Publié par : Memento Mouloud | février 14, 2012

Ultimo de la fila

La dissidence ne peut habiter que quelques esprits assez maîtres d’eux-mêmes et assez désintéressés pour faire les frais d’une pensée libre et pour courir les risques d’une action illégale et, s’il le faut, forcenée. Comme il n’est pas question pour les prétendus combattants de la droite d’illégalité et encore moins de pensée libre, on voit bien qu’ils sont des chefs sans troupe, une élite sèche, parfois pédantesque, le plus souvent ridicule, une faune mondaine qui s’est déplacée sur la toile, l’édition, le journalisme comme on va au bordel. Rioufol avec sa tête de pédaleux néronien perdu dans une éternelle défense de la France non moins éternelle et du libéralisme à tête de bœuf est bien incapable de défendre l’économie de marché dans ce qu’elle a de plus délectable et de plus nécessaire. Non pas entretenir les homélies de Warren Buffet et le patrimoine du petit-fils Bettencourt, mais permettre à quelques uns de gagner assez pour dire merde à leur patron et s’entretenir avec la pensée dans ce qu’elle a de plus exigeant. Pour le tout venant, l’économie de marché est encore le dispositif le plus approprié à cette épopée du hasard, des discontinuités, des chocs et des virages brusques qu’est toute Histoire, donc toute Providence, qu’on croit ou non en Dieu. Pourquoi je n’étais pas communiste ou fasciste ou libéral-crétin ? Pourquoi je ne le serai jamais ? Tout simplement parce que ces pseudo-systèmes ne permettent aucune indépendance et qu’ils prétendent soumettre à la bêtise entêtée d’un seul, à la cupidité d’un cénacle ou au délire prédictif de quelques têtes farcies de chiffres et d’équations, ce qui ne peut l’être. De là leur terrorisme, de là, leur soif de responsabilités, de complots, leur manie de bâtir un jardin de suppliciés comme s’il s’agissait de l’antichambre du paradis terrestre.

La France est suspendue, elle n’existe plus, ni dans le régime, ni dans l’Etat, ni dans les mœurs. On trouve sa figure dans le passé et l’avenir, voilà tout. J’y suis attachée comme on s’attache aux métaphores et aux récits, c’est un armorial qui vaut tous les logos et c’est le mien. Je ne vois pas l’utilité de lui coller des colifichets raciaux, occidentaux, consuméristes et j’en passe. La construction la plus simple est encore la meilleure. Tout ce qui est politique est peut-être fondé sur le plus bas de l’homme, idoles, craintes, appétit, ignorances, envies, mais ce plus bas se retrouve partout. Quand on a dézingué la France, on trouve donc une autre idole et le cirque continue. Si on doit continuer à traiter la France de pouffiasse et les français de gros cons ou d’assistés, de fonctionnaires à qui il faut administrer le lavement suprême, autant les laisser tranquilles aujourd’hui que les français vivent pressurée et la tête sur le billot.

La droite française est assez simple à diagnostiquer. La moue de Sarkozy, ce masque de clown qui ne sait pas rire, laisse pâmés, les rombières et les vieux droitards. Les hurlements monocordes de la haine entêtée pour tout ce qui est la gauche laissent ébahis la clique des hybrides plus jeunes, comme après quelques obscénités un peu fortes. Et maintenant quelle chance d’avoir Marine. C’est un vide si profond, si creux, qu’on voudrait faire venir un tambour, un jazz, n’importe quoi, tout ce que les hommes inventent pour se cacher leurs lendemains obscurs.

Les plumes de droite viennent rarement à l’écriture par hasard, certaines écrivent des livres pour écrire des livres, pour en être, d’autres aimeraient bien qu’on les remarque. Ils écrivent en songeant à ces feuilletonistes du net que des millions de peigne-culs prennent le temps de mater, comme s’ils n‘avaient pas autre chose à faire. Les prétendus iconoclastes sont figés en cette extrême jeunesse, dans le parti pris de blague qui pétille à ses débuts puis s’évente, rapidement. On en finit plus de se dessécher, de se limiter, de produire son petit tic. Toujours les mêmes cibles, les mêmes quolibets, toujours le même vide, le même esprit de famille.

Comme le disait Paulhan « tu peux serrer dans ta main une abeille jusqu’à ce qu’elle étouffe. Elle n’étouffera pas sans t’avoir piqué. C‘est peu de choses dis-tu. Oui, peu de chose. Mais si elle ne te piquait pas, il y a longtemps qu’il n’y aurait plus d’abeilles ».

Publié par : Memento Mouloud | février 13, 2012

Dernières fusées (2) Les années noires

Liminaire

« Si j’allais chez les anthropophages je tâcherais d’en savoir le plus possible sur eux mais je resterais loin de la marmite »

G. Dumézil

Pot-Pourri

“Ce papier dépensé, ce risque couru pour faire avaler aux pauvres types cet immense panégyrique du navet de Sartre. Comment ne sentent-ils pas le ridicule inouï de faire paraître clandestinement une longue étude sur les Mouches ?

F. Mauriac, à propos des Lettres Françaises, 1943

« Proust s’est choisi bourgeois, il s’est fait le complice de la propagande bourgeoise puisque son œuvre contribue à répandre le mythe de la nature humaine »

Sartre

« Il vaut mieux vivre n’importe comment mais vivre »

Jean Giono, un des 10 survivants de sa compagnie durant la première guerre mondiale

« Je reste pro-allemand pour la victoire et même en cas contraire »

Paul Léautaud, l’idole de Pierre Perret

Dingaullisme, néologisme créé par Céline et repris par le Parizer Zeitung le 24 janvier 1942 sous le terme allemand de dingaullismus.

« Il faut se méfier toujours des juifs même quand ils sont morts »

Céline

Racisme fanatique total ou la mort

Céline, 22 novembre 1941

Céline « dit combien il est surpris, stupéfait, que nous soldats, nous ne fusillions pas, ne pendions pas, n’exterminions pas les juifs. Il est stupéfait que quelqu’un disposant d’une baïonnette n’en fasse pas un usage illimité. Si je portais une baïonnette, je saurais ce que j’ai à faire. J’ai appris quelque chose, à l’écouter ainsi deux heures durant, car il exprimait de toute évidence la monstrueuse puissance du nihilisme »

E. Jünger

Dès le 11 novembre 1940, Lucien Rebatet réclame une bonne police aux oreilles inombrables, une police supplétive, une milice d’Etat, des camps de repentir, des arrestations à tout va, la délation généralisée.

« Je ne savais où donner de la tête entre les invitations à dîner, les raouts, les vernissages »

L. Rebatet

Maurras « ce vieux bohême mécréant et salace, d’une verdeur et d’une roideur de propos inouï dans le privé avait eu le plus étroit souci des convenances sociales et religieuses. On l’avait toujours vu plein de soupçons et de réticences devant une certaine liberté d’esprit et d’allure. Ils écartaient finalement ceux qui s’en rendaient coupables pour leur préférer en toute occasion des personnages armés de faux-cols austères, de lauriers d’Institut et de paroissiens romains. Catholique sans foi, sans sacrements et sans pape, terroriste sans tueurs, royaliste renié par son prétendant, il n’avait été en fin de compte que l’illusionniste brillant de l’aboulie »

L. Rebatet à qui Maurras répondit « ce ne sont pas ses yeux qui l’éclairent, c’est son groin »

« Freud c’est Cochongnac »

L. Daudet, catholique de la Ligue, aussi peu respectueux des grandeurs d’Eglise que des grandeurs d’Etat, simple comme un enfant devant Dieu, royaliste chouan, progéniture de ceux qui rudoyaient les princes et forçaient les nobles à monter à cheval, défenseur paradoxal du trône et de l’autel, injuste, généreux, violent, dépourvu de toute haine, fervent de latin et pratiquant un style qui n’était que parole transcrite, frondeur et grave, moitié bourgeois, moitié sénateur, traversé par la douleur, peuple, il aurait été un monstre capricieux s’il n’avait possédé cette unité vivace de la foi.

« Flaubert a éteint le roman français »

Roberto Brasillach

« Le jeune fasciste, appuyé sur sa race et sur sa nation, fier de son pieu enfoncé bien profond, de son esprit dérangé, soucieux de sa place dans le monde, le jeune fasciste partouzant dans son camp en une orgie infinie, le jeune fasciste qui pète, rote, éjacule, il est tout d’abord un être joyeux »

Roberta Brasillach

« Qu’on présente Mein Kampf comme un livre intelligent, un anti-Marx, quelque chose qui existe c’est trop fort. C’est très réellement le chef d’œuvre du crétinisme excité »

R. Brasillach, août 1935

« faiblesse sordide de la guerre moderne, de la guerre pourrie »

Drieu la Rochelle. Celui-ci avait donné sa propre définition du chef qu’on pourrait restituer ainsi : « l’homme qui donne et qui prend dans la même éjaculation […] je voulais enculer tous les hommes autour de moi, m’en accroître et les accroître d’un même mouvement »

Il nous semble particulièrement agréable de pouvoir insister sur ce fait que la personnalité de Monsieur Drieu la Rochelle est spirituellement et politiquement libre et indépendante

Lettre de la Propaganda-Staffel à Gaston Gallimard, novembre 1940

« la politique française montre ce qu’elle est : attachée aux pires erreurs, accablée de contradictions, tantôt affirmant les desseins qu’elle n’a pas le pouvoir de réaliser, tantôt faisant des concessions qu’elle pouvait éviter, exigeant l’impossible, négligeant le nécessaire, tour à tour procédurière et vaine »

Maurice Blanchot

Pierre Gaxotte, à propos du fascisme en janvier 1939 « cette pseudo-exaltation se traduit par les soucis les plus sordides et les plus médiocres, la vie plus difficile, les vacances en troupeau, la méditation interdite, la bureaucratie envahissante, l’appel et le contre-appel à perpétuité, la queue à la porte des services d’Etat, des feuilles à remplir, des cartes à retirer, des justifications à fournir, la délation passée à l’acte de vertu ». Il quitte JSP et annonce à Claude Roy que gravitent autour de Brasillach des agents allemands.

« Le retour de l’homme à lui-même est difficile et il faut payer ce retour. L’homme véritable apprend qu’il n’est de féminité véritable qu’intérieure et qu’il porte à jamais, en lui, la femme qu’il doit devenir »

R. Abellio

Le fascisme français fut le seul, sur le continent européen, à présenter comme programme la capitulation perpétuelle et la jouissance sans troubles des avantages acquis. C’est tout ce qu’il demandait à Hitler d’assurer. Comme ce fascisme français était dépourvu d’énergie, la seule mention d’une restauration de l’Ordre moral avait suffi à la plupart.

