Publié par : Memento Mouloud | décembre 22, 2015

Nos amis les djihado-salafistes en 14 portraits

Farouk Ben Abbes

Souleymane

L’invraisemblable fuite de Salah Abdeslam

Hakim Benladghem, le précurseur

Fabien Clain

Foued, Mourad et les autres

Le 11 43 de Mohamed Merah

Passeports en solde

Salafistes

Bosnie, Bosna

L’état islamique du spectacle vivant

Captagon

Les ressources de l’Etat islamique

Camp Bucca

Farouk Ben Abbes

Au lendemain des révélations du Canard enchaîné, le 16 décembre, sur l’existence d’une enquête judiciaire ouverte il y a cinq ans sur des menaces terroristes contre le Bataclan, la ministre de la justice, Christiane Taubira, avait affirmé : « Pour l’instant, il n’est pas avéré qu’il y aurait le moindre lien entre les personnes qui avaient été mises en cause à l’époque et les terroristes qui ont commis les attentats du 13 novembre. » Clair et net, mais faux. Au centre du mensonge, Farouk Ben Abbes, un activiste connu de longue date.

En avril 2010, une opération d’envergure est menée contre les modérateurs et administrateurs du forum Ansar Al Haqq. L’affaire débute deux ans plus tôt, en juin 2008. La SDAT surveille alors un salon de discussion sur la plateforme de messagerie instantanée Paltalk. Sur ce salon figure l’adresse d’un site décrit comme affichant “clairement son soutien aux moudjahidin appelant la communauté musulmane à soutenir le combat contre les mécréants” : Ansar Al Haqq.

Le site est accusé de propager l’idéologie jihadiste sur Internet, suivant la logique du jihad médiatique développée par Ayman Al Zawahiri, l’ancien numéro deux d’Al-Qaida devenu le chef après la mort d’Oussama Ben Laden. Les services notent que plusieurs utilisateurs du forum utilisent en signature une phrase qui résume selon eux cette théorie : le djihad médiatique c’est la moitié du combat.

Parmi ces utilisateurs, Ali et Farouk Ben Abbes, l’un des premiers administrateurs du forum. Farouk Ben Abbes est considéré comme particulièrement actif sur le forum à partir de juin 2007, diffusant des communiqués revendiquant des attentats commis par des groupes et organisations proches d’Al-Qaida. Ali occupe lui aussi le rôle de modérateur puis d’administrateur du forum, mais ni l’un ni l’autre n’apparaît parmi les fondateurs.

Le forum Ansar Al Haqq est décrit comme le prolongement d’un blog, Al Firdaws, fondé par Nicolas et Marie, le premier alors âgé de 20 ans et la seconde de seulement 16 ans à en croire la SDAT. Fermé pour incitation à la haine raciale, Al Firdaws devient Ansar Al Haqq à partir de décembre 2006. Le forum est hébergé en Malaisie.

Autour des fondateurs est structurée une petite équipe dirigeante. Erwan et Julien jouent le rôle de modérateurs. Erwan n’est pas inconnu des services, son nom est apparu dans d’autres dossiers. En 2010, lors de son arrestation, il a 37 ans. Le second, Julien est plus jeune. Il a 24 ans mais son nom apparaît aussi dans des affaires antérieures, notamment en lien avec l’Irak. Le dernier est Arnaud, 27 ans, lui aussi connu des services antiterroristes qui l’ont déjà interpellé. Sur Ansar Al Haqq, il est accusé de diffuser la propagande d’Al-Qaida et de veiller à ce que les contributions respectent les théories professées.

Farouk Ben Abbes avait été mis en cause dans les premières menaces visant le Bataclan (avant de profiter d’un non-lieu) et il était en étroite relation avec Fabien Clain, le djihadiste de l’État islamique qui a revendiqué les attentats du 13 novembre dernier, selon une note d’information de la police judiciaire belge. Et cette proximité entre Ben Abbes et Clain, la justice antiterroriste française la connaît depuis mai 2011, date à laquelle les Belges lui ont communiqué ces mêmes informations.

« Notre enquête concernant Farouk BEN ABBES a mis en évidence, qu’en 2007, il fréquentait plusieurs personnes pouvant être définies comme appartenant à la mouvance de l’islam radical en Belgique et plus particulièrement à Bruxelles. […] C’est le 29 juin 2007 que BEN ABBES Farouk s’est rendu en Égypte pour y apprendre l’arabe. Sur place, il était notamment en contact avec les ressortissants français, Fabien et Jean-Michel CLAIN […]. » Frère de Fabien, Jean-Michel Clain est celui dont les chants coraniques ont accompagné le message de revendication de l’État islamique après les attentats du 13 novembre.

Les informations belges avaient, en leur temps, été immédiatement transmises à la justice hexagonale dans le cadre d’une instruction ouverte sur un attentat à la bombe perpétré dans la capitale égyptienne près du bazar Khan El-Khalili. Un groupe de lycéens français en villégiature, venu de Levallois-Perret, était visé. Cécile Vannier, 17 ans, est tuée sur le coup, 24 de ses camarades sont blessés. Alors suspecté d’être impliqué dans cet attentat, Ben Abbes avait été arrêté par la police égyptienne.

D’emblée, la Direction générale de la sécurité extérieure indique dans une note que le groupe d’adolescents a été délibérément ciblé parce que Français, et ce pour « faire payer à la France la participation de la frégate Germinal au blocus de Gaza », en janvier 2009. Le 23 mai, la Sécurité d’État égyptienne interpelle sept personnes dont Farouk Ben Abbes, de nationalité belge et d’origine tunisienne, ainsi qu’une Française, Dude Hoxha, connue des services de police hexagonaux pour ses liens avec des activistes islamistes et radicalisée dans une mosquée de Champigny. Dans la note du 26 mai 2011 transmise à la justice française, la police belge indique : « Le 31 janvier 2008, Farouk BEN ABBES est entré en Bande de Gaza où il est resté jusqu’au 30 mars 2009. Sur place, il aurait été en contact avec le leader d’Al-Qaïda en Palestine. » Ce groupe terroriste, identifié par les polices égyptienne et française comme la Jaish al-Islam (l’Armée de l’Islam), est tenu pour responsable de l’attentat du Caire de 2009.

La DCRI relève que «l’enquête égyptienne a mis en exergue le rôle joué par deux Égyptiens, membres de l’Armée de l’Islam, actuellement réfugiés en Palestine sur la bande de Gaza, Khaled Moustafa et Amad Mohammed Cetiq Chafia. Le premier est connu pour avoir été en relation sur la bande de Gaza avec Farouk Ben Abbes entre février 2008 et avril 2009». Or, d’après les écoutes téléphoniques, Dodi Hoxha impute son arrestation en Égypte à Farouk Ben Abbes. La DCRI note également «qu’elle connaît très bien Khaled Moustafa, considéré par les Egyptiens comme le chef d’al-Qaida en Palestine». La Française reconnaît qu’elle était en relation avec Khaled Moustafa avant son arrivée en Égypte en 2005, qui l’aurait encore «aidée à trouver un appartement au Caire». Mais, surtout, le commanditaire supposé de l’attentat lui a fait parvenir de l’argent depuis Gaza à plusieurs reprises. Une somme de dix mille dollars aurait été destinée à l’épouse de Moustafa, Fatima F., qui, toujours selon les dépositions de la Française, se disait «en accord avec les attentats suicides».

Ben Abbes est extradé vers la Belgique, en mars 2010, Hoxha vers la France à la même date. Aussitôt elle est placée sous surveillance par la Direction centrale du renseignement intérieur (DCRI, devenue DGSI), à grand renfort d’écoutes téléphoniques et de filatures. En octobre 2010, les policiers antiterroristes l’interpellent et la placent en garde à vue durant 96 heures au cours desquelles elle sera interrogée à quinze reprises. Surtout, les enquêteurs exploitent le journal intime que Dude Hoxha a tenu durant sa détention en Égypte. Française d’origine albanaise, Hoxha réside aujourd’hui en banlieue parisienne. À ce jour, elle est la seule personne mise en examen dans l’affaire du Caire et est placée sous contrôle judiciaire.

 Le 20 janvier 2010, la Française relate dans son cahier une conversation avec Fatima, une amie et co-détenue arrêtée avec elle dans la même affaire. Elle écrit :« Un jour que je lui dis [à Fatima] que si c’est vraiment vrai que Farouk [Ben Abbes] (un des frères arrêté avec nous) avait pour projet de faire exploser le Bataclan, à Paris, alors ils ont raison de la maintenir en prison, que je n’aime pas ces trucs là. ». S’ensuit une explication argumentée et édifiante du motif antisémite pour lequel la salle de spectacle est désignée comme cible : « … de plus, le Bataclan à Paris, non mais franchement ! Quelle idée !! Que me répond-t-elle [Fatima] cette folle ? A votre avis ? Que c’est même pas une terre de jihad ? Que les gens là-bas n’ont rien à voir au conflit Israélo-palestinien ? Non ! Elle me dit : « Tu crois que les frères vont viser n’importe quel endroit ? Sûrement que le patron est un juif qui finance l’armée Israélienne et que ça ferait un trou dans les caisses »…Moi : “Mais les gens qui vont au Bataclan, ils ont rien à voir avec tout ça, ils vont pour voir un spectacle et ils y trouvent la mort”. Elle [Fatima] : “Déjà ils ont rien à faire là bas, les spectacles c’est haram  et incitera les autres à plus y aller et à plus financer les juifs ».

Farouk Ben Abbes, l’homme qui a donc été soupçonné d’avoir préparé une attaque contre le Bataclan en 2010, est mis en examen depuis le 4 mai 2010 en vertu du chef « d’association de malfaiteurs en vue de préparer des actes de terrorisme » dans une affaire de recrutement de djihadistes via Internet. Et depuis les attentats de Paris, cette vieille connaissance du pôle antiterroriste est assignée à résidence dans le cadre de l’état d’urgence décrété par le gouvernement. Seulement voilà, bien que suspecté d’avoir préparé une action contre le Bataclan en 2010, bien qu’étant en relation avec les frères Clain — dont  le lien avait déjà été signalé par Le Monde —, bien qu’étant toujours mis en examen dans un dossier terroriste, Ben Abbes n’a pas été entendu à ce jour par les enquêteurs dans le cadre des attentats de Paris du 13 novembre.

Cette bizarrerie est d’autant plus surprenante que l’un des juges qui enquête aujourd’hui sur les massacres parisiens, Christophe Teissier, est le même qui avait ouvert le dossier Bataclan en 2010, mis en examen et fait incarcérer Ben Abbes (alors sous le numéro d’écrou 381889 à la maison d’arrêt de Fleury-Mérogis), avant de prononcer un non-lieu le 14 septembre 2012 et de le libérer.

Souleymane

Selon « Le Parisien » qui révèle l’information ce lundi 21 décembre, la piste est prise au sérieux. En recoupant les témoignages des rescapés du Bataclan, les enquêteurs émettent la possibilité d’une implication de Charaffe el-Mouadan, jeune homme de 27 ans originaire de Drancy et connu des services de renseignements.

Un otage a expliqué, toujours selon le quotidien, avoir entendu l’un des terroristes du Bataclan prononcer son surnom : « Souleymane ». « Ce témoin se rappelle avoir entendu ‘le plus grand’ des deux terroristes s’adresser à son complice pour lui demander s’il ‘comptait appeler Souleymane’. ‘Le petit a répondu que non et qu’ils allaient gérer ça à leur sauce’, confie encore ce témoin ».  Les policiers ont alors fait le lien avec Charaffe el-Mouadan, connu sous le nom de « Souleymane », parti en Syrie à la fin de l’été 2013.

Cette piste est confortée par les liens que ce dernier entretenait avec Samy Amimour, l’un des terroristes du Bataclan. Les deux hommes sont des amis d’enfance et viennent du même quartier de Drancy. Ils avaient été mis en examen – avec Samir Bouabout – en octobre 2012 pour association de malfaiteurs en vue de préparer des actes de terrorisme. Charaffe el-Mouadan avait suivi des cours de tirs en mars 2012 au sein de l’association nationale de tir de police (ANTP) situé dans le 18e arrondissement de Paris – où Samy Amimour s’était également entraîné. Ce dernier enfreint son contrôle judiciaire le 11 septembre 2013 et rejoint Raqqa en Syrie, en passant par Marseille, l’Italie et la Turquie. Visiblement il suit les traces de Charaffe el-Mouadan.

L’invraisemblable fuite de Salah Abdelsam

Avant l’aube du 14 novembre, Salah Abdeslam a cherché par tous les moyens à échapper à la police et quitter Paris. Il s’est d’abord tourné vers son cousin parisien, le suppliant de « venir le chercher à Châtillon dans le 92 » parce qu’il était « dans la merde ». Scotché à la télévision, le cousin refuse : « Je ne sais pas si t’es au courant, mais il y a des attentats. » « Ah ouais, il y a des attentats ? » lui répond Salah dans cet échange surréaliste.

Avec le même téléphone, dont la puce a été achetée à Barbès au nom de l’écrivain voyageur du XIXe siècle, Pierre Loti, le terroriste en fuite contacte ses amis belges, Mohamed Amri et Hamza Attou. Après avoir convaincu ses copains de Molenbeek (Belgique) de venir le chercher à Paris, Abdeslam donne ses indications par texto depuis l’allée Vauban à Châtillon (Hauts-de-Seine) où il se cache à partir de minuit. A 2 h 22, la situation est critique : « J’ai plus de crédit. Au drive du Mac Do, attendez là, c’est au numéro un. » Amri reçoit le dernier texto de Salah à 5 h 27 juste avant d’arriver. Lui et Attou le décrivent « agité… pas à l’aise… pas bien ». Puis carrément menaçant : « Il nous a dit de le ramener à Bruxelles, sinon il ferait exploser la voiture. » Et pour persuader ses « exfiltreurs », Salah se vante d’avoir abattu des gens à la kalachnikov, ajoutant que son frère Brahim s’est fait exploser et que lui, le seul survivant, est le « dixième » terroriste. Soucieux d’éviter les contrôles policiers, Salah Abdeslam enjoint à ses convoyeurs d’emprunter les petites routes, mais le trio se perd et retrouve l’autoroute de Belgique. Ils n’évitent donc pas les barrages et subissent pas moins de trois contrôles, en France.

Au premier, « le policier nous a demandé si on avait consommé », selon le récit d’Attou. Salah reste silencieux sur la banquette arrière. Amri et son copain répondent « oui » puisqu’ils viennent de fumer un joint. « Le policier a dit que ce n’était pas bien, mais que ce n’était pas la priorité aujourd’hui. » Ce n’est qu’au deuxième contrôle qu’on leur demande leurs papiers. Au dernier, près de Cambrai, Salah donne même son adresse de Molenbeek. A cet instant, il n’est pas encore recherché.

Dans un documentaire de la chaîne belge et néerlandophone VTM, le ministre de la justice Koen Geens révèle que Salah Abdeslam a failli être arrêté à Molenbeek deux jours après les attentats de Paris. Le terroriste en fuite aurait été repéré à Molenbeek la nuit du 15 au 16 novembre. Sauf qu' »aucune perquisition ne peut être effectuée entre 21h et 5h du matin, indique le Code pénal, selon un texte datant de 1967. Il existe quelques exceptions – le flagrant délit, un incendie – mais le terrorisme n’en fait pas partie », rapporte le quotidien. Une limitation qui a « déjà sérieusement entravé » l’enquête, note le journal.

Pour le parquet fédéral, en charge du volet belge de l’enquête, on ne peut pas parler d’un raté. »Nous avions une information indiquant que Salah (Abdeslam) pouvait ou avait pu se trouver dans l’habitation en question. Une perquisition a donc été effectuée et n’a rien livré. Affirmer qu’on n’a pas pu l’arrêter parce que nous ne pouvions pas effectuer de perquisitions entre 21h et 05h et qu’il s’est échappé durant cette tranche horaire est une extrapolation », a expliqué un porte-parole du parquet, cité par l’agence Belga. De son côté, la RTBF affirme que Salah Abdelslam se trouvait à Molenbeek, jusqu’au 16 novembre en matinée mais « qu’il ‘il est passé entre les mailles du filet, dissimulé dans un meuble », indique une source proche de l’enquête citée par le média belge. « Ce matin-là, trois jours après les attentats, les unités spéciales ont pris d’assaut ce bâtiment de la rue Delaunoy, mais Abdeslam ne s’y trouvait finalement pas. On détecte toutefois des traces de son passage lors de la perquisition, ce qui amène à la conclusion que le suspect est parvenu à filer avant l’intervention des forces de l’ordre », précise la radio-télévision belge.

« L’hypothèse la plus probable est qu’il a été exfiltré par des complices. Des complices qui auraient, selon nos informations, profité du va-et-vient des voitures et d’un déménagement pour dissimuler Salah Abdeslam, soit dans un véhicule, soit peut-être dans un meuble. C’est aujourd’hui l’hypothèse qui est privilégiée par les enquêteurs. »

Hakim Benladghem, le précurseur

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Il était « blindé d’armes technologiques » de dernier cri lorsque la police antiterroriste belge a voulu l’intercepter sur l’autoroute entre Bruxelles et Tournai en mars 2013. Elle le soupçonnait de préparer un attentat au moment de Pâques. Refusant de s’arrêter, Hakim Benladghem, 39 ans, a été abattu au volant de sa voiture. Ce Français originaire de Meurthe-et-Moselle était installé depuis 2009 à Anderlecht, rue de la Courtoisie dans la banlieue de la capitale belge. Aujourd’hui, l’enquête de la police fédérale belge révèle les liens étroits de cet homme, présenté comme un solitaire, avec la mouvance salafiste toulousaine et les organisateurs de filières jihadistes afghanes. Un solitaire très entouré encore une fois.

