Publié par : Memento Mouloud | juin 13, 2015

En mathématiques, le niveau baisse

gentils

Le niveau des collégiens en mathématiques a reculé depuis six ans, selon une étude du ministère de l’éducation rendue publique dimanche 17 mai par Le Parisien alors que le projet gouvernemental de réforme du collège est fortement contesté.

Selon cette étude portant sur un échantillon représentatif de quelque 8 000 collégiens de 3e, inscrits dans 323 collèges publics et privés sous contrat, en 2014, un élève sur cinq n’était capable de traiter que des exercices très simples, de niveau CM2 ou de début du collège. En outre, le pourcentage des élèves de très faible ou de faible niveau passe de 15 % à 19,5 % en six ans.

Parallèlement, si les deux groupes de niveaux moyens restent à peu près identiques, celui des élèves de 3e de bon niveau en mathématiques perd près de 3 points (15,3 % en 2014, contre 18,6 % en 2008). Le groupe des « supermatheux » reste quant à lui stable, à 9,1 %.

Selon Catherine Moisan, directrice de la Direction de l’évaluation, de la prospective et de la performance du ministère de l’éducation, citée par Le Parisien, les résultats en maths sont « préoccupants »« Ce qui baisse vraiment, note-t-elle, c’est la maîtrise technique (les calculs décimaux, le début du calcul littéral…), dont on peut difficilement se passer dans la vie quotidienne. »

Les filles ne sont pas les meilleures, mais dans cette baisse généralisée des performances, elles limitent les dégâts. Les résultats moyens des collégiens chutent de 9 points, ceux des collégiennes de 5 points seulement. Et, si elles sont moins fortes dans les QCM (questionnaires à choix multiples), elles font jeu égal dans les questions ouvertes.

A partir des professions de leurs parents, les élèves peuvent être caractérisés par un indice de position sociale moyen (IPS) et une moyenne a été calculée pour chaque établissement évalué, établissements classés en 4 groupes. Les meilleurs scores des élèves ont été obtenus dans le groupe 4, les collèges où l’indice social est le plus élevé. Et les résultats ont baissé dans les trois derniers groupes par rapport à 2008.

Le Monde / Le Parisien

franchouilles

Publié par : Memento Mouloud | juin 12, 2015

Selon l’Obs la Nouvelle Droite est raciste ou le procès continue

Cette semaine, l’Obs trace le portrait d’Arnaud Stephan de son vrai nom Arnaud Hautbois. Il faut croire que le front national est atteint d’anglomanie. Estelle Gross, la journaliste en charge du jeu de massacre, l’appelle du doux nom de gourou, les termes de spin doctor étant dévolus aux gens sérieux, disons Anne Méaux qui, elle aussi, possède un doux pédigrée de néo-fasciste. Conseiller fantôme d’Aymeric Chauprade et « porte-bagages » de Marion Maréchal-Le Pen, le type est en sus rugbyman et il en porte les traces. Estelle Gross est ulcérée. Arnault ne peut être qu’une méchante brute.

Estelle Gross écrit ceci « il a été formé au Grece…laboratoire de la Nouvelle Droite racialiste créé par le sulfureux philosophe Alain de Benoist. A l’époque, il écrit dans plusieurs journaux d’extrême-droite comme le Choc du mois, publication radicale condamnée pour avoir publié un entretien avec le négationniste Robert Faurisson ». Réponse d’Arnault Haubois, « on était des droitards, pas des idéologues ».

En deux phrases, la journaliste a donc lié la Nouvelle Droite à Robert Faurisson et émis cette assertion selon laquelle, Alain de Benoist n’est pas seulement philosophe mais sulfureux (aux yeux de quel tribunal ?) et raciste. Il se trouve que je lis depuis longtemps Eléments et que j’ai eu entre les mains le Choc du mois. Les deux publications n’ont rien à voir. La première est à destination des intellectuels, la seconde du grand public. Enfin Eléments n’a jamais diffusé un article négationniste. Au pire, elle a tracé le portrait de Dieudonné en situationniste. Ce jour là, j’ai cessé de la lire.

Eléments a toujours été une revue plurielle et en évolution. On y croisait des ethno-différentialistes mais aussi des heideggeriens, des évolistes et des anti-modernes, des écologistes et des nationalistes-révolutionnaires, des sociobiologistes et des décroissants, la cible de la revue était le libéralisme démocratique et la technophilie ambiante, pas les immigrés ou les « races ».

De l’entreprise Onfray Inc s’écoulent, depuis un quart de siècle, des flux de prose : sur les cinq dernières années, un peu plus de quatre mille pages, sans négliger les préfaces et postfaces, les tribunes et chroniques. Michel Onfray est un opérateur appliqué, il usine. Depuis treize ans, son cours de philosophie du lundi soir à l’université populaire de Caen fait invariablement salle comble. Les enregistrements qui forment une Contre-histoire de la philosophie (trois cents heures de palabres diffusées chaque été sur les ondes de France Culture) approchent les neuf cent mille ventes de CD. Les piratages sont innombrables. Dans le domaine quantitatif, Onfray Inc n’a pas de concurrent, il est la pop philosophie à lui tout seul.

En 1988, Michel Onfray n’est pas une usine et jouit comme un calorifère vaporeux. Professeur de philosophie au lycée technique privé Sainte-Ursule où il rumine sa condition de pion fin de siècle, il vient de soutenir un doctorat de troisième cycle en philosophie – Les implications éthiques et politiques des pensées négatives de Schopenhauer à Spengler (1818 à 1918). Il habite alors Argentan, fuyant le littoral touristique et kitsch. Encore timide, il envoie son premier article à L’Orne littéraire. Paris, il la craint autant qu’il la conchie, il sait bien qu’il n’est pas du sérail, qu’il doit accomplir un détour. Chaque ligne qu’il écrit est un crédit ouvert sur le bégaiement car tous les enfants de lignées pauvres sont bègues, ils savent bien que rien ne leur appartient, pas même leur langue. Son premier livre, une étude consacrée à la figure oubliée du philosophe nietzschéen « de gauche » Georges Palante. Il la confie à un éditeur d’Ille-et-Vilaine, il fait le lien entre Bretagne et Normandie, le grand ouest contre la Babylone putassière d’Île de France. Pendant ce temps, BHL dialogue avec Botul.

Michel Onfray  naît à l’écriture au cœur d’un paradoxe. De gauche, il est plombé par un idéal faisandé, « l’homme de gauche », une éthique progressiste en toc et une grégarité, celle des valeurs et de leurs troupeaux. Il aspire donc à la prêtrise. Nietzschéen, il voudrait se défaire des oripeaux du saint (le grand homme mais rugueux, maigre et borné), car souvent le nietzschéen standard est un fils-fille qui veut jouir, effaçant de sa gomme les arrière-mondes (vulvaires ?) peuplés de papas vengeurs (-jouisseurs).

Deuxième ouvrage, le Ventre des philosophes. Critique de la raison diététique, un essai qui relie les positions philosophiques d’auteurs classiques à leurs préférences alimentaires et leurs flatulences diverses. Il envoie le manuscrit à trois éditeurs parisiens. Chez Grasset, Jean-Paul Enthoven signe immédiatement un contrat. Il lui donne aussi un conseil qui se résume en un mot d’ordre, exhibe-toi, fais l’histrion Michel.

Michel Onfray met donc en scène ses origines, il sténographie en sociologue : son père ouvrier agricole, sa mère femme de ménage, l’expérience vécue de la pauvreté et des fins de mois difficiles, le placement dans un pensionnat catholique, l’infarctus qui le frappe à vingt-sept ans. Du presque rien à la porte entrouverte de la mort, il a parcouru un premier chemin (glorieux). Quand on le lit on se dit cet homme est fils de la pauvreté comme d’autres sont autochtones, il n’est pas né entre les cuisses d’une femme, Michel Onfray est une allégorie vivante, une statue de stuc mais en marche (vers le succès, straight to the top). La machine Grasset se met en route : passages à la télévision, articles de presse élogieux. La méthode rodée qui porta les « nouveaux philosophes » sur les sommets du « Moi-Je en tant que… ». Ses deux livres suivants – Cynisme. Portrait du philosophe en chien, en 1990, puis L’Art de jouir. Pour un matérialisme hédoniste,en 1991 – sont sélectionnés pour le prix Médicis de l’essai, qu’il finit par obtenir en 1993 pour La Sculpture de soi. La morale esthétique.

Michel Onfray participe, au début des années 1990, à La Règle du jeu, revue que vient de créer BHL, et fait son entrée au comité de rédaction en 1991. Il en restera membre jusqu’en 1998. « Je n’y suis allé que deux fois, et j’ai vite vu comment fonctionnait le milieu intellectuel parisien. Je ne m’y sentais pas du tout à ma place », assure-t-il aujourd’hui résumant ce fameux milieu par un acronyme. Cela ne l’empêche pas d’y publier six articles. Il ne manque pas de se prévaloir d’avoir publié des articles « dans la revue de Bernard-Henri Lévy » lorsque, sur le plateau de Ciel mon mardi (19 mai 1992), il étrille Antoine Waechter, Dominique Voynet et Brice Lalonde, les trois dirigeants écologistes d’alors, qu’il accuse avec véhémence de « prêcher une nouvelle religion culpabilisante » interdisant de jouir.