Mais moi qui accuse qu’ai-je fait ses vingt années ? Eh bien, j’étais comme les autres. Je garde le droit d’accuser mes compatriotes, mais en m’accusant comme aussi coupable et plus qu’aucun d’entre eux. J’en fais une phrase et m’en tiens pour quitte. C’est s’en tirer à bon marché »

Montherlant, le solstice de Juin

« Article 1er : les trusts sont abolis ; article 2 les représentants des trusts sont chargés de l’exécution du présent décret »

H. Jeanson, octobre 1940

Chateaubriant, Drieu, Déat, Rebatet, Brasillach, « on les lisait d’un œil et on riait de l’autre ». M. Sachs.

« J’ai l’impression que les berlinois n’ont aucune estime pour nous »

Marcel Jouhandeau

« Nous avons été obligés de prier M Jean d’Agraives de ne plus mettre les pieds à l’Institut. Il venait chaque jour dénoncer un nouvel écrivain français […] Nous avions dû refouler M Laubreaux. Il portait directement ses papiers à la Gestapo »

Karl-Heinz Bremer

« Songez un peu que si la France s’était battue de 40 à 45 comme elle l’avait fait de 14 à 18, il ne resterait rien aujourd’hui que l’on pût appeler France ou français »

Jean Paulhan

Maurice Blanchot à propos de l’Ecole du renégat de Jean Fontenoy « écrit avec aisance, remarquablement privé d’une rhétorique sublime, sans ce foisonnement de désespoir et ces réverbérations de pensées plaintives qui font la principale substance des ouvrages du même genre de M. Jean Guéhenno ». Dans le Paris de 1929, Jean Fontenoy avait découvert « une populace de petits bourgeois bourrus, aux cheveux sales, éprise de mots à double entente, de pari mutuel, d’apéritifs, de beaux crimes ». Lui qui avait terminé sa chevauchée sous l’uniforme de la Werhmacht avait terminé son livre sur ses mots, peut être insuffisants mais toniques « je dénonce l’Intelligence. L’Intelligence est l’art de tromper, l’art de comploter, en un langage secret contre le bonheur »

« Je me souviens d’être remonté dans ma chambrée qui était vide, m’être assis sur le rebord de la fenêtre ouverte sur le ciel d’un été éclatant, et d’avoir longuement, très longuement pleuré. Que ce fut cette voix cassée de vieillard qui me fasse brutalement passé de la situation de fils de vainqueur  à celle de vaincu, privé même de la fierté la plus élémentaire, celle du combat, me faisait toucher au fond même de l’humiliation. C’était tout un monde de certitudes implicites, de fidélités toujours intactes, qui s’écroulait »

Raoul Girardet

A propos de Marcel Aymé « quand on a appartenu comme lui, pendant l’Occupation, au groupe Je Suis Partout, qui n’a cessé de hurler à la mort et de dénoncer d’autres français, on devrait rester tranquille », François Mauriac, dit des Assises, en 1952. Seulement Mauriac annexait sans sollicitude Marcel Aymé à ces hommes de guerre civile auxquels l’auteur de Passe-Muraille était étranger, et il n’avait jamais écrit En faisant la queue, ni reçu cette phrase de Louis Daquin, alors communiste, « sans hésiter, j’aurais été me cacher chez lui ».

« Tour à l’heure, je rentrerai chez moi. Je ne penserai ni aux malheurs de la France, ni aux malheurs de l’Europe. Je resterai enfermé avec mon obsession comme avec un rat dégoûtant dont il faut subir le contact et les morsures »

M. Aymé, le chemin des écoliers

« Les idées étaient distribuées en sachets imperméables, chaque citoyen possédait son petit bagage qu’il appelait ses opinions politiques »

M. Aymé

L’Appel lance en octobre 1941, une enquête sous le titre, « Faut-il exterminer les juifs ? »

« Fresnes n’a pas désempli depuis 1940. Nous le savions très bien. Nous ne voulions pas le savoir ; nous y pensions le moins possible ; nous finissions par l’oublier ; c’était loin, c’était vague. En somme, fort proprement, durant quatre longues années, nous nous en sommes lavé les mains. En tout cas, je savais, en gros, nous savions tous comment les juifs étaient parqués à Drancy ou les communistes à Fresnes »

C. Jamet

« Je n’ai jamais imaginé le génocide. J’avais vécu en Allemagne. Je connaissais ce peuple. J’attendais le pire des hitlériens, mais je dois dire à ma honte et honnêtement que je n’ai jamais imaginé l’extermination d’un peuple, comme ça, à froid »

R. Aron

On voudrait se recueillir dans la nuit de l’ignorance

J. Chardonne

« Si Hitler a une main qui s’étend vers les masses de la façon que l’on sait, son autre main, dans l’invisible, ne cesse d’étreindre fidèlement le sexe de celui qui s’appelle Dieu. Beaucoup de gens, lisant ma phrase, la mettront entre les deux pointes du compas et souriront. Mais Hitler éjaculera »

A. De Castelbrillante.

« race maudite qui trouve dans l’horreur de la guerre la joie sauvage de défoncer le popo de la femme chrétienne »

Ferdonnet

« Les français, des deux sexes, quelque peu têtes de linottes se seront plus ou moins faits défoncés la rondelle par l’Allemagne, non sans préventions, et le souvenir en restera très mitigé »

Roberte Armillach

« je ne puis souhaiter qu’une chose pour la France : une guerre courte et désastreuse »

 Alain Laubreaux

« Comment pourrait-on s’empêcher de sucer ces Siegfried qui surgissent d’une fermeture éclair, piétinant les parapluies, vomissant leur whisky et conchiant les petits bazardiers circoncis de Londres et New-York »

Lucienne Rebatet

« les gens dans l’administration, les gens dans les affaires, les intellectuels collaborent. Des contacts, des relations, des échanges de services s’organisent. Cela croît et grossit tous les jours. C’est l’essentiel et le nécessaire »

Drieu la Rochelle

« Si l’on veut remonter aux sources du conflit, on en trouvera l’origine première dans le sauve-qui-peut de 1931, quand on vit des puissances riches uniquement et d’ailleurs vraiment occupées, sous le choc de la crise, d’assurer leur salut propre, trahissant ainsi en fait le cosmopolitisme qu’elles affirmaient en doctrine »

Bertrand de Jouvenel

« Je reconnais ne pas très bien saisir pourquoi une nation vaincue doit nécessairement se taire, pourquoi une nation blessée mais avide de se redresser se doit de borner son appétit à ambitionner une heure d’oubli avec Henri IV, ou les badinages folkloriques, ou les traités de bridge et de jardinage ou les mémoires du général Marbot »

Jacques Laurent

« il faut se séparer des juifs en bloc et ne pas garder de petits, l’humanité est ici d’accord avec la sagesse mais les brutalités  sont le fait de policiers provocateurs qui veulent apitoyer ces pauvres idiots d’aryens »

Robert Brasillach

« La jenfoutrerie française atteint en ce moment son summum historique. Souffrance peau de lapin, abominable jérémiade, évidence de la pourriture de l’âme de cette nation devenue si sournoise et si vile, qui ne peut être récurée que par le grand moyen chirurgical : l’ablation du capital individuel »

Céline

« Les charentais offrent volontiers ce qu’ils ont »

Jacques Chardonne

« Est-il besoin d’ajouter  que la morale catholique interdit également tout ce qui pourrait favoriser ceux qui sont encore les ennemis de l’Allemagne »

Maurice Lesaunier, directeur du séminaire des Carmes

« Nos idéaux musulmans confrontés aux idéaux nationaux-socialistes de la Nouvelle Europe se révèlent identiques. Ces élans, cet amour romantique des nord-africains pour tout ce qui est germain ne seraient-ils pas une sorte de nostalgie subconsciente »

Manifeste des maadistes

Quand Fayard saborde Je suis Partout, en 1936, les journalistes trouvent trois actionnaires : un industriel lyonnais, un imprimeur juif d’extrême-droite et un héritier d’origine argentine, Charles Lesca. Un ploutocrate, un juif, un rastaquouère, c’était le trio des mousquetaires qui allaient porter le fascisme français de plume sur les fonds baptismaux.

Le PPF était financé par l’Italie fasciste et trois banques juives. Il compte près de 300 mille adhérents en janvier 1938, 57 % de salariés de l’industrie et une majorité de moins de 35 ans. En mars 1937, sur 130 mille adhérents revendiqués, 35 mille viennent du PCF. Outre Barbé, Marion et Doriot, on trouve des intellectuels comme Fernandez, Drieu, Jouvenel, Fabre-Luce, des membres des milieux d’affaires, Pucheu, Lousteau, des syndicalistes comme Jean Teulade. Une amorce de Front National que les Croix de feu vont réduire à néant. En 1940-1941, attentiste, Doriot jouera au maréchaliste docile. C’est le 22 juin 1941, qu’il relance le PPF. De septembre à novembre 1941, il est sur le front russe, puis en février-mars 1942, enfin, de mars 1943 à janvier 1944. C’est après l’arrivée d’Oberg en mai 1942 qu’il prend contact avec le SD, espérant s’emparer du pouvoir. Toutefois, en septembre 1942, Hitler refuse toute arrivée au pouvoir de Doriot qui tient un Congrès de la victoire du 4 au 8 novembre, avant de reprendre son barda. Il finira mitraillé dans un bosquet allemand.

Durant la guerre, 1/3 du revenu national français était ponctionné par l’Allemagne et, en 1943-1944, 42 % du revenu spécial de l’étranger, nécessaire à la poursuite de l’effort de guerre du Reich, provenait de la France qui a toujours été bonne fille. Entretemps, 250 mille naissances issues d’unions franco-allemandes et un nombre indéterminé d’avortements ponctuèrent cette joyeuse occupation où comme le disait Jünger il suffisait de prononcer le mot cocu pour faire rire Arletty et, avec elle, une bonne partie du pays.

En 1941, il y avait 72 films allemands sur les écrans. Entre 1940 et 1944 alors que la France produit 225 titres, plus de 250 films germano-italiens déferlent sur les écrans. Le Président Krüger comme le Juif Süss, doublés en français, ont bien marché. Le jeune hitlérien (Quex) est diffusé par le RNP en direction de la jeunesse. Goebbels avait enfin supplanté le cinéma judéo-ploutocratique d’Hollywood.

 

Publié par : Memento Mouloud | février 11, 2012

Abécédaire de la Contre-Révolution

Absurdité :

Le XIXème siècle aura créé deux absurdités parallèles : le suffrage universel et l’infaillibilité pontificale. Jacques Ier et Louis XIV les avaient précédées en inventant la monarchie de droit divin, Bossuet en fut le chantre. Il est donc logique qu’on célèbre sa prose. Le suffrage universel avait conçu comme rêve d’élever le prolétaire au niveau de bêtise du bourgeois par l’éducation. L’effondrement d’un tel rêve sous les orages d’acier a conduit à ce qu’avait annoncé Jacob Burckhardt, l’avènement d’une tyrannie ayant pour but de clore l’Histoire.