Lorsque son domicile d’Anderlecht a été perquisitionné, les policiers belges ont retrouvé des fusils d’assaut allemands HK neufs dont la vente est réservée aux unités antiterroristes de gouvernements clairement identifiés. Mais aussi un bouclier blindé identique à celui utilisé par les gendarmes en France, des munitions par kilos, des systèmes de vision et de visée nocturne dernier cri, un gilet pare-balles avec des plaques en céramique et des masques à gaz ultra-performants. Il disposait de rations, de réserves d’eau et même d’un kit médical comprenant des garrots automatiques et des seringues auto-injectables de produits d’urgence pour faire face à des blessures graves. Une partie de son appartement était piégée : il avait anticipé l’assaut de son domicile.

Hakim Benladghem se fait repérer quand il tente de rejoindre les groupes islamistes les plus durs du Hamas dans la bande de Gaza, à une époque où Israël est victime d’intenses bombardements de roquettes. Mais il y est interdit de séjour. Et, le 6 avril 2008, il est arrêté au poste-frontière égyptien qui mène à Gaza où son frère Farid est installé. Signalé à ce moment-là, Hakim est placé sous surveillance. Et pour cause, son téléphone portable a réceptionné 149 appels en provenance de la bande de Gaza (45 entre le 2 et 4 février 2008 et 104 entre le 4 et le 9 février). L’homme est soupçonné en fait d’être un logisticien du Hamas.

Loin d’être un « solitaire engagé dans un jihad individuel » comme le laissaient entendre les autorités, Hakim Benladghem connaît du beau monde de la mouvance islamiste. Et notamment les frères Clain, des Français convertis qui ont été condamnés par le tribunal de Paris en 2009 pour avoir été les logisticiens d’un réseau de passeurs de candidats au jihad en Irak. Une filière dite toulousaine, dont le mentor n’est autre qu’Olivier Corel, surnommé l’Emir blanc, un proche d’Abdelkader et Mohamed Merah, le tueur au scooter de la Ville rose. C’est cet imam d’origine syrienne, installé en Ariège, qui a marié religieusement et divorcé Mohamed Merah en janvier 2012.

Les écoutes permettent également de tracer des liens avec le Nancéien Kamel Bouchentouf, 41 ans, « propagandiste de la cause arabe » qui avait posté sur le Net plusieurs cibles choisies pour passer à l’action. Un homme condamné en décembre 2008 pour « association de malfaiteurs en vue de préparer des actions terroristes ». Et sans oublier Farouk Ben Abbes.

Les écoutes permettent également de tracer des liens avec le Nancéien Kamel Bouchentouf, 41 ans, « propagandiste de la cause arabe » qui avait posté sur le Net plusieurs cibles choisies pour passer à l’action. Un homme condamné en décembre 2008 pour « association de malfaiteurs en vue de préparer des actions terroristes ». Et sans oublier Farouk Ben Abbes,

Fabien Clain

Fabien Clain, un Toulousain d’origine réunionnaise converti à l’islam, s’est rapproché de la mouvance salafiste au début des années 2000 aux abords de la mosquée « El Hussein », dans le quartier du Mirail. Décrit par d’anciens proches comme instruit, « très fort en religion », ayant un « véritable talent pour convertir les gens » et les « manipuler », il s’impose rapidement comme l’un des principaux idéologues du courant salafiste toulousain.

La famille Clain ne passe pas inaperçue au Mirail. Portant la barbe et la djellaba, les deux frères tiennent un stand de vente d’objets islamiques sur un marché, qu’ils utilisent pour enrôler de jeunes Toulousains. Ils ont épousé deux converties qui portent la burqa – à une époque où cette coutume était encore une curiosité – ce qui leur vaut d’être surnommé « le clan des Belphégor ».

La famille se rapproche au début des années 2000 d’une autre communauté salafiste, structurée autour d’un Français d’origine syrienne, Olivier Corel, dit « l’Emir blanc ». Ce guide spirituel, ancien responsable en France des « Frères musulmans syriens », tient des sessions d’enseignement religieux dans sa ferme d’Artigat, une petite commune ariégeoise. Des jeunes venus des cités toulousaines s’y pressent pour écouter ses prêches.

C’est dans cette ferme reculée que Fabien Clain, désormais surnommé « Omar », fait la connaissance d’Abdelkader Merah, le frère de Mohamed Merah, et d’un de ses bons amis, Sabri Essid, alors âgé de 16 ans. Le groupe d’Artigat, considéré comme l’un des noyaux historiques du djihadisme français, se consolide par alliances : le père de Sabri Essid épousera successivement la mère de Fabien Clain et celle des frères Merah.

En janvier 2003, les frères Clain s’installent quelque temps en Belgique. Les « Réunionnais », comme on les appelle, gravitent autour d’une filière belgo-tunisienne à l’origine du départ de Murielle Degauque, morte le 9 novembre 2005 dans un attentat-suicide à Bagdad. Les frères Clain font alors la connaissance de deux figures du djihadisme : Farouk Ben Abbes, un Belge d’origine tunisienne, et Hakim Benladghem, un ancien légionnaire français d’origine algérienne.

Les frères Clain, Farouk Ben Abbes, Hakim Benladghem… La petite amicale franco-belge ne va pas tarder à faire parler d’elle. En 2009, Fabien Clain et Hakim Benladghem apparaissent dans une enquête sur des menaces d’attentats visant le Bataclan. Cette salle de spectacle, dont les propriétaires à l’époque sont juifs, organisait chaque année un concert de soutien en faveur de Magav, la police des frontières israélienne, qui déclenchait l’ire de plusieurs associations et de groupuscules radicaux.

Rentré dans la région de Toulouse, Fabien Clain a entre-temps poursuivi son œuvre de recrutement au sein de la filière d’Artigat. Quelques mois après les menaces d’attentat visant le Bataclan, il est condamné en juillet 2009 à cinq ans de prison pour avoir organisé l’acheminement vers l’Irak de plusieurs jeunes Toulousains entre 2005 et 2006.

Ses recrues prenaient souvent l’avion depuis la Belgique, où elles étaient accueillies par des « frères » bruxellois, puis transitaient par la Syrie ou l’Egypte avant de tenter de gagner le bourbier irakien. Mais la cellule est démantelée avant d’avoir pu mettre le pied en Irak. Deux disciples de Fabien Clain, Sabri Essid et Thomas Barnouin, seront arrêtés près d’Homs en décembre 2006 par les autorités syriennes alors qu’ils s’apprêtaient à rejoindre le champ de bataille, au sein d’une cellule d’Al-Qaida composée de Syriens et de Saoudiens.

Durant son procès, Fabien Clain se définira comme ayant suffisamment de connaissance religieuse pour « influencer une personne indécise ». Il affirme s’en tenir à une lecture « défensive » du djihad, arguant que « quand un pays se fait envahir par un autre pays ou même si le voisin musulman se faisait attaquer, il faut le défendre ». Il soutient devant la cour qu’il n’approuve pas les attentats-suicides. Un de ses coaccusés affirme que son djihad consistait surtout à envoyer les autres mourir à sa place. Libéré en août 2012 après avoir purgé trois de ses cinq années de prison, Fabien Clain refait sa vie en Normandie avec femme et enfants. Puis disparaît en Syrie, vraisemblablement courant 2014.

L’aîné de la fratrie n’a pas rejoint seul les rangs de l’Etat islamique (EI). Il y a reconstitué son clan, à l’abri des poursuites judiciaires. Son ancien élève Sabri Essid, désormais âgé de 30 ans, a gagné la Syrie au printemps 2014, en même temps qu’une dizaine d’anciens membres de la cellule d’Artigat. Le 11 mars 2015, jour du troisième anniversaire de la tuerie de Mohamed Merah, Sabri Essid apparaît dans une vidéo de propagande sur laquelle on voit un garçon, identifié comme son beau-fils, âgé de 13 ans, abattre à bout portant un Arabe israélien accusé d’espionnage pour le compte du Mossad.

Fabien Clain a disparu des radars. Il ne va pas tarder à réapparaître dans les fiches des services de renseignement. Le 19 avril 2015, un étudiant algérien, Sid Ahmed Ghlam, est interpellé à Paris après s’être tiré une balle dans la jambe alors qu’il s’apprêtait à mitrailler la sortie de messe d’une église de Villejuif (Val-de-Marne). L’enquête établira que deux membres français de l’EI, avec qui il communiquait dans l’élaboration de son projet, avaient été endoctrinés à distance par Fabien Clain avant de le rejoindre en Syrie début 2015. Un projet d’attentat avorté sur lequel plane une autre ombre : celle du Belge Abdelhamid Abaaoud, commanditaire présumé des attaques de vendredi.

Entouré de sa famille et de ses anciens disciples, Fabien Clain a recréé en Syrie le biotope d’Artigat. Il continue de recruter, depuis l’étranger cette fois, et semble avoir joué un rôle dans au moins deux attaques visant la France depuis le début de l’année. Le conflit syrien lui a donné l’occasion de parachever l’œuvre qu’il n’avait pu mener à son terme durant la guerre d’Irak. Le champ de bataille a changé. Les ambitions de ce djihadiste de la première heure aussi. Il ne s’agit plus seulement d’envoyer des Français se battre à l’étranger : le conflit s’est déplacé sur le sol français.

Foued, Mourad et les autres

Un Strasbourgeois de 23 ans, Foued Mohamed Aggad, qui était parti pour la Syrie à la fin de 2013, a été identifié comme étant le troisième kamikaze du Bataclan, où quatre-vingt-dix personnes ont été tuées et plusieurs dizaines blessées lors des attentats du 13 novembre, ont indiqué, mercredi 9 décembre, des sources concordantes. Issu d’une fratrie de quatre enfants, il s’était rendu en Syrie en décembre 2013. Sur France Bleu Alsace, le spécialiste de la mouvance islamiste, David Thomson, décrit Foued Mohamed-Aggad comme une « petite célébrité du djihad » qui postait depuis la Syrie de nombreuses photos de lui tout sourire. « Il n’était pas dans la dissimulation, c’était une petite célébrité du djihad. On aurait pu imaginer qu’il aurait des problèmes à passer la frontière et pourtant, il est passé ». L’appartement de sa mère, avec qui il était resté en contact, a été perquisitionné dans la nuit de mardi à mercredi selon RMC. J’ai des nouvelles tous les jours de lui, confiait sa mère, citée par « Le Parisien ». Il ne raconte rien de ce qu’il fait de ses journées. Il est avec sa femme en Syrie. »

Le djihadiste originaire du quartier de la Meinau, à Strasbourg, était parti pour la Syrie avec son frère et un groupe d’amis, qui sont, pour la plupart, rentrés et ont été interpellés au printemps 2014 en France, alors que lui était resté sur place, a précisé une source policière, confirmant une information du Parisien. Deux de ces hommes – Yassine et Mourad Boudjellal – avaient trouvé la mort, quelques jours seulement après leur arrivée.

Après avoir passé la frontière turque, le petit groupe de Strasbourg avait gagné la région d’Alep. S’ensuivent deux semaines d’entraînements aux combats. Ils viennent ensuite grossir les rangs de l’EIIL, l’État islamique de l’Irak et Levant. Mais début janvier 2014, tout s’accélère et des tensions, nourries de rivalité entre factions djihadistes, apparaissent. Mourad Farès  quitte l’EIIL pour Jabhat Al-Nosra, la branche syrienne d’Al-Qaïda. Les frères de la Meinau eux, restent dans l’EIIL. C’est lors d’un règlement de comptes entre djihadistes que Yacine et Mourad trouvent la mort, le 10 janvier. Le lendemain, Yacine aurait eu 28 ans.

Quand le départ des Strasbourgeois est révélé par Europe 1 en janvier 2013, la cité de la Meinau a vite attiré l’attention des médias qui cherchaient à interroger les familles. Sami, le petit frère de Yacine et Mourad, avait d’ailleurs bousculé quelques journalistes, et refusé de témoigner. Une fois seulement, il a accepté de nous rencontrer. C’était trois mois après la mort de ses frères. Il se disait alors « choqué » mais « fier d’eux ». Yacine et Mourad étaient, d’après lui, « partis pour une bonne cause ».

Nés à Strasbourg dans une famille d’origine algérienne, Yacine et Mourad sont les aînés d’une fratrie de quatre garçons et une petite soeur. Leur père, un homme âgé d’une soixantaine d’années lorsqu’ils naissent, est marié à une femme plus jeune, et souvent absent. Les deux frères ont le profil type des garçons de leur âge : ils aiment sortir en boîtes, le rap, et « parler de nanas ». Plus jeune, Yacine avait décroché un bac professionnel en électrotechnique. Il s’était marié en septembre 2013 à une jeune femme qui ne se doutait pas de ses intentions. Son départ a d’autant plus choqué, qu’il avait le projet d’ouvrir à bar à narguilés à Brest. Mourad lui, était agent de sécurité.

« Ils ont le profil type des gens faibles, qui marchent à l’émotion. Yacine répétait beaucoup les choses qu’il entendait par ci ou par là, il ne cherchait pas par lui-même. C’était quelqu’un de malléable. Ils ont commencé par fréquenter la mosquée, un peu par effet de mode. Puis Mourad a commencé à se rapprocher de la religion, il en parlait tout le temps. Ensuite, il a commencé à s’intéresser à la Syrie, il parlait du djihad. Il n’en parlait pas à ses proches, mais à des gens qu’il voyait moins souvent, pour pas trop éveiller les soupçons. »

Au fur et à mesure que les souvenirs reviennent, le puzzle prend forme. Ils se souviennent des jeux de paintball entre les immeubles de la cité, l’été précédant leur départ. Ce qu’ils avaient pris pour un passe-temps était en réalité une forme d’entraînement camouflé au maniement des armes. Ils se rappellent aussi que Yacine et Mourad n’allaient plus prier à la mosquée de la Meinau, préférant aller à l’Elsau, où ils auraient rencontré leur recruteur. Et puis, juste avant leur départ, ces photos qu’ils prenaient avec leur mère, en guise de souvenir, et leurs affaires : vêtements de marque, CD, etc. qu’ils ont commencé à distribuer autour d’eux.

« À leur retour, ils se sont faits petits. Un ami, qui savait qu’ils allaient rentrer, nous avait prévenu. Nous, on ne supportait pas qu’ils soient là, sans s’expliquer devant la mère de Yacine et Mourad. Du coup, on en a rencontré deux de la bande. À notre manière, on a enquêté et on a un peu joué aux journalistes, la violence verbale en plus. Une semaine avant la descente du RAID, on a sonné à une heure du matin chez l’un d’entre eux qui habitait à Illkirch. On l’a traîné devant la maman de nos amis. Pendant plus d’une heure, on l’a questionné, on a eu des débats religieux. Il faisait le malin en disant qu’il avait envie d’y retourner et que sa mère était venue pleurnicher jusqu’en Turquie pour le récupérer. On lui a un peu mis la pression alors il nous a filé le contact d’un autre gars, qui lui aussi était rentré. On a été surpris de le voir en mode beau gosse, propre sur lui, et serveur dans un bar à chichas de la Plaine des Bouchers. Il bossait, comme si rien ne s’était jamais passé. Mais lui était plus sentimental, il semblait très choqué mais il nous a quand même dit que dès qu’il en aurait l’occasion, il repartirait. Et nous, on leur demandait : « pourquoi vous êtes revenus ? » Et ils nous répondaient qu’ils n’étaient pas revenus par choix mais qu’ils avaient été balancés par un passeur quand ils sont passés en Turquie pour chercher de l’argent. »

Ce serait après visionné « Al Mahdi et le second Khilafah » une vidéo de 48 minutes inspiré d’une esthétique de jeux vidéos et de films de science-fiction, et multipliés les échanges internet avec Mourad Farès, un homme de 30 ans, originaire de Thonon-les-Bains, que les Strasbourgeois, les ados de Nice, une lycéenne d’Avignon et bien d’autres de Lunel et d’ailleurs, se seraient enrôlés. Dans une interview à VICE en février, l’homme s’en félicitait. Durant l’enquête, ils ont dit être partis pour la Syrie dans un « but humanitaire ». Ils ont aussi expliqué être tombés de haut face aux horreurs qu’ils ont pu découvrir dans ce pays, et sont revenus en France de manière échelonnée à partir de février 2014.

Mourad Farès est l’avant-dernier d’une famille de six enfants, originaire d’Agadir. Titulaire d’un bac scientifique avec mention, Mourad Fares a suivi des études à Lyon. France Info explique qu’il se lie alors d’amitié avec un journaliste du magazine en ligne Vice, selon qui « Mourad Fares buvait de l’alcool et n’avait en apparence pas le profil d’un jeune embrigadé dans une mosquée ». Après des études d’hôtellerie, Mourad Fares bascule peu à peu dans l’islamisme. Selon le Nouvel Observateur, qui publiait en mai un portrait du jeune homme, ce dernier se rebaptise Mourad Hadji après un pèlerinage à La Mecque, et commence à réaliser des vidéos appelant au djihad.

Son premier départ en Syrie date probablement de juillet 2013. A partir de cette date, il s’affiche sur Facebook avec une barbe, affirmant qu’il vit à Alep. Selon le Nouvel Observateur, sitôt arrivé, il poste sur Facebook le message suivant : « Oui je suis terroriste et fier de l’être !!! C’est un ordre suprême d’Allah ». Surnommé Abou Hassan ou Mourad Al-Faransi, Mourad Fares est alors très actif sur les réseaux sociaux, se faisant le propagandiste du djihad en Syrie et appelant les musulmans français à le rejoindre.

Interrogé en février 2014 par le journaliste de Vice qu’il avait rencontré au cours de sa période lyonnaise, Mourad Fares mâche pas ses mots. Il explique avoir décidé de rejoindre la Syrie à l’hiver 2013 à la suite de « la mort subite d’un cousin de 32 ans », qui lui avait fait prendre conscience de la nécessité d’arrêter « les bêtises » et de partir « remplir [ses] obligations religieuses ». L’homme se présente alors comme « l’un des principaux prêcheurs » auprès des Français. Et se vante : « Tous les djihadistes [français] dont on parle dans les journaux sont passés par moi ».