Lorsque la très poussiéreuse Revue des deux mondes lui propose de tenir un bloc-notes, en 1994, il accepte volontiers. Mais le rédacteur en chef, Jean Bothorel, n’est guère convaincu par les vingt feuillets qu’il reçoit chaque mois : « Textes confus, touffus, d’un graphomane. Sa plume courait à perdre haleine derrière ses “maîtres”, une plume qui copiait, recopiait », dégageant « une impression de fricot relevé par une sauce pseudo-philosophique ». D’une part, Michel Onfray ne s’est jamais reconnu de maître. De l’autre, la mention du fricot indique assez l’estime dans lequel Bothorel, dont la plume est d’une lourdeur de basse boucherie, tient le graphomane qu’il avait appelé à ses côtés pour reverdir une revue qui sentait le formol. La rupture se produit en janvier 1995. « Il s’avisa de nous offrir une variation de ce qu’il nomma “libertinages solaires”, et de nous dispenser des cours de maintien sexuel sur un ton doctoral ». Car Bothorel est libre, on ne lui dispense rien sauf des conseils fiscaux. Michel Onfray publie son texte refusé dans L’Infini, la revue de Philippe Sollers. Durant cette période, on le voit publier une Théorie du Sauternes (Mollat, 1996), fréquenter assidûment les domaines bordelais, y obtenir le prix de l’Académie du vin pour La Raison gourmande (Grasset, 1995), préfacer le Guide Hachette des vins.

Sartre avait son garçon de café, Michel Onfray a déplacé le curseur, il ne se prétend pas œnologue, il tente sa théorie des sensations qu’il juge nettement supérieure.

Il publie sa Politique du rebelle en 1997, on lui oppose le représentant éternel du joli mois de mai, Daniel Cohn-Bendit dont la faconde surjouée sert aussi bien à soutenir le libéralisme que l’OTAN. En 2002, Michel Onfray vote Olivier Besancenot. « Les inquiétudes d’un Auguste Blanqui sur la pertinence du principe du suffrage universel dans le cas, en son temps, d’un peuple illettré, inculte […] mais appelé à donner son avis lors d’une consultation électorale, se retrouvaient, à mon avis, dans la configuration postmoderne d’un peuple illettré, inculte, entretenu dans l’obscurantisme par le système économique libéral présenté comme l’horizon indépassable par la droite et la gauche de gouvernement ». Il sera donc prêtre et se propose de rectifier les hommes. Il entre dans la carrière du ridicule où nombre d’aînés l’ont précédé. À la fin de l’année scolaire 2002, il démissionne de l’Éducation nationale et annonce son intention de créer une université populaire à Caen.

Les principes de l’université populaire de Caen (qui a depuis fait des émules à Lyon, Avignon, Grenoble ou Roubaix, pour ne citer que celles qui fonctionnent toujours) sont simples : bénévolat des enseignants – qui ne sont que défrayés de leurs éventuels frais de transport –, gratuité totale, absence d’examens comme d’inscriptions, et cours de deux heures, la première pour l’exposé, la seconde pour la discussion. L’affluence est immédiatement au rendez-vous : dix mille personnes dès la première année.  Avant la fondation de l’université populaire de Caen en 2002, Michel Onfray n’apparaissait sur les ondes qu’une vingtaine de fois par an, au plus. Depuis, on peut le voir et l’entendre au moins une fois par semaine, et même deux fois (cent neuf apparitions) en 2012. Il décolle.

D’année en année, les cours de l’université populaire de Caen s’étoffent : à la philosophie, enseignement dispensé par Michel Onfray, se sont ajoutés des cours sur le jazz, l’architecture, les mathématiques, le cinéma, la musique, l’art contemporain. Cinq séminaires, l’année de lancement, quinze durant l’année 2014-2015. « Le public est engagé, investi, ponctuel, sans retard ni interruption inopinée. C’est un auditoire attachant », relève Myriam Illouz, qui tient un séminaire de psychanalyse. Et de préciser : « Michel Onfray est devenu hostile à la psychanalyse, pour autant, jamais l’idée de supprimer ce séminaire ne s’est posée. Plus encore, il est soucieux de protéger l’ouverture et la pluralité propre à l’université populaire. »

Les acteurs de la vie culturelle caennaise ne tarissent pas d’éloges sur l’université populaire. « Une vraie belle dynamique », pour Emmanuelle Dormoy, adjointe à la culture de la ville qui souligne que « Michel Onfray agit en citoyen et penseur, ancré dans son territoire et donnant son avis sur ses problématiques, comme la question de la fusion des régions de Haute et Basse-Normandie ». La municipalité de Caen est passée à droite en 2014 et la nouvelle équipe se montre des plus désireuses d’aider l’université populaire : subvention annuelle de 10 000 euros, mise à disposition gratuite du musée des Beaux-Arts, où se tiennent certains cours.

En froid avec la précédente municipalité, l’université populaire s’était un temps installée dans l’université de Caen. « Michel Onfray m’a demandé un amphi car il ne trouvait aucun lieu pouvant accueillir plusieurs centaines de personnes. Je n’avais aucune raison de le lui refuser. Je trouvais intéressant qu’une université accueille en son sein un courant de pensée différent, et de nouveaux publics », raconte Nicole Le Querer, ancienne présidente de l’université de Caen. Même enthousiasme de Stéphane Grimaldi, directeur du Mémorial de Caen : « Nous avons accueilli une série de séminaires sur la guerre organisés par l’université populaire de Caen et j’ai été très agréablement surpris de voir arriver des publics nouveaux que nous n’avions jamais pu capter. »

Légalement, l’université est organisée par l’association loi de 1901 Diogène & Co. Mais cette dernière n’a aucun adhérent. Et ne souhaite pas en avoir. Son bureau (Micheline Hervieu, ancienne libraire d’Argentan et vieille amie de Onfray, comme présidente et François Doubin, qui fut ministre radical de gauche de François Mitterand et ancien maire d’Argentan, comme trésorier) est le même depuis 2002 et ne joue aucun rôle dans le fonctionnement de l’association. De fait, seul Michel Onfray et ce qu’il appelle « sa garde rapprochée » formée de vieux amis normands, dirigent l’université populaire de Caen (en particulier dans le choix, par cooptation, des nouveaux enseignants), hors de toute procédure formalisée.

Les comptes de l’association Diogène & Co sont certifiés chaque année par un expert-comptable. Le budget de l’association tourne, bon an mal an, autour de 80 000 euros, provenant jusqu’aux derniers exercices uniquement de subventions publiques. « Le Conseil régional nous a fait savoir que l’équilibre de l’association ne devrait pas reposer que sur les subventions et qu’il faudrait que nous ayons aussi nos ressources propres », explique Dorothée Schwartz, unique salariée de l’association, par ailleurs compagne de Michel Onfray. Diogène & Co a donc développé les ventes de produits dérivés : tasses, maillots ou clés USB aux couleurs de l’université populaire de Caen, qui ont rapporté quelque treize mille euros lors de l’exercice 2013.

Il lance, à Argentan, en 2006, l’université populaire du goût (UPG). Dès l’été 2006, de grands chefs défilent dans la salle des fêtes pour y donner des cours de cuisine devant plus de huit cents personnes. Une association, Épicure & Co, est constituée l’année suivante. Laquelle achète un chapiteau de cirque, pour donner à l’UPG son lieu propre, au centre d’un vaste terrain communal de potagers et de vergers exploités par Jardins dans la ville, une association d’insertion locale. Un partenariat se noue entre les deux associations, qui ont le même trésorier (Jean-Marie Leveau) et, pour l’essentiel, les mêmes militants. Jardins dans la ville assure la maintenance du chapiteau et l’intendance des évènements, moyennant cinq mille euros annuels versés par Épicure & Co, qui bénéficie d’une subvention de soixante-quinze mille euros du Conseil régional de Basse-Normandie. Cinq à six événements sont organisés chaque année : dégustations gastronomiques, concerts de musique classique, rencontres avec des artistes. On se croirait avec l’ancienne vichyste de gauche Jeanne Laurent, sur la route de la culture pour tous qu’avait défendue Jeune France.

« Progressivement, le public a changé. Il n’y avait presque plus de gens d’Argentan ou des environs. Il suffisait de regarder les immatriculations des voitures pour voir que l’on venait de loin pour assister aux séances de cette université populaire qui n’avait plus rien de populaire », raconte Jean-Marie Leveau. Les personnes accompagnées par Jardins dans la ville désertent les événements de l’UPG. Une chronique de Michel Onfray – qualifiant « les bras cassés de l’association » d’« anciens alcooliques, drogués repentis, propriétaires de longs casiers judiciaires, ici un pédophile ayant effectué sa peine, là un tatoué ayant renoncé aux coups et blessures »– rompt le cousinage. On est en 2012.

