.

« On se voit avec lui et vous, on dégrossit (…) Parce que le projet c’est lui qui l’a et tout… C’est un truc intéressant, mais je n’ai pas le détail. Donc c’est lui qui vient l’expliquer avec moi. »

La Russie ! Nouvel eldorado pétrolier, terrain de chasse pour aventuriers des affaires. «Alexandre ne s’y intéresse qu’en raison de sa belle-famille», nuance un proche. Car son fils Germain a eu le bon goût d’épouser la fille d’un oligarque, Sergueï Niyzov. Petit oligarque, mais oligarque quand même. En mars 2010, Nicolas Sarkozy reçoit Dmitri Medvedev en visite officielle. En marge des grands discours sur l’amitié franco-russe, il est surtout question de vendre quatre bâtiments de projection et de commandement à la marine russe – un marché de 1,5 milliard d’euros. Moscou est demandeur, Paris est ravi de fournir un peu de travail aux chantiers navals de Brest et de Saint-Nazaire. Lors du dîner officiel à l’Elysée en l’honneur du président russe, le plan de table est soigné : côte à côte, Alexandre et Germain Djouhri, le beau-père russe, Riri Proglio. Le lendemain, Nico remet en personne la légion d’honneur à Sergueï Chemezov, ancien espion du KGB en RDA (à l’époque supérieur de Vladimir Poutine), aujourd’hui président de Rostekhnologuii, office d’import-export du complexe militaro-industriel. Une breloque remise à la demande d’Alexandre Djouhri, selon plusieurs sources. «Peu après la remise de la décoration, Chemezov, arborant fièrement son insigne rouge, a réuni une trentaine d’invités dans un salon de l’hôtel Bristol. Plusieurs industriels et hommes d’affaires étaient présents : Louis Gallois [EADS], Luc Vigneron [Thalès], Jean-Charles Naouri [Casino], etc. Peu discret, comme à son habitude, l’homme d’affaires proche de l’Elysée Alexandre Djouhri allait de l’un à l’autre, embrassait chaleureusement son ami Yazid Sabeg.»

 Les deux pays avaient topé là en décembre de la même année. Selon le négociateur nommé par Poutine, la France aurait accepté les transferts de technologie contre le versement de commissions hors normes – 20% du contrat, de quoi engraisser bien du monde et renvoyer à la préhistoire l’affaire des sous-marins au Pakistan. Après plusieurs années, d’autres commissions se payèrent, un autre pays accueillit les frégates, la Qatar et l’Egypte avaient dû solder les atermoiements de l’oncle François devant l’ogre russe.

Syphilitiques, fous, rois, pantins, ventriloques, Qu’est-ce que ça peut faire vos âmes et vos corps, vos poisons et vos loques ? Ils se secoueront de vous, hargneux, pourris, disait Rimbaud. Un petit algérien naît en France. Pourquoi est-ce en France qu’il décida de s’enrichir. Peut-être en hommage à la désinvolture et au gaspillage français, sans doute parce que la France était un pays riche et que Djouhri devait manifester un goût jamais démenti pour le voisinage et l’amitié de tous les ploutocrates ; mais surtout parce que la réputation de la France en ses républiques successives, en sa transformation toujours plus rapide des Droits de l’Homme en Droits des minorités à patrimoines, lui faisaient des promesses implicites de discrétion. Djouhri, fils de rien, vit de la France et il en vit bien, mais en Suisse. La France lui est une espèce de patrie puisque, ubi bene ibi patria. Pas assez patrie pourtant pour que Djouhri daigne y résider.

Nous vivons en un temps tout ami de la fraude, où intelligent et canaille sont devenus presque parfaitement synonymes. Platon montrait déjà, dans le Ménon, que la vertu en démocratie ne doit pas pouvoir s’enseigner, puisque les fils de politiciens démocrates, comme Thomas Fabius, se révèlent si souvent de déconcertantes canailles. Il est normal, disait en souriant le président Paul Reynaud, que nous soyons aidés par l’Amérique, comme il est normal pour un mignon d’être aidé par un directeur de sciences-po …comme nous n’avons pas les charmes d’un mignon, cela durera moins longtemps. Déjà, Reynaud qui s’y connaissait en défaillances peignait la France en femme entretenue. C’est une constante que les êtres les plus corrompus lui attribuent ce rôle ingrat de femme insouciante et jolie à la cuisse légère. Mais répondons comme Barbara que cette cocotte, c’est notre mère.

Du parfait démocrate, Djouhri a ce caractère de self made man, fait de rien et fait tout seul. Monsieur Alexandre ne sait pas d’où il vient, ni où il va. Il n’est ni d’ici, ni de là. Il n’a besoin, en dernière analyse, que d’une seule connaissance, un seul secret qui lui a été transmis : l’homme a des désirs et l’argent est le moyen de payer le désir des hommes, et d’acheter les hommes contre la satisfaction de leurs désirs.

Relisant Le Pain dur, je crois voir Djouhri dans la nuit où il alla brusquement déterrer les armes cachées dans un couvent, je crois l’entendre demander, au passage, au supérieur du couvent s’il ne lui céderait pas quelques Christs anciens « Il faudra me montrer ça, je suis amateur de tous ces bons dieux ». Mais ces paroles ne sont pas de Djouhri le « bleu-blanc-rouge », elles sont de Ali Habenichts, création du génie de Paul Claudel ; elles préparent la cession pour quatre francs à Habenichts du Christ que les anciens moines, et les parents guillotinés de Cygne de Coufontaine avaient baisé avant la mort.

« Quel est le prix du monde, quel est le prix de tout ? », c’est la seule question que se pose Djouhri, c’est la seule question que se posent ses amis, c’est la seule question qui fasse défaillir les français ; l’hexagone a trouvé son oracle et sa Pythie.

 

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