Publié par : Memento Mouloud | février 11, 2015

Français musulmans ou musulmans français ?

Le «Berlin Social Science Center » a sondé 9.000 musulmans et chrétiens dans six pays de l’Union européenne (Belgique, Pays-Bas, Allemagne, France, Suède et Autriche). 1.200 personnes, principalement d’origine turque et marocaine, qui se considèrent comme musulmanes ont été interrogées sur le territoire belge.

L’enquête, publiée par le « Journal of Ethnic and Migration Studies », relayée par le quotidien néerlandophone De Morgen, révèle que la moitié des belges musulmans sont considérés comme fondamentalistes. Pour en arriver à cette conclusion, les personnes interrogées ont répondu par « oui » ou par « non » à trois affirmations:

- Les musulmans doivent retourner vers les racines de la foi.

- Il n’y a qu’une seule interprétation du Coran. Chaque musulman doit s’y tenir.

- Les règles religieuses sont plus importantes que les lois.

Le panel interrogé en Belgique montre ainsi que la première affirmation recueille 66 % de « oui » (61,4 % en France), la seconde 82,2 % (81, 7 % en France) et la troisième 69,6 % (73,2% en France). Plus de la moitié des belges musulmans questionnés (52,5 %) ont répondu « oui » aux trois affirmations et sont donc considérés comme « fondamentalistes ». Seule l’Autriche compte davantage de musulmans dits « fondamentalistes » en termes de proportion (55,2 %) que la Belgique.

Le Soir

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« J’ai passé deux jours à me souvenir d’aimer les gens juste parce qu’ils étaient là et qu’on pouvait encore le leur dire. J’ai été Charlie, le balayeur et le flic à l’entrée. Et j’ai été aussi les gars qui entrent avec leurs armes. Ceux qui venaient de s’acheter une kalachnikov au marché noir et avaient décidé, à leur façon, la seule qui leur soit accessible, de mourir debout plutôt que vivre à genoux. J’ai aimé aussi ceux-là qui ont fait lever leurs victimes en leur demandant de décliner leur identité avant de viser au visage. J’ai aimé aussi leur désespoir. Leur façon de dire – vous ne voulez pas de moi, vous ne voulez pas me voir, vous pensez que je vais vivre ma vie accroupi dans un ghetto en supportant votre hostilité sans venir gêner votre semaine de shopping soldes ou votre partie de golf – je vais faire irruption dans vos putains de réalités que je hais parce que non seulement elles m’excluent mais en plus elles me mettent en taule et condamnent tous les miens au déshonneur d’une précarité de plomb. Je les ai aimés dans le mouvement de la focale écartée en grand, leur geste devenait aussi une déclaration d’amour – regarde-moi, prends-moi en compte. On ne tire pas sur ce qu’on ne voit pas. »

Virginie Despentes

Que font Bernard Cazeneuve et Manuel Valls ?

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« Puis est venu Coulibaly. En deux temps, jeudi matin, la policière, et vendredi après-midi, l’épicerie casher de la porte de Vincennes. Cette fois comme un mauvais remake de Merah – d’abord le fonctionnaire qui ressemble le plus possible à l’assassin, comme effacer une version de soi qui se serait plus intégrée, à qui on aurait confié les armes de la République alors qu’à toi on n’a confié que dalle, crevard, et ensuite les Juifs – et on peut le voir de la même façon, quand même, une version de toi qui aurait mieux réussi. Une saleté de preuve supplémentaire de ta propre nullité : puisque d’autres réussissent à le faire, qui te ressemblent quand même beaucoup, c’est vraiment que t’es qu’une merde, toi et tous ceux qui te ressemblent. Alors crevez tous. »

Virginie Despentes

Le zyprexa n’est plus en vente ? Sinon résumons le délire despentesque : le nègre est un juif resté prolétaire et le juif serait un nègre devenu riche, en trois mots, un blanc, un abject, une merde.

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« Sur Facebook, j’ai vu aussi un journaliste demander à une musulmane de se dissocier officiellement des meurtres. Je crois que c’est ça qui a marqué la fin de ma phase “amour pour tous”. On a chacun nos petites obsessions. La sienne, c’est que tous les musulmans doivent payer. On a un peu envie de lui dire, gars, le jour où les rebeus sortiront tous leur kalachnikov des caves pour nous tirer dans la gueule, à la couleur, comme le contrôle de papiers, plus t’as l’air blanc moins t’as de chance de terminer ta journée entier, ce jour-là, tu verras, on sentira la différence. Pour l’instant, je ne vois pas bien pourquoi le monsieur qui vend des légumes au bout de ma rue devrait se sentir plus proche des tueurs que moi. On est tous du quartier des Buttes-Chaumont, on n’y peut rien si c’est dans notre parc que les tueurs faisaient leur jogging. Pas plus le rebeu qui vend ses légumes que moi, on vit dans la même rue, pourquoi lui plutôt que moi ? […] c’est ça, au final, ce que nous vivons depuis une semaine : les hommes nous rappellent qui commande, et comment. Avec la force, dans la terreur, et la souveraineté qui leur serait essentiellement conférée. Puisqu’ils n’enfantent pas, ils tuent. C’est ce qu’ils nous disent, à nous les femmes, quand ils veulent faire de nous des mères avant tout : vous accouchez et nous tuons. »

Virginie Despentes

Ce qui vaut pour l’épicier arabe en particulier ne vaut pas pour l’homme en général, c’est publié dans les Inrocks, un journal de gauche, en bon français, on appelle ça du racisme mais les juges doivent estimer qu’une femme raciste est raciste avec ses ovaires, ce qui n’est pas grave tandis qu’un homme raciste est raciste avec sa bite et ça c’est méchant et dangereux, surtout quand la bite en question est café au lait.

 

Publié par : Memento Mouloud | février 6, 2015

1972 : L’affaire Bruay en Artois et la justice populaire

Le 5 février 1972, Michel Foucault et le dirigeant de la gauche prolétarienne, Benny Lévy alias Pierre Victor, débattent du concept de justice populaire. Dès le départ Michel Foucault sépare la forme-tribunal (un élément tiers, la référence à une règle universelle de justice, une décision avec pouvoir exécutoire) des actes de justice populaire. Il désigne la première comme un embryon d’appareil d’Etat, la seconde comme une manière, en période révolutionnaire, d’opérer le partage entre le peuple et ses ennemis. Pierre Victor lui oppose l’exemple chinois et la justice organisée et politique de l’armée rouge qui se distingue des règlements de compte possibles. Foucault ne vient pas sur le terrain de Pierre Victor (celui de la différence entre une justice toujours bourgeoise et une justice dite prolétarienne), il réplique par une généalogie.

Il établit que la justice devient, durant la période féodale, un droit (lucratif) du côté du pouvoir et une obligation (coûteuse) du côté des classes subalternes. De fait, la justice s’adosse à une coercition armée. Avec la crise du XIVème siècle, l’ordre judiciaire nouveau ne peut être qu’étatique. D’une part, il prend en charge la lutte antiséditieuse, d’autre part, il contraint à la prolétarisation, mendiants, vagabonds et oisifs, les « inutiles au monde » en les poursuivant. Il coupe en deux les classes subalternes et sépare la « lie » du peuple véritable, le peuple de ceux qui se lèvent tôt et travaillent en chantant. Dès lors toute justice populaire est opposée à la forme-tribunal qui masque le triple nœud entre guerre sociale, prélèvement fiscal et force armée. Elle est liée à la résurgence de formes archaïques et cruelles de vengeances privées spectaculaires.

Etrangement Pierre Victor déplace son propos de la Chine maoïste, avec son idée de délégation du pouvoir de la plèbe à l’armée rouge (embryon du futur appareil d’Etat révolutionnaire), vers les filles tondues de la Libération qui « avaient couché avec les Boches » qui deviennent plus loin des « officiers allemands ». Il en conclut que la bourgeoisie française, « nouvel ennemi », a manipulé un acte de justice populaire afin d’éviter le châtiment des « vrais collabos » et « véritables traîtres ». Pierre Victor en conclut que le tribunal populaire est l’instance du châtiment et de l’apparition de la vérité soumis aux impératifs politiques du moment que les masses, perclues de contradictions, ne peuvent saisir. Subtilement Foucault lui répond que les tribunaux de la Libération ont moins condamné que blanchi. Il ajoute que la lie du peuple est toujours un instrument de répression disponible dans le combat contre le prolétariat.

La lie du peuple et sa production sont donc pour Foucault le centre du dispositif pénal. D’une part parce que l’Etat doit en assurer le contrôle, d’autre part parce que la lie est une armée de réserve de la répression et une limite (à ne pas franchir) aux yeux de tous. In fine, la lie du peuple est indirectement un instrument de consensus autour de valeurs dites communes.

Michel Foucault ne nie pas la nécessité d’une instance afin de déterminer un acte de justice (« qui « ne peut pas être confié à une espèce de spontanéité instantanée » car ce « besoin de riposte qui existe, en effet, chez les masses, il faut trouver les formes pour l’élaborer, par la discussion, l’information ») mais il appelle à une critique radicale de la forme-tribunal.

Le 6 avril 1972, deux mois après cette discussion publiée par les Temps Modernes, le corps dénudé et mutilé de Brigitte Dewevre gît sur un terrain vague de la cité minière de Bruay où il ne reste plus qu’un peu plus de trois mille mineurs sur les dix-neuf mille de la Libération. Une semaine après, le juge Pascal inculpe un membre local du Rotary Club, Pierre Leroy au prétexte que le domicile de sa maîtresse n’est pas très loin du lieu où le corps de la victime a été découvert. Les indices sont maigres : le principal suspect portait un col roulé, la mère de Pierre Leroy a nettoyé elle-même les vêtements de son fils le lendemain du crime plutôt que les porter au pressing, enfin un trou de quinze minutes lézarde l’alibi de l’incriminé. Comme notaire, le bonhomme est chargé des transactions immobilières en lien avec la compagnie des Houillères. Le 1er mai, la Cause du Peuple, l’organe de la gauche prolétarienne titre « Bruay : et maintenant ils massacrent nos enfants ! ». On peut y lire les réflexions avinées de certains habitants du lieu « Il faut le faire souffrir petit à petit- qu’ils nous le donnent, nous le découperons morceau par morceau au rasoir ! – je le lierai derrière ma voiture et je roulerai à cent à l’heure dans Bruay ! il faut lui couper les couilles » et le journaliste de conclure, « Oui nous sommes des barbares ». Plus tard, la Cause du Peuple prétendra que la jeune fille fut violée puis tuée suite à une partouze de bourgeois du cru. Le journal n’ira pas jusqu’à impliquer le couple Pompidou. Sur la maison de la maîtresse du notaire, on peut alors lire sous la plume d’un admirateur de Jacques Brel « Bourgeois…Cochons » et sous celle des journalistes de la Cause du peuple, « qui à Bruay en Artois achète de la langouste ? » ou « c’est un acte de cannibalisme ».

Ceux qui mènent cette campagne s’appellent Joseph Tournel et Serge July, l’actuel scripteur d’un dictionnaire amoureux du journalisme. On y trouve aussi Jacques Theureau, François Ewald, l’actuel concepteur de l’opposition entre riscophiles et riscophobes et Simone Weber qui sera condamnée en 1991 pour l’assassinat de son second mari et de son amant. André Glucksmann, Robert Linhart, Gérard Miller, Christian Jambet s’opposent à cette campagne. Le 17 mai, Sartre tonne contre le lynchage, cette « pratique trop louche » et « réactionnaire ».

Pierre Victor lui adresse une réplique imparable, il écrit « c’est la première fois depuis 1968 que le peuple ouvrier se met complètement à contrôler la justice…Cette imagination est très sérieuse, elle revient à imaginer de renverser le monde : de faire subir au patron ce que l’ouvrier a souffert, et, en fin de compte, de le faire travailler à la place de l’ouvrier –‘’Dreyfus à la chaîne’’, à Bruay, ‘’Leroy à la fosse’’ ».

En 1986, il dira « Qu’est-ce qu’il y avait de plus nul, de plus minable, dans ces articles concernant Bruay, que dans les autres papiers sur la classe ouvrière publiées par la Cause du peuple ? Ce qu’on nous reprochait à ce moment-là c’était de jouer sur la corde moraliste…Il faudrait comprendre pourquoi tout le monde nous est tombé dessus. Je me demande si ce n’était pas l’occasion rêvée, pour le pôle libidinal, de prendre sa revanche sur nous. Car c’est cela qui s’est joué, entre 1968 et 1973 : est-ce qu’un discours corrosif qui reste, quant au fond, prolétarien peut fonctionner encore ? Il y avait nous. Et il y avait les autres, ceux qui avaient choisi la voie du marxisme libidinal, du joyeux immoralisme. Ce pôle-là, nous l’avons vraiment emmerdé. Et il a trouvé sa brèche avec les fumeuses et fameuses histoires d’avortement. »

Publié par : Memento Mouloud | février 5, 2015

1971 ou Nixon et le haricot magique

Lorsque les Etats-Unis abandonnèrent la convertibilité du dollar en or, en août 1971, ils avaient étendu les bombardements stratégiques à tous les pays de l’ancienne zone indochinoise, vivaient une sorte de guerre civile de faible intensité et s’acheminaient vers un condominium avec l’URSS de Brejnev. Il fallait qu’ils opèrent une percée sans quoi leur hégémonie touchait à sa fin.

