Publié par : Memento Mouloud | juin 13, 2017

Quand M6 rencontre Emmanuel-Ubu Ier, roi du Frankistan

Tout a commencé le 28 octobre 2016 à Al Hoceima, chef-lieu de la province rifaine. Ce jour-là, Mohcine Fikri, un marchand de poissons est broyé dans une benne à ordures alors qu’il tentait d’empêcher la destruction de sa marchandise, 500 kg d’espadons pêchés et saisis par la police à la sortie du port. Nasser Zefzafi, un chômeur de 36 ans, émerge alors pour prendre la tête de manifestations qui débordent peu à peu du Rif. L’homme au verbe haut accuse l’État d’être responsable de sa mort. Un peu comme Rémi Fraisse mais avec plus d’impact.

Dans cette région, le secteur informel représente une part importante de l’économie si ce n’est la principale part. L’économie est donc alimentée par la contrebande et la culture du cannabis, dont le Rif est la source de l’essentiel du trafic à destination de l’Europe voisine. Le Makhzen prélève sa dîme, discrètement. Comme ses aïeux, le roi est le premier dealer du royaume.

Nasser Zefzafi est demeuré inflexible jusqu’à son arrestation le 29 mai 2017. Il était en cavale depuis trois jours après l’interruption du prêche de l’imam de la principale mosquée de la ville qui lui reprochait d’embrasser le chaos. Cette remontrance, dictée par les autorités l’accuse d’avoir « porté atteinte à la liberté du culte » unique et « d’attiser la fitna entre les croyants » uniques. Car au Maroc tout est uni et unique. Le Roi parle et tout le monde pense et dit comme il parle. C’est donc aussi pratique que l’horaire des cinq prières quotidiennes, la fixation de la période du Ramadan et l’importation de papier OCB. En résumé, Nasser met le dawa au pays de M6, le roi le plus insignifiant du monde, en compagnie de tous les autres.

Le Rif a toujours été quelque peu siba. Une sorte de creuset de tribus acéphales qui descendent des montagnes avec des chapeaux de mexicains. Longtemps que les rifains attendent une sorte de Zapata, le rôle d’Abdelkrim étant déjà pris. Le sous-commandant Nasser est donc lancé sur la piste aux étoiles renouvelables.

M6 reçoit Emmanuel Macron, pour sa première visite au Maghreb. Les deux hommes ne se connaissent pas, et Rabat compte bien, malgré ces temps troublés, ouvrir un nouveau chapitre de ses liens avec la France. De plus le Makhzen est dépourvu de matériaux compromettants. Mais Macron dans son rôle de Bonaparte en kit est un type compréhensif. Inutile d’user du chantage avec lui. L’évocation de la déraison d’État lui suffit.

La veille de la visite d’Emmanuel-Ubu Ier, France 24 mensonges par seconde, dans sa version islamo-arabe expurgée, s’est vu signifier une interdiction d’activité au Maroc. Motif : « Une couverture biaisée des événements du Rif et l’invitation en plateau de personnes diffusant de fausses nouvelles ».

Mediapart / BAM

La série des crimes raciaux continue, chaque année en emmène son lot. Le premier s’appelait Youssouf Fofana, le deuxième Amédy Coulibaly, le troisième Fissenou S, le dernier en date Kada Kobili Traoré dit Bébé. Tous sont criminels, tous sont afro-musulmans, tous sont des hommes, tous ont été défendus par leurs familles respectives ou du moins tous n’ont pas été rejetés par elles. On en conclut qu’elles ne pensent pas avoir engendré un monstre mais un moment d’égarement. Qu’en quelques années ces quatre personnes aient commis des crimes visiblement racistes dont deux sont désignés comme l’acte d’un dément ne semble pas troubler l’opinion française. Après tout il y a Omar. Omar Sy et Omar Sy est très sympa et d’autres sont très écoutés. Ils sont sur la route et leur route est difficile mais leur mère n’a pas été défenestrée après avoir été tuée à mains nues, un soir à l’âge de 66 ans par un lascar que ses amis appellent Bébé. Les français préfèrent voir le verre à moitié plein, ils sont, non pas aveugles, mais optimistes. L’intégration est en cours. D’autres morts s’ajouteront à la liste mais c’est pour la bonne cause. Il n’y aura pas à l’école de leçons de morale ni de dispositifs de prévention à propos du racisme meurtrier de certains hommes afro-musulmans, seuls les blancs sont méchants, car les blancs sont colons, génétiquement colons.

Mais revenons à Kobili Traoré dit Bébé.

Dans le nuit du 3 au 4 avril dernier, Sarah Halimi, 66 ans, née Attal, a été torturée et défenestrée par son voisin Kada Traoré, 27 ans que ses amis appellent Bébé. Entre deux coups, l’assassin psalmodiait des sourates du Coran. Elle était la seule juive du 26, rue de Vaucouleurs, à quelques pas du boulevard de Belleville, dans le XIe arrondissement parisien. Vaucouleurs rappelle Jeanne d’Arc. Une juive anciennement directrice de crèche et un nom métonymique, c’était trop, Traoré allait se charger de l’exorcisme.