Un temps présenté comme « un émir » des djihadistes français ou francophones, l’importance réelle de Mourad Fares reste incertaine et lui donner un tel rôle « est exagéré », estimait au printemps une source proche du dossier. Il était « plutôt dans la logistique » et dans « la promotion du djihad » que dans un rôle de commandement opérationnel.

Selon une source proche du dossier, il accueillait les volontaires francophones et œuvrait des deux côtés de la frontière turco-syrienne. D’après le Nouvel Observateur, son système de recrutement est « assez simple ». Il discute avec ses admirateurs sur Facebook, puis leur envoie en privé les contacts que les candidats djihadistes peuvent appeler à leur arrivée en Turquie, et enfin organise des « convois » pour leur faire passer la frontière. A Reyhanli, en Turquie, il aurait notamment organisé un « centre de transit » pour Français dans un hôtel.

Ce n’est que le 24 juillet 2014 qu’un mandat d’arrêt international est finalement émis à son encontre. Fares prend presque aussitôt attache avec la DGSI, fait part de son souhait de revenir au pays, demande à plusieurs reprises à être mis en relation avec le fonctionnaire qui gère son dossier. Il sera finalement interpellé en Turquie le 16 août 2014, placé dans le centre de détention administrative d’Istanbul puis expulsé vers la France, où il sera immédiatement placé en détention provisoire.

Le 11 43 de Mohamed Merah

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Peu avant de mourir, Mohamed Merah tient un pistolet 11,43. L’arme américaine fabriquée par la société Remington Rand porte le numéro de série 928669. L’enquête judiciaire, instruite à Paris par le juge antiterroriste Christophe Teissier, la mentionne, mais sans en déterminer l’origine. Or, remonter à la source permet de recenser les appuis et réseaux dont Mohamed Merah a bénéficié dans son expédition meurtrière. Par le biais de membres de la Fédération française de tir, avec l’écrivain Guillaume Dasquié, nous avons pu pour Le Nouvel Observateur retrouver le propriétaire de l’arme.

C’est un champion de tir longue distance habitant près de Toulouse, Alain Hugot, qui dispose de toutes les autorisations préfectorales requises pour la détention d’armes de guerre. Ce colt lui a été volé le 29 juin 2011, lors d’un cambriolage commis alors qu’il se trouvait aux côtés de son épouse, hospitalisée. Les voleurs, manifestement bien renseignés, ont dérobé deux caisses, une de 80 kilos d’armes (avec le colt à l’intérieur) et une autre contenant des centaines de munitions.

À l’époque, on avait retrouvé rapidement une partie du stock dérobé chez Alain Hugot, et plusieurs personnes ayant eu ces armes en main avaient été identifiées. Tel Didier Ferrer, 42 ans, le dernier utilisateur d’un gros calibre contenu dans la caisse de 80 kilos, un PGM Ultima Ratio, un fusil en usage chez les snipers des forces spéciales françaises, retrouvé dans un pavillon d’Albi, à 75 kilomètres de Toulouse, lors d’une descente de police au mois de juillet 2011. Arrêté, Ferrer a refusé de révéler les noms des personnes lui ayant permis de se procurer l’engin. Connu depuis longtemps du SRPJ de Toulouse, il a été incarcéré. Dans ce dossier, instruit à Bordeaux, il est poursuivi pour avoir participé à un vaste trafic de cocaïne entre l’Espagne, certains quartiers de Toulouse et d’autres villes du Sud-Ouest, avec des ramifications en Afrique du Nord.

Mohamed Merah conduisait bel et bien de temps en temps des chargements pour des go fast. Plusieurs éléments recueillis depuis le début de l’enquête nous éclairent sur son implication et aussi, au-delà, sur la participation des salafistes au commerce illicite de la drogue. Ferrer en prison, les enquêteurs qui cherchent la provenance des armes, vont remonter jusqu’à Hossein AA, un petit escroc des Izards avec des connexions en Bulgarie.

Passeports en solde

Ainsi, d’après les informations du « Parisien », l’un des kamikazes du Stade de France avait un document 003-14-L-010302, émanant d’un lot de 3.800 passeports volés à l’état vierge en Syrie. Ce « stock avait été pris lors d’un raid mené sur Raqqa et Deir-ez-Zor » et réparti entre l’EI et l’autre groupe djihadiste rival Jabhat al-Nosra. Le deuxième kamikaze, dont le passeport a été retrouvé calciné, possédait un faux document appartenant à un lot de 1.452 pièces volées à Raqqa. Selon les experts interrogés par le quotidien, « toutes les sécurités attendues sont présentes », comme la gravure au laser, l’impression offset. Seules les photos auraient été changées, rendant plus difficiles la détection de tels documents.

Le Homeland security investigations (HSI), branche chargée des enquêtes au sein du Département de la sécurité intérieure (DHS) aux Etats-Unis, a publié début décembre un rapport – révélé par ABCNews – confirmant ce trésor de guerre pris à Deir ez-Zor et Raqqa. « Depuis 17 mois que Raqqa et Deir ez-Zor sont passées aux mains de l’EI, il est possible que des individus de Syrie avec des passeports provenant des territoires contrôlés par l’EI, aient pu voyager aux Etats-Unis ».

Une source explique à CNN que le groupe djihadiste a la possibilité en parallèle d’avoir accès à des données biographiques et à des empreintes digitales sur des citoyens syriens et ainsi de voler de nombreuses identités.

« Le Parisien » évoque également la possibilité d’un stock de passeports prélevés directement sur les combattants étrangers qui doivent laisser leurs documents à l’EI à leur arrivée. « Ces passeports authentiques sont ensuite réattribués à des combattants physiquement ressemblants. »

Ce magot peut servir à la fois à fournir de faux papiers à d’éventuels terroristes mais aussi à alimenter un trafic déjà important depuis le début de la révolution syrienne, qui s’est vraisemblablement accru avec l’aggravation de la guerre et du nombres de réfugiés. Quelque 8% des migrants arrivés en Allemagne ont présenté un passeport syrien douteux pour demander le statut de réfugié. Ce qui reste peu élevé.

« Libération », qui rapporte le témoignage d’un réfugié syrien, expliquait il y a un mois combien il était simple de se procurer de faux papiers d’identité en Turquie. « Il y a une quantité assez incroyable de filières. Même sans contact, il suffit de demander à un ami ou à une connaissance syrienne sur Facebook, qui lui-même saura où se renseigner. En quelques jours vous avez trouvé ».

Sur le marché noir, ces « vrais-faux passeports » se négocient entre 1.000 et 1.500 euros la pièce. « Libération » parle de 200 euros pour un faux passeport syrien de mauvaise qualité, et de 10.000 euros pour un passeport européen. Selon le rapport du HSI, les passeports syriens peuvent coûter entre 200 et 400 dollars, si on les achète en Syrie.

Selon les chiffres d’Interpol, révélés par « Le Figaro », pas moins de 250.000 passeports sont signalés volés ou perdus en Syrie et en Irak, dont ces documents vierges récupérés.

Salafistes

À Tagmouth Khamis, banlieue cairote, les routes sableuses, les bâtiments bruts qui alternent avec d’autres peints en orange ou jaune et les détritus jonchant le sol contrastent avec le centre-ville du Caire, goudronné et propre. Le quartier est modeste. Les Français qui s’y installent aussi. À quelques mètres, loin des bennes à ordures prises d’assaut par les chats errants, des villas un peu plus chics, où là aussi des Français habitent depuis plusieurs années, font rêver ceux qui viennent d’arriver.

Quatre mosquées encerclent le quartier. Dans l’un des immeubles, Oum Obeydallah reçoit ses amies dans son appartement spacieux fraîchement rénové, où la décoration blanche et violette, apportée de l’ancien studio qu’elle occupait en France, tranche avec les fauteuils et le tapis jaune au style égyptien. Lorsqu’elles entendent l’adhan (l’appel à la prière), tandis que les hommes se dirigent vers la mosquée la plus proche, les sept femmes vêtues de leur djilbeb noir (robe ample avec ou sans capuchon) s’installent sur les tapis de prière tournés en direction de La Mecque. Côte à côte, en rang serré « pour ne pas laisser passer le Sheitan (le diable) », elles récitent les versets du Coran et se prosternent. « Je remercie Allah car j’ai accompli ma hijra [l’exil], en Égypte », déclare enthousiaste la locataire des lieux.

Nombreux sont les Français musulmans du courant salafi à se regrouper dans ce quartier pour pratiquer la hijra, l’exil en terre musulmane. L’Égypte est une destination prisée pour le faible coût de la vie quotidienne et les cours d’arabe littéraire bon marché. Depuis 2010, date d’entrée en vigueur de la loi d’interdiction du port du voile intégral en France, beaucoup de ces fidèles ultraorthodoxes – qui refusent la mixité entre hommes et femmes, font passer la loi religieuse avant toute chose, assument un mode de vie communautaire centré sur le respect de la « bienséance islamique » (refus de la musique, de la télévision, de l’alcool, etc.) – ressentent le besoin de partir afin de « pratiquer correctement » leur religion. Leur modèle : le prophète Mahomet et ses compagnons, qui ont abandonné La Mecque en 622 pour s’installer à Médine afin de préserver leur vie et leur foi. Si leur nombre est difficile à établir, Samir Amghar, sociologue, spécialiste du salafisme et de l’orthodoxie en islam et chercheur à l’Université libre de Bruxelles, observe que ces départs sont moins importants que ceux de l’alya des juifs en Israël et plus dilués car la hijra ne bénéficie pas de l’aide d’un État. En 2008, le consulat de France à Alexandrie en recensait pas moins de 500 sur les 5 000 ressortissants français, soit 10 %, un chiffre non négligeable.

Considérant que les risques d’« égarement » sont grands dans un pays « mécréant » comme la France, il faut donc préserver à tout prix le dogme grâce à l’exil. « Pour tout musulman, la hijra est une obligation dès lors qu’on nous empêche de pratiquer notre foi », explique Oumou, 24 ans, une fois la prière terminée. Une autre, Aïcha, va plus loin, le ton alarmiste : « Même si tu as fait le bien autour de toi, que tu as fait tes cinq prières, si tu meurs en pays koufar [mécréant], tu vas en enfer. »

Un soir, à Khamis, comme souvent, les Françaises se sont réunies chez Oum Maryam, une Guinéenne installée depuis huit ans au Caire. Myriam, 27 ans, dont la mère est française et le père algérien, est arrivée il y a sept ans avec son mari, un Français d’origine ghanéenne. « Je ne me vois plus vivre en France, affirme-t-elle avec force. Je m’y sens emprisonnée. Je ne me sentais pas en sécurité quand je portais le niqab [vêtement qui couvre tout le corps ne laissant voir que les yeux]. Avec mon mari, on se faisait insulter : “Retournez en Arabie saoudite, vous n’avez pas honte ?” » « Ici, c’est simple : beaucoup portent le niqab, même les prostituées », remarque-t-elle.

Elle est l’une des rares à identifier les raisons de sa conversion : « J’ai eu une déception amoureuse. Je ne voulais plus me rabaisser pour un homme. J’ai commencé à faire la prière, à lire des livres et à me renseigner sur Internet. Personne n’a vu venir : je sortais beaucoup, j’aimais plaire, je faisais des spectacles de danse… Je n’étais pas une fille discrète. Dans le quartier, tout le monde était choqué. Il y a dix ans, à Épinay-sur-Seine [en Seine-Saint-Denis, ndlr], il y avait peu de musulmans pratiquants. On pensait que c’était une mode passagère. Mais je ne l’ai jamais enlevé depuis. » Un jour, elle tombe par hasard sur une connaissance du lycée, qui sort de la mosquée. Neuf mois plus tard, il deviendra son mari. Mais comme pour contredire les préjugés dont elle souffre en France, elle tient à préciser : « Je suis rentrée dans la religion avant d’être mariée. Ce n’est pas mon mari qui m’y a obligée. » C’est ensemble qu’ils emprunteront le courant salafi. Qu’ils viendront étudier l’arabe et le Coran en Égypte. Naturellement, la question de la hijra s’imposera ensuite. « On ne rejette pas notre identité française mais il est vrai qu’aujourd’hui, nous n’avons plus notre place dans la société », poursuit-elle. Elle marque un silence : « C’est le vivre-ensemble qui n’est plus possible. »

Ces dernières acceptent, voire assument, l’idée d’être sous la responsabilité de leur mari ainsi que la polygamie. De la même manière, elles se plient à l’interdiction de travailler et de se déplacer sans leur mari.  Lorsqu’elles ne se voient pas, c’est sur le réseau social Viber qu’elles communiquent. Ainsi, un groupe « Le Bon coin du Caire » s’est créé pour vendre ou acheter meubles, vêtements d’occasion ou trouver un appartement. Le groupe « Égypte Info », lui, est destiné à tenir informé de tout ce qui touche aux visas, aux voyages mais aussi à diffuser des rappels religieux. « Oui nous sommes françaises, on recrée tout ce qu’il y a de bien de France en Égypte. » Sous-entendu, dans le respect des règles de l’islam. Ainsi, beaucoup font leurs courses chez Carrefour, achètent leurs meubles chez Ikea. « Mais avec une différence de taille : dans les centres commerciaux, il y a des salles de prière. »

La conversation dérive sur les Misiris : les Égyptiens. Les rares liens avec la population locale résident dans l’échange de services : ces expatriés qui pratiquent un islam rigoriste emploient des Égyptiennes pour faire leur ménage ou encore des chauffeurs de taxi privé pour les conduire en ville. Les critiques envers les « locaux » ne tarissent pas : « Ils sont sauvages », se moquent-elles. Oum Zakaria avoue : « On ne se mélange pas mais c’est plutôt à cause de la barrière de la langue. »

Oum Zakaria, née d’une mère arménienne et d’un père français, habitant à Bois-Colombes dans les Hauts-de-Seine, est arrivée au Caire il y a quatre ans. « Dans mon entourage, il n’y avait pas beaucoup de musulmans », dit-elle. Au collège, elle rencontre une amie dont la mère est kabyle et le père juif. Celle-ci se convertit à l’islam, met le voile et fréquente une « sœur » qui met le djilbeb. Oum Zakaria reste fidèle à son amie sans prendre part à son parcours religieux. Mais en l’accompagnant chez cette « sœur », elle commence à se poser des questions. Comme pour beaucoup, sa découverte de l’islam se fait par des livres achetés dans les librairies coraniques et sur Internet.« C’était très dur pour mes parents. Ils pensaient que j’étais dans une secte. J’ai compris leur réaction. Mais vous savez, ils ont changé d’avis en voyant mon comportement : la religion, ce n’est pas la dureté. Je n’ai pas de haine envers les non-musulmans », veut-elle rassurer. Commerciale dans une maison de disques, elle a tout arrêté. « La mixité et la musique : c’était incompatible avec ma foi », ajoute-t-elle. Peu à peu, elle se sépare de ses amies : « On ne partageait plus rien. Pour moi, il n’y avait pas de problème, ce sont elles qui ont coupé les ponts. Quant à mon amie, elle a enlevé son voile et n’a plus voulu de mes nouvelles dès que j’ai porté le djilbeb. »

Issu d’une famille française « aisée », il aurait pu devenir ingénieur. Il habitait à La Queue-en-Brie, dans le Val-de-Marne. Bac S en poche, il entre en prépa polytechnique à Orléans en 2011. C’est l’année où tout bascule. « J’avais des amis musulmans. L’un d’eux, qui pratiquait, était même comme un grand frère pour moi. Un jour, je me suis dit, je vais lire le Coran : j’ai été pas mal convaincu. Tout était logique, chaque chose était à sa place, on voyait la sagesse dans les commandements », raconte-t-il. Si quelques doutes persistaient encore après cette lecture, un reportage sur les signes de la fin des temps les a balayés. Djibril arrête ses études en cours d’année. Cherche à se marier. La hijra est déjà une évidence lorsqu’il rencontre sa femme. Oumou se souvient : « Il m’a paru déterminé. Certains disent qu’ils feront la hijra quand ils auront les moyens. Lui ne voulait pas louer un appartement par exemple, pour économiser. Nous avons donc vécu chez ma mère, jusqu’à notre départ. »

Mais l’idée qu’il se faisait de la terre d’islam s’est heurtée à la réalité. « Je ne m’attendais pas à ce que le peuple soit peu pratiquant, confie Djibril. Ni à entendre de la musique à tous les coins de rue et voir si peu de gens porter la barbe. J’ai été déçu… Mais quoi qu’il en soit, c’est toujours mieux qu’en France. » Comme beaucoup d’autres Français, le jeune père de famille devra bientôt retourner dans son pays natal pour travailler quelques mois, le visa touriste qu’il a obtenu ne lui permettant pas d’occuper un emploi en Égypte. C’est la première fois qu’il laissera sa femme et ses deux enfants seuls. Ces allers-retours contredisent le principe même de la hijra« Normalement, tu ne dois pas y retourner. Si tu es malade et que tu ne peux pas te faire soigner ici, tu ne dois aller en pays mécréant que si on ne peut pas te soigner dans d’autres pays musulmans », explique Oumou. Comment le couple s’arrange-t-il avec ce principe ? « Il y a la question de l’intention, poursuit-elle. Tant que tu n’as pas exprimé à Allah l’intention de faire lahijra, elle n’est pas considérée comme telle. Pour l’instant, nous ne l’avons pas exprimée pour ne pas être en faute. » Et Samir Amghar d’analyser : « Il faut distinguer le discours et la pratique. Chez les salafistes, il y a un phénomène de bricolage permanent. Le salafiste est tout le temps en tension. »

Bosnie, Bosna

Au bout d’une mauvaise piste en terre, accroché aux collines couvertes de sapins enneigés, le petit village d’Osve, avec ses pimpantes maisons aux toits pentus, n’a pas l’allure d’un dangereux repaire de djihadistes au cœur de l’Europe. Pourtant, selon la presse britannique à scandale, Osve, à 130 kilomètres au nord-ouest de Sarajevo, serait même un centre d’entraînement pour terroristes, partisans de l’Etat islamique en Bosnie (3,8 millions d’habitants, plus de 45% de musulmans). Sur une des maisons de ce village bosniaque flotte un inquiétant drapeau. Avec une inscription en arabe en lettres blanches et un sabre, cet étendard noir est un drapeau djihadiste, dérivé de celui de l’Arabie saoudite. Les rares habitants qui entrouvrent leurs portes assurent qu’il ne faut pas y prêter attention : c’est un marginal, instable, un dérangé qui vit là et aurait accroché les couleurs du djihad. Pas si sûr.