Anti-Lumières :

Les sources de la pensée contre-révolutionnaire sont nombreuses. Pour de Maistre, l’esprit de la Révolution serait un amour malheureux de la noblesse, l’histoire, de la politique expérimentale, néanmoins, la métapolitique, c’est ce qui échappe à la politique expérimentale, c’est la fondation qui réintroduit Dieu dans le cours du temps intra-mondain. A ces thèses contre-révolutionnaires s’oppose le jeu des analogies de l’empirisme organisateur de Maurras qui consiste, entre deux constats, à faire émerger une vérité générale. Il trouve le modèle de ce dogme de la ressemblance chez Sainte-Beuve.

De Rousseau à Pascal, le chemin va à reculons mais ne cesse de dire la même chose puisque « l’art de bouleverser les Etats…c’est un jeu sûr pour tout perdre ». A contrario de cet immobilisme, Burke, demandera de tirer le meilleur parti des matériaux existants. Aussi il attribue à l’intellectualité des constituants, l’idée de table rase et l’abstraction des échafaudages révolutionnaires. En effet, les droits de l’Homme se présentent comme un frein au pouvoir politique. Seulement, ils ne permettent pas de distinguer entre un gouvernement despotique et un autre qui respecte les libertés aussi les droits ainsi conçus entretiennent l’illusion de la mise à feu et le prurit de l’incendie. Plus tard, mais dans le même esprit, Tocqueville opposera le mode d’action de l’écrivain et de l’homme d’Etat. La vertu de l’un est le vice de l’autre.

Mais le contre-révolutionnaire est aussi un antiquaire, un érudit, il n’est pas systématique. Sa cible, c’est le culte du progrès qui désarme toute morale de l’action. Le grand cauchemar c’est l’enfant qui court après le wagon de tête, en implorant qu’on lui laisse enfin une place de peur de camper parmi ces congénères, ringards et autres moisis.

Aristocratie

Toute aristocratie naît de ce constat : il est impossible à un homme luttant pour sa seule survie d’être un artiste, un créateur, à la fois législateur et médecin. Le travail est donc avilissant aussi seul le besoin d’art, qui englobe la guerre, confère à l’homme de la dignité et permet de sanctifier l’existence. Ainsi, le travail est la condition honteuse de l’art, honte que l’Eglise a tenté de surmonter en séparant les ordres de l’existence et en affirmant que chacun d’eux avait son honneur propre. Le combat entre le règne et le sacerdoce durant la période médiévale a donc une signification très claire : l’Etat entend conférer l’honneur aux seules castes nobiliaires et aux serviteurs du Roi, l’Eglise entend défendre l’honorabilité de tous, dès lors que chacun est pris dans un ordre et tient sa place. Toutefois, comme cet ordre mondain n’est qu’un amas de vanités, l’Eglise le double d’un ordre supra-mondain où se tiennent, dominant l’Humanité de leur perfection, les saints, en passe de remplacer un à un, les anges déchus.

L’aristocratie est donc à la fois, un ordre distinct et une supériorité.

La modernité, soit la destruction créatrice avec son cortège de décharges et de déchets ou comme l’avait bien nommée René Char, le marteau sans maîtres, cette modernité, à la fois capitaliste et technique, ne l’a pas éliminée en détruisant l’ordre ancien. Elle a transféré l’ensemble des coordonnées de l’aristocratie, sa Qualité irréductible, sur le génie, qu’elle a séparé des masses. Néanmoins, comme la modernité se veut égalitaire et scientifique, l’Homme est conçu sous trois aspects : l’espèce (donc la race) ; l’opposition entre les dépossédés (prolétaires) et les usurpateurs (les bourgeois) ; le quelconque (celui qui sort de la foule pour s’en distinguer). Le Génie sera donc, tour à tour, celui qui conduit la race, à savoir le joueur de flute, le révolutionnaire qui n’est jamais qu’un terroriste, et un ensemble indéterminé d’avatars démocratiques qui vont de l’artiste au savant en passant par l’entrepreneur, le sportif, le chanteur de variétés, le gangster, le protagoniste d’un jeu télévisé, etc.

Choix collectifs

La démocratie parlementaire, par son incurie, pousse bien à l’augmentation incessante des dépenses publiques en faveur du rêve pavillonnaire, de la démesure pléonexique et des meutes oligarchiques qui savent parfaitement concentrer les décisions en quelques points. Aussi , l’assistance sociale et la charité publique sont le spectacle voire le barnum qui permettent de masquer les fondations de ce désordre établi. De fait chaque attaque gouvernementale ou para-oligarchique contre le salaire minimum, les corporatismes syndicaux ou l’assurance-chômage sont une défense en acte du revenu minimum garanti pour le capital, du corporatisme de la finance et de l’assurance bancaire illimitée que prodiguent ces figures tutélaires que sont les banques centrales de tous les pays En conclusion, l’aide publique au capital n’entrave pas la cupidité mais la produit et l’aiguise. Peut être faudrait-il emprisonner nos financiers dans des Global Finance’s Houses, en leur imposant le port d’une tenue distincte, en leur interdisant tout rapport avec leurs semblables restés à l’extérieur, et, en autorisant, durant leur vie, tout prélèvement cellulaire et après leur décès, tout prélèvement d’organes. Juste pour voir une fois, ce qu’il en est, sans trop de massacres, de proclamer, publiquement, comme on annonce régulièrement, « la pauvreté est un crime », la richesse est une saloperie.

Civilisation Occidentale

Mythe de droite qui est venu remplacer celui du bon vieux temps d’avant le 5 mai 1789. Fabriquée, dans les laboratoires de la guerre froide, la notion de civilisation occidentale élimine toutes les discontinuités et l’ensemble des cultures pré-industrielles qui ont façonné l’espace euro-américain. C’est le résultat d’une pensée massive à la Brecht qui permet de relier saucisson et culture occidentale et d’opposer le porc laqué à celle-ci.

Contre-Révolution :

La contre-révolution est ce qui maintient l’ordre ancien par opposition à la Terreur qui le détruit interminablement. Elle porte un sens existentiel et une posture l’émigration, réelle ou intérieure. Le contre-révolutionnaire est un réfractaire à la mise en déroute. A partir de ce constat, on peut concevoir deux types de contre-révolutionnaire : le traditionnaliste qui aurait des racines et l’antimoderne qui vit dans un champ de ruines. Le dernier seul mène l’assaut contre l’esprit moderne, il entend ruiner les ruines pas conserver un décorum. A ce titre, toute contre-révolution suppose une théorie de la Révolution et l’anti-moderne a connu l’ivresse de la Révolution, le traditionnaliste, un dégoût d’origine. C’est ce qui explique le jugement péjoratif de Maurras à propos de Chateaubriand. Si on se reporte aux années révolutionnaires, les traditionnalistes étaient pour l’absolutisme, les réactionnaires partisans de Boulainvilliers, les réformistes, adeptes d’une monarchie constitutionnelle. A l’écart, Chateaubriand se définissait ainsi « républicain par nature, monarchiste de raison, bourbonniste par honneur ». Le temps sanctionne les désastres, il ne sert à rien de les déplorer, juste en saisir la mystique et le mouvement. Il voyait que l’égalité et le despotisme avaient des liaisons secrètes, il était élitiste, il n’était pas putschiste.

Démocratie

Dans un système parlementaire qui se respecte, ce ne sont pas les électeurs qui élisent leurs représentants mais les représentants et apparatchiks qui se font élire par les électeurs. Chaque victoire électorale est donc celle d’une coterie. Dès lors le système partisan établi qui permet de distribuer les prébendes et fiefs tente d’exclure les nouveaux venus, en les tenant hors du système convenu du partage. Ceux qui prétendent représenter le peuple par des élections sont des menteurs parce que le peuple n’est pas représentable. Il approuve, assemblé, son chef et basta. C’est ainsi que les légionnaires nommaient César « la femme de tous les hommes et l’homme de toutes les femmes ». Dans un système électoral, tout chef, tout politique est une catin, ce qui explique largement la moralité douteuse et la bêtise de toute classe politique démocratique, sauf exception. Seuls les médiocres peuvent rêver d’en faire partie ou de s’y agréger. A contrario de tout ce qui s’écrit, plus une classe politique est démocratique, donc ouverte, plus son appétit de spoliations monte, dès lors qu’elle bénéficie d’une impunité presque totale. Le cycle est donc toujours le même, aux lions et aux guépards qui se soucient du Bien Public succèdent les chacals et les hyènes de la démagogie et du pillage.

Foule

L’individu est déjà une foule à lui tout seul, son problème est donc d’en sortir. A contrario la foule cherche son unité pour frapper et acquérir la puissance même du nombre. L’individu comme la foule sont donc des multiplicités en quête de points de condensation. Le traitement qui permet de les réduire à un amas d’atomes browniens consiste à saisir leur unité ex-post, soit par le marché, soit par les sondages dits d’opinion, en un mot via des artefacts. Ainsi, la foule est préparée et sert de matière première aux membres du gouvernement invisible en vue du but qu’il s’est fixé. Ainsi, alors que l’Angleterre était à deux doigts de chanceler devant les nazis, en mai-juin 1940, seuls 5 hommes étaient réellement informés de la situation catastrophique qui était la sienne.

Fracassomanie :

La tendance compulsive de tout réactionnaire. Il en viendra donc à confondre tout effet non recherché avec un effet pervers qui n’en est qu’un cas limite voire pathologique.

Libéralisme ou la métaphore du hamster

« Ici il te faut courir de toutes tes forces rien que pour rester en place »

Péché originel

L’homme, c’est-à-dire chacun, est si naturellement dépravé qu’il souffre moins de l’abaissement universel que de l’établissement d’une hiérarchie raisonnable. Aussi la première erreur consiste à régler la beauté sur la nature. Or la beauté est liée au péché, à la mélancolie, elle s’égare et nécessite un tuteur donc une règle. C’est la thèse de Baudelaire qui se résume simplement : la vie est mauvaise, le bourreau et le patient ne font qu’un.

