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Le pétainisme n’est en aucune manière l’alliance de la guerre et de la peur mais celle du pacifisme et de la spiritualité. Du côté des pacifistes, les progressistes et les romantiques de la défaite. Du côté des spiritualistes, ceux pour qui les choses et les phénomènes parlent d’eux-mêmes tandis que les hommes doivent être conduits par des bergers et des pédagogues.

Ce pétainisme possède son équivalent actuel dont le programme tient en peu d’instances : le chômage de masse mais l’esprit d’entreprise, la famille mais recomposée, la patrie mais dans l’Europe et la mondialisation. La peur, la délation, le mépris n’ont pas attendu le pétainisme pour exister, ils ne peuvent donc en définir les affects. Aussi, se soustraire à la peur de la peur n’est pas une politique c’est un mot d’ordre, un pitoyable slogan qui sert à se dire courageux. Pour sortir de la situation, il faut réhabiliter deux phénomènes : la nécessité de la guerre donc de la victoire quand la politique n’a plus cours et la recherche des causes matérielles de notre situation et non la culpabilisation des méchants, attendu que les causes matérielles incluent les faits de langue. S’il faut rejeter certaines illusions ce sont celles du progressisme qui veut que le monde soit coupé en deux et que les bons ont déjà choisi où paître, de toute éternité.  

Le réel de notre monde c’est qu’il n’y a plus de maîtres, ni bons, ni méchants puisque les maîtres pullulent. Dès lors la guerre ne définit pas le monde contemporain car le contrôle donc une forme de police en est l’horizon. Le réel de notre monde c’est qu’à proprement parler il n’y a pas de monde, ni un, ni plusieurs, il y a des hommes, pris seuls ou en foules et un habitat ravagé. Jusqu’où ce coin d’ univers abritera des êtres parlants libres, c’est la question. La structure de l’illusion c’est de croire murer dans des limites, celles de la tradition, un processus illimité de variations mineures au sein du genre humain qui, dès lors, n’existe plus tandis que parallèlement se poursuit l’accumulation de biens, de désirs et d’appétits qui transforme la planète en matériaux pour l’espèce sapiens à venir. Il n’y a plus de prolétariat, il n’y a plus de Révolution, leurs derniers avatars délirants portent la barbe et causent la langue inepte du Coran post-moderne. On accuse le marché de promouvoir les jeux des intérêts glacés du calcul égoïste mais c’est plutôt le délire de toute puissance qui s’impose avec ses certitudes successives et ses foules en transe devant le joueur de flûte du jour. Le marché est un cimetière d’options faisandées.   

 

 

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Si on en revient au néo-pétainisme actuel, son premier élément est l’impératif de ne jamais en finir avec quoi que ce soit. Il s’agit donc de multiplier les réformes, les processus et les évaluations de ces mêmes réformes et processus et lorsque l’échec est patent on réamorce le processus, les réformes, les évaluations. Comme Pétain avait choisi la voie de la Collaboration, ils ont choisi celle de l’euro, de l’ouverture des frontières, du démantèlement du droit du travail, de la destruction de l’école, de la promotion des chefferies d’entreprise, de l’obsolescence objetivore du marché, du dialogue avec l’Islam, etc. Son deuxième élément est le mépris de toute souffrance. Là où vit un homme souffrant, parlant, ils répondent par le contrôle, les technologies et le rire d’où la mortification de l’Art. Le troisième élément est le pilotage de l’homme. Tout ce qui peut recomposer le vieil homme et rendre obsolète sa parole et sa pensée est le bienvenu. Il faut détruire toute trace de matérialisme donc toute recherche causale en promouvant, d’un côté, le holisme du Tout est dans tout et, de l’autre, l’induction empiriste et la pseudo-méthode de l’individualisme sociologique. Le gros mot de Théorie est banni.   

