Publié par : Memento Mouloud | janvier 10, 2015

Un matin dans la vie de Chérif K

Comme d’habitude, Chérif se réveilla et fit ses ablutions, c’était l’heure de la prière. Il réveilla Saïd qui dormait encore dans la pièce d’à côté. Amédy était prêt, du moins c’est ce que racontait Hayat. C’était le grand jour, celui où Dieu tient les mécréants sous sa ligne de mire. Il avait bien réfléchi, les égorger un par un prendrait trop de temps et puis le coup des poissons, ça l’avait refroidi question découpe. Ils avaient opté pour l’AK 47 parce que les explosifs, ça n’a pas le même effet du point de vue de la focalisation interne. La caméra Gopro marchait bien, il avait enregistré sa confession, il était en règle avec les siens et envers Allah. Il faut bien mourir un jour, autant éviter d’agoniser en livreur de pizzas. Saïd était d’accord, ils n’étaient pas vraiment le genre à torcher les gosses et à payer les factures et puis le crédit et puis l’assurance, enfin toutes ces conneries. De toute façon, ils ne savaient pas faire, ils n’avaient pas eu de parents, pas de maisons, même pas un pays, juste quelques trucs puisés au hasard. Question cul, c’était moins l’éclat’ que de sentir la décharge d’adrénaline après un shoot. Chérif regardait la photo de Charb, l’enculé allait crever. Il allait le bouffer son charia hebdo, il allait les chier par les trous de nez ses caricatures, il verrait bien ce que c’est que de défier Dieu, ce trou du cul de bourgeois français de mes couilles. Avec lui tous ses petits potes allaient se liquéfier avant d’y passer, le doigt de Dieu n’oublie personne quand il tient la gâchette.

Chérif ajusta ses fringues, il s’était un peu empâté, dix ans de plus et il finirait en salafiste loukoum, putain ce que c’est que de vieillir à coups de kébabs et de séances de muscu’. Il demanda à Saïd de vérifier le lance-roquettes et les grenades et puis l’adresse parce que franchement l’autre négro question repérage, il était pas au top, un vrai boulet ce gars.

Bonne année, Charb, bonne année, fils de pute.

Wallah, le père Noël est en retard. Il repensait aux flics, il s’apprêtait à les enculer au gravier, il les avait roulés dans la farine les limiers de la DGSI. D’ailleurs tous ces connards de français, il les avait manipulés avec ce qu’ils voulaient entendre. Les « je me suis rendu compte », les « j’avais peur », les « aveux », les « j’ai compris ». C’est ça le français. Depuis l’école que ça durait, depuis la zonzon, depuis l’orphelinat. Il sait pas bien le français que nous les arabes on est des chacals. C’est pas bien, peut-être mais qu’est-ce que tu veux devenir quand t’as rien appris dans leur école pourrie avec leurs putes de meufs qui te font des leçons de morale et se font tringler quand leurs enfants dorment, juste à côté.

Les livres, c’est un truc de meuf ou de pédale, un homme vit avec ses couilles et ses armes, son Dieu et son taf, les choses sont simples, pourquoi tout compliquer. C’est Iblis qui les drive.

Toutes des lopesas, des gouines, des enjuivés, tous pédés, dégénérés, à gerber. Je deviendrai quoi dans leur putain de monde, chef du rayon poissonnerie du Carrefour de Reims. La teuf quoi. « T’es sûr d’Amédy » lui avait demandé Saïd. Coulibaly, c’est pas un malin mais bon c’est un brave gars, au fond, au foot comme pour le djihad, on peut compter sur lui. Il embrassa son frère, « allez c’est parti Saïd, on va tous les niquer ».

Putain de ta race, ils s’étaient plantés de porte, allez vite Saïd, laisse la conne, on tue pas les meufs comme ça, tema, tema, la factrice. Chérif l’avait poussée et était tombé nez à nez avec une pouffiasse. Elle ressemblait à une journaliste, pas besoin de lui pointer la kalash sur la tête, elle se serait pissée dessus. Allez, fissa, conduis-nous chez Charlie, bouffonne. Elle avait le code, un larbin était là. « Où c’est la salle de rédaction, où c’est qu’il est Charb », Saïd poussait le gars du canon de son arme, il faisait jour, pas clair mais jour, ils étaient tous là, tous en rond, ils rigolaient les caves. Ils rigoleraient moins dans cinq minutes. Chérif demanda Charb, il s’était levé, une bastos l’avait couché. Les autres furent liquidés, de la même manière, la juive, on la réservait pour la fin avec ses grosses lunettes et ses talons hauts. C’est comme s’il tuait sa prof de français de cinquième, une libération, ça lui enlevait un poids. Il vengeait la Palestine bien sûr mais surtout ces années de merde, toutes ces années à se bouffer des CPE et des profs de français, d’Histoire, de SVT, de ce que tu veux. Mais les voir crever sans se battre, ces cloportes, c’était décourageant. Une sensation de démoustication, un truc à t’enlever la mission sacrée des mains. Comme s’ils n’étaient pas venus pour venger Dieu mais pour tirer la chasse ou nettoyer un hangar au karcher. Une fois la liste terminée, une fois la mission accomplie, en tuer d’autres, ça servait à rien, Chérif avait la nausée. C’était pas le sang, c’était, comment dire, comme étrangler un chaton dans un évier ou le fourrer dans un sac et le jeter dans la rivière. Wallah, il commençait à avoir pitié et puis il vit la journaliste et lui demanda de réciter le Coran comme il aurait demandé à une pute de le sucer, maintenant il fallait sortir de là. Et tout de suite. On devait les attendre, cette fois-ci, ils allaient au fight et c’étaient les flics qui allaient déguster. Chérif se mit alors à sourire et Saïd à hurler, « nous entrerons dans la carrière… » comme dit la chanson.

Publié par : Memento Mouloud | janvier 9, 2015

Commémoration et minute de silence en France : ce qu’on ne dira pas

djihadjoe

Cela se passe dans un collège comme il y en a des centaines en France, ce ne sont pas tous les collèges mais ce sont certains collèges. Cela se passe un jour après la tuerie. Des enfants affirment que les caricaturistes de Charlie-Hebdo n’avaient « qu’à pas provoquer », « qu’à pas insulter » le prophète. Qui sème le vent récolte la tempête, ils ne feront plus de caricatures et c’est tant mieux. Des adultes les raisonnent, expliquent, reviennent sur les principes de la République, la tolérance, la liberté d’expression, d’autres ont ramené des caricatures. Des enfants plus frondeurs, marmonnent qu’ils sont du côté des terroristes. Ils ne sont pas nombreux, ils sont quelques-uns mais ils le disent. Après tout, c’est la liberté, non ?

Des enfants affirment que le policier Ahmed n’est pas mort, il n’y a pas de trace de sang sur la vidéo, la balle est passée à côté et d’ailleurs les terroristes sont gentils, ils ne tuent pas les personnes âgées quand ils braquent leur voiture, ni leur chien. Ils sont humains, vous le voyez bien. Et puis c’est comme le 11 septembre, c’étaient pas des gros avions qui se sont écrasés sur les tours, juste des mirages, des tous petits mirages, d’autres avions quoi. Certains enfants refusent la minute de silence, ils auront un entretien avec le principal, d’autres font des bruitages continus pendant une longue minute. Et puis on passera à autre chose.

Pendant ce temps, les images tournent en boucle, la France recueillie dans une minute de silence, l’unité nationale, tout ça.

Le conseil français du culte musulman sera invité à la grande marche de dimanche. Il n’a pas cessé de poursuivre pour délit de blasphème l’hebdomadaire. Qu’il  le veuille ou non, il a prononcé un verdict que d’autres ont exécuté à leur manière. Il ne s’en est pas excusé, il n’a engagé aucune réflexion. Il prétend que le massacre de Charlie-Hebdo est un coup porté aux musulmans. Il ment comme il conspire, son hypocrisie structurelle masque le fait que les victimes des deux bourreaux ne sont pas défendues, comme Joseph K, elles attendaient qu’on les égorge. Les mots tuent, en effet, dans certaines circonstances que Kafka avait mises en récit dans le Procès. Les circonstances sont simples, la conversion de la victime en bourreau, la réclusion hors du droit, la nécessité d’une protection d’Etat pour vivre. Une telle nécessité est une honte, que nous l’acceptions est une infamie.

L’objectif d’une République conséquente serait « de faire cesser les menaces, de lever l’appel au meurtre. Or à mon avis la seule stratégie efficace, outre les soutiens sous forme de pétition, etc., c’est de favoriser une division publique et réfléchie au sein des musulmans et des personnes de culture musulmane. C’est que les musulmans laïques et de façon générale les personnes de culture musulmane attachées à la laïcité se lèvent et disent : « ça suffit, nous sommes laïques, il n’y a pas à nos yeux de délit de blasphème, la critique contre l’islam est possible, y compris sous des formes qui peuvent être perçues comme choquantes. » Je crois que cela seul est capable de faire reculer les fascistes verts partout et les islamogauchistes ».

Catherine Kintzler avait écrit ce texte, en octobre 2006. Aux dernières nouvelles, elle n’est pas sur la liste des crypto-frontistes et la République continue de miner la laïcité avec un entrain louche. Hier soir, Caroline Fourest affirmait que Charb cherchait, dans les derniers temps, à acquérir une arme ou peut-être des armes. Sa compagne voulait le convaincre de fuir, en Nouvelle-Zélande ou sur Mars. Désormais, il est trop tard, les frères baltringues l’ont flingué.

Publié par : Memento Mouloud | janvier 7, 2015

France under attack (du massacre de Charlie-Hebdo aux prises d’otages)

chérif fait ses courses

Frères Humains qui après nous vivez, n’ayez les cœurs contre nous endurcis, car si pitié de nous pauvres avez, Dieu en aura plus tôt de vous merci

Il est environ 11 heures ce mercredi 7 janvier, l’équipe de Charlie Hebdo, situé dans le XIe arrondissement de Paris, est rassemblée pour sa conférence de rédaction hebdomadaire. Sur la table, Sigolène Vinson pose son livre, La Faute de l’abbé Mouret. C’est l’anniversaire de Luz, le dessinateur. Préposée aux chouquettes, elle a apporté un « gâteau marbré » de la boulangerie du coin.

Autour de la grande table rectangulaire sont assis, de gauche à droite à partir du seuil de la porte : Charb, Riss, Fabrice Nicolino, Bernard Maris, Philippe Lançon, Honoré, Coco, Tignous, Cabu, Elsa Cayat, Wolinski, Sigolène Vinson et Laurent Léger. L’invité, Michel Renaud, est assis sur une chaise dans un coin de la pièce. Luz et Catherine Meurisse, une autre dessinatrice sont en retard. Zineb El Rhazoui, la jeune reporter, est en vacances au Maroc, Gérard Biard, le rédacteur en chef, à Londres. Antonio Fischetti, le journaliste scientifique, assiste à l’enterrement de sa tante en province. Quant à Willem, il goûte peu les conférences de rédaction. Ceux qui ne sont pas là ne prendront pas de balles. On appelle ça le hasard. Et c’est très con le hasard. Au moins autant qu’un djihadiste.

Selon les premiers témoins, trois assaillants arrivent à bord d’une Citroën noire aux vitres teintées. D’après les complotistes, les rétros chromés prouvent que cette voiture d’arrivée n’est pas la voiture de départ. A croire que le troisième homme disparu est un agent du Mossad ou des services. CQFD.

Ce jour-là, les « échanges » tournent autour du dernier roman de Michel Houellebecq, Soumission, auquel est consacrée la « une » du jour. Il est question de littérature, de racisme, d’Eric Zemmour, des manifestations anti-islam en Allemagne. Certains défendent Houellebecq, d’autres s’inquiètent de la « montée du fascisme » dans la société.

En retournant dans la salle de rédaction, Sigolène Vinson aperçoit Philippe Lançon enfilant son manteau, son bonnet et son sac à dos. Un jeu de mots traverse la pièce. Le dernier de la journée. « Il y avait le mot “susmentionné”, ou quelque chose dans le genre, il y avait “suce” dedans. » Charb lance à Philippe : « On fait cette blague pour que tu ne nous quittes pas. » Luce Lapin, la secrétaire de rédaction, s’apprête à quitter la salle pour corriger un numéro spécial sur la gestation pour autrui. Elle a déjà un pied dans son bureau, accolé à celui de Mustapha Ourrad.

Vers 11 h 20, les frères K vêtus de noir, cagoulés et armés chacun d’une kalachnikov, se présentent au numéro 6 de la rue Nicolas-Appert, dans le XIe arrondissement, où se trouvent les archives de Charlie Hebdo. Ils hurlent «C’est ici Charlie Hebdo ?» Voyant qu’ils sont à la mauvaise adresse, ils se dirigent alors au numéro 10 de la rue, où se trouve le siège de l’hebdomadaire satirique.

Ils pénètrent dans le hall et menacent un employé de l’accueil qu’ils bazarderont à la kalash’. Ils lui ordonnent de les conduire jusqu’à des gens qu’ils désignent. En effet, selon une source policière, les tireurs auraient été en possession d’une liste de journalistes à abattre.

Une source proche de l’enquête révèle que les deux hommes, «calmes et déterminés», se dirigent vers «la salle de la conférence de rédaction»: «C’est Charb qui était visé», affirme un spécialiste du terrorisme. Il en tient pour preuve le fait que «les deux assaillants le cherchent dans la salle» et prononcent son nom: «Où est Charb ? Il est où Charb ?» «Ils l’ont tué puis ont arrosé tout le monde», pendant cinq minutes. Sans exclure que d’autres dessinateurs de l’hebdo satirique comme Cabu et Wolinski, également victimes des rafales de kalachnikov, aient pu figurer sur la liste des cibles de «ce commando organisé» qui se trompe de porte d’entrée.

« Les deux hommes ouvrent le feu et achèvent froidement les personnes rassemblées pour la conférence de rédaction ainsi que le policier chargé de la protection du dessinateur Charb, qui n’a pas le temps de riposter », explique à l’AFP une source policière. Une seule personne, qui a réussi à se cacher sous une table, en réchappe. Elle entend les deux hommes crier « nous avons vengé le prophète » et « Allah Akbar ». Elle ne sait pas encore que l’un d’eux fut livreur de pizzas.

« La porte s’est ouverte, un type a jailli en criant ‘Allah akbar. Il ressemblait à un type du GIGN ou du Raid, il était cagoulé, il était tout en noir, il avait une arme qu’il tenait par les deux mains, et puis ça a tiré, et puis l’odeur de poudre et puis par chance j’ai pu me jeter derrière une table dans une encoignure, j’ai échappé à son regard (…) et les camarades du journal sont tombés…C’est allé très vite (…). J’en suis toujours pas revenu et personne de cette petite équipe de survivants n’a encore compris que c’était vraiment la réalité…Ils ont prononcé à un moment le nom de Charb, (…) je pense qu’ils le cherchaient mais de toute façon il était autour de la table. (…) Ils ont tiré dans le tas, tout simplement…Je suis resté recroquevillé là. Je voyais les autres par terre, le bruit des détonations, puis tout d’un coup le silence. Un long silence…On s’est précipité vers les blessés, j’ai tenu la main de notre webmaster. Des bruits de pas… j’ai compris qu’il revenait. Mais la salle est trop exigüe. Il ne pouvait pas faire le tour. J’ai cru qu’ils allaient faire le tour de la rédaction pour trouver des survivants. Puis on s’est relevés, il y avait quelques survivants. Et là c’est l’aberration, c’est irréel. Une sidération. On s’est précipité vers les blessés »

« On a entendu deux “pop”. Ça a fait “pop pop” ». Les deux balles ont perforé les poumons de Simon Fieschi, 31 ans, le webmaster chargé de gérer le tombereau d’insultes qui affluent à la rédaction depuis des années. Son bureau est le premier qu’on rencontre quand on pénètre dans les locaux. Il sera la première victime.

Dans la salle de rédaction, un moment de flottement. « Luce a demandé si c’était des pétards. On s’est tous demandé ce que c’était. » Elle voit Franck Brinsolaro, un des policiers chargés de la protection de Charb, se lever de son bureau, logé dans un renfoncement de la pièce. « Sa main semblait chercher quelque chose sur sa hanche, peut-être son arme. Il a dit : “Ne bougez pas de façon anarchique.” Il a semblé hésiter près de la porte. Je me suis jetée au sol. “Pop pop” dans Charlie, je comprends que ce ne sont pas des pétards. »

Sigolène Vinson rampe sur le parquet en direction du bureau de Luce et Mustapha, à l’autre bout de la pièce. Elle entend la porte d’entrée de la salle de rédaction « sauter » et un homme crier « Allahou akbar ». Puis cette question : « Où est Charb ? ». « Pendant que je rampe au sol, j’entends des coups de feu. Je ne veux pas me retourner pour ne pas voir la mort en face. Je suis sûre que je vais mourir. Je rampe et j’ai mal au dos. Comme si on me tirait dans le dos. » Mais rien, c’est la prise d’un ange, celui de la mort.

Tandis que les balles sifflent dans la pièce, elle parvient à atteindre le bureau de Mustapha et Luce, puis se cache un peu plus loin derrière le muret qui marque la séparation avec celui des maquettistes. Laurent Léger, son voisin de table, est parvenu à se glisser sous le bureau du policier. Adossée au muret, la jeune femme aperçoit Jean-Luc, le maquettiste, qui s’est lui aussi réfugié sous son bureau. Elle entend la scène qu’elle ne voit pas : « Ce n’était pas des rafales. Ils tiraient balle après balle. Lentement. Personne n’a crié. Tout le monde a dû être pris de stupeur. »

Puis tout s’est tu. « Je connaissais l’expression “un silence de mort”… ». Le silence, et cette « odeur de poudre ». Sigolène Vinson ne voit rien. Puis elle perçoit des pas qui s’approchent. Elle les mime. Des coups de feu, à nouveau. « Je comprends que c’est Mustapha. » Puis elle voit. « J’ai vu les pieds de Mustapha au sol. » Les pas se rapprochent. Un des tireurs, « habillé comme un type du GIGN », contourne lentement le muret et la met en joue. Il porte une cagoule noire.

« Je l’ai regardé. Il avait de grands yeux noirs, un regard très doux. J’ai senti un moment de trouble chez lui, comme s’il cherchait mon nom. Mon cerveau fonctionnait très bien, je pensais vite. J’ai compris qu’il n’avait pas vu Jean-Luc, sous son bureau. » L’homme qu’elle regarde dans les yeux s’appelle Saïd K. Il lui dit : « N’aie pas peur. Calme-toi. Je ne te tuerai pas. Tu es une femme. On ne tue pas les femmes. Mais réfléchis à ce que tu fais. Ce que tu fais est mal. Je t’épargne, et puisque je t’épargne, tu liras le Coran. » Elle se souvient de chaque mot. Saïd a accompli la pire chose qu’un bourreau puisse faire, il l’a épargnée au nom d’Allah misécordieux.

 « Je lui fais un signe de la tête. Pour garder un lien, un contact. Peut-être qu’inconsciemment, je cherche à l’attendrir. Je ne veux pas perdre son regard car Jean-Luc est sous la table, il ne l’a pas vu, et j’ai bien compris que s’il ne tue pas les femmes, c’est qu’il tue les hommes. »

Elle a dès lors abandonné tout féminisme pour survivre. Elle a puisé dans l’archaïque. Ces types nous ramèneront à l’âge de pierre, c’est certain puisqu’ils y vivent et prennent plaisir à nous y conduire.

« Je me suis retrouvée avec Jean-Luc, on est resté interdits. On ne savait pas s’ils étaient vraiment partis. » Des coups de feu retentissent au loin, dans la rue. « J’ai entendu Lila, les petits pas de Lila, la chienne, passer à côté de Mustapha. » Dans son souvenir, le chien courait de bureau en bureau pendant la tuerie.

 Sigolène retourne dans la salle de rédaction. Sa « vision d’horreur ». « Je vois les corps par terre. Tout de suite, j’aperçois Philippe, le bas du visage arraché, qui me fait signe de la main. Il y a deux corps sur lui. C’était trop. » Elle s’interrompt. Puis reprend, la voix étranglée : « Il a essayé de me parler avec la joue droite arrachée… Je lui ai dit de ne pas parler. Je n’ai pas pu m’approcher de lui. Je n’ai pas pu lui tenir la main. Je n’ai pas réussi à l’aider. C’était trop. »

Tous les morts ont été retrouvés face contre terre. Sigolène enjambe les corps de Cabu, d’Elsa, de Wolinski et de Franck, le policier, pour récupérer son portable dans son manteau. Elle appelle les pompiers. La conversation dure 1 min 42 s. « C’est Charlie, venez vite, ils sont tous morts. » Le pompier lui demande « combien de corps ? ». Elle s’agace, le trouve « con ». Le pompier lui demande l’adresse de Charlie Hebdo. Elle ne s’en souvient plus. Elle répète trois fois : « Ils sont tous morts ! »

Au fond de la pièce, une main se lève. « Non, moi je ne suis pas mort. » C’est Riss. Allongé sur le dos, il est touché à l’épaule. A côté de lui, Fabrice Nicolino fait signe à Sigolène Vinson de venir l’aider. Atteint aux jambes et à l’abdomen, il est assis dans une mare de sang. « C’est horrible à dire, mais comme ses blessures étaient moins apparentes que celles de Philippe, c’était plus facile pour moi de m’occuper de lui. Il m’a demandé quelque chose de frais pour son visage, je lui ai rapporté un torchon mouillé. Puis il m’a demandé de l’eau. Je ne savais pas qu’il ne fallait pas donner d’eau dans ces circonstances, je suis allée remplir une flûte à champagne en plastique dans la cuisine. Il perdait beaucoup de sang. Puis il s’est senti partir, il m’a demandé de lui parler. »

« Tout à coup a surgi dans la salle une femme habillée de noir, assez jolie. J’ai appris plus tard qu’elle travaillait en face, sur le même palier. Elle avait les yeux exorbités. Elle disait : “C’est horrible, c’est horrible.” Elle avait la main sur la bouche. Elle voulait aider, mais elle ne pouvait pas. »

La silhouette de Patrick Pelloux apparaît dans l’embrasure de la porte. « Je l’ai vu se pencher sur le corps de Charb. Il lui a pris le pouls au niveau du cou. Puis il lui a caressé la tête et lui a dit : “Mon frère.” »

Ils ont péroré « Allahou akbar » et « Vous allez payer, car vous avez insulté le Prophète ».

Onze personnes, dont neuf journalistes, ont été tuées et 4 autres sont dans un état «d’urgence absolue». Outre Charb, Cabu et Wolinski, un autre dessinateur, Tignous, ainsi que l’économiste et seul conseiller intelligent de la banque de France Bernard Maris, figurent parmi les victimes, de même le fondateur du festival clermontois, Rendez-vous du carnet de Voyage, Michel Renaud. On peut y ajouter Honoré, Mustapha Ourrad, Elsa Cayat (femme et psychanalyste, juive aussi et hasard objectif, la seule femme assassinée par les tueurs qui ne tuent pas les femmes sauf les juives qui ne sont pas vraiment des femmes), Frédéric Boisseau, Franck Brinsolaro.

Drôle d’endroit pour un massacre.

Philippe Lançon est grièvement touché au visage, Riss à l’épaule, Fabrice Nicolino à la jambe. Simon Fieschi, le jeune webmaster chargé de gérer le « shit storm », le tombereau d’insultes adressées à la rédaction depuis des années sur les réseaux sociaux et par téléphone, est le plus gravement atteint.

