Publié par : Memento Mouloud | juillet 3, 2014

Inventaire de la gauche avant liquidation : le livre

Inventaire de la gauche avant liquidation

Publié par : Memento Mouloud | juin 24, 2014

Mondiali’sss’imo analyse les échecs du Premier Tour

 

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see me rolling

Publié par : Memento Mouloud | juin 21, 2014

Toutes les stars du Mundial sont dans Mondiali’sss’imo

Toutes les stars du Mundial sont ici

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Stars du mondial 1

Publié par : Memento Mouloud | juin 20, 2014

Mondiali’sss’imo 19 juin, spécial Qatar

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Anonymous vs Qatar

Pourquoi le Qatar

+ Tout sur la Qatar

Publié par : Memento Mouloud | juin 13, 2014

Le Mundial de Futbol, c’est par ici

M2M vs ACB

Publié par : Memento Mouloud | juin 13, 2014

Le Mundial de futebol, c’est par Ici

M_CliffBurton

Durant la durée de la coupe du monde, c’est à l’adresse suivante que mes posts s’entasseront. Pour les amateurs et autres dandys et ruffians

https://mondialisssimo.wordpress.com/

 

 

 

Vittoria_Risi_at_the_Venice_Biennale_-_Italy_-_3_June_2011_-_(4)

 

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https://mondialisssimo.wordpress.com/2014/06/15/ita-eng-2-1-analyse/

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https://mondialisssimo.wordpress.com/2014/06/14/pronostocs-ita-eng/

https://mondialisssimo.wordpress.com/2014/06/14/esp-ned-1-5-analyse/

Les intermittents du spectacle bénéficient depuis 1936 d’une couverture particulière liée au caractère « intermittent » de leur profession (embauchés pendant de courtes durées ponctuées de périodes de chômage : quatre mois pour la création d’une pièce de théâtre, six semaines pour le tournage d’un film). Le régime de l’intermittence permet ainsi une embauche en contrat à durée déterminée dit d’usage. Contrairement au CDD classique, le contrat peut être de très courte durée et être renouvelé sans limite durant plusieurs années.

Il s’agit donc d’une subvention étatique à l’industrie du spectacle et de la reconnaissance du statut de petite-bourgeoisie et non de prolétaire octroyé à l’ensemble des salariés de ce secteur stratégique dans la production permanente de l’oubli et de la défection stratégique.

Entre deux contrats, un intermittent est indemnisé par l’assurance-chômage. Au départ, ce régime était réservé aux techniciens de l’industrie du cinéma, avant d’être élargi au secteur très flou et en expansion où l’art et la propagande ainsi que les rituels de marché se mélangent, s’agencent et se métissent : audiovisuel, cinéma, musique, spectacle vivant, tout y passe. Dans le monde de la télévision, c’est d’ailleurs devenu une norme. Ces « permittents » seraient 4 % selon l’Unedic et jusqu’à 15 % selon la Cour des comptes.

En travaillant 507 heures en dix mois (dix mois et demi pour les artistes) les salariés du secteur artistique et audiovisuel décrochent le sésame pour entrer dans le régime des intermittents : 243 jours d’indemnités, calculées en fonction du salaire et du nombre d’heures réellement effectuées. En 2011, ils étaient 50 556 techniciens et 58 102 artistes à en bénéficier. L’indemnité moyenne journalière est de 54 euros pour les artistes et de 64 euros pour les techniciens, quand un chômeur « classique » touche en moyenne 37 euros par jour.

On constate donc qu’une rétrocession de la plus-value et une sorte de capital-temps sont offerts aux salariés du spectacle au titre de leur appartenance à la petite-bourgeoisie.

Quand un intermittent déclare le nombre de jours travaillés dans un mois, les Assedic multiplient ce nombre par 1,4 (pour englober les week-ends) et versent des indemnités pour les jours restants. Selon des chiffres rassemblés par Télérama qui excluent les versements dits au black, les techniciens gagnent en moyenne 31 000 euros par an (dont 37 % versés par les Assedic), contre 24 000 euros pour les artistes (51 % étant versés par les Assedic). Dans tous les cas n’importe quel employé du spectacle gagne autant ou plus qu’un enseignant en moyenne. Plus qu’un enseignant ignare mais aussi plus qu’un enseignant cultivé.

