Publié par : Memento Mouloud | septembre 19, 2014

Made in France (1)

Quand bien même Hollande tomberait à moins de 5 % d’opinions favorables et qu’on le surnomme Flamby président jusque dans les couloirs de crèche, la puissance qu’il déploie au Mali, en Centrafrique, en Irak, en font un maître pour le reste du monde et un punching ball pour les seuls français, populace infâme qui s’imagine importante parce qu’elle râle et s’indigne.

Même de Gaulle s’est rangé aux us et coutumes du parlementarisme mais c’était un simple compromis, quand la vérité est advenue, le 18 juin 1940, en juin 1943, le 13 mai 1958, en avril 1961, en mai 1968 ou lors de l’ultime referendum, il n’a organisé aucun scrutin, il a choisi. C’était sans doute un malheur pour les pétainistes, les giraudistes, les pieds-noirs, les révolutionnaires parisiens et les votants agrégés et moutonniers mais le pouvoir ne se partage pas et ne garantit rien à ceux qui en sont écartés, illettrés ou non.

Je ne traiterai pas de la meilleure manière de départager gauche et droite, si même il existe une gauche et une droite, je laisse cela à d’autres, les poncifs ne m’intéressent pas. Comment autant de français choisissent comme un seul homme les dirigeants les plus minables et les plus corrompus avec constance ? Et surtout, finissent par leur obéir comme s’ils avaient affaire aux plus fins légistes, aux esprits les plus distingués ou à une dictature sanglante. D’où vient cette obéissance servile de domestique en livrée ?

Les français ont échangé depuis longtemps l’horizon de leur balcon ou de leur jardin pavillonnaire avec crédit, épargne et gadgets à la clé contre une propension à laisser à d’autres les affaires sérieuses qui ont toute affaire à la liberté. Seulement toute liberté est une somme de solitudes peuplées et d’amitiés en devenir, brisées ou évanescentes, une tradition qui s’actualise en discours, le reste est la rançon disciplinaire de l’abrutissement et des ergastules où s’agite le peuple des trente-cinq heures et des hommes sans forfait qui ont juré de s’épanouir dans leur profession. Un peu comme un bœuf sous le joug qui proclamerait que le champ est l’espace qu’il a choisi pour monter en puissance sous la férule de son maître. Que le maître s’appelle Ducon, Medef ou le cheffaillon d’Administration, cela n’a aucune importance, le maître est une race en voie d’expansion, une race d’homoncules.

A voir les français, on les dirait comme pris d’enchantement permanent, jouissant d’obéir aux règles d’un jeu à la fois sot, cruel et sans issue. Après un siècle et demi de démocratie, il faut se rendre à l’évidence, les hommes éclairés sont une minorité et le resteront, la multitude se perd dans sa faiblesse et son ignorance et réclame une force, n’importe quelle force, une indistincte tyrannie.

Vichy était peut-être venu après la défaite de mai-juin 1940, mais en 2014, il n’y a aucune asthénie militaire mais la veulerie est la même et l’antisémitisme revient. Ce n’est pas la France éternelle, c’est juste le pénultième signal d’un cerveau reptilien de masse. En 1940, de Gaulle avait bien compris que la France ne pouvait pas toujours gagner, en 2014, il faut se rendre à l’évidence, l’idiotie a ses médaillés et la liste des lauréats est infinie, elle porte la mention Made in France.

Publié par : Memento Mouloud | septembre 19, 2014

Il revient

La Conquête

Il revient ! Les autos, sur le chemin des villes,
Se parlent, rapprochant leur plastique ébloui.
Tu l’entends, chômeur? Il revient. Quoi? Comment? Il
Revient! Je te le dis, caissière. Il revient. Oui,
Il revient. L’ingénieur arrête les turbines :
Camarade, tu dis qu’Il revient, tu dis bien?
Et l’employé d’EDF interroge: Nicolas
Reviendrait? Mais comprends, on te dit qu’Il revient,
Nicolas. Je comprends, ce n’est donc pas un rêve?
Les salons de bridge sont pleins de rumeurs: vous disiez,
Il revient… Ces mots-là sont une lampe que lèvent
Les grabataires aujourd’hui comme au jour de la toilette.
Il revient… Ces mots-là sont la chanson qu’emporte
Le journaleux, la chanson du manut’, de l’allocataire.
C’est l’espoir de la paix et c’est la France forte,
Libre et heureuse. Trader, lance tes options.
O femmes, relevez vos jupes et mêlez à vos tresses
Ces deux mots-là comme des fleurs jamais fanées.
Il revient. Je redis ces deux mots-là sans cesse.

Publié par : Memento Mouloud | septembre 14, 2014

Pièces détachées

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Pièces détachées

Publié par : Memento Mouloud | septembre 13, 2014

Sous le signe du scorpion : l’Islam, la France et l’Occident

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Sous le signe du scorpion

Publié par : Memento Mouloud | septembre 13, 2014

Le socialisme du (ir)responsable, jamais coupable : le cas Martine (Aubry)

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Selon plusieurs documents, l’enquête portant sur les conditions d’attribution du marché du Grand Stade de Lille en faveur du groupe de BTP Eiffage apparaît aujourd’hui comme une possible épée de Damoclès judiciaire pour l’ancienne ministre socialiste et actuelle maire de Lille, Martine Aubry.

Les policiers de la PJ lilloise, qui enquêtent depuis deux ans sur l’établissement d’un faux document administratif ayant permis à Eiffage de décrocher le marché du Grand Stade, ont mis la main sur une lettre embarrassante pour Martine Aubry. Datée du 22 juillet 2008 et signée de sa main en tant que présidente de Lille Métropole Communauté urbaine (LMCU), cette lettre montre que l’édile socialiste a transmis, en connaissance de cause, le document frauduleux au cœur de toute la procédure judiciaire : un rapport d’analyse des offres finales pour la construction du Grand Stade, un juteux partenariat public-privé évalué à 440 millions d’euros.

Ce rapport, daté du 1er février 2008, attribue la meilleure note au projet du groupe Eiffage pour l’obtention du contrat. Seulement voilà, il est aujourd’hui considéré comme un faux grossier par la justice. En effet, le 23 janvier 2008, après un an d’études, le vrai rapport final des services techniques de Lille Métropole avait donné sa préférence au projet de stade présenté par le groupe Bouygues, beaucoup moins onéreux pour les finances locales. Un tour de passe-passe qui coûtera 100 millions de plus à la Métropole lilloise.

Contacté, le cabinet de Martine Aubry se défend : « Martine Aubry n’a fait que transmettre aux élus une copie du document envoyé par Michèle Démessine à la préfecture. À aucun moment, elle n’a eu connaissance de l’existence d’un faux jusqu’à la révélation de cette affaire. » L’entourage de la maire de Lille précise : « Ce document a été signé automatiquement par la machine ! » Quant à la connaissance par Martine Aubry du caractère frauduleux du document, son attaché de presse explique que l’intéressée « ne vérifie pas toutes les dates des documents qui lui sont soumis et qui ont été visés par l’administration ».