« Il a eu beaucoup de chance. » Le médecin l’a répété six fois à sa compagne, Marine Jobert, en sortant du bloc. Fabrice Nicolino, l’« écolo de la bande », est un des quatre blessés graves qui ont été évacués, mercredi, vers différents hôpitaux parisiens. Il est à présent hors de danger, mais « il reste sous étroite surveillance médicale et de la sécurité ». Il avait écrit bidoche, il sait dans sa chair que c’est ainsi que les porcs traitent le minerai de viande que nous appelons des hommes.

Ce n’est pas la première fois que Fabrice Nicolino est victime d’un attentat. Le 9 mars 1985, il emmène des copains au Cinéma Rivoli, non loin de l’Hôtel de Ville, à Paris, voir Eichman, l’homme du IIIe Reich, d’Erwin Leiser. Le film est donné dans le cadre du 4e Festival international du film juif. Un homme est installé derrière eux, il quitte la salle dix minutes après le début du film. Fabrice l’a remarqué. Pas la bombe. Les spectateurs n’auront la vie sauve que parce que le toit trop léger est projeté en l’air au moment de la déflagration. S’il avait été plus solide, lui expliqueront les policiers, ils étaient morts.

Il en va de même pour Riss, alias Laurent Sourisseau, dessinateur (La Face karchée de Sarkozy, Vents d’Ouest, 2007) et directeur de la rédaction de l’hebdomadaire depuis 2009, qui a été touché à l’épaule droite – le nerf ne serait pas touché. Comme pour Philippe Lançon, écrivain (L’Elan, Gallimard, 2013), critique littéraire à Libération, qui avait fait de Charlie sa deuxième maison. Les nouvelles tombent au compte-gouttes. Blessé grièvement à la mâchoire, comme Robespierre avant l’échafaud, il est conscient, il ne peut pas parler, mais communique par écrit. Cette guillotine là l’aura épargné. On a plus d’inquiétudes pour Simon Fieschi : même si ses jours ne sont plus en danger, le jeune webmaster du site, neveu de la comédienne Anouk Grinberg, a été touché à la colonne vertébrale, un de ses poumons a été perforé. Il est plongé en coma artificiel et on craint pour sa mobilité.

Jointe par L’Humanité, alors qu’elle était encore sur les lieux de la fusillade, la dessinatrice Corinne Rey, qui tient un blog sur Rue89, témoigne : « J’étais allée chercher ma fille à la garderie, en arrivant devant la porte de l’immeuble du journal deux hommes cagoulées et armés nous ont brutalement menacées. Ils voulaient entrer, monter. J’ai tapé le code. Ils ont tiré sur Wolinski, Cabu… ça a duré cinq minutes… Je m’étais réfugiée sous un bureau… Ils parlaient parfaitement le français… Se revendiquaient d’Al Qaeda. ». Elle n’explique pas réellement comment elle a survécu, ni si sa fille était avec elle. Sur un plateau d’Arte, elle dira, « il ne faut pas céder ».

La dessinatrice Catherine Meurisse avait témoigné auprès du Courrier de l’Ouest. Arrivée en retard à la conférence de rédaction, la journaliste a vu « deux hommes encagoulés qui étaient encore dans la rue lorsque je suis arrivée ».

Producteur audiovisuel dans un bureau situé dans le bâtiment voisin des locaux de Charlie Hebdo, Yve Cresson a relaté les évènements sur Twitter, en simple témoin du massacre. Selon lui, à 11 h 25, les deux assaillants se sont d’abord « trompés de locaux et d’adresse ». Ils ont en effet profité du passage de la factrice pour entrer dans l’immeuble dans lequel il se trouvait, au 8 rue Nicolas-Appert. Version qui complète ou contredit celle de Corinne Rey. Les deux hommes « cherchaient Charlie Hebdo », selon lui, situé au 10, rue Nicolas-Appert. « Ils sont repartis après avoir tiré deux fois « .

Selon Cédric Garofé, témoin, « ils ont dit : vous direz aux médias que c’est Al-Qaida au Yemen ».

Patrick, un riverain habitué des séries policières de Canal +, était en train de s’occuper de son scooter au moment du massacre. « Puis j’ai entendu une fusillade. Je me suis approché de l’angle de la rue et j’ai vu, au loin, des silhouettes noires, trois ou quatre, cagoulées, comme si c’était l’anti-gang. Cela tirait dans tous les coins, une grosse pétarade. Un autre voisin les a vu partir après dans une C3 bleu foncé ».

Sur place, un voisin, Ludovic Manche a assuré avoir entendu « 40 ou 50 coups de feu » alors qu’il se trouvait dans son appartement du boulevard Richard-Lenoir, juste derrière les locaux de Charlie Hebdo. « Au début, j’ai cru que c’était des pétards de nouvel an chinois [qui se déroule le 19 février]. J’ai vu par la fenêtre des policiers qui poursuivaient les malfaiteurs. Ils étaient deux personnes cagoulées, l’un d’eux avait un fusil de guerre. Ça tirait dans tous les sens. Dans la rue, les gens se cachaient derrière les voitures. Puis les tireurs sont partis dans une Citroën C1 noire. ». Lui aussi a assisté à un film.

Selon un journaliste d’une agence de presse située près des locaux de Charlie Hebdo, les hommes auraient crié «Allahou Akbar». Puis: «Nous avons tué Charlie Hebdo» et «nous avons vengé le prophète».

Vers 11 h 30, un appel police-secours fait état de tirs au siège de Charlie Hebdo. Des policiers sont dépêchés immédiatement sur place. Les deux agresseurs prennent la fuite en criant de nouveau « Allah Akbar » et se retrouvent nez à nez avec une patrouille de la Brigade anti-criminalité (BAC) locale. Un échange nourri de coups de feu s’en suit.

Ils parviennent à prendre la fuite à bord de leur Citroën C3 noire où ils prendront soin de perdre leurs papiers d’identité et font alors face à un véhicule de police sérigraphié. Ils tirent une dizaine de coups de feu sur le pare-brise de cette voiture sans blesser les policiers qui se trouvent à l’intérieur. Des policiers font feu sur les assaillants, qui ripostent. Boulevard Richard-Lenoir, un policier en uniforme d’une trentaine d’années, est touché et se trouve à terre. Il s’appelle Ahmed Merabet. Les deux hommes sortent alors de leur voiture et s’approchent en courant du policier qui lève la main et leur demande : « Vous voulez me tuer? ». L’un des deux assaillants s’approche de lui en courant et lui répond « C’est bon chef » avant de lui tirer une balle en pleine tête sans s’arrêter.

Les assaillants repartent à bord de leur Citroën. Ils percutent un piéton, grièvement blessé. Leur fuite s’achève une première fois au croisement entre le rue Sadi-Lecointe et la rue de Meaux, dans le XIXe arrondissement. La Citroën noire immatriculée CW 518 XV s’encastre dans un plot, lunette arrière et vitre conducteur brisées. Les assaillants sortent du véhicule, abandonnant un chargeur de kalachnikov rempli de munitions. Ils braquent alors un automobiliste et lui volent sa Clio grise. Ils lui rendent son chien. Peu avant midi, la police affirme perdre leurs traces.

Deux policiers ont été tués dans l’équipée sauvage. L’un appartenait au service de protection des hautes personnalités, il était chargé de la protection de Charb. L’autre, âgé d’une trentaine d’années, était rattaché au commissariat du XIe arrondissement. Un troisième policier, de la brigade VTT, a été grièvement blessé à la jambe.

Les parisiens filment les fuyards, alimentant le service après-massacre du commando djihadiste. Le soir, ils se rassembleront et se filmeront de nouveau, heureux d’être si nombreux et rassemblés pour le rassemblement.

Le quartier est bouclé. Des gens qui habitent et travaillent dans le périmètre se plaignent de ne pas pouvoir passer. Ils ont quand même des courses à ranger dans le frigo, merde.

Des policiers de la brigade de recherche et d’intervention (BRI) de la police judiciaire parisienne investissent dans l’après-midi un appartement d’un immeuble situé avenue Jean-Lolive à Pantin (Seine-Saint-Denis). Ils n’auraient procédé à aucune interpellation mais l’appartement aurait pu être une planque pour les terroristes. De même, ils ratissent un logement, situé à Gennevilliers (Hauts-de-Seine).

En début de soirée, une «opération de vérification» est menée dans le Val-de-Marne, à Champigny-sur-Marne. Le GIPN, le Raid et la DGSI ont investi un appartement avenue de l’ïle-d’Amour.

Sur les réseaux sociaux, une image en soutien à Charlie Hebdo tourne beaucoup. Trois mots sur fond noir : « Je suis Charlie », le hashtag #CharlieHebdo a envahi la Toile et a déjà été tweeté plus de 400 000 fois à travers le monde. Un autre hashtag a très vite vu le jour #NousSommesTousDesCharlieHebdo. Pour Jean-Luc Mélenchon, « il faut répliquer par des comportements d’amour ».

Des dizaines de milliers de manifestants se sont rassemblés mercredi soir à Paris et dans plusieurs villes de France pour marquer leur solidarité avec l’hebdomadaire, frappé par un attentat-massacre qui a fait 12 morts et 11 blessés, selon la police. Plus de 10 000 personnes sont descendues notamment dans les rues de Lyon et autant à Toulouse, selon les estimations des forces de l’ordre. À l’appel de plusieurs syndicats, associations, médias et partis politiques, les participants, de tous âges, se sont réunis à partir de 17 heures sur la place de la République. Dans la foule compacte et silencieuse, beaucoup arboraient un autocollant noir ou une pancarte « Je suis Charlie ». Certains se recueillaient, une bougie à la main.

A Paris, « au moins 35 000 personnes se sont rassemblées », d’abord silencieuses, arpentant l’axe qui va de la rue du faubourg du Temple au boulevard Beaumarchais, elles ont commencé à chanter : « Charlie ! Charlie ! », « Nous sommes Charlie », « Libérez l’expression ! ». Lou, la vingtaine, résume bien l’esprit du cortège: « Je ne suis pas venu contre quelque chose. Je suis venu pour soutenir. » Elisabeth, visiblement touchée, confie être « vraiment sous le choc. Je travaille dans l’humanitaire donc je fais bien le parallèle avec ceux qui peuvent être victimes sur le terrain. Ce soir, je me dis que personne n’est protégé. J’avais envie d’être là pour afficher mon soutien. »

Un homme « Tout est dit. Franchement, on est face à la sauvagerie pure et la bêtise. Face à cette folie, la seule réponse c’est d’être encore libre, libre, encore plus libre ». Jérôme, de 20 ans son cadet, acquiesce: « Les responsables de cette horreur ne représentent rien. Face à ça, il faut porter une autre parole que la haine ». Laquelle ? Il ne sait pas, en tout cas, ce soir, ils sont nombreux à se tenir chaud.

Pour Antoine, les auteurs des meurtres « se sont trompés d’ennemis », ne se sont « pas renseignés ». « Ce sont des personnes endoctrinées. » Une femme, « Je me suis efforcée de contenir mes larmes devant mes collègues avant de venir ici. J’ai très peur des conséquences… des amalgames… Avec Houellebecq, et Zemmour il y a quelques semaines, ça va devenir un grand gloubi boulga. ». Casimir contre le djihad, voici les nouveaux résistants. Les barbus n’ont qu’à bien se tenir, on sent qu’ils tremblent déjà.

A peine une demi-heure après l’attaque du siège de Charlie Hebdo à Paris, des comptes proches de l’Etat islamique commencent à reprendre le dernier tweet de l’hebdomadaire, et commentent : « Ils ont publié leur post, puis nos lions sont arrivés », saluant une « riposte fulgurante » de moudjahidine au cœur de la capitale française.

Une première vidéo se retweete en boucle, celle filmant l’assassinat d’Ahmed Merabet, le « policier apostat », qui patrouillait en VTT dans la zone. « #L’Etat_islamique_scande_Allah_est_grand_dans-Paris », annonce alors un premier hashtag, vite noyé par plusieurs milliers de tweets.

Dans un pitoyable ballet, sympathisants de l’Etat islamique et du Front Al-Nosra et d’Al-Qaida, qui se vouent habituellement aux gémonies, se partagent alors les mêmes hashtags pour saluer l’attaque ou s’autocélébrer dans l’attente d’une revendication : #la_conquête_de_Paris ; #Nous_avons_vengé_le_prophète ; #Paris_s’enflamme… quand ils ne détournent pas le mot-clé qui a émergé en signe de solidarité : #JesuisCharlie.

A ce déferlement de félicitations sur la Toile s’est ajoutée la voix de la radio de l’Etat islamique, qui a qualifié les auteurs de l’attaque de « héros ». Les internautes arabophones qui tentent de résister – entre appels à la raison et volées d’injures – et les partisans du djihad s’affrontent sur les réseaux : « Vous croyez à la liberté d’expression sans limite, nous croyons à la liberté de nos actions. »

Pas en reste, les comptes proches d’Al Malahem Media Foundation, la « chaîne d’information » d’Al-Qaida dans la péninsule Arabique (AQPA), rappellent que Charb avait été placé, en 2003, dans une liste de neuf personnalités recherchées pour « insulte envers l’islam » aux côtés, entre autres, de Salman Rushdie, dans un numéro du trimestriel djihadiste Inspire.

Le 8 janvier, le groupe Anonymous s’engageait venger Charlie Hebdo. En visant ceux qui bafouent le droit d’exprimer ses opinions, «par l’obscurantisme et le mysticisme». Ceux-là doivent s’attendre à «une réaction massive et frontale de notre part car le combat pour la défense de ces libertés est la base même de notre mouvement».

Baptisée «OpCharlieHebdo», la contre-attaque du groupe Opération GPII a des contours encore flous ce jeudi, certains sites spécialisés évoquant comme cibles potentielles les sites des organisations terroristes islamistes, les comptes Twitter de prêcheurs radicaux ou de militants de Daesh. Plusieurs pistes donc, mais une seule fausse piste: le compte à rebours un rien menaçant du site opcharliehebdo.com, estampillé «fake» par les Anonymous à l’origine de l’OpCharlieHebdo.

Ce n’est pas un raz-de-marée : comparé aux 2 300 000 tweets publiés en vingt-quatre heures avec le hashtag #JeSuisCharlie, le contre-hastag #JeNeSuisPasCharlie n’a pas fait le poids. Mais avec près de 20 000 utilisations en une journée, il n’est pas non plus passé inaperçu. Utilisé à toutes les sauces, il était repris par les extrémistes religieux, des supporteurs de Dieudonné, des adeptes de la théorie du complot. Mais également par de nombreux utilisateurs, souvent musulmans, qui, s’ils dénoncent le massacre et affichent leur soutien aux familles des victimes, n’ont pas apprécié «les caricatures nauséabondes qu’ils ont dessinées». «Je ne suis ni Charlie, ni ces assassins», tweete ainsi Kenza.elb.

Sur le site de vente aux enchères eBay, des numéros emblématiques du journal ont été mis en vente, comme celui publié la veille de l’attentat, ou encore le numéro « Charia Hebdo », du 2 novembre 2011 car il n’y a pas de petits profits. Certains d’entre eux ont atteint des prix pharamineux allant jusqu’à 75 000 euros. Mais la rapidité avec laquelle ces sommes ont monté laissent soupçonner une forme d’escroquerie. D’autres ont mis en vente des dessins originaux des victimes. L’immense succès du mot-clé #JeSuisCharlie a été aussitôt récupéré par les vendeurs de t-shirts, mugs et autres porte-clés officiant sur le site. La requête « Je suis Charlie » donne près de 3 000 résultats sur eBay : casquettes, coques de téléphones, badges, stickers, parapluies et même des plaques militaires. Les godemichés, les porte-jarretelles et autres appareillages suivent. Le nom de domaine jesuischarlie.fr et iamcharlie.fr sont pour le moment vides. Le premier a été réservé par une entreprise de formation professionnelle française, Coactive Team, et le second par l’entreprise informatique Jaw X Process. Joint par LeMonde.fr, son PDG, Etienne Wetter, assure que « le but n’est pas de faire de l’argent ». Le mot-clé #JeNeSuisPasCharlie a également été converti en nom de domaine. Jenesuispascharlie.com et jenesuispascharlie.fr ont été achetés mais rien n’y avait été publié jeudi en fin d’après-midi.

Le groupe informel de hackers s’en prend aux sites de propagande djihadiste et autres radicaux en jouant aux services de renseignements. Un internaute détaille le procédé sur le salon de tchat francophone où se réunissent les Anonymous volontaires : «Lorsqu’on tombe sur un site [islamiste], nous tentons d’extraire de sa base de données des adresses et informations de contact, que nous redirigeons ensuite vers les forces de l’ordre.» C’est l’étape du «dump» de base de données. Ensuite, «nous utilisons tous les moyens à notre disposition pour l’effacer de la Toile». En l’occurrence, il s’agit ici de deface, «défacement», consistant à modifier la page d’accueil d’un site pour le rendre inconsultable, en faisant plus ou moins de dégâts derrière cette vitrine.

Les Anonymous revendiquent déjà le «défacement» de plusieurs sites radicaux, dont Ansar-alhaqq, qui diffuse en français la propagande jihadiste. Sa page d’accueil redirige désormais vers DuckDuckGo, un moteur de recherche indépendant et champion de la vie privée. Leur cible actuelle est le Kavkaz Center, un site d’information tchétchène se revendiquant «islamique».

Pas malin, estime le blogueur Olivier Laurelli, expert en sécurité informatique connu sous le pseudonyme de Bluetouff : «A partir du moment où on attaque les réseaux où les jihadistes communiquent entre eux, on interfère dans le travail des enquêteurs», explique-t-il à l’AFP.

En face, les islamistes font passer leurs messages sur des sites d’institutions françaises. Celui du Centre de la mémoire d’Oradour-sur-Glane, consacré à la Seconde Guerre mondiale, s’est ainsi retrouvé affublé d’un texte rouge sur fond noir accusant la France de «racisme» et d’être le «terroriste du Monde», l’invitant à aller «se faire foutre» et signé «Je suis Muslim et je suis pas Charlie». Le site du Mémorial de Caen a également été victime d’une attaque ce week-end, ainsi que le CHU de Strasbourg, le Palais des papes à Avignon, la ville de Tulle ou la fondation Jacques Chirac, entre autres.

Sous les revendications citant parfois la Palestine, parfois l’Etat islamique et parfois Charlie Hebdo, les signatures sont toujours les mêmes : on recense la «Fallaga team», «L’APoca-DZ» et «Abdellah Elmaghribi»

En outre, on assistait vendredi au piratage de toute une série de sites catholiques et/ou bretons – la paroisse Notre-Dame de Nantes, la cathédrale de Vannes, la ville de Port-Louis… Ils étaient hébergés par une même société, implantée à Vannes. Et a priori, ils n’ont pas été ciblés pour leur contenu : leur point commun était de souffrir d’une faille de sécurité informatique, que leurs webmasters auraient dû combler en mettant à jour régulièrement le logiciel de gestion. Il a suffi aux hackers de repérer la faille pour attaquer tous les sites vulnérables. En visant un seul serveur vannetais, ils ont fait 120 victimes – toutes «défacées» par des messages à base de «J’atteste qu’il n’y a de dieu qu’Allah».

Le canon tonne, les membres volent, des gémissements de victimes et des hurlements de sacrificateurs se font entendre, c’est l’Humanité qui cherche le bonheur

Au QG des Anonymous, un petit groupe d’internautes s’est chargé d’une mission prévention : ils repèrent les sites de mairies, d’administrations et d’institutions françaises présentant des failles de sécurité exploitées par les hackers islamistes, et leur expliquent par e-mail comment se protéger des attaques. «Cela n’est dit nulle part, regrette l’un d’eux. Communiquer sur ce genre de bonnes actions me paraît une bonne idée, ce serait peut-être pas mal pour l’image…»

Situation de crise : depuis le 7 janvier et le début des attaques terroristes qui ont touché la France, la plate-forme Pharos a connu un gigantesque pic de signalements. Pharos, c’est le site unique qui gère les signalements effectués par des internautes lorsqu’ils souhaitent dénoncer des contenus illégaux : appels à la haine, apologie de crimes ou du terrorisme… « Lors d’une journée ‘normale’, nous recevons en moyenne 400 signalements », explique Valérie Maldonado, qui dirige l’Office central de lutte contre la criminalité liée aux technologies de l’information et de la communication. « Du 7 au 12 janvier inclus, nous en avons reçu 20 200, dont environ 17 500 portaient sur des contenus faisant l’apologie du terrorisme ou incitant à la haine ». Soit une moyenne de 3 300 signalements par jour, plus de huit fois les chiffres habituels.

Parmi les contenus signalés faisant l’apologie du terrorisme, « on trouve de tout : il y a des messages de soutien aux terroristes, qui semblent être plutôt de l’ordre de la réaction spontanée, mais aussi des contenus qui semblent beaucoup plus ‘préparés’, étudiés, avec des photomontages, et qui se rapprochent plus d’une revendication », note Valérie Maldonado.

De même, Pharos note que les vidéos liées aux attaques, abondamment republiées en ligne après leurs suppression des réseaux sociaux et des plates-formes de partage, ont été rediffusées de deux manières. « Qu’il s’agisse de la vidéo filmée par un témoin de l’attaque contre Charlie Hebdo ou de la vidéo de revendication d’Amedy Coulibaly, nous avons constaté deux cas de figure : des internautes les ont republiées de manière ‘neutre’, mais d’autres y ont ajouté, en fin de vidéo, des messages du type ‘mort à la France’ ou ‘vive l’Etat islamique‘ », relate Mme Maldonado.

Selon le conspirationniste professionnel Thierry Meyssan, « les commanditaires de cet attentat savaient qu’il provoquerait une fracture entre les Français musulmans et les Français non-musulmans. Charlie Hebdo s’était spécialisé dans des provocations anti-musulmanes et la plupart des musulmans de France en ont été directement ou indirectement victimes. » Ainsi il achève la conversion des victimes en bourreaux.

Une enseignante du Campus des métiers et de l’entreprise, un centre de formation professionnelle de Bobigny, qui accueille 1 500 apprentis de 16 à 21 ans, a été mise à pied, jeudi 15 janvier dans l’après-midi, par le responsable de l’établissement. Une mesure conservatoire, « en accord avec la préfecture de Seine-Saint-Denis », a précisé son président, Patrick Toulmet, et qui fait suite à des propos complotistes et haineux qu’aurait tenus la jeune femme à des élèves de bac pro, lundi 12 janvier, au sujet des deux attentats de Charlie Hebdo et de l’Hyper Cacher à la porte de Vincennes.

Mardi 13 janvier, le responsable de l’établissement est averti par un parent d’élève de l’étrange tournure prise par le débat organisé dans la classe d’une enseignante, H. M., au lendemain des grandes manifestations qui ont réuni plus de 4 millions de personnes en France.

Madame M. avait choisi de consacrer la plus grande partie de son cours de « droit économie dans la formation de vente » à une discussion sur l’assassinat par trois djihadistes de dix-sept personnes, quelques jours auparavant. Sidéré par ces propos, un de ses élèves l’enregistre avec son téléphone portable, au bout de quelques minutes. Ce qu’elle ignore. L’élève en retranscrit quelques extraits, que sa mère adresse dès le lendemain à l’établissement, avec une copie de la bande-son.