L’art de Nixon et de Kissinger consista à maquiller en mesure technique un choc stratégique que les européens étaient dans l’incapacité de comprendre mais que les japonais avaient saisi à l’instant même. D’une part, la puissance américaine changea d’allié dans la continuité d’une obsession asiatique qui datait de son implication dans la guerre de conquête japonaise qui avait abouti à Pearl Harbor. Les Etats-Unis tendaient la main à la Chine communiste au moment où ils étouffaient dans l’œuf toute tentative de socialisme sur les continents américain et européen, laissant l’URSS arborer les couleurs rouillées d’un stalinisme à visage mafieux et les terroristes endimancher le communisme avec les couleurs du deuil éternel. Ils renforcèrent l’alliance avec les puissances musulmanes (Iran, Turquie, Arabie Saoudite, Egypte), dès lors que le dollar se mit à flotter. Ils laissèrent les émules des Chicago Boys expérimenter dans l’ombre de Pinochet et plus sérieusement dans les salles de marchés où les premiers produits dérivés se présentèrent.

Comme la Trilatérale avait diagnostiqué l’ingouvernabilité des sociétés démocratiques, l’élite américaine en vint à déplacer les lieux de pouvoir vers les multinationales et les modalités de l’autorité légitime, autour des procédures d’arbitrage où Plutus est la seule loi. La jonction serait assurée par les croupiers diplômés des salles de marché. De l’Etat, on n’attendait qu’une certaine manne fiscale mêlée d’endettement dès lors qu’il fallait financer un effort de guerre qui se différenciait radicalement du cycle ouvert en 1941 pour s’achever par le désastre symbolique de l’évacuation de Saïgon. L’Université allait populariser la distinction entre soft et hard power mais dans le domaine de la puissance, celle-ci ne se partage pas, elle innerve, elle contourne, elle crée, elle ploie, elle endigue, elle neutralise, elle guide enfin, elle abat. Quant à la gouvernabilité on allait la restaurer à travers la compétition entre prolétaires surnuméraires du globe et un mixte de pauvreté et de chômage de masse.

L’endettement et le réseau de clientèles qu’il crée avait une figure essentielle dans le serpent, c’était une figure biblique, une figure bien faite pour tenter des auditeurs de chants et de sermons qui confient leur montée de dopamine et de sérotonine à des industries culturelles, à des vendeurs de came et à des prêcheurs d’enthousiasme et de haine conjointes. Le pasteur figurait l’antonyme du toxicomane, les américains ne savaient pas que les deux personnages antithétiques d’une mythologie recyclée allaient fusionner dans un idéal bistre, celui du détective rédimé en voyeur-exhibitionniste, une sorte de Bruce Willis tapotant ses écrans, un whisky-coca à la main, indifférent au spectacle de la corruption triomphante parce que dévoué à sa seule image glorieuse et déchue. Les américains et les autres ne savaient pas que c’était là le modèle proposé, devenir son propre commissaire épuisé, son propre Narcisse dégoûté, son propre vanneur toujours prêt à décharger son flingue dans la foule des figurants.

Publié par : Memento Mouloud | février 3, 2015

DSK for ever

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Nommé le 1er novembre 2007 à la tête du FMI, Dominique Strauss-Kahn avait été mis en cause en 2008 pour une relation extraconjugale avec l’une de ses subordonnées, Piroska Nagy, cadre d’origine hongroise employée au département Afrique du FMI. Déjà,  DSK avait comme un tropisme. Une enquête interne avait conclu à l’absence d' »abus  d’autorité » mais Dominique Strauss-Kahn avait présenté des excuses publiques en  reconnaissant « une erreur de jugement ». Celle-ci avait écrit aux enquêteurs : « je n’étais  pas préparée aux avances du directeur général du FMI. […] J’avais le sentiment que  j’étais perdante si j’acceptais, et perdante si je refusais. […] Je crains que cet homme  n’ait un problème qui, peut-être, le rend peu apte à diriger une organisation où  travailleraient des femmes. »

Cette femme n’avait pas compris que la sexualité social-démocrate possédait comme  substrat un club de gens de bonne compagnie. On s’y échangeait des légitimes, des  maîtresses et des putes afin de perdre, dans un tourbillon de bonnes manières, les trop  faciles assignations d’état-civil. De toute façon, ce monde était emmerdant. Que pouvait il faire d’autre ? Sauver l’univers de la cupidité ambiante. Mais qui croyait encore à ce  genre de conneries, à part Joseph Stiglitz. Encore un putain de juif qui s’en remettait à un tikkun keynésien. Dominique avait laissé ça dans les bureaux de la MNEF et les couloirs  du mitterrandisme. Toute cette panoplie de l’intellectuel en charpie puait le relativisme  mais c’était un parfum moins encombrant que les charniers de l’utopie moderne. Ça  sentait peut-être le foutre et un peu la merde mais personne ne sortait d’un gang-bang,  décapité à la hâche avec ses aveux sur un parchemin du NKVD.

Dominique avait tenté d’agir auprès des instances dirigeantes du FMI afin de favoriser la  carrière d’une ancienne partenaire socialiste de partouze, Emilie Byhet. Comme quoi, il  pouvait aider les femmes quand elles étaient des Loges cochonnes et Cie. Pensionnaire  régulier du club échangiste, les Chandelles, DSK était décrit comme un forcené du cul  mais jamais comme la doublure pathétique d’un performer façon Marc Dorcel.

On trouve une mention rapide des chandelles dans l’ouvrage de Michel Houellebecq, les  particules élémentaires. Le club y est présenté comme un appendice de cette sexualité  partouzarde social-démocrate dans laquelle Bruno et Christiane vivent leurs quelques  mois de bonheur malgré la chute tendancielle du taux de plaisir. En revanche, nulle  mention de DSK, pourtant abonné.

On en vient forcément à se demander si Dominique et Anne étaient liés à cette sexualité  social-démocrate décrispée ou si Dominique était un exclusif de la liaison entre amitiés  masculines, partouzes et adjonction de professionnelles pour enrayer la chute  tendancielle inévitable et l’ennui qui la suit.

DSK était sans doute dans l’entre-deux.

Après tout il n’était ni une pop-star, ni un acteur adulé si bien que ses journées ne  ressemblaient pas à celles décrites avec minutie par Sofia Coppola dans Somewhere. Ce n’était pas non plus un footballeur ou un  chanteur qui fait son marché sans bien regarder l’âge légal pour tailler une pipe, c’était  juste un candidat à la présidentielle confronté à deux tocards et éliminé d’un commun  accord.

Comment tout a commencé, sans doute par une scène semblable à celle décrite par  David Roquet, un collaborateur du groupe de BTP Eiffage. « Je suis allé avec Jade, une  prostituée que René (René Kojfer, chargé des relations publiques du Carlton, mis en  examen) m’avait fait connaître. Il y avait Fabrice Paszkowski et Jean-Christophe Lagarde.

On s’est retrouvés à la gare et puis, à quatre, nous sommes allés sur Paris. Nous nous  sommes rendus dans un hôtel, l’hôtel Murano. Nous avons mangé dans la chambre puis  nous avons eu des relations sexuelles tarifées. Chacun était avec sa copine, moi j’étais  avec Jade, DSK avait aussi sa copine et il y avait d’autres personnes.»

  Question policière : «Est-ce que M. Strauss-Kahn a payé quelque chose?»

-«Non, il était invité.»

- «Il était invité mais il venait avec une copine?»

- «Oui.»

Sur le Procès-Verbal, David Roquet a affirmé que les billets d’avion ont été réservés à  chaque fois par son ami Fabrice Paszkowski, via l’agence événementielle de sa  compagne, Virginie D… « C’est sa société qui avançait l’argent, et ensuite elle établissait  une facture ; c’est pareil avec Fabrice : il organisait, il prenait la moitié des frais et me  disait ce qu’il me restait à charge. » Soit entre 12 000 et 15 000 euros pour chacun. « Je  tiens à préciser que le prix de chaque nuit était de 1 200 euros la nuit, et cinq chambres  étaient réservées ».

Économe des deniers de son entreprise, David Roquet prenait, dit-il, des billets ordinaires  et non business. Trois voyages ont été relevés par les enquêteurs: en décembre 2010,  février 2011 et du 11 au 13 mai 2011, soit la veille du samedi 14 lorsque le patron du  FMI fut arrêté à New York.

On nous disait ces gens travaillent d’arrache-pied, juste le temps d’avaler un sandwich et  de mettre une chemise enveloppée dans un sachet en plastique et les voici au chevet du  monde. « Agir en sauvage, penser en stratège », il se répétait l’adage en avalant un café  entre deux rendez-vous, le nez poudré de cocaïne. Un truc éreintant que cette vie de thaumaturge et d’oligarque nomade. Loin de tout, loin des siens, « j’aurais voulu être un artiste », tout ça, le trip chevalerie costard-cravate.

Bilan, quand on regarde l’agenda de DSK, on observe que le type ne fout strictement  rien. Il ne lit pas, il ne pense pas, il baise comme d’autres font des joggings. Il va au restau, il prend le temps de rencontrer le 60ème petit ami de sa fille de 36 ans, avant d’aller voir Merkel pour lui exposer son point de vue, du moins le point de vue de son staff. Sa femme assiste au 50ème anniversaire de fesses joufflues alias Patrick Bruel alias Benguigui, alias tocardman, une sorte d’Intouchable d’il y a 15 ans. Décidément les français ont mauvais goût, ou plutôt les françaises. Le royaume du chic sent le faisandé.

Il y a encore trois ans, on les entendait les pauvres, nous dire que c’était DSK qu’il fallait. Désormais on le conspue de meetings féministes en dîners. Certaines ne voulurent pas croire que c’était là un violeur. Elles avaient raison, juste un cochon qui, après une nuit partouzarde, ne manque jamais de se faire sucer si l’occasion se présente. N’importe qui, n’importe quoi, le moindre galbe lui fout la trique quand il se lève sur les coups de midi. Une femelle dans l’ascenseur et oups Priape se découvre. On dira, « pas grave, c’est normal, c’est un chaud lapin, un libertin ». Comme l’écrit Marcela Iacub, «le personnage est un être double, mi-homme mi-cochon (…). Ce qu’il y a de créatif, d’artistique chez Dominique Strauss-Kahn, de beau, appartient au cochon et non pas à l’homme. L’homme est affreux, le cochon est merveilleux même s’il est un cochon. C’est un artiste des égouts, un poète de l’abjection et de la saleté»

On peut tout pardonner à un homme de pouvoir mais pas ça. «Le cochon, c’est le présent, le plaisir, la vie qui veut s’imposer sans morale, qui prend sans conséquence…la liste de tes maîtresses, de tes conquêtes d’un jour, de tes putes successives et concomitantes montrait un autre aspect émouvant de ta vie de cochon. Ces femmes étaient laides et vulgaires comme si en chercher de jolies était déjà une manière d’être plus homme que cochon.» On peut espionner ses opposants et laisser filer les voyous, on peut plastronner sur tous les plateaux en tant que ministre de l’Intérieur et se révéler incapable d’endiguer la délinquance. Cela se pardonne et s’oublie.

Un bijoutier, un buraliste, un juif, un journaliste, un policier se font buter, on crie « c’est inadmissible », comme si un cravaté d’énarchie passait l’oral du micro-trottoir et était payé sur fonds publics pour nous débiter ses condoléances et ses « je suis avec vous Madame ». Et toujours les mêmes zozos, les mêmes baby-boomers pour applaudir et voter pour la même clique de demeurés qui servent de gouvernement. Des gars qui causent le langage des gangsters font la leçon à DSK, c’est merveilleux.

« Voilà ta véritable faute, ton unique faute impardonnable. Tu as prétendu que tu étais prêt à donner ton sang pour la patrie quand en vérité tu te serais servi de cette patrie pour verser ton sperme inépuisable. Tu aurais transformé l’Elysée en une géante boîte échangiste, tu te serais servi de tes assistants, de tes larbins, de tes collaborateurs et de tes employés comme de rabatteurs, d’organisateurs de partouzes, d’experts dans l’art de satisfaire tes pulsions les plus obscures. […] Pour cette faute tu seras toujours honni, maudit, méprisé, mis au ban par la douce France qui avait mis tant d’espérances en toi. Rien ne sera en mesure de te relever, aucun non-lieu, aucun accord. La politique te sera à jamais fermée. […] »

Sans doute par modestie, Marcela avait oublié d’ajouter qu’un juif qui joue le cochon dans un pays si doux et si islamo-catholique que la France, si puritain-athée que l’hexagone, si province du marché mondial, ne peut qu’être conspué mais pas pour les bonnes raisons parce que la seule bonne raison c’est que la dépendance à l’Instant du cochon DSK l’empêchait de viser la présidence. Du moins la présidence d’un pays indépendant, d’une puissance même moyenne.