En décembre 2013, un rapport de synthèse rédigé par un commissaire de la brigade financière de Lille citait déjà nommément Martine Aubry, parmi cinq personnes, comme ayant pris part à l’usage de faux sur lequel la justice enquête.  « Les élus ayant transmis ce document, et ayant participé à la délibération du 1er février 2008, ne pouvaient ignorer que ce document n’avait pas été rédigé à la date indiquée, car non communiqué lors de ladite séance à laquelle ils avaient participé. »

Mis en examen en mai dernier, l’ancien chef du projet Grand Stade, Vincent Thomas, et l’ancien directeur-adjoint des grands équipements de Lille Métropole, Stéphane Coudert, ont tous deux reconnu que « les élus savaient qu’ils n’avaient pas le document à la date du 1er février », comme le montrent leurs PV d’audition. Des informations confirmées par l’ancienne vice-présidente communiste de l’agglomération, Michèle Démessine, placée sous le statut de témoin assisté, lors de son audition devant la juge :« Tout le monde savait que ce rapport a été établi après (le bureau du conseil communautaire) puisqu’il n’existait pas le 1er février. »

Reste à savoir comment les conseillers de Lille Métropole ont pu aussi massivement voter pour le projet Eiffage, pourtant écarté par les services de la collectivité. Des soupçons de pots-de-vin se font d’ores et déjà jour – une lettre de dénonciation, signée, a même été envoyée en ce sens à la justice. Les enquêteurs ne sont cependant pas saisis de ces faits.

Et voilà que contre toute attente, la juge d’instruction en charge des investigations, Fabienne Atzori, qui vient d’être mutée à la cour d’appel de Lyon, a décidé de classer son enquête le 11 août dernier, invoquant des faits de prescription qui surprennent la plupart des acteurs du dossier. Dans son ordonnance, la magistrate a ainsi estimé que le faux, dont elle reconnaît elle-même l’existence, a été réalisé dans un cadre « privé » – ce qui réduit les délais de prescription – alors que les investigations portent bien sur un marché public et mettent en cause les pratiques d’une collectivité locale.

Mediapart

Publié par : Memento Mouloud | septembre 12, 2014

Les meurtriers de l’A6 ou les démons ne sont plus ce qu’ils étaient

Christelle Blétry, 20 ans, avait été retrouvée morte à Blanzy le 28 décembre 1996, son corps lardé de 123 coups de couteau. Elle est l’une des huit jeunes femmes tuées en Saône-et-Loire entre 1986 et 1999. "Le laboratoire a pu déterminer un profil génétique complet, fiable", a précisé le procureur de Chalon-sur-Saône, Christophe Rode. Après une soirée arrosée dans un bar avec des collègues de travail, le meurtrier, un ouvrier agricole, est rentré chez lui en voiture et a croisé par hasard la route de Christelle Blétry qui rentrait chez elle à pied. «Il l’a forcée à monter dans son véhicule, elle a cherché à s’enfuir et il l’a essayé de la rattraper avec un couteau», rapporte le procureur en précisant que le suspect avait reconnu les nombreux coups portés sur la victime. Puis, «il a laissé son corps à l’endroit où le drame s’est produit, il est rentré chez lui et a repris une vie normale», après avoir planté 123 coups de couteau. On se demande comment on reprend une vie normale après avoir tailladé un corps à ce point, comment tout l’entourage reprend sa vie normale quand papa rentre couvert de sang et le cerveau imbibé. Marié, deux enfants, l’homme travaillait dans une entreprise de la région et était apprécié de son entourage. C’est le marronnier des criminels dits normaux, ils sont toujours appréciés de leur entourage et même de leur famille qui maquille le misérable petit tas de secrets qui tient lieu de lien.

Cet homme, qui habitait pourtant près du domicile de la victime à Blanzy, a échappé aux radars des policiers. Depuis l’ouverture de l’enquête en 1996, il n’a jamais été interrogé par la police judiciaire de Dijon qui a entendu au total 150 personnes dont 15 suspects car les policiers sans informateurs sont toujours un peu perdus. Ce n’est qu’en 2004 qu’il est arrêté pour agression sexuelle et qu’il est inscrit au fichier Fnaeg (Fichier national des empreintes génétiques). À cette époque, il est condamné à deux ans de prison dont un avec sursis. Le meurtrier à la vie normale n’en avait pas fini avec ses pulsions, mais le procureur le trouve très inséré. Comment une société peut-elle considérer comme normal et inséré un homme qui a un meurtre à son actif et une tentative de viol non aboutie. Personne ne voit, les gens, les braves gens seraient-ils donc aveugles, toujours aveugles et sourds ? Le Mal est-il si présent, dans nos pénates, qu’il en devient inodore, incolore, invisible ?

A sa sortie, il divorce et déménage à plusieurs reprises avant de s’installer dans les Landes afin de reprendre une autre vie normale. «Il avait complètement occulté ce qui s’était passé, explique encore le procureur. Il avait retrouvé un travail, s’était socialement et professionnellement inséré. Il avait réussi à complètement cliver son existence sans attirer l’attention». Le meurtrier clive, on se demande si le procureur maîtrise réellement le vocabulaire clinique dont il use.

L’homme de 56 ans, interpellé à son domicile dans les Landes, à Retjons près de Mont-de-Marsan a été mis en examen et écroué jeudi. Il a reconnu les faits au cours de sa garde à vue de 48 heures après avoir nié. On ignore s’il était aussi très apprécié dans les Landes ou s’il arrosait toujours les soirées, avec ou sans vachettes et échasses.

«Jamais, je n’abandonnerai». Ce fut l’inoxydable credo de Marie-Rose Blétry, la mère de la victime. Et du courage il lui en a fallu pour faire face aux sarcasmes quand elle a dénoncé les inerties de la justice. Mais depuis trois ans, la police judiciaire a repris les dossiers de neuf meurtres non résolus dans la région. Mais aussi sous l’impulsion des avocats de l’association «Christelle» Me Didier Seban et Me Corinne Herrmann qui ces derniers mois avaient multiplié les demandes pour faire expertiser les vêtements de la victime.

«Il a fallu convaincre les magistrats d’analyser l’intégralité des vêtements de la victime ce qui n’avait jamais été fait auparavant. Et ces expertises certes onéreuses ont permis de retrouver des traces de sperme du suspect qui n’avaient pas été identifiées préalablement», confient d’une même voix les deux avocats. «C’est surtout le combat d’une mère courage qu’il faut saluer. C’est aussi la preuve que rien n’est jamais perdu si on s’en donne les moyens et si la volonté judiciaire est au rendez-vous», constate Me Didier Seban. Des expertises complexes effectuées à Bordeaux (Gironde) ont permis de mettre au jour ces traces passées inaperçues.

Si la famille de Christelle tient peut-être le coupable du meurtre de leur fille, d’autres attendent encore de connaître la vérité. En l’espace de 20 ans, quelque 14 jeunes femmes âgées de 13 à 23 ans ont été sauvagement tuées dans un rayon de 200 kilomètres le long de cette route.

Parmi elles, Sylvie Aubert, 23 ans. Elle est retrouvée étranglée et mains liées dans une rivière en 1985. Un an plus tard, on découvre Christelle Maillery, une collégienne de 16 ans, dans la cave d’un immeuble du Creusot quelques heures après sa disparition. Quelques mois plus tard, Nathalie Maire est battue à mort et étranglée avec un câble électrique sur l’aire d’autoroute de Saint Albain. Carole Soltisyak n’a que 13 ans quand elle est retrouvée dans un bois près de Montceau-les-Mines. La collégienne a été violée, étranglée et tuée de quatre coups de couteau. On ne sait pas non plus qui a tué Virginie Bluzet en 1997, Vanessa Thiellon en 1999 et Anne-Sophie Girollet en 2005.