Quelle que soit la réalité de la santé financière du secteur, tous les intermittents peuvent témoigner des arrangements pas franchement légaux de leurs employeurs. « Pour beaucoup de boîtes, c’est un acquis de ne pas payer les heures supplémentaires, alors qu’on bosse très souvent plus de 12 heures par jour », raconte Nicolas qui doit penser qu’il est le seul salarié sur terre à qui les heures sup’ ne sont pas versées. François, lui, décrit d’autres habitudes prises par les sociétés de traite auxquelles les sociétés de production ou les chaînes font appel pour leur « fournir » des intermittents :« Il est souvent “convenu” que les heures sup ne sont payées qu’à partir de la cinquième. Alors que le forfait journalier est censé ne pas dépasser 8 heures… Autre grand classique, mais pas pour les sociétés les plus connues : on te paye tout ou partie au black. »

La plus grosse cohorte des intermittents travaillant pour la télé se trouve dans les sociétés de production, ou parmi les prestataires techniques qu’elles emploient. Ainsi, selon un article de novembre 2012 de Marianne, Endemol, le plus gros producteur d’« émissions de flux » en France avec 850 heures de programmes chaque année (Secret Story, Les enfants de la télé…), employait en 2011 215 intermittents, pour 95 CDI. En moyenne, les non permanents occuperaient les deux tiers des postes dans les sociétés d’abêtissement collectif.

Ce qu’Edwy Plenel appelle une richesse commune.

Le député Jean-Patrick Gille vient donc d’être nommé par Manuel Valls pour assurer un rôle de médiateur dans le dossier des intermittents du spectacle. Il fut partisan de la sortie du nucléaire. Il fonda la «Nouvelle Gauche» avec Benoît Hamon. Il a aussi présenté à l’Assemblée un rapport très détaillé sur les conditions d’emploi dans les métiers artistiques. Il est donc le prototype parfait du clown progressiste.

Pour les prolétaires, en particulier les intérimaires, aucun médiateur n’a été nommé. Le patronat peut bien les enculer, c’est devenu absolument prosaïque, business as usual. Il s’agit pour le gouvernement d’essayer de sauver la saison des festivals, ce moment intense de valorisation des territoires et de lustration de la bourgeoisie patrimoniale, la seule véritable bourgeoisie française véritablement légitime pour tous les politiques. D’un autre côté, ce brave rocardien de Michel Sapin avait agréé la convention Unedic, au cœur du conflit actuel et qui, si elle est appliquée, va dégrader les conditions de vie de très nombreux travailleurs précaires comme si une énième réforme ne voulait pas dire depuis 1982, un plongeon de plus.

Les pseudo-partenaires antisociaux avaient jusqu’à fin mars 2014 pour négocier de nouvelles règles dans un contexte de chômage record et de déficit de l’Unedic (20 milliards), l’organisme gestionnaire de l’assurance-chômage. En cas d’échec, l’État reprenait la main. Le texte final que la CGT (qui n’a jamais signé de son histoire une convention d’assurance-chômage même quand le régime n’était pas déficitaire) et la CFE-CGC (furieuse que les cadres chômeurs soient mis à mal) ont refusé de parapher s’appuie sur un nouveau système de « droits rechargeables ».

Pour ce qui concerne les 112 000 intermittents du spectacle, le patronat voulait en finir avec leur régime spécifique, en supprimant les annexes 8 (techniciens) et 10 (artistes). Le cumul salaire-allocations sera désormais plafonné à 5 475 euros brut par mois et un « différé » d’indemnisation est mis en place, pendant lequel les intermittents devront attendre pour toucher leurs allocations, ce qui frappera 48 % d’entre eux contre 9 % actuellement. Les cotisations sur leurs salaires vont passer de 10,8 % à 12,8 % (8 % côté employeurs, 4,8 % côté salariés), soit des cotisations deux fois plus élevées que dans le régime général. Cette disposition existait déjà mais n’était pas appliquée. Ces économies et recettes représenteront 165 millions sur 800 millions d’euros.