Pour de Maistre, si l’innocence paie pour le crime alors la communion des saints est un sacrifice au sens strict. Le scandale est ce qui fait obstacle à la perpétuation de la foi, pas ce qui en magnifie la geste. Les biens et les maux sont une loterie. L’innocence et la méchanceté n’ont rien à y voir. La loi juste ne vise pas un effet sur tous et sur chacun, elle est celle qui est faite pour tous, elle appartient à Dieu qui en tient le compte. Aussi, tout homme en qualité d’homme est susceptible de souffrir tous les maux. Mais en règle générale la masse du bonheur récompenserait la vertu. Dans tous les cas, le châtiment des méchants serait une prérogative souveraine. Néanmoins, de Maistre pousse le raisonnement jusqu’à affirmer que l’innocence n’existe pas et qu’il n’y a point de justes sur la Terre. Comme il n’y a pas de justes, il y aurait donc des saints qui acceptent de souffrir et demandent grâce pour leurs prochains. C’est la thèse grotesque de la réversibilité des douleurs de l’innocence au profit des coupables qui suppose que la passion du Christ n’est pas suffisante et que la Croix attend son lot de martyrs afin de justifier l’existence de ce monde.

Ayant régler son compte au dogme catholique, de Maistre s’attaque à la théorie du bon sauvage de Rousseau. Pour lui, le sauvage n’est pas bon, il est dégénéré. Seulement, ce ne sont pas les langues des sauvages qui sont des débris de langues antiques, comme de Maistre le prétendait, mais les créoles qui sont les débris de langues actuelles. La chute est ce qui attend l’homme non pas de naissance mais comme une virtualité. A chaque pas, il est susceptible de régresser. C’est la seule leçon qu’on puisse tirer de l’Histoire.

Perversité

Les chimères de l’égalité et des droits de l’homme ne manquent jamais d’aboutir à l’existence d’une oligarchie vile et corrompue ou à la caricature du vieux Roi, en Wotan édenté ou en Siegfried mégalomane. Après les massacres, les tortures et les potences, la bouffonnerie des tribunaux et des délits d’opinion, la mascarade des mises sur écoute et des cambriolages nocturnes, la paranoïa des coteries qui transforment le jeu sale du parlementarisme en arcanes de la raison d’Etat. Toutes les chaînes sont rompues et l’on va donc chercher son identité dans un bric à brac de permanences usinées ou de prothèses et de mutations hormonales. Pendant qu’Ali demande à un consultant égyptien s’il est licite de se faire sucer par sa femme, Jean et Marcel se marient sur le parvis de la mairie avec caméras et journalistes, en attendant la transformation de Marcel, 45 ans et père de 3 enfants, en Edwige, car il s’est toujours senti femme, à l’intérieur. Quand on a posé que les vices privés font les vertus publiques, on en vient forcément à se dire que les bonnes intentions font les bonnes sociétés et qu’on peut tracer au cordeau les plans d’un Palais de Cristal où la fête sera permanente. C’est le même paralogisme qui prétend placer la Providence dans une pseudo-nature humaine impossible à réformer ou l’homme à la place de Dieu, contemplant, en théoricien, la parfaite immobilité de son œuvre. C’est le rêve d’un monde d’artisans, celui des planches de l’Encyclopédie. En martiniste impénitent, de Maistre a voulu donner un sens au délire révolutionnaire, en le mettant au crédit de Dieu qui aurait décidé de tailler dans l’Humanité comme on taille un arbre. La Révolution est une sorte de déluge, le châtiment des nobles et donc du peuple pour ses crimes afin qu’une Humanité rédimée comprenne que les chaînes souples qui la relient au grand architecte sont inaliénables et parfaitement ajustées. On tue sans doute des innocents mais comme il n’y a jamais vraiment d’innocents, on ne fait qu’accomplir les desseins inconnus de la Providence. Inquisiteurs comme jacobins ne sont donc que des automates. Halleluia. Néanmoins comme de Maistre lit l’Histoire comme une forêt de signes, il découvre une loi irréversible de cette même Providence. Celle du renversement des pôles. Si le peuple veut abattre la monarchie et le christianisme, c’est ce que ceux-ci seront restaurés. On en conclut que le spectateur émigré est nettement plus sage que le contre-révolutionnaire en armes. Finalement Kant, avec ses remonte-chaussettes et de Maistre, avec ses causeries, se rejoignent, prenant l’Histoire pour un théâtre et les hommes pour le chœur des figurants. Ils ne voient même plus leur impiété. Alors que la tragédie était réservée au seul regard divin, la voici qui se renverse en spectacle plaisant pour amateur de théodicée. On ne célèbre plus le fond cruel qui se déroule sous nos actes mais la sagacité des philosophes.

Pessimisme

« Moi j’ai toujours été dévot à la mort et je suis le convoi de la vieille Monarchie comme le chien du pauvre », cette phrase illustre cette vitalité désespérée qui est le propre de l’antimoderne. Le sentiment de l’histoire ouvre donc un espace ambigu entre pessimisme et combat, avec cette certitude que l’échec est au bout du chemin. A l’opposé du progressiste, le contre-révolutionnaire a su dégager le concept d’époque, comme changement qualitatif dans l’ordre des évènements et non cumulatif dans l’ordre du temps. De Joseph de Maistre à Muray, en passant par Péguy, cette pensée est constante. Cette perspective s’oppose à celles de Chateaubriand et de Tocqueville pour qui la Révolution était déjà en cours avant d’éclater en convulsion, si bien qu’elle n’a pas eu lieu. A la place de l’époque, Chateaubriand perçoit dans l’irréversibilité de l’Histoire, une irréversibilité, la figure du déclin. Aussi tous les progressistes ont un petit côté prédicateur des concierges dès qu’on les compare à ses amoureux déçus que sont les contre-révolutionnaires.

Sublime

Selon Burke, tout ce qui agit d’une manière analogue à la Terreur est une source du sublime. En revanche est sublime, selon Kant, ce qui démontre une faculté de l’âme dès lors qu’on peut penser le phénomène en question même s’il dépasse toute mesure des sens. C’est donc l’illimité pensé comme Totalité qui est proprement sublime et se différencie de la beauté. Le philosophe allemand distingue deux types de sublime : le mathématique (ce qui est absolument grand) ; le dynamique (qui suggère un infini en puissance). Ce sublime dynamique génère comme affect la peur.

Pour de Maistre, l’exécution publique est un rituel fondateur de société. Il exprime la fascination humaine pour le bourreau et l’homme de guerre. Baudelaire reprend le canevas. Ainsi, la peine de mort aurait pour fonction de sauver spirituellement et le criminel et la société. En sacrifiant on rappellerait, opportunément, la faute à l’origine de toute société humaine. On passe donc du supplicié à la victime sacrificielle. Léon Daudet passera du bourreau à la maquerelle. Chez lui, le bordel unit deux maîtres, l’aventure et le plaisir. Aussi, la société trouve aussi dans la maquerelle son fondement et dans les pensionnaires, autant de victimes offertes à la perversité native de l’homme.

Dès lors, le sacrifice (du condamné, des jeunes filles) restituerait au monde sacré ce que l’usage aurait avili et rendu profane. Mais cette définition est nulle et non avenue. La profanation est ce qui restitue un objet ou un lieu au monde commun, le sacré ce qui le retranche de ce monde. Il n’y a rien de pur ou d’impur là dedans, nous ne sommes pas chez les brahmanes. Le sacrifice chez les païens était la manifestation d’un lien répété avec une divinité, la prière en tient lieu chez les chrétiens. L’un est une orthopraxie, la seconde, un dialogue avec celui qui est là sans l’être, celui qui s’est retiré. Dieu est non seulement absent, mais il est muet, Dieu est un œil immobile. Le condamné à mort n’est pas un analogue du Christ rachetant la faute d’Adam et la prostituée, une Eve en porte-jarretelles.

Pour en arriver à cette aberration, il faut soutenir que la souveraineté est l’association humaine qui aurait pour fondement l’horreur. Récemment, Giorgio Agamben a retourné la figure du bourreau en celle de l’homo sacer, double du souverain. Or le lien humain repose sur le vide et non sur le châtiment. Saint Just l’a bien dit « la communauté chasse le roi de son sein », c’est cet acte qui rend Louis XVI sacrifiable, promis à la mort, sans que son exécution soit un crime.

De même, le sublime contre-révolutionnaire touche parfois au kitsch pur et simple. En effet, on peut se demander si Chateaubriand n’a pas contribué à changer Dieu en tapissier-décorateur avec son « j’ai cru et j’ai pleuré », ses recours à Rousseau et à la palingénésie où toutes les figures de maccabées sont convoquées pour un dernier tour dans les Mémoires. Le romantisme serait donc la victoire des sentiments donc des femmes. Mais Maurras, à qui on doit ce jugement, confondait le paroxysme et le sentiment

Vitupération

Contre la canaillocratie et les législateurs bébés, le contre-révolutionnaire déploie une langue, parce que toute nation n’est qu’une langue. Seulement à l’instar de Léonard de Vinci, l’inachèvement et la rareté de ses œuvres le caractérisent. Il laisse donc la systématicité à ses adversaires. A l’esprit de sérieux, à l’implacable mécanique de la victoire, il oppose l’humour, il se détache et il disparaît.

Publié par : Memento Mouloud | février 10, 2012

Une anecdote sur Joseph Darnand, chef de la Milice

Le père Bruckberger aimait la guerre, et il l’a faite dangereusement et passionnément en 1939-1940, avec deux camarades. Il se créa entre les trois hommes une profonde amitié. L’un des trois mousquetaires fut tué alors. L’autre était tout simplement Darnand, le chef de la Milice. Après la défaite, le père Bruckberger se lança dans la Résistance. Il fut bientôt découvert et arrêté par les allemands. Cependant, il ne resta pas en prison et fut libéré au bout de quelques mois. Après la guerre, les américains arrêtèrent Darnand, les armes à la main, en Italie et le livrèrent aux autorités françaises. Il fut jugé et condamné à mort. Le père Bruckberger l’assista et passa avec lui les derniers jours qui lui restaient à vivre et l’accompagna au peloton d’exécution. Or, c’est seulement plus tard, bien après l’exécution, que le père Bruckberger apprit par la veuve de leur ancien compagnon d’armes à tous les deux que c’était Darnand qui l’avait fait libérer, et par conséquent l’avait sauvé du camp de concentration où il risquait de rester. Dans les heures pathétiques de leurs derniers entretiens, Darnand avait gardé son secret.

Publié par : Memento Mouloud | février 9, 2012

El Condor pasa : une excursion péruvienne du plouc-émissaire

Le Plouc sur la trace de VS Naipaul, à lire absolument :

 

http://leplouc-emissaire.blogspot.com/2012/02/ultimos-recuerdos-de-juventud.html

 

 

Le titre m’a frappé, parce que  je me souviens de mon cousin, alors gauchiste, disant à son père avant de partir pour le pensionnat des jésuites, “recuerdos a Franco”. Aujourd’hui mon cousin ne vote même plus PSOE, est un homme important, un décideur comme on dit. La vie l’a frappé plus qu’il n’en faut et ce qui lui est arrivé je ne le souhaite à personne. Je crois même qu’il est revenu à Dieu après qu’un cancer est venu achever ce que la vie lui réservait, comme si on ne pouvait chuchoter à son oreille en plein marché qu’avec le vieux  chapelet, comme si le désastre avait comme points cardinaux les extrémités de la Croix. Le Plouc raconte autre chose, un Pérou disparu et avec lui, le Plouc d’antan. C’est peut-être à ça que servent les récits, à mesurer cette distance qui permet de se dire « tiens c’était moi là » comme si on parlait d’un autre.