Kada Kobili, français d’origine malienne, vivait avec sa mère et ses sœurs. Quand les sœurs Traoré croisaient Elisheva, la fille de Sarah, venue rendre visite à sa mère, elles crachaient par terre et criaient « Sale juive ! ». Traoré avait un casier judiciaire chargé. Mais, avec une vingtaine de condamnations pour violences et vols, aucun psychiatre ne l’avait catalogué comme malade mental. Le casier judiciaire de Kobili comporte des mentions pour des délits tels que vols, trafic de stupéfiants et rébellion. Sorti de prison le 29 juillet 2016, il était soumis à des travaux d’intérêt général. « Il ne fréquentait pas les milieux salafistes ou radicaux », a assuré sa mère lors de son audition. Sa soeur a tenu la même ligne : « Il ne faisait aucune différence entre les gens. »  Ce qui prouverait que la haine n’attend pas le nombre des années de radicalisation chez les afro-musulmans. On pourrait tuer sans faire de différence entre les gens, juste en insultant des juifs ou des blancs de passage.

Dans la nuit du 3 au 4 avril dernier, il sonne à la porte d’une famille amie, les Diara, d’origine malienne comme lui. Son excitation leur fait peur, il crie « Allah Akbar ! » mais ce n’est pas eux qu’il entend tuer car dieu commande de sacrifier en priorité des mécréants, en deuxième des apostats, en troisième des homosexuels, en quatrième le tout venant. Surtout pas de discrimination. Bébé ne fait pas de différence. Il tuera d’ailleurs indifféremment. Il s’introduit sur le balcon contigu. Celui de l’appartement de Sarah Halimi. Bébé force la porte-fenêtre, la surprend dans son sommeil, la frappe, « la massacre » avant de la défenestrer, selon les termes de Me Jean-Alex Buchinger, avocat avec Me David-Olivier Kaminski des trois enfants et du frère de la victime. La tempête de coups, le calvaire de cette femme empoignée et jetée par la fenêtre ne se déroulent pas dans la solitude.

Comme toute exécution publique islamique, elle réclame le spectacle. Un spectacle public.

Les Diara, affolés lors de l’irruption de Traoré, ont appelé la police. Trois hommes arrivent à 4h28, les Diara leur jettent les clés dans la cour avant de retourner se barricader au fond de leur cuisine. Quelques minutes plus tard surgissent d’autres renforts de la brigade anticriminalité 75, la BAC. Selon des témoins, Bébé « continue à cogner et à cogner. Puis, il y a un silence. Il regarde la femme et lui dit: Tu continues à bouger? Et il l’insulte: Salope! Il la cogne alors de plus belle avec un acharnement méthodique. » Comme lui, plusieurs voisins entendent l’assaillant répéter « Allah akbar » et un mélange confus d’arabe et de français tel que « Que Dieu me soit témoin », « C’est pour venger mes frères ». D’autres distinguent une voix désigner Sarah Halimi sous l’appellation « sheitan »et se féliciter d’avoir « tué le démon ».   En parfaite maîtrise de lui-même, en « surstimulation », relate le rapport d’enquête, Traoré hurle à l’attention de la police qui a braqué un projecteur. « Il y a une femme (qui) va se suicider », annonce-t-il avant de la pousser dans le vide. Selon un témoin, il hurle qu’il a « les pieds plein de sang » que « ça colle partout. Dites-leur que j’ai marché dedans avec mon pied gauche ». Car Bébé a beaucoup d’humour comme ses soeurs quand elles crachent par terre en hurlant sale juive. Trop mortel de dominer le monde par le meurtre, le crachat et l’insulte.

L’interpellation de Bébé a finalement lieu à 5h35.

Magnanime, le Parquet de Paris, retient un acte de démence.

Marianne / Le Parisien/ L’Express/ BAM

Publié par : Memento Mouloud | juin 12, 2017

Ils ont voté

On ne peut s’étonner que des gens qui pensent et vivent comme des branques, votent comme des cons, c’est dans l’ordre des choses. Macron n’a rien caché de ce qu’il était et de ce qu’étaient ses affidés et soutiens, un monarque et sa cour. Les français ont donc voté comme des grenouilles, ils ont voté ou n’ont pas voté, mais le résultat est le même, pour un roi. Ils ont donc consenti à choisir : ils préfèrent la gratitude à la force, la dépendance aux libertés, le maréchal Ferrand à n’importe quel honnête homme. Ils refont le thatchérisme avec 40 ans de retard parce que les français ont peur, peur d’être pauvres après avoir eu peur d’être fascistes. Les français ont donc voté dans l’urgence et l’urgence interdit toute réflexion. Ils ont voté pour la République girouette, un coup à gauche, un coup à droite, un coup ici, un coup ailleurs, ils ont voté pour ce qui n’est pas et si l’inexistence avait un nom ils auraient voté pour ce nom et tous les autres. Il suffit de comparer les deux derniers votes britanniques aux nôtres pour savoir de quel côté du Channel existe un peuple souverain et un peuple asservi.

D’abord à la grosse Bertha allemande, ensuite au big stick états-unien, pour finir à la ritournelle coranique.

Les français ont donc voté comme opinent les cocottes, avec une grâce un peu vulgaire. Il n’y aura ni troisième tour social, ni quatrième tour ésotérique, il y aura le règne sans partage des notables et des élites. Tout changera pour que rien ne change, on connaît la chanson, on connaît même l’orchestre et ses partitions. L’ennui viendra vite et c’est cela qui tuera Macron et sa clique : l’infatuation, le ridicule et l’ennui. Sûrement pas la révolution ou les clones de Zemmour et lecteurs de Sautarel.