La quasi-totalité du bureau de Épicure & Co démissionne (dont Jean-Marie Leveau), laissant Michel Onfray, qui en est président, quasiment seul. L’activité de l’UPG se transforme : rencontre avec Guy Bedos, débat sur le journalisme avec Franz-Olivier Giesbert, Laurent Joffrin et Jean-François Kahn. « Le plus grave, à mon sens, c’est que Michel Onfray a détourné l’UPG de sa vocation associative initiale pour l’utiliser au profit de sa carrière, de son image, de l’entretien de ses relations… et de ses propres affaires », regrette Jean-Marie Leveau, qui a refusé, en qualité de trésorier d’Épicure & Co, de rembourser à Michel Onfray des frais relevant à l’évidence de dépenses personnelles. Comme si Jean-Marie Leveau était quelque chose, comme si cette association aurait pu exister sans le nom tirelire d’Onfray. Le prosateur découvre que les valets ne sont pas contents quand ils sont congédiés. Le valet que le maître est méchant. Support de la lumière le maître a trahi, porteur de torches, le valet est plongé dans le noir. On rejoue l’épisode de la caverne en plus bouffon.

En novembre 2013, Michel Onfray annonce qu’il quitte Argentan, emmenant avec lui son université populaire, qu’il entend réinstaller dans son village natal de Chambois. Une de ses dernières initiatives, le 28 mars, a été d’y recevoir Michel Drucker « Michel Drucker voulait réfléchir sur le temps, sur la cruauté de la télévision, sur l’éphémérité de ses vedettes », se justifie Michel Onfray qui commence à causer comme un phénoménologue semi-illettré, « éphémérité », on attend l’intentionnalité druckérienne. En attendant, Michel Drucker s’est empressé d’inviter Onfray à Vivement Dimanche où Michel Onfray a pu expérimenter la canapéité de l’invitation au sur-place.

En matière d’occupation des tréteaux, Michel Onfray fait aujourd’hui jeu égal avec son vieux rival Bernard-Henri Lévy : 381 apparitions contre 398 à BHL depuis 2010. Dans la catégorie des têtes de gondole de son gabarit, seuls Alain Finkielkraut (407 apparitions) et Luc Ferry (1 036 apparitions) les dépassent. C’est une vedette, il appartient au quarteron des pontifes de l’Opinion, ce n’est pas rien.

Comme penseur honoraire de l’Opinion française il expulse d’une tribune sous les huées le philosophe Michael Paraire, invité aux Rencontres du livre et du vin de Balma (Haute-Garonne) en avril 2013. Michel Paraire, en vengeur subtil de Sigmund Freud avait qualifié la prose du géant de Chambois d’imposture ; Il en voulait aussi aux inculpés de Tarnac, une « bande de rigolos qui croit contribuer à l’avènement du grand soir en stoppant cent soixante TGV». En attendant les rigolos en question sont toujours inculpés et, si l’on s’en tient aux écrits du comité invisible, certains de ces rigolos ont un sens de la formule plus acéré que l’autodidacte d’Argentan. Désormais géopoliticien il entrevoit « un choc des civilisations entre l’Occident localisé et moribond et l’Islam déterritorialisé en pleine santé». Devenu pontife, le prêtre voudrait occuper le poste de Guide suprême de la République française, il a des choses à dire et à faire mais toujours sur le même mode, « Moi-Je en tant que… ».

« La gauche doit parler des pauvres, c’est en cela que je défends toujours une gauche antilibérale. Je n’ai pas changé, mais j’ai modifié mes combats à mesure que la gauche libérale, qui a pris comme chevaux de bataille la théorie du genre ou la location des utérus, a changé les siens ». Saint Martin ne parlait pas des pauvres, il avait perçu puis coupé son manteau en deux. Point final. Il avait tenu le pauvre dans le même espace, il avait fait le pas qui le conduisait lui-même vers cette place où rien ne tient en place. Il n’était pas chrétien impérial ou chrétien bagaude ou Chrétien dissident, il avait agi. Michel Onfray discourt, le prêtre annonce la bonne nouvelle, il existe une église vraie, véritable, une église sans tâches, l’église de la gauche antilibérale des pauvres.

Le Crépuscule d’une idole. L’affabulation freudienne (Grasset, 2010) compte six cents erreurs factuelles, il s’est vendu à cent cinquante-huit mille exemplaires. Il ne dit rien sur Michel Onfray mais beaucoup sur son public, le prêtre est le miroir, il ne guide personne, il est porté. « Tout le monde m’est tombé dessus. On m’a traité de nazi, de pédophile… J’ai été peu défendu par Grasset, si ce n’est par Jean-Paul Enthoven. J’avais des problèmes avec mon attachée de presse qui avait autre chose à faire que s’occuper de moi. BHL, qui fait partie de la maison Grasset, m’a attaqué dans Le Point. C’est alors que j’ai constaté que Grasset préférait ne pas choisir entre BHL et moi ». Une querelle entre pontifes au sein de l’Empire du rien, une signature d’époque.

Revue du Crieur / BAM

La mort d’un piposophe

Le philosophe Michel Onfray, auteur prolifique et inventeur de la piposophie, est atteint depuis ce matin d’un Ictus amnésique prolongé, ses adeptes l’ont retrouvé errant vêtu d’un pagne dans sa résidence de Varengeville, dans l’Edrom (Espace de développement régional Ouest-Manche, ex-Normandie). BHL aurait déclaré « c’était un fasciste sincère », Najat (prononcez Najet) Vallaud-Belkacem « un être vous manque et tout est détartré ».

Élevé dans un milieu provincial peu favorisé, sodomisé à de multiples reprises par des moines pédophiles et corrompus, victime d’un ostracisme de classe, il rompit le sort en étudiant Proudhon, la philosophie, et les manuels d’éducation sexuelle reichien. Grand thuriféraire du toucher acentré, membre fondateur de l’Union pour une jouissance panorgasmique, il créait au cours des années 1990 la future Université MOI de Caen (Michel Onfray Imperator), avant de devenir au début des années 2010 le fer de lance du MELEV.sdnm, le Mouvement éonophile de libération des énergies de vie sans Dieu ni Maître.

Le MOI décerna des diplômes de piposophie appliquée après avoir obtenu le soutien à parité de l’État et du groupe Lagardère (on dit que le philosophe aurait refusé le mécénat de BNP-Paribas, à cause, confiait-il, d’un « vieux contentieux avec Kant et sa troisième critique »). Au tournant du siècle, il écrivit quelques essais radicaux prônant un athéisme compensatoire et un hédonisme subtil à base de quelques exercices tantriques et de bonnes bouffes conviviales entre amis de la sagesse .

Mais ces injonctions audacieuses à se libérer de Dieu et des carcans moraux judéo-christiano-fascistes ne furent que les jalons d’une œuvre plus ambitieuse, qui révéla bientôt au grand public les supercheries dont est tissée l’histoire de la pensée, de la science et des arts, qui sont comme chacun sait les vessies et les lanternes de l’âme qui n’existe pas. C’est en parcourant au pas de charge les impasses de la psychanalyse (thérapie logocentriste élitiste inventée en Autriche, 1910-2015) plombée par les petitesses et obsessions fécales de son fondateur viennois, Sigismond Freud – mandarin-escroc de l’analyse et réactionnaire antisémite –, que l’intrépide Michel, véritable archange sans auréole, accéda à la gloire immédiate du grand penseur (le Crépuscule d’une idole. L’affabulation freudienne, Grasset, 2010).

Là où les nostalgiques du monde des clochers et des synagogues l’accusèrent d’avoir inventé une « police des vespasiennes » dans l’univers de la pensée, il bouleversa surtout les hiérarchies iniques imposées au fil du second millénaire dans l’ordre des savoirs, à mesure qu’il débusquait les impostures des supposés « génies » de la culture occidentale (terme popularisé au XVIIIe siècle, désignant un leader d’opinion programmé pour influencer la postérité). Après Freud, il porta l’estocade contre le maître de la philosophie moderne, le philosophe prussien Georg Wilhelm Friedrich Hegel, dévoilant son ignoble pulsion totalitaire et sa collaboration avec l’empire criminel de l’ogre napoléonien (la Chute de la maison Hegel. Le dialecticien qui regardait l’empereur passer sous ses fenêtres, Warner Books, 2010).

Sans s’arrêter une seconde, penché sur son bureau normand, il disséqua la physique moderne et les représentations du monde qu’elle imposa au XXe siècle à des masses apeurées, traçant un parallèle décisif entre la vie chaotique d’Albert Einstein, adepte de l’onanisme et tenté un temps par le sionisme, et sa théorie des espaces-temps, et plus précisément entre ambiguïté sexuelle et relativité des univers de référence (Einstein et à vapeur. Les motifs sexuels cachés de la relativité, Presses populaires de Pékin, 2010). Mais le grand pourfendeur ne connaissait plus de limites, souscrivant à l’axiome du philosophe de Weimar, pourquoi j’écris de si bons livres.

Alors que le père du marxisme connaissait un retour de flammèches à la faveur des foucades libérales, Onfray divulguait, grâce à des archives inédites publiées en français, les connexions profondes entre le matérialisme historique et la personnalité sadique de Karl Marx qui imposa comme mari à sa fille, un antillais adepte du farniente et ne se fit pas prier pour piller son ami Engels et engrosser sa bonne (Marx attacks. Portrait du penseur révolutionnaire en roquet, Europe 4.0, 2010).