Dans les faits, le patronat en particulier et la droite en général savourent une jouissance bien particulière, humilier une fraction de la petite-bourgeoisie qu’elles tiennent pour acquise à la gauche car de la petite-bourgeoisie on peut attendre des tournants qui n’ont rien de bas et d’honteux alors que du prolétariat on ne peut rien attendre de dangereux, il suit puisque toutes ses forces ont été démantelées.

Aujourd’hui, le clown progressiste et néanmoins médiateur soutient la proposition de François Rebsamen-Michel Sapin d’agréer la convention. Certains comme le MEDEF, la CGPME, l’UPA, la CFDT, la CFTC, FO, ou le Ministère du travail estiment qu’elle est issue d’un processus légitime. D’autres comme la CGT Spectacle, plusieurs coordinations d’intermittents et de précaires, SUD TAS, UNAS CGT, SNU TEF, des personnalités du SYNDEAC, des associations, des parlementaires, des responsables politiques, ont exprimé leur désaccord avec la façon dont ont été conduites les discussions.

À Montpellier (Hérault), le personnel salarié et les équipes artistiques, parmi les plus mobilisés, ont reconduit la grève qui paralyse le 28e Printemps des comédiens depuis son ouverture, mettant en péril sa santé financière. Leur action a fait tache d’huile. La menace de grève pèse sur le festival d’Anjou (Maine-et-Loire) qui s’ouvre ce mardi soir avec Molière malgré moi, interprété par Francis Perrin. D’autres annonces de grève ont déjà été décidées à Thionville, Boulogne-sur-Mer, Toulouse. À Besançon, des intermittents ont coupé le courant chez Pôle Emploi. À Paris, samedi soir, des intermittents ont occupé brièvement l’Opéra Bastille, retardant la représentation de La Traviata.

Le peuple s’en fout car le Mundial commence par Brésil-Croatie, en revanche les petits-bourgeois ne vont pas être à la noce et d’autres se demandent si la valorisation de l’image de la ville et/ou région n’est pas en péril, entraînant à la baisse les prix de l’immobilier et le reste de la captation de plus-value. Les grèves annoncent-elles un appauvrissement ?

Assemblées générales, débrayages, prises de parole, pétitions comme celle de la Société des réalisateurs de films (SRF, qui organise la Quinzaine des réalisateurs de Cannes) signée par 150 cinéastes insurgés dont Pascale Ferran, Jean-Pierre Darroussin, Robert Guédiguian, Michel Hazanavicius. Après quelques coups d’éclat (occupation de l’Opéra Garnier et du Carreau du Temple à Paris en mars, du Journal de 20 heures de France 2 le 8 avril, de la cérémonie des Molières le 2 juin, les intermittents, soutenus par le monde révolutionnaire du spectacle, accentuent un peu plus au fil des jours la pression sur l’exécutif, en particulier sur le ministre du travail François Rebsamen afin qu’il ne valide pas la très contestée nouvelle convention d’assurance-chômage signée par les partenaires sociaux le 22 mars dernier, en hommage à Cohn-Bendit, ce vieux Dany. Le monde révolutionnaire du spectacle veut être pris au sérieux, au même titre que les pigeons. Il veut défendre son droit à détourner une partie de la plus-value, le plus souvent pour fabriquer de la merde mais de la merde dite culturelle.

Les intermittents jouent le dernier quart d’heure puisque la convention chômage qui instaure de nouvelles règles d’indemnisation doit être examinée le 18 juin par le Conseil national de l’emploi, avant une signature dans la dernière semaine de juin par le ministre du travail. « Si le texte est signé, je ne sais pas ce qui se passera sur les festivals d’été. C’est ce qui s’est passé en 2003. Il risque d’y avoir une colère de plus en plus grande », avertit Denis Gravouil, le secrétaire général de la CGT Spectacle-Chantage, dont le syndicat assigne même en justice les six signataires de la convention.