Dans ces documents, également transmis au rectorat, madame M. relaie sans complexe les thèses complotistes qui font déjà florès sur nombre de réseaux sociaux. Parlant à ses élèves du policier tué après l’assaut contre Charlie Hebdo, madame M. évoque « le flic soi-disant mort ». Elle note qu’« on n’a pas vu les corps des journalistes ».

« Vous trouvez pas ça bizarre qu’il en manquait un à leur réunion ? », interroge l’enseignante en évoquant la conférence de rédaction de l’hebdomadaire satirique. « C’est un business, un coup d’Etat pour supprimer la religion musulmane », ajoute-t-elle, « ils ont eu le temps de monter un sketch ». Elle explique à ses élèves que les prophètes « ont été salis par les représentations de vieux hommes moches avec du bide », et se fait prosélyte pour expliquer que « la religion musulmane autorise de tuer pour défendre [sa] religion ».

Convoquée jeudi après-midi par la direction du centre de formation professionnelle. Madame M. a nié avoir tenu de tels propos, avant d’apprendre qu’elle était enregistrée et de se voir mise à pied. « Je suis formel, j’ai reconnu la voix de madame M., ses intonations, sa diction, comme celles des élèves, assure Yann Dubosc, le secrétaire général de l’établissement. M. Toulmet et moi avons préféré prendre nos responsabilités avant même que notre conseil de discipline ne tranche l’affaire et que, le cas échéant, la justice s’en occupe. »

L’enseignante, fonctionnaire à statut spécifique, risque la radiation. Saisi par la famille de l’élève, le rectorat n’a pas encore contacté l’établissement, mais le président du campus, M. Toulmet, a d’ores et déjà été convoqué au commissariat.

Madame M. s’est insurgée : « Cette mise à pied, au vu de ce que je suis, c’est honteux. Je ne vais jamais à la mosquée, je ne sais même pas faire la prière. Ce sont les élèves qui ont engagé le débat. Je n’ai tenu aucun propos déplacé. Ceux qui ont été reproduits, dont je n’ai pas eu connaissance, ont été sortis de leur contexte. »

Mercredi soir, les identités des trois suspects étaient connues des forces de l’ordre. Il s’agirait de trois hommes âgés de 18, 32 et 34 ans. Les deux trentenaires, de nationalité française, sont des frères nés dans le 10e arrondissement de Paris. Ils se prénomment Saïd et Chérif K.. La nationalité du plus jeune, Mourad H, SDF, n’est pas encore connue. On sait en revanche qu’il était inscrit l’an dernier en Terminale S dans un lycée de Charleville-Mézieres, dans l’académie de Reims (Champagne-Ardennes). Le journal local, L’Union en Ardennais, indiquait justement en fin d’après-midi que l’enquête s’orientait vers Reims.

Des perquisitions y sont menées, et les forces spéciales du RAID ont été envoyées là-bas. Le quartier Croix-Rouge a été totalement bouclé et des hélicoptères de la police survolent la zone.

les frères K. ont  » un profil de petits voyous qui se sont radicalisés « . Le plus jeune des deux, Cherif, avait écopé en 2008 de trois ans d’emprisonnement, dont 18 mois avec sursis, pour avoir participé à une filière d’acheminement de djihadistes français vers l’Irak. La  » filière des buttes Chaumont  » avait été démantelée trois ans auparavant. Elle était composée d’une dizaine de jeunes parisiens qui, pour certains, avaient reconnu en garde à vue avoir fomenté des projets d’attentats. Cherif K, à l’époque livreur de pizza, avait été interpellé alors qu’il s’apprêtait à partir faire le djihad. On l’appelait Abou Issen. Depuis, les deux frères avaient tout fait pour se faire oublier des services de renseignement. Ils étaient allés se mettre au vert dans la région de Reims.

À l’époque, Chérif K se justifiait devant la présidente du tribunal en ces termes : « Plus le départ approchait, plus je voulais revenir en arrière. Mais si je me dégonflais, je risquais de passer pour un lâche ». Il avait été condamné à trois ans de prison, dont dix-huit mois avec sursis. Cet homme est marié, il a aussi vécu à Gennevilliers. Sa compagne, animatrice en crèche, avait revendiqué le port du voile intégral depuis son pèlerinage à La Mecque en 2008. Elle aurait bien voulu intégrer Babyloup.

Chérif K a connu une partie de ses complices au collège. A l’époque, il est considéré comme le plus violent et le plus impulsif de tous. Ses camarades lui attribuent déjà des projets d’attentats terroristes contre des commerces juifs à Paris. Le Rectorat ne remarque rien, le collège non plus. Avec ses copains, il commet des larcins dans le quartier des Buttes-Chaumont, dans le 19e : vols, drogue, petits trafics. La routine de l’impunité. Un jeune en danger comme dit l’ordonnance. Son attrait pour le « djihad » apparaît en 2003, lorsqu’il commence à fréquenter la mosquée Adda’wa, à Stalingrad. Cheveux mi-longs, carrure athlétique, mâchoire carrée, Chérif K admet à la barre, en 2008, avoir été « un délinquant ». « Mais après j’avais la pêche, je calculais même pas que je pouvais mourir. »

A la mosquée où s’enseigne l’amour et la tolérance, il rencontre le futur chef de la filière irakienne, Farid Benyettou. A peine plus âgé que lui, le jeune homme se vante d’une connaissance approfondie de l’islam et joue les prédicateurs à la sortie de la prière. Avec lui, les jeunes gens suivent des cours de religion, à leur domicile et dans un foyer du quartier. Certains s’y rendent presque tous les jours et coupent, peu à peu, les ponts avec leurs familles. Leur mode de vie change radicalement. Ils arrêtent de fumer, cessent les trafics, visionnent des vidéos pornographiques sur le djihad. Les images de l’intervention américaine et britannique, en mars 2003, en Irak, les fascinent. « C’est tout ce que j’ai vu à la télé, les tortures de la prison d’Abou Ghraib, tout ça, qui m’a motivé », ou plutôt excité raconte, lors du procès de 2008, l’un des proches de Chérif K qui s’est engagé pour que justice soit faite.

Farid Benyettou, né le 10 mai 1981 (ça ne s’invente pas) l’ex-« émir » de la « filière des Buttes-Chaumont » qui a formé les frères blatringues à l’islam radical de pacotille, occupe depuis le mois de décembre 2014 un poste d’infirmier stagiaire dans le service des urgences de l’hôpital parisien de la Pitié-Salpêtrière, l’un des principaux centres hospitaliers ayant accueilli les victimes du massacre.

En 2005, il est mis en examen pour « association de malfaiteurs en relation avec une entreprise terroriste », avant d’être condamné -en compagnie de Chérif K – à six ans de prison en 2008 par le tribunal de Paris. Sorti de prison en 2011, Farid Benyettou s’inscrit l’année suivante à une formation au sein de l’Institut de formation des soins infirmiers (Ifsi), avant d’intégrer au début du mois dernier le service des urgences de la Pitié-Salpêtrière. Selon plusieurs témoignages recueillis auprès du corps médical qui décrivent « un élève studieux et discret », les événements tragiques de ces derniers jours ont crispé le climat dans l’hôpital. A tel point que l’encadrement a pris soin de retirer mercredi soir le planning du service où apparaissait l’emploi du temps du jeune homme, avant de le réafficher en ayant préalablement rayé au crayon ses journées de travail.

Selon ce document, Farid Benyettou ne travaillait pas mercredi et jeudi, mais devait être présent la nuit de vendredi à samedi ainsi que les deux suivantes. « On ne peut pas imaginer que cet homme — que tout le monde présente comme l’un des principaux mentors des frères K — aurait pu accueillir les victimes de ses anciens protégés », s’émeut un médecin de l’hôpital. « Et je ne peux imaginer que la direction de l’AP-HP et celle de l’hôpital n’étaient pas au courant de son passé », ajoute-t-il.

Mais, parmi ses collègues, la stupéfaction est immense, eux qui mettent en avant le règlement lié à l’emploi d’infirmier. « Selon les règles du ministère de la Santé, on ne peut pas prétendre à un poste d’infirmier avec un casier judiciaire chargé. On nous demande d’en produire un vierge dès la première année », s’insurge un collègue d’un service voisin qui n’a pas compris qu’en République française que la préférence racailleuse est semble t-il une procédure ordinaire. Selon nos informations, Benyettou ne l’aurait pas produit. Si le ministère de la Santé, qui émet pourtant les diplômes, s’est dessaisi de nos questions en nous dirigeant vers l’AP-HP, la direction des hôpitaux de Paris se justifie. « La situation de cet élève infirmier est régulière et elle est connue, depuis le début de sa scolarité, tant par la direction de l’école où il est scolarisé que des services de police », précise l’AP-HP.

« Les événements dramatiques de cette semaine nous ont conduits à prendre l’initiative, en liaison avec les autorités de police, de ne pas le maintenir dans le planning du service où il terminait son dernier stage. Une condamnation portée sur le casier judiciaire interdit d’être recruté sur un emploi public, mais sans interdire de passer le diplôme, qui peut être valorisé dans d’autres lieux d’exercice que les établissements publics. »

Lors de l’année et demie qu’il passe en prison, de janvier 2005 à octobre 2006, à la maison d’arrêt de Fleury-Mérogis (Essonne), Chérif K fait la connaissance de celui qui deviendra son nouveau mentor : Djamel Beghal. Cet homme, qui se fait appeler Abou Hamza, purge une peine de dix ans de prison pour un projet d’attentat fomenté, en 2001, contre l’ambassade des Etats-Unis à Paris.

A sa sortie de prison, en 2006, Chérif K travaille à la poissonnerie du magasin Leclerc de Conflans-Sainte-Honorine (Yvelines). Selon les policiers de la sous-direction antiterroriste (SDAT), il conserve alors des liens avec certains de ses anciens complices des Buttes-Chaumont. Il aurait participé, selon la SDAT, à la préparation de l’évasion d’une autre figure de l’islam radical, Smaïn Ait Ali Belkacem, condamné, en novembre 2002, à une peine de prison à perpétuité pour sa participation à l’attentat de la station RER Musée-d’Orsay, en octobre 1995.

Incarcéré de nouveau en mai 2010 sur la base de ces soupçons, Chérif K est libéré le 11 octobre de la même année. Faute de preuves suffisantes, le parquet de Paris requiert un non-lieu le 26 juillet 2013, et ce « en dépit de son ancrage avéré dans un islam radical, de son intérêt démontré pour les thèses défendant la légitimité du djihad armé », note le réquisitoire qui le laisse tout de même en liberté. Un magistrat se souvient de ce dossier. « A l’époque, nous ne pouvions pas deviner sa dangerosité. On n’allait tout de même pas le condamner pour avoir joué au foot… » avec un fusil d’assaut. Et puis le foot c’est l’école de la vie, on y apprend tellement.

Lors de ses onze auditions en mai 2010 par les policiers, Chérif K s’est montré obstinément mutique. « L’intéressé garde le silence et fixe le sol », ont noté jusqu’à l’agacement les enquêteurs de la SDAT. « Avez-vous conscience que votre refus à tout dialogue avec nous, y compris sur les choses les plus anodines, le refus d’effectuer une page d’écriture, le refus de regarder les photos qui vous sont présentées, le refus de vous alimenter, relève d’un comportement typique et habituellement constaté chez les individus fortement endoctrinés et appartenant à une organisation structurée ayant bénéficié de consignes à suivre durant une garde à vue ? », ont fait remarquer les policiers au futur auteur du massacre de Charlie Hebdo.

Les archives informatiques de Kouachi, elles, ont été plus bavardes. De nombreux textes – la plupart anonymes –, découverts dans son ordinateur ou sur des clés USB, témoignent d’un enrôlement djihadiste structuré. Il s’agit la plupart du temps de textes sur des opérations martyres et la conduite à tenir. Tous ont été téléchargés en 2009.

L’un d’entre eux, baptisé Opérations sacrifices, décrit le modus operandi suivant « Un moudjahid entre par effraction dans la caserne de l’ennemi ou une zone de groupement et tire à bout portant sans avoir préparé un plan de fuite ni avoir pensé à la fuite. L’objectif est de tuer le plus d’ennemis possibles. L’auteur mourra très probablement […] Le mot “attentat-suicide” que certains utilisent n’est pas exact. Ce sont les juifs qui ont choisi ce mot pour dissuader les gens d’y recourir (…). Quant aux effets de ces opérations sur l’ennemi, nous avons constaté au cours de notre expérience qu’aucune autre technique ne produisait autant d’effroi et n’ébranlait autant l’esprit. »

Un autre texte, intitulé Le Prophète de la Terreur, commence par ces mots : « Je suis venu vous apporter le carnage […] Le Coran parle de se préparer le plus que l’on peut à terroriser l’ennemi. » Mieux encore : « horrifier l’ennemi ».

Un ouvrage de l’imam salafiste jordanien Abou Mohamed al-Maqdisi développe quant à lui des « séries de conseils sur la sécurité et la prévention » à l’attention des militants radicaux. Exemple : « Il n’est pas indispensable dans la plupart des circonstances, pour un financeur, de savoir quand et où l’opération aura lieu, ni par quelles mains. De même, pour ceux qui vont exécuter le stade final de l’opération (c’est-à-dire le pirate de l’air, le kidnappeur, celui qui se sacrifie, l’assassin, etc.), il n’est pas indispensable pour eux de savoir qui finance la cellule ou le groupe. »

Un long texte intitulé Déviances et incohérences chez les prêcheurs de la décadence évoque la fatwa « pleinement justifiée » contre l’écrivain Salman Rushdie –« Qu’Allah le maudisse ! », est-il précisé –, ou le Français Michel Houellebecq, désigné comme une « loque humaine », qui « se permet dans un de ses torchons de dire que la religion la plus con, c’est l’islam ». Le texte s’en prend aussi aux « scribouilleurs malhonnêtes » et assure que « dans les sociétés mécréantes, le péché est la norme et le blasphème un divertissement sadique ».

Chérif K est photographié dans le Cantal, à Murat, du 9 au 16 avril 2010, en compagnie de son mentor, qui est assigné à résidence. Le 11 avril 2010 au matin, ils sont rejoints par deux hommes qui ont déjà été condamnés pour des faits de terrorisme, Ahmed Laidouni et Farid Melouk. Les quatre hommes se rendent à pied sur le terrain de football de la ville, où durant deux heures, ils font du sport et se promènent dans la campagne.

Sur une écoute téléphonique datée du 14 avril 2010, Chérif K se félicite de ce séjour. « Non franchement, on est partis faire du sport, wallah c’était trop bien. » Un enthousiasme que ne partage pas son mentor. Un mois plus tôt, le 12 mars 2010, sur une autre écoute, Djamel Beghal met en garde un complice à propos de « Chérif » : « Fais pas confiance, il faisait pas à manger au Habs [prison en arabe]. » On dirait les YMCA font le djihad. Toujours ce petit côté pédaleux en vadrouille.

Depuis sa résidence surveillée du Cantal, Djamel Beghal supervisait les préparatifs de l’évasion de Smaïn Ait Ali Belkacem, note le parquet dans un réquisitoire définitif du 26 juillet 2013. Dans ce même dossier, l’aîné des K, Saïd, apparaît également en périphérie. Sans plus d’éléments le concernant, les policiers ne poursuivent pas les investigations. Un djihadiste, ça va, on connaît la suite.

Dans cette affaire, les policiers confirment cependant « l’ancrage radical » de Chérif K grâce aux perquisitions menées à son domicile de Gennevilliers (Hauts-de-Seine). Au milieu d’images pornographiques (gays ?), voisinent des ouvrages tels que « Déviances et incohérences chez les prêcheurs de la décadence », un livre qui dénonce l’existence d’un islam démocratique. Les policiers ont aussi mis la main sur Les savants du Sultan, Paroles de nos prédécesseurs, qui stigmatise les compromis des religieux avec le pouvoir et sur d’autres écrits justifiant le djihad et le martyre et rendant obligatoire le « djihad défensif ».

Dans le groupe Beghal, qui préparait l’évasion de Smaïn Ait Ali Belkacem, figurait un bourreau du nom de Salim Benghalem. Il est présenté aujourd’hui par les Etats-Unis comme l’un des principaux exécuteurs de l’Etat islamique en Syrie, et il a été inscrit, fin septembre 2014, sur la liste noire du département d’Etat américain aux côtés de neuf autres djihadistes présumés dangereux.

En décembre 2013, huit membres du groupe de Chérif K et Amédy C, le futur tueur de Montrouge et de la porte de Vincennes, avaient écopé de peines allant de un à douze ans de prison. Un seul a fait appel : la figure centrale du réseau, Djamel Beghal, condamné en 2005 pour avoir nourri quatre ans plus tôt un projet d’attentat contre l’ambassade américaine à Paris. Il avait été écroué puis assigné à résidence dans le Cantal. En décembre dernier, la peine de Beghal dans l’affaire des projets d’évasion avait été confirmée par la cour d’appel de Paris. C’était il y a à peine plus d’un mois.  « Pas de preuves, et seules les convictions religieuses sont condamnées », s’était alors plaint Beghal sur son blog. Six membres de ce groupe – dont quatre avaient purgé leurs peines – étaient en liberté à la veille de l’attentat contre Charlie Hebdo. Un proche de Chérif K et d’Amédy C, un certain Teddy Valcy, alias “Djamil” (condamné à 9 ans en 2013), avait été arrêté en possession d’une kalachnikov, avec un chargeur engagé contenant vingt-deux cartouches. « Cette arme m’appartient et je n’aurais pas hésité à l’utiliser contre vous si j’en avais eu le temps », avait-il déclaré aux policiers au moment de son interpellation.

Lorsqu’il purgeait une peine de prison à Fresnes (Val-de marne), décidément Taubira a raison, la prison c’est pas la solution, pour « tentative de meurtre », en 2008, Salim Benghalem s’était lié d’amitié virile, selon la police antiterroriste française, avec l’un des membres de la filière irakienne des Buttes-Chaumont dont il partageait la cellule. Une relation qu’il a étendue, à sa sortie de prison, avec d’autres piliers de cette filière, dont Thamer Bouchnak.

L’influence de cette filière irakienne du 19e arrondissement de Paris a, enfin, été décelée en Tunisie après l’assassinat, les 6 février et 25 juillet 2013, de deux opposants politiques, Chokri Belaïd et le député Mohamed Brahmi. Ces deux meurtres, qui ont plongé la Tunisie dans une crise profonde, ont été revendiqués par des membres d’Ansar Al-Charia, un groupe salafiste radical créé en mai 2011 ayant fait allégeance à l’Etat islamique.

Le meurtre de ces deux opposants a été revendiqué, le 17 décembre 2014, par un proche de Chérif K, un Franco-Tunisien nommé Boubaker Al-Hakim et connu sous le nom de « Abou Mouqatel ». « Nous allons revenir et tuer plusieurs d’entre vous. Vous ne vivrez pas en paix tant que la Tunisie n’appliquera pas la loi islamique », assure t-il alors. Selon le ministère de l’intérieur tunisien, l’intéressé est « un élément terroriste parmi les plus dangereux, objet de recherches au niveau international », déjà recherché pour trafic d’armes en Tunisie.

Boubaker Al-Hakim est considéré comme un exemple par « ses frères d’armes ». Il est l’un de deux fondateurs des filières irakiennes des « Buttes-Chaumont ». Présent en Irak dès 2002, il a, selon ses propres dires en garde à vue, séjourné à quatre reprises en Irak avant d’être condamné dans ce dossier. Au procès de la filière du 19e, en 2008, il était le seul détenu. C’est sur lui que pesaient les charges les plus lourdes.

De Saïd K, on sait qu’il fut emploi jeune auprès de la mairie de Paris, chargé du tri sélectif. Il y étrenne son tapis de prières, ne serre jamais la main des mécréantes, prie dans les ateliers. On le déplace, il continue. En 2009, son contrat prend fin. Il s’installe à Reims. Il effectue un stage touristique au Yemen, en 2011, dans les camps d’Al Qaida. Selon la chaîne de télévision américaine NBC News, les deux branleurs étaient placés sur la liste des terroristes aux Etats-Unis et étaient interdits de vol vers ce pays.

Tout est parti d’une première information des services de renseignements américains datant d’octobre 2011, selon laquelle un membre d’Al-Qaïda dans la péninsule arabique (AQPA), mouvement terroriste rapatrié au Yémen depuis 2006, est entré informatiquement en relation avec une personne située dans un cyber-café de Gennevilliers (Hauts-de-Seine). C’est-à-dire non loin du domicile de Chérif K, qui réside au 17 de la rue Basly. Il n’y a alors – et à ce jour non plus – aucune certitude sur le fait que Chérif K ait été le correspondant français d’AQPA repéré par les États-Unis, même s’il est tentant de le penser.

Un mois plus tard, en novembre 2011, les services américains transmettent à leurs homologues français de la Direction centrale du renseignement intérieur (DCRI, devenue depuis DGSI) une nouvelle information stipulant cette fois que Saïd K s’est rendu à l’étranger, entre les 25 juillet et 15 août 2011, en compagnie d’une seconde personne. Les Américains sont formels dans leur note de transmission sur un séjour des intéressés dans le sultanat d’Oman et évoquent une suspicion d’un passage clandestin au Yémen. « Ces renseignements n’étaient alors corroborés ni par des sources humaines ou techniques », nuance aujourd’hui une source proche de l’enquête concernant le Yémen.

À partir de décembre 2011, Chérif K est l’objet de filatures et d’écoutes téléphoniques. Elles dureront jusqu’au mois de décembre 2013. Les services secrets français découvrent un homme qui, s’il continue de frayer avec certaines connaissances bien ancrées dans des groupes radicaux, semble petit à petit s’éloigner de la mouvance terroriste. Du moins, en façade. Chérif K paraît alors plutôt se reconvertir dans une délinquance beaucoup moins dangereuse, à savoir un business de contrefaçon de vêtements et de chaussures avec la Chine. Il en parle imprudemment au téléphone, bien qu’il s’inquiète d’être pisté par les douanes. Mais pas par l’anti-terrorisme, qui enregistre tout.

Il est certain que, des deux frères K, Saïd apparaît aujourd’hui comme le plus dissimulateur. Et depuis longtemps. Alors que c’est lui qui avait introduit son frère auprès de l’entourage du prédicateur Farid Benyettou, figure centrale de la filière irakienne des Buttes-Chaumont de 2005, il dit à l’époque lors d’une audition condamner la dérive de Chérif, se rappelle une source judiciaire.

Pendant ce temps, Hayat B, la compagne d’Amédy le tueur de Montrouge et celle de Chérif K s’appellent, 500 fois selon le procureur François Molins.

Dans l’après-midi, un hashtag sur twitter est très vite apparu, proclamant que l’État islamique faisait le takbir (terme désignant en arabe la phrase « Allah est grand ») dans le centre de Paris. Sous ce hashtag, de nombreux « posts » sur le réseau social twitter faisaient référence aux caricatures de Charlie Hebdo et à l’attentat :

En septembre dernier, pour la première fois, l’État islamique a menacé directement la France pour sa participation à la coalition contre l’organisation djihadiste en Irak. « Si vous pouvez tuer un incroyant américain ou européen – en particulier les méchants et sales Français – ou un Australien ou un Canadien, ou tout […] citoyen des pays qui sont entrés dans une coalition contre l’État islamique, alors comptez sur Allah et tuez-le de n’importe quelle manière », a déclaré Abou Mohammed al-Adnani, le porte-parole de l’EI.