Publié par : Memento Mouloud | juin 12, 2017

Vent frais

«Je suis allé au bout du bout de mes engagements politiques», a poursuivi Guaino, qui avait tenté – en vain- de se présenter à la dernière l’élection présidentielle. «Ça fait plus de trente ans (…). Je crois que j’ai épuisé le sujet», a-t-il confié. Un aveu suivi d’une très lourde charge à l’égard des électeurs parisiens… «L’électorat qui a voté aujourd’hui dans la 2e circonscription de Paris (Ve, VIe, VIIe arrondissements de Paris) est, à mes yeux, à vomir». Stupéfaction sur le plateau. «Vous m’entendez bien, à vomir», a alors répété Henri Guaino avant de détailler: «Entre les bobos d’un côté, qui sont dans l’entre-soi de leur égoïsme… Et puis il y a cette espèce de bourgeoisie traditionnelle de droite. Celle qui va à la messe, qui amène ses enfants au catéchisme et qui après vote pour un type qui pendant trente ans s’est arrangé, a triché par tous les moyens», a-t-il déroulé dans une allusion à François Fillon, député sortant de cette circonscription… «Un peu pétainiste, vous savez tous ces gens qui ont voté à la primaire de la droite…», a-t-il poursuivi. Les journalistes lui demandent si ce n’est pas un manque de respect… «Oui, bien sûr, et alors?»

Semble-t-il amer, il se rappelle cette «époque» des années 80 où il commençait son engagement politique. «Il y avait des Messmer, des Chaban, des Debré, l’héritage du gaullisme, des Séguin, des Pasqua… Maintenant, on se retrouve avec les gens que vous voyez, qui, franchement, ne méritent pas le respect». Il ne sera jamais en marche. Entre ceux qu’il présente comme des «opportunistes, des affairistes, des menteurs…», il préfère tirer sa révérence.

Le Figaro

Publié par : Memento Mouloud | juin 3, 2017

La méthode Céline Alvarez : libéralisme et béatitudes

« Le message le plus évident est que les bonnes relations nous rendent plus heureux et en meilleure santé, c’est tout. […] Tout notre fonctionnement biologique nous encourage à la bienveillance et à la reliance : lorsque nous sommes généreux, altruistes, justes, confiants envers les autres, notre cerveau nous récompense en libérant de la dopamine. La dopamine agit sur les circuits cérébraux de la récompense, provoquant une décharge d’enthousiasme, d’élan et de plaisir qui nous encourage »

Céline Alvarez

Les Lois naturelles de l’enfant, le livre néo-positiviste de Céline Alvarez dépasse les deux cents occurrences, dans la presse écrite, depuis deux ans. La version baby doll pédagogique d’Eric Zemmour est donc lancée. L’ouvrage décrit trois années d’accompagnement scolaire d’enfants de trois à cinq ans à Gennevilliers selon la méthode Montessori, le tout agrémenté de pistes tirées de la psychologie cognitive et sociale, badigeonnée aux neurosciences.

Reposant sur la manipulation d’objets spécialement élaborés pour des apprentissages comme la lecture, le calcul ou la compréhension scientifique du monde, la pédagogie Montessori vise l’autonomie de l’enfant, sans qu’on sache ce que chacun entend par ce terme d’autonomie, sans même évoquer la conception de l’enfant comme un être auto-suffisant. L’une des particularités de cette méthode est l’usage d’objets onéreux (en bois, faits main : bouliers, cadres, globes pour la géographie, lettres rugueuses pour mémoriser les sons, bâtonnets en bois pour le calcul, etc. ) – pouvant atteindre plusieurs milliers d’euros par classe, le matériel devant être homologué, avec seulement trois constructeurs agréés –, ainsi qu’un besoin en personnel formé aux méthodes Montessori, un personnel labellisé, pour superviser les activités centrées sur l’enfant, Narcisse en éveil dans un pli consumériste qui se prend pour un voile de Bouddha. C’est la raison pour laquelle les écoles dites Montessori s’adressent quasi uniquement à des catégories sociales favorisées, un facteur non négligeable de leur efficacité.

Le protocole Alvarez se déroule dans la cité du Luth, quartier périphérique de Gennevilliers, au cœur de ce qui subsiste de la « ceinture rouge » ou plutôt au coeur de la recomposition de ce qui n’est plus qu’une ceinture périphérique de la métropole mondialisée, mélangéant selon les lois de la spéculation immobilière et des désirs d’acquisition des catégories en quête de pavillons délabrés à retaper et un prolétariat où s’entasse l’ensemble des dernières vagues migratoires d’Asie, d’Afrique, d’Europe orientale. Le quartier du Luth est composé pour plus de la moitié de logements sociaux, le revenu fiscal médian y est de 13 100 euros et 25 % de la population y est au chômage (chiffres de 2012).

Au cours de ses études en sciences du langage, Céline découvre les ouvrages de Maria Montessori, puis plaide pour l’alliage entre la méthode Montessori, la linguistique (mais laquelle?) et les neurosciences (lesquelles?) afin de sortir la population scolaire de la ceinture de ses pesanteurs et échecs. Elle décide alors de passer le concours de professeure des écoles pour « infiltrer » le système et « essayer d’allumer une lumière ».