Petite chose abolie dans l’inanité sonore, la littérature se croyait à l’abri, mais elle reçut le coup de grâce en la personne de son plus célèbre représentant en langue française, Marcel Proust, Céline ayant déclaré forfait pour cause de racisme patenté : abordant la mondanité comme un pourrissement aristocratique, et son grand œuvre lui-même (À la recherche du temps merdu, 15 millions de signes en première édition) comme le symptôme de cette décadence tantouzarde et nationaliste, Onfray mit symboliquement au pilori ce monument de l’érudition inutile qu’il qualifia d’ampoulée et de pouet-pouet monothéiste (l’Imposteur de salon : Proust écrivain mondain, Éditions du Temps neuf, 2010).

Mais c’est surtout avec Shakespeare qu’il renvoya à leur contrefaçon cinq siècles de littérature, démasquant l’homme du compromis monarchique derrière l’auteur d’Hamlet et du Roi Lear (le Roi et son bouffon. Shakespeare valet du monarchisme, World.txt, 2010), reste le portrait inoubliable du tragédien en suce-boule obscène de Jacques Ier.

L’apothéose d’un tel parcours, double bombe et véritable testament salué par des millions d’adeptes, consista en une prise en tenailles de l’histoire de la philosophie, pour en démonter l’alpha et l’omega, la scène inaugurale et « l’éjaculation finale » : Platon et Deleuze. Onfray fit du philosophe grec le premier plagiaire de l’histoire, pour avoir bâti sur les mots de Socrate une réputation cruellement usurpée d’ami de la sagesse alors qu’il fut le conseiller des tyrans et le contempteur du peuple et de la démocratie (la Parole confisquée. Comment Platon a pillé Socrate, La Pensée épanouie 3.0, 2010).

Quant à Gilles Deleuze il fut qualifié de penseur poubelle et de sac à foutre, tant le philosophe des « devenirs » animaux et des « lignes de fuite » schizoïde avait du mal à tenir une érection convenable, vieilles lunes que l’écologie citoyenne et la bio-gestion eurent vite fait de renvoyer aux oubliettes (la France du rhizome et du Minitel. Essai sur le conservatisme de Deleuze, World.txt, 2010).

Pareil déblayage, au nom du principe nietzschéen que la note chez le teinturier et les problèmes intestinaux en disent plus long que mille concepts fit naturellement reconnaître son auteur en ultime Pythagore soulevant le voile de la Nature : Onfray était le philosophe qui les résumait tous, l’authentique en béton armé, le testament et la serrure, l’énigme vivante d’une aventure qui s’achevait avec lui. Comme il le dit lui-même en recevant le Trickster Prize pour l’ensemble de son œuvre : « Le globe est divisé désormais en ennemis de Michel Onfray et en usagers épanouis des quelques concepts qu’ils pourront y trouver en savourant. Quoique disent les salauds, le monde est définitivement onfrayien»

Publié par : Memento Mouloud | juin 9, 2015

Monsieur Tomi, Bernard Squarcini et l’Afrique francophone

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Un lieutenant de l’homme d’affaires corse Michel Tomi, Valentin R., à la fois chauffeur de luxe et convoyeur d’espèces, aurait affirmé, en juin 2014, sur procès-verbal à la police judiciaire remettre régulièrement de fortes sommes d’argent en espèces à Paul-Antoine Tomi, frère de Michel et commissaire à la Direction générale de la sécurité intérieure (DGSI). « Il lui donne environ 20 000 à 25 000 euros par an en espèces répartis tous les trois mois environ. » Les policiers lui demandent si le commissaire communique des informations récoltées par la police. Valentin R. est catégorique : « Pas du tout. ». Juste une affaire familiale, on n’est pas riche dans la police et Monsieur Michel le sait.

D’après le journaliste Pierre Péan, auteur d’un récent ouvrage sur la mafia corse, Compromissions (Éd. Fayard), Paul-Antoine Tomi n’aurait jamais dû obtenir son habilitation secret-défense en raison de sa vulnérabilité. On se demande parfois dans quel monde vit Pierre Péan, celui des fiches d’éducation civique ?

Cela fait des années que le nom de Monsieur frère apparaît dans des procédures policières visant Monsieur Tomi, installé depuis plusieurs décennies en Afrique – au Gabon, au Cameroun et au Mali – où il a bâti un empire sur les jeux, les paris sportifs, le PMU, l’aviation et l’immobilier. On est patriote et légaliste chez les Tomi, d’ailleurs une sœur fut, jusqu’en 2011, substitut du procureur au tribunal des armées.

Les liens entre Michel Tomi et le monde policier français ne datent pas d’aujourd’hui. Ils remontent aux années 1990, lorsque Charles Pasqua, l’un de ses proches, était ministre de l’intérieur. Et ils ne se sont jamais taris depuis. L’homme qui incarne le mieux ces entrelacs d’affaires et de services, qui se nouent entre Paris, la Corse et l’Afrique, est sans conteste Bernard Squarcini. L’ancien patron de la DCRI sous Nicolas Sarkozy, n’est jamais très disert lorsqu’il s’agit d’évoquer, dans un français approximatif, sa connaissance : « Michel Tomi, c’est quelqu’un qui connaît mieux que quiconque les dessous de l’Afrique et qui a un relationnel particulier aux chefs d’État avec laquelle la France doit opérer… Il travaille pour le drapeau ». Or le drapeau chez les sarkozystes c’est d’abord de la maille.

« C’est un “parrain”, vous n’approchez pas un mec comme ça, il y a toujours 3-4 mecs autour. C’est, comme on dit en Afrique, un grand monsieur. » Philippe Belin souhaitait que les enquêteurs comprennent bien à quel genre de personnage ils s’attaquaient. Il insista : « Encore une fois, Michel Tomi n’est pas quelqu’un que vous interpellez comme ça, il impose un certain respect, c’est une telle figure en Afrique. »

Avec son groupe Kabi, dont il est l’actionnaire à 66 %, l’homme d’affaires brasse officiellement chaque année plus de 600 millions d’euros de chiffre d’affaires, avec des marges bénéficiaires allant de 10 à 50 % selon les activités.

Recensés dans deux rapports de synthèse du 20 juin 2014 de la police judiciaire, tous ces nouveaux marchés, qu’il s’agisse de mines d’or, de construction de chemins de fer ou de la vente de navires militaires, dessinent une autre facette de Monsieur Tomi. Celle d’un « intermédiaire » intervenant régulièrement pour le compte de sociétés commerciales françaises et chinoises auprès des « décideurs publics de plusieurs pays (Tchad, Mali, Gabon…) »« organisant par exemple des rendez-vous ou étant intéressé financièrement aux projets », selon les conclusions de l’Office anti-corruption de la PJ, basé à Nanterre qui ne comprend rien aux rentes d’intermédiation.

Au Mali, il est devenu le principal interlocuteur du président Keita. Au printemps 2014, l’homme d’affaires s’intéresse de près au contrat de concession de la raffinerie malienne d’or : « 100 tonnes d’or, ça représente à peu près 2 000 milliards de francs CFA, c’est-à-dire 4 milliards de dollars », estime-t-il. Pour ce marché, monsieur Michel a jeté son dévolu sur F-Scott, une holding basée en Suisse, qui opère, notamment, dans le secteur du ciment et du béton. L’affaire se règle à coups de textos avec le ministre des mines, Boubou Cissé, que Tomi appelle affectueusement « mon neveu ». L’homme d’affaires organise une rencontre entre les représentants de F-Scott et son neveu. « Dès le début, il était sous-entendu que nous laisserions la porte ouverte à Michel Tomi pour investir si le projet venait à se concrétiser », déclare Paul Albrecht, le président de la holding, aux enquêteurs.

Dans le système mis en place par Monsieur Tomi, le dispositif don-contre-don est central. Ainsi Michel Tomi, préoccupé par le reclassement des sans-papiers, a demandé au sieur Albrecht d’embaucher Rebiha H, une « très bonne amie »« Nous avons compris que sans réponse positive de notre part nous aurions eu peu de chance d’entrer dans ce projet », confie Frédéric Albrecht, le fils de Paul, patron d’une filiale française de F-Scott, qui a fourni une attestation d’embauche et des bulletins de salaires à la jeune femme afin que celle-ci obtienne la naturalisation française et puisse justifier de ses ressources. De plus, il eut le goût de lui demander le montant de son salaire. On est « social » chez F-Scott.

Il n’y a pas que le Mali dans la vie de Monsieur Tomi. Il y a le Gabon, aussi. Les policiers ont découvert que l’homme d’affaires y a réalisé une très belle opération en marge de la vente, en août 2010, de quatre vedettes de surveillance à la marine gabonaise par la société française Raidco Marine Internationale. Un contrat d’un montant total de 16 millions d’euros, qui a engendré « des difficultés de trésorerie et des versements anormaux de fonds vers la “sphère” de Michel Tomi », selon l’Office central pour la répression de la grande délinquance financière, co-saisi des investigations policières, qui ne comprend rien à l’expression « huiller les rouages » ou « mettre du beurre dans les épinards ».