Certes, tous les habitants se croient revenus à l’heure du Prophète – hommes en tunique, aux longues barbes fournies, à la moustache soigneusement rasée, femmes en burqa, entièrement voilées de noir. Tous pratiquent un islam salafiste, rigoriste, d’inspiration wahhabite, saoudienne. Dans le bas du village d’Osve vivent – ou, plutôt, vivaient, car beaucoup sont partis se battre en Syrie – des adeptes du djihad et de la violence. Tandis que le haut du village est de la tendance salafiste « quiétiste », « prédicative », pacifique. Bien que tous soient partisans de « l’islam des origines », les deux camps ont échangé des insultes et des noms d’oiseaux et en sont presque venus aux mains. Ils se sont mis à prier séparément. Et depuis que l’imam du village, Izet Hadzic, qui est de la mouvance quiétiste, a condamné dans les médias les attentats et la barbarie armée, la guerre est déclarée.

Ancien guitariste de rock déjanté, qui a longuement carburé à la nicotine et à l’alcool à fortes doses, désormais adepte du thé et de l’élevage des poules et des vaches, l’imam Izet Hadzic, grande barbe, tunique, pantalon noir et petites lunettes rectangulaires, explique, en souriant, la vindicte qui le frappe. « Ils ne supportent pas mes déclarations car nous pratiquons le même islam salafiste », estime-t-il après avoir chassé sa femme de la maison pour y donner cette interview. Il reconnaît qu’il craint de finir égorgé en direct sur internet.

Plus de 200 musulmans bosniaques seraient partis se battre en Syrie (40 y ont été tués), soit l’une des plus fortes proportions en Europe. Une cinquantaine sont revenus. Mais beaucoup préfèrent maintenant rester en Syrie. Selon le chef de la police : Nous pensons qu’il y a environ 3.500 terroristes potentiels dans la nature, dont une centaine sont identifiés. »

Fin novembre, une bombe a pulvérisé le toit du poste de police à Zavidovici (centre du pays), lors d’une attaque terroriste. Quelques jours auparavant, un homme lié aux milieux islamistes, criant « Allah akbar », a tué deux militaires bosniens à l’arme automatique à Sarajevo, avant de tirer sur un autobus, blessant des passagers. Puis il s’est retranché dans une maison et s’est fait exploser. En avril, toujours aux cris de « Allah akbar », un homme, avec un fusil à pompe, avait tué un policier et blessé deux autres, devant un commissariat à Zvornik (à l’est). En octobre 2011, un islamiste avait même attaqué l’ambassade américaine à Sarajevo à l’arme automatique.

Selon le chef de la police, les liens entre les djihadistes français et la Bosnie existent toujours. Il assure : Ils viennent de France acheter des armes de guerre. » Il n’exclut pas que les kalachnikovs ayant servi aux attentats de Paris, et apparemment fabriquées à Kragujevac, en Serbie, viennent de cette filière bosniaque.

Les Saoudiens ont construit à Sarajevo une grande mosquée de marbre gris, la mosquée du roi Fahd Abdul Aziz, où l’on pratique et enseigne leur variante wahhabite de l’islam. Officiellement, il ne s’agit que de la version pacifique. Ex-sportif de haut niveau devenu salafiste depuis dix ans, Emir, 40 ans, barbe bien fournie, fait commerce de produits halal, de henné, de corans et d’autres livres religieux, devant la mosquée. Il affirme condamner la violence « sauf en cas de guerre », restant ambigu sur cette notion.

L’état islamique du spectacle vivant

Chargé de cette propagande à destination de l’Occident, le Al-Hayat Media Center est devenu, depuis sa création en mai 2014, le département le plus choyé de l’État islamique. Ses membres bénéficient d’un statut à part, mieux payés et mieux protégés que celui des combattants. Dans un article publié le 20 novembre dernier, le Washington Post explique que ses responsables ont été gratifiés du titre d’« émir », et participent à ce titre aux grandes décisions stratégiques de l’EI. Ils auraient, sous leurs ordres, plusieurs centaines de producteurs, caméramans et monteurs et disposeraient d’un matériel dernier cri, livré depuis la Turquie. Une bonne partie du personnel d’Al-Hayat serait composée d’Occidentaux, notamment américains et allemands, venus rejoindre les rangs de l’État islamique qui a su mettre à profit cet afflux de nouvelles compétences. Ainsi, les recrues ayant une expérience dans le domaine de la vidéo, d’Internet, de la programmation, de la communication… sont immédiatement affectées à une unité de production. Cette intégration de djihadistes d’un nouveau type, purs produits de la culture occidentale, explique sans doute le succès des vidéos d’Al-Hayat.

Un ancien caméraman de l’EI, actuellement détenu au Maroc, raconte par exemple au Washington Post avoir participé au tournage de la vidéo de l’exécution en 2014 de 160 soldats syriens pour lequel pas moins de 10 caméramans avaient été mobilisés. La plupart des vidéos, notamment les plus morbides, sont de la même manière filmées par plusieurs caméras, en haute définition, et font ensuite l’objet d’un montage relativement élaboré destiné à « scénariser » l’exécution.  Le montage peut faire penser à celui des clips de rap. Les scènes de combat sont filmées à la manière d’un jeu vidéo. Les « scénarios » des exécutions font penser aux films de torture porn, ces films d’horreur, du type Saw, dans lequel le tueur imagine les méthodes les plus sadiques pour massacrer lentement ses victimes. Les djihadistes, eux, sont filmés comme des super-héros, en contre-plongée, ou disparaissant subitement pour apparaître à un autre endroit.

 Selon un article du site Memri de juin 2014, la propagande de l’EI à destination de l’Occident aurait été confiée, à sa création, à Abu Talha Almani, un ressortissant allemand dont le vrai nom était Denis Cuspert, plus connu dans son pays sous son pseudo de rappeur : Deso Dogg. Né en 1975, Denis Cuspert a eu son heure de célébrité en Allemagne à la fin des années 1990 au début des années 2000. Ses quelques succès musicaux lui ouvrent les portes de la télévision où on le voit régulièrement. Il effectue même, en 2006, une tournée américaine avec quelques grands noms du rap. Plusieurs fois condamné pour des délits mineurs, dont consommation de drogues, Deso Dogg se positionne alors sur le terrain du « gangsta rap » et joue de son image de dur. Il se serait radicalisé au contact de Pierre Vogel alias Abou Hamza, un ancien boxeur professionnel reconverti en prêcheur islamiste. En 2010, Denis Rupert annonce qu’il arrête le rap et explique, en pleurs, lors d’une conférence de presse, que la musique est « haram », c’est-à-dire interdite par l’islam.

En novembre 2014, il apparaît dans une vidéo de l’organisation, brandissant la tête d’une victime après l’exécution de membres d’une tribu syrienne. Au mois d’octobre dernier, le département d’État américain a annoncé qu’Abu Talha Almani avait été tué lors d’une frappe aérienne près de Raqqa en Syrie.

La plus connue de ces vidéos d’exécution est sans doute celle, diffusée en février 2015, de l’exécution d’un pilote jordanien. Longue de 22 minutes, elle commence par un exposé des « crimes » du prisonnier. Celui-ci est accusé d’avoir collaboré avec un régime apostat et d’avoir tué des musulmans en les bombardant. Lui-même avoue ses crimes, face caméra. Puis vient le moment du jugement. La scène se passe en plein air, dans les ruines d’une ville détruite par des bombardements. Elle est entrecoupée d’images des « exactions » du pilote. Celui-ci marche seul, sans entraves ni même gardien à côté de lui, comme s’il acceptait son sort. Les djihadistes, eux, se tiennent à l’écart, en rang ou debout sur des ruines entourant une cage en fer dans laquelle le « coupable » est enfermé. Ses vêtements ont été baignés d’un liquide. Un des djihadistes met alors le feu à une traînée d’essence qui remonte jusqu’à la cage. Durant deux longues minutes, l’agonie du pilote est filmée en haute définition, en gros plan et sous plusieurs angles.

Depuis, Al-Hayat a multiplié ce type de vidéos, redoublant d’imagination dans son obscénité morbide : un homme écrasé par un tank, un autre exécuté au lance-roquettes, cinq hommes portant chacun au cou un collier avec de petites charges explosives qui seront toutes activées au même moment… Dans une autre, un groupe d’hommes est enfermé dans une cage aux barreaux de laquelle ont été fixées de petites caméras de type Go-Pro, avant que celle-ci soit plongée dans une piscine. Les corps des victimes, eux, sont systématiquement maltraités, méprisés. Même lorsqu’il s’agit de combattants tués lors d’affrontements, les djihadistes n’hésitent pas à humilier leurs victimes où à poser devant la caméra avec leurs têtes.

Captagon

En juin dernier, selon le Daily Mail, lors de l’attaque terroriste menée sur la plage de Port El-Kantaoui, près de Sousse (Tunisie), le tireur était sous l’emprise d’une importante quantité de cocaïne, totalement euphorique et déconnecté. Des enquêtes journalistiques (Reuters, Times, The Guardian) ont révélé depuis 2013 l’utilisation présumée de pilules de Captagon chez les combattants de l’Armée Syrienne Libre puis dans les rangs de l’Etat islamique.

Alors que l’Etat islamique interdit formellement l’usage de drogues, sur ou en dehors du champ de bataille, sous peine de sanctions (très) sévères, des témoignages inverses se multiplient. En mai dernier, dans un reportage diffusé par Arte, un trafiquant libanais affirmait vendre des pilules de Captagon à des trafiquants syriens, qui les écouleraient ensuite auprès des combattants de l’EI ou du front Al-Nosra. En janvier, un reportage diffusé sur Vice News montrait notamment quelques objets récupérés sur les corps de combattants de Daesh tués par les soldats kurdes à Kobané. Ordinateur portable, poignard et sac de cocaïne. D’après les soldats, ils appartenaient à l’Emir Abu Zahra, un leader de l’EI, qui aurait pu distribuer la drogue au sein de ses troupes. Deux ans plus tôt, dès janvier 2013, une investigation de l’agence Reuters mettait en lumière la consommation de Captagon par les combattants de l’Armée Syrienne Libre.

Jean-Pol Tassin souligne : “Je suis surpris qu’il n’y ait eu aucune information officielle à ce sujet. Mis à part le cas du terroriste de Sousse en Tunisie, l’existence de traces de drogues n’a jamais été officiellement mentionné. Pourtant ces analyses ne prennent pas beaucoup de temps, surtout lorsque l’on sait ce que l’on cherche”.

Les ressources de l’Etat islamique

Pour la première fois, des documents comptables d’une province occupée par le groupe Etat islamique, celle de Deir ez-Zor, permettent d’estimer avec certitude ses ressources, et leur provenance. Aymenn Jawad al-Tamimi, un chercheur de 23 ans de l’université de Cardiff, les a fait fuiter : ils ont ensuite été analysés et décryptés par le Guardian et la radio publique américaine NPR.

On y apprend que la première province de l’EI retire 66 400 dollars par jour seulement en revenus pétroliers, loin derrière les 3 millions de dollars parfois annoncés. La première source de revenus de l’organisation terroriste dans cette province réside dans les confiscations (44,7 %), puis viennent les reventes de pétrole et de gaz (27,7%), les impôts (23,7%) et l’électricité (3,9%). Du côté des dépenses, la majorité d’entre elles sont dédiées aux salaires des combattants (43,6 %). Cette réalité comptable a pour conséquence la constitution d’une économie parallèle : certains biens sont réservés aux membres de l’organisation Etat islamique, qui sont prêts à dépenser des fortunes pour des produits occidentaux (comme des barres chocolatées).

L’EI dépense également 17,7% de ses revenus pour les services publics, 10 % pour la police et 3 % pour ses médias. Le Guardian souligne que l’EI éprouve des difficultés à garantir un bon système de santé dans cette province. Ainsi, l’organisation a lancé plusieurs ultimatums à destination des médecins qui n’assuraient pas leurs fonctions pour qu’ils retournent travailler, au risque de voir leurs biens confisqués. De manière assez ironique, l’intégralité du budget de l’EI est mesurée en dollars.

Camp Bucca

Le camp Bucca est la plus grande prison du pays à avoir été gérée par des forces américaines, utilisée à partir du mois d’avril 2003 jusqu’à sa fermeture en novembre 2009. Elle a depuis été partiellement transformée en hôtel par une société irakienne qui a construit, tout autour, un quartier d’affaire.

Situé au sud du pays à la frontière avec le Koweit, le camp a accueilli, d’après Associated Press, 100 000 détenus en six ans, et jusqu’à 22 000 rien qu’en 2007, à l’époque où les arrestations étaient les plus nombreuses. Parmi les détenus qui sont passés par le camp, on trouve neuf hauts dirigeants de Daesh, le groupe terroriste qui a revendiqué les attentats du 13 novembre à Paris dans lesquels 130 personnes ont été tuées. L’entreprise de consultant en stratégie internationale The Soufan Group a regroupé leur nom dans un rapport intitulé The islamic state publié en novembre 2014 et disponible gratuitement en ligne. Certains djihadistes, comme Haji Bakr, sont aujourd’hui décédés.

On y trouve, au sommet de la liste, Abou Bakr al-Baghdadi. Le djihadiste irakien, qui dirige l’Etat islamique (EI) depuis 2010, s’est autoproclamé calife de l’Etat islamique le 29 juin 2014, ce qui signifie qu’il se considère comme le commandeur de tous les musulmans.

Le séjour de ce dernier au camp Bucca est un casse-tête pour qui essaierait de retracer son parcours. L’AFP préfère utiliser le conditionnel lorsqu’elle mentionne, dans un court portrait, qu’il “aurait rejoint l’insurrection en Irak peu après l’invasion conduite par les Etats-Unis en 2003, et aurait passé quatre ans dans un camp de détention américain.”

“La durée de son séjour est contestée, et varie de 10 mois à 5 ans” souligne Richard Barrett dans son rapport pour The Soufan Group. Grâce à la vague de déclassification de certains dossiers militaires américains en février 2015 en vertu du Freedom of Information Act, on apprend qu’al-Baghdadi a été capturé “par hasard”, le 4 février 2004, alors qu’il rendait visite à un ami Nessayif Numan Nessayif, visé par l’opération des forces américaines. Il a ensuite été incarcéré en Irak dans “plusieurs prisons” sous la dénomination de “prisonnier civil”. D’après le Business Insider, qui a publié le dossier d’al-Baghdadi et cite le livre ISIS: Inside the Army of Terror de Michael Weiss et du docteur expert de Daesh Hassan Hassan, cela signifie qu’il n’était pas membre d’une force armée ou une milice mais qu’il a été retenu pour des “raisons de sécurité”. Dans son dossier (ci-dessous), son métier civil est défini comme “travail administratif (secrétaire)”.

Le dossier fait mention d’une libération le 8 décembre 2004. Pourtant, plusieurs sources assurent qu’il est resté plus longtemps dans les geôles américaines au Proche-Orient. James Skylar Gerrond*, aujourd’hui vétéran de guerre, était un officier des Forces de sécurité de la force aérienne (AFSC) et commandant au camp Bucca entre septembre 2006 et mars 2007, comme il l’a rappelé dans un tweet publié en août 2010. Sur le réseau social, il a affirmé : “Je veux juste signaler que lorsque j’ai quitté le camp Bucca, Abu Bakr al-Baghdadi était encore là”, soit en mars 2007. Il est en revanche impossible de savoir si al-Baghdadi a été libéré entre décembre 2004 et septembre 2006, ou s’il est resté durant toute cette période emprisonné dans les camps américains.

“Sur ces bases américaines, l’armée s’est s’adonnée à un certain nombre de dérapages similaires à ce qu’on a observé à Abou Ghraib et à Guantanamo”, continue-t-elle. Le camp Bucca, rebaptisé en hommage au pompier Ronald Bucca tué pendant les attaques du 11 septembre 2001, a en effet été la “cible d’accusations d’abus sur ses détenus par des associations de défense des droits de l’homme, qui ont notamment dénoncé l’emprisonnement de détenus pendant des années sans aucune charge retenus contre eux”, souligne l’Associated Press. “Il y a eu des choses extrêmement graves. Cela reste une obsession des gens de l’Etat islamique, ils en parlent en permanence”, insiste Myriam Benraad. “Les tortures, viols, humiliations, sont au cœur de leur revanche. Ils s’adonnent aujourd’hui aux mêmes exactions qu’ils condamnaient.”

Dans un reportage du Time daté de mars 2009, on apprend en effet que le camp a été séparé en deux secteurs. L’un au cœur de la prison, où “des centaines de détenus peuvent se mélanger dans des vastes cours de récréations, avoir accès à des livres, à la télé, à des plateaux d’échecs, et ne sont pas enfermés la nuit”. L’autre enceinte, située en bord de mer, était beaucoup plus austère, constituée de conteneurs dans lesquels pouvaient être mis jusqu’à 7 prisonniers. Parmi les 10 000 prisonniers enfermés lors du reportage de la journaliste, 3000 auraient été retenus dans cette partie du camp.