Céline veut sauver le monde par ses enfants. La Révolution est si morte qu’elle lègue son délire de refonte de l’Homme aux docteurs Frankestein du pédagogisme.

En 2011, elle obtient l’autorisation de mener une expérience pédagogique sur une même classe de petite, moyenne et grande section durant trois ans, à charge pour elle de démontrer sa pertinence par des évaluations régulières. On trouve dans son ouvrage sirupeux un mélange de données scientifiques de troisième main et d’affirmations sur le bonheur, l’amour, l’épanouissement qui valent leur Frédéric Lenoir et Christophe André.

Céline est à la fois coach et manager, révolutionnaire et bonimentEuse.

L’être humain est « précâblé » pour apprendre sans efforts, pour aimer, vivre et apprendre avec les autres. Les enfants sont « tous câblés pareil » (sic), ce sont des machines à apprendre, mais pour cela ils ont besoin d’amour. Ce sont les « lois naturelles de l’enfance ». Ce « câblage » est la matrice de l’« intelligence collective et sociale ». Ainsi, en agissant très tôt directement sur les branchements cérébraux, on peut favoriser aussi bien les apprentissages fondamentaux que l’« autonomie », l’« esprit d’initiative », les « élans fraternels », et la « reliance sociale ».

L’humain, c’est une question de câble. Dieu avait dû foirer les siens avec Adam, Eve et Caïn.

L’école n’a pas été pensée sur la base de ces connaissances scientifiques, d’où le « gâchis humain » que l’on constate dans le taux d’échec scolaire. L’école méconnaît les « lois de l’apprentissage », ainsi que les « grands principes d’épanouissement », écrit encore Céline Alvarez dans son livre.

La vie aussi demanderait à être modifiée scientifiquement.

En 2011, Céline Alvarez frappe à la porte du ministère et présente son projet de classe expérimentale. Jean-Michel Blanquer, devenu ministre de l’Éducation nationale, est alors à la tête de la Direction générale de l’enseignement scolaire (DGESCO). Ancien recteur de Guyane et de Créteil, il est un fervent soutien des expériences dites « innovantes », du numérique et surtout de la psychologie cognitive. Une fois à la DGESCO, il nomme comme conseiller technique en 2010 Stanislas Dehaene, professeur au Collège de France en psychologie cognitive expérimentale, qui a travaillé sur l’apprentissage des mathématiques – La Bosse des maths ( 1997 ) – et de la lecture – Les Neurones de la lecture ( 2007 ). On ne sait pourquoi Stan a négligé de rédiger la trique du matheux ou jouir grave en maintenant ses cablages.

Nouveau Lyssenko, S. Dehaene est persuadé que les neurosciences sont le moyen de régler les problèmes d’apprentissage dans les petites classes. Ses ouvrages se présentent à la fois comme des diagnostics scientifiques tirés de l’imagerie cérébrale (cette chose étrange qu’est l’âme, l’inconscient serait enfin un palais de cristal qui s’allume en bleu, vert, rouge) et des propositions de remédiation (Mets plus de bleu sur l’image, coco).

L’aide matérielle est rendue possible grâce à ses liens avec l’association Agir pour l’école, dont il est membre du comité directeur. Cette dernière est une association fondée en 2010 par Laurent Cros à l’initiative de l’Institut Montaigne, qui vient de publier un rapport intitulé « Vaincre l’échec à l’école primaire ». L’Institut Montaigne est né en 2000. S’il se veut indépendant, il a été fondé par Claude Bébéar, alors P.-D.G. des assurances AXA, et le parcours économique du « parrain du patronat français », comme ses proximités politiques – admirateur de Giscard et éphémère maire-adjoint de Rouen dans la perspective, vite avortée, de succéder à l’UDF Jean Lecanuet – désignent toutefois l’institut comme proche de la galaxie libérale. Fort d’un budget de près de trois millions d’euros, il ne vit que de financements privés. Le carnet des adhérents est impressionnant : Air France KLM, Allianz, Areva, Axa, Barclays Private Equity, Bolloré, Bouygues, Capgemini, Carrefour, CNP Assurances, Dassault, EADS, GE Money Bank, Groupama, HSBC France, Lazard Frères, LVMH, M6, Microsoft, Orange, Rothschild Cie, Sanofi-Aventis, SFR, Schneider Electric, Servier Monde, SNCF, Sodexo, GDF, Total, Veolia, Vinci…

Laurent Cros, le directeur d’Agir pour l’école, est énarque, ancien haut fonctionnaire au Budget, où il fut chargé d’analyser des indicateurs du système éducatif, notamment Pisa  En 2008, il décide de s’intéresser aux recherches en psychologie cognitive et de voir « comment elles peuvent fertiliser l’Éducation nationale », surtout « au regard des dix ans d’avance des États-Unis » dans ce domaine.

Pour se financer, Agir pour l’école touche des fonds publics, que Laurent Cros estime dérisoires au regard des besoins, et complète ces apports par des fondations et donateurs privés dont la liste se trouve sur son site : Axa, la Société générale, Total, Dassault, la ville du Puy-en-Velay (dont Laurent Wauquiez fut maire pendant huit ans, jusqu’en 2016), ou la fondation Bettencourt Schueller (très engagée dans les projets en direction des quartiers populaires). Grâce à cet argent, l’association paye intégralement l’équipement de la classe de Céline Alvarez en matériel Montessori à hauteur de 10 000 euros et s’engage à financer les évaluations scientifiques.