Les djihadistes français n’ont pas attendu la proclamation de l’EI pour évoquer la possibilité de frapper des civils français. Principales cibles citées sur les forums  : les personnalités islamophobes et les anti-religieux s’attaquant à l’islam. Charlie Hebdo et Charb constituaient pour eux une cible prioritaire. L’hypothèse d’une « conjonction » d’intérêts entre un groupe de militants djihadistes français formés en Syrie ou en Irak et l’État islamique n’est donc pas à exclure.

Le chef du MI5, le service de renseignement intérieur britannique, a déclaré qu’un groupe islamiste extrémiste se trouvant en Syrie projetait «des attentats de grande ampleur» en Occident. Parlant à Londres au lendemain de l’attentat meurtrier commis à Paris, Andrew Parker, directeur général du MI5, a évoqué le risque d’attaques qui pourraient être commises par des combattants revenant de Syrie. «Nous savons par exemple qu’un groupe de terroristes fanatiques d’Al-Qaïda en Syrie projette des attentats de grande ampleur contre l’Occident», a-t-il dit.

Huit heures après le massacre, le Raid s’est déployé dans la ville de Reims et a commencé une opération d’envergure. Les policiers « vont partir en opération. Ou, prévenus par la police et les réseaux sociaux, ils (les suspects) sont partis, ou ça va rafaler », a déclaré un officier du Raid à l’AFP, appelant les journalistes présents à la « plus grande prudence ».

Le plus jeune des suspects, Mourad H, dont le nom circulait sur les réseaux sociaux, s’est présenté volontairement mais contre son plein gré dans la nuit au commissariat de police de Charleville-Mézières, « pour s’expliquer », selon le parquet de Paris.

L’enquête sur la fusillade qui a coûté la vie à une policière de 26 ans, jeudi matin à Montrouge, progresse à grand pas. Selon des informations de France 2, l’auteur présumé de la fusillade, identifié par la police, « connaissait » les frères baltringues et était lié à la filière djihadiste des Buttes-Chaumont. Les enquêteurs ont par ailleurs interpellé deux nouveaux suspects vendredi vers quatre heures du matin, à Grigny, dans l’Essonne. Ces opérations qui ont eu lieu dans le quartier réputé sensible de la Grande Borne, où eurent lieu les incidents les plus importants durant les émeutes de novembre 2005, « concernent le cadre familial de l’individu recherché », a précisé le maire de Grigny, Philippe Rio. Le ministre de l’intérieur s’est contenté de déclarer, vendredi matin lors d’une conférence de presse, que l’enquête « avance (…) avec des éléments importants qui ont été récupérés par les services de la préfecture de Paris notamment ». Il s’agirait des parents du principal suspect. Lors de la perquisition, les enquêteurs auraient mis la main sur des éléments de propagande islamiste, confirmant la piste suivie. Ils n’avaient pas encore dit que ce type là, ils le connaissaient bien mais qu’ils  l’avaient oublié.

L’homme était au moment des faits porteur d’un gilet pare-balles, d’une arme de poing et d’un fusil-mitrailleur. Il s’est enfui à bord d’une Clio qui a été retrouvée à Arcueil (Val-de-Marne) et sa trace a été perdue « dans le quartier de La Défense ».

Une opération policière était en cours, vendredi matin, autour d’une petite entreprise de Dammartin-en-Goële, en Seine-et-Marne, l’imprimerie Création tendance découverte dans la zone d’activité du Prés-Boucher, non loin de l’aéroport Charles-de-Gaulle, où les frères baltringues, sont retranchés et ont pris une personne en otage, selon le député de Seine-et-Marne, présent au PC sur place, l’UMP Yves Albarello.

Une semaine plus tard, on apprenait qu’une vingtaine de salariés de l’Aldi de Dammartin-en-Goële (Seine-et-Marne) allaient devoir rattraper des heures de travail qu’ils n’ont pu effectuer, le vendredi 9 janvier, en raison de l’assaut donné contre les frères K, retranchés ce jour-là dans un entrepôt à proximité. Confinés dans leur entreprise depuis le début de la journée, les salariés d’Aldi Marché avaient été évacués par les forces de l’ordre vers 16h20, une demi-heure avant l’assaut donné contre les deux auteurs présumés de l’attentat meurtrier perpétré à Charlie Hebdo. Ces salariés n’avaient donc pas effectué complètement leurs sept heures de travail quotidiennes. Un véritable dol pour la direction, aussi les heures non travaillées leur furent décomptées car ils n’avaient pas respecté leur contrat. De même, ceux qui n’avaient pu accéder à l’entreprise le matin du fait des barrages routiers allaient ajouter une journée de rattrapage à leur emploi du temps, si possible le dimanche car travailler le dimanche selon l’avis des français est une véritable avancée sociale. Face à l’émoi des représentants du personnel, la direction d’Aldi Marché, assume pleinement sa décision pluisqu’elle ne craint aucune représaille. Elle assure, magnanime, qu' »aucune réduction de salaire n’est envisagée ».

Un ami des frères baltringues, Amedy dit le tueur de Montrouge, aurait pris en otage deux personnes dans une épicerie casher de la porte de Vincennes. Il y aurait un blessé. On comptera quatre morts parmi les clients. Le caractère antisémite de l’acte, à l’instar de l’exécution d’Elsa Cayat ne fut pas avéré avant que François Hollande ne le trouve atrocement antisémite et qu’il se coiffe d’une kippa. Il serait secondé par une djihadiste, féminisme oblige, Hayat B dit la présidente. D’ailleurs il s’est rendu sur les lieux avec une voiture immatriculée au nom de sa compagne.

Amedy le tueur de Montrouge, appelé Doly par ses amis, est un petit branleur converti à l’islamisme radical. Plusieurs fois condamné pour vol aggravé à partir de 2001, alors qu’il est encore mineur, Coulibaly passe en Cour d’assises pour mineur accusé de vol à main armée en 2004 et le tribunal lui signifie une peine de six ans de prison dont il n’accomplira q’une partie réduite selon les modalités ultra-répressives de la loi Perben. L’intérimaire de Manpower a alors 16 délits condamnés à son actif. En sortant, le voici herboriste et il replonge pour un an et demi, en 2006. Il a alors 24 ans.

Un  film fut  diffusé en décembre 2008 sur Le Monde.fr. Il avait donné lieu à un reportage diffusé sur France 2 dans l’émission « Envoyé spécial ». Les deux réalisateurs du documentaire avaient ensuite publié un livre, Reality-taule. Au-delà des barreaux. L’ouvrage est dédié « à ceux qui feront tout pour ne jamais aller en prison et ceux qui feront tout pour ne jamais y retourner ». La dédicace est signée « Hugo et Karim ». Hugo, c’était le pseudonyme qu’avait choisi Amedy C pour ce projet. La vidéo tournée à Fleury-Mérogis avait fait grand bruit tant par sa démarche militante que par ce qu’elle montrait et dénonçait. Le témoignage avait alors contribué à relancer le débat sur les conditions de vie carcérale. Cinq détenus de la maison d’arrêt avaient introduit une caméra à l’intérieur de la prison et avaient filmé pendant des mois pour raconter leur quotidien dans ces cellules surpeuplées, dénoncer les conditions d’hygiène déplorables, montrer les douches aux « murs gluants ». En plein mois de novembre, les détenus dormaient dans des cellules aux vitres cassées. « C’est bientôt Noël, on est là, on caille comme des SDF. Même les SDF dehors, ils sont mieux que nous », témoignait un détenu devant sa fenêtre.

Le projet est porté par le codétenu d’Amedy C, un garçon qui a grandi comme lui dans une des cités de l’Essonne, au sud de Paris. Le preneur d’otages de la porte de Vincennes participait activement au projet, il apparaît même sur la vidéo. A cinq, ils sont parvenus à faire entrer le matériel nécessaire à la prise de vues, à tourner plus de deux heures et demie de rushs en cachant la caméra aux gardiens. Y compris des scènes de bagarres, dont une scène d’une rare violence, où un détenu est passé à tabac et laissé inconscient.

Installateur en audiovisuel électronique de formation, embauché par Coca-Cola à Grigny, Coulibaly semble se ranger, mais dans le djihadisme. En juillet 2009, il est reçu, parmi d’autres jeunes qui se lèvent tôt, par Nicolas Sarkozy, à l’Elysée. Le Parisien lui consacre un sujet. A croire qu’Amédy C  bénéficie de certains soutiens plutôt discrets désormais.

En juin 2010, il est arrêté par les services antiterroristes, soupçonné d’avoir participé à un projet d’évasion de Smaïn Aït Ali Belkacem, l’un des principaux auteurs de la vague d’attentat de 1995 dans le métro et RER parisien pour le compte du Groupe islamique Armé (GIA, algérien), condamné à la réclusion criminelle à perpétuité. Pour cela et incarcéré à la centrale de Clairvaux. C’est son 3ème séjour en prison. Lors de la perquisition de son domicile en 2010, les enquêteurs retrouveront 240 cartouches de calibre 7,62, une munition de  kalachnikov. Un mot manuscrit trouvé chez un membre de la cellule, adressé à un complice, signale :« On a besoin de deux kalachs, de deux calibres, dix grenades. Essaye de faire au plus vite car on en a besoin. C’est à toi de parler avec le frère qui vend les armes. Mon frère ne connaît rien, alors négocie un prix bas. ». Condamné pour cela, Amédy C était sorti de prison depuis plus d’un an, selon les modalités des lois ultra-répressives de l’ère Sarkozy.

Des écoutes téléphoniques effectuées en mars et avril 2010 sur le portable de « Doly » montrent « sans ambiguïté », selon les enquêteurs, « sa foi radicale » et « l’emprise idéologique » exercée sur lui par Djamel Beghal. L’artificier des attentats de 1995, Smaïn Aït Ali Belkacem, le considère pour sa part comme un militant « fiable et déterminé ». « En plus, il est bien dans la religion, il est en dedans. Il est sérieux dans la religion », jugeait le terroriste islamiste durant une conversation téléphonique interceptée sur un portable utilisé clandestinement en prison où la vie des prisonniers est un enfer journalier.

À cette époque, Chérif K et Amédy C sont déjà les rouages d’un réseau bien rodé.« Djamel Beghal est le chef d’une cellule opérationnelle d’obédience “takfir », résume ainsi un commandant de la SDAT dans un rapport de synthèse du 21 mai 2010. « Fédérés autour de donneurs d’ordres appartenant au mouvement takfir, les membres du réseau terroriste mis au jour par les investigations sont, pour la plupart d’entre eux, des malfaiteurs chevronnés, convertis à l’islam lors de séjours en prison », poursuit le policier, qui évoque « l’élaboration d’un projet terroriste dont le but était de procéder à l’évasion des frères incarcérés et dont la finalité était la commission d’une action de plus grande ampleur ».

Le mystère de ce dossier de 2010 reste la découverte de recettes de poison (du cyanure obtenu à partir de pépins de pomme) dans la cellule de Smaïn Aït Ali Belkacem car la prison est aussi une véritable école de chimie appliquée. L’expert en toxicologie mandaté par la justice avait confirmé, selon le jugement du tribunal de grande instance de Paris, « l’efficience du mode opératoire décrit dans les recettes ainsi que le caractère potentiellement létal du produit obtenu ». « Le plus redoutable serait de contaminer avec ce liquide un réseau d’adduction d’eau ou un circuit de fabrication alimentaire, ce qui pourrait rendre malades un grand nombre d’individus », pouvait-on encore lire dans le texte de jugement.

L’analyse de l’ordinateur portable d’Amédy le tueur fait par ailleurs apparaître des photos de lui posant devant un drapeau noir islamiste ; sur d’autres, on le voit en forêt, armé d’une arbalète, aux côtés de sa femme intégralement voilée. Au milieu de multiples témoignages de foi, les enquêteurs sont également tombés en arrêt devant différents clichés pédopornographiques, qu’ils retrouveront aussi en nombre dans l’ordinateur de Chérif K. Amédy le pédo lui va bien aussi.

Libéré de prison en mars 2014, Amédy C, son bracelet électronique fut retiré en mai. Sans doute pour faciliter sa réinsertion. Dans une vidéo de revendication postée sur Internet après les attentats par un ami, il affirme avoir « beaucoup bougé » depuis la fin de sa détention et « avoir sillonné les mosquées de France, un petit peu, et beaucoup de la région parisienne », jusqu’aux premiers jours de janvier 2015.

« J’étais en terrasse vers 13 heures, j’ai entendu un premier coup de feu, puis deux, trois, quatre », témoigne un client du Bougnat, un café situé face à l’épicerie Hyper Cacher de la porte de Vincennes. « J’ai entendu un homme crier en arabe. » Selon une serveuse du bar, les policiers ont demandé aux clients, une soixantaine de personnes, de se réfugier dans une cour intérieure, car le bar se trouve dans « la ligne de tir ».

Vendredi, vers 17 heures, un double assaut est donné contre les frères baltringues et leurs potes qui s’achève par la liquidation des trois clampins. Le GIGN et le Raid ont-ils épargné Hayat B ? Un des membres de la famille d’Amedy le tueur, l’une de ses neuf soeurs, vivant à Grigny, se dit également «abasourdie»: «Je le connais bien. C’est incroyable. C’est quelqu’un de bien. Il a fait des bêtises bien sûr mais un truc pareil, non, je ne peux pas le croire.»

Cette connasse nous expliquera combien d’otages sont morts du fait de son frère qui fait des petites bêtises, sept, huit plus la policière municipale de Montrouge ?

Les quatre otages tués, âgées de 20 à 63 ans, ont pour nom Yoav Hattab, Philippe Braham, Yohan Cohen et François-Michel Saada.

Lundi 12 janvier, la chaîne britannique BBC diffuse des images de caméra surveillance montrant Hayat Boumeddiene qui ont été remises par la police à une chaîne Turkich TV. Elles montrent la compagne d’Amedy C, qui fait l’objet d’un avis de recherche, passant les contrôles d’identité à l’aéroport Sabiha Gokcen d’Istanbul, vêtue d’un foulard blanc et accompagnée d’un homme qui serait – selon le commentaire du journaliste – d’origine nord-africaine. Les passeports font l’objet d’un contrôle de 17 secondes, ce qui est « rapide », observe le journaliste. Selon lui, Hayat Boumeddiene aurait séjourné quelques jours dans le quartier Kadikoy, côté asiatique, avant de passer la frontière syrienne le 8 janvier à Akçakale. Des contrôles seraient en cours dans l’hôtel où la femme aurait résidé dans la ville turque. Selon un journal turc cité par la BBC, Hayat Boumeddiene aurait été traqué dans la ville de Tal Abyad, en Syrie. L’information n’a toutefois pas été confirmée.

La chaîne de télévision Habertürk a diffusé lundi des images de surveillance de l’aéroport Sabiha-Gökçen montrant Hayat Boumeddiene. On y voit, à ses côtés, un homme, portant un sac à dos et arborant une fine barbe et des cheveux longs attachés. D’après des informations concordantes, il s’agirait de Mehdi Belhoucine, un ressortissant français âgé de 23 ans. Un nom connu des services de renseignement français.

Le 11 juillet 2014, le tribunal correctionnel de Paris avait condamné son frère aîné à deux ans de prison, dont un avec sursis, pour sa participation à une filière d’acheminement de combattants à destination de la zone pakistano-afghane. Après avoir grandi à Aulnay-sous-Bois (Seine-Saint-Denis), Mohamed Belhoucine suivait des études d’ingénieur à l’école des mines d’Albi. Il avait mis en ligne des films de propagande djihadiste, produits notamment par As-Sahab, l’organe médiatique d’Al-Qaida. Le réquisitoire définitif du parquet de Paris, en date du 21 février 2014, soulignait « la profondeur de ses convictions djihadistes et son rôle de relais de la propagande djihadiste sur Internet. »

Afin de protéger la cavale de Hayat Boumeddiene, Mehdi Belhoucine a pu bénéficier des relations d’un proche de son frère, Zahir Chouket, lui-même en fuite en Tunisie. Le réquisitoire du 21 février 2014 présente Chouket comme ayant eu « un rôle de facilitateur en Turquie, où il disposait de contacts susceptibles d’héberger [des djihadistes] à Istanbul. »

Dans la vidéo publiée après sa mort, Amedy C a assuré avoir écumé les mosquées franciliennes depuis neuf mois – or les Belhoucine et leurs complices étaient des adeptes de la mosquée Omar, située à proximité de la rue Jean-Pierre-Timbaud (11e arrondissement de Paris) (Sur la mosquée Jean-Pierre Timbaud). En 2009, Mohamed Belhoucine en Grèce et un complice à Fès au Maroc, se retrouvent dans des lieux fréquentés par le couple Coulibaly-Boumeddiene à la même époque. Ce qui expliquerait la liaison personnelle entre les dihadistes en question.

Ce sont deux anciens agents municipaux de la mairie d’Aulnay-sous-Bois. De 2011 à 2012 et en cumulant des contrats à durée limitée, Mehdi Belhoucine s’occupait d’animation périscolaire, en intervenant notamment au club de loisirs de la ville. Il avait par ailleurs décroché des missions pour s’occuper des espaces verts. Détenteur d’un master en science et technologie niveau 1, Mohamed Belhoucine a, quant à lui, été embauché au travers de divers contrats de 2010 à 2014 et a travaillé dans les centres de loisirs de la ville. Il s’occupait également de l’aide aux devoirs. Pourtant, dès 2010, il avait été inquiété par les services de police qui avaient repéré ses activités en rapport avec la filière d’acheminement pakistano-afghane. Quelques années plus tôt, en effet, Mohamed Belhoucine s’était mué en cyberdjihadiste, lors de son passage à l’École des mines d’Albi, entre 2006 et 2009. Mal intégré et cumulant de faibles résultats, il s’était tourné vers les forums, se nourrissant de littérature relative à l’islam radical sur le Net. Il s’était alors investi d’une mission: traduire en français et poster, sur le site de vidéos en ligne Dailymotion, des films de propagande djihadiste, produits par As Sabab, organe médiatique du réseau al-Qaida.

La police judiciaire retrouvera dans un appartement de Gentilly, dans le Val-de-Marne, des armes, des détonateurs et des papiers appartenant à Amedy C. Les enquêteurs étaient en perquisition quand ils ont récupéré des pistolets automatiques, des détonateurs mais aussi des papiers d’identité, des cartes bancaires et des téléphones lui appartenant. Il ne reste plus qu’à retrouver ceux qui les lui ont fournis.

L’imam Rachid Mouy, de la mosquée de Gennevilliers, débute son prêche en mentionnant l’attentat sur la rédaction de Charlie Hebdo. Il affirme s’être questionné le matin même sur le fait de devoir en parler : « Je me suis demandé si je devais parler de l’actualité ou si je devais faire comme si de rien n’était. Mais le fait que nous pensions tous à cela et le climat délétère qui règne actuellement à l’encontre de la communauté musulmane nous impose de parler de la tuerie de Paris. » Comme la plupart des responsables associatifs que nous avons questionnés, ce dernier refuse de s’excuser mais tient à rappeler qu’il condamne les attaques « en tant que musulman, mais surtout en tant qu’homme avec un H majuscule, en tant que citoyen ».

Si tous les musulmans qui s’expriment condamnent « les faits inhumains » perpétrés le 7 janvier dernier, ils sont peu à vouloir se rendre à la marche prévue le dimanche 11 janvier à 15 heures en hommage aux victimes. « Si on y va les gens vont se dire que les musulmans s’excusent », déplore Hassan. « Ils attendent tous qu’on s’excuse », déclare Salim, chauffeur de bus à la RATP.« C’est simple, explique-t-il, depuis 24 heures porter une barbe signifie terrorisme. Moi par exemple les gens me regardent vraiment bizarrement quand ils montent dans mon bus. Ça me blesse mais ça on n’en parle pas, on prend sur nous et on fait comme si de rien n’était. ». 

Tandis que les musulmans français défendent leur vanité et entonnent les couplet usuel autour du « nous sommes tous des palestiniens humiliés », le New York Times, citant des sources du renseignement, suggère qe la filière yéménite, plutôt dans le viseur des États-Unis, n’était peut-être pas une priorité pour les Français. Pourtant « la coopération entre la France et les États-Unis en matière de renseignements est une constante entre nos deux pays, expliquait il y a quelques mois un ancien diplomate en poste à Washington. Tout ce qu’un pays apprend sur le ressortissant d’un autre en matière de terrorisme est transmis et vice versa. Ce sont des procédures très rapides et pas du tout bureaucratiques. Nous avons des années de pratique. » Aussi, le New York Times évoque déjà un possible « très grave dysfonctionnement » de la coopération anti-terroriste franco-américaine.

A moins que la DCRI elle-même soit en cause.

En mai 2013, c’est Alexandre D., un jeune homme connu de la Sous-direction de l’information générale (la SDIG, l’un des services de renseignement chargée du suivi de l’islam), qui se jetait sur un militaire à La Défense, blessé à l’arme blanche. Alexandre D. était apparu sur les radars de la SDIG des Yvelines dès 2009 (refus de travailler avec des femmes, voyages à l’étranger, etc). Au point que le service de terrain avait rédigé une note détaillée sur ce converti, jadis petit délinquant désormais en pleine dérive radicale, adressée notamment au bureau de liaison de la DCRI (chargée elle des djihadistes). Dévoilée par Le Monde, cette note révélait par exemple qu’Alexandre D. avait été contrôlé lors de prières de rue en compagnie d’un homme déjà visé par une fiche « S » (sûreté de l’État) en tant que « membre de la mouvance islamiste fondamentaliste ». La DCRI avait dédaigné.

En mai 2014, cette fois, c’est lors d’un « contrôle inopiné » en gare de Marseille que la douane a interpellé Medhi Nemmouche, suspecté d’avoir perpétré la tuerie du musée juif de Bruxelles. Un coup de chance quoi qu’en dise le ministère de l’intérieur, qui considère que le fichage de Mehdi Nemmouche a été « efficace, puisqu’il a permis de neutraliser très rapidement un djihadiste potentiellement dangereux et qui aurait pu frapper en France ». Le radicalisme religieux de Nemmouche avait été signalé aux services de renseignement par l’administration pénitentiaire à sa sortie de prison en décembre 2012 (cinq ans derrière les barreaux pour le braquage d’une supérette). Mais son départ quasi immédiat pour l’étranger (trois semaines après tout de même) lui avait permis d’échapper à toute surveillance.

Il avait ensuite passé plusieurs mois en Syrie dans les rangs de l’État islamique, où il gardait des otages occidentaux (notamment français) et torturait. Il n’avait pu être localisé par les services, ni surveillé. À son retour en Europe, ce sont les douanes allemandes qui l’ont détecté en premier, intriguées par son parcours, en mars 2013. C’est donc grâce au signalement de l’Allemagne que la DGSI lui a finalement collé une fiche « S ». Mais il avait ensuite disparu des écrans radars, jusqu’à son arrestation à Marseille.