 


Publié par : Memento Mouloud | février 9, 2012

Médée Machine Gun

La Médée viendrait de l’est, d’un pays nu et barbare, d’un pays où les lignes opaques d’un Etat cachaient le chaos derrière les médailles et les uniformes, le cliquetis des couilles de fer qu’on arrache aux passages du temps et aux stridences de l’astre quand il couve de son luminaire l’envol des tambourins.

La Médée aurait laissé ses pinceaux couleur de sang, elle n’aurait pas protesté puisqu’elle aimait à s’en arracher les trompes et jusqu’aux enfants exposés morts à la face du monde, comme Marie expose son Fils sur le cadran de la Croix.

Elle s’appellerait Médée et son Jason ne cherchait pas les toisons, juste le jour, juste une écharde du monde où débarquer. Il boîte, horriblement, il est comme la promesse du mensonge et de la ville incendiée. Il aurait laissé là les planteurs d’amères phrases, il aurait laissé là les fosses aux déchets de ces maisons qui n’ont qu’un nom, un logo, un signe, pour masquer leur mains d’usuriers et leurs langues putrides, avec retour sur investissements.

Il aurait décliné toutes les nuances des transitions, elle l’aurait aimé au travers des trahisons, des noms changeants, des villes, des princesses avariées, des Créon penchés sur les corps homicides, de ses deux enfants abandonnés à la glaise et ruisselant du sang d’un glaive porté à même la vulve, entre deux cuisses.

C’était un jour de fuite, au jour de la fuite le long des longitudes de l’Occident. La Médée aurait un corps malade et obscur, elle épouserait les cercles qui se dessinent autour des carcasses, elle épouserait la pente des couloirs d’hôpitaux, elle enfouirait sa tête sous un châle et se préserverait des regards puisque la nudité des crânes enfante toujours les regards et les coupes où l’on boit à la sexuation.

La Médée aurait découvert qu’un papier et un passeport valent moins que toutes les attestations d’un corps devant les gestes amples et la langue infiniment râclée des poseurs de questions, habillés en législateurs, passeurs éphémères de vies nues et déracinées, passeurs éphémères d’ombres qui ne veulent pas mourir.

Elle aurait découvert la menace qui se tient au détour d’un couloir de métro, d’un tourniquet déserté, d’un « toi là bas dis moi pourrais tu m’aider ». La Médée traînerait l’amertume d’un parcours transi, d’un chevalet disparu, d’Enneades englouties, de fifrelins obscurs perdus dans le battement de cœur de la ville où les passants se glissent entre les signaux. Elle serait l’ombre d’un astre atrophié, planté en ton violet sur la voûte d’un ciel obscurci de carbones.  Elle aurait suivi la tache lunaire, son amant émacié.

Elle aurait su tous les cachots d’une vie, les positions assises devant les machines, les mille et un tours de main répétés, les fatigues des lombaires, la chaleur des repas, la Médée n’aurait plus de barbare que les alluvions entrebâillés de ses doigts calleux, de son sexe éponge, elle aurait abandonné sa chair, son nom toute la panoplie qui fait des femmes des offrandes nues, des poisons et des coffres. Le coffre du sperme de leurs amants et les poisons ruisselants de leur géniture, à la fois bercée et comme étouffée par le carrefour des seins où les bouches tètent de quoi oublier cette néoténie qui nous fait faibles et en devenir, à l’écoute d’un dehors dont nous ne savons rien. Nous venons de l’obscur, condamnés à tâtonner, à pleurer, crier et rire en désespérant de ne plus entendre la voix du grand enfant mort sur la Croix, poinçon d’un Univers qui ne sert plus que de musée, de bric à brac, de carnaval, pour une saturnale estampillée.

A la tombée des jours, la Médée rêverait de soleils épars, de comètes en miettes, elle rêverait du cercle de ses jupes recouvrant les ossements de ses enfants qui plantent dans cette terre de Russie comme l’impossible oubli des disgrâces. La Médée serait de ce peuple déchu, ce peuple qui se meut sur les louanges des fantômes. Il y a ceux de Djerzinski, ceux de Iagoda, ceux de Iejov, ceux de Beria, ceux des anonymes en noir à deux S, ceux des voisins, ceux dont on ne dit rien. Il y a tout un silence des voix blanches et des os qu’on foudroie d’un coup de bêches, comme ça, à l’angle d’un champ, d’une carrière, d’un marais. Il y les os des hyènes, les os des traîtres, des vipères, des ennemis, des sionistes, des trotskystes, des polonais, des allemands. Il y a les os des communistes et les pages calcinées des livres de l’Occident.

La Médée aurait les traits d’une mère qu’on enterre sans se signer, courbée et ramassée par le gel, sans les épitaphes et les pleurs de sel, sans rien qui puisse rappeler, sans qui rien qui puisse mouvoir, sans cette incandescence vaine des discours d’au revoir.

Dans ces régions d’où l’on ne revient pas, il n’y a pas de vie fils, un meneur de cochon dans un champ c’est mieux qu’un héros à la dérive, l’enfer est descendu sur terre, on y apprend la prison. L’enfer c’est la prison moins les barreaux. Tous les périples sont tramés de défaites, de tes défaites, c’est beaucoup dire. Disons des combats que tu ne manques pas de ne pas mener, c’est insoluble, ici-bas, les blocs luisent. Je te raconte leur histoire, ils étaient soldats, au temps où les guerriers étaient fils de guerriers, et les pères usurpateurs, au temps où Iphigénie se sacrifiait, au temps où les lances et les feux brûlaient les villes et les accouplaient en épopée.

Ecoute un peu, les combats de la guerre qui se mène sans nom s’habillent de cravates, s’habille de vestons, de pardons. Tu les suis, tu gobes, tu t’en fous et ton s’en foutre devient plainte, tu revois les yeux rougis de celui qui apparaît sur l’écran et tu retournes à la langue glauque. Manquant de t’étouffer, tu jappes, vomis.

Bien sûr tes enfants, parfois ta femme, te demandent, « ça va ». Si tu es tout seul c’est ton double qui dérouillera, si tu es à trois, tu gueuleras des noms déjà usés, tu jouiras tristement de ces mots pressants, comme une colère de papier et tu les escorteras d’un geste. Tu seras à moitié mort de peur, à moitié ivre de colère, ivre mort de ta salive et du tangage que font tes dents quand elles croisent l’insomnie.

Certains d’entre nous meurent dans des cales, sont enfouis à flanc de silos, sur un navire, au fond des mers, plancton inutile, graisse anémiée de la machine qui nous tient et à laquelle tu ne tiens pas tant que ça, sans bien savoir comment la casser à coup de masse. Si seulement tu tenais l’enculé, mais l’enculé n’a pas de nom, il est le trust que forment la société anonyme des ploutocrates et la fatalité de l’horizon à la mémoire défaillante, que tu appelles technique et dont la trace se perd en cimetières de ferrailles et en inventions mort-nées.

Ce monde est toujours en suspens, caduc et dépassé à mesure qu’il refait son présent et nous ne sommes qu’un pli dans cet amoncellement de strates disjointes.

Vous vous souvenez de moi, Est-ce que vous vous souvenez de moi. J’étais de la colonne Durutti, j’étais à Madrid, je suis mort dans ses bras. Il y avait tout au bout des collines des uniformes épais qui guettaient mon fusil. Il y avait dans mon sang, un orgue de barbarie. J’étais de la colonne Durutti. J’étais ce que vous appelez un anarchiste, j’étais insurgé et le diable dansait à mes cotés. Le soulèvement chavirait les jupes des femmes et maquillait les couvents d’excréments, de foutre et de sang, nous étions profanes avant d’être cadavres. On dira c’est la vengeance de Dieu but no one is innocent.

On eut dit des banderoles amères, on eut dit que les cieux charriaient du limon. J’étais de la colonne Durutti, je trinquais aux blés qu’on fauche, je trinquais au souffle qu’on arrache. Aux bras des moulins, je puisais dans le cours des rivières de quoi effacer les épaules barbares des muletiers, j’allais au village le poing brandi et les hommes, et les femmes portaient sur leurs têtes les chandails opaques du monde à venir, du monde qui n’était pas, j’étais la pelleteuse de la Faucheuse, celle qui ne donne pas de noms aux monceaux anonymes de la fosse commune où les petits-enfants voudraient nous retrouver intacts. Mais qu’y trouvent-ils ? Des vampires. Laissez donc les morts enterrer les morts comme dit l’évangéliste.

Et puis le monde s’est évanoui, j’étais au champ, inutile, brassier. Inculte, j’aboyais des mots et des gars perruqués, des gars poudrés, d’autres en sueur, d’autres balafrés, d’autres mutilés, s’asseyaient à ma table et racontaient des fables dont j’étais le héros. Enfin le héros anonyme, le common man, l’homme du peuple, de degré zéro de l’humus démocratique.

Ils disaient de moi que les générations ne se ressembleraient plus, que mes fils, mes filles ne mourraient plus en couches, que le ventre de la terre déverserait dans les estomacs affamés de quoi oublier le pain noir. Ils me disaient que les hommes étaient mes frères et je les taquinais un peu, même les nègres ? Surtout les nègres.

Nous étions d’un même moule, d’une même saignée, nous sortions d’un souffle de Dieu. J’avalais mon vin et les messieurs tombaient la veste et sifflaient, nous emplissions les cavernes de nos chants et les messieurs s’asseyaient près d’un orgue et nous dansions. Avec des dames, des catins, nos femmes.

J’oubliais les établis, les dépôts, les crédits, j’oubliais les étals pour une nuit, j’oubliais. Les saillies des soldats, le pas lourd des chevaux, l’uniforme écarlate des équarrisseurs. Les imprimeries ouvraient leurs portes et affichaient des pages que d’autres lisaient d’une voix qui avait la modulation d’un sermon de haine et d’espoir.

Vous dire pourquoi je l’écoutais, pourquoi je le sifflais et pourquoi ces mots demi-savants gourmandaient ma bouche, je ne le saurai. Ils étaient en moi à tout jamais bien que les jamais durent peu. Et de cette parole de feu, oui cette parole de feu, je fis une langue qui n’était pas mienne pour oublier ce que j’étais, je me fis un autre, avec d’autres, nous étions la nouvelle phalange invincible de l’avenir radieux.