Ce coin de Bourgogne a été fréquenté par trois tueurs en série au cours de ces trente dernières années: Emile Louis, qui avait avoué l’assassinat de 7 jeunes filles disparues dans les années 1970 dans l’Yonne ; Francis Heaulme, surnommé le «Routard du crime» et reconnu coupable de neuf meurtres dans au moins huit affaires ; et Michel Fourniret, qui a avoué neuf meurtres commis entre 1987 et 2001. Dans l’enquête sur l’assassinat de Carole Soltisyak, les gendarmes s’étaient intéressés à Francis Heaulme, connu pour étrangler et poignarder ses victimes avant de les déshabiller. Mais faute d’éléments sérieux, l’enquête n’a pas abouti. De même, Me Didier Seban avait demandé à ce que des vérifications soient faites concernant l’emploi du temps de Michel Fourniret. Certaines de ses victimes étaient des jeunes filles mineures. Il n’a pas pu être confondu par ces prélèvements.

En décembre 2011, le meurtrier de Christelle Maillery tuée au Creusot (Saône-et-Loire) en 1986 avait été identifié lui 25 ans après les faits en décembre 2011. Un couteau avait été retrouvé à l’époque dans le parc des Charmilles, non loin du lieu du crime, dont l’affûtage particulier correspond à d’autres armes blanches en possession du suspect. Cet homme, au parcours chaotique, toxicomane, a été arrêté dans un centre psychiatrique où il séjournait. Jean-Pierre Mura a vécu au Creusot et fréquentait le quartier des Charmilles où il revenait voir souvent ses copains de cité. Au moment du crime, il avait 19 ans et était le père d’une petite fille. Un passionné d’armes blanches, qu’il collectionne. Dans le passé, il avait proposé de « dédommager » d’une somme dérisoire de 300 € l’ex-petit ami de la victime « pour la mort de sa copine », lorsque ce dernier avait été un temps soupçonné. Cette information capitale que l’ex-petit ami, décédé depuis, et trop secoué d’avoir été mis en cause, n’avait jamais révélée à la police, avait été recueillie dès 2003 par un enquêteur privé, Eric Belahouel. Ce dernier travaillait pour l’Association d’aide aux familles victimes d’agression criminelle. Une information essentielle qui avait permis de demander la réouverture du dossier en septembre 2005.

Avant son arrestation par les enquêteurs de la police judiciaire de Dijon, Jean-Pierre Mura était interné en hôpital psychiatrique. A la demande d’un de ses proches et sur avis médical, il avait été hospitalisé d’office par arrêté préfectoral au centre hospitalier de Sevrey, près de Chalon-sur-Saône. Il y a près de deux ans, Jean-Pierre Mura, qui présente des troubles psychologiques avérés – il est atteint de schizophrénie -, a commis une agression sur une jeune fille qui a réussi à en réchapper. Le profil de sa victime et le mode opératoire ressemblaient étrangement à l’assassinat de Christelle. Lui aussi n’en avait pas fini avec ses pulsions mais on ne peut pas le qualifier de normal et d’inséré. Dans les deux cas, on ne les dira pas possédés, ça fait mauvais genre, quelque peu archaïque bien que ça y ressemble beaucoup. La démonologie n’est pas enterrée, elle se grime dans les pratiques psychiatriques et dans les actes des hommes, elle est comme la trace d’un virus qu’on poursuit mais qu’on n’ose plus appeler par son nom car la glorieuse déclaration des droits de l’homme l’a affirmé, l’homme naît innocent, c’est la société mal fagotée qui le corrompt.

En janvier 2012, un rédacteur du Monde écrivait, « Dix ans presque jour pour jour après l’assassinat de Christelle Maillery, le 28 décembre 1996, une autre jeune fille avait été tuée selon un mode opératoire à peu près identique à Blanzy, à quelques kilomètres du Creusot. Christelle Blétry, 20 ans, avait reçu 113 coups de couteau »

Aucun notaire, ni notable dans le coup, juste des salauds de pauvres comme le disait Marcel Aymé, des épaves, toujours inconscients dans le mal et clamant comme Mura, y’a pas de justice. Non, en effet, y a pas de justice.

AFP / Le Point / Le Parisien / Le Figaro / Le Monde/BAM

Publié par : Memento Mouloud | septembre 11, 2014

François Hollande, le dernier samaritain

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J’ai construit mon existence sur le principe d’aider les autres. Depuis mon plus jeune âge, je me suis consacré à cette tâche. Dans le bac à sable, en culotte courte, sur le tableau noir, en blouse, au lycée, à Sciences-po, à l’ENA, au service militaire, puis chez Mitterrand, chez Delors, dans les toilettes, à la cuisine, en short, sans chaussures, au parti socialiste, en Corrèze, aujourd’hui à l’Elysée, dans toutes mes fonctions, dans tous mes mandats, déguisé en père Noël, je n’ai pensé qu’à aider, qu’à représenter ceux qui souffrent. Quand un grabataire se fait dessus, je me sens blessé, quand un ivrogne s’effondre sur le pavé, j’ai mal. Je n’ai jamais été du côté des puissants, même si je ne suis pas leur ennemi car je sais d’où je viens et où j’essuie.

Vous croyez que j’ai oublié d’où mes gènes viennent ? Je suis blanc, je suis français, mon grand-père maternel, petit-tailleur savoyard, vivait avec sa femme dans un modeste deux-pièces à Paris. Mon grand-père paternel, lui, était instituteur et pacifiste, issu d’une famille de paysans pauvres du nord de la France. Et vous croyez que je pourrais déféquer sur le milieu d’où je tiens mes racines pour l’alimenter en engrais ?

Mon rapport aux zôtres, je l’ai mené sur le principe de la bienveillance, du souci de l’autre. C’est le sens de mon engagement politique. Je défie quiconque de prouver le contraire. On peut me critiquer, me piétiner, mais pas attaquer mes absences de choix politiques, ce qui est ma raison de vivre. Rendre service, être utile, vous le voyez bien, je ne sais pas dire je. Je me cache, je m’envisage comme un guichet. Pendant trente années palpitantes, j’ai reçu des gens en difficulté dans ma permanence corrézienne. Je n’ai jamais compris qu’on puisse mépriser les politiques au point de ne jamais se rendre dans une permanence, ça me dépasse, nous sommes des saints. J’écoutais leurs jérémiades, leurs difficultés à ne pas bouffer des pissenlits par la racine. Je me sentais puissant, vraiment puissant, je changeais leurs pleurs et prières en passe-droits et coups de pouce. Si j’étais ce simulateur qu’on veut faire de moi, vous croyez que les Corréziens stipendiés d’abord par Chirac puis par mes soins, n’auraient pas découvert que le baron était nu.

Mon père était carabin et nous n’avons manqué de rien. Mais je porte en moi ce que mes deux grand-pères m’ont transmis : le spectre de la République, des devoirs de papier, le respect du nombre. J’ai rencontré des gens dans les pires difficultés, usés par la vie qui ne fait pas de cadeaux. Ils avaient du mal à soigner leurs dents car je les inspectais et que j’aime les vétérinaires. C’est le signe de la pire misère, alors que tapiner dans un bois, franchement c’est bonnard ou périr en junkie comme un chien errant, un truc pas cool mais sans plus. Mais avoir des couronnes, c’est une catastrophe. Si j’étais le baron qu’on décrit, tous les corréziens auraient voté pour moi car les français adorent ce mélange ineffable de proximité, de roublardise et de mépris réciproques. C’est la rançon de 150 ans de démocratie.