C’est ainsi qu’à la rentrée 2011, une classe expérimentale, cofinancée par des fonds privés, s’ouvre dans une école publique classique et commence à fonctionner de manière autarcique. En effet, le « rayonnement », la « reliance », l’« amour » et la « fraternité » semblent s’arrêter aux frontières de la classe. Il n’y a, aux dires des témoins, aucune relation professionnelle avec l’équipe pédagogique, très peu avec la directrice – pourtant personne pivot de l’établissement et préposée entre autres aux relations entre l’école et l’extérieur – et surtout avec les parents. Ces derniers ne sont d’ailleurs prévenus de l’expérience qu’à la rentrée. Certains sont sceptiques, d’autres s’enthousiasment immédiatement ; rien que de très normal. Les horaires sont décalés : ni les récréations ni les repas ne sont partagés avec les membres de l’équipe. La sociabilité normale d’une école ne franchit donc pas la barrière de la classe-laboratoire. En revanche, les chercheurs défilent, traversent la cour sans même parfois saluer collègues et directrice, sans prévenir de leur arrivée non plus.

Selon le personnel de l’école, la dernière année aurait posé davantage de problèmes aux parents, avec des demandes pour changer les enfants de classe. Quelques signes incitent en effet à relativiser le succès de l’expérience. Sur les vidéos en circulation, ce sont toujours les mêmes parents qui témoignent. Ils ne sont que huit, il en reste donc une quinzaine dont on ne sait rien. Des rapports intermédiaires d’inspection, enterrés à l’époque par la hiérarchie, auraient été nettement moins laudatifs, selon les dires de certains témoins, mais ne sont évidemment pas consultables.

Différents témoins vont jusqu’à supposer que le coup d’arrêt porté à l’expérience n’a pas été une si grande blessure pour Céline Alvarez. Plusieurs propositions lui auraient été faites de reprendre ailleurs son expérimentation, ou encore de s’intégrer à un protocole plus lourd (mais long), mais elle semble avoir décliné ces propositions. Manifestement, l’intéressée privilégie aujourd’hui des projets plus ambitieux tournés vers l’« ensemble de l’humanité », projets imprégnés par les techniques de la « pleine conscience », de la gestion des émotions et de la méditation. En octobre 2016, elle intervenait par exemple dans un cycle de conférences d’« auteurs inspirants », mais fort peu inspirés si l’on s’en tient aux titres des interventions : « Bien faire et se tenir en joie », « Pourquoi je n’arrive pas à méditer », « Oser réussir, accepter l’échec », « La puissance de la joie » ou encore « On a tous des super-pouvoirs ».

En mars 2016, l’Institut Montaigne publiait un rapport visant à valoriser les atouts du numérique dès l’école primaire, grâce notamment à la pédagogie différenciée et à l’individualisation de l’apprentissage. La méthode Montessori y est citée comme la mieux adaptée à un tel projet. Le rapport évoque également les écoles Steve Jobs aux Pays-Bas comme sources de son inspiration. Ce sont des écoles indépendantes, privées, créées en 2013 par un entrepreneur hollandais et dans lesquelles chaque élève est propriétaire d’une tablette iPad ; la pédagogie qui y est dispensée est aussi « largement inspirée du modèle Montessori ». Les enseignants sont des « coachs » qui organisent des ateliers de travail. Les tablettes se substituent aux objets Montessori. Les similitudes avec ce qu’écrit Céline Alvarez sont criantes : ce sont des écoles où l’on apprend l’« épanouissement », la « créativité », l’« originalité » et la « flexibilité », car, comme l’affirme en ouverture le site qui leur est consacré, « as a parent you hope that your child will become happy in life » (« en tant que parent, vous espérez que votre enfant sera heureux dans la vie »).

Mediapart / BAM

Publié par : Memento Mouloud | mai 30, 2017

Ode à Macron

Et Macron dissipe aujourd’hui le malheur

La confiance est le fruit de son cerveau d’amour

La grappe raisonnable tant elle est parfaite

Grâce à lui nous vivons sans connaître d’automne

L’horizon de Macron est toujours renaissant

Nous vivons sans douter et même au fond de l’ombre

Nous produisons la vie et réglons l’avenir

Il n’y a pas pour nous de jour sans lendemain

D’aurore sans midi de fraîcheur sans chaleur

Car la vie et les hommes ont élu Macron

Pour figurer sur Terre leur espoir sans bornes

Publié par : Memento Mouloud | mai 25, 2017

De l’intégration chez les franchouilles

Je suis franchouille, il faut donc commencer par là. Quand on est franchouille, il est nécessaire de partir d’un constat simple : la France est un pays de pleutres, du moins il l’est depuis 1918. En 1918, la France n’a pas cherché une paix équitable dans un monde où 1,5 millions de ses enfants avait péri, elle a cherché à dominer l’Europe. A ce jeu, elle a perdu. Aussi, en mai-juin 1940, la majorité des français ont préféré se rendre plutôt que de combattre le boche, pour les plus cons, les nazis pour les plus conscients. Bilan, à peine 1 % de résistants en 1944 dont René Char et Jean Gabin. Peu de monde en vérité.