 Seulement la France n’est plus une puissance, même moyenne parce qu’elle n’est plus une puissance du tout. Et ce constat, DSK le connaissait bien. Administrer le capitalisme du désastre affranchit de toute illusion. La sphère de coprospérité atlantique oblige l’hôte de la Maison Blanche pas celui de la sous-préfecture élyséenne à tête nucléaire.

Son blackberry contenait nombre d’informations confidentielles, voisinant avec des textos du genre «Tu viens accompagné à Washington ?». C’est donc à cet homme que les français allaient confier une certaine force. «J’emmène une petite faire les boîtes de Vienne (Autriche) le jeudi 14 mai. Ca te dit de venir avec une demoiselle? Au fait tu sais pas où j’ai mis le code confidentiel du PC de Taverny ». Réponse « je crois que t’as oublié ta clé entre les deux seins de Marylou ». Re-texto, « Ah Putain, t’as raison, tu peux envoyer Stéphane Fouks le récup’. Bisous et gare à tes fesses, je viens juste de découvrir une magnifique boîte coquine à Madrid avec moi (et du matériel) ».

Ce type a donc figuré pendant des décennies comme un espoir, un sacré pédagogue, un  mec vraiment sérieux, épaulé par des pointures du patronat comme Raymond Lévy. Et lui de se gonfler le melon, de frétiller de la queue, d’hennir de la prostate à chaque coup de rein, avec la Sinclair pour signer les chèques et rêver du destin de première dame de France.

Des français qui ne savent plus ce qu’ils sont, lointains appendices d’un Empire atlantique ou cul de sac de l’Eurasie ont tripé sur un juif avant de le recracher sous la forme d’un cochon. Comme d’habitude, l’indignation morale a masqué les questions et l’art n’est pas venu.

Avec DSK, les femmes dites libérées ont un beau miroir devant elle, un beau miroir d’intellectuelle à la con, qui veut du mâle parfait, c’est-à-dire provisoirement sur le podium, comme si un individu n’avait pas pour fonction d’explorer des espaces inconnus et parfois de s’y casser les dents. Il suffira donc de paraître résolu dans les actes et décidé, en paroles, pour jouer les sur-mâles et voir se pavaner, comme en chaleur, toutes les connes du régiment, même diplômées et élevées dans les bonnes familles.

Elles parlent, toutes, les langues les plus modernes de l’Occident, celle des traités de sociologie et des avions, des cultureux et des gourous bouddhistes à l’humour plombé, des parlementaires ministrables et des essayistes de France-Cul, des conseillers en placement et des congrès cognitivistes, toutes ces langues empesées où l’on débat gravement des problèmes sociaux et de ceux du futur, de la révolution arabe et du féminisme, des femmes dans l’islam et des hémorroïdes chez les quinquas.

Ces langues qui permettent d’improviser un échange de vues avec n’importe quelle dame émancipée avant de tringler icelle, sans grand enthousiasme. Il faut bien le dire. Quand on voit Anne Sinclair, on voit la femme occidentale dans son dernier atour. Jusqu’ici la femme n’avait jamais créé le futur que sous la forme d’un enfant et elle portait cette fidélité à l’évènement avec plus ou moins de réussite. Désormais elle y ajoute le vide et le clinquant, et que devient-elle sinon ce mannequin bouffi de suffisances et troussé de fidélité imbécile mais corrélée sur l’indice synthétique des Bourses qui a nom Anne Sinclair ?

L’Empire du Bien, le rêve de l’Occident, produit la pire canaille de haut en bas et de bas en haut, on a plus honte de rien, moi comme les autres. Aujourd’hui, c’est le commandeur qui finit à la casse et Don Juan qui bénit les foules avec son foutre dans un abreuvoir.

220 jours de voyages, de conférences, de types qui l’attendent comme s’il était le messie, de types qui envoient tout un tas de doléances, de jérémiades, d’escorts girls plus ou moins bonnasses, de connes à micros qui pensent qu’entre deux faux-cils et une branlette, il allait leur révéler le secret du monde.

Quel métier de catin que celui de journaliste.

Toujours à colporter des rumeurs, à jobardiser, toujours là pour le cirque où des clowns dans son genre font le trottoir des espérances. Le pire c’est le coup de l’amitié, le gars qui lui tape sur l’épaule en clignant de l’œil et qui voudrait intégrer l’équipe de campagne pour se taper en troisième main, des filles qu’il a vues sortir de ses chiottes tandis qu’il remontait sa braguette.

Il était comme les nanas du quartier rouge dans la transparence d’une vitrine où il montrait son cul à des affamés, sauf que son cul c’était sa sollicitude. Voilà le dirigeant démocratique new style, une pute qui parle à cœur ouvert à des gars et des filles qui voudraient retourner en enfance et sucent le pouce de leur gâtisme, toujours partants pour la prochaine fête où l’orchestre jouera la partition du Bien.

Halte aux malheurs, sus aux inégalités, des foyers pour les sans-papiers, des emplois pour tous, les français d’abord, tous ensemble. C’est dire s’ils font peur les opposants à l’oligarchie qui attendent leur tour de gloriole.

C’est pas comme cet anarchiste espagnol qui, cerné par la police, sortit avec un flingue dans chaque main, pour finir cribler de balles. Aujourd’hui les subversifs attendent juste qu’on leur ouvre un guichet, ils font tellement pitié que ça donne toujours envie d’aller plus loin dans le purin. On peut toujours clouer DSK au poste de téléviseur dans un huit clos de série noire, rien ne viendra rédimer un monde aussi médiocre.

Publié par : Memento Mouloud | janvier 25, 2015

Anatomie de la crise grecque et délire européen (2000-2014)

An 2000

La Commission a décidé de déférer la Grèce devant la Cour de justice parce que sa législation relative au prix de gros des médicaments a pour effet d’entraver les importations en provenance d’autres Etats membres. En Grèce, le système de fixation des prix des médicaments est basé sur un « prix de confirmation » égal au prix le plus bas en Europe. Le prix de tous les médicaments commercialisés en Grèce ne doit pas dépasser le « prix de confirmation ». Dans la pratique, cependant, ces règles sont souvent appliquées d’une manière qui constitue une discrimination à l’encontre des produits importés d’autres Etats membres.

Single Market

2002

Goldman Sachs réalise avec le gouvernement grec un cross currency swaps, soit des contrats d’échange de dérivés d’obligations libellés en yen et en dollars contre d’autres libellés en euros et ce pour une durée de 20 ans. Les premières sont émises par l’Etat grec, les secondes par la banque d’affaires américaine. Ces swaps sont bien sûr réalisés hors bilan par une entité appelée Titlos. Le Titlos, en question, est un équivalent des SIV (Special Investment Vehicles) dont se servent les banques pour financer, hors bilan, l’acquisition de CDO (collateral debt obligation), paniers de crédits hypothécaires sanctionnés par un AAA au sein des agences de notation. Ainsi les dettes disparaissent, comme par enchantement, des bilans. Autre bonne affaire pour Goldman Sachs, après que l’Etat grec a touché son pactole la première année, mathématiquement ce sera le tour de la banque de récolter la moisson bien au delà de la somme prêtée.

2005

Alors que le gouvernement grec refourgue les dérivés de Goldman Sachs à la banque nationale de Grèce (privée), les transformant en dette d’Etat, la Grèce est admise dans l’euroland sur la foi d’un déficit public de 3 % du PIB qui s’élève, en fait, à 7 %. Or, entre 1826 et 1932, le pays a fait faillite à cinq reprises. Pas grave, Eurostat comme le conseil des ministres de l’UE avalisent l’artefact. Cerise sur le gâteau, les titres d’Etat créés de toutes pièces sont acceptés par la BCE de Francfort comme garanties d’avances futures. L’Etat grec pratique donc une des plus vieilles opérations du monde, la cavalerie. Titlos ne suffisant plus, on crée d’autres SIV, Aelos ou Ariane, l’un basé sur les taxes de l’aéroport d’Athènes, l’autre sur les revenus de la Loterie nationale. Retour aux avances consentis par les fermiers généraux du temps de la monarchie absolue.

Entre 2000 et 2007, le volume des prêts des banques étrangères à la Grèce est multiplié par 4. C’est l’époque où Siemens vend un système de sécurité C4I qui ne fonctionnera jamais et ThyssenKrupp fournit cinq sous-marins pour un montant de 5 milliards d’euros.

Entre 2005 et 2009, la Grèce est un des plus gros importateurs d’armes du continent. Les seules ventes d’avions de combat dont 25 Mirage 2000 forment 38 % des importations du pays.

Janvier 2010

La dette publique grecque atteint les 300 milliards d’euros. Alors que l’Etat grec s’apprête à placer pour 8 milliards d’euros de bons du Trésor à 5 ans et 6,1 %, le Financial Times annonce que Goldman Sachs aurait envoyé une équipe mendier auprès de la Chine 10 ou 25 milliards d’euros afin de renflouer le partenaire grec défaillant. Le soupçon se renforce quand on apprend que Goldman Sachs aurait acheté des CDS sur la dette grecque pariant sur le collapse de l’Hellade.

Avril 2010

Les Etats de la zone euro, s’engagent contre la mise en œuvre de « réformes de structure » à renflouer le partenaire grec à hauteur de 80 milliards. Le FMI de DSK y ajoute une trentaine de milliards. Personne ne pose une question, comment un pays peut-il rembourser sa dette lorsque son déficit budgétaire annuel atteint les 30 milliards et son déficit commercial les 28 ?

Mai 2010

L’Etat fournissait emplois (surtout pour les gens de la famille) et hausses de salaires (sous forme de primes ou de 13e et 14e mois, pour que ça ne se voie pas trop). Tout ceci pour acheter les votes et assurer la paix sociale. L’Union européenne fermait les yeux et continuait d’attribuer de généreux fonds de développement, sans vérifier s’ils étaient efficacement utilisés, fournissant ainsi de l’argent facile aux grosses boîtes privées. Magouille, travail au noir, fausses déclarations d’impôts, petites enveloppes sous la table : personne ne disait rien, tout le monde ayant un jour profité du système pour s’acheter un permis de conduire, trouver un boulot, ou construire 250 m2 au lieu de 80.

Le plan d’austérité réduit le pouvoir d’achat de tout le monde. Il prive de revenus nécessaires des petits fonctionnaires et des retraités qui avaient déjà du mal à joindre les deux bouts. Il met en péril le petit commerçant et l’artisan du quartier. Le prix de l’essence a déjà augmenté de 10%. La soupape de l’immobilier, qui avait permis à une génération d’enfants gâtés de vivre confortablement, ne fonctionne plus (60 000 logements neufs invendus dans la Grèce du nord). Trouver un deuxième emploi n’est plus une option. Les banques ne prêtent plus, les sociétés de cartes de crédit relancent les clients tous les deux jours pour être remboursées.

Depuis quelques mois, les Grecs évoluent. Ils considèrent maintenant comme normal de taxer les activités commerciales de l’Eglise, organe tout-puissant, impliqué ces dernières années dans des scandales politico-financiers. Ils n’ont plus peur de dénoncer les médecins ou les fonctionnaires corrompus : cinq agents des impôts viennent de prendre de sept à quinze ans de prison pour corruption passive ; le patron du bureau des permis de construire de Syros vient de tomber, incapable de justifier sa fortune personnelle de 600 000 euros.

Un exemple vu à la télé : une pauvre dame se demandait comment faire pour payer les cours de rattrapage privés de ses enfants (5 000 euros par an). Si la moitié de cet argent allait dans les caisses de l’Etat (en déclarant honnêtement ses revenus et en payant ses impôts), l’école publique fonctionnerait. Les parents n’auraient pas besoin de payer des cours privés, souvent donnés par les enseignants du public qui arrondissent leur fins de mois (salaire d’un prof : 950 euros). Même chose pour les dessous de table pour avoir un bon docteur.

Rue 89

2010 : la Grèce achète à la France de Sarkozy le débonnaire 6 frégates de guerre pour un montant de 2,5 milliards d’euros ainsi qu’une tranche de 400 millions pour des hélicoptères de combat.

Mai 2011

Récemment, à Athènes, en Grèce, des militants d’extrême droite ont lancé des attaques contre des immigrés dans le centre de la ville. Tout a commencé le 10 mai. La veille, un homme de 44 ans qui accompagnait sa femme enceinte à l’hôpital a été agressé et poignardé à mort. On ignore qui sont les assassins, mais des groupes ont réagi en organisant une expédition punitive d’une grande violence contre les immigrés – ou même contre des Grecs qui ressemblaient à des étrangers – qu’ils tiennent en général pour responsables de l’augmentation de la criminalité et du chômage en Grèce.

Global Voice

Septembre 2011

La crise grecque se propage au monde de l’entreprise. Le groupe pharmaceutique suisse Roche a ainsi annoncé ce dimanche qu’il ne livrait plus ses médicaments aux hôpitaux grecs, ces derniers n’ayant pas payé leurs factures. « Il y a des hôpitaux qui n’ont pas payé leurs factures depuis 3 ou 4 ans », a déclaré le directeur général Severin Schwan, cité par un porte-parole. « On en arrive à un point, où on ne peut plus faire des affaires normalement », a-t-il ajouté. Roche a cessé d’approvisionner certains hôpitaux cette année. Selon le porte-parole de Roche, l’arrêt des livraisons a commencé cet été. D’après Severin Schwan, les hôpitaux publics grecs « ont l’habitude de ne pas payer l’industrie pharmaceutique », contrairements aux pharmacies.