« Au-delà du spectacle, la convention assurance-chômage du 14 mai issue de l’ANI du 22 mars est une catastrophe pour les droits de tous les chômeurs – travailleurs précaires, intérimaires, et même cadres licenciés après cinquante ans par exemple – qui vont subir des économies de deux milliards sur les trois prochaines années, deux milliards qui font partie des cinquante milliards du plan d’austérité: c’est donc aux chômeurs de payer deux fois pour la crise pendant qu’on allège les cotisations des entreprises, et sans contrepartie réelle. Si les artistes et techniciens du spectacle sont si mobilisés, c’est qu’en plus d’être traités de "privilégiés" et de subir pourtant une forte précarité – le revenu salarial moyen est de moins de 9000€ annuel selon le rapport Gille justement –, ils prennent de plein fouet le chômage dû aux baisses de budgets publics dans la culture et vont encore souffrir d’une baisse des droits sociaux »

Et la harangue de Danis Gravouil de se perdre sur une feinte de Benzema.

La Parisienne libérée / Mediapart / BAM

 

 

Comment le loup de Wall Street éclaire l’affaire DSK vue par Abel Ferrara et comment l’affaire DSK prend un air parfois baudelairien du fait même de ce prisme déformant, c’est ce qu’il est possible de démontrer en peu de phrases.

Le film d’Abel Ferrara est un film simple qui s’organise en 5 séries : la série pouvoir-argent, la série des femmes, la série noirs-blancs, la série métaphysique-spirituelle, la série anglais-français-épuisement des langues humaines. Une question, la même, traverse les deux films, qu’est-ce qui sauve de l’ennui ? Aussi les deux films ont une vocation sotériologique, à quel prix fixe-t-on le salut ?

Dans le film d’Abel Ferrara, le pouvoir et l’argent tournent autour de Simone, la femme juive et très riche de Depardieu-DSK. DSK se demande qu’est-ce que c’est que d’être riche, vraiment riche, qu’est-ce que c’est que d’avoir le pouvoir et de tenir la justice entre ses mains et tous les verdicts dans une mallette ? Scorsese affirme tout autre chose, le pouvoir et l’argent sont liés mais ils reposent sur le vide, la crédulité, le boniment et le rêve. L’Amérique est le pays du pouvoir parce qu’il est le pays du rêve et que ce rêve finit par se fracasser, parce que tout rêveur, un jour ou l’autre se heurte à une limite.

Pour le rêve de Simone, c’est la mauvaise habitude prise par son mari de se branler sur la bouche de n’importe quelle femme. Pour le loup-Di Caprio c’est un simple flic du FBI et des potes débiles, c’est aussi la nécessaire corruption de l’amitié. Le film de Ferrara ne connaît pas l’amitié. Les camarades de partouze de DSK ne sont pas des amis mais des employés ou des sortes de DJ du cul. Les camarades de partouze du loup de Wall Street sont d’autres loups, car les loups et les agneaux ne dorment pas ensemble sans conséquence. Les loups bouffent les agneaux mais les loups se déchirent pour la suprématie.

Parmi les femmes de DSK, les unes se servent de Depardieu comme instrument (Simone), les autres lui servent de cavité à sperme et de spectacle tarifé, certaines sont des proies qui s’échappent, une seule est lumineuse. Elle est belle et noire, filles de Jérusalem. L’amour et son cantique existent Devereaux-Depardieu les a rencontrés. Parmi les femmes du loup, toutes lui servent de support à l’exception de sa première femme, l’amour n’a pas de place dans le rêve parce que l’amour est ennuyeux, parce que l’amour finit en institution de mariage et que l’institution est mensongère. Quand Di Caprio vante à son père, Mad Max, le corps entièrement lisse des putes qu’il soumet, il omet d’évoquer l’exception, la maîtresse sadique qui lui retire un cierge allumé de son trou du cul et dont il répète, au matin, le prénom, Venice. Arracher au corps quelque chose, le pousser, le détruire, le cabrer, l’alimenter en furie, finalement se démembrer est beaucoup plus puissant qu’aimer. Aimer est une perte, la perte de celui qu’on n’est plus. Entre Dionysos et le Christ, le loup a choisi la première branche de l’alternative. La seconde le guette.