Il y eut bien un sursaut patriotique en 1944-1954, une volonté de se retrousser les manches et de bâtir de nouveau mais ponctué d’une soumission aux Etats-Unis et de guerres coloniales ubuesques où les cadres de l’armée française ré-apprirent, tradition coloniale oblige, la torture de masse et la destruction des villages au jugé. Quand vint le tour de l’Algérie, Guy Mollet renonça à une paix de compromis après quelques jets de tomates et devant cette guerre sans issue, le nombre de déserteurs, 500, est à comparer avec les plus de cent mille conscrits américains qui refusèrent de s’engager pour laminer les vietcongs et conserver intacte l’image impériale de la République de Johnson et Nixon. Les pieds-noirs avaient édifié l’alternative : « ou les arabes ou nous », ce furent les arabes et ils prirent leur valise et s’en allèrent laissant l’OAS pratiquer la tactique de la terre brûlée. Quelques desperados fascistes mirent le feu à la bibliothèque universitaire d’Alger, plastiquèrent à la va comme je te pousse puis expliquèrent que tout ça c’était la faute des barbares du FLN. Bilan la France donna, clé en main, l’Algérie aux types de l’ALN planqués en Tunisie et laissèrent les sbires du FLN massacrer à Oran et un seul jour les pieds-noirs, ailleurs et en continu, les harkis.

Heureusement les crédits à la consommation et les crédits immobiliers allaient transformer les français en un peuple moderne et majoritairement propriétaire. Chalandon est le héros méconnu de cette France néo-orléaniste mais césarienne qui porta au pouvoir Giscard, Chirac, Sarkozy, Hollande et, in fine, Macron. Les français avaient abandonné la révolution en 1968, ils votèrent donc à gauche en 1981 sous le slogan bouffon du changer la vie (avec des bouquets de roses) qui se résumait à l’échec d’une relance keynésienne prétexte à une marche forcée vers l’intégration européenne, la version continentale du néo-libéralisme impulsé par des dirigeants aussi à gauche que Thatcher et Reagan. Puis la gauche, après le mythe errant, prit le visage pluriel de Jospin, bécassine de Royal, normal de Hollande. Personne ne remarqua que cette gauche en perdition avait porté sur les latrines de l’Elysée un couple avant de couronner un grand garçon qui a quelque difficulté à franchir son stade oedipien.

C’est à cette France qu’on demande aux afro-musulmans de s’intégrer. Or que veut-on dire par s’intégrer ? On prétend souvent qu’il n’y eut aucune difficulté à intégrer les polonais, les italiens, les espagnols, les portugais, les juifs etc. Je constate que les franchouilles qui énoncent cela ne veulent rien savoir de la manière dont cette intégration au tissu français se fit. Les franchouilles ne firent aucun cadeau, certains, nettement plus rares furent accueillants, mais la ligne de basse est dissonante, elle ressemble à une symphonie de Stockhausen et non à une musique de chambre. Qu’aujourd’hui des descendants d’italiens, d’espagnols, de portugais, de juifs votent Front National et pointent les lascars afro-musulmans, rien de plus normal, quand tout un chacun pense en terme d’eux et de nous, mais qu’est-ce que le nous ?

Ce nous franchouille est parfaitement inconsistant soit il fera une place à toutes ces composantes en créant et en organisant les procès et les exécutions des traîtres, musulmans ou non, soit il se déchirera en une multiplicité de chapelles mues par la haine et les passions industrielles mises en paroles et musiques par le Spectacle permanent de la France à crédit et de la France qui réussit, la France Hanouna.

Publié par : Memento Mouloud | mai 23, 2017

De quoi le terrorisme islamique se veut-il le nom ?

Les terroristes musulmans ne cessent de frapper des cibles civiles. Un club à Manchester, une salle de concert à Paris, un club gay à Orlando, une fête nationale à Nice, une église copte en Egypte, une plage de touristes en Tunisie, une mosquée chiite en Irak, un match de volley en Afghanistan, les cibles sont longues, les lieux sont disparates, ce qui les unit c’est tenir pour néant la vie humaine, c’est confondre la guerre et la boucherie.

Cette pratique du massacre de masse allie les méthodes en usage contre le pseudo-tyran collectif, les foules ou masses, méthodes développées par les terroristes d’extrême-droite et d’extrême-gauche en Europe et la théorie islamique mais non-scripturaire du takfir qui permet l’assassinat de quiconque a renié sa foi en Dieu. Cette doctrine est réactivée, dans la modernité, dans le wahhabisme et dans les secteurs égyptiens des frères musulmans gouvernés par la pensée radicale de Sayid Qutb, ancien critique littéraire, détenu, torturé puis exécuté sous Nasser.

Il s’en suit que le seul soutien d’État au takfirisme, terme préférable à celui d’islamisme ou de salafisme qui sont à la fois trop larges et trop vagues, vient de l’Arabie Saoudite et des autres Etats de la péninsule gagnés au rigorisme hanbalite pour lequel épouser une fille de 7 ans, couper la main d’un voleur, lapider une femme adultère ou balancer un homosexuel de 30 étages sont des actes de justice islamique. Si Mahomet a pu dire, « nulle contrainte dans la religion », il semble que certains de ses disciples aient mieux compris le message divin que le sceau des prophètes ou dit en langue littéraire, les pays musulmans attendent l’équivalent de la parabole du grand Inquisiteur.