Aussi le premier critère du pétainisme c’est son caractère grotesque qu’illustrent à la fois l’affaire Leonarda, le cireur des pompes de Morelle et les cadeaux distribués à la chefferie entrepreneuriale. Le deuxième c’est le leimotiv moralineux-progressiste qui accompagne toutes les décisions. A ce titre, le sacre de Ségolène Royal est un signe majeur. Le troisième critère c’est la promotion de n’importe quel modèle étranger, la silicon Valley, la City londonienne, la Chine post-communiste, l’Afrique les grands lacs, Deutschland über alles, Poutine en force, le despotisme islamo-éclairé qatari, etc. Quatrième critère, la propagande qui consiste à attribuer à l’ancien régime quel qu’il soit et/ou au Front National, aux corporatismes, aux lobbys, aux syndicats, au racisme (blanc ça va de soi) aux impôts, à l’Etat, aux zétrangers, aux catholiques, aux francs-maçons, tout ce qui ne va pas. Le cinquième est l’antisémitisme qui consiste à décréter que les juifs font chier du seul fait qu’ils existent et qu’il faudra trouver une solution à ce problème récurrent. En attendant, il faudra parader dans les allées du CRIF et tenir la balance inégale en dilection entre les israéliens surpuissants (et méchants parce que jusqu’ici victorieux) et ces pauvres damnés de palestiniens, en particulier, et d’arabes, en général. 

 

 

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On surfe et c’est égal

Partout, égale  blaireaux

A la tête de l’Etat

Un politicard qu’a les foies

Se prétend Roi

Entouré de petits marquis

Que Dieu aurait vomis

Font leurs petites affaires

Parrains socialistes

Mafieux, m’as-tu vu

Et comptes en Suisse

On filtre les parquets de partout

Taubira sauce trois points

Fiers de se dire si républicains

Dans ce miroir sans teint

On surfe et c’est égal

Partout, égale  blaireaux

Qui nous materne ment

Les barons font la claque

Tandis que veille la clique

Des bons clients de classe, adroite

En prenant le bromure

Le mépris des électeurs

N’est que l’arithmétique du dépit

Vert et Mauve se marient

Un nègre hilare entame sa complainte

Jésus en quenelle sur un trône de Triboulet

Revient la haine des juifs

 

légionnaires

 

Revient la peur

Des voisins, des étrangers

Ils sont si veules

Qu’ils disent et font

Ce que les marchés dictent

Et veulent

Mais le dégoût de la vase

Est inévaluable à sa base

Ils parlent de la vie des tiques

Les trois variables

Du tiroir-caisse

On nous ment, on nous ment platement

Qui nous materne ment

Face à la descente vers l’animalité

On accélère, on préfère la choséité

Le PS a carbonisé tous ses tocards,

Ses neuneus, ses viandards

La droite en rajoute à la louche

Elus en princes africains

Plébiscités, corrompus et bourrins

Au pays des faux culs

Le FN, blême, a fait souche

Le petit commissaire Briois

Est intronisé peigne-cul du sieur Valls

Par le sous-inspecteur Copé

De la brigade des empapapaouteurs

Vite éteignez les lucarnes et fermez les écrans

Ils vont bouffonner

A tout jamais

Ils rêvent de chiens, de bergers allemands d’hommes de main

Ils voudraient les roms au gibet

Et les autres coulés, au beau milieu de la Méditerranée

Ils crient « les pauvres au poteau »