« Certains hôpitaux ont repris leurs paiements, depuis que Roche a cessé de livrer, car ils ont compris que leurs réputation vis à vis des patients est en jeu », a directeur général de Roche. Le groupe suisse a parallèlement augmenté ses livraisons aux pharmacies, qui payent leurs factures plus régulièrement.

La Tribune

Un jour Papandréou s’est réveillé en se rappelant qu’il était grec. Pas démocrate, socialiste ou européen mais grec. Un jour Papandréou le cosmopolite qui ressemble à une caricature de highlander a redécouvert qu’il appartenait de toutes ses fibres à une nation, à une histoire et qu’il était de son devoir de consulter son peuple dès lors que se jouait non plus une simple crise mais la simple dissolution de la Grèce en tant qu’entité politique et partant morale. Les nations peuvent sans doute échouer mais Papandréou a redécouvert ce qu’affirmait Valéry, elles peuvent aussi mourir.

Dans la notion de politique traduit tardivement en français sous le double patronage de Raymond Aron et Julien Freund, Carl Schmitt avait perçu qu’une SDN pouvait décréter le blocus contre un pays et partant sa destruction par inanition dès lors qu’une norme supranationale primait sur toute autre considération. Nous sommes donc arrivés à ce point où lorsque la dictature des commissaires européens, des commissaires du FMI et des juges autoproclamés des agences de notation causent de sauvetage d’une nation, on doit comprendre que l’intérêt des créanciers prime sur la survie du dit peuple et qu’il pourra toujours se dissoudre en émigrant, en prostituant massivement ses femmes, en clochardisant ses vieux, en se transformant en main d’œuvre docile, en érigeant son pays en champ de foire pour rodéo post-colonial, en se déguisant en wargus, en intégrant, pour certains, l’élite vérolée du monde globalisé. C’est la voie russe vers le capitalisme, elle est désormais conseillée aux grecs.

Papandréou s’est réveillé et seul il a décidé de convoquer le peuple, comme Cicéron réclamait le justitium, on ne sait s’il va se rendre à la déraison européenne mais, au moins, il n’aura pas eu ce ridicule de socialiste espagnol qui tapine auprès de la Santander et roucoule les lois du marché auto-efficient comme ne l’aurait jamais fait Franco.

Avec la crise grecque on voit bien que l’idée européenne est un cancer à trois têtes : socialiste, technocratique, contre-révolutionnaire. Sa survie est un épisode de ce XIXème siècle à travers les âges qu’avait ausculté Muray dans son essai baroque.

Très tôt les socialistes ont émis des doutes sur l’idée européenne qu’ils trouvaient trop limitée. Les socialistes modérés en ont conclu qu’ils pouvaient tout intégrer dans cette Europe invertébrée parce qu’elle ne formait que la première pierre d’un édifice qui se terminerait par un gouvernement mondial. Les socialistes durs à la sauce post-communiste ou non, en deuil de la Révolution moribonde prônent aujourd’hui la dissolution des peuples européens dans le métissage général et le sans-papiérisme sans frontières. Puisque la Révolution a échoué, un continent de gueux de tous les pays donnera le signal de l’incendie où le grand soir fera de nouveau ses courses en slalomant entre les ruines et les charniers, l’islam servant de combustible.

D’origine saint-simonienne, l’idée d’une Europe productiviste, féministe, et championne de la paix s’est muée en une dictature des commissaires. Puisque l’ancienne aristocratie était morte, il fallait en refaire une sur les fondations pourries de l’Etat-Nation. Pour Jean Monnet, l’Europe n’était pas l’affaire des peuples mais d’un commando de fédéralistes qui allait bâtir le peuple européen à travers une chaîne d’institutions allant de l’armée au marché commun. Le fédéralisme étant enterré, l’Europe est devenue un étrange attelage où la souveraineté intermittente de l’Allemagne s’accouple à l’aréopage de commissaires et de lobbyistes qui siègent à Bruxelles. Une véritable délégation des pleins pouvoirs a transformé la Commission et son appendice le Coreper (sigle orwellien pour comité des représentants permanents) en une usine à produire des directives, donc des décrets-lois, dont la Cour de Justice assure le caractère normatif : libre circulation des capitaux, des marchandises et des hommes, concurrence non-faussée, défense acharnée des droits de propriété, dissolution progressive de tout dispositif de protection sociale au profit de l’assistanat, indifférentisme éthique pour le reste. Lorsque les commissaires du FMI ou de la Commission dirigée par l’ancien maoïste Barroso, n’arrivent plus à convaincre, même avec l’aide tarifée des agences de notation et les avis vénaux des économistes, l’Allemagne est chargée de sortir le big stick sauf en ce qui concerne la Turquie dont les Etats-Unis réclament l’admission avec insistance.

D’origine contre-révolutionnaire, l’idée d’un concert des nations européennes dont Metternich fut le champion, n’est plus. La référence, même vague, à la chrétienté a disparu et les Etats européens ont appris depuis 1945 à réciter avec précision les mille et un détours du vassal face au suzerain américain et à l’Ogre soviétique. L’Allemagne peut toujours faire peur avec ses panzer fantômes en Europe même, mais un pays dont la moyenne d’âge des électeurs avoisine les 50 ans ne peut en aucun cas s’affirmer sur la scène mondiale où le concert s’est déplacé. Quand la Chine communiste fait partie de l’orchestre, avec le Japon et bientôt le Brésil, on voit que le Concert en question est chargé d’établir sur la planète entière la loi du créancier que le mercenaire américain avec ses 700 milliards de dollars de budget pour la défense, se charge de rendre effective, tandis que le Royaume-Uni avec ses archipels de paradis fiscaux veille sur la tuyauterie de l’édifice. Quant à l’ONU, sa bureaucratie obèse et ses ONG subventionnées édictent des normes universelles selon lesquelles le droit des peuples à rentrer dans le rang du cordicolisme armé est proclamé horizon indépassable de notre temps.

En conséquence, l’idée européenne est, comme tous les délires du XIXème siècle, un mort-vivant qui n’en finit plus de se survivre de réunions d’urgence en carnaval des indignés sans que jamais le réel ne lui apporte le moindre démenti puisqu’elle navigue dans une sorte de réalité de synthèse où d’acte en monnaie uniques, la somme de ses désastres forme l’édifice flamboyant de son épiphanie.

Publié par : Memento Mouloud | janvier 21, 2015

Médine, le soralisme, Charlie et les autres

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Vincent Cespedes affirme « lancé le 1er janvier 2015, le clip, dont le nombre de vues monte en flèche sur YouTube (plus de 500.000 au bout de la première semaine), n’a pas à être interdit. Il faut en revanche y voir un symptôme: celui d’une nouvelle ambition sur le marché des ferveurs, l’ambition de tuer au nom d’une cause pour se sentir enfin pleinement vivant […] Médine s’est justement montré irresponsable -en tant qu’artiste diffuseur de mots, d’idées, d’images et d’émotions saturés de rage et de glorifications du pire. »

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On le voit Cespedes intervient parce que le clip a du succès et que ce succès n’est pas je-suis-Charlie-compatible. Il est bien évident que si ce clip a pour ambition d’appeler au meurtre, il doit être interdit, première contradiction. Ensuite, quand Charb après l’incendie de son journal et des menaces de mort publiait une caricature de Mahomet, signée Coco, priant les couilles à l’air, avec sur les fesses, une étoile jaune, était-ce autre chose qu’une provocation irresponsable envers des idolâtres incapables de comprendre que la vulgarité ne peut atteindre un homme de foi, encore moins Dieu ? Il s’en suit que Cespedes doit clairement affirmer pour qui de telles imprécations sont une provocation. Enfin toute la fin du clip relève du grand-guignol de l’exorciste, le prendre au sérieux, ce serait comme prendre un clip de Lady Gaga pour une invitation immédiate à embrasser un gang de bikers partouzards. En revanche, de bout en bout ce clip est un manifeste politique crypto-soralien.

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Tweet de Caroline Fourest « le clip du rappeur Médine contre la laïcité. Ultra-Réac et intégriste. Seul le passage contre moi me fait rire ». C’est juste, le maître à  penser du brave Médine semble, parfois, Farida Belghoul, mais c’est un subterfuge.

Allons plus loin, dans le clip, les français s’opposent aux musulmans de plus on n’y trouve nulle mention des juifs, car Médine croit au complot judéo-maçonnique et il se méfie. A ce titre, il propose une alliance, disons une main tendue aux catholiques intégristes et aux réactionnaires partisans d’abattre la Ripoublique si bien que si l’on ôte de ses paroles les références à l’islam, on y trouve la rhétorique usuelle aux identitaires, la référence ulcérée au mariage pour tous compris.

Pro-Palestinian protesters react during a demonstration against violence in the Gaza strip in Paris

Dès lors, la question à se poser est la suivante, comment le populo basané ou non, musulman ou pas, en est-il venu à embrasser une telle rhétorique ? Doit-on y répondre par un éloge permanent de notre République oligarchique, piteuse et corrompue ?

Comme l’écrivait Olivier Cyran dans une sorte de lettre ouverte aux membres de Charlie-Hebdo dont la plupart sont morts, désormais, « ne montez donc pas sur vos grands chevaux quand vos détracteurs usent de mots durs contre vous. Ces derniers jours, vous avez hurlé au scandale parce qu’un rappeur pas très futé réclamait un « autodafé pour ces chiens de Charlie Hebdo » au détour d’un titre collectif inséré dans la BO du film La Marche. Comme si votre journal n’était qu’amour et poésie, vous avez fait savoir à la terre entière que vous étiez « effarés » par tant de « violence ». Pourtant, vous ne vous êtes pas offusqués lorsque le rappeur tunisien Weld El 15 a assimilé les policiers de son pays à des « chiens bons à égorger comme des moutons ». Au contraire, vous l’avez interviewé avec tous les égards dus à un « combattant de la liberté d’expression ». Les violences verbales de Weld El 15 trouvent grâce à vos yeux parce qu’elles visent un régime à dominante islamiste qui veut le renvoyer en prison. Mais quand la métaphore canine se retourne contre vous, ce n’est plus du tout la même chanson. Envolée, la liberté d’expression : ralliement à la rengaine néoconservatrice sur le rap comme « appel à la haine » et « chant religieux communautariste ».

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Olivier Cyran avait juste oublié ceci, les rédacteurs de Charlie-Hebdo jouaient à la petite guerre imbécile des mots injurieux, des insultes vaines et des dessins outranciers, ils visaient un interlocuteur et n’avaient aucune influence sur les responsables d’Abu Ghraïb qu’ils dénoncèrent en leur temps ; les autres jouissent d’égorger et de trouer de balles leurs contradicteurs, n’importe quelle parole mortifère, ils s’en saisissent et s’en drapent comme un mot d’ordre.

Publié par : Memento Mouloud | janvier 18, 2015

Il était une fois Mohamed Merah ou retour vers le futur

En sommes-nous au point où les commandements de Moïse doivent être redécouverts comme une vérité nouvelle ?

Boukharine.

Le septuple meurtre de Toulouse-Montauban avait suscité une vive émotion dans l’hexagone, mais la nature même de cette émotion fut fort mal analysée par les multiples commentaires. On aura, bien sûr, relevé la carence des autorités à propos d’une politique sécuritaire qui permet à un djihadiste de jouer les touristes ou à un délinquant multirécidiviste de se constituer un stock hétéroclite d’armes à feu ou de se trouver un protecteur parmi les anciens du milieu.

Toulouse restait jusqu’ici cette ville où les fausses affaires proliféraient. Patrice Alègre était déjà un tueur solitaire de prostituées presque consentantes à leur sort et Dominique Baudis ne suait devant les caméras que parce que la chaleur du studio était insupportable. De même lorsque l’usine AZF fut soufflée menaçant de transformer sa voisine de la SNPE en une méga-bombe à l’ypérite, la conclusion fut cinglante : une auto-combustion dommageable s’était terminée en un drame sans responsables, sans coupables, sans rien qu’un faisceau de rumeurs.

A l’autre bout de la France,  la DST localisait un agent d’Al Qaida qui transférait d’étranges données depuis un cyber café de Menton. L’interpellation échoua mais l’enquête menait à deux autres Azuréens qui furent interpellés à Milan en possession des plans détaillés des sous-sols et du bâtiment du palais de justice de Nice. De nouveau, il s’agissait de tourisme.

Alors que les arrestations des frères en question et de l’ancienne femme de Mohamed Merah, qui renouvelle le droit islamique (le fiqh) en évoquant un divorce avec son mari selon Allah, occupaient la scène, on apprenait l’arrestation à Nice d’un illuminé sénégalais, Omar Diaby.