Langue d’icelle et d’icelui langue où se mire et se fracasse la remontée des peuples des landes, familles de muets, de sourds, familles des processions, familles qui inventèrent au creuset des paroles en furie, la langue qui encore et toujours défait. Je veux parler du rasoir à hacher les blanches sentences. Et cette langue défit et nous fûmes tous morts.

Les corps à corps, la guillotine des places de l’ocre, de l’ocre jusqu’au jour funeste des guerres toujours civiles et leur langue si fleurie devint baïonnette et ils nous dirent sauvages et ils nous crièrent « au fou, au fou ils borborygment », « nous écrivons et nous parlons seňorito », cela se sait si peu que chacun parle avec la langue d’un autre. Familles de poussière, nous n’avions ni histoire, ni trajet, juste des langues à conquérir et nos noms propres qui sont un seul nom commun face au peloton d’exécution.

Au salon, à la messe, aux commémorations deuils engouâtrés toujours d’une majuscule plurielle, nous et nation, révolution, fronton des galons, poudre au nez et guêpière, les voici tous au festin, accouchant de nouveau de l’ordre sage et propriétaire. Car vainqueurs et vaincus de ces guerres là sont les propriétaires d’un monde que notre sang sert à édifier. Personne, jamais pour épargner notre sang, ils nous aimaient trop pour ne pas le vendanger, ils nous aimaient trop pour ne pas remplir le tonneau jusqu’au débordement final, jusqu’à la fatigue ultime où les armes ne servent plus à rien sinon à se faire sauter le caisson.

Elles brûlaient sous les pieds des oligarques, elles chaviraient les constitutions et les traités, il n’y avait plus qu’un immense incendie sur toute la dorsale d’un Finistère qui avait fini par admettre que les manufactures pétrissaient les corps à l’image des damiers. L’ordre comme cet échiquier où se signer, baiser et flatter toute cette merde remâchée qui revenait d’après la pluie et se vautrait sur les récoltes.

« A nous, à nous », répétaient les ânes découronnés et leurs suites qui tendaient la sibylle, sereins, toujours voltairiens. Les édentés et les crasseux, les ligotés à leurs chaumières, ceux qu’on entasse sous les poutres des usines à feu ont pris des pierres, des escopettes et des barres de fer, ils ont poussé la porte des offices et des experts en alphabets puisaient dans leurs bibliothèques des phrases sans taches, « revenez, revenez demain, on vous écrasera ».

Plus que les chiens, ce sont les icônes qu’on transporte dans les fourrières, on les glisse dans des mangeoires et les cynocéphales les bouffent, ça leur apprend à mastiquer, croquer et recracher les leçons apprises et trafiquées. C’est un fragment que je t’envoie, le parchemin d’un chemin tamisé sur les tables de dissection.

Points, rimes riches, rimes pauvres, j’écris ses lignes la bouche aphteuse, j’écris de retour d’amnésie, j’écris après le siècle et les sacrements, j’écris et j’embrase les routes prises. Je ne me souviens de rien. Des plaines grasses, des champs flétris, des sentences industrielles, un siècle de cadences industrielles. J’étais, je suis, je serai sur les tréteaux lorsque vous demanderez aux mots de plaider votre cause et de senser vos désordres, lorsque vous tirerez le cordeau, lorsque vous défenestrerez les frontières, lorsque vous enfoncerez vos doigts sur les traces des parchemins.

Relis, relis, il en reste des cendres, le roulement du fleuve enroule les nefs, le roulement des fifres emporte la semence, relis, les armées se tiennent prêtes, je me tiens à la lèvre des villes, je me tiens au point de confession, je me tiens à la gorge, je me tiens. La vieille momie s’est tarie à la source. La vieille momie a découvert son tombeau et je pisse sur la ligne de l’axiome des profits, et sur l’enclume de Lénine, sur le crachoir de Bakounine et sur la clinique savante de Rockefeller. Je conchie codes et sautoirs, je m’enferme, claquemure le bec, me médaille, me syndique, je chasse les couleurs de masse et les marbres gris, les pierres tombales et les églises, j’évacue. Je chuinte de la tête et du buste, j’hormone le temps de sentiers à prendre même si ceux-ci ne mènent nulle part.

Je tâte et j’égrène le chapelet, les chaumières tranquilles, je me couche sur les blessures et je serpente parmi les ravins et les cirques blancs, les glaciers morfondus, les natures mortes. Le ciel, tout le ciel se fend et m’apporte les pluies des Afriques. J’ai le communiqué dans la peau et les muscles, j’ai le communiqué otage et les rapports trop longs. Je suis des terres basses et des lieux-dits, je tends la main aux scrofules et aux manies, je leur tends le cou, mes ongles, le raclement des bêches sur le calcaire, le claquement du basalte sur les ruines, le cri immense du magma orbital qui roule et chavire.

Tu entends l’orbe folle des pales de l’hélicon, elle se fracture, s’anémie, j’entends le souffle étouffé des guitares, le tam-tam des bourrées, le grésillement des radios, une école fluctuante de la voix et du style, perdue, azotée. J’entends étouffer les rails, tinter les gares, se correspondre les vitesses obtuses. J’ai fini de voir, je tends l’oreille, la pompe à bruit perfore les axes planétaires, les méridiens de Greenwich, les enjambements d’autoroutes, la passation du jour.

Sur la plaine froide, j’ai enseveli ma bâtardise, j’ai couché avec l’engrais, il me poussait des rameaux, des jardins et je disparaissais. Car tout est oubli. Maintenant, il me pousse des yeux, des lambeaux de mannequins de cire, il m’en pousse tant que je perds le goût des reconnaissances en paternité. Tous les utérus nous nomment cocus, les organiques et les autres. Il m’en pousse tant des cornes que les chiens n’aboient plus. Ils veulent tout, tout, l’infinité tranquille des calculatrices, l’infinité dissolue des ensembles. ils veulent le monde mort.

Je les renvoie à leurs bouches, je renvoie leurs mots au ventre, à la naissance, je renvoie l’équilibre aux ânes de Buridan, même quand ils se disent des hommes, le point zéro à ses origines, je renvoie le commencement, je renvoie les suites. Je tiens encore sur mes jambes seules, je suis au périmètre de la meute. Je suis l’égout du monde, son rat fatigué.

Nous ne prétendons pas que les conditions soient réunies pour une insurrection, nous, ce qui n’a plus nom de prolétaire et qui l’est au sens propre. Prolétaire, celui qui a ses mains et son jus de cerveau à disposition. Nous donc, nous interdisons de la désirer dans sa dernière culotte, dans son ultime tour de main, celui de ses rites rouillés, de cette masse documentaire, ces débris d’icônes qui pullulent à la crinière des bouches à feu de la démocratie nouvelle.

Déminons le mot, les formes, le cache-sexe de l’oligarchie ventarde et bouffonne, nous ne savons pas le pouvoir du peuple, nous ne sommes pas de ses prophètes, ni même de ses bouffons, nous dérivons voilà tout. Ici, ailleurs ou autre part, dans l’interstice d’un temps qui coule entre les mains en autant d’oraisons funestes. Regardez donc les défroques des prêtres à cravates, leurs baves à chiffres et manières qu’ils ont tous de se mettre, comme s’il n’y avait que ça, devenir maître des céans, devenir cette armée d’enculés scrutant une forêt de trous de balles.

Leurs yeux rougis, leurs flétrissures, regardez bienheureux, publicains des deniers qu’on dit publics, fermiers à bail, il y en avait tant déjà sous Rome, sous l’Ancien Régime, un pour le sel, un pour la dîme, un pour la taille. Et aujourd’hui ? Les mots d’ordre prolifèrent, envahissent et défenestrent la raison à tel point que des hommes à demi-concupiscents, le lorgnon sur leurs dicos, glissent les deux genoux à terre et  prient sur l’autel des marchés financiers. Les pages je ne sais plus combien du Wall Street Journal et de l’Economist, ils y torchent leurs neurones à la recherche du filon qui les fera rich and famous.

Vous réclamez là où les tenseurs sont à plat le démembrement des organes, une collection de tissus qui ne se prendra plus à la sortie pour une collecte annuelle d’état-civil. C’est dire à quel point on aime la chair chez vous, la vraie chair, le frisson et même l’ironie, délocalisez dîtes-vous, flexibilisez, amaigrissez, dégraissez, réduisez. Vous n’avez plus de noms, plus de patries, plus de gavages, vous êtes dégagés des catégories, vous vous suffisez du terme de rentiers parce qu’après tout la guerre de classe, vous l’avez gagnée.

Vos regards s’enveloppent d’hypothèses, puis de dépit, puis de dégoût, encore un marxiste. Queneuneu.

Vous méritez vos places, votre fortune, votre jouissance, votre gloriole, votre pet de l’âme, vous le méritez en bloc. Vous redécouvrez les charmes de la peur, puisque cette peur, c’est vous qui l’énoncez ou les porte-voix, les bustes parlants et les lèvres aboyeuses des torchons et des lucarnes à votre solde. Vos mercenaires ont bien appris à glapir et à se coucher. Tous ressemblent à BHL, ils sont usinés.

On exécute au fusil, à la chaise, à la pendaison. En bordure, l’Empire exécute à froid pour une simple question d’opportunité, de crédibilité, dîtes-vous. L’Empire nombre et dénombre le trop plein et les à cotés. On mobilise, on parque, on incise, on renvoie, on défait et refait le corps toujours en fuite et jamais parfait de l’Humanité faîte monde. L’Etat introduit garant, se proclame imperfectible et débile, tenant dans chaque province sur des béquilles et des intérêts, des orpailleurs, des agioteurs, des petits princes aux narines pleines.

Dans chaque province, l’Etat intègre la biologie et invente les fraternités du génome. Tous égaux devant l’ADN qui signe l’humain et le démarque du chimpanzé, 1% de démarcation c’est dire si la limite est fragile. Ils regardent inoffensifs ou choyés, épaves discrètes d’une guerre à mener.

Le feu et les fantômes s’accumulent. Je les sais qui montent désarticulant chaque membrane, défaisant l’armature des corps qui plissent, se lissent, s’électrisent à mesure de leurs vagabondages incessants. Il fallait bien inventer la dimension vide de l’attente, bien inventer l’éviscèrement planifié des entrailles afin d’exposer le tout à la dissipation des raies de lumière. Tous les corps sans sépultures comme produits à la chaine des napalms, des gaz ypérites, de la roche, des mines et comme si le fouet et la poudre n’en pouvaient plus.