J’ai dédié ma vie aux zôtres, elle ne valait pas cher. C’est une forme perverse de sacerdoce, car j’étais mauvais mari, mauvais père, mais j’étais ordonné par la République. Le bien le plus précieux d’un homme, nonobstant ses couilles, c’est le temps. Ce temps, je l’ai consacré à exister à travers mes mandataires. La moindre personne compte. Toutes les voix sont bonnes car personne n’existe vraiment à mes yeux. Je ne sais pas choisir car je ne désire rien, je ne hais rien, je n’ai aucune passion, je suis une règle désuète de parlementaire quinto-républicain. Les agendas surchargés me font vivre, ils palpitent sur mon scooter.

Ce que je vis en ce moment n’est pas agréable alors que les français sont à la fête. Vous voulez que je pleurniche qui rime avec caniche, que je crie qui rime avec brebis, très peu pour moi mon histrionisme est à l’image de mon talent, limité. Je veux rester dans l’authenticité qui n’existe pas, c’est moins fatiguant que de traverser le vide sur une corde.

J’ai été choisi pour cinq ans. C’est sans doute un concours de circonstances mais la Constitution césaro-chiraquienne me garantit le job cinq années. C’est un CDD imprescriptible à moins d’une Révolution. Mais un peuple aussi avili ne fait pas de révolution, il grogne. D’ailleurs les gens de peu…c’est une belle expression pour moi, les gens de peu, c’est-à-dire les incapables de naissance, les trimards, ceux qui suscitent le rugissement des hyènes qui se prennent pour des lions. Mais je ne veux pas qu’on puisse dire ou écrire que je me moque de la douleur sociale, de la douleur statistique, car c’est un mensonge qui me blesse. Je méprise la douleur qui porte un nom, la souffrance qui dit je, mais la statistique, non, elle pèse en voix, il faut en tenir le compte, c’est indispensable.

L’unité est plus que jamais nécessaire comme disait le maréchal quand il vantait nos ancêtres les gaulois avec ses petits sachets de terres provinciales et impériales enterrés sur le site de Gergovie. Il en va de la crédibilité du pays, de la France. Il faut reconnaître que la gauche est minoritaire, bientôt elle va disparaître mais nous n’allons pas entrer comme ça dans l’UDI ou l’UMP ce n’est pas notre étable.

Il n’y a que deux situations où l’hypothèse de la dissolution est envisageable. D’abord la paralysie du pays par la rue, par la grève générale, un genre de mai 68 à rebours, comme la droite a tenté de la faire sur le mariage pour tous. En fait, je déconne, vous croyez vraiment qu’un complot des familles peut jeter à intervalles réguliers des millions de personnes dans les rues, foutaise. L’autre hypothèse, qui me plaît plus, je suis un vieux canasson parlementaire et un progressiste bon teint, c’est une majorité qui se dérobe. Je prétends que je suis en acier trempé, qu’on m’appelle Staline en petit comité, que j’ai sa photo au-dessus de mon pieux. Mais, de fait, je suis fait de guimauve. Mon courage s’arrête à réciter, stoïque, un discours sous la pluie battante mais si la tornade approche, comptez sur moi, je mettrais un océan entre ce pays et mes pénates.

Publié par : Memento Mouloud | septembre 10, 2014

Opération Barbarossa

Une considération géopolitique avait retardé l’offensive allemande. Programmée pour le printemps 1941, l’invasion de l’URSS fut reportée, dès lors que les Balkans étaient en effervescence. Le Troisième Reich obtenait de cette zone, le tiers de son pétrole, du cuivre, du chrome et des denrées alimentaires. C’était donc une contrée importante pour l’Empire qui avait déployé un corps expéditionnaire de quinze mille hommes sur les champs pétrolifères roumains de Ploesti.

A cela s’ajoutaient les désastres en chaîne de l’allié italien lors de son offensive en Grèce. L’Italie n’était pas un pays riche, ni même capable de soutenir un effort de guerre prolongé. Au déclenchement de la guerre, le pays avait en stock neuf mois de consommation de pétrole et encore, pour le temps de paix. Son revenu national n’atteignait que le ¼ de celui du Royaume-Uni. Là où l’Italie produisait 2,4 millions de tonnes d’acier, le Royaume-Uni en produisait 13,4, l’Allemagne, 22. Le roi Victor-Emmanuel III savait que toute aventure militaire tournerait en déroute mais je doute qu’il ait entrevu l’état d’impréparation absolue dans lequel le régime avait maintenu la péninsule, aveuglé par sa propre propagande, son outrance, sa grandiloquence bouffonne.

A peine 1/10ème des divisions étaient aptes au combat et de vieux coucous britanniques paralysèrent en un coup au but la flotte italienne, prise au piège dans la baie de Tarente, en novembre 1940. De toute façon, même sans ennemi, l’Italie était si dépourvue de carburant que la moitié de sa flotte était bloquée à quai, dès février 1941. Il fallut les hommes-torpilles de la Decima MAS en rade d’Alexandrie pour que l’Italie de Mussolini répliquât à cette humiliation en endommageant des navires de la Royal Navy.

Malgré tout, le 28 octobre 1940, l’Italie lançait son offensive contre la Grèce. Les sept cent mille soldats italiens mobilisés étaient sous-encadrés, leurs chars se transformaient en cercueils roulants, l’artillerie datait de 1918, la logistique brillait par son inexistence. En cinq mois de campagne et, malgré l’aide de la Luftwaffe, l’Italie comptait près de quarante mille tués, cinquante mille blessés, et soixante quatre mille hommes hors de combat.

Puis survint, en janvier 1941, la contre-offensive britannique en Libye qui enfonça les lignes de défense italienne. On compta cent treize mille prisonniers et sept cent pièces d’artillerie capturées. Le rêve méditerranéen du Duce était mort-né, Hitler pouvait ménager Vichy mais les britanniques ne pliaient toujours pas, malgré le Blitz.

Le 12 novembre 1940, inquiet de leur présence en Grèce, le Führer émit la directive n°18 afin de protéger la Roumanie mais ses généraux poussaient à l’occupation entière de la Grèce, le berceau antique des aryens, véritables frères de race des conquérants verts de gris. Grand bluffeur, le chancelier obtint de Staline, par un accord signé en janvier 1941, une multiplication des livraisons de produits stratégiques (pétrole, caoutchouc, manganèse) et d’autres, de première nécessité (coton, céréales). Au printemps 1941, en prévision de l’offensive sur le front russe, Vichy livra treize mille camions, des canons antichars de 47 mm, des tracteurs Laffly, des véhicules Panhard, en sus des véhicules saisis lors de la débâcle et des deux millions de tonnes de pétrole offertes gracieusement par la vaillante armée française.

Mais la France destinée à jouer les lupanars et les Musées du Troisième Reich n’était plus une préoccupation, encore moins une priorité. Le 28 février 1941, Hitler prévint Staline que la 12ème Armée allait prendre position en Bulgarie. Dans la nuit du 26-27 mars 1941, un coup d’Etat mené par le général Simovic débarqua le régent Paul de Yougoslavie. Contrarié, Hitler décida de liquider cet Etat entre le 8 et le 15 avril, ce qui s’effectua en un temps record, la 2ème Armée perdant cent cinquante hommes. Dès le 9 avril, Salonique avait capitulé. Le 21, ce furent les troupes grecques d’Epire, sous le commandement d’un futur général collaborateur Tsolakoglou, qui se rendit tandis que les britanniques lançaient l’opération de rembarquement Demon.