“Avant leur détention, al-Baghdadi et d’autres étaient déjà des radicaux violents, résolus à attaquer les Etats-Unis. Le temps qu’ils ont passé en prison a renforcé leur extrémisme et leur a donné l’opportunité d’élargir leur base de disciples. Au camp Bucca par exemple, les figures les plus radicales étaient emprisonnées à côté d’individus moins menaçants, dont certains n’étaient même pas coupables de crimes violents. Les prisons de coalition sont devenues des centres de recrutement et des centres d’entraînement pour les terroristes que les Etats-unis combattent aujourd’hui.”

Conséquence de la signature du U.S.– Iraq Status of Forces Agreement par George W. Bush, dans lequel il s’engageait à retirer les troupes américaine d’Irak d’ici le 30 juin 2009, le camp Bucca a fermé ses portes en novembre 2009, posant l’épineuse question de la libération des prisonniers. Associated Press affirmait ainsi à cette époque que les officiels irakiens ont “observé avec inquiétude le flux d’anciens détenus de Bucca qui sont retournés dans leurs villes natales dans des zones où il y avait très peu de travail, ce qui a fait d’eux des cibles faciles au recrutement.”

L’Obs/ Mediapart/ Le Parisien/ Le Figaro /Les Inrocks/ OWNI/ Bakchich/ Atlantico/ Le JDD/ Rue 89 / Le Point

Publié par : Memento Mouloud | décembre 20, 2015

Before Ajaccio, le Front l’Islam et le reste

Patriotes contre mondialistes ont annoncé les dirigeants frontistes. Cela suppose, bien entendu, que tous ceux qui ne sont pas frontistes, ne sont pas patriotes, reste à savoir ce qu’est un patriote.

On le devine par les ennemis déclarés : les mondialistes. Terme fourre-tout et vague, on y dénombrera les capitalistes dits apatrides, les bobos et autres cosmopolites, les immigrés, les roms, les fédérastes européens, les intellectuels, les musulmans, la liste est longue.

Aussi on peut en venir aux patriotes : français de France en tout cas blancs français ou français blancs, catholiques, agnostiques, athées, détenteurs d’un patrimoine ou dézingués par la désindustrialisation, honnêtes gens proclamés en quête d’un sauveur, prêts à rejoindre les clones de la garde biterroise, agitateurs de vignettes de la belle histoire de France, notre Histoire, pas la leur, disons celle de Zemmour et Sévilla qui se lit avec les pieds.

Marine Le Pen se présente en conservatrice en chef de la France des patrimoines et des vignettes, Marion Maréchal comme la Jeanne des Anges de la bourgeoise catholique en rut depuis que les homosexuels ont le droit de se marier et d’adopter. Elles ont trouvé sur leur chemin, le climat d’état d’urgence qui est un climat de grand « lâcher prise » selon la langue Bécassine, cest à dire d’institution d’un état d’exception permanent. On ne vise plus les ennemis, on paramètre la menace fantôme : fermiers bios et anarchistes black-block. Philippe Corcuff pourra donc continuer ses cours mais la contestation sera un nouveau délit.

Les Le Pen surfent sur la vague de peurs qui a suivi le massacre du 13 novembre. Elles surfent aussi sur une plaie.

L’Islam n’est pas une minorité et ne peut être considéré comme une minorité. Il a ses propres rhétoriques, ses propres lois, ses propres codes. Ses fidèles dépassent le milliard. Un musulman ne se soumet pas aux lois républicaines ou à des lois étatiques en général, il se soumet à un rapport de forces. Et il sait que ce rapport est mouvant aussi  il tentera d’en changer la donne. Daech a choisi une voie, les militants de la crèche Baby loup en avaient choisi une autre. Les agresseurs de pompiers à Ajaccio la veille de Noël, une contournée. La gauche ou ce qu’il en reste se dépêche de se tenir du côté des autres, comme si l’impératif catégorique de la gauche consistait à répéter le Jésus de « ce que tu fais au plus petit de mes frères… » mais à sens unique et en oubliant que Jésus, pour les chrétiens, est le médiateur entre Dieu et les hommes tandis que les journalistes de Mediapart et Edwy Plenel en personne sont la bissectrice d’un certain néant, en définitive ce qu’il reste du progressisme, une volonté compulsive de conformation.

L’Arabie Saoudite monte sa propre coalition antiterroriste, la France sanctionne la Russie de Poutine et s’abouche avec Erdogan, le conseil français pour la laïcité trouve qu’il est inutile de légiférer au sujet des établissements d’enseignement supérieur. Saint-Denis, Créteil, Villetaneuse peuvent continuer à multiplier les hidjabs et les sandwichs hallal. Coulibaly avait opté pour le meurtre antisémite, un imam de Brest pour la légitimité du viol des «salopes ». Boutin et Zemmour sont condamnés par des tribunaux français, l’imam franco-marocain dit désormais qu’il regrette, il évitera tout tribunal. Du propre aveu des directeurs pénitentiaires une majorité de prisonniers sont musulmans, ce qui indique bien que le vol, le trafic, l’escroquerie ne sont pas vécus comme une transgression ou une appartenance au milieu par un nombre non négligeable de jeunes hommes musulmans et leurs famille, aussi le vol, le trafic, l’escroquerie sont un acte légitime en terre mécréante, au même titre que tenir une boulangerie ou une boucherie.

Leurs lois ne sont pas les nôtres, c’est la ligne de basse musulmane standard, jouons les Tartuffe en cas de danger c’est la mélodie. Mais c’est une mélodie qui tue toute confiance. Désormais la méfiance est réciproque. Au lieu de s’en expliquer, on la tait, on laisse la blessure s’infecter. Cet été, on apprenait que la mosquée d’Auch avait été brûlé par des derviches d’extrême-droite. Début novembre, l’enquête privilégiait la « piste interne ». En résumé un règlement de comptes. Pas grave, les contribuables continueront à financer la reconstruction.

On pourra fermer tous les comptes, toutes les mosquées radicales et tous les sites, cela ne changera rien à ce fait très simple que l’Islam n’est pas la France, qu’il ne l’a jamais été et qu’il ne le sera jamais à moins d’une conquête.

Nous devrions mener un kulturkampf contre l’Islam en Europe et pour une transformation radicale de la civilisation musulmane dans l’arc méditerranéen mais nous le différons et les frontistes comme d’autres désignent dans le million de réfugiés une cohorte de terroristes potentiels. Personne ne le croit vraiment mais désormais le Danemark peut soumettre la condition d’exilé à des conditions de ressources et la Finlande fermer ses frontières à moins 30 degrés. Débarrassons-nous des pauvres tel est le programme. Il dit clairement que l’Europe et ses dirigeants ne sont pas hostiles à l’Islam quiétiste et littéral mais à la pauvreté. La nécessité d’un combat culturel leur est absolument étrangère parce que les libertés formelles du peuple et des individus sans fortune ou du moins d’une fortune négligeable leur sont indifférentes. La doctrine musulmane comprend parfaitement ce point de vue puisque Mahomet considérait le prix du marché comme adéquat à la volonté de Dieu, en tous lieux et tous temps. Quant aux libertés formelles, on en chercherait vainement le concept parmi les théologiens musulmans.

Pour conclure si le Front a la N c’est une haine partagée, celles envers les pauvres (identifiés aux musulmans, les autres étant de bons pauvres virtuels) mais aussi celles envers tous ceux qui font preuve d’une supériorité qui n’est pas d’ordre patrimonial ou sportif ou d’une subtilité critique qui échappe à l’entendement moyen, c’est-à-dire à l’entendement adepte des gros concepts et des raccourcis fumeux. C’est une haine qui préfère les rassemblements passifs, béats et consuméristes aux délicats dispositifs d’une communauté libre donc divisée et fracturée. C’est une haine qui étouffe plus qu’elle ne tue, une haine dont on fait les Etats.

Publié par : Memento Mouloud | décembre 20, 2015

Des résistants à Montpellier

Samedi pluvieux sur Montpellier, le musée Fabre est désert ou presque, les gardiens tournent en rond parmi deux chinoises et un vieux monsieur courbé dont les yeux se fatiguent sur une allégorie de l’Autriche catholique attaquée par les puissances protestantes. Du Rubens délavé mais du Rubens tout de même. Un seul petit coup d’œil sur les croûtes géantes du XVIII où Jésus ressemble à Hercule et Alexandre à un mignon ; un siècle plus tard, Jésus ressemblera à un jeune bohème et Alexandre aura disparu, bientôt on peindra les fumées de locomotive.

La nuit est tombée, les gens circulent en foule compacte autour des boutiques du marché de Noël qui vendent leur mauvaise bouffe et leurs produits made in China, ça sent la vinasse. Des enfants glissent sur une patinoire, un crachin s’invite. Toujours des groupes compacts près du Polygone, et un amas autour d’un globe enluminé, c’est gratuit, on entend des annonces.

Gros prurit électronique, on annonce un spectacle entre hip hop et fête foraine. Plus loin, ce seront les projections de lumières sur des façades avec cette même grosse caisse et ces lignes mélodiques métalliques qui se résument en trois notes. La foule est toujours compacte car c’est toujours gratuit. La culture comme on dit, c’est-à-dire du patrimoine et du spectacle dit vivant, de fait une animation de supermarché. Au moins, l’été des violonistes viennent offrir quelques volutes d’un fragment oublié ou siffloté, une offrande. Là rien, c’est grosse caisse et ambiance Disney.

La foule comme une seule ombre glisse d’une projection à une autre. Il est temps de partir. Près du Peyrou, les silhouettes de trois fumeurs de shit s’animent au rythme des bourrades verbales d’un vociférant, du rap à n’en pas douter. C’est leur panneau j’existe. La foule, indifférente, continue à braver la nuit pour assister, gratuitement, au spectacle sons et lumières, Disney du pauvre. La statue équestre de Louis XIV est comme pétrifiée dans la pénombre, incongrue. Elle indique du bras, un hypothétique azimut tandis que la foule se déverse dans l’attracteur gratuit, des images et du son ou plutôt n’importe quelle image assistée sur n’importe quelle mélodie synthétique.

Selon les termes de notre président, voici l’armée des ombres

Publié par : Memento Mouloud | décembre 14, 2015

Lendemain de fête

Ce matin, un instituteur d’Aubervilliers a déclaré qu’un membre de l’EI lui avait tranché la gorge avec un cutter. Najat Vallaud-Belkacem s’est déplacée illico sur les lieux. Elle voulait être avec les équipes forcément courageuses et les enfants, forcément choqués, elle voulait rassurer. C’était une farce, une autre, mais une farce du temps de l’état d’urgence. Samedi c’était la Cop 21 qui fêtait sa party avec un accord bidon à propos d’un constat bidon sur des lendemains encore plus bidons. On annonce pour 2025, les premiers bilans, c’est loin 2025, pendant ce temps, on continue, la Chine pourra compter ses satellites tributaires et les Etats-Unis s’enfoncer dans un déclin d’ancienne grande puissance, pendant que l’Europe aura noué un pacte de fer avec la Turquie d’Erdogan et les Etats du Golfe modérément obscurs. Elle comptera alors 1/3 de sa population sous le seuil de pauvreté et le maire de Cologne s’appellera Günther-Ahmed. Un remarquable esprit d’ouverture planera sur les ruines de Syrie, d’Irak, de Grèce, d’Egypte, du Liban, de la Serbie et d’ailleurs, mais la banque centrale sera toujours à  Francfort et on y mangera des saucisses, hallal ou non.

En France, l’éclipse du Front National aura été encadrée par deux évènements. Le Medef aura dénoncé le danger protectionniste et le gouvernement aura courageusement terrassé toute inflation en laissant le SMIC à son niveau de 2012, en attendant mieux, car il faut simplifier, toujours simplifier, c’est la réforme, c’est inévitable, c’est la mondialisation, c’est comme ça, le capitalisme c’est pas la semaine des quatre jeudis. Du côté frontiste l’encerclement des métropoles par les enclaves péri-urbaines et les villes en déshérence se poursuit, bientôt il n’y aura plus de territoire français mais un maillage de balises du libéralisme avancé affrontant les fourches identitaires de l’entre-soi, il deviendra très compliqué de collecter les impôts. Il faudra songer à les prélever à la source et à réinventer les gabelous. Le dehors ressemblera à une menace sans nom, une menace permanente et l’état d’urgence ne sera plus urgent puisqu’il sera permanent, constitutionnel, habituel, faute d’être efficace. Des terroristes enregistrés sur des fichiers S et même W feront exploser quelques pétards et abattront des passants attardés et obscurs. Ce sera la routine, la piqûre de rappel, une sorte d’automate.

La République qu’ils invoquent ressemble au corps glorieux de l’Eglise malmenée par le Grand Inquisiteur, commencée dans la Terreur, elle se poursuit dans la nuit sans fin et contrairement à la Parousie christique, si Robespierre revenait ce ne seraient pas les cadavres qui ressusciteraient mais les têtes qui tomberaient dans l’escarcelle du bourreau algorithmique.

Publié par : Memento Mouloud | décembre 13, 2015

Le Ring a du plomb dans l’aile

Son nom s’affiche comme un titre de film sud-coréen ou japonais. Lancée en 2012 dans une relative indifférence, la maison d’édition Ring a défrayé la chronique par la publication d’ouvrages dont un seul a marché. Dernier en date, Climat Investigation, du présentateur Philippe Verdier. Ce réquisitoire qui entend démonter le “dogme” du réchauffement climatique sur le ton de France-Dimanche, a valu à son auteur la fin de ses prestations sur France Télévisions. Il aurait écoulé plus de 14 000 exemplaires en deux mois, selon le site Edistat. Grand bien lui fasse.

Le marketing Ring est simple : opter pour un sujet qui horripile la gauche de plateau et espérer que les plumitifs de droite relaient le scandale. “Nous sommes les Sex Pistols de l’édition” lance le fondateur, David Serra marquant par là sa révérence aux gérontocrates de la subversion qui paye. Après tout, il ne s’agit pas de militer pour un hypothétique grand soir, mais de vivre plutôt que de survivre dans l’endettement permanent et les projets éteints.

La maison a lancé Laurent Obertonne, dont l’indigeste France Orange mécanique, sorti en 2013, a connu une suite moins glorieuse en terme de cash. On ne gagne pas à tous les coups. Geoffroy Lejeune, rédacteur en chef à Valeurs actuelles, a publié “Une élection ordinaire“ en octobre, qui imagine l’arrivée d’Eric Zemmour à l’Elysée, nouveau bide.

La petite maison soutient une partie de la nébuleuse néo-réactionnaire, celle qui tape sur des figures détestées et tapine auprès de l’opinion droitarde, orwellienne en diable. Le magazine “Sur le ring“, prétend “poser une bombe dans la sale ambiance humaniste”. Les “ennemis” sont listés dans un inventaire rioufolien : “Altermondialistes, rappeurs, féministes, antiracistes, bobos… “.  “Un carnage pur et simple dans les gencives germanopratines ne nous a jamais effleuré l’esprit”, indique David Serra qui combat encore et toujours Jean-Paul Sartre.

David Serra publie peu. Ce quarantenaire, passionné de littérature américaine et d’arts martiaux, fut un adepte du “free fight”. Au milieu de la décennie des krachs en chaîne, il organisait, dans une cour d’immeuble parisienne, des combats décalqués du rite psychotique mis en scène dans  “fight club”,. “On était entre dix et trente selon les soirs, confiait-il alors. Toutes les techniques étaient permises. La seule règle était le respect de l’homme. (…) Je voulais découvrir une nouvelle vérité sur mon existence”. Un clin d’œil au Sergio Leone d’il était une fois dans l’Ouest. De quoi sortir étiquetté en fasciste. C’est oublier la grande tradition européenne du maître et du disciple et éphébique de la meute et du loup de tête.

Le “manifeste de la dissidence blanche“ fait peur aux rédacteurs des Inrocks. Il termine pourtant ainsi : « Ne dites rien qui puisse vous confondre aux yeux de vos enfants. Ne parlez pas à votre conjoint de ce que vous allez faire. Achetez du blanc à chaussures. Achetez une boîte de craies blanches. Des étiquettes blanches. Un feutre blanc. Une bombe de peinture blanche. Mettez une boîte de confettis blancs à votre fenêtre un jour de grand vent. Conservez les rognures des perforatrices pour les semer où vous voulez. Laissez un point, une croix ou un cercle de couleur blanche où bon vous semblera. Devenez les corbeaux de la paix. Faites circuler les consignes de la dissidence blanche. Envoyez-les par email, copiez-les, distribuez-les au bureau. Faites de la résistance pour montrer que les amis du sang et de la haine sont vos ennemis. Et prévoyez le jour où la vie sociale sera constellée de blanc, car ce jour-là, nous serons un million sur les Champs Elysées. »

A moins d’être aussi perspicace qu’un antifasciste en quête de Fred Perry, on voit mal ce qui désarçonne tant Alexis Moreau qui écrit « le site héberge par ailleurs les écrits de l’écrivain identitaire Renaud Camus, théoricien du “grand remplacement” ». Renaud Camus n’est pas un écrivain identitaire, c’est un écrivain tout court, persuadé que la culture française est frappée à mort et qu’elle agonise.

David Serra entra dans le monde de l’édition en 2004, quand il annonça qu’il devenait  le nouvel agent littéraire de Maurice Dantec. Ce dernier s’était dit manipulé par David Serra-Kersan et fustigeait le « chantage », les « menaces » et les « moqueries » dont il aurait fait l’objet. L’éditeur lui aurait demandé de modifier son style pour satisfaire « les attentes du lectorat », en lui imposant des « réviseurs-correcteurs » ainsi qu’une couverture « hideuse ». « Je suis prêt à sacrifier en gambit mon meilleur roman écrit à ce jour pour préserver ma dignité et ma liberté d’écrivain », avait conclu Dantec. Kersan-Serra, répliquait « Nous avons voulu faire renaître un auteur, en chute libre commercialement et attaqué régulièrement sur Internet. Mais comment faire, quand cet homme est à même d’oublier en un instant tout ce qui a été fait pour lui, sous prétexte qu’il est génial, le meilleur, le dernier, et que ses éditeurs n’ont jamais rien compris? ».