La série blancs-noirs traverse tout le film de Ferrara, elle est absente de celui de Scorsese. Ferrara a voulu son œuvre édifiante. La fausse Nafissatou Diallo est ainsi filmée hagarde et perdue, jamais riche et installée, comme la vraie, celle d’aujourd’hui. On rencontre des avocats noirs, des flics noirs, des gangsters noirs, des femmes de ménage noires, des activistes noirs, des maîtresses noires alors que dans le film de Scorsese, les noirs pourraient ne jamais avoir existés. Ils sont hors-champs. Une histoire d’Amérique, une histoire de rêve américain vue par Scorsese n’inclut pas les noirs, une histoire de chute et de rédemption vue par Ferrara, si. Les noirs sont le passage obligé vers le salut, pas les juifs. Ferrara offre un film qui renoue avec l’antijudaïsme chrétien. Les juifs ne peuvent obtenir le salut, sinon par les noirs et la chute, l’abandon du corps et de l’argent. Suivez le noir et laissez tout semble dire Ferrara aux méchants riches philanthropes juifs.

La spiritualité du film de Ferrara tient moins au monologue de Depardieu qu’à son effeuillage dans le commissariat et les silences qui marquent chacun de ses actes. Les silences sont repris de Bresson, de la mise en scène de Bresson qui attendait de ses acteurs ce qu’attendait Kleist des siens, un théâtre de marionnettes. Ces silences creusent le plan, y tracent une absence qui en appelle à une présence hors-cadre. C’est un appel permanent à la grâce. La puissance de Depardieu est d’atteindre à ce statut de mannequin aphasique et silencieux. Quant au corps de Depardieu, il ne dit pas seulement que Devereaux est une Bête qui souffle et grogne, il dit que le Temps corrode et détruit inexorablement. Comme l’annonce le monologue, l’homme est né dans le péché. Ce seul fait rend impossible le projet d’émancipation porté par la gauche.

Ce n’est plus DSK-Depardieu qui aurait failli dans le stupre mais la gauche et avec elle, la politique. SVP agenouillez-vous, abêtissez-vous et priez. Scorsese, en bon catholique, a bâti son film autour de rites et ces rites sont le contraire d’une eucharistie. La partouze dans l’avion est un rite filmé comme tel, les pipes dans les ascenseurs, les voitures, les chiottes, de même, les chants primaux où l’on se tape sur la poitrine idem, les rails de coke, pareil, et le loup est moins un trader qu’un pasteur distillant ses sermons pour tenir ses troupes dans la fraternité hideuse où tout est sacrifié au mépris du prochain. Comme le disait sa première femme au loup, pourquoi vends-tu des produits pourris à des gens modestes. La réponse est simple, parce que la richesse permet de prendre du temps donc de réfléchir, il y a plus de probabilité de plumer les pigeons petit-bourgeois ou ouvriers que bourgeois. Or tout le reste du film démontre le contraire. La richesse n’a aucune limite et ne se partage pas, le mieux qu’elle puisse faire c’est corrompre. Et le flic du FBI est le vrai prêtre du film. Il n’offre aucune rédemption, il ne retire aucune culpabilité, il instruit le procès de trahison qui n’a jamais cessé de nourrir le rêve américain et il l’instruit à partir d’une rame de métro parmi les siens, grisâtres. Dans un monde où les nounours ont des yeux-caméra, où tes potes se demandent si ta femme est aussi baisable que tu es bankable et où ton meilleur ami viendra te voir avec un micro en tant qu’informateur de la police, la rédemption ne s’obtient pas à coups de bals de charité et d’engagements en dollars pour un monde meilleur.