Le jour J approchait et Staline reçut plus de quatre vingt avertissements à propos de la mobilisation colossale des troupes allemandes à la frontière soviétique. On comptait près de quatre millions de soldats en additionnant les alliés, six cent mille véhicules et six cent mille chevaux, neuf mille canons, plus de cinq mille chars, près de trois mille avions. Un plan de frappe préemptive avait été concocté et présenté par Joukov, le 15 mai. Mais rien n’y fit et Staline savait qu’il ne pouvait se permettre d’ouvrir les hostilités. Faute d’attaquer, l’armée rouge était déployée à l’avant, ses avions étaient alignés sur les aéroports sans protection particulière, les unités d’artillerie n’avaient ni obus à proximité, ni camions pour le transit, les corps mécanisés étaient dépourvus d’essence, de radios, de matériels de rechange, l’encadrement était médiocre, la doctrine de la percée en cas d’encerclement faîte pour rompre toute la chaîne de commandement en cas de repli.

De leur côté, les stratèges allemands misaient sur une conquête de toute la Russie européenne le 31 décembre 1941 au plus tard, ce qui supposait la disparition de l’ensemble de l’armée rouge dès la fin du mois d’août. Trois objectifs furent définis : au nord, Leningrad et le contrôle de la Baltique, au centre Moscou, au sud, l’Ukraine et le Caucase. Le groupe d’armée nord reçut la portion congrue, 18 % des hommes et du matériel, le groupe d’armée centre, l’essentiel des divisions blindées. La guerre se réduisait donc à une série ininterrompue d’encerclements et de destruction des armées soviétiques.

Les déficiences logistiques de la Wehrmacht, la stratégie erronée de ses généraux et les objectifs délirants que lui fixait Hitler, étaient directement en rapport avec l’idéologie national-socialiste et son échec final lors de la prise de Berlin par l’armée rouge. Dès janvier 1942, deux millions de prisonniers soviétiques étaient morts de faim ou de froid dans des camps improvisés où rien n’était prévu pour le ravitaillement ou le simple abri des internés et les libérations de volksdeutschen, de baltes ou d’ukrainiens cessèrent en septembre-octobre 1941. A la fin juillet-début août, c’était l’ensemble de la population juive qui était prise pour cible de ce qu’on appellera la Shoah par balles.

Ces deux actions étaient planifiées. Selon les directives du 23 mai 1941, les experts de l’entourage de Göring avaient prévu de conserver les fermes collectives en territoire soviétique afin d’affamer vingt à trente millions de russophones, dès le printemps 1942. Ce plan de la Faim fut quelque peu remanié.

Le 16 septembre, Göring avait défini les droits à s’alimenter selon l’ordre de priorité suivant : les troupes combattantes avaient la primauté, suivaient les allemands puis les citoyens soviétiques et, en dernier lieu, les prisonniers, condamnés de fait à manger de l’herbe ou leurs camarades puis à périr de maladies, de mauvais traitements ou de faim, voire de froid. Néanmoins, le 7 novembre, Göring fit volte-face et demanda à ce que les prisonniers russophones soient utilisés comme main d’œuvre ou comme auxiliaires, ce qui épargna la vie de deux millions de soviétiques

De son côté, Reinhard Heydrich mit au point les einsatzgruppen qu’il rattacha au RSHA, l’office central de sécurité du Reich. Lors de l’opération Tannenberg, il en usa afin d’exécuter plus de cinquante mille citoyens polonais et chasser le maximum de juifs vers la zone d’occupation soviétique, premier pas vers une déportation de plus de deux millions d’entre eux vers l’URSS qui fut proposée à Staline en janvier 1940. Le 31 juillet 1941, il avait arraché à Göring la priorité pour le règlement global du problème juif en Europe et, dès le mois d’août, ses commandos étaient à l’œuvre sur l’arrière des lignes allemandes, épaulés par des bataillons de la police régulière et des supplétifs.

En Lituanie, les pogroms commencèrent en juillet 1941 sous l’instigation des nationalistes réfugiés en Allemagne et de la population locale. L’Einsatzkommando 2 du gruppe A assassina avec l’aide des collaborateurs plus de cent trente trois mille personnes avant le 1er décembre 1941. Près de Vilnius, arrachée à la Pologne par le traité Molotov-Ribbentrop d’août 1939, les soixante douze mille juifs de la Jérusalem du Nord furent exécutés dans la forêt de Ponary. Ce fut l’oeuvre de l’einsatzkommando 9 du gruppe B et des collaborateurs lituaniens.

De plus, L’einsatzgruppe A s’assura la collaboration de la milice lettonne de Viktor Arajs lors des massacres de Riga où soixante dix mille juifs périrent dans la forêt de Bikernieki. De fait, en juillet 1941, Himmler avait donné l’ordre de liquider femmes et enfants juifs dans l’URSS occidentale. Aussi, les bataillons de police allemands et les recrues locales furent affectés aux tueries afin d’épauler les membres des einsatzgruppen. Un chef suprême de la police et des SS fut donc attaché à chaque groupe d’armées (A, B et C). A partir de la fin août, la Wehrmacht collabora aux massacres. Le 19 septembre 1941, Kiev était prise, le 24, les hommes du NKVD firent sauter les locaux de la Kommandantur locale. La réplique ne tarda pas et, le 26, la décision de liquider les juifs de la ville fut avalisée par le commandement militaire. Le 29, tous les membres de la communauté furent convoqués. On leur extorqua leurs objets de prix, on les força à se déshabiller puis ils furent massacrés dans la fosse de Babi Yar. Un décompte fut fait avant l’incinération : 33 761 corps furent dénombrés.

Face à une sous-humanité ou à l’ennemi juif, les nazis n’avaient prévu que la Terreur et la liquidation, jamais la séduction des masses, au principe de leurs succès électoraux. L’hubris hitlérienne n’avait vraiment commencé qu’avec la victoire sur la France et son asservissement tranquille, celle-ci rejoignant les satellites du nouvel ordre européen. A partir de cet instant, Hitler n’eut plus à séduire, donc à entrer dans les désirs et les anticipations de ses adversaires pour les manipuler ou les neutraliser, il confondait les fluctuations de ses visions avec la réalité. Sa stratégie était unilatérale, son discours parfaitement autistique.

L’idée d’une résistance soviétique à la conquête allemande était si peu assimilable que la Luftwaffe, pourtant maîtresse du ciel, ne bombarda aucun des convois ferroviaires destinés à remonter les usines derrière l’Oural, et l’état-major fut incapable de prévoir la contre-offensive soviétique des mois de novembre-décembre 1941.

D’autre part, Hitler n’analysa pas les effets de l’adoption de la loi prêt-bail américaine qui permit, durant la durée de la guerre, le maintien du système de transport et de communication soviétique, les performances quantitatives de son industrie de guerre et le ravitaillement de la population en produits alimentaires. Hitler, comme tous les stratèges allemands qui l’avaient précédé, misait sur la bataille décisive qui avait si bien fonctionné, durant l’été 1940, dans une France saignée à blanc par sa victoire sans lendemains de novembre 1918. Face à l’alliance entre ces trois Empires qu’étaient les Etats-Unis, le Royaume-Uni et l’URSS, cette perspective stratégique était, sans aucun doute, à la fois absurde et inopérante, mais elle fut.

Devant l’évidence de la défaite annoncée, devant ce trou béant que ne comblaient pas les vociférations de Goebbels, devant l’impuissance des armes-miracles que furent les V1 et les V2 ou le Messerschmitt Me-262, toute la machine nazie produisit la seule réalité qui était à sa portée, l’univers concentrationnaire et le travail forcé ainsi que l’extermination des juifs d’Europe, des tsiganes et des aliénés, une humanité conçue comme appendice ou simple déchet, la preuve « vivante » et toujours renouvelée de la surhumanité aryenne partie en fumée à Stalingrad.