En effet, le 9 décembre 2011, cet habitant des quartiers Est de Nice avait donné rendez-vous à une trentaine de « frères fidèles à Allah » pour l’ultime Choura (réunion) avant le grand départ. Dans la cité Bon-Voyage, où Omar, l’ancien braqueur, s’était reconverti en prêcheur, leur destination ne faisait guère de doute : « Ils devaient s’envoler pour Tunis et rester quelques mois en Libye. Mais c’est l’Afghanistan qu’ils voulaient rejoindre ». Selon une source officielle, des « liens » auraient ainsi été mis en évidence entre Omar le Niçois et Mohamed Merah, le tueur toulousain. Pour arrêter Omar Diaby, il avait suffi d’un banal contrôle d’identité et d’une interpellation devant la gare Thiers à Nice où il venait récupérer deux « frères  » prêts à le suivre en terre d’islam. Rattrapé par une vieille affaire de droit commun – un trafic de pièces de voitures remontant à plus de six ans.

Toutes les lois sécuritaires sont sans doute bien conçues et minutieusement rédigées et commentées, mais les faire respecter est une toute autre affaire, car effectivement appliquées, elles entraveraient plus ou moins gravement la réalisation de certains profits, tant dans les cités que dans d’autres secteurs plus recommandables et ayant pignon sur rue. On a noté la violence de l’assaut du Raid mais pas la banale laideur de ce quartier dit pavillonnaire et encore moins la présence d’une école primaire ouverte, à proximité, alors que les policiers et l’apprenti-djihadiste échangeaient des pruneaux en tout sens.

Cette horrible banalité de la laideur tranquille, la seule force en cours, s’est alors transformée en décor de guerre civile et c’est bien pour cela que chacun se félicite que les français aient réagi avec tant de calme. C’est-à-dire tant de passivité.

Qu’était Mohamed Merah, sinon un  hédoniste qui a mal tourné, un consumériste qui attendait son dû, un de ceux qui pensent que le monde est là pour leur faire plaisir. Ce que l’ennui des loisirs révèle c’est sa propension au massacre et au happening, un cas extrême et localisé de la pollution générale et de son prix, du recyclage et de son lien avec l’Oeil absolu. On sait que son père, séparé de sa femme depuis 1994, est originaire du village de Bezzaz, dans la commune d’Essouagui, dans le département de Médéa. « Mohamed, le plus jeune des  enfants, avait donc six ans », au moment de la séparation. Le père de Mohamed Merah travaille dans la région de Tiaret (340 km à l’ouest d’Alger), où il gère une société de matériaux de construction, et vit à Mouzaïa (60 km au sud-ouest d’Alger). Il n’entretenait pas de « solides relations » avec ses enfants depuis son divorce « à l’amiable ». « Mohamed voulait s’ installer en Algérie, où il comptait fonder un foyer parce qu’il avait fini par détester la France, où sa situation sociale était devenue difficile », raconte son oncle maternel.

Selon M. Aziri, le « tueur au scooter » avait séjourné pour la dernière fois en Algérie en 2010 : « Il avait alors demandé à son père de lui acheter un appartement pour se marier, mais il avait essuyé un refus. »

Quand Mohamed n’essayait pas vainement de taper son père inconnu, qui pousse le comique involontaire jusqu’à porter plainte contre la France parce que les policiers ont commis le crime de récupérer, mort, un terroriste qui avait tout de même le droit de finir vivant après avoir appuyé à bout pourtant sur la détente d’un colt 45 adossé sur la tempe de la jeune Myriam, on le voyait au volant d’une Mercedes ou coiffé d’un bonnet « rasta ».

Le voici, faisant du ski dans une station du Jura proche de la frontière suisse. Un mois avant les attentats de Toulouse et de Montauban il se trouvait dans la petite station des Rousses avec deux amis. Les dates, 9 et 10 février 2012, sont celles des photos et des vidéos enregistrées sur le disque dur d’un ordinateur portable Mac Book Air.

Les images furent prises avec un iPhone par un « caïd » de la cité des Izards, colocataire occasionnel de l’appartement du 17, rue du Sergent-Vigné. Fin collier de barbe et petite moustache à la mongole, l’homme d’une trentaine d’années souhaitait rester anonyme et s’attendait à être interpellé par la police à tout moment. Comme Mohamed Merah, il avait déjà fait de la prison. Nerveux, il fumait Malboro sur Malboro avant d’aller chercher son ordinateur dans un ancien modèle d’une Clio grise garée à proximité du palais de justice de Toulouse.

Selon ce caïd, Mohamed Merah aurait voulu acheter une caméra à la Fnac de Genève. Le grand magasin du centre-ville vendait plusieurs modèles de caméras numériques embarquées, comme des lunettes de soleil qui permettent de filmer (249 francs suisses) en skiant ou la fameuse « GoPro » (399 francs suisses) utilisée par les parachutistes pour scruter leurs sauts, grâce à un harnais fixé sur la poitrine. Ou fixée par une ventouse sur une moto par un chauffard qui voulait montrer ses exploits du côté de Montauban sur YouTube. Le « tueur au scooter » aurait filmé ses actions-commandos à Toulouse et à Montauban avec ce dernier type de matériel. Mais Mohamed n’avait pas d’argent à Genève, et son protecteur assure qu’il avait refusé de payer à sa place, estimant « trop cher » ce gadget « à 400 euros ». Comme dans ce monde on n’a rien sans rien ou pour le dire autrement, tout a un prix. Quel était le prix acquitté par Mohammed Merah, le tueur au scooter, pour cette escapade ?

Comme Mohamed Merah, ce caïd des Izards, père de trois enfants dit avoir « lu le Coran en prison », mais sans s’interdire de boire ou de fumer à la sortie de la maison d’arrêt de Seysses, ni de devenir un fidèle de la « mosquée » des Izards, en fait une simple cave « fréquentée par des vieux et des familles avec leurs enfants ». Il explique ses passages dans l’appartement de la cité Belle Paul, loué – 500 euros par mois – par Mohamed Merah dans le quartier de la Côte pavée, par une brouille avec sa dernière compagne, qui habite aussi le quartier, avenue Camille-Pujol. Deux de ses enfants sont scolarisés dans une école de ce secteur pavillonnaire plutôt huppé, très loin des cités HLM périphériques. « J’ai souvent dormi chez lui », raconte l’homme qui se présente comme « rangé des voitures », créateur d’une société de location de véhicules sous le nouveau régime d’auto-entrepreneur.

Serait-ce lui qui louait à son jeune protégé (1 000 euros par mois, selon la police) la Mégane et la Clio dans lesquelles les enquêteurs ont retrouvé tout un arsenal, dont l’arme (colt 45 de calibre 11,43) qui aurait servi aux trois attaques à scooter de Toulouse et de Montauban. « Il aimait jouer au Call of Duty sur sa PlayStation », confie le colocataire du 17, rue du Sergent-Vigné.

Comme Marseille, Toulouse avait connu une certaine escalade dans la scénarisation des attaques à mains armées. En novembre 2011, une fusillade avait eu lieu au cœur du quartier du Mirail, celui d’où était originaire la famille de Mohamed Merah. En décembre, c’était un restaurant-péniche qui était «rafalé» à la kalachnikov. Achat chez un chineur ou chez un grossiste, les armes de Mohamed Merah relèvent à la fois de la collection et du mode opératif d’un cinéphile d’un certain genre.

On sait bien qu’entrer sans payer dans la cité de la renommée est le pire des crimes à l’aune d’une société marchande comme la nôtre. Merah l’a payé d’une vidéo de l’assaut diffusée par le Figaro, les victimes, d’un oubli stérile. De l’avis de beaucoup, il ne s’agissait même pas d’un pro mais d’un amateur. On en vient donc à promouvoir une nouvelle théorie : le loup solitaire contre l’Etat. On savait que la vie sur Terre ressemblait à une bouffonnerie, seulement le rire qu’elle provoque ne promet pas l’insurrection mais l’assujettissement perpétuel.

Toujours, post-mortem, une copie des vidéos tournées par Mohamed Merah au cours de ses tueries a été envoyée au siège français de la chaîne qatari Al-Jazeera. Preuve que Merah visait un certain public pour son happening. Le courrier réceptionné dans les locaux de la télévision à la tour Montparnasse, qui contenait une carte mémoire accompagnée d’une lettre. Le colis portait un cachet postal daté du moment où le siège de l’appartement du tueur avait déjà débuté. On se demandait s’il avait été posté par Mohamed Merah ou un complice. Mais on en était resté à la thèse du loup solitaire, c’était plus simple.

Les petits voyous toulousains regroupés en coopérative djihadiste et l’Etat jouent au même jeu, celui de la sécurité due à la marchandise si bien que l’insécurité des gens n’est jamais qu’un sous-produit de la première. De ce point de vue, le Mexique avait montré la voie d’une certaine post-modernité.

Déjà, les caméras s’attardaient sur le voisinage de Mohamed Merah et sur les visages de ces hommes et femmes, sur les visages des voisins, on pouvait reconnaître les traits des réfugiés de toutes les guerres. Ils revenaient dans un appartement criblé de balles, endommagé, mais ils revenaient comme si les banalités qui mutilent et tuent étaient autant de données corrigibles et sans effets. Il y a une chose qui aurait du frapper les gentils chroniqueurs qui se grattent le ventre en se félicitant du calme des français. Les morts de Toulouse et de Montauban sont des enfants juifs, un rabbin, et des jeunes, maghrébins ou antillais.

Les premiers ont une aura d’étrangeté et le départ de leurs dépouilles vers Israël, filmé en direct, venait le rappeler. Les seconds étaient des pauvres, disons d’anciens pauvres. Les mêmes qui s’engagent pour l’Irak ou l’Afghanistan et que les manuels de la CIA transforment en tortionnaires en se demandant comment un libérateur peut flinguer au hasard une vingtaine d’afghans sur une place parce que leurs visages, leurs odeurs, leur langue, leur cuisine, leur mépris, lui sont devenus insupportables et que la vie même est un fardeau dont on se décharge par un meurtre de masse, comme le recommandait le second manifeste du surréalisme.

La vie de Mohamed Merah, répétons-le, est un instantané de la vie de loisirs. Voyages, caméras embarqués, photos, mariage raté, sexualité incertaine, père absent, mère insupportable, tours en voiture, goût de l’adrénaline, du succès, du plaisir, ascétisme en kit, virée en boîte, résidence intermittente dans la maison du bon dieu, pulsion suicidaire, protéisme, complexe de Zélig, jeux vidéos, wii, initiation à la vie dangereuse.

Mohamed Merah n’a jamais vécu que dans l’ennui. Le seul moment qu’il ait trouvé amusant, ce sont les dernières secondes, l’arme à la main, secoué par les balles du Raid, le corps déchiqueté, n’éprouvant plus la douleur et tombant dans une dernière détonation par-dessus une balustrade. Le tout filmé en continu pour le compte posthume du Figaro. Quel fut son dernier mot ? «  m’en fous qu’est-ce que je les ai fumés ».

Dans Marianne, on lisait le témoignage d’un homme devant l’école juive de Toulouse. Il aurait vu le tueur, il aurait été tétanisé, il aurait attendu que la scène se déroule jusqu’au bout, certain de se prendre une balle s’il sortait de sa cellule à quatre roues. Il n’a pas filmé de son portable, il n’a pas eu le réflexe ou alors il ne l’a pas dit. Il n’a pas eu l’idée de mettre le moteur en marche et de foncer sur le tueur. On dira nul n’est tenu d’être un héros. Sans doute. Nul n’est tenu à rien. D’ailleurs, autant les minutes de silence se multiplient sur les écrans, autant les usines ne cessent de produire avec leurs cercles qualité, leur just in time et leurs projets, autant les cabinets, les sous-traitants, les communicants, les commerciaux n’en finissent plus de fourguer des produits innovants et toujours plus formidables.

Mohamed Merah aurait pu dire « je ne suis pas contre vous puisque je suis pour ce qui vous fait vivre en vous tuant chaque jour un peu plus », de là sa volonté d’être enterré en France, volonté que sa famille s’empresse de ne pas accomplir après l’avoir conduit sur une voie sans issue. Volonté que le Conseil Français du Culte Musulman préfère voir barrée d’un trait par les proches de Merah. Merah a exaucé le voeu des poètes situationnistes qui voulaient être lus par des fillettes de 14 ans, puisqu’il est l’une de ses fillettes, lectrice de sourates.

Les jeunes s’apprêtent bien à détruire le vieux monde car jamais dans l’histoire, la jeunesse n’a été aussi dépourvue de repères, aussi gourmandée, aussi bovarysée, aussi conne. Et les adultes si lâches et compatissants.

Lors de sa garde à vue à Toulouse, Abdelkader Merah s’est déclaré « fier » des actes commis par son frère, sans qu’on lui propose un petit café au polonium, ce qui aurait été la moindre des choses. Le frère du tueur antisémite avait reconnu sa complicité dans le vol, le 6 mars 2012, du scooter Yamaha T-Max qui avait servi de monture dans les assassinats de trois militaires et de quatre autres personnes de confession juive, dont trois enfants.

Bien entendu, et contre l’évidence, il avait nié être au courant des projets meurtriers de son jeune frère de 23 ans. Il n’est pas sûr que face aux paras de Massu en mars 1957, voire aux hommes du BCRA, le jeune comique islamo-toulousain aurait continué son manège, mais les temps changent. L’art de la guerre s’est perdu ainsi que celui du Réel.