Ils ne feront qu’aboyer

On nous ment, on nous ment platement

Qui nous materne ment

On ne meurt jamais seul

Tant leur compassion est plénière

Chez eux

Même la nuit est un problème à résoudre, en comité

La jeunesse ne se consume plus

Elle conforme, elle ensommeille le juste

Elle est assise

Elle fête le solstice et les nains païens

Surtout quand elle pousse les landaus

Et s’exalte de posséder une papamaman

Et quand elle émerge

On la dividualise à coups de modèles,

De lascars, de louboutins, de séries et d’happy few

De masse

La vie courte est le nirvana de chanteurs trépanés

Ça fait dévaler les neurones, les cartes bleus, les bitcoins

Et les rappeurs s’accrochent au wagon en se molestant

De temps en temps, en bons adulescents

On nous ment, on nous ment…

Le show me laisse indifférent

Sur la dose d’horreur quotidienne

Le sourire de l’Empire se fige

Inoxydable et froid

Bons baisers de Russie

Juste un sexe en spontex

Qui absorbe les traces des éjaculateurs précoces

Défilant en rang de pixels serrés

Les médiocres réseaux sont le collecteur des goûts sociaux

Du dispositif NSA et des spéculateurs mondiaux

Firmes et Logos, Freaks de la ménagerie où s’agitent

Les gibbons vainqueurs de la Cosmopolis affairée

On surfe et c’est égal

Partout, égale  blaireaux

On nous ment, on nous ment platement

Qui nous materne ment

Cet ultime post, en expansion permanente et discontinue, n’est pas destiné aux crétins, certaines canailles pourraient en faire leur profit du moins si elles pensent, les autres sont les bienvenus aussi tout commentaire débile ou désobligeant sera systématiquement éliminé.

Absurdité : Le XIXème siècle aura créé deux absurdités parallèles : le suffrage universel et l’infaillibilité pontificale. Jacques Ier et Louis XIV les avaient précédées en inventant la monarchie de droit divin, Bossuet en fut le chantre. Il est donc logique qu’on célèbre sa prose. Le suffrage universel avait conçu comme rêve d’élever le prolétaire au niveau de bêtise du bourgeois par l’éducation. Il y aurait toujours des prolos mais l’état de bourgeoisie serait ouvert à tous. L’effondrement cyclique d’un tel rêve conduit immanquablement à ce qu’avait annoncé Jacob Burckhardt, l’avènement d’une tyrannie ayant pour but de clore l’Histoire.

Alain (Minc) et Bernard Henri (Lévy) : Alain Minc et Bernard Henri Lévy sont les figures juives les plus connues du pays, deux biographies leur furent consacrés, respectivement par Laurent Mauduit et Philippe Cohen, pour ce qui est des titres je laisse à chacun le soin de chercher.

Premier remarque, une absence quasi-complète des femmes dans ces deux bios, on les évoque, mystérieuses Sophie ou Arielle, muses muettes de derrière les rideaux, on les peint donc en ombres chinoises mais rien de cet emballement pour les chairs, de cette soif de déchiqueter et de se perdre qui marque les parcours des hommes de lettres.

A la place des femmes, vient sous l’écriture des deux journalistes, la passion des affaires, le flux monétaire qui se gonfle et circule. On suit Minc à travers les déboires (Fauroux et Péchiney, de Beneditti et la Société Générale de Belgique) mais aussi autour des associations victorieuses avec Pierre Bergé et Bolloré. On convoque le nom appareillé des Rothschild, on peint la fresque d’un club de requins en eau trouble, la dame de Shanghai si l’on veut.

Puis voici BHL et son héritage, BHL et la vente de la société familiale à Pinault, BHL et son action coup de poing dans les bureaux d’une entremetteuse en faillite.

Les deux hommes écrivent comme si le destin d’un juif de renom ne pouvait s’écarter de l’argent, comme s’il devait tressauter le long de ce fil rouge, épuisant tous les appétits.

Dès lors, on opère la première substitution, celle de la monnaie qui vient en place des femmes, ça sent son Shylock mais poursuivons.

Le deuxième point concerne la politique, on y voit le rôle de Minc dans l’écurie Balladur, sa conceptualisation des notions vides d’équité et de discrimination positive, sa lutte sourde contre Chirac et Rosanvallon, soit le conflit entre la bourgeoisie d’estoc et les démochrétiens, la France en ses racines primordiales, coffres-forts et prie-dieu.