A la question première, quelle entité ou phénomène sauve de l’ennui ? On peut en répondre sans mal, Dieu et l’excès et cet excès se prouve par le dépassement des langues. L’anglais comme le français sont présents dans les deux films. Dans celui de Ferrara, l’anglais est la langue quasi-exclusive du marché, dans celui de Scorsese, la langue anglaise est une rhétorique et un marqueur, elle accomplit une fonction phatique ou actualise un pouvoir. Il ne s’agit pas d’ordonner et de contraindre mais de séduire et de rassembler. Le soft power est un pouvoir flou, toute langue est mensongère. Et le français, langue de civilisation est la langue du poème chez Ferrara et celle d’un aristocratisme bidon chez Scorsese. Jean Dujardin, le banquier suisse, ne cesse de l’entrelarder d’anglicismes, c’est déjà une langue morte ou en voie de putréfaction, en tout cas une langue bot qui répète en boucle fuck americans, fuck america mais pas beaucoup plus. Aussi les deux langues sont incompatibles avec l’excès et la grâce, les deux langues ont une notable quantité d’importance nulle comme disait Lautréamont, mais les deux langues n’empêchent en aucune façon la retombée dans l’animalité ni la surrection de la grâce, silencieuse, forcément silencieuse.

A quel prix fixe t-on le salut ? A l’exténuation de ton corps répond le sage chrétien, en se détournant.

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« Je n’ai pas accordé un brevet de laïcité au Front National, je constate que ce thème est abandonné par la gauche…il ne défend pas la Nation comme totalité organique exclusive de toute déchirure, il défend les valeurs mêmes que la gauche laisse en déshérence…organiser contre lui une mobilisation antifasciste insensée qui, encore une fois, insulte ses électeurs et qui comme l’a dit Hubert Védrine est totalement contre-productive…tous ses thèmes de la civilisation, de la laïcité, de la République et même, de la nation, doivent lui être repris. Bientôt l’UMP lui abandonnera le général de Gaulle, c’est cela ma désolation. (suit une attaque contre les leaders du Front National qui se prosternent devant la politique impériale et la corruption institutionnelle de Vladimir Poutine). Quant à l’islamophobie, ça commence à bien faire. Comment se fait-il que ce soient les quenelles dans les cités qui visent les juifs, comment se fait-il que les professeurs ne puissent plus enseigner la Shoah dans les quartiers difficiles. La laïcité c’est un principe de séparation. La laïcité respecte l’indépendance de l’ordre spirituel, voilà pourquoi à mes yeux l’école doit être un sanctuaire…il ne faut pas faire un sort particulier à l’islam seulement je suis désespéré que certains veuillent soumettre la République aux exigences de l’Islam. Je pense que l’Islam doit se soumettre aux lois de la République. Le CFCM est absolument clair sur le devoir d’intégration… [le CFCM n’est pas] l’islam de l’oncle Tom. Les électeurs, eux, vont vers le Front National pour la défense de la laïcité…et en même temps il y a un problème de l’islam en France. Gilles Kepel, dans une tribune tout à fait éclairante du Monde, disait qu’un tueur comme celui de Bruxelles était endoctriné par des textes qui disaient qu’il fallait mener des actions, notamment contre les lieux communautaires juifs pour solidariser les musulmans et comme il y a des lieux où ceux-ci sont majoritaires et bien ça pourra former des enclaves musulmanes en Europe. Ce n’est pas le discours du CFCM…mais ce discours existe, ces majorités existent…nous devons avoir une réponse appropriée et ferme dans le cadre républicain. Si la réponse est faible, le Front National prospérera. [Après un petit aparté sur la manière dont il fut réformé]…je ne donne pas des leçons de nationalisme…je défends en effet la civilisation française…il faut se rappeler ce qu’était le service militaire en France…une entreprise d’abêtissement. J’ai osé dire, vous vous rendez compte le sacrilège, que le bande dessinée était un art mineur…je préfère la peinture, je préfère les livres mais aujourd’hui les parents eux-mêmes sont des lecteurs de bandes dessinées donc ils sont très contents que leurs enfants lisent des bédés, certains d’entre eux sont très contents des jeux vidéos et bien tant mieux…surtout maintenant dans tous les suppléments littéraires, gloire au polar…le polar ce n’est pas tout à fait de la littérature, ça fait de moi un réactionnaire, un vieux jeu »