Lui et sa compagne furent interpellés à Auterive, à 40 kilomètres au sud de Toulouse, au moment même où le RAID entamait un siège de 30 heures devant le domicile toulousain de Momo le barjo. Retranché dans son appartement, Momo aurait jailli face à ses assaillants en faisant feu et en avançant vers le groupe du Raid, sans doute pour réclamer un Sprite. Les premiers éléments de l’autopsie montraient que son corps avait reçu de nombreux impacts de projectiles « essentiellement au niveau des membres inférieurs et supérieurs ». Sur ces diverses traces de tirs, deux impacts se révélèrent mortels, l’un ayant touché la gauche du front et l’autre ayant traversé l’abdomen, du flanc droit au flanc gauche.

Jean-Dominique Merchet, sur son blog, commentait : « des spécialistes du contre-terrorisme s’interrogent, alors qu’il s’agissait, selon eux, d’une opération assez simple, qui s’apparente à la maîtrise d’un forcené, certes très armé et déterminé. Merah était seul et n’avait aucun otage. […] L’erreur la plus souvent pointée porte sur la manière de pénétrer dans l’appartement, mercredi à 3 heures du matin. Les policiers ont utilisé un bélier pour défoncer la porte d’entrée, derrière laquelle Merah semble avoir placé un réfrigérateur. Cela donne le temps à celui-ci d’ouvrir le feu et de repousser le premier assaut. […] Lorsque le Raid décide du dernier round, il lui manque un élément essentiel : le renseignement fiable sur la position de la cible. En effet, les policiers ignorent où est exactement Merah dans cet appartement d’une trentaine de mètres carrés, et même s’il est encore vivant. Autre interrogation, la durée de la fusillade – près de cinq minutes. 300 munitions ont été tirés par la police. Or, le succès d’un assaut se mesure à sa rapidité, moins d’une minute en principe. Ce matin, quelque chose a donc mal tourné. ».

Visiblement ce n’est pas la seule chose qui ait mal tourné. C’est tout le parcours de Momo le barjo qui semble émaillé de mauvaises surprises et d’à peu près.

En janvier 2011, Mohamed Merah venait de rentrer d’un premier séjour en  Afghanistan. Fin novembre 2010, il fut interpellé par la police pakistanaise ( ?) à Kandahar, région à forte activité insurrectionnelle dans le sud de l’Afghanistan, et remis à l’armée américaine. Celle-ci transmit l’information à l’armée française, qui la relaya à la Direction de la protection et de la sécurité de la défense (DPSD), et cette dernière à la DCRI.

Sans aucun doute, Mohamed Merah était-il inscrit, depuis, dans le fichier Cristina (Centralisation du renseignement intérieur pour la sécurité du territoire et les intérêts nationaux), classé secret défense et auquel la DCRI a accès, avance André Tarrat, chercheur au Centre français de recherche sur le renseignement (CF2R).

Puis il fut renvoyé vers la France et regagna Toulouse en décembre 2010, comme tout grand voyageur. Les officiers américains qui avaient pris en charge Mohamed Merah à Kandahar ont consulté son passeport. Ils auraient découvert son périple de « loup solitaire » au Proche-Orient. C’est à la suite de cet épisode que le FBI l’avait inscrit sur la liste noire des personnes interdites de séjour et de vol dans des avions à destination et en provenance des Etats-Unis.

Durant cette période où il semble partager son logement, Mohamed Merah préparait un nouveau voyage. En mars 2011, la Direction centrale du renseignement intérieur (DCRI) l’enregistrait dans ses fichiers. Il y était inscrit en tant que jeune islamiste à surveiller et comme résidant rue du Sergent-Vigné. Mais rien n’indiquait qu’une une autre personne y demeurait. Notamment le fameux caïd innocent des Izards. En août 2011, il repartit, cette fois au Pakistan.

Durant le siège de son appartement, mercredi 21 mars, il affirma aux policiers que c’est lors de ce séjour qu’il avait été formé au maniement des armes. Il revint à Toulouse en octobre 2011. Ce retour au pays natal fut suivi d’un rendez-vous avec le correspondant régional de la DCRI en novembre 2011, »pour recueillir des explications sur son voyage en Afghanistan », selon Bernard Squarcini, patron de la DCRI.

Il y présenta alors ses photos de vacances (avec ou sans Kalash ? Nu ou avec barbe ?) et sa clé USB, mais sans les extraits de décapitations et d’égorgements avec lecture de versets. C’est d’ailleurs avec ce fonctionnaire qu’il avait « souhaité parlé » lors des négociations avec le RAID, semblant avoir établi avec lui « un rapport de confiance ». Ce qui est logique puisque Momo avait trouvé, après son avocat, un autre bolosse.

Il aurait été placé sous surveillance informatique. Selon André Tarrat, « la DCRI est aussi là pour comprendre l’environnement de la personne, faire une cartographie de ses contacts ». Le lien entre Mohamed Merah et son frère, Abdelkhader, mis en cause il y a quelques années dans le cadre d’une enquête sur des filières d’envoi de djihadistes en Irak, était d’ailleurs connu. Où l’on voit l’efficacité de la méthode reprise des techniques d’analyse sociologique en réseaux.

Dans un entretien accordé aux Inrocks.com, Didier Hassoux, journaliste du Canard enchaîné et co-auteur d’une enquête sur la Direction centrale du renseignement intérieur (DCRI), assure que le nom de Merah avait été repéré dès le premier meurtre, soit le 11 mars : « Une source de la police judiciaire (PJ) m’a assuré que la PJ avait saisi les adresses IP des quelque 600 personnes s’étant connectées sur LeBonCoin.fr sur l’annonce du premier militaire abattu le 11 mars ».

L’adresse IP de l’ordinateur de la mère de Mohamed Merah y figurait. « Or, il était inscrit sur le ficher du Stic [Système de traitement des infractions constatées] entre seize et dix-huit fois pour des faits mineurs. Ce qui est énorme. A cela s’ajoute le fait qu’il était également inscrit sur Cristina [Centralisation du renseignement intérieur pour la sécurité du territoire et des intérêts nationaux], le fichier de la DCRI. »

Il semblerait que la police ait mis un temps inhabituel avant d’obtenir les identités correspondant aux adresses IP. Selon Jean Marc Manach, spécialiste des technologies de surveillance, ce n’est que le 16 mars que la liste des 576 IP fut transmise par les enquêteurs aux fournisseurs d’accès internet. Ceux-ci répondirent dès le 17. Six jours pour obtenir les identités. Anormal, d’après Manach, qui écrivait sur Owni : « D’ordinaire, nous confirme une source policière, ce genre d’opérations ne prend que quelques minutes.

Une autre source, proche de ceux qui répondent à ce type de réquisitions judiciaires, indique de son côté qu’elles sont traitées “en 48 heures maximum”. » C’est le nom de la mère de Merah qui figurait sur la liste d’adresses IP. Comme l’a précisé le procureur de la République de Paris, François Molins, son nom a fait tilt car il était lié à ceux de deux de ses fils, eux-mêmes « connus des services de police ». Incroyable induction, nous sommes soufflés.

Le frère Merah et sa pouffe endurèrent quatre jours de garde à vue dans les locaux de la SDAT sans passer par la fenêtre comme le malheureux Richard Durn. En effet, Mohamed Merah, spécialiste selon ses propres termes de l’enfumage, avait assuré aux policiers qui l’assiégeaient que sa mère et son frère n’étaient pas au courant de ses projets. Car Momo Merah n’était pas seulement islamiste, il était parfaitement post-moderne. Célèbre, apprenti chahid, il n’en fut pas moins un type entreprenant malgré ses multiples échecs scolaires, son hépatite, ses troubles mentaux passagers et son amour immodéré pour le cinéma extrême. Les policiers, sans enquête véritable et après la petite mise au point du trio Sarkozy-Guéant-Squarcini, furent convaincus par la thèse du loup solitaire.

Néanmoins, le tueur antisémite n’avait pas toujours vécu en solitaire dans son appartement, au rez-de-chaussée, du 17, rue du Sergent-Vigné, dans le quartier de la Côte Pavée à Toulouse. Bien qu’on ne sache pas s’il fut un adepte de la sodophilie chère aux militants LGBT, un épisode de sa vie antérieure (puisque désormais 72 barbus semblent l’entourer dans le Jardin des martyrs pour l’éternité) révèle que Momo Merah a connu, sa période de colocation, comme dans Friends mais avec des hommes à barbe.

Le 9 janvier 2011, Momo fit l’objet d’un contrôle à son domicile. Alertés par un appel au 17 – numéro d’urgence -, les policiers de la sécurité publique de Toulouse se présentèrent à son adresse.

L’affaire était des plus banales : une querelle de voisinage pour une histoire de stationnement qui se termine par quelques invectives. Les policiers dressèrent un constat, procédèrent à une vérification d’identité et repartirent quelques minutes plus tard, en notant que l’incident était clos, qu’il n’y avait pas eu de blessé et que « la situation [était] calme ». Ce jour-là, Mohamed Merah n’était pas la seule personne mise en cause par le plaignant. Celui-ci désigna un deuxième individu dont l’identité fut également relevée. Or, selon la main courante établie par les policiers qui ont vérifié les documents d’identité, cet homme, un Français né en Algérie en 1973, demeurait dans le même appartement de la rue du Sergent-Vigné.

Soudain curieux, les enquêteurs se demandèrent comment le jeune homme, supposé vivre de l’aide de l’Etat, avait pu se constituer un arsenal, dont un pistolet mitrailleur Sten et un fusil mitrailleur Uzi, louer une Renault Mégane et se procurer un second véhicule, une Clio. Le tueur avait dit dans les discussions avec les négociateurs du RAID qu’il aurait acheté ses armes « grâce à des cambriolages ou des hold-up qu’il faisait pour se procurer de l’argent ». « Ce sont des armes qu’il dit avoir achetées, et je pense que c’est vrai : il les aurait payées 20 000 euros. » avait déclaré Ange Mancini. Ce qui est proprement hallucinant et devrait conduire Sarkozy et Guéant dans les poubelles de l’histoire électorale.

En effet, nous apprîmes de la bouche d’Ange Mancini qu’après 10 ans de politique dite sécuritaire et de nettoyage au filet d’eau de la racaille, un homme spécialement surveillé et fiché de 15 à 18 fois au STIC pouvait se procurer, via des braquages répétés, son argent de poche et quelques unes des 3 millions d’armes clandestines en circulation, comme on va à la boulangerie

Les enquêteurs durent donc désormais mener un travail de fourmi « pour retrouver l’origine de chaque arme et l’existence de ces braquages », affirmait une source policière. Ce qui encore une fois relève du comique de répétition, ce genre d’enquête n’ayant pas de fin. De son côté, Abdelkader était connu par les services de police pour son engagement de longue date en faveur d’un islam radical.

Frérot était fiché en tant que salafiste et avait également été inquiété pour sa participation présumée dans une filière d’acheminement de djihadistes en Irak il y a quelques années, sans être mis en examen, comme il se doit en pays cordicole. A moins qu’il n’ait servi d’informateur ?

Les enquêteurs voudraient découvrir s’il existait une structure, même embryonnaire, voire un réseau derrière les deux frères et si Abdelkader avait apporté une aide financière ou logistique à Mohamed mais Squarcini avait déjà conclu que non. Et après l’auto-combustion dans l’usine AZF, grand moment de chimie théorique, la théorie de l’auto-radicalisation avait été énoncée par le procureur parisien et sociologue amateur, François Molins. La garde à vue de la mère de Mohamed et Abdelkader Merah, dura moins de deux jours.

Selon un avocat, Me Jean-Yves Gougnaud, Zoulika Aziri était minée par un « sentiment de culpabilité et de remords » se demandant comment elle aurait pu empêcher son fils d’assassiner sept personnes. « Est-ce qu’elle aurait pu éviter les choses ? C’est la question qu’elle se pose », avait dit Me Jean-Yves Gougnaud, alors même que cette femme avait décliné l’invitation à parler à son fils lors du siège du RAID.

Pendant que sa mère était en mode silencieux, Momo sautait du balcon en continuant à tirer sur les policiers qui avaient investi son logement quand il fut mortellement touché par des tireurs d’élite postés à l’extérieur. Sa fin avait été précédée d’un échange de coups de feu de cinq minutes. Trois cents projectiles furent échangés quand les policiers, après 32 heures de siège, pénétrèrent dans le logement, s’ouvrant la voie avec des moyens vidéo. Lorsque ceux-ci eurent introduit un dispositif dans la salle de bains, Momo sortit en « arrosant » au colt 45. Un policier fut blessé au pied, deux autres choqués. Momo était raide troué.