Enfin, quatre mois plus tard, nouveau cafouillage. Trois présumés djihadistes français de retour de Syrie (dont un beau-frère de Mohamed Merah), interpellés par les autorités turques et mis dans un avion à destination de la France, ont atterri dans l’Hexagone sans être inquiétés, alors que le ministère de l’intérieur les attendait de pied ferme et avait même annoncé leur arrestation. Faute des bons documents administratifs, les Turcs avaient dû les embarquer sur un autre vol que l’avion initialement prévu. Chahuté, le ministre de la défense avait reconnu une défaillance technique du système Cheops (Circulation hiérarchisée des enregistrements opérationnels de la police sécurisés). « Il y a eu une panne à Marseille, je le sais », a dû opiner Jean-Yves Le Drian. Au passage, il déclarait : « Depuis plusieurs jours, on arrête tous les jours des individus suspectés d’être dans ces filières djihadistes, ils sont arrêtés, mis en garde à vue, judiciarisés. »

« Notre problème, aujourd’hui, c’est qu’on est passé de 100 types à surveiller en 1995 à 1 000 aujourd’hui », explique Gilbert Thiel, juge d’instruction antiterroriste jusqu’à 2014. « Il faut entre 12 et 20 fonctionnaires pour surveiller un type 24 heures sur 24, entre les écoutes et les filatures. Mais après, on découvre son entourage, qu’il faut surveiller aussi, et on arrive à saturation. » Pour Gilbert Thiel, « il faut bien comprendre qu’on ne peut pas embaucher et former 12 000 flics en plus à la DCRI. Donc ils sont obligés de faire des choix, d’établir des priorités. Ils surveillent de près ceux qui risquent de passer à l’acte, et ils font le plus souvent un boulot remarquable […] Je rappelle que les auteurs d’attentats sont rapidement identifiés et logés, on a tendance à l’oublier ».

Une semaine après la série de massacres, le Quai des Orfèvres et la Direction centrale de la police judiciaire (DCPJ) ont placé en garde à vue une douzaine de personnes soupçonnées d’être en lien avec Amedy Coulibaly et les frères Kouachi. Les suspects animeraient un «réseau de soutien logistique très actif», susceptibles d’avoir notamment fourni des armes, des planques et des véhicules aux terroristes, avant que ces derniers ne se lancent dans leurs équipées sanglantes.

Arrêtés dans la nuit du jeudi 15 janvier sur une petite dizaine de points de la région parisienne, ces logisticiens présumés ont été capturés avec l’appui des policiers d’élite de l’Antigang et du Raid en raison de leur potentielle dangerosité. Les enquêteurs, qui cherchaient depuis près de neuf jours à identifier des complices et à les localiser, pensent avoir fait «carton plein». Ils ont mené l’enquête en faisant de multiples filatures, des écoutes téléphoniques et en travaillant sur des échantillons génétiques retrouvés, notamment dans l’appartement «conspiratif» découvert à Gentilly, et que Doly dit la chèvre, avait loué du 4 au 11 janvier dernier, car il est connu qu’en France on loue pour une semaine.

Plusieurs perquisitions sont menées depuis vendredi matin, à Grigny et à Fleury-Mérogis (Essonne), à Montrouge (Hauts-de-Seine) ainsi qu’à Épinay-sur-Seine (Seine-Saint-Denis) où un père de famille avait été tué en 2005 alors qu’il photographiait on ne sait trop quoi.

Parallèlement, une dizaine de perquisitions dans les milieux islamistes ont été effectuées, vendredi 16 janvier, à Berlin. L’opération menée sans incident par « 250 fonctionnaires de la police, parmi lesquels trois commandos d’intervention spéciale » a donné lieu à « des perquisitions dans 11 lieux de la mouvance islamiste berlinoise » et à l’arrestation d’un « ressortissant turc de 41 ans » désigné sous le nom d’Ismet D., a précisé la police.

Ces opérations ont été menées peu de temps après l’intervention de la brigade antiterroriste belge contre un groupe islamiste à Verviers, qui s’est soldée par la mort de deux djihadistes, jeudi après-midi.

Epilogue

Tout commence sur Facebook en avril 2014, sur le canapé de son deux-pièces parisien. Sous le profil de Mélanie, une journaliste reçoit un message d’Abou-Bilel, un djihadiste de 38 ans, basé à Raqqa, le fief de l’EI en Syrie. Dès les premières lignes échangées, il lui demande si elle est musulmane et l’invite à venir le rejoindre. «On dirait un commercial», écrit la journaliste, écœurée. «Pour lui, Mélanie ne représente qu’un profil type. (…) Il ne connaît ni son âge, ni la couleur de ses yeux, ni sa situation familiale» et «ça ne semble pas le déranger». Il lui raconte l’islam «si pur» qu’il a embrassé et pourquoi, elle aussi, doit partir. Très vite, la discussion bascule sur Skype par webcam. Anna Erelle veut faire illusion jusqu’au bout: elle se coiffe d’un hijab, utilise des expressions arabes et rajeunit sa voix. «J’ai aussi adopté un langage de djeun’s avec un peu d’argot et d’arabe», raconte la pigiste au Figaro. «Je faisais délibérément des fautes d’orthographe, il ne s’est jamais douté de rien.»

Peu à peu, la confiance s’installe entre la jeune fille de 20 ans et le terroriste. «Ça a mis du temps car je ne pouvais pas lui poser de questions trop incisives. Autrement, il aurait eu des soupçons.» La journaliste doit rester prudente. Bilel n’est pas n’importe quel terroriste, il s’agit du bras droit d’Abou Bakr al-Baghdadi, chef de l’organisation de l’EI. Sur place, «Bilel avait trois casquettes: il recrutait, récoltait les taxes et gérait des bataillons de combattants. Mais il lui arrivait aussi de tuer de ses propres mains. Il disait qu’il aimait bien couper des têtes, torturer des prisonniers de guerre et leur asséner le coup final», explique la pigiste qui se souvient des photos de têtes coupées que le terroriste lui avait montrées sur son smartphone.

Au fil des semaines, elle apprend que, dans une autre vie, l’homme originaire d’Algérie, s’appelait Rachid et vivait à Roubaix dans le nord de la France. Qu’il a rapidement lâché ses études et commis plusieurs délits. De confession musulmane, il s’est radicalisé au début des années 2000 et a quitté la France pour combattre en Irak contre l’invasion américaine en 2003, raconte la journaliste. Puis, le djihadiste est parti en Afghanistan pour améliorer ses techniques de guérilla, avant de passer au Pakistan et en Libye, au moment de la chute de Kadhafi. En 2013, on le retrouve en Turquie.

De l’autre côté de l’écran, l’homme presse la jeune fille de venir au «Sham» (3) et de servir «la cause de Dieu». Et tous les arguments sont bons pour convaincre la jeune fille: «Mélanie, (…) je sens que tu as une belle âme, et si tu restes au milieu de tous ces kouffar, tu brûleras en enfer.» A chaque appel, le terroriste vante les mérites de l’Etat islamique. «J’avais l’impression d’avoir le gourou d’une secte en face de moi.» Un jour, il demande à Mélanie si elle veut l’épouser. Pour continuer à glaner des informations, la pigiste rentre dans son jeu. L’homme l’inonde de mots d’amour et l’appelle matin, midi et soir. «Au début, il se foutait de Mélanie, mais il a fini par avoir des sentiments pour elle», constate Anna Erelle. Le djihadiste amoureux, la pigiste doit faire bonne figure et continuer à lui faire croire qu’elle va le rejoindre.

Parallèlement, la journaliste en apprend davantage sur l’organisation terroriste. Comme ce jour où Abou-Bilel lui détaille le «cursus normal» d’une nouvelle recrue à son arrivée en Syrie. «Cours de langue le matin, cours de tir l’après-midi», explique le djihadiste. «Au bout de deux semaines, soit tu es suffisamment fort pour combattre et tu rejoins le front. Soit tu te spécialises, comme dans le recrutement ou le contre-espionnage.» Il évoque également d’autres «tâches nobles», comme «la visite des djihadistes blessés dans les hôpitaux, ou la livraison de médicaments aux nécessiteux».

Au bout d’un mois, l’enquête touche à sa fin. La journaliste décide de couper les ponts avec le terroriste et publie son article début mai. «A partir de là, à Raqqa, ils ont compris que je n’étais pas Mélanie», résume Anna Erelle. Et les répercussions sur sa vie personnelle se font vite sentir. «Tous les jours, j’avais le droit à des menaces de mort et à des coups de fil de numéros inconnus», explique-t-elle avant de préciser qu’une fatwa a même été lancée contre elle. Dans une vidéo retrouvée sur le Web, elle découvre son visage accompagné d’un texte en arabe. Les consignes sont claires: «Mes frères à travers le monde, (…) si vous la voyez, (…) tuez-la.» Après ça, «j’ai dû me cacher chez mes parents, puis chez des amis à droite à gauche. J’avais l’impression de vivre comme une clandestine.»

La liste de ceux qu’ils veulent tuer

Geert Wilders: Founder of the Dutch « Party for Freedom »; has been quoted as saying « I don’t hate Muslims, I hate Islam. »

Ayaan Hirsi Ali: Somali-born Dutch activist and politician; has written that « We are at war with Islam, » not just « radical Islam » and it must be defeated; married to British historian Niall Ferguson (though that’s probably not related)

Morris Sadek: Egyptian-American Coptic Christian; he spread the anti-Islam video « Innocence of Muslims » that sparked violent protests in several Muslim countries.

Carsten Juste & Flemming Rose: Editor-in-chief and cultural editors atJyllands-Posten when the paper chose to publish cartoons mocking Mohammed.

Kurt Westergaard: Cartoonist who contributed to the Jyllands-Posten controversy; his turban-as-bomb drawing became the most famous of the cartoons.

Lars Vilks: Dutch cartoonist who published his own Mohammed drawingsmore than a year after the Jyllands-Posten incident.

Molly Norris: American cartoonist who proposed « Everybody Draw Mohammed Day » as a protest against both censorship and the idea that images of Mohtammed should be forbidden.

Stephane Charbonnier: Editor of Charlie Hedbo, a French satirical magazine that has published several mocking images of Mohammed on its cover (and got its office firebombed as a result.)

Terry Jones: Florida preacher who has burned Korans in protest of Islam.

Salman Rushdie: The Satanic Verses, etc.

 

L'assaut est lancé par les forces du Raid.

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Publié par : Memento Mouloud | janvier 7, 2015

Et Charlie-Hebdo fut détruit : la guerre est déclarée

Les djihadistes ne forment pas une phalange du mal absolu et nous, occidentaux, ne sommes aucunement les archanges et légions du Bien. Seulement, ces gens sont nos ennemis et combattre un ennemi suppose de le connaître. Quand j’oublie cette maxime je vois danser devant mes yeux les virgules du World Trade Center et, désormais, les fantômes des enfants juifs de l’école Otzar Hatorah  ou les cadavres troués de Charlie-Hebdo. Je vois danser, sous mes yeux, les pelures de l’idéal djihadiste et je sais que la guerre en cours n’aura pas de répit.

Si on raisonne en termes de guerre civile, la question des armes n’est pas un préalable à une quelconque insurrection islamiste sur le territoire français, tout bricolage sera le bienvenu. En effet, celle-ci conjoindra trois langues : celle de la Révolution islamique, celle du para-marxisme, celle du racialisme sous les figures de l’opprimé, du désoeuvré, du martyr, du fidèle malmené, du stigmatisé, du pauvre, du prolétaire, du colonisé.

Elle n’a donc pas besoin d’armes sophistiquées puisqu’elle se présente comme un impératif immédiat : engendrer un nouveau rapport de forces favorable à un renversement des conditions d’existence des dits opprimés.

On multipliera non pas les actions de commando mais les escarmouches, balles perdues, jets de parpaing, bazookas improvisés, on combinera à la préparation minutieuse des actions, apanage du crime organisé et des terroristes patentés, une multitude de petits incidents répétés qui agaceront les forces de police, atteindront le moral de toutes les forces d’intervention et imposeront le silence dans les territoires concernés, compte tenu de l’impunité dont jouissent ceux qui s’adonnent à ce genre de sport de combat en milieu urbain.

Le changement de phase d’une telle série d’affrontements discontinus intervient lorsqu’une mort est en jeu. La question qui se pose alors aux guérilléros en survêts et capuches est celle de l’escalade. S’ils choisissent cette voie escarpée, il leur faudra s’armer donc contacter, soit les réseaux terroristes, soit le crime organisé et en subir toutes les conséquences : infiltration, échanges de bons procédés, criminalisation de la lutte, contrôle indirect du groupe par divers services, exécutions sommaires si nécessaire, insertion en tant que rouage dans des complots à la fois plus vastes et inconnus, passage par les salles de torture avec une probabilité non-nulle de finir en déchet de guerre anonyme.

Les petits lascars de 13-14 ans qui crament les voitures, incendient les poubelles, molestent des inconnus, rackettent, pourrissent la vie des écoles et des hôpitaux, servent de vigies ou participent à tous les trafics possibles ressemblent comme deux gouttes d’eau aux gardes rouges maoïstes. Comme ces derniers s’en prenaient au confucianisme qui prône le respect des anciens, les lascars d’aujourd’hui ados ou non, attaquent la civilité et les biens de leurs voisins parce qu’ils visent de manière très claire tout ce qui les a précédés.

Le mode de vie des gaulois tout comme l’islam piétiste des pères et leur éthique du travail apprise dans les champs ou à l’usine sont pris pour cibles car ils sont les symboles et les carcans d’une « bouffonnerie » tissée d’un « vivre-ensemble » dont les lascars rangés des voitures ou non ne veulent plus, tant ils admirent les grands seigneurs de notre temps qu’ils identifient aux étoiles scintillantes qui sont le fonds de commerce des pages people et des scénaristes hollywoodiens usuels où le mafieux, même minable, vaut toujours mieux qu’un clampin moyen se débattant au milieu des dettes et des défections.

Le salafiste n’est pas l’antonyme de la racaille, il est son autre face. Depuis la révolution iranienne, les signes extérieurs d’islamité ont pris une nouvelle jeunesse, ils sont la preuve que l’Oumma est bien le domaine d’une foi conquérante, le salut à la fois intra et extra-mondain quand bien même l’Islam serait constitué de loquedus et d’analphabètes, or ces signes affirment « l’avenir nous appartient, non pas dans 10 mille ans mais tout de suite ».

Dès lors la limite entre le dar al islam et les autres domaines aux mains des mécréants ne vaut plus. Partout où vit un groupe conséquent de musulmans, la charia doit conquérir le trottoir et les usages, le cochon et l’alcool disparaître des étals, les mosquées pousser comme les coquelicots dans un pré, les minarets resplendir sous la voûte étoilée, les traîtres et les dégénérés (toxicos et autres) être pressurés et chassés, les filles faciles punies par la gifle ou le feu purificateur.

Le problème tient à ce qu’une énumération des faits est incapable de rendre compte d’un tel processus. Il y faudrait de l’Imagination c’est-à-dire des œuvres. Néanmoins, toute fiction qui en viendrait à peindre l’étendue des dégâts et la logique de ce qu’on appelle pudiquement des incivilités, est par prévention, interdite ou reléguée dans les archives du défenseur des droits où les attendent les inquisiteurs en chef de l’antiracisme.

Il est bien clair que tous ceux qui défendent la racaille, du NPA aux Indigènes ont un rapport obsessionnel au quantitatif. C’est dans le même terreau d’une petite-bourgeoisie d’Etat dégénérée que puisent ces types de groupement qui attendent que se forment les foules qui les suivront sur le chemin de la destruction de l’ancien monde. Dans l’univers de ceux qui militent dans ces groupuscules, un axiome d’insuffisance tient que la condition de blanc est fautive et que la condition de fonctionnaire ou apparenté (j’y inclus les intermittents du spectacle) porte un pêché d’origine, celui du racisme colonial.

Dès lors, l’innocent est une denrée rare mais heureusement présente dans les rues de nos villes sous la forme de bandes colorées, certes bruyantes, mais dont les chants, les postures et les drapés chatoyants sont un enchantement des sens dans un monde de grisailles où les blancs se partagent entre cadres cravatés et austères, salauds de riches, policiers fascistes, juifs sordides et beaufs avinés. Que la logique des foules les conduise à toutes les manipulations, que leurs colères transforment tout verdict en lynchage n’embarrasse que peu les alliés para-marxistes ou racialistes de la révolution islamique en cours. La ligne n’est pas tenable mais justement en funambules éprouvés, ils la tiennent, quitte à délirer à plein tubes et à présenter une femme voilée en égérie de la lutte (au singulier et sans complément, c’est plus granitique).

Tout homme pris dans le courant de la Révolution islamique n’en est pas moins en proie aux doutes quant à l’identification du meilleur musulman aux gouvernants, aux oulémas, aux affairistes en keffiehs et costards Armani. De même, il tient pour méprisables des centaines de millions de croyants ordinaires qui acceptent si bien le statu-quo. Le révolutionnaire multiplie donc les conduites irrespectueuses envers ses « chefs naturels », ses parents, sa famille, ses imams-fantoches et ses muftis calibrés, les traitant de tout, les insultant, les punaisant sous un groin de porc, les confondant dans une même exécration, les décrivant vendus aux forces américano-sionistes et déjà la proie de Satan qui n’en fera qu’une bouchée.

La figure du fidèle se distord et essaime, on y croise le voyou repenti, la pétroleuse à hidjab, la randonneuse en tchador, le chômeur franchouillard apostat, le people illuminé par la parole du prophète, toute une panoplie de figures périphériques dont la parole fuse et martèle.

Mais justement un fidèle qui en est réduit à asséner sa foi ne cesse pas pour autant de se dédoubler, les rangs des révolutionnaires sont affectés par le mensonge généralisé, comme rompus d’avance par le rouleau compresseur du fétiche marchand si bien que la vraie figure terminale du révolutionnaire musulman c’est une Hallal Kitty en devanture de magasin avec une Kaaba incrustée et clignotante, attendant silencieuse qu’on acquitte le prix de son aliénation.

Aux dernières lueurs quand la Révolution se sera dissipée, idole incohérente livrée au mutisme, certains prendront leur envol vers un néo-platonisme douillet, tandis que les autres choisiront la voie stoïcienne. En effet, le martyr des hommes en vert n’est pas lié aux 70 vierges qui les attendent sous un portique pour une séquence gonzo éternelle dont ils endosseraient le premier rôle. Il tient à une double mise à mort, la leur (comme suicide masqué en martyr, déchéance finale dont on espère un sens) et celle du Tyran moderne : foule des ennemis (judéo-croisés de partout) et foule des traîtres (ces croyants trop tièdes qui préfèrent un match de volley au spectacle d’une exécution publique selon les règles littérales de la charia).

Les zombies de la Révolution islamique, arrivés au stade terminal de leur parcours chaotique, découvriront alors le spectre de Staline qui leur dira en souriant « vous savez les gars, à la fin, il n’y a que la mort qui triomphe.

Quelques images de l’assaut

Publié par : Memento Mouloud | janvier 6, 2015

La République contre Christian Leclerc

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 « Il nous faut gérer les places au cas par cas, selon les circonstances, et si la famille habite sur place. Les concessions sont accordées à un prix symbolique et l’entretien coûte cher alors priorité est donnée à ceux qui paient leurs impôts locaux ».

Christian Leclerc, chevalier de la légion d’honneur

Que sait-on de Christian Leclerc, le maire de Champlan sinon qu’il aimerait que les roms prennent des douches sans eau, ni électricité, sans doute dans le bac où vont boire les vaches et qu’il n’est pas seul dans ce cas. Edile, depuis 2008, d’une ville de 2700 habitants, il a été réélu avec un score de président africain en mars dernier et a rempli les souhaits de ses électeurs en refusant l’inhumation gratuite à un bébé car le cimetière n’a plus de place et qu’une concession, c’est pas gratos. Jusqu’alors soutenu par Nathalie Kosciusko-Morizet, la députée des parisiennes libérées de l’Essonne fraîchement nommée vice-présidente de l’UMP, il a reçu en janvier 2012 le titre de chevalier de la Légion d’honneur, sur proposition de l’ancienne ministre de l’écologie qui voulait le remercier pour son action en faveur de l’environnement.

Désormais, elle lui déverse des tombereaux de purin car la plus-value des bons sentiments est toujours bonne à prendre. « Ce refus est pitoyable, indéfendable, injustifiable. Refuser l’inhumation à un être humain, c’est le tuer une seconde fois. Ce comportement est à l’opposé de toutes les valeurs humanistes que je défends. »

En novembre, le maire peignait ainsi le décor « C’est rempli de caravanes et de tout ce qui s’ensuit. On a fait valoir le fait que s’il y avait un péril imminent, un départ de feu ou quoi que ce soit, non seulement ils étaient tous grillés, mais aussi bien les gens du voyages que les stocks de Tang Frères et tout ça. Y en a pour plusieurs millions d’euros…On nous cache des choses [ il y a des] rats gros comme ça… on les voit partout, dans les transports publics, aussi bien RATP que dans le bus Europe Essonne, aussi bien à l’école de la Butte, ils sont partout… C’est comme si on avait l’impression que pour les instits, c’était plus intéressant de s’occuper des enfants roms que des enfants champlanais ».

Un conseiller municipal en rajoute : « Avant hier, je suis passé au camp, y avait des 4×4 BMW qui étaient garés dans le camp, je voudrais bien savoir comment ils ont bien pu récupérer de l’argent, enfin y a quelque chose qui m’échappe à ce niveau. »

Une conseillère municipale de l’opposition prend la parole « Ça me choque dans les deux sens. Ça me choque effectivement parce qu’il y a les enfants de la commune et il y a quand même un risque de sécurité et sanitaire… Mais ça me choque aussi que… Bon, qu’est-ce qu’on en fait, quoi ? »

Que se vayan todos ! Où ? « Ça, c’est pas mon problème du tout ». Ici on est dans la zona, on va se laisser polluer, nom d’une pipe en bois.

Dans un « avis » aux Champlanais, Christian Leclerc évoque le cas d’un enfant « appartenant à la communauté rom » porteur d’un bacille de tuberculose ainsi que de « multiples cas de gale dans les écoles ». Il assure que la « situation sanitaire actuelle » est « très préoccupante » et même « ingérable ». Et il interpelle la puissance publique sur cette « véritable situation d’urgence sanitaire ». Il a demandé à ses services de « désinfecter à plusieurs reprises » le car municipal ainsi que la cantine et le dortoir. Il tente un exorcisme hygiéniste, s’il pouvait, il bombarderait à la javel le baraquement des 30 familles en instance d’expulsion. Il aimerait bien mener sa guerre du Mali, sa guerre sanitaire, nettoyer la quiétude petite-bourgeoise de cette moisissure qui fait chuter le prix du m2 à la vente. Mais, voilà, il ne peut pas. Pourtant Orly n’est pas loin, c’est con. Juste un sulfatage, allez. Et si les roms empoisonnaient les stocks des frères Tang ou le château d’eau en y infiltrant des tuberculeux et des rats gros comme ça ?

Michel Huguet, le délégué territorial de l’Agence régionale de la Santé réplique « le service de pédiatrie de l’hôpital d’Orsay assure le suivi de cet enfant amené régulièrement par ses parents. Ce suivi permet de confirmer que l’observance du traitement est parfaite ».