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115 députés (sur 577) ont salarié un membre de leur famille, en CDD ou CDI, sur un temps plein ou partiel. Huit élus sont même allés jusqu’à rémunérer deux de leurs proches.

« C’est la chasse aux sorcières ou quoi ? s’étrangle Franck Gilard (UMP), quand on l’interroge sur le CDD de trois mois accordé à son fils. Avec ces histoires de transparence, tout le monde nous pisse sur les godasses ! » Le président de l’Assemblée nationale lui-même, Claude Bartolone (PS) fait travailler sa femme depuis 2012, « Je n’ai pas embauché ma femme, j’ai épousé ma collaboratrice ! » ressasse-t-il.

Jusqu’ici, l’identité des assistants parlementaires, ces “petites mains” employées sur fonds publics par les 925 sénateurs et députés, était secrète. Leurs noms sont apparus pour la première fois dans les « déclarations d’intérêts » des élus dans lesquelles la plupart des députés ne mentionnent pas le lien familial les unissant à tel ou tel collaborateur.

À l’Assemblée, la seule règle supposée prévenir les abus touche au salaire : pour un proche, il est plafonné à 4 750 euros brut par mois. Sinon, un député peut choisir librement son équipe et “distribuer” jusqu’à 9 504 euros mensuels de façon discrétionnaire entre ses divers collaborateurs.

Au Sénat, les épouses reçoivent un tiers au plus de l’enveloppe du parlementaire, soit 2500 euros brut par mois; les autres parents proches peuvent toucher jusqu’à 3800 euros. Sans compter 80 euros supplémentaires par année d’ancienneté. 64 sénateurs salariaraient un parent proche aux frais du contribuable – on en dénombrait même 76 à la veille des élections! Pour le syndicat des collaborateurs parlementaires du Sénat, l’USCP-Unsa, ce chiffre«pourrait être sous-estimé», notamment à cause des «embauches croisées» (“J’emploie ta femme, et toi la mienne”). «Une éventualité très limitée», selon le service de presse. Mais une éventualité tout de même.

«Si vous en trouvez un, vous me le dites», répond Jean-Marc Todeschini, nouveau questeur socialiste, désigné à ce poste de «grand argentier» du Sénat après la victoire de la gauche en septembre. Il se trouve que lui aussi, dans sa permanence de Moselle, emploie un membre de sa famille. Une drôle de permanence collective qu’il partage avec sa collègue Gisèle Printz (élue depuis 1996), et dans laquelle «logeait» aussi le sénateur Jean-Pierre Masseret jusqu’en septembre dernier (battu après vingt-trois ans de mandat). Dans ce bâtiment, on tombe non seulement sur la fille de Jean-Marc Todeschini (salariée par son père), mais aussi sur le neveu de Gisèle Printz (payé par sa tante) et sur l’épouse de Jean-Pierre Masseret (en contrat avec Mme Printz). Jusqu’aux sénatoriales de septembre, il fallait en plus compter la fille de Jean-Pierre Masseret (embauchée sur l’enveloppe de son père) et sa belle-fille (rémunérée par Jean-Marc Todeschini après l’avoir été par Jean-Pierre Masseret lui-même).

Marie-Hélène Masseret a été salariée par son mari de 1991 à 1997 (date à laquelle le sénateur a renoncé à son mandat parlementaire pour entrer au gouvernement Jospin), puis elle a opportunément «basculé» sur un contrat signé par la sénatrice Gisèle Printz.«Le travail me plaisait», justifie Marie-Hélène Masseret, qui vient de rempiler en septembre, à bientôt 65 ans, sur un mi-temps payé 3500 euros brut par mois environ. Quant à la belle-fille de Jean-Pierre Masseret ? Le sénateur dégaine son joker: il assure avoir embauché Paola Zanetti (également vice-présidente du conseil régional) avant qu’elle ne fasse partie de la famille.

Du côté des députés, aucun contrôle n’a jamais été effectué sur les emplois offerts à leurs épouses par Jean-François Copé ou Bruno Le Maire. Quelles améliorations cette psychologue pour enfants et cette artiste-peintre ont-elles précisément apporté au travail parlementaire ?

Quand on rappelle qu’il s’agit d’argent public, quelques élus font aussi valoir ce drôle d’argument : « Je n’épuise pas l’enveloppe à laquelle j’ai droit, souligne Jean-Pierre Door (UMP), qui vient de salarier son épouse. J’utilise 6 500 euros sur les 9 500 que l’Assemblée met à notre dispostion pour payer nos collaborateurs ! » Finalement, parmi les députés de la liste interrogés seul Étienne Blanc (UMP) se déclare « plutôt favorable à une interdiction, comme au Parlement européen ».

Mais pour bien évaluer la situation, encore faudrait-il que tous les parlementaires daignent remplir convenablement leur déclaration d’intérêts. Ainsi Jean-Pierre Mignon (UMP), qui a salarié sa conjointe en 2014, a écrit « Néant » dans la case établissant la liste de ses collaborateurs. En fait, les formulaires ayant été remplis par les élus en janvier 2014, ils ne mentionnent pas les nombreux « CDD d’été » d’un, deux ou trois mois récemment accordés à un membre de la famille. Le socialiste Patrick Lemasle, par exemple, qui a recruté une première fille en mars 2014, puis une seconde en CDD pour juin et juillet, n’a pas pensé à mettre sa déclaration à jour.

Le recours aux enfants sur des contrats saisonniers est visiblement tendance. Le député Étienne Blanc (UMP) vient de prendre sa fille, étudiante en droit public, en « stage d’été sur 4 ou 5 semaines ». Idem pour le fils d’Yves Censi (UMP) ou celui de Béatrice Santais (PS). Le socialiste Hugues Fourage a salarié son fils en juin et juillet (après un CDD d’un mois, déjà, l’été dernier). Son collègue Philippe Vigier (UDI), le président du groupe centriste, vient aussi de recruter sa fille pour deux mois, « après deux ans dans une ambassade et juste avant qu’elle rejoigne son nouveau poste à la rentrée ».

Francis Vercamer, lui, a bien signalé sa fille dans sa déclaration d’intérêts de janvier, mais pas encore sa conjointe. « Je prends (mon épouse) de temps en temps sur des CDD ponctuels, environ deux mois par an, justifie l’élu centriste. En général, c’est pendant les congés : en novembre, c’est pour préparer les vœux, en juin pour faire le bilan de l’année. » Le centriste Meyer Habib va jusqu’à ressortir « la mention au Bac » de son fils, pour expliquer l’octroi d’un CDD à temps partiel. De son côté, l’UMP Claudine Schmid (élue par les Français expatriés en Suisse et au Liechstenstein) a vite fait de dégainer la “carte maîtresse” de son fils qui tient sa permanence outre-Léman : « Il parle le dialecte suisse-allemand et ça ne se trouve pas en France ! »

Etait-il opportun que Florent Boudié (PS) recrute à temps plein sa conjointe, Émilie Coutanceau, alors qu’elle occupe déjà un siège de conseillère régionale (plus deux autres mandats d’élue locale jusqu’en mars dernier) ?

Le fils de Michèle Fournier-Armand (PS), lui, exerce parallèlement, à temps plein, à la Mutuelle sociale agricole comme « gestionnaire de cotisations » – la députée précise du coup qu’elle ne l’emploie que « 7 heures par semaine ». Les filles de Jean-François Mancel (UMP) et Michel Françaix (PS), respectivement actrice et « intermittente du spectacle », semblent avoir trouvé à l’Assemblée un job alimentaire. Quant au conjoint de Laure de La Raudière (UMP), « exploitant forestier », il se transforme visiblement en assistant la moitié de la semaine.