Expériences sur expériences nées de la boucherie et de la veulerie des petits oligarques pleins de cette morgue d’alphabétifiants qui les fait et les produits comme à la chaîne de la bêtise. Ils étripent désormais quelques vers dans la bouche, ils étripent, impasse crénelée, lugubre dentelle les visages matelassés, sur les stèles, champs de croix, de lunes et croissants, la terre labourée ou déserte les soulève et les emporte, elle a tout bu, elle boira tout.

Il fallait bien qu’au séjour moléculaire succède la sphère attentive d’un pourrissement ordonné et savant. Cela vibre, vitres et vêpres et ce ne sont que des écrans noirs qui avalent le temps. Il fallait bien inventer le territoire de la disparition, ce vide engorgé de matières, ce vide zébré de particules, des points, des interlignes et des renvois.

Il fallait bien que les ollophages dévorent et qu’enfin  puissent se multiplier les cambrures angulaires des photons et nous fûmes rétines cannibales. Chaussés d’un rien de fumée, nous vidions l’astre déjà tourbillonnant. Ivres, ivres d’une santé à taillader dans le vif et rougir juste après comme des pucelles saignant pour la première fois, nous sommes d’éternels baptisés, tous chus du commun désastre obscur de la fugue, chus de la plume des prophètes mal armés.

Publié par : Memento Mouloud | février 9, 2012

La vraie-fausse expulsion de l’imam Mohamed Hammami

« Le cheikh ? Il est malade et il est fatigué de tous ces mots. ». Le responsable de la mosquée réajuste sa grosse écharpe. Debout contre un mur, il accueille les rares fidèles venus prier ce mardi après-midi. Il dit que le cheikh Mohamed Hammami, accusé de dérives et menacé d’expulsion, est parti se faire soigner en Tunisie – l’avocat de ce dernier indique qu’il est en réalité hospitalisé en France. Le responsable n’est pas très causant et s’en excuse : « Tout ce qu’on dit est retourné contre nous ! Les journalistes, ils écrivent des choses qui créent des problèmes. »

Le ministre de l’Intérieur aurait décidé d’expulser Hammami, l’imam septuagénaire de cette mosquée qu’il a fondée en 1979 rue Jean-Pierre Timbaud, dans le XIe arrondissement de Paris. Claude Guéant lui reproche des prêches antisémites ou encourageant à « fouetter à mort » les femmes adultères. Salah Djemaï, l’avocat de M.Hammami, conteste ces accusations : « Qu’on nous montre les preuves ! M.Hammami conteste radicalement les propos qui lui sont prêtées. Il est d’ailleurs hospitalisé depuis dimanche suite au choc que lui a causé cette procédure. Le climat ambiant actuel est à la chasse aux sorcières, il faut galvaniser les troupes, agiter ça comme un épouvantail pour que les gens aient peur, pour que les gens votent pour une catégorie plutôt que pour une autre. »

Le responsable de la mosquée évoque un malentendu : « Le cheikh a parlé des relations entre les époux : quand le mari dit non, la femme doit dire non. Quand le mari dit oui, la femme doit dire oui. Bien sûr, si la femme n’est pas d’accord, elle peut discuter mais le mari a finalement raison. » Excédé, il ajoute qu’il ne comprend pas : « Nous, on n’embête personne. On ne boit pas, on ne mange pas de “halouf” [porc, ndlr], on ne sort pas dans la rue le soir. Après 19h30, on s’enferme dans nos maisons. » Dire que personne n’est « embêté » rue Jean-Pierre Timbaud serait exagéré : il est arrivé par exemple que des femmes fumant dans la rue pendant le ramadan se fassent cracher dessus. Mais il poursuit : « Qu’on nous laisse vivre, on n’est pas des terroristes quand même. On ne s’occupe pas de politique et on ne parle pas de ce qui ne nous regarde pas. »

Cette dernière phrase, en apparence banale, contient toute l’idéologie des fidèles de cette mosquée. Si rien ne la distingue des autres lieux de prières musulmans de France, la mosquée Omar reste l’un des hauts lieux du Tabligh en France. Ce mouvement piétiste repose sur le « khourouj » (la sortie) ; ses membres doivent propager l’islam, « prêcher et sortir dans la voie d’Allah », indique « Tabligh, étape IV » (éd. Le Figuier), l’un des livres de référence du mouvement. C’est dans ce même ouvrage que l’on retrouve au mot près la phrase du responsable de la mosquée : « Il est des qualités du bon musulman de laisser ce qui le regarde pas […]  On ne se mêle pas de politique. »

Cela signifie que les membres de ce mouvement ne se placent pas dans la voie du djihad, contrairement aux salafistes. Leur objectif est la propagation d’un islam puritain, d’un islam prétendument originaire. Malgré sa perte de vitesse – elle est désormais concurrencée par une mosquée populaire de Saint-Denis –, la mosquée Omar attire toujours ces fidèles à la barbe longue, vêtus de « qamis » – une robe longue blanche ou grise, parfois noire, d’inspiration pakistanaise –, d’un petit bonnet et de grosses baskets. Les fidèles n’ont aucun souvenir du prêche appelant à la lapidation des femmes mais l’un d’entre eux, un jeune homme d’une vingtaine d’années – la plupart sont jeunes –, avance une explication : « On pratique un islam pur, c’est-à-dire un islam littéral. On étudie le Coran, on le lit, on discute de religion. Je ne me souviens pas d’avoir entendu la lecture de ce passage mais peut-être que l’imam a lu ce jour-là un passage sur la “zinâ” [fornication, ndlr]. L’islam condamne la “zinâ” mais ça ne veut pas dire qu’il faut lapider les femmes. »

En d’autres termes, le jeune homme explique qu’il s’agissait peut-être seulement d’un point de vue théologique et non d’une exhortation à lapider les femmes adultères. Il fait observer que l’égalité est respectée face à ce châtiment corporel (théorique donc) : « Les hommes adultères sont aussi lapidés. »Dans l’une des nombreuses librairies musulmanes de cette rue, on me recommande « Le Mariage et les fondements de la vie conjugale », de Muhammad Ahmad Kan’ân (éd. Ennour), un usuel populaire dans le quartier. Sur les adultérins, il est écrit : « Le coït illicite ou la fornication (“zinâ”) : c’est un des péchés majeurs que dénoncent nombre de versets coraniques et de hadiths prophétiques. Dieu a établi un châtiment dissuasif pour les fornicateurs et les adultérins : les célibataires reçoivent cent coups de fouet [sourate 24, verset 2, ndlr]. Les mariés sont lapidés jusqu’à ce mort s’ensuive. »

Les femmes, seules ou en couple, sont nombreuses dans la librairie. Toutes portent le voile. Certaines sont habillées à l’occidentale, d’autres semblent avoir « bricolé » des burqas qui ne tombent pas sous le coup de la loi : grande robe noire, gants, bottes, voile légèrement remonté sous des lunettes de soleil mouche. On n’y voit rien mais ce n’est pas une burqa. Une jeune femme voilée interrogée sur ses lectures me réplique qu’« un degré » nous sépare des hommes. Dans « Le Mariage et les fondements de la vie conjugale » : « Aucun être sagace ne peut ignorer que, de façon générale, les hommes sont supérieurs aux femmes. Le verset coranique “les hommes leur sont d’un degré supérieur”, sourate 2, verset 228, signifie que le droit de l’homme sur sa femme est plus grand que celui de l’épouse sur son mari. »

Il s’agit très exactement de ce que m’expliquait de façon (volontairement ? ) confuse le responsable de la mosquée.

 

Des propos qui ne choquent personne sur les 300 m de la rue Jean-Pierre Timbaud qu’occupe de façon volontairement très visible cette communauté de musulmans bigots, plus ou moins liés au Tabligh : une mosquée fréquentée par des rigoristes, des librairies musulmanes, des boutiques de voiles, quelques boucheries halal. Autour de ces établissements, des cafés, des bistrots, des restaurants, des pharmacies et la Maison des métallos.

Pourquoi le ministre de l’Intérieur s’intéresse-t-il maintenant à cet imam, officiant depuis plus de quarante ans en France ? Les proches de la mosquée avancent deux pistes : Ce mouvement, en essor, a conduit à réislamiser les Français d’origine musulmane depuis le début des années 90. Dans son enquête sur « La France des mosquées » (éd. Albin Michel, 2003), le journaliste du Monde, Xavier Ternisien, tient le rôle du Tabligh pour « le plus important dans la propagation de l’islam en France ». S’il rappelle que certains de ses membres, notamment Fouad Ali Saleh qui fréquentait la mosquée de la rue Jean-Pierre Timbaud, se sont engagés dans l’action violente, beaucoup de jeunes, notamment ceux des quartiers « chauds », peuvent trouver, dans le Tabligh, une sorte de nouvel équilibre.

C’est le cas du chanteur Abd al Malik qui raconte son expérience dans son autobiographie « Qu’Allah bénisse la France ! » – depuis, il en est revenu ; le mouvement était trop rigoriste et appauvrissant intellectuellement. La décision quant à l’expulsion ou non de l’Imam n’a pas été rendue ce mardi. Elle a été reportée au 15 mai, après la présidentielle. Le responsable de la mosquée est confiant : « L’avocat m’a appelé, il m’a dit qu’il n’y avait pas de problème. L’imam ne va aller nulle part. »

Rue 89

Publié par : Memento Mouloud | février 9, 2012

Jean-Philippe Gaillard : escroc mais pas trop

Escroc, aventurier, mythomane pathétique à l’instar d’Hervé Morin ou Nicolas Sarkozy ? Les experts ne manqueront pas de se pencher sur le cas de Jean-Philippe Gaillard, 44 ans et membre de la génération sacrifiée aux appétits insatiables de la génération lyrique, celle des vainqueurs de 68. L’homme a fait parler de lui dans la région – il a été condamné à Agen, Périgueux et Bordeaux - se créant de nouvelles vies chaque fois que l’une des anciennes semble le rattraper, comme Sarkozy s’invente de nouveaux thèmes quand il a épuisé toius les détours de la démagogie et de l’incurie. Il avait finalement réussi, falsifiant ses références, à se faire recruter comme directeur de l’aéroport international de Limoges. Comme le vrai-faux avocat Sarkozy avait réussi à devenir président en 2007. Un poste dont il vient de se faire licencier après avoir été reconnu sur photo sur le site internet de l’aéroport, apprend-on dans les colonnes du Populaire du Centre. Alors que Sarkozy a ses chances et ne rase pas les murs, qu’il est le grand invité du CRIF où on est venu lui rappeler de tenir le cap de l’austérité pour les autres, Gaillard est en fuite et sans le sou.