Il indique qu’une réunion a été organisée dans le groupe scolaire de la Butte le 20 novembre afin de « rassurer » les enseignants et les parents. « Il a été souligné qu’une tuberculose latente ne nécessite pas d’éviction scolaire du fait de sa non contagiosité et ne représente en aucun cas un risque sanitaire pour la population qui fréquente les écoles ou qui peut être en contact avec cet enfant. » Concernant la gale, « un seul cas » a été signalé. Et pas chez un Rom, mais « chez une animatrice périscolaire ». « Aucun autre cas n’a été signalé dans les deux structures scolaires et les suspicions n’ont pas été confirmées par les médecins. »

Le maire et chevalier de la légion d’honneur n’est pas seul dans son insurrection pacifique, certains animateurs ont souhaité faire valoir leur « droit de retrait », et les parents d’élèves craignent une contagion imminente au point que l’inspection de l’éducation nationale a dû se fendre d’une mise au point collée dans les cahiers de correspondance. « Vous avez été destinataires (…) d’un avis distribué par les animateurs à vos enfants à la sortie des écoles. Ce texte peut prêter à confusion et générer de l’inquiétude dans les familles. Il apparaît donc nécessaire de clarifier les faits et de vous donner les éléments pour comprendre la situation en toute rationalité », écrit l’inspectrice Martine Degorce-Dumas. Croyant administrer un cours d’éducation civique, elle ajoute « L’École est un lieu de vie collective où s’apprennent les valeurs de la République. Parmi celles-ci, la tolérance et le respect d’autrui ». Elle confirme que l’ignorance vertueuse est devenue l’idéal de l’Etat républicain puisque sourire à des gens qui vivent sans eau, sans électricité et sans ramassage d’ordure mais avec un droit opposable à être enterré dans les règles est désormais un impératif civique.

Mediapart / BAM

Publié par : Memento Mouloud | janvier 6, 2015

L’affaire de la vierge luminescente de Jahlay (Belgique)

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Les experts de la 42ème semaine mariale à Saragosse en 1986 ont dénombré au moins 21.000 apparitions mariales depuis l’an 1000, mais l’Église n’en a authentifié officiellement qu’une quinzaine (dont Lourdes, Fatima, Beauraing et Banneux, reconnus par les Évêques des diocèses concernés). Il est à noter que le dogme de l’Immaculée Conception qui embarrassait saint Thomas, fut décrété par Pie IX, le 8 décembre 1854. Il signifie que Marie, mère de Jésus-Christ, fut conçue exempte du péché originel. Or la vision de Lourdes se passa quatre ans après la proclamation de ce dogme et Bernadette Soubirous, qualifia celle qui lui était apparue, d’Immaculée Conception, appellation reprise également par Lucia Dos Santos la voyante de Fatima, ceux de Beauraing la simplifieront dans le vocable de « Vierge Immaculée » qui provient peut-être du vocabulaire utilisé par leurs enseignants.

Dans le cas de Banneux, la vierge aura mis 80 ans pour réapparaître non loin de cette petite ville de la province de Liège. Récurrente depuis le XIXème siècle, l’épiphanie mariale devant une adolescente allait s’accomplir en la personne de Mariette Béco, l’aînée de 7 enfants, dans une maison isolée, face à une forêt de sapins. Un lieu-type qu’affectionnent particulièrement les sud-coréens quand ils tournent un film d’horreur. Autant dire un paysage mental. Du 29 novembre 1932 au 3 janvier 1933, la Vierge était déjà apparue à Beauraing, mais à un jeune garçon et à quatre fillettes. Entre le 15 janvier et le 2 mars 1933, la Vierge prise d’une sorte de frénésie apparaît huit fois à la jeune pucelle de 12 ans, née un Vendredi saint. Comme d’habitude, la parole de la jeune fille est tenue pour nulle puis le ballet des guérisons, des conversions et des pèlerins va emporter l’adhésion. En cette période où Aristide Briand règne encore sur les esprits, la « vierge des pauvres », appellation qui rompt avec les précédentes et n’entretient aucun voisinage sémantique avec le dogme de l’Immaculée conception, annonce la découverte d’une source où toutes les nations iront boire. A partir d’août 1933, la Belgique connaît une « épidémie » d’apparitions, consécutive aux « faits mystérieux » de Beauraing et Banneux…Il ne s’écoule pas un mois sans que l’on signale çà et là une nouvelle manifestation de la Vierge.

Le 9 janvier 1935, le Saint -Office réagira en confiant au cardinal Van Roey, primat de Belgique, la tâche d’instruire les faits, surtout ceux de Beauraing et Banneux. Les évêques de ces lieux furent dessaisis des enquêtes et tous les livres, journaux, périodiques et pèlerinages seront prohibés (mis à l’Index). Ce ne sera que le 2 janvier 1942, que le Saint-Office autorisera l’évêque de Banneux à « porter un jugement sur les faits relevant de son magistère » et assez curieusement, Mgr Charue, évêque de Namur, ne recevra pareille autorisation que le 7 décembre 1942. Aussi l’évêque de Liège, Mgr Kerkhofs, après avoir toléré le culte le 12 février 1942, l’autorisera pleinement et entièrement le 31 mars 1942 à un moment où il se lance dans le sauvetage des juifs belges tandis que Léon Degrelle ferraille sur le front de l’est. Il reconnaît la réalité des apparitions et du message, le 25 août 1949. Il est à noter que Mariette Béco eut un entretien avec sa sainteté Jean-Paul II, très porté sur les confidences de la Vierge aux enfants.

Selon Mariette, la Vierge était petite et luminescente détail qui compte dans le cas de la vierge luminescente de Jalhay.

Chauffeur de bus pour la TEC, Yevgeniy croise la route de la Vierge luminescente de Jalhay le 18 janvier 2014, au lendemain de sa première illumination. Ce sont les propriétaires qui ont fait part de leur étrange découverte à Yevgeniy. « Ça faisait plus de 10 jours que je n’étais vraiment pas bien. J’avais 38ºC de fièvre, je toussais, j’avais un rhume, je n’étais vraiment pas en forme » alors qu’il devait partir au ski le lendemain. « Très croyant », et décidé à tenter, Yevgeniy décide alors d’aller voir la Vierge. Lorsqu’il est entré dans la maison, elle était éclairée. « C’était assez impressionnant! » Le lendemain, après avoir prié, fait un signe de croix et l’avoir pris dans ses mains, Yevgeniy allait beaucoup mieux. « J’étais guéri! Je ne sais pas ce qui s’est passé mais une chose est sûre : le lendemain matin j’étais complètement remis sur pieds pour partir en vacances. » Car la Vierge aime les vacanciers d’hiver.

Le jeudi 14 mars 2014 au soir, ce sont mille personnes qui se déplacent  pour apercevoir l’illumination de la statue en plâtre. Des mesures de sécurité avaient été prises jeudi par le collège communal afin d’assurer la sécurité sur la route nationale. « La vitesse autorisée passe de 70 à 50 km/h et à proximité de la maison, elle est de 30km/h », a indiqué le maïeur, car la Vierge aime les ceintures de sécurité, les ralentisseurs et les dos d’âne. Par respect pour les propriétaires de la statue de la vierge, le bourgmestre demande aux fidèles de ne pas se présenter en dehors des heures de visites prévues, soit entre 19 et 21 heures, car ils mangent et la Vierge bénit leur repas vespéral.

Comme la maison qui abrite la statue miraculeuse se trouve à Sart-Station, c’est tout le village qui a droit aux retombées de ce phénomène. Une bonne chose? De l’avis des commerçants, oui. «Ce matin, j’ai encore eu trois personnes de la région, qui ne sont pas des habitués et que je ne connaissais pas, qui sont venus à la boulangerie, explique Valérie Waauf. Ils viennent poser des questions, demander des infos sur la Vierge. Ils en profitent aussi pour acheter un petit quelque chose ». Car si le récit se poursuit comme tous les récits chrétiens selon les lois de l’infini réitéré, de plus en plus de monde risque de se rendre en terres sartoises pour découvrir le phénomène de la Vierge illuminée et alimenter en petits sous les commerces locaux. «Cette histoire attire beaucoup de monde, poursuit Valérie Waauf. Quand des gens étrangers au village viennent pour voir la statue, ils n’ont pas d’autre choix que de venir à Sart. Ils demandent quoi à l’Office du Tourisme, ils passent dans les commerces, ils consomment chez nous. C’est une belle visibilité et c’est très positif. On risque d’avoir de belles retombées et tant mieux.»

Car la Vierge aime les commerçants et artisans, le premier employeur de Belgique et même de France.

L’université de Liège a répondu favorablement à la demande de la commune de Jalhay de procéder à l’expertise de la statue de la Vierge. La statue qui rassemble chaque soir de nombreux fidèles dans le garage d’une habitation de Sart-Station sur le territoire de Jalhay, sera donc prochainement soumise à la vitrification scientifique. Jeudi, la commune avait demandé la création d’un comité de transpareurs afin d’étudier le phénomène d’illumination de la statue et de déterminer s’il s’agit ou non d’un phénomène naturel car la Vierge pourrait très bien jouer un rôle dans Paranormal Activity.

Agacé par la liturgie fêtarde, un voisin a tenu à faire entendre sa voix dissonante accusant les taupes de dévaster son jardin.

Le comité d’experts qui a analysé la statue de la Vierge de Sart a présenté mardi, à la commune de Jalhay, en l’absence des propriétaires de la statuette, les résultats de ses expertises. « Les scientifiques ont mené une série d’analyses non-invasives sur la statue : diffraction des rayons X, microscopie électronique à balayage et analyse en dispersion d’énergie, analyse spectrale et analyse par spectroscopie Raman et PIXE (Particule Induced X-ray Emission). Les résultats obtenus sont très clairs : la statue, en plâtre, est recouverte sur sa face avant d’un enduit brunâtre contenant des particules de sulfure de zinc (ZnS). Cette peinture est responsable du phénomène de phosphorescence observé. Ce type de peinture était utilisé fréquemment, avant les années 1950- 1960, comme enduit pour les objets que l’on voulait rendre phosphorescents. La phosphorescence, phénomène physique courant, agit comme un « accumulateur » de lumière visible. Cela signifie que si la statue est plongée longtemps dans l’obscurité, elle n’émet aucune lumière.

Il est par ailleurs confirmé que la statue ne présente aucune trace de radioactivité. »

André Lieutenant (de Dieu), le curé de la paroisse de Jalhay, a tout de même du mal à donner congé à la statuette miraculeuse qui permet d’aller au ski quand on a un rhume. Présent autour de la table des intervenants, il n’hésite pas à poser les questions qui taraudent les lecteurs de comment ça marche, une apparition ?… pourquoi le phénomène est-il apparu 15 ans plus tard? «Nous n’avons pas pu déterminer les causes de la luminescence sur place. Une des hypothèses peut être une modification de l’éclairage. Une ampoule à incandescence a pu être changée par une ampoule led qui a un spectre lumineux dans le bleu et qui active donc le sulfure de zinc», répond Rudi Cloots. Et comme le Led vient de prix nobels nippons, on peut parier que c’est shintoïste, ce genre d’éclairage. Autre point, le récit selon lequel la vierge ne s’illumine qu’en présence d’un être humain et non d’un chat ou d’un chien. « Ce n’est pas le cas», rétorque le Doyen. Elle s’illumine en permanence à condition d’avoir été excitée par la lumière. Le phénomène de phosphorescence est par contre assez lent et dépend de la période et des conditions d’illumination.»

Il introduit donc un nouveau concept de l’apparition : d’abord ça s’excite, après ça phosphore mais lentement, un peu comme un type qui voit sa fin prochaine au ralenti.

Michel Fransolet, le bourgmestre de Jalhay, a pour sa part indiqué que la statue de la Vierge serait exposée, dès le mois de mai prochain dans le beffroi de l’église de Sart car rien ne se perd pour la Vierge des artisans.

«Je regarde le JT à l’instant et c’est de la couillonnade. Il fallait bien qu’on trouve quelque chose pour expliquer notre Vierge. Je n’en ai rien à cirer des scientifiques. S’ils étaient si malins, il y aurait moins de problèmes dans le monde», dit la propriétaire, irritée. Explication physique ou non, cela importe peu au couple qui croit dur comme fer en sa statue. «Que ce soit paranormal ou non, le plus important, c’est qu’elle a fait du bien aux gens. Elle a créé du rassemblement, du partage, de la foi. Moi, je crois en ma Vierge!».

Dans un communiqué publié mardi 25 mars, Mgr Jean-Pierre Delville, évêque de Liège, s’est dit « heureux que l’origine du phénomène a été élucidée et qu’aucune trace de malversation n’ait été décelée. » Il était intervenu mardi 11 mars pour rappeler que la démarche de l’Église en matière de visions était « d’abord basée sur l’analyse des faits et sur la sincérité des témoignages ». Mgr Jean-Pierre Delville a précisé, à l’attention des fidèles qui se déplaçaient par centaines dans le salon du couple de retraités où était installée la statue, que cette expertise « ne dévalue en rien la valeur des prières qui ont été dites devant cette statue, ni des guérisons qui ont été constatées par certains. La grâce de Dieu passe d’abord par la conscience et le regard du croyant, avant de passer par des phénomènes merveilleux. » Il a en outre remercié « les personnes qui ont donné de leur temps et de leur disponibilité, dans le respect et l’ouverture de cœur, pour l’accompagnement des personnes, l’accueil des visiteurs, la prière communautaire, le règlement de l’ordre public et l’expertise sur les matières composant la statue. »

Qu’est-ce qu’une apparition selon l’Eglise catholique ?

La réponse donnée se réfère d’abord à l’Ancien Testament – prophète Joël 3-1 : « Je répandrai mon esprit sur toute chair. Vos fils et vos filles prophétiseront, vos anciens auront des songes, vos jeunes gens, des visions. » qu’on peut compléter par ce passage de l’Encyclopédie catholique de M. Centini : « Étant donné que la vue et le toucher sont les deux sens qui rendent compte de la façon la plus directe de la réalité objective, il se produit, dans l’apparition ce que les théologiens appellent « le sentiment de la présence ».

Benoît XV fut plus clair, « Il faut savoir que l’approbation par l’Église à une révélation privée n’est pas autre chose que la permission accordée, après examen attentif, de faire connaître cette révélation pour instruction et le bien des fidèles. A de telles révélations, même approuvées par l’Église, on ne doit pas et on ne peut pas accorder un assentiment de foi ; il faut seulement, selon les lois de la prudence, leur donner l’assentiment de la croyance humaine, pour autant que de telles révélations soient probables et croyables pour la piété [….] ».

Démunis de leur Vierge depuis deux mois, Nadia et Daniel Lefloch, le couple de propriétaires, ne cache pas son agacement devant la rumeur qui accuse la statue de ne plus marcher au couple excitation-phosphorescence.

«Dès que j’ai entendu dire cela, j’ai demandé à la commune pour aller voir ma vierge et je peux vous assurer qu’elle s’illuminait , insiste la retraitée. Elle ne s’allume pas avec tout le monde, ça c’est sûr!», dit-elle convaincue. Régulièrement contactés par des personnes guéries, les Lefloch se disent tout de même soulagés de ne plus recevoir autant de visites. «Elle sera bien dans l’église. Ce n’était plus possible pour nous de vivre de cette manière.»

Après avoir séjourné quinze ans dans la cuisine de la famille Lefloch, la vierge au zinc va trôner sous verre, dans la tour de l’église de Sart. «En principe, elle devrait être exposée dans l’alcôve derrière la porte donnant accès à l’église», précise Roger Zonderman, le trésorier de la Fabrique d’église.

La volonté de la Fabrique d’église (qui se démène pour obtenir les autorisations), c’est qu’elle soit posée sur une pierre de taille, à côté du Monument aux morts de la guerre 14-18 et du Christ, sur la croix et derrière une vitrine «afin qu’elle ne passe pas dans toutes les mains». En effet, le «beffroi» de l’église est classé depuis 1988, ne laissant pas le champ totalement libre aux gestionnaires de l’église. «Étant donné que la tour est actuellement en travaux, nous avons des contacts privilégiés avec la Région wallonne, ce qui facilite les démarches. Et les avis sur le projet sont plutôt positifs ». On parle même d’installer une porte vitrée fermée (derrière celle en bois qui ne se verrouille pas) permettant aux fidèles de venir se recueillir près de la Vierge tout en protégeant ce lieu sacré.

Finalement, la statue lumineuse de la Vierge Marie a été installée à l’entrée de l’église de Sart (Jalhay) à l’occasion de la fin de la restauration du clocher de l’édifice.

A l’occasion de la fin des travaux de rénovation du clocher de l’église datant du 12e siècle, la statue de la Vierge a été installée dans l’édifice à la demande des propriétaires et de la fabrique d’Eglise. « Si des fidèles souhaitent venir se recueillir devant la Vierge fluorescente, nous ne devrons plus faire face à des problèmes de sécurité et de circulation, comme en mars dernier », conclut Michel Parotte, l’échevin jalhaytois de la communication.

L’avenir.net / DH.be / 7 sur 7/ La Croix/ Ph mailleux / BAM

Publié par : Memento Mouloud | janvier 4, 2015

Plenel contre Zemmour ou le post-léninisme expliqué aux enfants

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« Le récent arrêt de l’émission d’iTélé, dont Éric Zemmour était un débatteur rémunéré depuis une décennie, a été provoqué par l’interview qu’il a accordée au Corriere della Sera sur son livre. Ce choix éditorial de la chaîne d’information (plutôt de désinformation) ne saurait évidemment être qualifié de censure puisque, loin d’être privé de parole, l’intéressé continuera de cumuler professionnellement chroniques bi-hebdomadaires sur RTL, émission hebdomadaire sur Paris Première, tribune ouverte dans Le Figaro et son magazine, invitations dans d’autres médias (à France Culture bientôt), sans compter ses ouvrages en librairie ».

Donc il ne s’agit que d’un début, camarade emboucheur de cerveaux disponibles, continuons le combat des pitres.

« Nous ne sommes pas ici en présence d’une opinion qu’il s’agirait de discuter ou de réfuter. Mais d’une idéologie meurtrière dont les ressorts sont ceux-là même qui, par la construction fantasmée d’une question juive, ont, hier, entrainé l’Europe dans l’abîme du crime contre l’humanité. »

Il n’y a bien sûr aucun rapport entre la question juive traitée en problème dans l’Europe des Lumières et cette idée absurde énoncée par Zemmour selon laquelle les français vaguement purs seraient absolument étanches aux musulmans, eux-mêmes relativement purs, les deux puretés conduisant à la guerre raciale, façon Yougoslavie en liquéfaction. Si Plenel avait délaissé son bagage de la IVème Internationale dans les caves de la logomachie, il aurait découvert que les massacres de masse ont toujours lieu lorsque s’affirment, à la fois, un vide du pouvoir souverain et un affrontement entre forces politico-militaires sur un territoire précis, généralement considéré comme vide, politiquement parlant, donc disponible pour la colonisation.  

« Popularisé par Éric Zemmour, le raisonnement qui conduit à la nécessité vitale d’une expulsion des musulmans a pour point de départ l’affirmation que la France est victime d’un « grand remplacement », autrement dit d’un changement de peuple insidieux et silencieux, lequel appellerait en réponse, par réflexe de survie, le départ des supposés envahisseurs, une sorte de grand retour ( ?!) des Français issus de l’immigration venue des anciennes colonies françaises. »

On notera le lapsus à propos du « retour ». Si Plenel n’était pas dans la position de celui qui expose ses bons sentiments il n’aurait jamais écrit ce mot qui renvoie les français en question à leurs origines comme si l’origine n’était pas un pur fantasme. Quant à Eric Zemmour, il ne popularise rien. L’idée de couler les navires d’immigrants expulsés en pleine Méditerranée est un pet de l’esprit qui ne date pas du suicide français. Enfin le grand remplacement de Renaud Camus est une allégorie hallucinatoire appariée chez l’écrivain gersois à celle de décivilisation. Ce qu’il constate c’est tout simplement la fin de sa civilisation française disons l’idéal qui le tient en compagnon de route du frontisme.

« Depuis, Renaud Camus a mis en sourdine son obsession juive pour mieux libérer ses obsessions antimusulmanes où la question religieuse est l’alibi d’une stigmatisation générale des Français issus des immigrations maghrébines, africaines, méditerranéennes, antillaises, etc… Dès 2005, sur le site de son « Parti de l’In-nocence », il le fait comprendre en s’alarmant de « la deuxième carrière d’Adolf Hitler », cette « reductio ad Hitlerum » qu’il doit affronter et dont, avec une fausse ingénuité, il montre lui-même qu’elle voudrait l’empêcher de penser comme Hitler, c’est-à-dire en termes de « distinctions ethniques », de « dimensions héréditaires des civilisations », d’« appartenances natives », d’« origines », de « races  »

Outre qu’une obsession n’opère pas en sourdine mais selon une compulsion de répétition, on ne voit pas bien en quoi Renaud Camus stigmatise racialement des individus dans ses écrits. Il écrit en maurrassien, il se veut donc empirique mais pense en esthète. Son racisme a donc peu de probabilité de se propager selon un mode épidémiologique.

« La France n’est pas une terre d’islam », insiste-t-il, souhaitant en conséquence une politique qui fasse disparaître les musulmans de notre paysage »

De la première proposition qui relève du truisme à la seconde, il y a solution de continuité. A moins qu’on en déduise qu’à la lueur du bréviaire plenelien toute personne qui asserte la première proposition adhère à « une idéologie meurtrière dont les ressorts sont ceux-là même qui, par la construction fantasmée d’une question juive, ont, hier, entrainé l’Europe dans l’abîme du crime contre l’humanité »

« Car tous ces mots sont potentiellement des actes, et la violence symbolique des premiers est un appel à la violence concrète des seconds. Le « grand remplacement » de Camus, que popularisent aussi bien Zemmour par l’essai que Houellebecq par le roman, est ainsi devenu le mantra du Bloc identitaire, cette formation radicale de l’extrême droite dont nombre de cadres sont aussi présents au Front national, notamment dans ses municipalités. »

Le délire plenelien monte en puissance. Les mots sont chez lui des actes, leur force serait perlocutoire à tous les coups, entrainant des frénésies de meurtres chaque jour. Il en déduit qu’un écrivain gersois, un chroniqueur tout-terrain, un ancien exilé fiscal et un groupuscule en gilets jaunes forment une autorité centrale, une sorte de duplication du hutu power rwandais, le 6 avril 1994

« Menée contre les droits de l’homme, cette résistance est évidemment la négation de la Résistance et de la France Libre – lesquelles accueillirent nombre de combattants étrangers et coloniaux qu’aujourd’hui, Camus et Zemmour expulseraient tout comme leurs descendants. »

Camus est persuadé en maurrassien que la francité est une affaire de lignage, Zemmour que les musulmans sont un Etat de guerre potentielle dans l’Etat républicain déliquescent, leurs analyses ne sont donc pas identiques. Quant à la Résistance, elle n’est pas un concept mais un mythe, de plus un mythe en déshérence. Comme l’écrit l’historien Pieter Lagrou, « L’histoire n’est plus un discours critique ou subversif, mais une panacée pour les maux incurables de nos sociétés contemporaines. Des institutions désarmées face à la désaffectation démocratique, la xénophobie et la violence, ou tout simplement peu enclines à produire une réelle analyse du problème, se réfugient dans l’injonction mémorielle. Une nouvelle instrumentalisation de l’histoire est à l’œuvre. Plus les horreurs du passé seront passées en revue, plus nos contemporains adhéreront, par effroi, au modèle actuel de société. Pour dire les choses autrement  : le recours à l’histoire est comme une liturgie célébrant la supériorité du présent sur le passé. D’un côté figurent démocratie et droits de l’Homme, de l’autre, autoritarisme, fascisme, crimes de masse, génocide, Holocauste, racisme, esclavage, croisades et chasses aux sorcières. (…) La culture politique de repentance et d’excuses publiques pour les épisodes criminels du passé renforce cette mise à distance »

Dès lors le révolutionnaire Plenel, en appelle déjà à voter antifasciste ou moraline, concrètement, Alain Juppé car toute cette indignation ne finira que sur l’autel des urnes.