Ce que disait Dantec était donc parfaitement vrai. Serra prétend détecter ce que veut le lecteur, ce qui lui importe c’est un nom, celui d’un champion, déchu ou non car le lire le fatigue d’avance. C’est l’effet Rocky. Dis-moi combien tu me rapporteras est la question.

Aussi, tous les auteurs ne gardent pas un mauvais souvenir de Ring, à l’instar de Benjamin Berton, qui y a publié Le nuage radioactif: “Ils ont fait un travail remarquable sur mon bouquin. C’est la première fois qu’un éditeur me fait choisir les polices d’écriture ! Ils portent une attention extrême aux livres qu’ils publient. La bande annonce du bouquin a été tournée devant la centrale nucléaire de Chinon, pour coller au thème du livre… C’était assez marrant, on s’est fait cueillir par une patrouille de sécurité qui tournait aux abords du site parce qu’on était trop près”.

Fin 2013, Ring réalisait 785 000 euros de chiffre d’affaires et 130 000 euros de bénéfices. L’énorme succès de France Orange mécanique (200 mille acheteurs), expliquait la bonne tenue de la maison Serra. En 2014, le chiffre d’affaires retombe sous les 250 000 euros, le nez s’est bouché. Pour 2016, Ring annonce la sortie de La France djihadiste d’Alexandre Mendel qui officie auprès de Valeurs Actuelles, le nouveau partenaire commercial de David Serra.

A ce rythme, le Sex Pistol de l’édition risque de terminer en chevau-léger de Radio Courtoisie, seulement il n’y aura plus de fight club pour oublier dans l’adrénaline cette douce humiliation.

Les Inrocks / L’Express / BAM

Publié par : Memento Mouloud | décembre 12, 2015

La langue frontiviste ou l’anafrontisme une figure de démolition

L’Invasion

 

Le samedi soir, je vais à Carrefour, c’est une invasion de noirs. Il y a deux ans ce n’était pas comme ça

Ici on n’en voyait pas avant. Juste une ou deux familles. Mais il en arrive toujours plus de la ville. Nous on veut juste garder la nationalité française, notre façon de vivre

On réserve les HLM en construction aux musulmans

Qui c’est qui commande ? C’est pas nous

Kebabs et compagnie

Si je restais 10 ans au Maroc, moi, est-ce que je pourrais voter ?

Pourquoi il y a une préférence pour les étrangers ?

A la caisse d’allocation familiale, ils m’ont dit, vous ne faîtes pas partie  de la bonne catégorie, je ne m’appelle pas Fatima

L’étranger qui fait venir sa famille soigne tout le monde avec une carte Vitale. Pourquoi on me réclame les dépassements, à moi ?

Des minarets à tire-larigot

Là-bas, on ne pourrait pas nous construire des églises

Je dis à tous les bien-pensants l’immigration ça suffit. Elle cause des dégâts économiques du fait de la concurrence salariale et crée des problèmes culturels dus à l’Islam

Les islamistes sont en train de nous grignoter, nous grignoter, nous grignoter. C’est une communauté intrigante.

 

Le Horla

Les gens n’osent plus sortir de chez eux, c’est pour ça qu’ils se réfugient dans un vote tendance

Nos enfants ont vu des drapeaux français brûler à la Bastille

 

Le Pen Family

 

Elle est plus femme, plus modérée, plus moderne

Pourquoi la repousser puisqu’on parle pareil

Marine et son père, ils ont les mots pour nous

C’est pas Hitler, Marine, elle est différente de son père. Mais si elle passe, tu paries ? Les voyous raseront les murs ! Et puis, si c’est pas elle, on est mort, on est mort

Les PDG ont des salaires de dingues et les racailles touchent l’aide sociale. Et nous, on trime toute notre vie. Marine Le Pen, elle, saurait remettre les choses à leur place

Laxatif

Laxisme envers les étrangers, les faux-chômeurs, les délinquants

Je suis écoeuré

Cela fait trente ans que les Goebbels nous traitent d’abrutis, alors qu’on avait raison. Ils ont foutu en l’air le clergé et la famille, et maintenant ils détruisent la ruralité. Les gars payés à coups de lance-pierre, les familles qui fuient la colonisation intérieure, les agriculteurs qui refusent de se suicider au raticide, ils ne peuvent plus voter pour ceux qui les ont fait patauger dans la merde

 

Grosses voitures

 

Des bronzés et des manouches qui conduisent des grosses voitures alors qu’ils touchent le RSA

Les petites racailles en BMW

Les trous du cul qui bloquent les rues en mettant leurs warnings

 

Les zélites

 

Le petit monde médiatique de gôche

Il faut montrer à ceux qui ont du pouvoir qu’ils ne sont pas seuls

Sarkozy nous avait promis le remboursement des lunettes rien n’est venu

On est la classe moyenne, on vient de la France profonde et on veut que le gouvernement fasse des choses pour nous

J’ai appelé à voter Sarkozy au second tour contre la gauche socialo-communiste, ça n’a pas plu aux élites du FN

Sarkozy nous a pris pour des jambons

 

Idées

 

La justice, l’Europe, le franc, je me retrouve en plein dans ses idées

Avec ma femme on regarde les débats d’Yves Calvi sur la Cinq, c’est formidable

Pourquoi les juifs qui n’étaient pas les seules victimes des camps de concentration tirent la couverture à eux

C’est pas pour être raciste, mais si on valorisait le français, de temps en temps, ça serait sympa

Vous trouvez ça normal, vous ?

Au Front maintenant, il vaut mieux être pédé qu’intelligent

 

Décadence

A cause de la suppression du service militaire, on a une armée de pantins dont les ¾ sont des blacks et des beurs

La France subit la concurrence des chinois. L’Europe protège pas notre industrie, et notre agriculture non plus. Au contraire, avec toutes les règles, elle nous complique la tâche

Tous les moyens de l’Anru ont été concentrés sur le Vert-Bois à Saint-Dizier, alors que nous, pour rénover notre habitat délabré, nous n’avons d’autre choix que de nous endetter

Il y a dix ans, autour de chez moi, il y avait cinq ou six entreprises dans lesquelles travaillaient 280 personnes. Aujourd’hui, je suis seul, et il n’y a plus que des assistés

Avec les filles ils sont irrespectueux. Je peux plus aller à Avignon le soir avec des copines. Ils provoquent. Ils disent qu’on est bonnes et personne ne dit rien

A Paris aussi il y a des quartiers où je ne vais pas

 

Les zassistés

 

Le RSA sans contrepartie c’est trop facile à ne rien faire

Vous savez qui habite en face ? Un père divorcé qui a décidé d’arrêter de travailler et qui s’en vante

On a l’intention de jarcler personne, la priorité nationale c’est de réserver les prestations sociales aux français quelle que soient leurs origines

Les gens qui travaillent en ont marre de payer pour les autres

C’est un vote contre les cas sociaux

Ras le bol de payer pour les autres, il y a trop d’assistés

 

Lutte sur place

Dans la grande distribution où je travaille, des gens bossent pour 1000 euros après quinze ans de carrière. Il faut se battre contre les exploiteurs

Si j’avais pris ma retraite à 60 ans, j’aurais touché 300 euros. Mon mari est en invalidité, je fais comment ?

 

 

Publié par : Memento Mouloud | décembre 12, 2015

Dazibaos au gré du vent

Moi pour mes études, je me suis inscrite en région centre

Si non caste tamen caute

Un aphoriste plante des clous

L’instinct est le dépôt du raisonnement

Des analphabètes monétaires

Who paid the piper

Romantique et totalement addictif

Odio Humanis generis

Clap your hands

Io mi voglio divertir

Essayer encore rater encore rater mieux

Rien ne peut se substituer à une vie humaine

Mangerbouger

Tout médiatique est remplaçable

In search of incredible

Geox respire

Encore un nom à paresser dehors

Vous n’auriez pas un petit euro pour que je mange un grec

40 % d’admis

Tous les jours une chance de gagner

Ma carte bleue m’est plus proche que tes lèvres

Be happy Be simplet

Tu peux car tu dois

Tu dois car tu peux

Tu ne peux pas donc tu ne dois pas

Jouis, toute infraction à cette injonction sera sévèrement punie

Un droit n’est pas une permission

Seule la force arrête la force

Dieu est l’objet infini du désir, la promesse

Contrat personnalisé

Ce back-room est éclairé par Led

Attentifs ensemble

Le deux fois crucifié où le trouver dans l’histoire ?

I cannot make it cohere

Les abeilles cueillent la lumière

Supprimant en sa chair la haine

Interdiction de nourrir les pigeons sous peine de poursuite

Exitiabilis superstitio

Pour appeler le chef de station

Sang, sexe et coups bas, une école presque normale

7 consignes à respecter

être libre c’est exercer ses pouvoirs

l’énergie ne peut être créée ou détruite, elle change de forme

La liberté a du bon

Il faut veiller à ne pas trop instruire

Plus frais, moins cher

Vous emprunterez de nouvelles portes

Qui jamais ne manque à l’appel s’attire le mépris

L’histoire du terrorisme est éducative

L’injonction d’être à la fois Z et non-Z

Un manteau pendu à une patère

Toute spiritualité est hypocrite

Pour Dieu l’expérience n’existe pas

Le monde se divise en deux : ceux qui ont besoin de tenir et les rentiers

Pour réussir les concours sciences-po

Ils souffraient d’une inquiétude diffuse, ils ne dormaient plus

Regardez l’avenir avec confiance

Ne mets pas tes mains sur les portes

L’individu est le lieu géométrique de toutes les faiblesses

Le plus grand choix du web

Le tableau de distribution commande le circuit électrique

E vei jausen lo jorn qu’esper denan

La Chose sociale a mille yeux

Génétiquement parlant, l’homme est presque une mouche

Nel mezzo del cammin di nostra vita

Tu risques de te faire pincer très fort

le sacrifice de soi est l’immondice de toute morale

La révolution fut un rêve de pierre

Le secret déconnecte le singulier et le collectif

Pas de compromis

Cauchemars sur mesure

Dieu crée ses propres objets

Contra vim mortis non est medicamen

Mortui non mordent

Ein Kompelle

Rejoignez la manière basse de penser

Taille dans le vif

Vous pouvez également composer un numéro d’urgence

J’ai trouvé le moyen le plus économique  pour m’envoyer en l’air

Pour arrêter de fumer faîtes-vous aider

Omnium Odium

L’animal est mieux équipé pour vivre

C’est pas l’euro qui fait augmenter le prix de ta baguette mais la pression démographique mondiale

Vénus après le vin, c’est du feu sur du feu

La Vème République c’est Salente sur Seine

Avant que la planète ne meure les êtres avaient cessé de parler

Un peine à jouir est un branleur ignorant le point g

Le christianisme est un exil permanent dans le monde

Culpa lata dolo aequiparatur

Le système financier américain est réellement insolvable

Nous saurons toujours où vous êtes et où vous allez

Meglio un amico che cento parenti, pure ricchi e potenti

Il ne faut juger de notre heur qu’après la mort

Métro, boulot, fourneaux

Leur égalité, nous rendre indiscernables

Déjà 150 000 lecteurs

 Le phénomène gravity enfin dans vos chiottes

Hollande en montagne

 Pascesoir

On peut tous avoir des superpouvoirs

12 meetings 3 pays

On peut être élu et garder l’os à moëlle

Dolo malo agit

Calzedonia le suicide de la société

Le christianisme est une lubie

Je range la culture dans ma poche

Never Mind Superman

Cum fide agit

La prison reste ouverte pendant les travaux

Donnez pour ma survie

La poésie est la clairière de l’ennui, son retrait

La technique n’est pas une question de prix

Ni Comte, ni Sponville

Homo liber

Etant donné que je suis sans domicile fixe

Vincent Niclo dans le rôle de la bête

La musique, c’est ce qui unifie

Vous verrez les vieux sous un autre jour

Paralogismes, contrevérités, allusions cachées

Travail ou loisirs, à eux de choisir

Les riches ne meurent jamais

Des chevaux de frise de livres et d’incompréhension mutuelle

On enterre beaucoup de belles choses dans la boue qui a les serties

Une guerre entre un acheteur et un vendeur n’est pas profitable

Salsa l’eau

Les animaux sauvages s’installent à Paris

Chez vous partout dans le monde

Le choix ne s’opère qu’à partir de l’incertitude

La TVA peut aller se faire cuire un oeuf

Publié par : Memento Mouloud | décembre 11, 2015

Sevran 2015, une ville de Seine-Saint Denis

10 décembre 2015

Le jeudi 10 décembre, un bus de la TRA (Transports rapides automobiles, filiale de Transdev) a été la victime collatérale d’un énième règlement de compte. Alors que le bus 618 transportait des passagers, à proximité de la gare RER de Sevran-Beaudottes, « des jeunes se sont battus au fond du bus, à coups de gaz lacrymogènes, et peut-être de batte de base-ball », indique Laurent Oudotte, le directeur général de la TRA. « La conductrice a très bien réagi : elle a arrêté son véhicule, et fait descendre les voyageurs pour les mettre en sécurité. Elle s’est montrée très courageuse et professionnelle. » Mais les jeunes restés dans le bus se sont alors dirigés vers elle : « Elle a commencé à actionner sa vitre anti-agression, mais ils ont réussi à l’expulser manu militari de son poste de conduite. »

« Je n’ai jamais vu ça ». Le directeur général de la TRA reste stupéfait des conditions dans lesquelles la machiniste a été agressée. Ayant reçu des coups dans le dos, la victime n’est pas grièvement blessée, « mais très choquée ». Agée de 40 ans, elle travaille depuis 6 ans au sein de la société de transport. Les adolescents ont ensuite tenté de prendre les commandes du véhicule qui est allé s’encastrer dans un arbre 300 m plus loin. Depuis jeudi, la ligne 618 est à l’arrêt. Deux autres lignes de la TRA, la 610 et la 607, ont été déviées pour contourner la gare RER. Une équipe de protection de la TRA a également été dépêchée dans le secteur, pour sécuriser les chauffeurs.

Laurent Oudotte insiste sur le caractère « exceptionnel » de cet épisode de violence, « alors que les incidents sont plutôt en baisse ces derniers temps ». Quatre mineurs de 15 à 17 ans ont été placés en garde à vue selon le parquet de Bobigny. Laurent Chantrelle, élu socialiste et directeur d’école à proximité, a aperçu le bus accidenté, rapidement entouré d’un périmètre de sécurité : « La police est intervenue très rapidement. Ces jeunes sont inconscients. L’entrée du collège n’était pas loin, l’accident aurait pu être bien plus grave ! »

4 décembre 2015

Fares Rahaoui n’a pas réussi à convaincre les jurés. Depuis lundi, le jeune homme, accusé d’avoir tué de plusieurs rafales de kalachnikov Ahmed Reddad, 22 ans, le 13 janvier 2013, à Sevran, clame son innocence. Vendredi soir, la cour d’assises de Seine-Saint-Denis a condamné ce jeune homme de 25 ans, père de deux enfants, à 20 ans de réclusion criminelle. Son complice, William Tirolien, 23 ans, accusé de lui avoir servi de chauffeur le jour des faits, a, lui, écopé de 7 ans de prison, soit trois années de moins que les réquisitions de l’avocat général.

Le 13 janvier 2013, William Tirolien et Fares Rahaoui, deux habitants de Garges (Val-d’Oise) se seraient rendus aux Beaudottes, à Sevran, pour acheter pour 1 500 € de drogue. Là, Fares se serait fait « carotter » par des dealeurs qui lui auraient pris son argent sans lui donner en échange le cannabis et la cocaïne promis. Furieux, il serait revenu, accompagné de William Tirolien, à Sevran un peu plus tard dans la soirée. C’est à ce moment-là qu’il aurait abattu à coups de kalachnikov Ahmed Reddad, qui se trouvait parmi les vendeurs.

« M. Rahaoui s’est efforcé tout au long de l’audience de se mettre à distance de tous les éléments qui pouvaient le rapprocher du meurtre : la voiture, qu’il n’a jamais conduite, le lieu du crime où il n’a jamais été et l’arme qu’il n’a jamais touchée. Mais M. Rahaoui ment », a martelé vendredi l’avocat général. « Et dans ce dossier, le « selfie » à la Kalachnikov de Fares Rahaoui, retrouvé dans le téléphone de William Tirolien, est déterminant. L’arme avec laquelle il se prend en photo est celle avec laquelle Ahmed Reddad a été tué. »

8 novembre 2015

L’école élémentaire Villon n’ouvrira pas ses portes ce lundi à Sevransuite à  un début d’incendie survenu ce dimanche dans une cage d’escalier de l’établissement scolaire, situé dans le quartier Cité Basse. L’incendie, rapidement maîtrisé par les pompiers, n’a pas causé de dégâts irrémédiables, mais il rend impraticable un escalier. « Il mène aux classes situées à l’étage. En l’état, tout noirci, les enfants ne peuvent pas l’utiliser. Sur l’avis des pompiers, nous fermons l’école pour remettre les lieux en état », indique Elsa Wanlin, maire adjointe PS de Sevran, en charge de l’éducation. Selon de premiers éléments, ce début d’incendie serait volontaire. Un ou des intrus auraient mis le feu à des papiers trouvés dans une poubelle de l’école. Une autre tentative, restée vaine, a eu lieu à l’autre bout de l’établissement. Peu de temps après, deux personnes ont été interpellées.