Dès lors de Minc, on nous dit qu’il eut des parents communistes (car toujours dans ce type de discours qui oublie ses présupposés un juif suit les deux pôles de la subversion, l’argent apatride et la Révolution, il suffit de relire Maurras, pour les plus fainéants Coston), qu’il fut proche de Nora, que son patronyme sent la Pologne des Schtetlekh (rayée de la carte par le sieur Hitler), on nous dit tout cela en oubliant le frénésie d’un type qui n’a pas de place assignée, qui ne tient son statut social de bouffon financier que d’une réputation de première martingale à l’ENA (école des porcs d’Etat comme la définissait Milner) ou de rites d’adlection dans le club fermé des corsaires sans titres de l’investissement et du pillage d’épargne. Monsieur Mauduit et avec lui d’autres anonymes ou non voudraient que Minc soit le rouage d’un capitalisme de copinage alors qu’il fut, en France, un de ceux qui nouèrent leur destin aux bouleversements en cours du capitalisme, délaissant les rites patronaux qui voulaient qu’on fasse le baiser au parrain, Ambroise Roux ou Bébéar. Bien sûr en millionnaire décomplexé il introduit les mœurs Rolex et gros mots là où les relents de Pétrus masquaient les couteaux et les accidents répétés façon chasse à coure, désormais on meurt comme l’ami Stern dans un collant couleur chair après un intervalle sado-maso, Chabrol n’a plus qu’à changer d’intrigue.

On donne BHL fasciné par Mitterrand puis déçu, tête de linotte, fonçant dans le trou à rats bosniaque. On oublie qu’il n’était pas seul et que les gens du monde, les gens du faubourg si on veut conserver la géographie proustienne, en pinçaient pour l’islamiste discret Itzebegovic, au nom de la multiculturalité bosniaque comme si la Serbie était dépourvue de Voïvodine, de Sandjak, de Kosovo, comme si les serbes suivaient la flûte suicidaire de Milosevic les yeux bandés et des kalashnikov en bandoulière avec la baïonnette pour le final charcutier.

BHL voulait être Malraux et Sartre, il ne fut rien parce que la posture adoptée, celle du marketing moral, ne peut fonctionner qu’à l’aveuglement ininterrompu. On vit donc BHL parader en tête de gondole des combats douteux : l’antiracisme, la Bosnie, l’Algérie des démocrates en uniforme vert olive et j’en passe. Mais Cohen ne voit pas que la rhétorique grand vent de la chemise ouverte masque une croyance démesurée dans le nom de France et de français que BHL associe au discriminant de la Loi morale. Dès lors il refoule les yeshivot dans un coin secret où s’affairait un autre Lévy revenu des marxismes. Douleur intime de se dire juif sans pouvoir témoigner d’autre chose que d’une simple approbation envers les arpenteurs de Talmud, douleur de n’avoir rien su et appris, douleur d’appeler ses enfants Antonin et Justine, douleur de s’envoler dans un Universel de commande au moment où le soutainement des révolutions s’effondre.

Deuxième substitution à l’homme qui corrode les mœurs de la bourgeoisie d’affaires d’obédience démochrétienne, on préfère tracer le portrait d’un Nuncingen renouvelé, à l’homme qui affirme la vacuité de sa judéité, on substitue un bellâtre maculé.

Le troisième point concerne les Lettres. Il est bien évident que les deux hommes sont des essayistes à la mode des Halévy, Maurras ou Thibaudet à ceci près que leur langue n’a plus la saveur de la prose d’idée qui prévaut depuis Montesquieu et dont Péguy avait renouvelé le genre. Minc a donc des collaborateurs, il plagie, il serait donc illégitime au nom de cette loi non-écrite que psalmodie Mauduit, l’écriture est réservée aux tâcherons de l’Université et du Journalisme, exit l’homme libre.

Le même procédé affecte BHL qui semble fâcher avec la précision obsessionnelle de la tradition critique de l’humanisme. Comme agrégé il semble que BHL se dispense de toute relecture au risque du ridicule.

Pourtant la véritable question éludée est celle-ci : comment se fait-il que des hommes riches qui peuvent et déclarent vouloir s’adonner à l’étude, comme le fit Machiavel en son temps, préfèrent l’agitation brouillonne des plateaux et des cocktails, le papillonnement des intérêts, le chatoiement des conversations, en une phrase, les rites de la mondanité.

Proust y répond parfaitement : parce qu’un homme n’écrit pas à la lumière des succès, des lampions et des groupes mais dans le désastre où s’efface la jeunesse et où l’on mesure qu’on n’a plus le temps de se disperser, qu’on est dans la réclusion et la pénombre, emporté vers l’infini de la mort au travail.