Sur ce contrat, Monsieur Tomi a touché double. D’abord 1,6 million d’euros de commissions sur la vente des navires, qui atterriront pour partie sur le compte d’une filiale du groupe Kabi, la bien nommée Corsi Kasbah, propriétaire d’une ferme au Maroc car l’homme n’est pas raciste et puis la nostalgie coloniale, camarade, la nostalgie du Moko. Ce à quoi il faut ajouter la rétrocession d’un contrat de maintenance de Raidco au groupe Kabi pour un montant de 1,9 million d’euros. Pour les juges, cela s’appelle juridiquement une« complicité et recel d’abus de biens sociaux », pour Monsieur Tomi, un futur non-lieu.

En 2012, il acquiert pour 3,4 millions d’euros un appartement de 280 m2 boulevard Haussmann, car Monsieur Tomi est patriote. Avec sa compagne, il emploie sur place des domestiques et des femmes de ménages (non déclarées jusqu’en 2013). Deux chauffeurs se relaient également pour assurer les déplacements du couple et des enfants, à bord de Bentley ou de limousines. Côté vêtements, bijoux ou décorations, les Tomi dépensent sans compter chez Chanel, Dior, Prada, Valentino ou Hermès. Comme le veut la théorie libérale, l’état de riche est ruisselant, il alimente les canaux de la prospérité. Le couple Tomi s’est par ailleurs constitué un important patrimoine au Maroc, constitué de six biens immobiliers pour une valeur globale d’environ 2,5 millions d’euros. D’autre part, une perquisition menée au domicile des Tomi a permis de découvrir plus de 400 000 euros en liquide, des bijoux de luxe et une trentaine de sacs à main Chanel, Vuitton ou Hermès. Son fils, lui, s’est installé dans les émirats. Là-bas les perquisitions sont inconnues.

Dirigée par Frédéric Gallois, un ancien du GIGN, Gallice Sécurité a, comme bien d’autres entreprises, bénéficié d’un « coup de main » de Monsieur Tomi pour signer un contrat portant sur la protection rapprochée du président malien, Ibrahim Boubakar Keïta. Le contrat souffre, selon la police, d’irrégularités (prestations « artificiellement gonflées », transferts d’argent sur une obscure SCI…). Encore une fois, la police est constituée de pauvres diplômés revanchards, leur connaissance des affaires est partiale, être riche est un travail qu’ils ne peuvent connaître, ni apprécier.

« J’ai été mis en relation avec M. Michel Tomi en septembre 2013 suite à un conseil de l’ancien chef de la DCRI, M. Bernard Squarcini, qui a prétendu me présenter une personne de confiance », raconte-t-il au juge Tournaire, le 20 juin 2014. À l’époque, celui que l’on surnomme le “Squale” s’est reconverti dans le privé. Avec sa société Kyrnos Conseil – le premier nom donné à la Corse par les Grecs –, il travaille depuis quelques mois pour le compte de Gallice Sécurité qu’il aide à « décrypter le fonctionnement de l’appareil d’État gabonais ». Lors d’une perquisition, deux factures,« liées à du “lobbying” au Mali et au Gabon », ainsi qu’un contrat de consultant avec Kyrnos Conseil, sont d’ailleurs retrouvés au siège de l’entreprise.

Aux dires de l’ancien gendarme du GIGN, Squarcini connaît parfaitement les arcanes du Gabon. C’est d’ailleurs dans ce pays qu’il a décidé de créer, en 2011, une antenne de la DCRI à la tête de laquelle il avait projeté un temps d’installer Paul-Antoine Tomi, rapporte Pierre Péan. C’est aussi au Gabon que le fils du “Squale”, Jean-Baptiste, s’est exilé après des mésaventures marseillaises en marge de l’affaire Guérini. Il y occupe aujourd’hui encore le poste de chef de service à l’Agence nationale des parcs nationaux car on est écolo chez les Squarcini. « Je ne fais pas d’affaires avec Tomi ! Ce n’est pas un ami », martelait le “Squale” au Monde en mars 2014. Il aurait pu dire, tout le monde se connaît en Corse, vous savez. Et puis un ancien de la DCRI a quelques dossiers, non ?

Monsieur Tomi ne ménage pas ses efforts pour permettre au président malien de bénéficier des meilleurs soins en France. Le 3 décembre 2013, après s’être assuré qu’IBK a bien réceptionné le manteau qu’il vient de lui faire livrer (« comme ça demain vous vous couvrez bien »), Tomi se lance dans une sorte de traité politique sur le socialisme moderne. Au bout du fil, celui qui fut élu vice-président de l’Internationale socialiste en 1999 apprécie.

—   Tomi : « Vous savez la dernière pour un socialiste ? On va casser la grève demain, parce qu’il y a grève dans les hôpitaux à Marseille mais pour vous on va ouvrir l’IRM. »
—   IBK : « Ouuuh mon frère. »
—   Tomi : « Hein… »
—   IBK : « Tu fais de moi un briseur de grève ! »
—   Tomi : « Voilà ! Briseur de grève ! J’ai déjà préparé le panneau “IBK contre la grève”. »

Grâce à Monsieur Michel, IBK profite lors de ses séjours en France, officiels ou non, de nuitées dans les plus beaux palaces de Paris et de Marseille : le Royal-Monceau, La Réserve, le Meurice, le Sofitel, l’Intercontinental. C’est un employé de Tomi, Valentin, qui règle la facture à chaque fois, toujours en espèces : 14 005 € par-ci, 32 950 € par-là. Mais c’est Monsieur Tomi en personne qui fait les réservations. Le 5 février 2014, il appelle le Sofitel de la cité phocéenne « pour le président Keita ». Il veut « la grande suite». Il répète l’exercice avec Le Royal Monceau de Paris. Il lui faut sept chambres. Dont la plus grande.

Tout doit être au mieux pour IBK. Monsieur Tomi va même jusqu’à s’occuper des films qui doivent être téléchargés dans l’I-Pad du président malien. La liste qu’il dicte à l’un de ses obligés, lors d’une conversation téléphonique du 8 février, à 14 h 26, illustre le caractère cinéphilique de cet échange  : « Les trois “Parrains”, “Les Affranchis”, “Ultimo Padrino”, mets la série “Corleone”, elle est belle, mets-lui la série – elle est pas très belle – “Mafiosa”, sur la Corse. Ça va lui plaire. »

Parallèlement, l’homme d’affaires s’enorgueillit des « relations familiales » qu’il entretient avec l’actuel président du Gabon. « J’étais le “frère” de son père, dans la coutume gabonaise. J’avais la chance d’avoir son affection. […] Il disait de moi que je ne lui avais jamais menti. » Par conséquent, Ali Bongo le considère comme son « oncle… tout le Gabon me considère comme son “oncle” … J’ai toujours été un homme de parole, jusqu’à son dernier souffle, j’ai accompagné le pèreAujourd’hui, je vois Ali Bongo sous un angle familial et non protocolaire. […] Les liens avec un président en Afrique ne sont pas forcément basés sur l’argent comme le pensent la plupart des gens. »

Lors de ses séjours parisiens, l’oncle gâte son neveu ou son frère, aujourd’hui disparu « divers cadeaux luxueux pour récompenser ses amis et collaborateurs, en offrant de nombreuses montres de luxe (Rolex, Breitling, etc.) ou véhicules de marques prestigieuses », notent les oreilles jalouses des policiers qui aiment tant la vie des autres. Une Porsche Cayenne pour Omar, des voyages en jets privés pour la famille et les ministres, des frais d’hospitalisation, Monsieur Tomi c’est à la fois la nounou et gentil organisateur.

Monsieur Michel possède le Graziadiu, un luxueux yacht de 43 mètres acheté 13,5 millions d’euros et géré par la société Harmill Limited, domiciliée aux Seychelles. Le 20 juillet 2013, le bateau navigue au large de Corfou. À son bord, le président du Gabon et sa femme, Sylvia. Ali s’endort devant le Tour de France quand le capitaine lui tend un téléphone. C’est Monsieur Tomi. Il veut savoir si tout se passe bien. « Oui ! Ça va, on est content ! »

—   « Bonne continuation, profitez bien du… j’avais une belle hôtesse, une Bulgare…. mais je l’ai pas mise… »
—   Gloussements d’Ali Bongo : « Eh, ehe !!! »
—   Tomi : « Parce que dit Maman… hein elle était vraiment belle »
—   Bongo : « Eh eh eh »
—   Tomi : « Surtout pour le petit massage, eh ehe ehe !!!! hein »
—   Bongo : « Ah oui oui oui ! tout à fait ! »
—   Tomi : « J’ai dit quand même, je l’ai enlevée pour moi et pour vous, celle-là je la garde pour septembre, si des fois en septembre y a un petit saut tout seul… heu… c’est pas mal… y a ce qui faut. »

Mediapart / BAM

Publié par : Memento Mouloud | juin 9, 2015

Détour par le français de souche

Un jour, le français de souche est apparu. Il n’était plus français ou plutôt il était contemporain de la destruction accélérée de la langue française. Ce qui importait, par l’ajout de ce complément de nom, ce n’était plus le substantif mais la souche, le sang. Il y avait bien eu un Monsieur de la souche chez Molière, mais ce Monsieur de la souche était moqué, désormais, il y avait un françois de Souche que les mauvaises langues progressistes déniaient. En même temps qu’elles le déniaient, les langues fourchues du progressisme lui donnaient des synonymes : beauf, franco-français, franchouillard, ringard, dupont la joie, raciste, frontiste, fasciste, maurrassien, catholique zombie. C’était beaucoup pour un ectoplasme.