Alain Finkielkraut

« Il y a un problème de l’islam en France », a déclaré, lundi 9 juin 2014 sur la radio publique France Inter, le nouvel académicien Alain Finkielkraut, en regrettant « que l’on abandonne ce souci de civilisation au Front national ». À cette banalisation d’un discours semblable à celui qui, avant la catastrophe européenne, affirmait l’existence d’un “problème juif” en France, nous avions répondu par avance, le 18 août 2013, en prenant le parti de nos compatriotes d’origine, de culture et de religion musulmanes contre ceux qui les érigent en boucs émissaires de nos peurs de l’avenir.

Depuis le non-débat sur l’identité nationale de 2010, une partie de l’ex-droite républicaine assume, dans la foulée de l’extrême droite, l’injonction faite à nos compatriotes musulmans à devenir invisibles, en effaçant tout signe extérieur de leur croyance, pourtant minoritaire – qu’il s’agisse d’un vêtement (le voile), d’un aliment (le halal) ou d’un lieu (la mosquée). Or, loin d’installer fermement une pédagogie contraire, le nouveau pouvoir socialiste a laissé son ministre de l’intérieur, administrativement en charge des cultes, donner le la d’un discours qui nourrit les mêmes dérives. Les officiels messages de solidarité face aux violences de plus en plus libérées dont font l’objet les musulmans de France y pèsent moins que les douteuses résonances et les flagrantes renonciations. Manuel Valls ne se contente pas de critiquer le droit de vote des étrangers (pourtant promesse électorale de François Hollande), d’enterrer le récépissé des contrôles d’identité (où se joue la discrimination ordinaire) et d’assumer sa faveur pour l’interdiction du foulard (en critiquant une décision de la Cour de cassation et en appuyant un rapport mort-né du HCI).

Le ministre de l’intérieur a récemment déclaré : « L’islamophobie est le cheval de Troie des salafistes. » Cet appel explicite à une indifférence doublée de méfiance – ceux qui se plaignent sont des terroristes en puissance – n’est pas loin d’une invitation à la guerre intestine, soit une guerre contre une partie de nous-mêmes puisque le même Manuel Valls n’a pas hésité, dès 2012, à qualifier de « véritables ennemis de l’intérieur » les jeunes Français égarés dans l’islamisme radical.

Être musulman, l’exprimer ou le revendiquer, n’est pas plus incompatible en soi avec des idéaux de progrès et d’émancipation que ne l’était l’affirmation par les ouvriers ou les étudiants de la JOC et de la JEC de leur identité chrétienne, alors même qu’ils rejoignaient les combats syndicaux et politiques du prolétariat ou de la jeunesse. Sauf, encore une fois, à renouer avec les préjugés coloniaux qui essentialisaient d’autres cultures pour les dominer et les opprimer, les rejeter ou les soumettre, rien ne justifie que l’on décrète l’incompatibilité entre la République, ses idéaux et ses principes, et la revendication d’être reconnu, respecté et admis comme musulman.

Tout au contraire même puisque c’est dans la reconnaissance des minorités que se joue la vitalité d’une démocratie acceptant la diversité des siens, la pluralité de leurs conditions, la richesse de leurs différences. Et construisant, par le respect de ces dissemblances, une ressemblance supérieure, celle que proclament les principes dynamiques, jamais épuisés, de liberté, d’égalité et de fraternité. Sous la question musulmane se joue, en vérité, la question française : notre capacité à inventer une France qui, au lieu de se crisper sur une identité fantasmée et mortifère, s’élance vers le monde en faisant de sa relation au divers le meilleur des Sésame.»

Edwy Plenel

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