C’est donc dépouillé, à la recherche de ses hiéroglyphes intimes que l’écriture se déploie. Sinon elle est au mieux intéressante ou stratégique, symptôme d’un esprit qui n’est qu’une écume du monde, un pli qui se défait dans la dérive.

Même à cette aune Minc et BHL écrivent en miroir, ils s’aiment trop, spéculant sur le collecteur de l’opinion avec ses yeux de mouche qui font qu’on les lit sans jamais savoir à qui appartiennent de tels mots.

Troisième substitution : A la question qui noue l’écriture à la liberté et à la mort des singularités on substitue les règles du milieu journalistique et universitaire qui disqualifie et tient dans l’écart les pestiférés.

Soif d’argent, vulgarité des parvenus, illégitimité de l’exercice noble de l’écriture, les deux journalistes n’arrivent pas à se détacher des clichés de l’antisémitisme ce qui prouve que ceux-ci reviennent. On aurait pu signaler d’autres pistes autour des réseaux qui tiennent les rennes du capitalisme français et où Minc figure une sorte de hussard dont on use et dont on se débarrassera comme on congédie un valet, on aurait pu insister sur le vide d’une judéité qui croit au mythe de la Grande nation, on aurait pu signaler que l’écriture des ces deux hommes est toute entière tissée des mécanismes du marketing, on aurait pu conclure que ces deux juifs français ont la place étrange de l’histrion, on aurait pu y ajouter Badiou et le portrait de groupe aurait été complet.

Ali dit Bobar : Revenu de tout, même du pire, il supervisa les fusions-acquisitions de la branche banque et finance de la Générale de Banque avant le krach boursier final de 2038

Alterinfos : Tiers-mondiste de droite

Amérique (Etats-Unis d’) : Les américains se demandent, parfois, "pourquoi la France ?" Les réactionnaires se demandent toujours par quel mauvais tour de l’Histoire, les uns sont hégémoniques et les autres décadents. Orgueil et mépris accueillent le nom d’Amérique comme le manteau d’Arlequin d’un examen de conscience. Finalement, le réactionnaire se pose la même question que certains américains, mais en plus nombriliste.

Amiral Woland dit le quartier-maître : Gastronome, encyclopédiste de la charcuterie, ses chroniques lui valurent la haine des féministes, des végétariens et l’indifférence des hommes de goût.

Anti-Lumières : Les sources de la pensée contre-révolutionnaire sont nombreuses. Pour de Maistre, l’esprit de la Révolution serait un amour malheureux de la noblesse ; l’Histoire, de la politique expérimentale ; la métapolitique, ce qui échappe à la politique expérimentale, la chose « en soi » qui réintroduit l’ectoplasme de Dieu dans le cours du temps. A ces thèses contre-révolutionnaires s’oppose le jeu des analogies de l’empirisme organisateur de Maurras qui consiste, entre deux constats, à faire émerger une vérité générale. Il trouve le modèle de ce dogme de la ressemblance chez Sainte-Beuve.

De Rousseau à Pascal, le chemin va à reculons mais ne cesse de dire la même chose puisque « l’art de bouleverser les Etats…c’est un jeu sûr pour tout perdre ». A contrario de cet immobilisme, Burke, demandera de tirer le meilleur parti des matériaux existants. Aussi il attribue à l’intellectualité des constituants, l’idée de table rase et l’abstraction des échafaudages révolutionnaires. En effet, les droits de l’Homme se présentent comme un frein au pouvoir politique. Seulement, ils ne permettent pas de distinguer entre un gouvernement despotique et un autre qui respecte les libertés aussi les droits ainsi conçus entretiennent l’illusion de la mise à feu et le prurit de l’incendie. Plus tard, mais dans le même esprit, Tocqueville opposera le mode d’action de l’écrivain et de l’homme d’Etat. La vertu de l’un étant le vice de l’autre.