Il est dommage que la radicale de gauche Dominique Orliac, active sur les politiques de santé et du médicament, ait omis de mentionner le métier de son fils (en CDI jusqu’à cet hiver), un pharmacien qui effectuait« des remplacements » en parallèle. De même que celui de sa fille, médecin. Le nom de celle-ci, d’ailleurs, ne figure pas encore dans la liste des collaborateurs de la députée.

Mediapart

La déclaration Thévenoud

1/ La plaisanterie

Du 9 au 12 octobre, la XVIIe édition des Rendez-vous de l’histoire se tient à Blois. Le thème de cette année en sera «les Rebelles». C’est donc avec stupéfaction, et même un certain dégoût, que nous avons appris que Marcel Gauchet avait été invité à en prononcer la conférence inaugurale. Comment accepter que Marcel Gauchet inaugure un événement sur la rébellion ? Contre quoi Gauchet s’est-il rebellé dans sa vie si ce n’est contre les grèves de 1995, contre les mouvements sociaux, contre le pacs, contre le mariage pour tous, contre l’homoparenté, contre les mouvements féministes, contre Bourdieu, Foucault et la «pensée 68», contre les revendications démocratiques ? Il a publié dans le Débat tout ce que la France compte d’idéologues réactionnaires. Il a organisé des campagnes haineuses contre tous les grands noms de la pensée critique, etc.

Marcel Gauchet est un rebelle contre les rébellions et les révoltes. Participer à une manifestation «publique» (on ne peut désormais plus l’appeler «intellectuelle» ou «culturelle») qui semble vouloir lui accorder une certaine importance s’avère dès lors impossible. Ce serait faire comme si nous nous inscrivions dans un même monde que ce militant de la réaction. Cela reviendrait à être complice d’instances qui font exister dans l’espace de l’acceptable des idéologies néfastes et inquiétantes. Ce serait ratifier une entreprise de falsification, de fabrication et de mise en circulation de fausse monnaie. Bref, ce serait prendre part à l’une de ces innombrables opérations qui, dans le champ culturel, intellectuel ou médiatique, veulent toujours neutraliser les conflits ou les oppositions, installer une scène où l’on débat, ce qui revient à légitimer les opinions les plus violemment conservatrices et à construire un espace public et politique dans lequel circulent des thématiques, des problématiques et des visions engagées dans un combat contre tout ce qui cherche à affirmer un projet émancipateur et à défendre une inspiration critique.

Nous avons annulé notre participation aux Rendez-vous de l’histoire. Mais nous croyons, plus largement, que tout intellectuel ou écrivain soucieux de l’état de la pensée démocratique et de la pensée tout court devrait boycotter cet événement cette année. Nous appelons aussi Michèle Perrot à démissionner de son poste de présidente de cette XVIIe édition.

Geoffroy de Lagasnerie philosophe  (en 2012 il était doctorant en sociologie, en 2007, enseignant en sciences politiques, militant-journaliste chez Têtu, il défend une « perception positive de l’invention néolibérale » au service des « mobilisations minoritaires » et de la « critique radicale des fondements de l’exercice du pouvoir disciplinaire ». )/ Edouard Louis écrivain (bourdivin)

2 L’entretien

Ce qui nous frappés, c’est la violence des termes utilisés : on a parlé de nous comme des ayatollahs, staliniens, excommunicateurs, des totalitaires, des inquisiteurs, des Beria… Ce qui nous étonne, c’est surtout la perception différentielle de la violence. Si vous dites  : nous ne voulons pas accepter comme interlocuteur quelqu’un qui milite pour l’infériorisation des homosexuels, contre les droits des femmes, contre la lutte antiraciste, contre les luttes sociales, vous êtes perçu comme un stalinien ; alors que si, comme Gauchet, vous vous situez du côté de la réaction, si vous militez contre les droits des minorités, vous êtes perçu comme un démocrate qui participe au débat.

Un patron peut laisser à la rue et sans travail des centaines de salariés ou d’ouvriers… mais si ces salariés font grève et bloquent l’usine ou l’entreprise c’est eux qui apparaîtront comme violents, irresponsables et pas celui qui a le pouvoir de détruire des centaines de vies et qui le fait. C’est encore ce qui s’est passé avec les intermittents.

Tout ça, c’est la conséquence de la révolution conservatrice qui sévit depuis plusieurs années, et qui produit ses effets non pas seulement, bien sûr, dans le champ intellectuel, mais également dans le champ politique avec une droitisation constante des discours et des pratiques. Nous voulons installer une scène où l’on renverse les termes. Nous nous insurgeons contre cette violence et nous dénonçons la violence discursive exercée sur les dominés et les minorités en général par Gauchet et les cénacles qui tournent autour de lui. En cassant le jeu, nous adoptons une stratégie de rupture : nous ne voulons plus de ces gens-là dans notre espace, nous ne les considérons pas comme des interlocuteurs.

Si certains n’entendent pas notre position, c’est précisément parce qu’on a construit une scène où Marcel Gauchet n’est pas nommé tel qu’il est. Il existe des opérations de banalisation de son discours. A force de le voir, de l’entendre, on s’habitue à sa présence, à ses mots, et l’on ne prend plus conscience de la violence de ses textes. L’ensemble des écrits de Gauchet exprime une intention de lutter contre ce qu’il considère comme le délitement de la société, dû aux processus démocratiques, à la prolifération des “demandes individuelles” qui “dissolvent” l’autorité de l’Etat : ce qui l’anime, c’est la volonté de réinstaurer de l’ordre familial, national, symbolique contre toutes les demandes minoritaires ou de justice sociale.

A l’heure d’Occupy Wall Street, des Indignés, des émeutes de Ferguson, des mouvements anticapitalistes, du mariage gay et de la PMA, de Snowden, des Pussy Riots etc., inviter Gauchet pour parler des rebelles est une pure provocation.

On peut avoir l’impression d’un déchainement de réactions contre nous ; mais nous avons reçu des dizaines et des dizaines de messages de gens qui soutiennent cette initiative, mais qui sont terrifiés par le poids des institutions – l’EHESS, le CNL (Centre national du livre – ndlr)… – et qui nous disent rester dans l’ombre pour éviter les représailles, des historiens qui aspirent à entrer à l’EHESS, des écrivains qui, par exemple, dépendent d’une aide du CNL, et il y en a beaucoup. De quel côté est la censure ? Mais nous savons que d’autres initiatives se préparent. Et puis, l’appel collectif que vous mentionnez a été signé par André Téchiné, Thomas Hirschhorn, Sylvie Blocher, Dominique A., Chloé Delaume, Florent Marchet, Lola Lafon, Edmund White, etc. Ce sont des personnalités très importantes et la vie intellectuelle c’est aussi l’affaire des artistes, des écrivains, des cinéastes, etc.

Notre diagnostic s’inspire des analyses de Didier Eribon dans son livre D’une révolution conservatrice et de ses effets sur la gauche française. C’est une approche plus structurale.

la responsabilité essentielle de leur diffusion incombe nécessairement d’abord à ceux qui les reconnaissent comme des interlocuteurs légitimes, qui construisent leur espace de débat par rapport à eux, qui, au lieu de traiter ce qu’ils expriment comme des symptômes, ou comme du bruit, ou comme du rien, font comme s’il s’agissait d’ “idées” que l’on pouvait discuter, leur accordant ainsi tout ce qu’ils demandent. Il faudrait se demander comment les intellectuels, notamment de gauche, participent à cette opération de banalisation ? 