Que l’Arabie Saoudite soit impliquée dans les attentats du 11 septembre, la guerre civile en Syrie, la naissance de l’État islamique ou les massacres légaux du Yémen ne fait aucun doute. L’Occident semble néanmoins accepter la donne tant que l’Arabie Saoudite offre sa manne pétrolière au marché mondial et les équipements de son armée aux industries d’armement des Etats-Unis et d’Europe. L’Occident, Etats-Unis en tête, a bien compris que l’Arabie Saoudite est persuadée d’avoir triomphé de ses ennemis, empire britannique, nationalismes arabes et mécréants communistes mais il fait sien la perspective de Montaigne selon laquelle mettre fin à un mal quelconque ce n’est pas forcément avancer vers le bien mais ajouter du mal au mal car l’Occident a la philosophie de ses dividendes.

En effet, détiennent ine le Middle East et ses 300 millions d’habitants, les monarchies pétrolières avec moins de 10 % des habitants de la région détiennent 70 % des richesses comptables or écraser les monarchies pétrolières c’est entretenir le feu révolutionnaire, le vrai pas celui du printemps arabe tunisien où la révolution consiste à ne jamais toucher à la structure des patrimoines et revenus ni à celle des préjugés.

L’Occident a choisi, non pas son camp, mais son optimum. Maintenir la fabrique de plus-value en entérinant la victoire provisoire et locale du fanatisme et de l’ignorance de masse pilotée par une aristocratie de rapaces et d’interprètes de la loi divine, accepter une série d’attentats quasi-stochastiques en terre euro-atlantique et conforter les états d’urgence en vigueur sous prétexte de défendre la liberté menacée ou la laïcité ou la tolérance selon le goût des provinces de l’Empire.

Publié par : Memento Mouloud | mai 23, 2017

Pour une fusion franco-allemande

« There is no alternative » disait Margaret Thatcher, afin d’expliquer à l’Europe, qu’il n’y aurait pas d’autre issue que celle de composer une sorte de Dominion inféodée à l’axe Washington-Londres, un axe qui double celui, plus actif et moins voyant entre Wall-Street et la City et dont les paradis fiscaux sont un appendice, et l’hyperclasse mondialisée, la figure émergée. De ce point de vue l’usage de la Shoah est parfaitement instrumental. Le rite mémoriel qui est une répétition masochiste autour de la culpabilité européenne renoue avec cette vision sommaire et américaniste qui voudrait que l’Europe soit terre de barbarie, lorsqu’elle est livrée à elle-même, si bien que les juifs n’existent qu’à la condition d’incarner à jamais cet objet de douleur et de honte qui devrait contraindre les européens en général et les allemands et les français, en particulier, à en rabattre sur leurs prétentions. Aussi la grande culture allemande est réduite aux quelques lettres du nom d’Auschwitz et l’universalité de la civilisation française au gouvernement croupion du maréchal Pétain et à la gégène du général Massu. Ce sont des raccourcis qui sont faits pour interdire tout pas de côté, mais ce sont des raccourcis qui bouchent les issues.

Dans l’histoire franco-allemande, l’idylle est interdite. Pas moins de quatre guerres entre 1815 et 1940 dont les deux dernières ont précipité une sorte de suicide de la civilisation européenne. La pax americana étant intervenue entretemps, la coopération franco-allemande au sein de l’Union Européenne a abouti à la création de l’euro, si bien que partageant une monnaie commune, nous, français et allemands communions sous les espèces du code-barre et des flux financiers et marchands. La langue du temple de Francfort est celle des milieux boursicoteurs, l’anglais international qui est moins une langue qu’un patois pour technocrates et traders.

Reste la fascination française pour la vision, l’efficacité et la profondeur allemande et en retour, la fascination allemande pour la clarté française, cette légèreté qui n’est pas seulement celle des femmes faciles et poudrées, cette vivacité qui échappe aux conversations et répliques. C’est cette fascination en miroir qui doit relever le continent européen, coincé entre le marteau de l’hégémonie défaillante des Etats-Unis et ces pays émergeants qui piaillent pour obtenir ce qu’ils estiment être leur place au sein du concert devenu universel. Ce monde est très largement post-européen et la mondialisation fantasmée est un saut dans l’abîme parce qu’elle passe par pertes et profits l’existence même d’une Europe restaurée. Quand les grecs sont traités avec moins d’égard que les malaisiens, parce qu’ils sont désignés comme des tricheurs et des enfants gâtés, il est temps de sortir du piège et des atermoiements.

La France est sans doute un pays écrasé par sa trop longue histoire faite de rêves, de batailles, de saints et de fastes mais aussi d’effondrements soudains, de guerres civiles acharnées et de décadences récurrentes. La France est une grandeur fatiguée dont l’éclat s’est éteint. Aussi, elle aspire, secrètement, mais cela se perçoit, à l’invasion, à la destruction, à la résiliation parce que les français s’emmerdent. L’Allemagne, se demande perpétuellement qui elle est. Son parcours se perd entre la sous-existence politique et les mythologies d’une innocence retrouvée ou d’une origine à refaire. Le destin des deux pays est si épuisé qu’il doit parcourir un sentier inédit, un sentier qui bifurque s’il ne veut pas rencontrer le panneau The End.