 Un autre incendie, bien plus spectaculaire, s’est produit à peu près au même moment, dans un tout autre quartier, celui de Primevères-Savigny. Les deux véhicules étaient garés sur un terrain du Centre technique municipal. Le brasier a dégagé une épaisse fumée, visible de loin. Là encore, l’hypothèse criminelle est privilégiée.

27 octobre 2015

Elise a 56 ans, pour elle, ça fait près de quarante ans. En 1979, quand son mari est muté en région parisienne, elle quitte le Nord-Pas-de-Calais, «une région sinistrée», pour Sevran où elle fêtera ses 20 ans. Elle travaille quinze ans à la mairie comme technicienne de surface, «enfin, j’faisais le ménage quoi», et en quinze ans cette mère de quatre enfants devenue célibataire n’aura jamais eu de réponse à sa demande de logement social. Sa vengeance : «Je ne vote plusFaut prendre le bon côté des choses, Sevran c’est plein de verdure, on a le parc forestier de la Poudrerie, le canal, et cette place, c’est la place idéale…Qu’est-ce que vous voulez ? Parfois on vit, parfois on survit.» 

Ici, on a du mal à comprendre pourquoi les ventes de l’agence immobilière du coin chutent, sans fin. «Sauf aux Trèfles», précise l’agent immobilier. La quarantaine, brune, sevranaise de naissance, elle travaille sur la place et connaît la ville par cœur. Le quartier des Trèfles est un des quartiers pavillonnaires de la ville situé à l’extrême sud, derrière la gare de Livry. Derrière le canal, derrière tout, loin. Une femme qui passe par là raconte qu’elle a troqué Montreuil pour venir s’installer aux Trèfles.

 Elle vit maintenant dans un petit pavillon avec jardin, et assure que«c’est super pour les enfants» et que, «de toute façon, vous les journalistes vous parlez tout le temps des cités, des trucs chocs. Vous avez une vision noire des choses. Ecrivez qu’on est heureux, que mes enfants vont dans l’école du coin, qu’elle est super, et qu’à 16h30, ils vont prendre leur gouter au parc de la Poudrerie». Au fil de la conversation, j’apprends que cette femme est élue socialiste, adjointe au maire.

 «Y a rien ici, je veux déménager.» Dimanche 6 Septembre, c’est la fête de Sevran. La mairie tweete le rendez-vous : «Venez nombreux au stade Gaston-Bussière», mais Nadia n’ira pas à la fête. Mère de quatre enfants, elle vit «aux Radars», côté Beaudottes. Nadia veut partir, sans savoir où aller, mais elle veut partir. Elle dit avoir peur pour ses enfants à qui elle interdit de sortir sans elle. «Je ne veux pas qu’ils traînent. Ça peut partir trop vite.»

 La jeune coiffeuse de l’Hair du temps, le dernier coiffeur mixte du coin, confirme, lasse : «Des commerces ? C’est simple, il n’y en a plus. Il n’y a plus rien.» Il y a toujours le centre commercial Beau Sevran (qui se réduit à vue d’œil), mais les habitants du sud ne vont pas au nord. Et vice versa. On compte ici plus de 300 associations. Avec ZikFoot, qui rassemble le foot et le rap depuis sept ans, on entend «ramener de la vie». Chaque année, l’association organise une journée entière de concerts et tournois de foot, invitant des têtes d’affiche comme Mac Tyer ou Médine, qui contribuent à faire venir le dehors dedans. «On manque cruellement d’infrastructures pour les jeunes, et il n’y a pas d’entreprise, pas d’horizon.» Issa dit avoir grandi heureux, mais il avoue qu’il ne veut pas que ces enfants grandissent ici. Alors il est parti, «pour fonder une famille, on ne reste pas à Sevran». 

21 octobre 2015

Un homme de 20 ans a passé la nuit de mardi à mercredi en garde à vue après la découverte, chez lui, de plusieurs armes avec des munitions. La police l’avait interpellé à Rougemont, à Sevran, en possession d’un peu de résine de cannabis. En perquisition chez lui, les policiers ont découvert un revolver de petit calibre, un pistolet à grenaille de calibre 9 mm, un fusil de chasse, une vingtaine de cartouches 9 mm et autant de cartouches Famas.

13 octobre 2015

Plus de 6 kg de cannabis, deux armes et 900 € en espèce ont été saisis mardi matin à Sevran, avenue du Docteur Schaffner, dans la cité Rougemont. Vers 11 heures, sur la base d’un renseignement anonyme, les policiers du commissariat local d’Aulnay-sous-Bois ont interpellé deux jeunes hommes, âgés de 17 et 18 ans. La perquisition de deux appartements et d’une voiture qui a suivi a permis de mettre la main sur 6,335 kg de résine de cannabis, un fusil à lunette, un revolver à gaz, 34 cartouches de 9 mm à grenailles, une cagoule et de l’argent. Les deux suspects ont été placés en garde à vue pour trafic de stupéfiants. L’enquête se poursuit.

12 octobre 2015

On peut imaginer la stupeur du technicien, qui en ouvrant le local réservé à la ventilation, dans un immeuble de l’allée Marco-Polo à Sevran, est tombé le 1er octobre sur un stock d’armes de guerre. Des pistolets mitrailleurs, des Kalachnikov… Personne n’a été interpellé et ne pourra l’être. « Ce sont des armes factices, leur détention est autorisée », précise un policier. Mais pour le salarié concerné, le climat n’est pas franchement propice à la farce. L’entreprise a illico suspendu son contrat. Et elle n’est pas seule à craindre pour la sécurité de ses hommes : les réparateurs d’ascenseur ne viennent plus après 11 heures, et mercredi dernier, c’est la société de nettoyage qui a suspendu ses interventions pendant trois mois minimum dans le secteur. Tous invoquent des raisons de sécurité.

On est aux Chalands 1, aussi appelés « les nouvelles Beaudottes », entre l’école Emile-Zola et le centre social Marcel-Paul, à quelques minutes à pied de la gare du RER B Sevran-Beaudottes. On passe des HLM aux copropriétés sans vraiment s’en rendre compte. Sur dix-huit copropriétés en difficulté répertoriées sur la ville, huit se trouvent aux Beaudottes, dont l’immeuble de l’allée Marco-Polo au cœur d’un plan de sauvegarde. Un immeuble de 4 étages en mauvaise forme. « Les gens payent 1 000 € de charge par trimestre, pour une qualité de confort inexistant », déplore le gestionnaire qui a, de son côté, déposé plainte samedi. « Des gens viennent se piquer dans le parking, des habitants ont la peur au ventre. Et moi, en tant que syndic, je suis désarmé, je ne peux même plus ramener une entreprise à l’heure que je veux. »

Si dans le quartier, le constat est des plus alarmistes, c’est que les signaux sont au rouge. Le trafic est visible le matin. Les immeubles qui avaient été débarrassés des dealeurs sont à nouveau en proie au squat. « Un jeune nous a dit : “Ne vous inquiétez pas, on récupérera le hall” », rapporte un habitant qui avait occupé son hall il y a trois ans pour en chasser les trafiquants. Sur plusieurs vidéos récentes, on voit des jeunes s’installer le soir, avec leur chicha et un chien. De l’avis de policiers, le trafic a diminué. Mais localement, tout le monde observe une reprise, sur les trois gros quartiers, dès le matin.

S’il préfère que le nom de son entreprise ne soit pas mentionné, c’est pour protéger ses salariés. « Pour éviter qu’ils aient la pression », explique le responsable de cette société familiale spécialisée dans l’entretien de la ventilation depuis 67 ans.

« Personnellement, j’ai pris la direction de l’entreprise au printemps 2005. A l’automne il y avait les émeutes depuis on a toujours continué à travailler, de jour comme de nuit », précise Jean-François D. Habitués à intervenir dans les cités, ses collaborateurs « connaissent les codes, interviennent avec précaution ». Le matin plutôt qu’en fin d’après-midi, par exemple. « Le site de Sevran est tendu mais ce n’est pas nouveau », poursuit-il. La société n’y intervient qu’une fois l’an.

Jeudi 1er octobre, c’est un apprenti qui a été envoyé sur le site, pour une intervention en rapport avec ses compétences. La découverte des armes factices a conduit à la suspension immédiate du contrat, en accord avec le gestionnaire. « On a tous le souci des habitants qui vivent là, ils ne méritent pas qu’on les laisse à l’abandon », conclut le responsable, prêt à renvoyer ses hommes lorsque des garanties de sécurité seront réunies.

9 octobre 2015

C’était une petite entreprise entièrement dévolue au trafic de stupéfiants. Avec ses patrons, Davy et son associé Christian. Ses vendeurs. Ses fournisseurs. Sa nourrice (personne chargée du stockage des produits, NDLR). Et, même, son jardinier, en charge de la cannabiculture ! Tout au long de l’année 2014, ces deux hommes ont fait prospérer leur point de vente de cannabis et cocaïne, implanté à la cité Rougemont, à Sevran. Interpellés courant 2014, ils comparaissaient jeudi et vendredi, avec neuf de leurs complices, devant le tribunal correctionnel de Bobigny. « Davy et Christian géraient ce point de vente où s’écoulait chaque jour 1,5 kg de cannabis, détaille la procureur de la République, vendredi lors du réquisitoire. Ils veillaient à ce qu’il soit approvisionné et recouraient aux petits de la cité pour le transport de stupéfiants. Ils avaient aussi la responsabilité des quatre appartements où était cultivé le cannabis, et notamment le plus important, celui d’Eragny (Val-d’Oise) ».

Grâce à l’argent illégalement récolté, les deux hommes menaient un train de vie fastueux, avec voyages en Thaïlande, montres en or, cadeaux somptueux, voitures de luxe… « Le trafic comme l’association de malfaiteur est parfaitement établi », poursuit la procureur qui a réclamé 6 ans de prison pour Christian et 8 ans pour Davy (ce dernier étant en récidive légale) ainsi que 70 000 € d’amende pour chacun d’eux.

Comme tout patron de commerce, les deux protagonistes avaient recours à des fournisseurs et des producteurs. Fanta était ainsi en charge de l’approvisionnement en graines de cannabis. « C’était lui qui devait s’assurer de la qualité des graines, en provenance d’Amsterdam, qui allaient être plantées », précise la procureur qui a requis 2 ans de prison. Salah prêtait lui son appartement d’Eragny et s’occupait également d’acheter le matériel pour la culture indoor (à l’intérieur, NDLR). La procureur a demandé deux ans à son encontre. Toutif, « l’expert en culture indoor » qui faisait office de « jardinier », risque, lui, de la prison avec sursis, tout comme son frère — qui avait mis à disposition un autre appartement — et Alban, qui se chargeait de vérifier les installations électriques des cannabicultures.

Une entreprise ne pouvant fonctionner sans trésorerie, les deux patrons avaient recours au frère de Christian, restaurateur de profession, qui leur avançait l’argent nécessaire à tout investissement. La procureur a requis contre lui 18 mois de prison avec sursis. Pour stocker la drogue, les dealeurs de ce point de vente avaient recours à une nourrice, qui, elle aussi, risque de la prison avec sursis. Les délibérés étaient attendus vendredi dans la soirée.

23 juillet 2015

C’est un camion poubelle qui mettra finalement fin à sa nuit de cauchemar. Un bagagiste de l’aéroport de Roissy a été tout bonnement kidnappé dans la nuit de mardi à mercredi, alors qu’il s’apprêtait à rentrer chez lui, après avoir quitté son travail. Les ravisseurs lui ont extorqué son code de carte bleue. Seuls les éboueurs auront eu pitié de cet homme hagard, qui tentait d’arrêter les voitures en rase campagne dans les environs de Lagny-sur-Marne (Seine-et-Marne) mercredi à l’aube. L’auto-stoppeur matinal venait de vivre des instants difficiles. Vers une heure du matin, cet agent de fret, employé sur la plate-forme aéroportuaire, rentrait chez lui après sa journée de travail. Il gare sa C4 devant son domicile, à Sevran. En une fraction de seconde, deux hommes encapuchonnés lui tombent dessus et le poussent à l’arrière de son véhicule. Sous la menace d’une arme de poing, il est alors contraint de donner le code de sa carte bleue. Les malfaiteurs démarrent et roulent quelque temps à la recherche d’un distributeur de billets. Pour une raison inconnue, ils ne parviennent pas à retirer de l’argent, et reprennent la route en compagnie de leur victime, toujours tapie sur le plancher de la C4. Bredouilles, ils décident de le larguer au bord d’une voie rapide. Une fois à l’air libre, l’homme erre, déboussolé, sans papiers ni portable, jusqu’à la station-service la plus proche, et commence à faire du stop. Finalement, c’est un camion poubelle qui le fera monter à bord et le déposera au commissariat de Lagny. LaCitroën C4 sera retrouvée intacte, à Aulnay, dans la cité de la Rose-des-Vents (dite des 3 000), l’après-midi même. Les ravisseurs du bagagiste sont toujours recherchés. L’enquête a été confiée à la Sûreté départementale. La victime, un homme inconnu des services de police, pourrait peut-être avoir été victime d’une méprise

17 juillet 2015

Guerre des nerfs dans un immeuble du quartier de la gare de Sevran-Livry. D’un côté, le trafic de drogue et de l’autre, un propriétaire et ses locataires, pourtant bien déterminés à faire bouger les choses, mais qui se sentent « abandonnés ».Des trafiquants s’installent en effet tous les soirs devant le bâtiment. Le tapage nocturne gêne aussi les locataires. Bagarres, musique à fond et discussions endiablées rythment leurs nuits. Pas facile, surtout quand on a des enfants. C’est le cas de Sonia *. Cette mère se bat depuis des mois pour retrouver un peu de calme : « Ils sont là toute la nuit et ils empêchent tout le monde de dormir. Ils passent au-dessus du portail pour cacher leur marchandise dans la cour, devant nos enfants ». Malgré tout, Sonia ne compte pas déménager. Elle aime « trop ce quartier ». « Les trafiquants ont même voulu acheter un badge pour entrer plus facilement dans l’immeuble », croit-elle savoir. Le propriétaire avait en effet installé un digicode et un Vigik, pour plus de sécurité. Mais les deux viennent d’être cassés par les trafiquants. Le propriétaire explique avoir déposé plainte fin juillet, « pour la quatrième fois », en vain. « La situation ne bouge pas ! », tempête-t-il. Les locataires, eux, multiplient les initiatives. Ils ont notamment fait circuler une pétition, envoyée au maire, et pour laquelle ils disent n’avoir eu aucun retour. Du côté du cabinet du maire, le son de cloche est différent : « On a évoqué la situation de ce quartier lors de la dernière réunion sur la sécurité et la prévention. Ce n’est pas vrai de dire que rien n’est fait. La police intervient et le propriétaire peut prendre rendez-vous avec la tranquillité publique. » Justement, les locaux des gardes urbains touchent l’immeuble. La solution pourrait être l’installation d’une caméra dans la rue. « Si vous en mettez juste une, c’est fini », propose le bailleur. Le quartier en compte déjà plusieurs mais aucune d’elles n’est tournée vers la rue…Contactée à ce sujet, la préfecture n’a pas donné suite aux sollicitations.

28 juin 2015

Dans la nuit de vendredi à samedi, peu après minuit, un homme s’est présenté au commissariat de Sevran en expliquant souffrir le martyr au niveau d’un pied. En y regardant de plus près, les policiers ont constaté que l’individu avait de bonnes raisons d’être incommodé : une balle l’avait atteint au pied. Plus précisément, il s’agit d’un projectile de calibre 7,65 mm. L’histoire est assez confuse. Le blessé aurait indiqué qu’il avait été pris à partie peu de temps avant par trois ou quatre hommes qui circulaient dans une voiture sur l’avenue du Général-Leclerc à Sevran. Il aurait entendu plusieurs détonations et ressenti aussitôt une vive douleur dans un pied. L’homme a été examiné à l’hôpital de Villepinte qui a effectivement constaté que trois morceaux de plomb s’étaient logés dans ses chairs. L’enquête a été confiée au service départemental de la police judiciaire du 93.

24 juin 2015

A pied et à cheval, des policiers ont tenu à distance les promeneurs ce mardi après-midi dans le parc de la Poudrerie. Les habitués du Parc n’ont pas mis longtemps à comprendre qu’il s’agissait d’une reconstitution du drame qui s’est joué à la rentrée dernière au cœur du parc. « Ça a été un traumatisme pour tous ceux qui viennent ici », confie un promeneur au sujet de l’assassinat de Gwendoline. Cette jeune femme de 22 ans faisait son footing, le lundi 8 septembre, lorsque son agresseur a surgi. Il était vraisemblablement tapi derrière un monticule de terre, le couteau à la main. D’après l’autopsie, elle a été poignardée huit fois et s’est débattue. Avocats, médecin légiste, substitut du procureur étaient sur place avec le juge d’instruction et l’accusé pour comprendre comment Cédric D., père de famille revenu vivre chez sa mère à Livry-Gargan, avait tué la jeune femme. Les cris de la victime avaient alerté des promeneurs, mais ils étaient arrivés trop tard. L’agresseur avait été rattrapé par des policiers à cheval. « Il dit que c’est le geste d’un homme à bout, désespéré et en colère », expliquait son avocate Me Cuilliez juste après son défèrement. Cédric D. est poursuivi pour assassinat.

28 mai 2015

Les policiers n’en étaient pas. Mais la personne qui leur a ouvert la porte, mercredi midi, rue Michelet, à Sevran, l’a compris trop tard. Selon un scénario d’une efficacité redoutable, les escrocs ont prétendu rechercher un voleur qui se faisait passer pour un agent des eaux. C’était bien vrai puisqu’un faux agent des eaux était dans le logement, mais il était leur complice. Lorsque les trois compères sont repartis, la victime a découvert qu’on lui avait volé plusieurs centaines d’euros, son téléphone et des clés de voiture.