Mais le contre-révolutionnaire est aussi un antiquaire, un érudit, il n’est pas systématique. Sa cible, c’est le culte du progrès qui désarme toute morale de l’action. Le grand cauchemar c’est l’enfant qui court après le wagon de tête, en implorant qu’on lui laisse enfin une place de peur de camper parmi ces congénères, ringards et autres moisis.

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Antiracisme : Idéologie inconsistante, elle vise l’éradication des préjugés de race et le métissage généralisé ou l’apartheid de fait baptisé du nom de multiculturalisme. Dans sa version progressiste, elle entend réduire l’homme blanc à un nazi masqué dont le ventre est encore fécond de la Bête. L’antiracisme est donc une machine à innocenter pour l’éternité tous les peuples de l’ancien Tiers-Monde car comme l’écrit Emmanuel Todd dans son livre, le rendez-vous des civilisations, le père russe, lui viole sa belle-fille systématiquement en raison de son régime familial patrilocal et exogame. Dans sa version capitaliste, l’ouverture de l’arc-en-ciel au sommet se double d’un mépris de classe de fer.

Arabe : Ne jamais dire crouille, bicot, raton, petit gris mais le penser très fort. Souhaiter son éradication, la prêcher parfois. L’arabe est racailleux de nature, il est le parfait antonyme de l’honnête homme, la figure sur laquelle cracher, le type à exécrer. Si c’est une femme, sa sensualité orientale échappée d’une danse du ventre peut parfois attirer. Il est donc symptôme et matrice de tout le mal dans le pidgin réactionnaire standard, ce qui maintient, en retour, la fascination pour cet être fantasmatique

Aragon : le sang de la nuit moderne est une lumière chantante

Ariès Philippe : Un des plus grands historiens des Annales. A ce titre, il est peu connu.

Aristocratie : Toute aristocratie naît de ce constat : il est impossible à un homme luttant pour sa seule survie d’être un créateur à la fois législateur et médecin. Le travail est donc avilissant aussi seul le besoin d’art, qui englobe la guerre, confère à l’homme de la dignité et permet de sanctifier l’existence. Ainsi, le travail est la condition honteuse de l’art, honte que l’Eglise a tenté de surmonter en séparant les ordres de l’existence et en affirmant que chacun d’eux avait son honneur propre. Le combat entre le règne et le sacerdoce, durant la période médiévale, eut donc une signification très claire : l’Etat entend conférer l’honneur aux seules castes nobiliaires et aux serviteurs du Roi, l’Eglise entend défendre l’honorabilité de tous, dès lors que chacun est pris dans un ordre et tient sa place. Toutefois, comme cet ordre mondain n’est qu’un amas de vanités, l’Eglise le double d’un ordre supra-mondain où se tiennent, dominant l’Humanité de leur perfection, les saints, en passe de remplacer un à un, les anges déchus.

L’aristocratie est donc à la fois, un ordre distinct et une supériorité.

La modernité, soit la destruction créatrice avec son cortège de décharges et de déchets ou comme l’avait bien nommée René Char, le marteau sans maîtres, cette modernité, à la fois capitaliste et technique, n’a pas éliminée l’aristocratie en détruisant l’ordre ancien. Elle a transféré l’ensemble des coordonnées de l’aristocratie, sa Qualité irréductible, sur le génie, qu’elle a séparé des masses. Néanmoins, comme la modernité se veut égalitaire et scientifique, l’Homme est conçu sous trois aspects : l’espèce (donc la race) ; l’opposition entre les dépossédés (prolétaires) et les usurpateurs (les bourgeois) ; le quelconque (celui qui sort de la foule pour s’en distinguer). Le Génie sera donc, tour à tour, celui qui conduit la race, à savoir le joueur de flûte, le révolutionnaire et un ensemble indéterminé d’avatars démocratiques qui vont de l’artiste au savant en passant par l’entrepreneur, le sportif, le chanteur de variétés, le gangster, le protagoniste d’un jeu télévisé, etc.

Aryen : Mythe esthético-racialiste, il s’oppose à la figure idéologique du métis qui en est le dépassement néo-jésuitique.