En fusionnant, la France et l’Allemagne ne seraient plus deux espaces juxtaposés dont le faux-raccord est assuré par les eurocrates bruxellois mais une figure inédite au même titre que les nations qui prirent la relève de l’Empire romain défunt, en tout cas quelque chose plutôt que rien.

Publié par : Memento Mouloud | mai 19, 2017

La vie sexuelle de Julian Assange

La femme A

« Julian Assange a atterri à Stockholm le mercredi 11 août pour prendre la parole à un séminaire organisé par le Parti social-démocrate, parti de gauche suédois. Une des organisatrices, une femme de 31 ans (la “femme A”) qui travaille pour la branche chrétienne du Parti, a offert de l’accueillir dans une chambre de son appartement à Södermalm, Stockholm. « Ils ont eu une discussion et décidé que ce serait OK de partager l’appartement, puis ils sont sortis pour dîner. Quand ils sont rentrés, ils ont eu des relations sexuelles, mais il y a eu un problème avec le préservatif -il a craqué. La plaignante a dit qu’elle pensait que Julian Assange a fait cela délibérément. Lui a insisté disant que c’était un accident. La femme a dit qu’il n’a pas voulu stopper le rapport lorsqu’elle lui a demandé après l’éclatement du préservatif. »

La femme B

« C’est une blonde d’un peu plus de 20 ans. Dans sa déclaration à la police, la femme B décrit comment, à la suite des fuites sur l’Afghanistan, elle a vu Assange être interviewé à la télévision et être instantanément fascinée : “ Je le trouvais intéressant, courageux et admirable.” Au cours des semaines suivantes, elle a lu tout ce qu’elle pouvait trouver à son sujet sur Internet. Elle a ainsi découvert que Julian Assange devait se rendre en Suède pour un séminaire. Alors elle a envoyé un mail aux organisateurs pour proposer son aide.
Le jour du séminaire, la jeune femme s’est présentée avec une tenue qui attire le regard, dit le document qui précise qu’elle portait un pull en cachemire rose fuchsia. Elle raconte que la

salle était pleine de personnes habillées en gris et qu’elle se sentait mal à l’aise, pas à sa place. Elle s’est tout de même assise au premier rang. Les organisateurs lui ont demandé d’aller acheter un câble d’ordinateur pour Assange et “ personne ne m’a dit merci ”, dit-elle. A 18 heures, ils ont été au cinéma. La jeune femme raconte qu’ils se sont installés au fond de la salle et qu’ils “ sont allés bien au-delà des baisers et des caresses ”. Après le cinéma, ce fut le parc où, selon la jeune femme, Assange lui a dit : “ Vous êtes très jolie … pour moi. ”

Ensuite, Julian Assange a fait une courte sieste de vingt minutes avant de prendre congé pour aller à une fête de l’écrevisse (tradition suédoise). La soirée était organisée par la première femme, celle avec qui il avait couché deux nuits auparavant. « […] la dernière fois, elle a payé son billet de train parce qu’il n’avait pas d’argent. Il expliquait qu’il ne voulait pas utiliser sa carte de crédit pour ne pas laisser de trace au cas où il était suivi.

La jeune femme raconte le début de la soirée avec une certaine amertume : “Il faisait plus attention à son ordinateur qu’à moi. Il a passé la plupart du temps à surfer sur Internet, à lire des histoires sur lui. Il écrivait des tweets ou envoyait des SMS depuis son téléphone. […] La magie avait disparu […] C’était ennuyeux, comme la routine. ” Une source proche de l’enquête explique que le lendemain matin le couple a fait l’amour. Julian Assange n’a pas mis de préservatif alors que la jeune femme dit avoir insisté pour qu’il en utilise un.

Section 7 du code pénal suédois

« L’agression sexuelle est également retenue lorsqu’une personne s’expose elle-même d’une manière offensante ou indécente, par des mots ou par un acte qui attentent à la pudeur […] Cela peut concerner une pratique sexuelle non désirée -une fellation, la sodomie- alors que le ou la partenaire n’était d’accord que pour un rapport sexuel “classique” ; des injures pendant l’acte sexuel ; des propositions “dégradantes” ; des pressions pour des “positions humiliantes”, etc. »

Christian Diesen, professeur de droit à l’Université de Stockholm

« Aujourd’hui, les femmes en Suède considèrent qu’elles ont le droit de dire “non” à n’importe quel moment d’un rapport et qu’une relation forcée, même sans menace ou violence, est un viol qui doit faire l’objet de poursuites. »

Miss Rocio’s

« Si une personne donne son consentement pour faire l’amour avec un préservatif, elle ne le donne pas pour faire l’amour sans préservatif. Vous devez très spécifiquement obtenir le consentement de faire l’amour sans capote. Et si en plein milieu de l’action, elle change d’avis, vous devez tout arrêter, ou alors c’est du viol. Ce qui me gène le plus dans nombre de papiers sur cette affaire est de lire que Assange est “seulement” poursuivi pour n’avoir pas utilisé de préservatif. Ce n’est pas le cas : les poursuites concernent le fait de savoir si ces relations sexuelles étaient consenties, et des relations sexuelles sans consentement, c’est du viol. »

Rue 89

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