Or le français de souche est né d’une conjonction. Je ne prétends pas à l’exhaustivité mais je la présente tout de même.

L’abandon de la France par ses élites au profit de l’Europe à laquelle ils auront finalement confié les lois, les frontières, la monnaie et désormais la langue (anglaise, il va de soi). Pour les héritiers de gens qui en 1941-1942 inscrivaient leurs filles aux cours d’allemand (dans sa version Lingua Tertii Imperii), on voit bien que la collaboration à l’ordre existant quel qu’il soit est la seule tradition qu’ils s’autorisent. Comme le disait Maurice Biraud dans un Taxi pour Tobrouk, ces gens ont la légitimité dans le sang ou plutôt dans le sperme et les ovaires, à croire que seuls les perturbateurs endocriniens ont quelque chance de sortir leur progéniture de cette ornière.

L’adoption du parler Coluche tel qu’Alain Borer le définit  : hauteur de voix, rejet du « e » muet et de la double négation, règne du « j’chte », fin de l’équilibre des consonnes et des voyelles, refus de toute liaison, négligence des accords, neutre grammatical généralisé, réduction du lexique, abréviations, bafouillage labial, laminage de l’éloquence, abandon en rase campagne de la rhétorique, mépris de l’écrit

L’entrée en lice d’une néo-langue française qui affirme sa préférence pour l’anglo-américain et sa forclusion du latin, choisit systématiquement une morphologie iambique (ciné, rétro, immo, etc.), adopte l’accent dit « beur » qui modifie les durées des syllabes, se vautre dans le lexique obscène, calligraphie en gothique, ne connaît plus la question indirecte et la structure sujet-verbe-prédicat, ce qu’on pourrait nommer l’époque boobesque ou la période Dieudonné, ces décennies pitoyables dont le chroniqueur attitré est l’impayable Eric Zemmour. Décidément, on a les Michelet qu’on mérite.

La fin des paysans qui, non seulement, ne représentent plus qu’une fraction infime de la population française mais s’emploient à l’empoisonner par tous les moyens à leur disposition en se réfugiant derrière la logistique de l’Union Européenne dont le principal budget consista à subventionner notre poison quotidien à coups de protections douanières puis de dispositifs d’incitation.

Aussi la figure du français de souche est un symptôme mais comme tout symptôme, il renseigne sur le réel de notre maladie qui n’est plus seulement une maladie mais un tournant. Ce tournant concerne la France, il n’indique pas qu’elle va disparaître mais seulement que le projet politique porté par les néo-gaullistes, les centristes de gouvernement et les socialistes, depuis la mort inopinée de Georges Pompidou, a pour objectif la fin de ce qu’ils nomment l’exception française ou plutôt la chienlit permanente, cette manière exquise de tenir la porte avant de tirer une balle dans la tête de l’ennemi, si nécessaire. Cette chose-là disparaît, comme tout le monde, le néo-français lâche un mother-fucker ou un Allah-Akhbar avant d’arroser la position, il ne sait ni converser, ni réfléchir, il poste des vidéos et des commentaires ou envoie un sms puis va rire un bon coup en allant pécho de la meuf s’il est hétérosexuel normal, c’est-à-dire un peu pornographe sur les bords, si on définit la pornographie comme la vie sexuelle moins la littérature.

De là que Le Pen incarna avec soin le caractère tératologique de cette exception jusqu’à rendre commune cette idée que le patriotisme était synonyme de haine et non manifestation de vertu. Aujourd’hui, le vieux s’en va et sa fille ne veut plus endosser le costard, le méchant est incarné par Poutine (qui ne renonce ni à la nation, ni à la volonté politique, ni à la culture russe qui sont ses véritables crimes de lèse-majesté globale), le jumeau par l’islamiste des réseaux sociaux et des égorgements mis en scène, le voisin irritant par l’anglais (qui ne renonce toujours pas à sa nation, à sa volonté politique, ni même à sa culture, autres crimes lèse-europe divine). Le français de souche, de figure émergente, devient une sorte de réalité, un français rabougri et de synthèse qui n’a plus que ses origines à mettre en exergue puisqu’il a perdu sa langue, son pays et son Etat.

François Hollande en appelle à lui lors des visites au CRIF, Sarkozy l’invoque sans le nommer, la gauche d’opposition lui oppose le français républicain (ou l’internationaliste à passeport hexagonal-européen) sorte d’Arlequin métissé qui conjoint le berrichon au chômage et le réfugié syrien rescapé d’un rafiot à l’abandon, le Front National le tient au chaud en référent caché sous la couverture du patriote, Bob Ménard le soustrait de ses listes à prénoms bizarres, il est le manneken pis du monde parlementaire, une sorte de résidu de province, le petit bonhomme en mousse de la chanson de Patrick Sébastien.

Publié par : Memento Mouloud | juin 9, 2015

Qu’appelle-t-on Femen ?

Topless activists of the Ukrainian women movement Femen raise their fists during a

Femen, en latin cuisses, en langue juridique américaine, droit des femmes à ne pas porter de soutien-gorge sur la plage, en français, érysipèle antifasciste

Publié par : Memento Mouloud | juin 8, 2015

Maurice Garçon : un diariste dans la tourmente (1939-1945)

17 mars 1939 « Les politiciens sont abjects. Leurs intérêts électoraux ou d’argent leur font faire des ignominies. Pour les magistrats, c’est autre chose. La décoration ou l’avancement en font des valets. Ils sont lâches, trembleurs et pusillanimes. Ils ont peur de leur ombre dès que se manifeste une intervention un peu puissante. Toutes les palinodies leur sont bonnes lorsqu’il s’agit de flatter le pouvoir. Leur prétendue indépendance dont ils parlent est une plaisanterie. Plus ils gravissent les échelons des honneurs, plus ils sont serviles. »

29 août 1939 « Quel chemin depuis vingt-cinq ans. Quand je pense que je l’ai connu crasseux et les dents sales, plaidant avec moi pour les cheminots révoqués. »

20 mars 1940 «Et si nous voyons revenir Blum, nous vivrons sous le signe du judaïsme le plus sectaire et le plus dévastateur.»

21 mai 1940, dans Paris mal éclairé, il entre dans un café où des exilés se sont assemblés : «Rien que des hommes et des femmes de races diverses. Un vrai carrefour de races. On entend parler toutes les races. On voit des gueules de partout. Une descente de police ferait bien là-dedans. Depuis le Levantin maquereau jusqu’au Juif affairiste d’Europe centrale, c’est un rassemblement dont l’unité vient de ce que chacun de ces gens divers est suspect. Cela pue l’échappé de prison. J’aimerais voir leur casier judiciaire, leurs papiers et savoir leurs histoires […]. Les femmes ne sont pas moins étranges. Depuis la petite poule d’étudiant jusqu’à l’aventurière internationale, c’est un rassemblement malsain. Si nous voulons que la France se sauve, il faut boucler toute cette humanité et l’expulser du territoire au plus tôt.»

été 1940 «De Gaule (je n’ai pas vu son nom écrit, est-ce ainsi qu’il s’écrit ?) a fait aussitôt un discours de dictateur au petit pied. Il enjoint à tout soldat encore en armes de continuer la lutte. Il ordonne à la flotte de mettre le cap sur les bases anglaises. Il commande à tous les Français valides de le rejoindre en Angleterre où l’on va faire une armée […]. Brailler ses décisions dans un haut-parleur est un, faire quelque chose d’utile est une autre chanson.»

26 juillet 1940 : « Ce qui domine dans ce que j’ai vu aujourd’hui, c’est l’antisémitisme. En ce qui touche les juifs, trop de gens sont d’accord pour qu’ils n’y laissent pas quelques plumes. »

Octobre 1940, «on voudrait se divertir, on ne peut pas»

5 octobre 1940 « Les Allemands ont promulgué une abominable ordonnance concernant les juifs. Ils exigent que les commerçants juifs placent sur leur devanture une affiche portant : “Maison juive”. Mais ils vont plus loin encore et obligent les juifs à se faire inscrire sur un registre spécial au commissariat de police. Pourquoi cette liste ? Je présume que c’est en vue de prendre dans quelque temps une mesure plus rigoureuse. Je ne serai pas étonné qu’on les oblige dans quelque temps à porter un insigne distinctif : le brassard jaune. »

19 octobre 1940, il lit avec attention le nouveau statut des Juifs venu de «Pétainville» : «La mesure est peut-être moins brutale que ne l’espéraient les farouches antisémites qui voient là une occasion d’obtenir des places. On n’expulse pas de leurs fonctions ceux qui ont fait l’une des deux guerres.» Il relit le texte et s’aperçoit qu’il s’est trompé : «Tous les magistrats juifs sont mis à la porte.»