Comme Eric Woerth, délocalisé à Bordeaux, Jean-Philippe Gaillard fut l’objet d’une enquête diligentée par “les milieux officiels”. Il avait présenté un casier judiciaire vierge lors de son recrutement, comme tout parlementaire qui se respecte. Or les tribunaux de Pontoise (Val-d’Oise), d’Agen (Lot-et-Garonne), de Périgueux (Dordogne) ou de Bordeaux (Gironde) l’avaient condamné à des peines de prison ferme pour toute une série de délits : dégradations de biens par incendie, faux et usage de faux, escroquerie, abus de confiance, vols. A la différence de la plupart des politiques qui ne connaissent que rarement la prison, il aurait, depuis 1994, date de sa première condamnation, passé au total deux années cumulées derrière les barreaux.

Jean-Philippe Gaillard s’était présenté en défendant avec aplomb un passé de baroudeur relativement imposant, la rosette de la Légion d’Honneur au revers du veston. Ce qui relève du simple bon sens quand de Johnny à Enrico Macias tout un chacun peut l’arborer. ”Personne n’a eu l’esquisse d’un début de soupçon. Il a totalement fait illusion”, a reconnu Jean-Pierre Limousin, le directeur de la chambre de commerce et d’industrie (CCI) de Limoges et de la Haute Vienne, gestionnaire de l’aéroport, estimant avoir été victime d’une vraie mystification comme on en voit dans les romans ou au cinéma”, plutôt que de reconnaître la nullité des procédures d’embauche ou la totale déconnexion entre les diplômes réclamés et la compétence déployée sur un poste. Limousin recrute comme tout le monde, en potentat, en vertu du népotisme républicain qui règne en maître des couloirs du Sénat à ceux de la BNP. On comprend qu’il invoque le cinéma, l’illusion, Gérard Majax et Houdini. Dans un entretien accordé au quotidien local, Jean-Philippe Gaillard avait évoqué son supposé passé militaire en disant avoir participé aux deux guerres du Golfe, à des actions en ex-Yougoslavie ou au Liban. Bien entendu, aucun journaliste n’avait vérifié. Les autorités ont toujours raison. Le journalisme est annexé aux relations publiques, c’est normal, c’est la vie. Il avait présenté un faux diplôme d’ingénieur de la navigation aérienne pour conforter son curriculum vitae falsifié.

Entre 1994 et 1995, Jean-Philippe Gaillard s’était fait passer pour un policier, mais aussi pour un pilote de ligne, tant pour impressionner le chaland que pour séduire une jeune Livradaise dont il était amoureux. Jeune femme auprès de laquelle il s’était fait passer pour mort en mission juste avant la noce. L’escroc n’était pas toujours très loin du mythomane. Il avait falsifié des documents pour faire croire à son employeur villeneuvois qu’il avait vendu des machines agricoles. Puis fait fabriquer de fausses machines avant de tenter de voler les fichiers clients de l’entreprise une fois licencié. C’est exactement ce que le mythomane Gérard de Sède avait fait. Créer les documents attestant de la naissance du Prieuré de Sion et les déposer à la BN. Bilan, le Da Vinci Code fut un best-seller et il doit bien y avoir des milliers d’abrutis pour croire à son action implacable depuis la disparition du Christ. Il avait été condamné en 1997 par la cour d’appel d’Agen à 18 mois d’emprisonnement dont 14 fermes, avec obligation d’indemniser les victimes. Il avait cependant pris deux mois supplémentaires pour avoir soulagé la caisse d’allocations familiales de 52 388 francs au passage. Car soulager la Caisse d‘allocations familiales, ça va trop loin. Je ne sais si le polygame musulman de Nantes dont la femme conduisait sous burqa a été condamné, à ce jour, à verser le trop perçu d’allocations qui lui ont permis de vivre sur un pied altier. Il serait intéressant de comparer le traitement de ces deux hommes par la CAF.

Il n’aura finalement rien coûté – ou presque – à la CCI de Limoges et de la Haute-Vienne. Jean-Philippe Gaillard était encore en période d’essai. Il a été licencié sans préavis ni indemnités. Le vrai-faux directeur aurait, selon une source connaissant particulièrement bien le fonctionnement de l’aéroport, citée par le Populaire du Centre « exercé un boulot formidable. Il a même été d’une compétence qui laisse pantois. ». Pour l’instant, aucune plainte n’a été déposée par la CCI.

Sud-Ouest/ Le Parisien/BAM

Entre 1885 et 1940, la France investit 790 milliards de francs 1956 dans ses colonies, pour la moitié au Maghreb puis 1400 entre 1946 et 1956.  Mais pour la seule année 1952, les dépenses totales dans les colonies engloutissaient 20 % du budget national. Si on prend comme point de repère 1962, ce sont 22 % des investissements publics qui prirent le chemin des colonies depuis 1900.

En 1958, le 1/5 des importations métropolitaines en provenance des colonies était constituée par les vins algériens achetés 35 francs le litre alors que les cours des marchés mondiaux, à qualité équivalente, se situaient entre 19 et 20 francs. On retrouvait la même surfacturation pour le cacao de Côte d’Ivoire, le sucre antillais ou les arachides du Sénégal. De plus à l’abri des contingentements et des préférences tarifaires tout un pan de l’économie métropolitaine survivait faute de se moderniser et d’affronter la concurrence des autres pays développés. En 1956, le haut-fonctionnaire mendésiste François Bloch-Lainé écrivait que le pacte colonial s’était renversé en faveur des pays d’outre-mer dont le développement était pris en charge par les contribuables français puisque les capitaux privés n’investissaient que marginalement dans cet espace protégé.

En 1959, l’Algérie, 3 départements, comptait pour 20 % du budget national. Les dépenses publiques atteignant un total de 40 %. Par le jeu des allocations familiales et celui des créations hospitalières, la France creusait sa tombe démographique avec une constance assez proche de l’idiotie, favorisant les naissances musulmanes, au moment où l’insurrection de Sétif annonçait les orages nationalistes. On comptait alors 250 mille naissances par an dans les trois départements français ce qui avait pour effet de réduire la part de la population européenne et d’accentuer la misère et la formation de bidonvilles autour des grandes métropoles côtières. Outre les céréales que l’Algérie devait importer dès 1935, le volume d’importation des pommes de terre tripla entre 1930 et 1959, celui de la viande quintupla, celui des laitages sextupla, même l’huile était déficitaire.

En 1952, le Parlement vota 200 milliards d’impôts nouveaux à destination de l’Algérie. Et le Plan de Constantine, voté en octobre 1958, ne fit qu’accélérer le flux d’argent public à destination de départements que de Gaulle allait mettre sur les rails de l’autodétermination en septembre 1959. Même le pétrole ou le gaz, dont les gisements furent réellement mis en exploitation en 1961, relevaient de l’économie protégée puisque son coût de production était supérieur de 10 % au cours mondial. Dans le même temps, l’Algérie n’avait plus qu’un partenaire économique, la France métropolitaine. La productivité était faible, les dépenses en personnel toujours supérieures à celles de la métropole. L’Algérie n’était pas un joyau mais un gouffre économique que l’Etat français privait de tout rapport avec la réalité.

L’intégration-assimilation comme l’indépendance étaient des chimères mais ce sont ces chimères qui conduisirent à la guerre. Cette entreprise à hommes et à fonds perdus comme le déclara de Gaulle avait coûté à la France un prix exorbitant, une contre-insurrection sans lendemain, une victoire militaire avec l’humiliation concomitante de ses desservants, une quasi-guerre civile. La France disait adieu à l’Empire mais dans le désordre le plus complet et un certain cynisme consumériste quand les anglais avaient quitté l’Inde en envoyant Lord Mountbatten tirer un trait sur un passé révolu. Les anglais laissaient le parti du Congrès prendre la relève de l’Indian Office quand la France donnait les clés du pouvoir à des terroristes patentés et des militaires qui n’avaient livré aucune bataille, claquemurés derrière la frontière tunisienne. Un peu comme si Roosevelt avait consenti qu’Al Capone dirige enfin la mairie de Chicago.

Les algériens allaient continuer à vivre sur la bête : les 70 mille kilomètres de route, les 4300 kilomètres de voies ferrées, les quatre ports internationaux, les 12 aérodromes, les centaines d’ouvrages d’art, les milliers de bâtiments administratifs, la trentaine de centrales électriques, des milliers d’écoles, d’entreprises et la centaine d’hôpitaux présents et quadrillant tout le territoire. Quant à la main d’œuvre algérienne présente en France métropolitaine, malgré le mirage kabyle, celle-ci se révéla à la fois instable et sans qualification. En 1957, sur 300 mille algériens vivant en métropole 1/3 était au chômage.

Encore une fois, les français métropolitains allaient payer la note de l’exode des pieds-noirs comme ils avaient payé celle de la vie sous perfusion de l’Algérie coloniale. Ce qu’ils ne savaient pas, c’est qu’ils allaient continuer à jouer les paniers percés avec bonhommie. De Gaulle aurait dit, en 1960, « c’est très bien qu’il y ait des français jaunes, des français noirs, des français bruns. Ils montrent que la France est ouverte à toutes les races et qu’elle a vocation universelle. Mais à condition qu’ils restent une petite minorité. Sinon, ce ne serait plus la France. La France c’est un peuple européen de race blanche, de culture grecque et latine et de religion chrétienne ». De Gaulle témoignait encore pour l’existence d’un ordre politique démocratique et fondé sur les nations, donc d’un ordre où les peuples se définissent par les limites qu’ils tracent autour de leur existence (frontières, moeurs ou condition d’obtention de la nationalité). Quand Mitterrand déclara les immigrés sont ici chez eux. Il indiquait que cet ordre était, à ses yeux, caduc. Il n’y avait plus d’eux et de nous, ni même de frontière claire, le nom de français ne voulait plus dire grand-chose si un étranger était déjà  comme un français sans-papier qui attendait sa consécration administrative.

Seulement, Mitterrand n’avait pas compris une chose, c’est que si le nom de français peut être relativisé, celui de juif, de noir ou de musulman ne l’est pas dans l’opinion publique si bien qu’on  a commencé à mettre des compléments de nom ou d’autres substantifs à la place de français : il sera de souche, il sera chrétien, européen, blanc, etc., tout un ensemble de vocables infra-politiques qui vont finir par se politiser et redéfinir un profil français très souvent laïc, en ce sens qui n’exclut pas la tradition judéo-chrétienne et l’héritage euro-atlantique mais qu’il ne reconnaît pas comme siennes la vieille France ou son ersatz pétainiste, la religion civile de la Shoah telle qu’elle est professée par ses grands prêtres, la repentance pour la traite ou la colonisation et encore moins l’idée que l’Islam est ici chez lui.

On peut accuser ce néo-français, du temps de la mondialisation libérale, d’être un extrémiste de droite mais c’est toujours mieux que de n’être qu’un ectoplasme balloté par les croyances d’Etat du moment.

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