Toute la nuit avait été consacrée à ébranler la résistance psychologique du djihadiste. Les policiers avaient fait sauter ses volets pour voir à travers les fenêtres et surtout firent exploser, à intervalles réguliers, des charges puissantes pour l’empêcher de dormir et le maintenir sous pression. Au même moment, un faisceau lumineux balayait la façade du bâtiment où la police avait ordonné la fermeture des arrivées d’eau, de gaz et d’électricité. Seulement Momo attendait, avec impatience, l’assaut final. Il « portait un gilet pare-balles ». Des armes et des munitions furent également été retrouvés sur les lieux, y compris de quoi confectionner des coktails molotov. Il « s’était réfugié dans la salle de bain. On aurait pu penser qu’il avait été sonné, blessé ou atteint (…) Sa réaction a surpris les policiers. »

Cette fin indiquait que Mohamed Merah n’était pas le petit paumé des quartiers pris d’une soudaine envie de passer à l’acte. Sa vacuité l’avait conduit au terrorisme. Il y avait trouvé son élément et sa raison de vivre qui était aussi une raison de mourir.

Comme Mohamed Merah est hypermoderne, il avait tout filmé et s’était placé lui-même au milieu des projecteurs. Il pensait donc servir d’exemple pour le prochain chahid qui décidera de mettre la France à genoux, à sa manière. Mohamed Merah s’était préparé. Il avait comme le Frédéric Moreau de l’éducation sentimentale beaucoup voyagé. Un officier supérieur américain, en poste à Kandahar, avait assuré que sur le passeport de l’intéressé figurait un certain nombre de tampons. Le plus ancien mentionnait sa présence en Israël, puis en Syrie, en Irak et en Jordanie. Avant d’être arrêté, il se serait rendu au consulat d’Inde à Kandahar en vue d’obtenir un visa pour ce pays. Aucune précision n’avait pu être obtenue sur l’objet de son voyage en Israël mais la même source évoquait, au regard des réponses fournies lors de son audition à Kandahar, que Mohamed Merah « aurait pu ou être tenté » de se rendre dans les territoires palestiniens.

D’après une source militaire française en Afghanistan, on constatait qu’il avait effectué deux séjours en Iran et pas forcément comme garde du corps de Dieudonné.  Interrogée, la DCRI, chargée du contre-espionnage et de la lutte antiterroriste, avait démenti ce séjour. Au Pakistan, il aurait séjourné dans les deux districts tribaux du nord et sud Waziristan, à la frontière avec l’Afghanistan, zone escarpée, véritable carrefour de l’insurrection talibane et djihadiste dans la région. En effet, il s’était rendu, à deux reprises, en 2010 et 2011, au Pakistan pour intégrer des groupes de combattants basés dans cette zone, une région montagneuse semi-autonome qui longe l’Afghanistan sur 1 360 km et héberge le Tehrik-e-taliban Pakistan (Mouvement des talibans du Pakistan, TTP).

Il aurait ainsi d’abord séjourné dans les camps du FATA, avant de se rendre dans le sud de l’Afghanistan, notamment dans les provinces de Kandahar et de Zaboul. « Il existe près de deux cents madrasas [écoles religieuses] dans les FATA qui enseignent le djihad aux futurs insurgés qui reçoivent ensuite, voire en même temps, un entraînement militaire. »

Le TTP a lié son destin à Al-Qaida et disposerait, selon les services de renseignements militaires américains basés à Khost, dans le sud-est de l’Afghanistan, d’une centaine de camps d’entraînement tout du long de la frontière. De la petite cour intérieure d’une maison au camp retranché, ces centres fournissent les troupes qui alimentent à la fois l’insurrection contre les forces occidentales en Afghanistan et contre l’armée d’Islamabad au Pakistan. Les frappes de drones américains qui se sont multipliées depuis 2009 contre ces centres d’entraînement et leurs responsables (423 en 2010 contre une en 2007) ont éparpillé ces cellules combattantes et ces lieux d’endoctrinement.

Momo aurait trouvé dans sa parentèle une aide afin d’organiser son tour-operator djihadiste. En effet, son frère et sa sœur, considérés comme les « religieux de la famille Merah », selon un policier de la Direction centrale du renseignement intérieur (DCRI), auraient séjourné au Caire dans une école coranique où la proximité avec les réseaux salafistes régionaux avaient permis de mettre sur pied cette filière. Par ailleurs, plusieurs centaines de grammes d’explosif avaient été saisis à leur domicile.

Le parcours du tueur djihadiste de Toulouse montrait la mobilité de ces apprentis terroristes qui peuvent se rendre du Pakistan aux zones tribales puis en Afghanistan avant de rentrer en France. De source britannique à Kaboul, on assurait, en février 2012, que les filières djihadistes se dirigeaient désormais vers l’Afrique. Selon les services de renseignement occidentaux, à Kaboul, « une centaine d’Européens seraient actuellement dans les zones tribales après avoir été pris en charge par des filières djihadistes ». De source diplomatique, on indiquait, fin 2011, que la moitié de ces volontaires possédaient un passeport allemand et une dizaine de Français étaient recensés parmi eux. Des réseaux belges et algériens avaient été identifiés et les individus avaient souvent la double nationalité, germano-marocaine ou italo-algérienne.

Mohamed Merah aurait été pris en charge par le Mouvement islamique d’Ouzbékistan (MIO), qui a pour tâche, depuis la chute des talibans en 2001, d’encadrer les « étrangers » qui viennent combattre « les infidèles » en Afghanistan ou les forces de sécurité pakistanaises qui tentent, périodiquement, de les déloger. Le MIO, qui intègre aussi les combattants déclarés d’Al-Qaida, opère sous l’autorité du Tehrik-e-Taliban Pakistan (Mouvement des talibans du Pakistan, TTP). La vie n’aurait pas été de tout repos pour Mohamed Merah dans les zones tribales. « S’il a bien reçu un entraînement militaire et s’il a combattu sur le sol afghan, relate un membre des services secrets français, il a été plutôt maltraité par ses camarades djihadistes. »

Les éléments détenus par les services spécialisés montrent donc des liens entre le tueur présumé de Toulouse, le MIO et le TTP qui lui ont permis d’accéder à cette zone dangereuse, l’ont formé et encadré. Ces connexions avec des structures terroristes reconnues remettent en cause la figure de loup solitaire de Mohamed Merah.

Il est par ailleurs surprenant que Momo ait échappé au contrôle de la CIA ou de son homologue française, qui prêtent une attention toute particulière aux combattants djihadistes étrangers venus dans la région et qui constituent une menace terroriste majeure pour leur pays d’origine. Un certain nombre de faits attestent, enfin, l’existence de contacts réguliers voire familiaux avec la mouvance islamiste de la région toulousaine.

Il est donc douteux que les autorités gouvernementales croient à la théorie du loup solitaire. Seulement avec quatre millions de musulmans présumés sur le sol français et 16 millions en Europe, il est compliqué d’affirmer que l’hydre de la guerre se renouvelle sans cesse au cœur du plasma germinatif immédiat et citoyen d’une Union Européenne pour laquelle la paix et son processus sont comme l’alpha et l’omega de la sortie définitive de l’Histoire qui ne saurait être tragique et encore moins sanglante.

Les services de police français ont ainsi mis en évidence, au moins à partir de 2008, des liens forts entre les frères Merah et un groupe d’apprentis-djihadistes issus de l’Ariège et de la ville de Toulouse. Les membres de ce groupe furent interpellés, le 15 février 2007, puis condamnés, pour la plupart, en juin 2009, pour « association de malfaiteurs en relation avec une entreprise terroriste ».

Sous la houlette d’un chef religieux, né en Syrie et vivant au cœur de l’Ariège, des jeunes partaient en Syrie avant de tenter le passage en Irak. C’est à cette époque que le nom d’Abdelkader Merah était apparu aux enquêteurs comme organisateur des voyages.

En 2008, Mohamed Merah avait obtenu un permis pour rendre visite en prison à Sabri Essid, ex-grutier, l’un des principaux protagonistes de ce groupe. Les services de police notaient  que Momo lui apportait de l’argent. Sabri Essid avait été arrêté, les armes à la main, à la frontière entre la Syrie et l’Irak. Plus tard, les familles Essid et Merah furent liées lors du mariage entre la mère des frères Merah et le père de Sabir Essid. Les policiers toulousains ont évoqué le rôle joué par Mohamed dans cette union.

Qui était donc Momo le barjot ?

« C’est un jeune homme très doux, au visage d’archange, au langage policé » : c’est ainsi que Christian Etelin décrit Mohammed Merah. L’avocat toulousain le connaît depuis qu’il a « quinze ou seize ans » : « Je l’ai défendu de multiples fois au tribunal des enfants, pour des vols, de la violence, de la délinquance typique des quartiers ». D’après cet avocat fâché avec la syntaxe, Momo avait été condamné à une peine de prison, « au-delà d’un an dans mon souvenir » il y a quatre ou cinq ans. Le jeune homme très doux, au visage d’archange et au langage policé « avait arraché le sac à main d’une dame avec un de ses copains ». Une fois la peine exécutée, l’avocat avait su, « par son entourage, et notamment un de ses employeurs carrossiers, qui le considérait comme un très bon ouvrier, qu’il s’était engagé politiquement et était parti en Afghanistan ».

La dernière fois que Christian Etelin avait vu Mohammed Merah, c’était le 24 février 2012. Le jeune Toulousain était jugé pour un délit de conduite sans permis. Le tribunal l’avait condamné à un mois de prison ferme. Il devait se rendre chez le juge d’application des peines pour connaître les modalités d’aménagement de celle-ci car il était un jeune homme très doux, au visage d’archange et au langage policé, de plus bon carrossier.

« Il n’était absolument pas barbu quand je l’ai vu, c’était le même homme que je connaissais, dit l’avocat. Il m’a juste appris qu’il n’avait plus de travail et touchait le RSA. Nous n’avons pas parlé de son engagement politique. Je lui ai juste dit de se tenir à carreau car revenant d’Afghanistan, il devait être surveillé ». Où l’on voit qu’un avocat français se méfie plus d’une police faisant son travail que d’un djihadiste de retour de camps d’entraînement.

Malika avait également raconté cette histoire à propos du bon carrossier très doux, au visage d’archange et au langage policé : « Mohamed avait demandé au frère de cette jeune femme de venir chez lui, dans l’appartement où il mourut retranché, prétextant un problème informatique. Une fois chez lui, l’adolescent n’avait pas pu repartir. Mohamed l’avait séquestré. Il voulait lui montrer des vidéos d’Al Qaïda, avec des décapitations, etc. La maman de l’adolescent s’était inquiétée et avait aussitôt lancé des recherches. L’ado avait fini par être libéré. La soeur de l’adolescent avait ensuite rencontré Mohamed, pour lui dire de ne jamais recommencer ça. Mohamed l’avait alors violemment agressée. Elle avait même dû être hospitalisée plusieurs jours. Mohamed était ensuite venu sous les fenêtres de l’appartement familial de la victime. Il était en treillis militaire, armé d’un sabre et hurlait qu’il était d’Al Qaïda. Une plainte avait été deposée. »

Dans le quartier toulousain des Izards dont Momo était originaire, un jeune le décrivait également comme « gentil, calme, respectueux et généreux ». « Il priait, mais ce n’était pas un extrêmiste » et il n’en avait pas l’apparence, assurait un autre. « Il ressemble à un jeune de maintenant ». C’était un pratiquant un peu spécial : tantôt il portait la barbe, tantôt se la rasait. Il fréquentait des boîtes de raï où il avait été aperçu quelques jours à peine avant son équipée sanglante.

Un bon carrossier très doux, au visage d’archange et au langage policé, un jeune homme de maintenant qui prie et va en boîte.

Cependant, dès l’enfance, Momo présentait un « profil violent » et des troubles du comportement. A 17 ans, Momo fut arrêté par la police toulousaine pour de « petits délits. » D’autres suivirent jusqu’à quinze. Ils lui valurent deux courts séjours en prison en 2007 et 2009.  Le « bon carrossier très doux, au visage d’archange et au langage policé, un jeune homme de maintenant qui prie et va en boîte » avait alors 21 ans. Momo dont l’entraînement laissait à désirer avait tenté à deux reprises de s’engager dans l’armée française – en 2008 dans l’Armée de terre et deux ans plus tard dans la Légion étrangère-, mais sans succès. Même, dans la région de Kandahar, le « bon carrossier très doux, au visage d’archange et au langage policé, un jeune homme de maintenant qui prie et va en boîte » aurait été arrêté, fin 2010, par les autorités pakistanaises, pour des faits de droit commun.

Le bon carrossier très doux, au visage d’archange et au langage policé, un jeune homme de maintenant qui prie et va en boîte appartenait à l’une des branches les plus radicales de l’islamisme combattant. A ce propos, l’imam bordelais Tareq Oubrou évoque « le développement d’une religiosité non structurée, un islam bricolé, favorable à l’extrémisme. On connait les profils violents dans nos mosquées. Malheureusement, le discours de certains religieux, notamment sur internet, embarquent des musulmans dans un rapport de force avec la société. Des discours de lamentation rejettent le malheur des musulmans sur les autres et donnent matière à violence. Face à cela notre seule réponse est la parole, les sermons, les appels à la spiritualité et à l’humanité. Mais, pour ces jeunes, nous ne sommes pas crédibles; ils préfèrent les discours de haine ou de stigmatisation ».