25 octobre 1940 Si on n’aime pas les Juifs, c’est parce qu’ils «sont restés juifs et constituent toujours un élément étranger dans le pays. C’est là évidemment une raison sérieuse de les considérer comme un danger. Encore ne faut-il pas l’exagérer trop, il y a des exceptions…Lorsqu’on cherche les raisons qui emportent l’opinion de la plupart des antisémites, on s’aperçoit qu’elles se résument pour une grande partie à la jalousie des médiocres qui ne pardonnent pas aux israélites de réussir mieux qu’eux […]. Ils appartiennent à une race pleine de qualités et dont les individus valent souvent mieux que les nôtres.»

4 janvier 1941 L’auteur de Si Paris m’était conté est «fortement indigné par ce qu’on l’a, dans un journal, traité de juif. Décidément, il faut considérer que ce terme porte aujourd’hui atteinte à la considération. Ce matin, Edouard Bourdet m’a chargé de lancer une assignation pour le même motif». Guitry «m’étale son pedigree catholique. Depuis trois mois, il court les sacristies pour trouver les preuves de son orthodoxie». Il reçoit dans «un vêtement d’intérieur de laine bleue qui tient le milieu entre le costume d’officier retraité et celui de bibliothécaire de province».

A la table de Guitry, il y a «du foie gras au porto, un filet de chevreuil, des petits pois, des fromages nombreux, des poires grosses comme ma tête, un kilo de petits fours. Et puis le café. Et puis les alcools. Peu de vin. Ses démangeaisons doivent l’empêcher de boire». Guitry montre ses tableaux, pérore dans sa bulle molletonnée, puis «son chauffeur me ramène chez moi. Car en ces temps où tout le monde manque de tout, il chauffe son hôtel comme une étuve, il mange comme en temps de paix et il continue à devoir un million au percepteur et a conservé sa voiture automobile. C’est bien Sacha le Magnifique»

9 juillet 1941 « Ce matin, les Allemands ont fait un défilé triomphal de l’Arc de triomphe à la place de la Concorde. Depuis deux jours, ils l’avaient annoncé. J’avais pensé que l’avenue des Champs-Élysées serait déserte. Une fois de plus, je me suis trompé. Les Parisiens sont décidément immondes. Il paraît qu’ils se sont rendus en foule sur le lieu du défilé comme à une revue du 14 juillet. Dès l’aube, les gens stationnaient le long des trottoirs avec des petits bancs. On voulait voir. »

21 octobre 1941 : «Je porte comme un manteau de plomb. Je suis mal à l’aise et me sens atteint par une indéfinissable angoisse. La faute en est à l’affreuse période que nous vivons. Chaque jour, on assiste au resserrement de notre joug. La défaite, il n’y a qu’un an, ne touchait que les âmes, aujourd’hui, elle atteint les corps mêmes.»

10 novembre 1941 « Déjeuner chez le peintre Braque avec Marie Laurencin. Quel changement depuis deux ans que je ne l’avais rencontrée ! Avec ses cheveux gris et sa figure couperosée, elle paraît une femme de ménage. Elle n’a jamais été jolie, aujourd’hui c’est une petite mégère vêtue sans goût, enveloppée dans des chandails et des châles.

Son premier mot à table fut pour raconter le voyage en Allemagne de Marcel Jouhandeau qui revient, paraît-il, enthousiaste, et pour poser cette déclaration :

– Moi, je dois dire que les Allemands me sont très sympathiques !

Pauvre Marie à laquelle manque le bon sens d’Apollinaire qui passait pour un écervelé et qui ne l’était pas. »

14 décembre 1941 « La nouvelle m’anéantit. Ce matin même, à 8 heures, j’étais allé à la Santé et j’avais passé une heure avec Péri dont j’avais accepté d’assurer la défense. Péri avait été député communiste. C’était un doux intellectuel. […] Il était innocent de tout crime. […] J’avais accepté de le défendre parce qu’on m’avait représenté que n’étant point mêlé à la politique, je pouvais le défendre sur le seul terrain de la politique et du droit. Ce matin, nous avions bavardé sans inquiétude. Ne l’ayant jamais beaucoup visité, j’avais voulu faire sa connaissance. À bâtons rompus, nous nous étions peu occupés de son procès, nous avions parlé de littérature. Il était d’esprit séduisant, calme et pondéré. Je lui avais enlevé toute inquiétude, n’en éprouvant pas moi-même pour lui. Deux heures plus tard, on l’a tué. »

Juillet 1942 « On commence à avoir quelques renseignements sur les arrestations en masse auxquelles il a été procédé depuis deux jours. Par pleins camions, on a ramassé pêle-mêle des hommes, des femmes et des enfants…Une grande partie des juifs a été conduite au Vélodrome d’Hiver. Ils sont secourus là et nourris par la Croix-Rouge. La misère y est atroce. Il n’y a pas de cabinets en suffisance. En une journée, l’odeur est devenue atroce. Les malheureux couchent à même le sol. Les malades sont mélangés aux personnes saines. Il y a là des scarlatines et des typhoïdes. On s’attend à une épidémie avant peu…Les journaux n’ont pas osé même parler de la mesure atroce qui a été prise. On ne saura les choses que par tradition orale. Ce retour de la barbarie fait peser sur la ville une tristesse inexprimable. On se raconte les choses à voix basse parce qu’on a peur des mouchards qui foisonnent. »

22 juillet 1942 « Gare d’Austerlitz.

Tandis que je prends le train qui me conduit à Ligugé, j’aperçois sur le quai voisin un convoi composé de wagons à bestiaux. On y fait monter une multitude d’enfants et quelques femmes qui pleurent. Tous portent l’étoile jaune. Où mène-t-on ces juifs misérables ? Il paraît qu’ils sont tous ou presque d’origine étrangère. Misérable troupeau d’émigrés déjà déracinés et qui repart pour un nouvel exode. Les plus petits, qui ne comprennent pas, rient. Les plus grands ont le regard anxieux. Tout est silencieux.

Autour de moi, dans ce train joyeux qui est rempli de gens partant en vacances, on regarde avec curiosité mais personne ne manifeste très nettement son indignation. On sent une réprobation muette seulement. Par ce temps de terreur, il est trop grave de faire connaître ses sentiments s’ils ne sont pas absolument conformistes. »

2 octobre 1942 « Tous ces hommes ont fait leur carrière sous la République, ils se sont fait recommander par des politiciens de gauche, ils n’ont avancé que dans la mesure de leur attachement à un régime dont ils ont vu sans révolte la destruction. Puis ils ont prêté serment de fidélité à la personne de celui qui a été l’auteur du bouleversement qui devait effondrer tout ce à quoi ils étaient censés croire. J’en ai vu beaucoup qui m’ont dit qu’ils n’attachaient pas d’importance à ce serment. Ils sont prêts à servir demain n’importe qui qui prendra le pouvoir. Leur fonction de juge n’est qu’un métier qui rapporte de quoi vivre. Ils sont sans doctrine et n’ont pas conscience que leur premier devoir est de rendre la justice non sur des ordres mais en fonction de leurs scrupules moraux. Voilà pourtant ceux qui sont chargés de prononcer entre le juste et l’injuste et de défendre nos libertés individuelles.

Barthélemy pérora longuement. Ayant fait accepter le début, il n’avait plus à se gêner. Il parla du devoir.

– Vous devez être loyaux envers le régime, même dans vos conversations privées… Le gouvernement ne tolérerait pas…

Cet appel à la servilité et à la délation, au besoin, m’a fait tant rougir pour eux que je n’ai pas voulu en entendre davantage. Je suis parti honteux et confondu. »

22 février 1943 « Décidément, je ne quitte pas la Coupole aujourd’hui. J’ai vu Valéry. Lui aussi me parle des élections. (…) Prenant le contrepied de ce que m’a dit ce matin Benoit, il me déclare que Paul Morand est définitivement coincé.

– Sa femme tient des propos horribles et reçoit la Gestapo !… »

8 mars 1943 « Mes enfants m’ont demandé d’inviter des amis. Je les ai laissés faire et, ce soir, ils dansent dans la partie de l’appartement que j’ai mise à leur disposition. La musique que déverse leur phonographe est affreuse. Ce sont des airs américains, brutalement scandés, et qu’ils accompagnent de coups de talons sur les parquets qui gémissent sourdement. À plusieurs reprises, je suis allé voir la fête. Ils dansent et ne parlent même pas entre eux. Ces jeunes gens dont le sort se joue et qui demain, peut-être, seront déportés me font penser à ces ci-devant qui dansaient au bal des guillotinés.

J’ai bien peur qu’ils soient occupés à nous faire une France pire que celle que ma génération a faite. Ils ne font rien ou presque et ne se préoccupent d’aucun des événements qui bouleversent le monde sous leurs yeux. Je n’en ai, pendant toute cette soirée, pas vu deux se réunir pour parler. Ils sont comme des benêts sautillants et faisant la roue, attendant d’aller au buffet et reprenant leur gymnastique. Aucun ne lit de journaux, ils ne savent des événements que ce qu’ils entendent d’une oreille discrète [sic] dans leurs familles.