7 mai 2015

Même déserte ce week-end, l’école élémentaire Montaigne à Sevran sera pourtant sous surveillance. Un gardien a été dépêché par la ville, suite au saccage de l’établissement mercredi. La directrice adjointe académique, Françoise Moncada, s’est rendue ce jeudi matin auprès des enseignants pour leur proposer un dispositif d’écoute, et s’assurer que toutes «les conditions matérielles et de sécurité étaient réunies» pour l’accueil des enfants. Tous ont pu rejoindre leur classe. La veille, bon nombre d’enfants étaient restés dans la cour, tandis que la police scientifique relevait des indices. «Trois salles ont été vandalisées, dix portes cassées avec des extincteurs», détaille atterrée, Elsa Wanlin, adjointe (PS) au maire en charge des politiques éducatives. Les boîtiers d’alarme ont été détruits, quelques ordinateurs portables volés, ainsi que de l’argent réservé à une sortie. La liste exhaustive sera transmise lundi au commissariat, avec un dépôt de plainte. L’alarme a été installée cette année pour 20 000 €. Un raté ? «Elle a fonctionné mais il y a eu un problème de télétransmission avec l’entreprise», rétorque Elsa Wanlin. En un an, nombre d’écoles sevranaises ont subi des intrusions et vols. Après une accalmie cet été, de nouveaux faits ont été signalés. À Montaigne, la maternelle a été visée avant les vacances de Pâques. «Quand va-t-on mettre des caméras ?» s’inquiète une maman du quartier. «Si on n’a pas les moyens de mettre quelqu’un derrière les écrans, ça ne règle rien», rétorque l’élue, déterminée à comprendre pourquoi l’école est visée et par qui. En 2011, les écoliers étaient alors régulièrement privés de récréation dans la cour, à cause des coups de feu tirés par des trafiquants.

30 mars 2015

Il a écopé de 12 ans de réclusion criminelle. L’avocat général d’Evry avait requis 10 à 12 ans. La cour de l’Essonne a par ailleurs confirmé l’interdiction définitive du territoire français déjà prononcée en 2013.L’affaire avait débuté le 5 décembre 2011 par la plainte de la deuxième victime, Aurore. La veille, cette jeune femme, alors âgée de 21 ans, avait croisé Salim à la gare RER d’Aulnay. Le jeune homme lui avait proposé d’aller au parc Rougemont, à Sevran, pour « fumer un joint ». Très vite, la discussion s’était envenimée. Salim lui avait reproché de faire courir le bruit qu’il était un violeur. Se sentant en danger, la jeune femme avait tenté de s’enfuir mais son agresseur lui avait asséné trois gifles. Il lui avait demandé ensuite de lui « faire plaisir », autrement dit de lui faire une fellation. Par « peur des coups », dira-t-elle, elle avait cédé. Mais le cauchemar avait continué. Après avoir menacé de lui couper les doigts, il l’avait violée avant de la raccompagner chez elle, sans un mot. Dès le lendemain, l’agresseur était identifié par les policiers qui ne tardaient pas à faire le rapprochement avec un autre viol, survenu le 7 août, à Sevran. Quelques jours avant, la première victime, Emilie, alors âgée de 19 ans, avait acheté, par l’intermédiaire de Salim, une plaquette de résine de cannabis qui lui avait été dérobée. Furieuse, elle avait contacté Salim qui avait promis de la lui récupérer. Le soir des faits, le 7 août, elle avait rendez-vous avec lui à la gare de Rougemont-Chanteloup, à Sevran. Là, Salim l’avait convaincu de le suivre chez un ami où il l’avait conduit dans un sous-sol emménagé en chambre. Ils avaient fumé du cannabis mais, au fil de la soirée, Salim s’était montré de plus en plus agressif. Il avait fini par la violer. Son désir assouvi, Salim l’avait raccompagnée chez elle. Le lendemain, Emilie portait plainte. Omar Salim était interpellé mais rien ne permettait de vérifier les dires d’Emilie et le parquet de Bobigny avait classé l’affaire. Tout au long de ce second procès, l’accusé n’a cessé, comme il le fait depuis 2011, de nier les faits. A l’entendre, Emilie et Aurore étaient des « jeunes filles faciles », qui auraient eu avec lui « des rapports consentis », une version des faits que rien n’étaye. Il a été condamné à 12 ans de prison.

8 février 2015

Une vingtaine de tombes ont été vandalisées dans le cimetière communal de Sevran, en centre ville, selon des constatations faites le 7 février au matin.

12 janvier 2015

La police de Seine-Saint-Denis a interpellé un homme de 38 ans qu’elle considère comme l’un des plus gros trafiquants de drogue du département, fournissant les cités de Sevran, et a saisi dans son garage sept kalachnikov et 640 kilos de cannabis. Le suspect, originaire de ce département, a été interpellé vendredi et devrait être présenté à un juge de la JIRS, unité spécialisée dans ce type de criminalité, dans la soirée de lundi.

Surveillé pendant de longs mois par les enquêteurs de la police judiciaire de Seine-Saint-Denis, il importait par centaines de kilos du cannabis depuis le Maghreb. Quatre de ses clients, des trafiquants qui revendaient la drogue au détail dans les cités de Sevran, ont également été arrêtés. Le suspect et sa famille sont connus de la police pour leur participation au trafic de drogue, notamment dans la cité des Beaudottes. Les enquêteurs espèrent avoir porté vendredi un lourd coup au trafic de drogue à Sevran en démantelant le réseau de celui qu’ils considèrent comme «le principal fournisseur de stupéfiants» de la ville.

Lors de son interpellation, à Aulnay-sous-Bois, le trafiquant présumé était en train de livrer de la drogue à un client, lui-même trafiquant. Il avait été «filé pendant quelques nuits consécutives», ce qui a permis de remonter au garage où il cachait 7 kalachnikov et 640 kilos de cannabis. Les policiers ont ensuite arrêté quatre de ses clients, trafiquants de drogue présumés, et récupéré 300 grammes de cocaïne, 30 000 € en liquide et un pistolet automatique de calibre 9 mm.

Portrait statistique

La ville de Sevran est située dans le bassin d’emploi de Roissy Sud Picardie, cette zone d’emplois est classée 213eme sur les 321 zones d’emploi analysées par son taux de chômage qui est, sur la base des derniers chiffres officiels de 12%. Le classement de la ville de Sevran en matière de chômage, a évolué de 6 places sur une année (207e en 2012 contre 213e en 2013). Il existe actuellement 4 290 demandeurs d’emploi inscrits à Pôle Emploi, contre 3 980 un an auparavant. 611 ont moins de 25 ans, 2 830 ont entre 25 et 49 ans, 849 ont plus de 50 ans. Le chômage de longue durée (en recherche active depuis plus d’un an) touche 1 595 personnes dans la ville de Sevran, soit 37,18% des chômeurs.

A Sevran, un habitant sur quatre a moins de 15 ans, soit 3 points de plus qu’à l’échelle du département (22 %). les couples avec enfant(s) représentent 40 % des ménages, soit 7 points de plus qu’à l’échelle de la Seine-SaintDenis. Les familles monoparentales, quant à elles, sont plus représentées qu’aux autres échelles territoriales (15 %). Sevran compte 2 684 enfants de moins de 3 ans vivant en famille en 2011, soit 5,4 % de la population communale. Seulement 41% de ces enfants ont leur(s) parent(s) qui travaille(nt), soit 4 points de moins qu’à l’échelle du département et 20 points de moins qu’en moyenne en région francilienne (61 %).

Le recours à la couverture maladie universelle complémentaire (CMU-C) est presque équivalent à celui de la Seine-Saint-Denis, puisque 14 % des Sevranais sont concernés, contre 13 % à l’échelle départementale. L’Aide Médicale de l’Etat2 (AME) permet aux habitants en situation irrégulière vis-à-vis du séjour et rencontrant des problèmes de santé, de bénéficier d’un accès gratuit aux soins. A Sevran, comme en Seine-Saint-Denis, le taux d’AME (2 %) est plus fort d’un point à celui de Terres de France. Ceci peut s’expliquer notamment par le fait que la population de nationalité étrangère y est plus représentée (20 %) qu’à l’échelle de la communauté d’agglomération (16 %).

Entre 2006 et 2011, le nombre de logements a diminué de 213 unités, passant de 17 702 en 2006 à 17 489 en 2011. Cela représente une diminution de 1 % de la taille du parc immobilier, soit un écart de 4 points avec l’évolution du département (+ 3 %). Les résidences principales, qui composent 95 % des logements sevranais, se réduisent de 405 logements, ceci du fait d’une augmentation du nombre de résidences secondaires et logements occasionnels (évolution de + 34 %), et d’une hausse de la vacance des logements. Entre 2006 et 2011, on compte 180 logements vacants en plus, soit une évolution de + 29 %, alors même que la vacance progresse nettement moins vite en Seine-Saint-Denis (+ 7 %).

En 2011, près d’un logement sur trois (36 %) est une maison individuelle, contre un logement sur quatre en Seine-Saint-Denis (26 %). La moitié des Sevranais (50 %) sont propriétaires en 2011, un point de plus qu’en 2006. Néanmoins, il y a une baisse du nombre de propriétaires sevranais (-133) entre 2006 et 2011. La part de ménages en location privée en 2011 est de 14 %, soit 13 points de moins que la valeur francilienne. Avec un habitant sur trois (34 %) en parc HLM en 2011 (soit 2 points de plus qu’en SeineSaint-Denis), la proportion de personnes au sein du parc social tend à se réduire.

Au sein de la région, moins de trois personnes de 15 ans ou plus sur dix ont quitté le système scolaire sans diplôme qualifiant (c’est-à-dire ont au mieux le BEPC ou le brevet des collèges), contre un peu plus de quatre personnes sur dix à Sevran (45 %). Pour l’enseignement supérieur long, la proportion observée dans la commune (7 %) est plus de trois fois plus faible que la moyenne francilienne (24 %).

Avec près de 35 % de la population au revenu mensuel inférieur à 900 €, on approche le chiffre d’un habitant sur quatre qui vit avec un revenu inférieur au seuil de pauvreté national établi à 961 €/mois en 2011, soit une proportion comparable au territoire séquano-dionysien. Au 31/12/2013, Sevran compte 2 902 bénéficiaires du RSA, ce qui représente 6 912 personnes couvertes par cette aide. 14 % de la population de la commune est couverte par cette prestation financière, soit une proportion comparable à celle du département.

Le Parsien / Libé / Dreuz/ Coopération territoriale Seine Saint-Denis

Publié par : Memento Mouloud | décembre 10, 2015

Néo-réactionnaires français : un florilège

Elle s’exhibe et ce qu’elle exhibe c’est bien cet individu flexible, souple, élastique, libertaire, sans tabous, sans interdits, sans mémoire, innocent, parfaitement intégré de par son émancipation même et absolument consentant à la voix du temps…La course au profit, dans la vie de ce personnage, est doublée de la course aux orgies…il s’agit toujours de course et d’accumulation, c’est-à-dire de challenge, c’est-à-dire encore une fois de croissance, c’est-à-dire de nihilisme festif et d’érection du principe de plaisir contre le Loi et le réel, donc d’infantilisme gavé de toute puissance postiche

Je pense que la droite a toujours été menacée de verser dans quatre travers principaux : le libéralisme, l’ordre moral, l’intégrisme et le racisme. Or, je crains que le Front National, parti national-populiste qui se présente, en profondeur, comme un véritable patchwork idéologique, ne verse dans des proportions diverses dans les quatre à la fois.

Qui ose regarder le désert issu des Lumières sans baisser les yeux ?

Comment accorder les discours à l’inconstance de nos caprices ?

Les 23 et 24 septembre, il rencontre Descartes, convaincu que le haut du tube de mercure était occupé par une matière subtile ce qui provoquait l’hilarité de l’expérimentateur qu’était Pascal.

Dès lors qu’une prise de position extrêmement claire n’est assumée ni comme point de vue, ni comme vérité, elle n’assume en définitive aucune forme d’origine possible si ce n’est celle d’un acte d’autorité, d’un coup de force.

Ces jeux dessinent en creux un ethos de surénonciateur dont les facettes seraient celles du dévoilement authentique, du seul contre tous mais porte-parole des oubliés et sans-voix, de l’ironiste-historien à gros clin d’oeil, du transfuge permanent.

La radicalité et la rigolade, c’est sans doute cela qui est perçu comme le plus insupportable

Les principes du plaisir ne sont pas fermes et stables, tous varient, les moindres accidents les changent

Les meilleurs livres sont ceux dont ceux qui les lisent croient qu’ils auraient pu les faire

Il devient de plus en plus difficile aux gens de manier leur langue avec aisance et précision, de se rappeler les faits fondamentaux de l’histoire de leur pays, de faire des déductions logiques, de comprendre des textes écrits autres que rudimentaires

Il ne veut pas que le symbole ne soit qu’une réapparition de Dieu sous un masque.

Un métier est une occupation qui peut détruire la moitié de votre vie et même davantage

C’est une maladie naturelle à l’homme de croire qu’il possède la vérité directement, et de là vient qu’il est toujours disposé à nier tout ce qui lui est incompréhensible

Mon âme est triste jusqu’à la mort

J’ai surtout le sentiment, en écrivant ici ou là…de transformer les conditions actuelles d’existence en objet littéraire

Le libéralisme sexuel produit des phénomènes de paupérisation absolue

A Cordicopolis plusieurs catégories de citoyens es croisent… : les cordicoliens, les cordicolâtres et les cordicocrates. Par la force des choses, bien sûr, nous sommes tous cordicoliens, comme on est new-yorkais ou albanais ; on peut, en revanche, devenir cordicocrate avec un peu de chance, pas mal d’appuis de l’ambition ; mais l’espèce la plus répandue, ce sont encore les cordicolâtres ou cordicophiles, c’est-à-dire l’immense majorité des serviteurs anonymes…la communauté des spectateurs crédules, confiants, consommants, digérants, patientants, approuvants, applaudissants

Pas d’actualisation en vue, sur la planète Bienfaisance, pour Rubens.

La littérature ne sert à rien

Le roman…c’est la forme du renversement perpétuel…l’essai est nécessairement condensateur et a une vocation conclusive

Tout d’un coup il m’est devenu indifférent de ne pas être moderne

La démocratie, surtout sous sa forme finale de société de consommation met à nu, à vaste échelle, le fond du sac humain

Le sexe représente bel et bien un second système de différentiation, tout à fait indépendant de l’argent ; et il se comporte comme un système de différentiation au moins aussi impitoyable

Il n’en coûte que 3 à 4 mille francs pour abattre un homme, n’importe quel jour, à Paris, un peu moins à New-York, encore moins à Londres

Cette culture de l’éparpillement et de la conjoncture travaille à remplacer la civilisation française

La volonté de culture chère aux intellectuels des années 30, était une erreur de plus, qui nous a longtemps hébétés. Nuisible politiquement, elle l’est peut-être aussi économiquement : elle l’est surtout spirituellement et moralement.

Tout est devenu plus difficile à déchiffrer, l’Empire devenu un remords, la patrie un pays, et le reste qui nous divise

Pierre Daix/ Alain de Benoist / Philippe Muray/ Christine Servais/ François Provenzano/ Christopher Lasch/ Pierre Mérot / Michel Houellebecq/ Marc Fumaroli/ Roland Barthes/ Jacques Lacan / Louis-Ferdinand Céline/ Blaise Pascal

Publié par : Memento Mouloud | décembre 7, 2015

La disparition parlementaire de la gauche no-pasariste

La percée du Front National ne surprend personne. Ce parti est désormais un pilier du parlementarisme à la française comme l’était le parti communiste de 1945 à 1988. On peut s’étonner de sa première place mais cela relève du strabisme. Quand bien même il ne gagnerait aucune région, son entrée dans les dédales du château est inéluctable.

On peut aussi constater la bonne tenue d’un progressisme exsangue qui relie le Modem aux écologistes en passant par le PS et une partie des umépistes. C’est le parti de la transaction entre le réel et le vivre-ensemble promu grand idéal commun de la chose publique. Il est la colonne vertébrale du régime et la seule alternative à son retour récurrent est une alliance entre umépistes et frontistes, un basculement à droite comme l’avait connu l’Angleterre de Thatcher et les Etats-Unis de Ronald Reagan. On s’alignera sur une sorte de traduction de la politique britannique de Cameron et le tour sera joué.

La véritable victime de ce  6 décembre, c’est le no-pasarisme. Plus personne ne croit que le fascisme est à nos portes et qu’on va creuser des tranchées en attendant la légion arabe de Franco en lisière de Paris VIII. L’Etat islamique est passé par là et avant lui Mohamed Merah. Le fascisme se porte très vert et en versets, le Front National en perd ses couleurs rouges-brunes.

Comme les tenants du progressisme et du cameronisme à la française ont en odeur de sainteté la passivité, on peut compter sur eux pour ne rien changer des règles essentielles du jeu. Les ennemis salafistes et les ci-devant anarcho-blacks-blocs serviront de ciment d’un régime dépravé et corrompu. C’est la règle de la démocratie parlementaire, la ligne du chien crevé au fil des eaux sondagières. Surtout ne pas faire de vagues et business as usual. Un rien de spiritualisme planétaire assurera le menu des homélies.

La gauche no-pasariste continuera les travaux forcés de l’inanité de tables rondes en rassemblements pour sauver la planète, la recherche, l’école, les réfugiés, la presse indépendante, le sport authentique, la pop malienne, etc. Elle se diluera en sectes philosophiques aussi chatoyantes que diaprées. Les gouines cyborgs n’auront que peu de rapports avec les fermiers bios marchant à l’éolienne mais chacun aura son segment.

Ce sera l’optimum infernal du capitalisme réellement existant que viendront troubler les bombes et les balles des terroristes. Buňuel avait parfaitement nommé tout cela : le fantôme de la liberté.

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