La démocratie, ce n’est pas un espace où l’on doit tous se soumettre aux mêmes questions, mais c’est pouvoir créer ses propres espaces de résistance. C’est cela qui a semblé insupportable aux yeux de certains : le refus de la soumission. Cette soumission qui est presque la condition pour que ces gens soient légitimes : c’est une servitude volontaire généralisée qui est la condition même de l’existence de ces gens qui publient dans Le Débat et autres lieux comparables.

La participation de Michelle Perrot à ces Rendez-vous de l’histoire est une honte. Elle, qui a écrit sur les opérations qui renvoient les femmes au silence, va présider une manifestation en présence de Marcel Gauchet l’antiféministe. 

3 La confirmation

Nous ne voulons pas reconnaître les discours que Marcel Gauchet et les cénacles qui tournent autour de lui relaient comme des discours acceptables et sujets à l’on ne sait quel débat. Nous ne voulons pas que soient présentées comme tolérables les idées selon lesquelles les femmes seraient naturellement portées vers la grossesse, que la société souffrirait d’une «marginalisation de la figure du père» et de l’avènement d’un «matriarcat psychique», que le mariage pour tous représenterait un «dispositif pervers», que la lutte antiraciste pourrait comporter des risques, ou que les revendications LGBT pourraient mener à un «anéantissement du social»… Pour ne citer que quelques-uns des poncifs ultraréactionnaires que Marcel Gauchet fait circuler à travers ses écrits, ou dans sa revue Le Débat.

Nous pensons que la question qui se pose est celle du débat public et intellectuel aujourd’hui, et nous refusons qu’il nous soit imposé dans ces termes par des institutions culturelles qui donnent la parole, de plus en plus, à des idéologies dangereuses et néfastes, qui, il y a encore vingt ans, auraient paru inacceptables.

Premiers signataires : Dominque A., chanteur, Laurent Binet, écrivain, Sylvie Blocher, artiste, Ronan de Calan, philosophe, Philippe Calvario, comédien et metteur en scène, Robin Campillo, cinéaste, Jil Caplan, chanteuse, Arnaud Cathrine, écrivain, Jean Baptiste Del Amo, écrivain, Chloé Delaume, écrivaine, Didier Eribon, philosophe, Thomas Hirschhorn, artiste, Leila Kilani, réalisatrice, Lola Lafon, écrivaine, Sebastien Lifshitz, réalisateur, Florent Marchet, artiste, Philippe Marlière, politiste, Marie Nimier, écrivaine, Véronique Ovaldé, écrivaine, Bruno Perreau, politiste, Beatriz Preciado, philosophe, Todd Shepard, historien, Abdellah Taia, écrivain et réalisateur, André Téchiné, cinéaste, Edmund White, écrivain.

4 Le tweet

Par l’expression "journaux poubelles", je visais bien sûr Marianne, Causeur et autres torchons du même genre… Ils adorent Gauchet : CQFD !

Didier Eribon

5 Lagasnerie avant Lagasnerie

Il nous faut aujourd’hui rompre avec la critique prélibérale du néolibéralisme. Ce qui nous imposerait de nous placer résolument du côté du désordre, de la dissidence, et donc de l’émancipation.

Le Monde

6 Eddy

Sa mère assure qu’elle ne comprend pas la sévérité de son fils. «Il a reçu de l’amour. On n’a jamais été homophobes.» Elle se sent insultée. On la traite publiquement de mère indigne. Elle a acheté le livre début janvier, le jour de sa parution, dans une gare parisienne, en remontant vers la Somme après avoir rendu visite à son fils, qui étudie la sociologie à Normale-Sup. C’est la dernière fois qu’ils se sont parlé tendrement. Elle a ouvert le livre dans le train. Deux mois plus tard, elle est toujours en colère: «C’est pas bien ce qu’il a fait. Il nous présente comme des arriérés.»

On est assis à la table de son salon, dans un pavillon HLM d’Hallencourt, posé à la sortie de la ville, au bord des champs. On lui demande si le calvaire que son fils raconte avoir subi au collège l’a ébranlée. Elle répond: «Mais bien sûr !», comme si on lui avait remis en mémoire un pan entier du livre qu’elle avait oublié. Puis elle revient aux «mensonges» du livre. Un passage la décrit faisant une fausse couche aux toilettes, puis riant des années plus tard au souvenir de ce fœtus «tombé dans les chiottes». Elle jure que la scène est inventée, comme d’autres, qu’elle énumère, mortifiée à l’idée que la France rit sous cape.

Comme les comtesses parisiennes qui se faisaient lire la «Recherche» de Proust en tremblant, certains craignent de se reconnaître. Tentent de deviner qui participait aux partouzes homosexuelles miséreuses entre adolescents improvisées dans les jardins du bourg. L’un des quatre sodomites est surnommé Merguez dans le livre. Or il y a bien un Merguez à Hallencourt, dont le père, fébrile et humilié, raconte à qui veut l’entendre qu’il va porter plainte, mais ne le fait jamais.

Martine Cocquet, principale du collège de Longpré quand Eddy Bellegueule y était élève « Il raconte qu’il ne lisait jamais de livres. Ca je peux vous certifier que c’est faux. Il était toujours fourré à la bibliothèque. »

Le livre montre un enfant solitaire, muet, haï ou ignoré, inconscient de l’injustice de son sort. Mais Eddy Bellegueule était aussi un garçon populaire. Il levait les foules lors des représentations théâtrales de fin d’année, entrant sur scène à vélo dans des dérapages magnifiques, sous les applaudissements hystériques du public. Il était délégué de classe. Politisé. Il se mobilisait, faisait le tour des salles avec des pétitions. Tout le monde admirait son intelligence.

Interne au lycée Michelis d’Amiens, il milite. Il est reçu par Xavier Darcos au ministère de l’Education nationale pour protester contre une réforme déjà oubliée. Il passe plusieurs fois sur France 3 Picardie. De Longpré à Hallencourt, tout le monde se masse devant la télé, commente ses prestations. Sa mère : «La lecture, les échecs… On a très vite compris qu’il était plus doué que les autres. Quand on le lit, on a l’impression qu’il est devenu intelligent à 20 ans.»

La Picardie était trop petite pour lui. A la fac d’Amiens, étudiant brillant, il rencontre Didier Eribon. C’est son chemin de Damas. Le sociologue, lui aussi homosexuel né dans le monde prolétaire, vient de publier «Retour à Reims», où il raconte sa famille, son enfance, la violence et la honte.

Après la reproduction bourdieusienne, la reproduction des bourdieusiens. Arrivé à Paris en 2011, il devient rapidement une coqueluche du monde universitaire. Edouard Louis, Rastignac express. Il se lie à Annie Ernaux. Il organise en mai 2012 un colloque Pierre Bourdieu au Théâtre de l’Odéon : il attire des sommités et remplit la grande salle du théâtre. L’historienne Arlette Farge, devenue proche de lui, en rigole : «Il n’avait pas 20 ans, mais il m’intimidait. Il a une énergie incroyable.»

A Normale-Sup, on lui a fait des remarques sur sa dentition négligée, dont il a honte comme d’un héritage de ses années misère: il s’est fait poser un appareil. «De même, je me réinvente en auteur. C’est la grande absurdité de la condition humaine: nos vies n’ont pas d’essence propre. Nous trouvons des rôles à endosser. C’est la seule chose à faire.»

Le Nouvel Obs

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