C’est grand pitié. Ils n’ont pas encore compris les rigueurs qui se préparent pour eux. La bourgeoisie est bien coupable de ne pas faire à ses petits la vie dure. Ils auront à souffrir. Je crois savoir que tous ne sont pas ainsi. Dans les milieux ouvriers – qu’on désigne maintenant, quand il [sic] a une activité, sous le nom de communiste –, on serre les poings et l’on essaie d’avoir une doctrine.

Est-il tolérable, alors que l’ennemi nous occupe, que notre sort se joue et que les ruines s’accumulent, que toute une jeunesse rigole, parle de marché noir où elle se fournit en cigarettes à 100 francs le paquet, et ne soit agitée que d’un prurit d’amusement ? Le pays est en deuil et ses enfants dansent. On se fout de tout pourvu qu’on mange des aliments de contrebande et qu’on puisse aller au cinéma. Le cabotin qui fait le pitre sur l’écran tient plus de place dans l’esprit de mes enfants que les hommes qui tentent de leur rendre la liberté qu’ils ont perdue et qu’ils ne font rien pour recouvrer. »

11 août 1943 « Personnellement, parce que d’abord j’ai horreur de la peine de mort, je tenterais d’éviter l’irréparable et j’essaierais de condamner seulement à une peine perpétuelle susceptible d’être révisée. Mais est-ce bien la peine utile ? Il est évident qu’on ne peut pas tolérer que les citoyens se fassent justiciers. À quelles erreurs n’irait-on pas ? Les Anglais sont très imprudents, ou plutôt les Français qui sont à Londres. Chaque jour, ils font des appels au meurtre. Souvent, ils sont mal renseignés. J’ai entendu désigner comme traîtres des hommes dont je sais qu’ils ne le sont pas. De Londres, on parle sur des rapports de transfuges. Les histoires se déforment. Il est évident qu’on ne sait là-bas que des demis, des quarts de vérités. Si on les laisse faire, le sang coulera partout, et souvent le sang innocent. On ne peut tolérer cela. En exécutant ceux-ci, on évitera peut-être d’autres crimes. Que doit-on faire ? »

21 décembre 1943 : «J’ai horreur de la pose et de l’orgueil et Montherlant est un solennel orgueilleux pour la statue duquel le plateau du Pamir paraîtrait encore un socle insuffisant. Lorsqu’il vient me voir pour ses affaires, il sue la vanité. C’est un sportif, sec et nerveux, agité, plein de lui-même […] A-t-on idée d’un homme qui, de son vivant, ose faire publier des ouvrages sur lui-même ?»

12 janvier 1944 « Le débarquement, s’il a lieu, causera d’horribles catastrophes. Ce sera un carnage, une destruction de toute la partie du territoire [sic]… À propos du débarquement, il court des bruits divers et tous inquiétants. L’opinion commune la plus répandue est que les Allemands, par crainte de troubles intérieurs, enfermeront dans des camps de concentration tous les hommes de seize à soixante ans. On raconte qu’au Luxembourg, on monte des baraques et qu’on installe des lieux d’aisance. Je ne suis pas encore allé voir. »

20 mars 1944 « Du côté de ceux qui craignent pour l’avenir, la défense est unique. Tous prétendent que s’ils n’avaient pas soutenu Vichy et entretenu des intelligences avec l’ennemi, notre situation eût été pire. C’est la trahison patriotique qu’ils proclament légitime, comme jadis Maurras et ses amis prônaient le faux patriotique au temps de l’affaire Dreyfus »

7 juin 1944 : «De Gaulle fait un discours qui ne signifie rien. Le pauvre homme a une voix déplorable. Il scande les mots en appuyant toujours la syllabe faible. Tout chante faux dans son affaire. Il est ridicule de prétention et de suffisance.»

25 juin 1944 « Je rencontre Carcopino chez le recteur. Il me dit :

– Je suis content de vous voir. Je compte sur vous pour me défendre… bientôt.

Il a accepté pendant quelque temps d’être ministre de l’Instruction publique de Pétain. On le lui reprochera évidemment. De là à lui faire son procès, il y a loin. C’est un brave homme qui a fait de son mieux et qui même a empêché bien des abus. Mais que diable ce normalien historien et savant est-il allé faire dans cette galère ?

Il y eut entre nous un petit silence. A l’heure actuelle, certaines questions demandent qu’on réfléchisse avant de répondre. Il a compris et a marqué mon hésitation. Il a repris :

– Je puis compter sur vous ?

– Vous, oui… Mais vous ne serez pas nombreux à qui je dirai cela. »

3 septembre 1944 :«L’oubli est une des plus précieuses qualités de notre esprit. Sans lui, nous ne vivrions que dans le deuil et la fureur.» Il observe une femme juive qu’il a connue «tremblante et apeurée», «désormais fringante, maquillée, le regard audacieux, la mine insolente…Je ne suis pas antisémite, surtout depuis qu’on persécute ces misérables. Mais tout de même, je crains, si l’on y prend garde, qu’ils reviennent avec des dents bien longues, un appétit féroce et des exigences intolérables. […] La vengeance de ces gens sera terrible et cruelle. Ne serons-nous pas obligés de devenir antisémites ?»

9 novembre 1944 « Je déjeunais aujourd’hui avec une comédienne qui, regardant mélancoliquement le ciel pluvieux, m’a dit :

– On a fusillé Suarez ce matin…

– Oui.

– Il n’a pas eu beau temps ! »

Hiver 1944, Raimu joue le Bourgeois Gentilhomme à la Comédie-Française «comme il jouerait Boubouroche. Or, Monsieur Jourdain n’est pas un personnage de Courteline. C’est un métier de représenter un personnage de Molière ; cela s’apprend et Raimu n’a pas appris. Il lui manque d’avoir des humanités».

9 janvier 1945 « Vu Pierre Benoit à Fresnes. (…) A la vérité, je dois le sortir d’affaire. Il n’a pas fait grand-chose. Son tort est d’avoir voulu toujours jouer au plus fin. Il n’a pas fait de politique, ne s’est mêlé de rien, mais lorsqu’il venait à Paris, il déjeunait avec Brinon, prenait le café avec Abetz, passait une heure chez Monzie et dînait avec des gens du maquis. A force de voir tant de monde, il a fini par se compromettre partout. »

8 mai 1945 «Sa voix est trop désagréable. Depuis quatre ans que je l’entends, je ne puis m’y habituer. Le ton est prétentieux. Il paraît que l’homme ne correspond pas à la voix. Discours sans grande envolée. Puis les sirènes ont mugi. Des gens se sont embrassés. Une cohue s’est ruée sur la chaussée. On rit, on crie. On est content, mais pas très content […]. On n’est pas assez libéré des ennuis pour que la satisfaction soit franche.»

9 mai 1945 «La vraie fête est celle où l’on participe comme acteur et, en réalité, cette foule n’est faite que de spectateurs. Il manque quelque chose.»

Publié par : Memento Mouloud | juin 5, 2015

Gauche/Droite : volte-face ?

 

 

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Je me demandais si dans l’échelle de l’exécration (on est toujours l’objet d’une répulsion quelconque), il était préférable d’être une précieuse ridicule, un fasciste en peau de lapin, un fasciste actif, un zénon progressiste, un révolutionnaire en panne de révolution, un sado-masochiste qui s’ignore, un beau salaud indifférent, un désinvolte perverti ou un Tonton macoute de la nonchalance ?

 

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Publié par : Memento Mouloud | juin 3, 2015

La filière L va disparaître et les lettres françaises avec ?

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L’année dernière, sur près de 700 mille élèves inscrits au baccalauréat, la moitié passaient un bac professionnel ou technologique, à peine 50 mille un bac L, soit 8 % d’une cohorte. Un pourcentage encore en retrait par rapport à l’année 2010 où la sonnette d’alarme avait été tirée. Agnès Joste indiquait alors, «en raison de la baisse continuelle du nombre d’heures de cours, le niveau d’un lycéen de terminale littéraire aujourd’hui correspond à celui d’un troisième des années 1970». Or, sur ces 50 mille, 1/7 va étudier dans les filières préparatoires aux grandes écoles (soit approximativement 7 mille élèves). Au total, ils seront 1/10ème des effectifs à atteindre une seconde année. Il s’en suit que 90 % des effectifs de la filière L auront, dans le meilleur des cas, avec un niveau de 3ème 1970, rejoint l’université et que 30 % seront de merveilleux enseignants avec un niveau de terminale des années 70, toujours dans le meilleur des cas. Avec de tels résultats, Nicolas Sarkozy avait raison, la princesse de Clèves ne vaut plus rien, autant apprendre le « franbal » avec des mangas.

 

 

Publié par : Memento Mouloud | juin 2, 2015

Mourir pour le Club Dorothée

Quand Chérif Kouachi voulait se remémorer Cabu, il pensait au Club Dorothée. Il s’en suit que Cabu n’est pas mort pour la liberté d’expression ou tombé pour une certaine idée de la France mais bien pour sa participation au Club des gentils

 

 

 

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