« En 2013, un événement en a apporté le témoignage. Le 22 mai de cette année-là, devant l’autel de Notre-Dame de Paris, se suicidait avec une arme à feu Dominique Venner, figure de cette Nouvelle Droite, issue de l’extrême droite à la fois la plus radicale et la plus intellectuelle des années 1960, qui opta ensuite pour une stratégie gramscienne de conquête progressive d’une hégémonie culturelle et idéologique. Or, dans une posture esthétique de « samouraï de l’Occident », l’athée Dominique Venner entendait par son sacrifice lancer un appel à la mobilisation contre… le « grand remplacement »… l’hommage sans doute le plus fidèle, car le plus en communion de pensée avec Venner, est celui d’Alain de Benoist, principal théoricien de cette nouvelle droite révolutionnaire, habitée par la hantise du métissage et la phobie du multiculturalisme, déterminée à remplacer l’éthique en politique par une esthétique de l’élite. Lequel Alain de Benoist sort de plus en plus fréquemment de son apparente tour d’ivoire intellectuelle pour commenter cette victoire de la stratégie gramscienne d’hégémonie idéologique dont il fut le premier promoteur à droite. En 2010, il se contentait de saluer « l’anticonformiste Zemmour ». Fin 2014, il le crédite de ne pas parler « au nom de la droite mais du peuple ». Mieux encore, interrogé sur la « remigration », cette expulsion qu’appelle le « grand remplacement », et sur le refus de Marine Le Pen d’employer ce mot, il confie « n’en penser rien, car j’attends qu’on m’explique en quoi cela pourrait consister. Habile et politique, sa réponse discute la faisabilité, pas l’éventualité : « J’ai lu avec attention toutes les mesures proposées par les tenants de la “remigration”. Ce sont des mesures qui, si elles étaient appliquées, auraient certainement pour effet de diminuer les flux migratoires, de couper certaines pompes aspirantes, de décourager d’éventuels candidats à l’immigration. Ce qui est déjà beaucoup. Je n’en ai pas vu une seule, en revanche, qui soit de nature à faire repartir vers un improbable “chez eux” – avec, on le suppose, leurs parents “de souche” – des millions de Français d’origine étrangère installés ici depuis parfois des générations et qui n’ont nullement l’intention d’en bouger. Cela dit, tout le monde n’est pas forcé d’être exigeant sur le sens des mots. Et il n’est pas interdit non plus de rêver… » »

Il suffit de lire Alain de Benoist, même cité par Plenel pour constater qu’il ne croit pas à l’utopie (que Plenel conçoit comme une dystopie) d’une remigration. Il n’en attend qu’une chose, d’énièmes mesures législatives destinées à dissuader « d’éventuels candidats à l’immigration ». Quant à Zemmour, il le crédite de manier le concept politique quelque peu périmé de peuple. On apprend donc qu’Alain de Benoist est de droite à ceci près qu’il n’est pas libéral. Néanmoins, il est de la dernière bassesse de cracher sur un homme qui se donne la mort, un homme mort en athée véritable, comme devait l’être Léon Bronstein si on suit ses écrits. Quant à la hantise (du métissage) et à la phobie (du multiculturalisme), il induirait qu’Eléments fasse toutes ses couvertures sur le premier thème, ce qui n’est pas le cas. En ce qui concerne la phobie, phénomène caractérisé par une réaction d’angoisse ou une répulsion ressentie, on peut se demander si Alain de Benoist est bien le seul à la vivre face à cette bouillie informe que certains nomment le multiculti.

« Tout n’est pas possible, et tout n’est donc pas dicible dans l’espace public comme s’il s’agissait d’une opinion en valant une autre – et notamment pas que les Noirs sont inférieurs aux Blancs, que l’Islam est inférieur à la chrétienté, que les musulmans ne sont pas européens, que les Juifs dominent les médias, que l’expulsion des Français d’origine étrangère est une solution, que la stigmatisation d’une religion est légitime, que la discrimination à l’embauche l’est tout autant, tout comme le contrôle au faciès, etc. »

On notera que chez le brave Plenel tout se vaut mais plus encore on appréciera cette curieuse conception policière de l’opinion légitime/licite selon laquelle il est inutile de discuter certaines propositions et qu’il est donc nécessaire d’exercer une certaine tutelle sur les masses, toujours quelque peu perverties. Preuve que Plenel n’a pas renoncé à sa conception gnostique-léniniste de l’avant-garde.

« Lors d’une rencontre provoquée par mon livre Pour les musulmans, avec l’association Mamans toutes égales, l’une des intervenantes suggéra que le pire, « ce n’étaient pas les bruits de bottes, mais le silence des pantoufles ». Notre silence, votre silence. Si d’aventure, nous ne réussissons pas collectivement à empêcher la catastrophe qu’appellent de leurs vœux Camus, Zemmour et Houellebecq, nous nous souviendrons avec honte de cette alarme. »

Publié par : Memento Mouloud | janvier 4, 2015

Un entretien avec Michel Houellebecq ou Sylvain Bourmeau panique

2022, la France est en proie à des troubles, des émeutes urbaines essaiment, occultées par le Journal. L’élection présidentielle verra triompher le leader de Fraternité musulmane, un parti créé quelques années plus tôt. Au soir du 5 juin, au terme d’un troisième tour, le « second » ayant été annulé, Mohammed Ben Abbes bat très nettement Marine Le Pen grâce au soutien du Parti socialiste et de l’UMP et nomme François Bayrou premier ministre.

Les femmes se moulent dans de longues blouses de coton par-dessus leurs pantalons ; fortement encouragées par des allocations familiales en forme de donativum, elles délaissent leurs métiers si bien que le chômage décroît ; dans les quartiers dits sensibles et de fait afro-maghrébins, la délinquance disparaît ou presque ; les universités se griment en vert de Coran et les enseignants mécréants sont consignés dans leurs maisons de retraite.

Voilà la fable de Michel Houellebecq, Soumission, qui paraît le 7 janvier. Un titre en forme d’hommage parodique pour le dernier bréviaire de Theo Van Gogh qui mourut saigné comme un cochon dans une rue d’Amsterdam. La main était marocaine, elle ne maniait pas le coutelas du sacrifice au hasard,  c’était déjà le djihad mais cela ne se prononçait pas.

Pourquoi as tu fait ça ?

Je pense qu’il y a plusieurs raisons. Je n’aime pas le mot mais j’ai l’impression que c’est mon métier. J’ai constaté de grands changements à mon retour en France, changements qui ne sont pas spécifiquement français d’ailleurs, qui sont occidentaux en général. Etant exilé on ne s’intéresse plus beaucoup à rien en fait, ni à la société d’origine, ni à la société dans laquelle on vit – et, en plus, l’Irlande est un cas un peu particulier. Je pense que la deuxième raison est que mon athéisme n’a pas vraiment résisté à la succession de morts que j’ai connue. Ça m’a apparu insoutenable en fait.

La mort de ton chien, de tes parents ?

Oui, ça fait beaucoup en peu de temps. Ce fut aussi peut-être accentué par le fait que, contrairement à ce que je croyais, je n’étais pas vraiment athée mais vraiment agnostique. En général, ça sert de paravent à l’athéisme mais dans mon cas je crois que non. En ré-examinant à la lumière de ce que je sais la question y a t-il un créateur, un ordre cosmique, quelque chose comme ça, je me suis rendu compte que je ne sentais pas capable de répondre en fait.

Alors qu’avant tu avais le sentiment…

J’avais l’impression d’être athée, oui. Là je ne sais vraiment plus. Voilà, je crois que ce sont les deux raisons en fait, la deuxième étant probablement plus lourde que la première.

Comment caractériserais tu ce livre ?

Le mot de politique fiction est pas mal. Je n’ai pas l’impression d’en avoir lu tellement, mais j’en ai lu quand même, plutôt dans la littérature anglaise que française.

Tu penses à quoi ?

En un sens à certains livres de Conrad. De John Buchan aussi. Et puis des livres plus récents, moins bons, s’apparentant au thriller. Le thriller peut s’épanouir dans un cadre de politique fiction, ce n’est pas obligatoirement lié au monde des affaires. Mais il y a une troisième raison pour laquelle j’ai écrit ce livre, c’est que le début me plaisait bien. J’ai écrit à peu près d’un seul coup du tout début jusqu’à la page 26. Et je trouvais cela très convainquant parce que je m’imagine très bien un étudiant choisissant Huysmans comme ami et lui consacrant sa vie. Cela ne m’est pas arrivé : j’ai lu Huysmans beaucoup plus tard, vers 35 ans je crois, mais ça m’aurait bien plu : ma chambre n’était pas terrible, le restaurant universitaire n’était pas terrible non plus et j’imagine bien ce qu’il aurait pu faire de tout ça. Je pense qu’il aurait pu être un vrai ami pour moi. Et donc, après avoir écrit ça, je n’ai rien fait pendant quelque temps. C’était en janvier 2013, et j’ai dû reprendre le texte à l’été 2013. Mais mon projet était très différent au départ. Cela ne devait pas s’appeler Soumission, le premier titre était La Conversion. Et dans mon premier projet le narrateur se convertissait aussi mais au catholicisme. C’est-à-dire qu’il suivait le même parcours que Huysmans, à un siècle de distance : partir du naturalisme pour devenir catholique. Et je n’ai pas réussi à faire ça.

Pourquoi ?

Ça ne marchait pas. A mon avis la scène clé du livre, c’est celle où il regarde pour la dernière fois la vierge noire de Rocamadour, il sent une puissance spirituelle, comme des ondes, et d’un seul coup elle s’éloigne dans le siècle et il redescend vers le parking, solitaire et assez désespéré.

Est-ce une satire ce roman ?

Non. Très partiellement, c’est une satire des journalistes politiques tout au plus, un petit peu des hommes politiques aussi à vrai dire. Mais les personnages principaux, non.

Comment as-tu conçu ce fait de fiction d’un deuxième tour de l’élection présidentielle de 2022 opposant Marine Le Pen au président d’un parti musulman ?

Bon, Marine Le Pen cela me paraît tout à fait vraisemblable en 2022 – déjà en 2017… Le parti musulman, c’est plus… Là, on touche le point dur en fait. J’ai essayé de me mettre à la place d’un musulman, et je me suis rendu compte qu’ils étaient en réalité dans une situation totalement schizophrénique. Parce que globalement les musulmans ne s’intéressent pas trop aux sujets économiques, leurs grands sujets d’intérêt sont ce qu’on appelle de nos jours les sujets sociétaux. De toute évidence, ils sont très éloignés de la gauche et plus encore des écologistes sur tous ces sujets, il suffit de songer au mariage homosexuel pour comprendre mais c’est pour tout pareil. Et on ne voit vraiment pas pourquoi ils voteraient pour la droite et encore moins pour l’extrême-droite qui les rejette de toutes ses forces. Que peut bien faire un musulman qui veut voter ? Il est dans une situation impossible en fait. Il n’est pas représenté du tout. Il serait faux de dire que c’est une religion qui n’a pas de conséquences politiques, elle en a, le catholicisme aussi d’ailleurs, même si les catholiques ont été pas mal rembarrés. Donc, à mon avis un parti musulman est une idée qui s’impose.

Mais de là à imaginer qu’un tel parti puisse se trouver dans sept ans en situation de gagner l’élection présidentielle…

Je suis d’accord, c’est peu vraisemblable. Pour deux raisons en fait. La première, qui est la plus difficile : il faudrait d’abord que les musulmans réussissent à s’entendre entre eux. Il faudrait quelqu’un d’extrêmement intelligent et d’un extraordinaire talent politique, qualités que je donne à mon personnage, Ben Abbes. Mais un extrême talent est, par définition, peu probable. Mais supposons qu’il existe, ce parti pourrait progresser, mais cela prendrait plus de temps. Si l’on considère la manière dont les frères musulmans ont procédé, on voit un maillage du territoire, des associations caritatives, des lieux de culture, des lieux de prières, des centres de vacances, des soins, un peu l’équivalent de ce qu’avait fait le Parti Communiste. A mon avis, dans un pays où la misère va continuer à s’étendre, ça peut convaincre bien au-delà des musulmans « normaux » si je puis dire, parce qu’en plus il n’y a plus de musulmans « normaux » puisqu’on a des conversions de gens qui ne sont pas du tout d’origine maghrébine… Mais un tel processus prendrait plusieurs dizaines d’années. En fait, le sensationnalisme des médias joue un rôle négatif. Par exemple, ils ont adoré l’histoire de ce mec habitant un petit village normand, français on ne peut pas faire plus, même pas une famille désunie, se convertissant et partant faire le djihad en Syrie. Mais on peut raisonnablement supposer que pour un type comme ça il y en a plusieurs dizaines qui se convertissent et ne partent pas du tout faire le djihad en Syrie. Ce n’est pas une partie de plaisir le djihad en Syrie, enfin ça n’intéresse que des gens fortement motivés par la violence, ce qui est forcément une minorité.

On peut aussi se dire que ce qui intéresse ces gens c’est surtout de partir en Syrie, pas vraiment de se convertir.

Je ne crois pas, je crois qu’il y a un réel besoin de Dieu, et que le retour du religieux n’est pas un slogan, c’est une réalité, et que là nous avons atteint une vitesse supplémentaire.

Cette hypothèse est centrale pour ce roman, mais l’on sait qu’elle est battue en brèche depuis longtemps par de nombreux chercheurs qui montrent qu’on assiste en fait à une sécularisation progressive de l’islam, et que la violence et le radicalisme se comprennent comme les derniers soubresauts. C’est la thèse d’Olivier Roy et de beaucoup de gens qui travaillent sur cette question depuis plus de vingt ans.

Ce n’est pas ce que j’ai observé. Il n’y a pas que l’islam qui en profite d’ailleurs, en Amérique du Nord et du Sud ce sont plutôt les évangélistes. Ce n’est pas un phénomène français, c’est quasi mondial. S’agissant de l’Asie, je ne suis pas informé mais le cas de l’Afrique est intéressant parce que là les deux grandes puissances religieuses montent : l’évangélisme et l’islam. Je suis resté comtien dans une large mesure et je ne crois pas qu’une société puisse tenir sans religion.

Mais pourquoi avoir décidé en quelque sorte de « dramatiser » les choses alors même que tu dis que c’est invraisemblable un président musulman élu en 2022 ?

Alors ça, ce doit être mon côté grand public, thriller.

Et ce ne serait pas un côté Zemmour ?

 Je ne sais pas, je n’ai pas lu son livre. Qu’est-ce qu’il dit au juste ?

Lui comme un certain nombre d’autres se retrouvent, au-delà de leurs différences, pour dresser un portrait de la France contemporaine qui me paraît largement fantasmatique et dans lequel la menace d’un islam pesant très fort dans la société française est l’une des caractéristiques principales. En dramatisant de la sorte ta fiction, on a le sentiment que tu acceptes comme point de départ et que tu prolonges une description de la France contemporaine qu’on trouve dans les esprits de ces intellectuels-là aujourd’hui.

Je ne sais pas, je ne connais que le titre de son livre, et ce n’est pas du tout l’impression que j’ai. Je n’ai pas l’impression d’assister à un suicide français. J’ai l’impression pratiquement inverse : l’Europe se suicide et, au milieu de l’Europe, la France se bat désespérément pour survivre. C’est à peu près le seul pays qui se bat pour survivre, c’est le seul pays qui a une démographie permettant sa survie. Se suicider, c’est la démographie, c’est le meilleur moyen efficace de se suicider. Donc la France ne se suicide pas du tout. Par ailleurs, pour les gens se convertir est un espoir pas une menace, ils aspirent à un autre mode de société. Même si je ne crois pas qu’on se convertisse pour des raisons sociales, on se convertit pour des raisons plus profondes. Même si là mon livre me contredit un peu, Huysmans étant le cas typique d’un homme qui se convertit pour des raisons purement esthétiques. Les questions qui agitaient Pascal le laissent vraiment froid, il n’en parle jamais. J’ai presque du mal à m’imaginer quelqu’un d’esthète à ce point. Mais pour lui la beauté fait preuve. La beauté des rimes, des tableaux, de la musique fait preuve de l’existence de Dieu.

Ca nous ramène à la question du suicide puisque Baudelaire disait de lui qu’il n’avait le choix qu’entre le suicide ou la conversion…

Non, c’est Barbey d’Aurevilly qui a fait cette remarque, assez juste d’ailleurs après lecture d’A Rebours. J’ai tout relu en détail et, à la fin, il est vraiment chrétien, c’est étonnant.

Pour revenir à cette dramatisation dont je parlais, elle prend par exemple dans le livre la forme de descriptions très floues et très vagues d’événements qui surviennent sans que l’on sache très bien ce qu’ils sont. On est dans le fantasme là, dans la politique de la peur ?

Peut-être oui. Oui il y a un côté peur. J’utilise le fait de faire peur.

Donc tu utilises le fait de faire peur à propos du fait que l’islam devienne majoritaire dans le pays ?

En fait, on ne sait pas bien de quoi on a peur, si c’est des identitaires ou des musulmans. Tout reste dans l’ombre.

Tu t’es posé la question des effets d’un roman qui contient une hypothèse comme celle- là ?

Aucun. Aucun effet.

Tu ne crois pas que cela va contribuer à renforcer les portraits de la France que j’évoquais et pour lesquels l’islam pèse comme une épée de Damoclès, comme la chose la plus effrayante ?

De toute façon, c’est déjà à peu près la seule chose abordée par les médias, ça ne peut pas être plus. C’est impossible d’en parler plus qu’aujourd’hui, donc cela n’aura aucun effet.

Ce constat ne te donne pas envie d’écrire autre chose ? De ne pas t’inscrire dans ce conformisme ?

Non ça fait partie de mon travail de parler de ce dont les gens parlent, objectivement. Je suis inscrit dans mon temps.

Tu remarques dans ce roman que les intellectuels français ont une propension à ne jamais se sentir responsables mais toi, t’es tu posé la question de ta responsabilité littéraire ?

Mais je ne suis pas un intellectuel. Je ne prends pas parti, je ne défends aucun régime. Je dénie toute responsabilité, je revendique l’irresponsabilité même, carrément. Sauf lorsque je parle de littérature dans mes romans, là je m’engage comme critique littéraire. Mais ce sont les essais qui changent le monde.

Pas les romans ?

Bah oui. Et encore, j’ai l’impression que celui de Zemmour est gros, trop gros. J’ai l’impression que Le Capital était trop gros, c’est plutôt le Manifeste du parti communiste qui a été lu et qui a changé le monde. Rousseau a changé le monde, il savait être percutant à l’occasion. C’est simple, si l’on veut changer le monde, il faut dire : voilà comment est le monde et voilà ce qu’il faut faire, il ne faut pas se perdre dans des considérations romanesques. C’est inefficace.

Mais ce n’est pas à toi que je vais apprendre combien le roman est un outil épistémologique, c’était le sujet de La Carte et le territoire. Là, j’ai le sentiment que tu reprends à ton compte des catégories de descriptions, des oppositions qui sont plus que discutables, qui sont les catégories avec lesquelles fonctionnent la rédaction de Causeur, Alain Finkielkraut, Eric Zemmour, voire Renaud Camus. Par exemple, opposer l’antiracisme et la laïcité.

On ne peut pas nier l’existence d’une contradiction.

Je ne la perçois pas, au contraire les mêmes personnes sont souvent des militants antiracistes et de fervents défenseurs de la laïcité, le tout prenant racine dans la philosophie des Lumières.

Bon, la philosophie des Lumières on peut faire une croix : décès. Un exemple frappant ? La candidate voilée sur la liste Besancenot, voilà un exemple de contradiction. Mais il n’y a pas que les musulmans qui sont dans une situation schizophrène, au niveau de ce qu’on appelle classiquement les valeurs, les gens d’extrême- droite ont plus en commun avec les musulmans qu’avec la gauche. Il y a plus d’opposition foncière entre un musulman et un athée laïc qu’entre un musulman et un catholique. Cela me paraît évident.

Mais je ne comprends pas le lien avec le racisme en l’occurrence…

Effectivement, il n’y en a pas. Objectivement, il n’y en a pas. Quand j’ai été relaxé lors d’un procès que l’on me faisait pour racisme, il y a une dizaine d’années, la procureure a fait remarquer légitimement que la religion musulmane n’était pas une appartenance raciale. C’est devenu encore plus évident aujourd’hui. Donc on a étendu le domaine du racisme en inventant le délit d’islamophobie.

Le mot est peut-être mal choisi mais il existe des formes de stigmatisation de groupes ou de catégories de personnes qui sont des formes de racisme…

Ah non, l’islamophobie n’est pas un racisme. S’il y a un truc qui est devenu évident, c’est bien cela.

L’islamophobie sert de paravent à un racisme qui n’est plus dicible parce qu’il tombe sous le coup de la loi.

Je crois que c’est juste faux. Je ne suis pas d’accord.

Autre couple discutable avec lequel tu fonctionnes, l’opposition entre antisémitisme et racisme… On peut au contraire relever combien historiquement les deux sont souvent allés de pair.

Je crois que l’antisémitisme n’a rien à voir avec le racisme. J’ai mis du temps à comprendre l’antisémitisme en fait. La première pensée est de le rapprocher du racisme. Mais qu’est-ce qu’un racisme où une personne ne peut dire si l’autre est juif ou pas juif parce que cela ne se voit pas ? Le racisme c’est plus élémentaire que ça, c’est une couleur de peau différente…

Non parce qu’il y a des racismes culturels depuis longtemps.

Mais là tu emploies les mots au-delà de leur sens. Le racisme c’est simplement ne pas aimer quelqu’un parce qu’il appartient à une autre race, parce qu’il n’a pas la même couleur de peau, les mêmes traits etc. Il ne faut pas donner au mot une extension supérieure.

Mais comme les races n’existent pas d’un point de vue biologique, le racisme est forcément culturel.

Mais ça existe apparemment en tout cas. Evidemment à partir du moment où il y a du métissage… Mais sois de bonne foi Sylvain ! Tu sais très bien qu’un raciste c’est quelqu’un qui n’aime pas quelqu’un d’autre parce qu’il a la peau noire ou parce qu’il a une gueule d’arabe. C’est ça le racisme.

Ou parce qu’il a des mœurs ou une culture…

Non c’est un autre problème, je suis désolé !

Parce qu’il est polygame, par exemple.

Ah ça, on peut être choqué par la polygamie sans être le moins du monde raciste. Ce doit être le cas de pas mal de gens qui ne sont pas le moins du monde racistes. Mais revenons à l’antisémitisme parce qu’on a oublié le sujet. Vu que personne n’a jamais pu deviner si quelqu’un est juif à son apparence, ou son mode de vie même puisque peu de juifs avaient à l’époque où l’antisémitisme s’est vraiment développé un mode de vie juif, qu’est-ce que cela peut bien être ? Ce n’est pas un racisme. Il suffit de lire les textes pour se rendre compte que c’est tout simplement une théorie du complot : il y a des gens cachés qui sont responsables de tous les malheurs du monde, qui complotent contre nous, c’est l’envahisseur. Le monde va mal, c’est les juifs, c’est la finance juive… C’est une théorie du complot.