L’imam disait une chose, le bon carrossier très doux, au visage d’archange et au langage policé, un jeune homme de maintenant qui prie et va en boîte, n’était pas un cas aberrant mais une sorte de profil sociologique à dupliquer.

Publié par : Memento Mouloud | janvier 17, 2015

Caricatures de Mahomet : la capitulation de Mulhouse (Alsace)

« J’ai pris la décision de suspendre cet enseignant pour le protéger, pour protéger la communauté éducative et le site. Mon rôle a été de ramener la sérénité dans l’école », explique le recteur Jacques-Pierre Gougeon qui a décidé, lundi, de suspendre à titre conservatoire un professeur d’arts plastiques du collège François-Villon de Mulhouse. L’enseignant exerce depuis une dizaine d’années dans cet établissement situé en zone d’éducation prioritaire (ZEP) qui n’existe plus.

Nous sommes en Alsace où le délit de blasphème est toujours inscrit dans le code pénal.

Le lendemain du massacre des journalistes désarmés de Charlie Hebdo par deux combattants franco-djihadistes, le professeur serait arrivé très énervé dans une classe de quatrième en jetant son sac à terre. Puis il aurait commencé son cours en projetant des caricatures de Mahomet, en demandant à ses élèves de les regarder. Un collégien lui aurait alors répondu que cela le gênait alors que les morts de Charlie-Hebdo, il  s’en battait un peu les c…

Les versions divergent ensuite sur les propos exacts qui ont été échangés et la manière de les dire. Selon le recteur, le professeur se serait emporté en lançant « Ici, dans mon cours, c’est moi le chef. Tu regardes… Si tu veux m’assassiner avec une kalachnikov, tu peux toujours le faire ». Les élèves auraient pleuré, terrassé par une violence verbale et symbolique insoutenable. Seule certitude, des propos virulents ont été rapportés par les élèves qui se prénomment tous François et Victor à leurs parents, tous agnostiques, on l’imagine. La situation a commencé à se tendre vendredi, après la prière, avec une menace de manifestation qu’on imagine unitaire, résonnant de manière particulière avec l’attaque du consulat français de Karachi ou les émeutes anti-françaises du Niger.

L’enseignant a été entendu et condamné par la principale du collège, Patricia Essner, qui a relaté cet entretien dans un rapport écrit digne de feu le KGB. Le professeur aurait expliqué avoir parlé sous le coup de l’émotion. La pression s’est encore faite plus forte lundi. Des parents d’élèves (toujours agnostiques) sont venus se plaindre auprès de la principale (une autre résistante) qui a pris une mesure d’éloignement contre le professeur coupable de blasphème islamophobe. De son côté, le recteur a décidé l’ouverture d’une procédure disciplinaire pour faute professionnelle grave. L’enseignant a été suspendu à titre conservatoire pour la période maximale de quatre mois. On ne connaît pas l’avis, courageux il va sans dire, de la ministrEsse des droits du genre à être enseigné à l’école publique.

Outre les propos que le professeur aurait tenus devant ses élèves, le recteur affirme que les dessins de presse ont été présentés « sans préparation pédagogique », il voulait dire psychologique, le musulman devant être préparé à rencontrer, traumatisme terrible, des énoncés étrangers à la charia dans une école française. Ce qu’Élisabeth Jacquet, secrétaire générale adjointe du syndicat Snes-Fsu 67, qui accompagne l’enseignant, conteste.

Le professeur sera entendu prochainement par le directeur des ressources humaines du rectorat, dans le cadre de l’enquête administrative pour délit de blasphème. Le dossier contient une vingtaine de lettres concomitantes d’élèves écrites conjointement par l’imam et des parents d’élèves relatant, en toute objectivité islamique, les faits. « Ces témoignages d’élèves vont dans le même sens… On ne peut ignorer ces faits, car s’ils sont avérés, ils sont graves », prévient Patricia Essner qui confond faits et témoignages, pétition de principe et réalité, avant d’expliquer que l’objectif de la procédure « est d’éviter les menaces de troubles à l’ordre public » qui viennent, on s’en doute, d’un enseignant en colère qui croyait vivre dans un pays laïc et uni dans la résistance au terrorisme et au chantage.

L’enseignant mis en cause est « très bien noté. C’est un professeur très engagé et très actif au sein de son établissement », souligne le rectorat qui tient à préciser que des centaines d’enseignants en Alsace ont présenté des caricatures (du pape) à leurs élèves (musulmans) dans le cadre de cours, de débats « qui se sont très bien passés ».

En attendant, l’enseignant en arts plastiques (discipline proprement hostile à l’Islam) prépare sa défense avec le soutien du Snes-FSU qui considère que ce professeur « a été sacrifié pour calmer le jeu. Même si au final rien n’est retenu contre lui, il restera un dommage. Un mauvais signal a été envoyé aux enseignants. Le recteur a dégainé trop vite ».

DNA / BAM

Publié par : Memento Mouloud | janvier 16, 2015

Il y a 3 ans à Liège : l’étrange attentat-massacre de Nordine Amrani

La justice belge a confirmé le suicide de l’auteur de la tuerie à Liège, dont le bilan a été revu à la baisse : quatre personnes tuées dont trois lors de la fusillade et une près du domicile du tueur. Plus tard, s’ajouteront deux autres victimes décédées à la suite de leurs blessures. Une femme de 75 ans qui avait été donnée pour décédée par le procureur, Danièle Reynders, se trouvait en réalité « toujours en soins ». Cinq personnes blessées se trouvaient encore à l’hôpital dans un état grave avec un pronostic vital engagé, précisait de son côté la ministre de l’intérieur belge, Joëlle Milquet. Selon le procureur, 125 personnes ont été blessées, la plupart légèrement. Quelque 40 autres « sont passées par les hôpitaux » en état de choc pour un « traumatisme psychologique ».

Les trois personnes tuées lors de la fusillade en plein centre-ville, lorsque l’homme, Nordine Amrani, a ouvert le feu sur la foule, sont deux adolescents de 15 et 17 ans et un bébé de 17 mois. Un peu plus tôt dans la journée, il a aussi tué d’un balle dans la tête sa femme de ménage, qui demeurait à côté de chez lui. Le corps a été trouvé au cours de la perquisition menée au domicile de Nordine Amrani. Mardi matin, alors qu’elle sortait de son travail, Amrani lui aurait demandé d’entrer chez lui sous prétexte de lui fournir du travail. Il l’aurait ensuite agressée et tuée. Par ailleurs, le tireur aurait versé une somme d’argent sur le compte de sa compagne avant la fusillade, indiquait RTL.be.

Nordine Amrani était convoqué par la police pour une « affaire de mœurs » mardi, au moment où il a lancé des grenades et tiré avec un fusil d’assaut sur la foule, a indiqué la justice belge.  La ville de Liège observa une minute de silence en hommage aux victimes de cette fusillade qui a provoqué une forte émotion dans tout le pays. Le roi des Belges, Albert II, et son épouse Paola se sont rendus sur les lieux, de même que le nouveau premier ministre, Elio Di Rupo.

Les autorités judiciaires et politiques belges vont chercher à comprendre « l’acte fou » d’Amrani, déjà condamné à de multiples reprises pour possession d’armes et pour des affaires de recel, de stupéfiants et de moeurs. « C’était un délinquant qui a, toute sa vie, connu des difficultés : le tribunal pour la jeunesse, le tribunal correctionnel, les cours d’appel… Comment est-ce que cette personne a pu se venger sur la population locale innocente ? Nous allons essayer de le comprendre », avait déclaré le procureur général de Liège, Cédric Visart de Bocarmé, sur la radio publique RTBF. D’après le quotidien flamand «Het Nieuwsblad», une femme vivant dans l’immeuble du tueur a confié que l’homme s’était disputé avec une autre voisine, allant jusqu’à déféquer devant sa porte. Une autre habitante des lieux, France Hendrichs, décrit le couple que Nordine Amrani formait avec sa petite amie Marie-Hélène comme ayant causé de nombreux problèmes au fil des années. Selon elle, le meurtrier et sa compagne se disputaient constamment et bruyamment.

Il avait précisé que le tireur s’était visiblement « soigneusement préparé ». Il avait été libéré après avoir accompli la moitié d’une peine de prison pour la détention d’un arsenal : une dizaine d’armes (dont un lance-roquettes, un AK 47, un fusil à lunette) accompagnées de 9.500 pièces. 2.800 plants de cannabis avaient également été découverts. Il s’était alors aussi vu infliger une amende de 11.000 euros et des confiscations pour un montant de 76.500 euros avaient été prononcées.

En revanche, en mars 2009, une condamnation pour détention d’armes n’avait pas pu être retenue à son encontre par la cour d’appel, affirme « 7sur7.be ». Ce qu’a confirmé le procureur général de Liège Cédric Visart de Bocarmé : « la cour d’appel n’a effectivement pas pu le condamner sur ces faits-là en raison d’un problème technique. La loi en matière de détention d’armes a changé et la cour n’a pas visé la bonne loi. C’est la seule raison pour laquelle la prévention n’a pas été retenue. »Après 3 ans de prison, il avait été libéré sous caution le 8 octobre 2010.

Le tireur, revêtu d’un treillis, s’était rendu au centre-ville après avoir tué la femme de 45 ans à son domicile, avec, dans son sac, un fusil automatique léger, un revolver et des grenades. « Je sortais du palais de justice. J’ai vu un homme faire un grand mouvement avec les bras en lançant quelque chose vers les Abribus. J’ai entendu une explosion », racontait Nicolas Gilenne, un journaliste ayant assisté à la scène.

L’homme s’est « retourné, a pris un autre objet, l’a dégoupillé. J’ai alors commencé à courir. Il était seul et semblait très maître de ses actes. Il voulait toucher le plus de gens possible. J’ai entendu quatre explosions et des tirs pendant environ dix secondes », a-t-il ajouté. Un témoin a affirmé avoir ensuite vu Amrani porter un revolver à sa tête après la fusillade mais, selon le procureur de la ville, les circonstances de sa mort demeurent « incertaines ».

Sur des images prises avec un GSM à la prison de Marneffe, centre pénitentiaire semi-ouvert, l’on découvrait Nordine Amrani, quelques jours avant sa remise en liberté, « annonçant » qu’on allait bientôt parler de lui. Il le répétera le lendemain à trois reprises.

Il a été établi que Giuseppe Rosato, un gangster notoire, tueur à ses heures, était une connaissance de Nordine Amrani. Une centaine d’appels a été relevée entre les deux hommes durant les 3 mois précédant la fusillade. « Je ne tire rien comme argument de cela. Mais à mon sens, cette proximité est significative. Si en plus, on examine d’autres contacts, on constate que M. Rosato est resté dans le même milieu », a argumenté M. Yernaux. C’est le même pépé Rosato qui accompagna la femme du tueur au commissariat de Liège, vers 13 heures, le jour du massacre.

Georges Degryse, un Liégeois poursuivi pour des faits de détention d’armes de guerre, fut condamné par le tribunal correctionnel de Liège à une peine d’un an de prison ferme. Sa compagne avait été condamnée pour les mêmes faits à une peine de 100 heures de travail. Les armes avaient été découvertes dans un hôtel de charme sadomasochiste tenu par Georges Degryse. Celui-ci était, à l’époque de l’assassinat du boxeur Georges Hardy, le compagnon de la soeur de cette victime d’une des exécutions commises par Pépé Rosato dans le cadre de l’affaire Habran et consorts. Sept armes, dont un riot-gun et une Kalachnikov, et des munitions, avaient été découvertes dans l’hôtel de charme, dans une cache aménagée au domicile du couple et dans la tombe d’un cimetière. La destination réelle de ces armes restait trouble mais certaines versions avaient fait état du fait qu’elles auraient été achetées à Nordine Amrani, le tueur de la place St-Lambert, afin d’éliminer Pépé Rosato. Pépé Rosato s’était constitué partie civile dans ce dossier mais sa constitution, qui n’était reliée à aucune prévention, fut rejetée. Georges Degryse risquait une peine de 2 ans de prison. Mais le juge prononça une sanction plus clémente d’un an de prison.

Dans un souci de répondre aux rumeurs qui avaient fleuri, le procureur du Roi de Liège, Danièle Reynders, avait démenti tout lien entre Nordine Amrani et l’extrême droite, qu’elle soit flamande ou wallonne, ainsi que toute participation de ce dernier à une activité de criminalité organisée. Et ce malgré ses contacts avérés notamment avec Pépé Rosato, l’un des accusés du procès Habran. « Plusieurs pistes ont désormais été invalidées et ce n’est pas parce qu’Amrani avait des contacts avec des truands qu’il était lié au milieu du grand banditisme », a précisé Mme Reynders.

Laquelle a également invalidé l’hypothèse d’une vengeance personnelle du tueur – vis-à-vis de la femme d’ouvrage, Mme Racano, laquelle l’aurait selon d’aucuns dénoncé en son temps à la justice -, de même qu’elle a assuré que l’ouverture de plusieurs dossiers distincts mais liés n’avait pas du tout pour but de vouloir cacher quoi que ce soit. Une manière de répondre à certains avocats, pour lesquels la justice n’est pas très transparente dans cette affaire.

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