Mais dans Soumission n’y a t il pas une théorie du complot avec l’idée que le « grand remplacement », comme dit Renaud Camus, est à l’œuvre, que les musulmans vont prendre le pouvoir…

Je connais mal la thèse du grand remplacement mais apparemment c’est plutôt racial. Or là non, il n’est pas fait mention d’immigration. Ce n’est pas le sujet.

Ce n’est pas forcément racial, ce peut être religieux. En l’occurrence, il y a remplacement de la religion catholique par l’islam.

Non. Il y a une destruction de la philosophie issue du siècle des Lumières, qui n’a plus de sens pour personne, ou pour très peu de gens. Le catholicisme lui se porte plutôt bien. Je maintiens assez positivement qu’une entente entre catholiques et musulmans est possible, cela s’est déjà vu. Cela peut se reproduire.

Toi qui es devenu agnostique, tu la vois plutôt d’un bon œil cette destruction de la philosophie issue des Lumières ?

Oui. Ca devait arriver, et autant que ça arrive maintenant. Là, je suis à nouveau Comtien. Nous étions dans ce qu’il appelle la phase métaphysique, qui a démarré au Moyen-âge et qui avait pour unique but de détruire la phase antérieure. En elle-même, elle ne peut rien produire, que du néant et du malheur. Donc, oui je suis hostile à cette philosophie issue des Lumières, il faut le dire clairement, nettement.

Pourquoi avoir choisi de situer le roman dans le monde de l’université ? Précisément par qu’elle incarne ce siècle des Lumières ?

Je peux répondre que je ne sais pas ? Parce que je crois que c’est la réalité en fait. La vérité c’est que je voulais qu’il ait une très longue relation avec Huysmans, d’où l’idée d’en faire un universitaire.

Le fait d’écrire le roman à la première personne s’est imposé d’emblée ?

Oui parce que c’était un jeu avec Huysmans. C’était comme ça dès les premières phrases.

Il y a une dimension d’autoportrait encore une fois avec ce personnage, pas totale mais… il y a la mort des parents, par exemple.

Oui, j’utilise des choses même si dans le détail tout est vraiment différent. Ce n’est jamais des autoportraits mais ce sont toujours des projections. Par exemple, si j’avais lu Huysmans jeune, si j’avais fait des études de lettres et que j’étais devenu prof d’université. Je m’imagine des vies que je n’ai pas eues.

Mais en laissant des événements vécus s’insérer dans ces vies fictives.

J’utilise des moments qui me frappent dans la vie, oui. Mais j’ai tendance à transposer de plus en plus. Là ce qu’il reste de la réalité, c’est juste l’élément théorique « mort du père » mais tout est différent en fait. Mon père était très différent de ce type, la mort ne s’est pas du tout passée comme ça. C’est la vie qui me confronte à des thèmes en fait.

En écrivant ce roman tu t’es vécu comme un Cassandre au sens propre, puisque tu fais dans le roman une explication de texte sur ce qu’est vraiment un Cassandre…

On ne peut pas vraiment qualifier ce livre de prédiction pessimiste. Au bout du compte cela ne se passe pas si mal en fait.

Pas si mal pour les hommes, pour les femmes c’est un peu…

Oui, ça c’est un autre problème. Mais je trouve que le projet de reconstitution de l’Empire romain n’est pas con, recentrer l’Europe sur le Sud, ça peut donner sens à ce truc, qui n’en a pas à l’heure actuelle. Politiquement, on peut parler de forte acceptation, ce n’est pas une catastrophe en fait.

Le livre est extraordinairement triste pourtant.

Oui une tristesse sous-jacente très forte. A mon avis l’ambiguïté culmine dans la dernière phrase : « Je n’aurais rien à regretter », on peut comprendre exactement l’inverse, en fait. Il a deux choses à regretter : Myriam et la vierge noire. Disons que cela n’a pas tourné comme ça. Ce qui rend le livre triste, c’est une sorte d’ambiance de résignation.

Comment perçois-tu la place de ce roman par rapport à tes livres antérieurs ?

Disons que j’ai fait quelques trucs que je voulais faire depuis longtemps et que je n’avais jamais faits. Comme avoir un personnage très important mais qu’on ne voit jamais, Ben Abbes en l’occurrence. Je pense aussi que c’est la fin de relation amoureuse la plus désolante que j’ai jamais écrit parce que c’est la plus banale : loin des yeux loin du cœur. Il y avait des sentiments. De manière générale, il y a un sentiment d’entropie encore plus fort que dans mes autres livres. Un côté crépuscule morne qui donne à ce livre un ton assez triste. Par exemple, si le catholicisme ne marche pas, c’est que ça a déjà servi, ça paraît appartenir au passé, ça s’est défait. L’islam a une image à venir. Pourquoi la Nation ça ne marche pas ? Parce qu’on en a trop abusé.

Il n’y a plus la moindre trace de romantisme, sans parler de lyrisme. On est passé dans le décadentisme.

C’est vrai, le fait de démarrer sur Huysmans a sûrement joué un rôle. Huysmans ne pouvait plus revenir au romantisme mais il pouvait encore se convertir au catholicisme. Le point commun le plus clair avec mes autres romans, c’est l’idée qu’une religion quelconque est nécessaire. C’est présent dans beaucoup de mes livres. Là de nouveau, sauf que c’est une religion existante.

Jusque-là on pouvait davantage penser à une religion au sens d’Auguste Comte.

Auguste Comte a tenté en vain d’en créer une et, en effet, j’ai plusieurs fois des créations de religions dans mes livres. La différence, c’est que là elle existe vraiment.

Quelle est la place de l’humour dans le livre ?

Il y a des personnages comiques de temps à autre. J’ai l’impression qu’elle est à peu près la même que d’habitude en fait. Il y autant de personnages ridicules.

On a peu parlé des femmes, tu vas encore t’attirer des critiques sur ce terrain-là…

C’est sûr qu’une féministe ne peut qu’être atterrée par ce livre. Mais je n’y peux rien.

Pourtant tu avais été choqué qu’Extension du domaine de la lutte puisse être considéré comme un livre misogyne. Mais là tu aggraves ton cas.

Je ne me trouve toujours pas misogyne, en fait. Je dirais que ce n’est pas le plus grave à la limite. Là où j’aggrave vraiment mon cas, c’est en exposant que le féminisme est démographiquement condamné. Donc l’idée sous-jacente et qui peut déplaire que finalement l’idéologie ne pèse pas lourd par rapport à la démographie.

Ce n’est pas une provocation ce livre ?

Je procède à une accélération de l’histoire mais non je ne peux pas dire que c’est une provocation dans la mesure où je ne dis pas de choses que je pense foncièrement fausses juste pour énerver. Je condense une évolution à mon avis vraisemblable.

Et tu as anticipé des réactions à la publication en écrivant ou en relisant ?

Non je n’anticipe toujours pas vraiment d’ailleurs.

On pourrait s’étonner que tu aies décidé d’aller dans cette direction alors que le roman précédent était celui du triomphe, que les critiques s’étaient tues.

La vraie réponse c’est que je n’ai pas franchement décidé. Au départ c’est une conversion au catholicisme qui devait avoir lieu.

N’y a t-il pas quelque chose de désespéré dans ce geste qui n’est pas vraiment décidé ?

Le désespoir, c’est l’adieu à une civilisation quand même ancienne. Mais au fond le Coran c’est plutôt mieux que je ne pensais, après relecture – après lecture plutôt. La conclusion la plus évidente c’est que les djihadistes sont de mauvais musulmans. Evidemment, comme dans tout texte religieux, il y a des marges d’interprétation, mais une lecture honnête conclut que la guerre sainte d’agression n’est en principe pas autorisée, la prédication est seule valide. Donc on peut dire que j’ai un peu changé d’avis. C’est pour cela que je n’ai pas l’impression d’être dans la situation de la peur. J’ai plutôt l’impression qu’on peut s’arranger. Les féministes, elles, ne le pourront pas, pour être tout à fait honnête. Mais moi et pas mal de gens, oui.

On peut remplacer féministes par femmes, non ?

Non, on ne peut pas remplacer féministes par femmes. On ne peut vraiment pas, non. Je signale qu’il y a des conversions féminines aussi.

Publié par : Memento Mouloud | janvier 3, 2015

Naufrageurs et barbaresques, la Méditerranée retrouve des couleurs

C’est la nouvelle méthode des industriels de la traite en Méditerranée: affréter de vieux cargos, les remplir de candidats aux vertes contrées européennes, les abandonner en mer aux bons soins philanthropes de la marine italienne ou des vaisseaux amarrées sur une plate-forme ou partis pour la pêche. Elle réussit presque toujours, elle est sans danger pour leurs promoteurs, elle rapporte à tous les coups, elle est donc une forme sans équivalent d’accumulation primitive du capital.

L’Ezadeen, converti au transport de bétail en 2010, est immatriculé en Sierra Leone. Sa dernière escale fut apparemment la Syrie. Des hélicoptères de l’armée italienne l’ont arraisonné, le chargement arrivera à bon port. Selon les données recueillies par Frontex, chaque passager débourse environ 6.000 euros pour débarquer dans un centre d’accueil de la péninsule et les prix se maintiennent ou s’élèvent puisque deux palestiniennes embarquées en Libye, via l’Algérie affirmaient avoir déboursé deux mille dollars pour leur traversée. Le 26 décembre du mois de décembre 2014, Mediapart citant Frontex estimait la place entre 1500 et deux mille euros, soit 3 à 4 fois moins, les passeurs auraient-ils fêté les réveillons à leur manière ou les données chiffrées sur ces passages sont-elles bidonnées ?

Quand la marine italienne assure le service après-vente, les annonces affirmant que la Méditerranée est la mer la plus dangereuse du monde pour les migrants sont considérées comme un leurre. Seul ce qui se voit existe et ce qui se voit tient en deux images, un ferry de touristes a plus de probabilités de voir brûler ses passagers qu’un vieux rafiot hors-courses de servir de tombeau à des réfugiés syriens ou érythréens. Dans le Blue Sky M, cargo battant pavillon moldave, ils étaient entre 700 et 900 à être secourus, 3 étaient morts, en toute discrétion. Dans un Costa Croisières ou un vol de la Malaysia personne ne croyait au naufrage ou à la disparition avant que cela ne se produise sur tous les écrans du monde. Depuis on observe que les touristes sont sujets à la panique. Pour que les réfugiés cessent de consentir au racket, il faudrait qu’ils observent, en direct, un navire couler avec 900 personnes à bord, jusqu’au dernier bébé, jusqu’à l’ultime souffle. Comme cela est impossible, le ballet va continuer.

Selon le Haut Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR), plus de 207 000 personnes ont traversé la Méditerranée depuis début janvier 2014. Un record : presque trois fois plus qu’en 2011, année qui avait pourtant connu une accélération à la suite de la révolution tunisienne. Le responsable de l’Office des Nations unies contre la drogue et le crime (UNOCD), Yury Fedotov, a récemment évoqué le chiffre de 7 milliards de dollars (5,7 milliards d’euros) tirés en un an du trafic de migrants.

Selon Karim El-Hamdi, petit passeur tunisien interpellé dans le port de Pozzallo en Sicile, « les Syriens achètent tout. Cela pousse les trafiquants à proposer plus ». Il établit la liste des « services » que les passeurs font payer. Le tarif de base varie entre 1 000 et 2 500 dollars. Tout le reste vient en plus : 200 dollars pour un gilet de sauvetage ; 100 dollars pour des bouteilles d’eau et des boîtes de conserve de thon ; 200 dollars pour une couverture ou un vêtement de pluie ; 200 à 300 dollars pour une place, qualifiée de « première classe », sur le pont du bateau – les soutes sont la « troisième classe » ; 300 dollars pour un appel sur le téléphone satellite Thuraya ; plusieurs centaines de dollars pour obtenir un contact en Italie susceptible de vous conduire à destination.

Les filières s’organisent en fonction de cette nouvelle « demande ». Frontex estime que la Libye est l’une des plaques tournantes : les « gangs criminels » quadrillent le pays, au point qu’il n’est pas possible de se déplacer sans eux. Ils recrutent, selon l’agence, d’anciens migrants, s’appuyant sur leurs connaissances linguistiques, pour les mettre en lien avec les candidats au passage. Ce business alimente tout un commerce, à Tripoli ainsi que dans les villes côtières de départ : les migrants paient cher pour loger dans des maisons en ruine, des hôtels pourris ou des hangars décrépis, pour se nourrir et pour leurs achats du voyage. Les barbaresques ont repris leur métier, il va falloir tourner un remake d’Angélique.

Khaled Ben Salem, Tunisien de Sfax, est accusé d’avoir été le capitaine du navire intentionnellement coulé au large de Lampedusa le 3 octobre 2013, causant la mort de 363 personnes. Un voyage qui, selon les calculs du journaliste de L’Espresso Fabrizio Gatti, a rapporté 790 000 dollars (environ 646 000 euros) aux trafiquants, une fois déduits l’ensemble des « frais », à savoir le chalutier, les réserves de fioul, le transport en camion des passagers et la rémunération des hommes à la barre, soit 2 mille dollars par cadavre. Des mineurs seraient aussi de plus en plus souvent aux manettes, pour réduire les peines de prison encourues car les vieilles salopes sont d’abord des petits enculés.

Le trafiquant qui a reçu le Guardian au cours de l’été 2014 dans son appartement de Zouara, ville libyenne située à proximité de la frontière tunisienne d’où partent la plupart des embarcations, est d’un autre calibre. Lui ne navigue pas : il reste à terre pour organiser les voyages à destination de Lampedusa, l’île italienne la plus proche. Encore en activité, il explique la « rationalité » d’une affaire qui lui rapporte au moins un million de dollars par semaine. Sa fortune, il assure la devoir au chaos politique dans son pays. Depuis la mort de Mouammar Kadhafi, l’effondrement de l’État laisse les frontières maritimes – mais aussi terrestres – sans surveillance.

Frontex observe que la multiplication des traversées s’est accompagnée d’une brutalité accrue des passeurs. Un navire aurait ainsi été coulé délibérément au large de Malte début septembre, après que les passagers – des Syriens, des Palestiniens, des Égyptiens et des Soudanais – ont refusé d’être transférés sur des embarcations plus petites. Cinq cents personnes se sont noyées. Les migrants disent fréquemment être battus – le cas d’un homme poignardé à mort a été signalé. Il arrive, selon les témoignages, qu’ils se fassent tirer dessus et que les corps soient jetés par-dessus bord.

La Turquie est tout aussi empruntée. Elle l’est même de plus en plus selon Frontex, qui observe que ce pays est désormais préféré à la Libye où la traversée est jugée trop dangereuse. Plus de 815 000 Syriens y ont trouvé refuge depuis le début de la guerre. Certains y restent, d’autres poursuivent leur chemin au bénéfice des passeurs. Des quartiers d’Istanbul, comme Aksaray et Tarlabasi, s’organisent autour de ce commerce (chambres d’hôtel, travail au noir, etc.). Depuis qu’un mur sépare la Turquie de la Grèce le long de la rivière Evros, la route s’est réorientée vers la mer Égée. Les départs se font depuis Izmir ou Marmaris, à bord de bateaux pneumatiques. La traversée étant plus courte et moins risquée qu’à partir de la Libye, les tarifs sont plus élevés : entre 2 000 et 3 000 euros par personne, selon un reportage du site d’information basé à Bruxelles Equal Times.

Depuis quelques semaines, les passeurs ont changé de stratégie, selon Frontex : ils utilisent de vieux cargos au départ du port de Mersin, au sud-est de la Turquie, encore relié par ferry au port syrien de Lattaquié. Sur ces plates-formes de 75 mètres de long, ils entassent des réfugiés qu’ils laissent dériver jusqu’à ce que d’éventuels secours arrivent. Le profit des trafiquants se compte en millions, car ce passage coûterait au minimum 6 000 euros par personne, sans les « extras », notamment les 16 grammes d’or par personne à verser aux milices pour sortir de Syrie. Avec en moyenne 600 réfugiés par cargo, une traversée rapporte environ 3,6 millions d’euros.

Un reportage du New York Times, daté du 29 novembre 2013, décrit le parcours d’une Syrienne, partie avec 11 000 dollars en poche. Passée par l’Égypte, elle a atteint la Suède. Dans une enquête d’août 2014, Newsweek retrace, de son côté, la trajectoire via les Balkans d’un certain Murat, arrivé en Autriche après avoir franchi à pied les frontières de Macédoine, du Kosovo, de Serbie et de Hongrie.

Comme on le voit l’espoir est au bout du cargo cult et comme partout, il se monnaie en dollars et demande un petit coup de pouce du destin. Inch Allah, comme dit le naufrageur.

Mediapart / BAM

Publié par : Memento Mouloud | janvier 2, 2015

L’importune

limpor

Comme j’arrivais sous le dernier néon du centre commercial, alors qu’un vigile serpentait, lourdement, je sentis un bras qui glissait sous le mien, et j’entendis : « Vous êtes professeur, monsieur? »

Je regardai; c’était une grande fille, robuste, aux yeux très ouverts, légèrement fardée, les cheveux flottant au vent avec les brides de son bonnet.

« – Non; je ne suis pas professeur. Laissez-moi passer. – Oh! si! vous êtes professeur. Je le vois bien. Venez chez moi. Vous serez bien content de moi, allez! – Sans doute, j’irai vous voir, mais plus tard, après le professeur, que diable!… – Ah! ah! – fit-elle, toujours suspendue à mon bras, et en éclatant de rire, – vous êtes un professeur farceur, j’en ai connu plusieurs dans ce genre-là. Venez. »

J’aime passionnément l’énigme, parce que j’ai toujours le calcul de la débrouiller en mystère. Je me laissai donc entraîner par cette créature, ou plutôt par cette épave inespérée.

J’omets la description de l’appartement; on peut la trouver chez plusieurs romanciers français réalistes. Seulement, détail non aperçu par Houellebecq, deux ou trois portraits de professeurs célèbres étaient suspendus aux murs. Il y avait Foucault qui s’esclaffait, Lacan, la langue tirée, Deleuze sirotant un whisky.

Comme je fus dorloté! Le chauffage était poussé à son maximum, du rhum, des cigarettes; et en m’offrant ces choses inessentielles et en allumant elle-même un bédeau, la bouffonne créature me disait: « Faites comme chez vous, mon ami, mettez-vous à l’aise. Déshabillez-vous ça vous rappellera le bon temps de la jeunesse. – Ah çà! où donc avez-vous gagné ces cheveux blancs? Vous n’étiez pas ainsi, il n’y a pas encore bien longtemps, quand vous étiez rue de… Je me souviens que c’était vous qui l’assistiez dans les séminaires délicats. En voilà un homme qui aime ergoter, tailler et rogner! C’était vous qui lui tendiez les fiches, les maximes et les résumés. – Et comme, le séminaire avalé, il disait fièrement, en regardant sa montre:  » Cinq minutes, messieurs!  » – Oh! moi, je vais partout. Je connais bien ces Messieurs. »

Quelques instants plus tard, me tutoyant, elle reprenait son antienne, et me disait: « Tu es professeur, n’est-ce pas, mon chat? »

Cet inintelligible refrain me fit sauter sur mes jambes. « Non! criai-je furieux.

- journaliste, alors?

- Non! non! à moins que ce ne soit pour te couper la tête!

- Attends, reprit-elle, tu vas voir. »

Et elle tira de son portable la galerie des portraits des professeurs illustres de ce temps.

« Tiens! le reconnais-tu celui-ci?

- Oui! c’est X. Je le connais personnellement.

- Je savais bien! Tiens! voilà Z., celui qui disait à son cours, en parlant de X.:  » Ce monstre fasciste qui porte sur son visage la noirceur de son ressentiment!  » Tout cela, parce que l’autre n’était pas de son avis dans la même affaire! Comme on riait de ça à l’Ecole, dans le temps! Tu t’en souviens? – Tiens, voilà K., celui qui dénonçait au gouvernement les dissidents qu’il interrogeait aux examens. C’était le temps du communisme. Comment est-ce possible qu’un si bel homme ait si peu de coeur? – Voici maintenant W., un fameux professeur transgenre américain ; je l’ai attrapé à son voyage à Paris. Il a l’air d’une demoiselle, n’est-ce pas? »

Et comme je louchais sur un ordinateur, posé sur un buffet : « Attends un peu, dit-elle; – ça, c’est les professeurlepses, et ce dossier-ci, c’est les professeurlipses. Les premiers en rajoutent, les seconds omettent »

Et elle déploya sur l’écran une masse d’images photographiques, représentant des physionomies beaucoup plus jeunes.

« Quand nous nous reverrons, tu me donneras ton portrait, n’est-ce pas, chéri?

- Mais, lui dis-je, suivant à mon tour, moi aussi, mon idée fixe, – pourquoi me crois-tu professeur ?

- C’est que tu es si gentil et si bon pour les femmes!

- Singulière logique! me dis-je à moi-même.

- Oh! je ne m’y trompe guère; j’en ai connu un bon nombre. J’aime tant ces messieurs, que, bien que je ne sois pas étudiante, je vais quelquefois les voir, rien que pour les voir. Il y en a qui me disent froidement: « Vous n’êtes pas étudiante du tout!  » Mais il y en a d’autres qui me comprennent, parce que je leur fais des mines.

- Et quand ils ne te comprennent pas…?

- Foutre! comme je les ai dérangés inutilement, je laisse dix euros sur leur bureau. – C’est si bon et si doux, ces hommes-là! – j’ai découvert à Jussieu un petit professeur, qui est joli comme un ange, et qui est poli! et qui travaille, le pauvre garçon! Ses collègues m’ont dit qu’il n’avait pas le sou, parce qu’il est contractuel. Cela m’a donné confiance. Après tout, je suis assez belle femme, quoique pas trop jeune. Je lui ai dit:  » Viens me voir, viens me voir souvent. Et avec moi, ne te gêne pas; je n’ai pas besoin d’argent.  » Mais tu comprends que je lui ai fait entendre ça par une foule de façons; je ne le lui ai pas dit tout crûment; j’avais si peur de l’humilier, ce cher enfant!

- Eh bien! croirais-tu que j’ai une drôle d’envie que je n’ose pas lui dire? – Je voudrais qu’il vînt me voir avec son pardessus et sa sacoche, mais sans slip puis qu’il me récite son cours, pardessus ouvert, ses notes éparpillées « 

Elle dit cela d’un air fort candide, comme un homme sensible dirait à une comédienne qu’il aimerait: « Je veux vous voir vêtue du costume que vous portiez dans Esther et que vous me récitiez sa prière les bras en croix. Ensuite nous aviserons »

Moi, m’obstinant, je repris: « Peux-tu te souvenir de l’époque et de l’occasion où est née en toi cette passion si particulière? »

Difficilement je me fis comprendre; enfin j’y parvins. Mais alors elle me répondit d’un air très triste, et même, autant que je peux me souvenir, en détournant les yeux: « Je ne sais pas… je ne me souviens pas. »
Quelles bizarreries ne trouve-t-on pas, quand on croit se promener en solitaires dans la ville amorphe comme un océan noirci, La vie fourmille de naufragés innocents qu’on laisse s’échouer sur la grève d’un air absent.

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