Autre : Le seul Autre de l’homme, c’est Dieu.

Bardot Brigitte : Castratrice d’âne et hostile à l’abattage hallal, elle passe pour proche du Front National.

Baroque et Fatigué : Infatigable combattant de l’aggiornamento catholique, sa passion pour Nimier le conduisit au secrétariat général du Quai d’Orsay où il rédigea la tentation de Yaoundé

Benoist Alain de : Homme-orchestre de la nouvelle droite, son œuvre prolifique, sa fonction de passeur entre les mondes allemand, français et italien, son rêve éveillé d’un remake de la révolution conservatrice sans le nazisme en font un perpétuel graphomane mélancolique.

Bezos Jeff : En 1995, Jeff Bezos a 31 ans, il décide de créer Amazon. En 2013, il serait la 49ème fortune mondiale. Il vient de racheter le Washington Post. Son désir de tout voir, tout traverser, s’innerver dans l’œil divin est évident. C’est un désir d’époque. L’administration Obama lui a servi la soupe en traînant devant les tribunaux pour entente illégale les cinq plus grandes maisons d’édition américaines et Apple. En contrepartie, Bezos s’est chargé de laisser pourrir Wikileaks dans les oubliettes. Cela aurait pu être les autres mais c’est lui, un choix dans le non-choix, une alternative dans l’absence de chemins qui bifurquent. Avec Internet et sa capacité infinie de collecte de données, Bezos comme la NSA pensent ratisser les désirs de populations dividuelles se chiffrant en centaines de millions. Une population qu’on peut décomposer et recombiner selon la ligne des goûts et des offres de marché auxquelles se réduit son monde. S’adresser à chacun comme à un petit point de l’amas statistique agrégé tout en le berçant du discours lénifiant du You’re the best, you’re different, You’re workin’hard, You’re fun et You’re makin’ history. Bezos, comme la NSA, ne créent pas rien, pas plus que le bitcoin n’est une monnaie, en revanche, ils jouent sur l’émergence collective, une émergence désarmée. D’un côté, les prédateurs, de l’autre, des proies apeurées qui grognent. Pas le nombre mais la collection impuissante des choix forcément grégaires des consommateurs. La démocratie telle qu’elle est  et non telle qu’elle se voit et s’imagine. Un applaudimètre.

Amazon Europe Holding Technologies SCS, enregistrée au Luxembourg, est une holding qui n’emploie personne et ne paie aucun impôt. C’est une réserve, le cash, les brevets, la puissance de feu de Bezos, la marque de la Bête étant le Kindle qui évite au lecteur de tourner les pages. Selon les registres du greffe, près de 2 milliards d’euros y sont entreposés. En tout 9 milliards de $ seraient disponibles pour toute offensive à venir. Le chiffre d’affaires de la holding dépasse les 61 milliards de $, la « valeur » de la Firme, 135. Le réseau d’Amazon s’étend sur le monde obscur des paradis planétaires. Singapour, le Delaware, les îles vierges, Chypre. On y ajoute le Royaume-Uni et l’Irlande, l’Allemagne et la Chine ou l’Espagne. La France n’est pas qu’une chiure minuscule dans l’empire amazonien, 1150 salariés, 4 sites sur 89 dispersés sur le Globe. Une entreprise rentable dont Euro-RSCG assure la com’ hexagonale.

Amazon est une machine capitalistique dont le mode est la destruction d’emplois et la sujétion. Tenir l’opinion, le monde de l’édition et ses employés dans la sidération permanente de l’exploit à venir et de leur mort ou absorptions programmées. L’agencement collectif incarné Bezos l’ubiquiste qui envoie ses drones jusque sous vos fenêtres est celui qui pressure tant les forcenés du travail qu’il dispose dans le parking de ses entrepôts des ambulances en cas d’accident cérébral ou de coups de chaleur. Comme la holding manie l’intégration verticale et le néo-taylorisme, elle a racheté le fabricant de robots, Kiva Systems pour presque 800 millions de $. L’alchimie de Bezos est celle de toutes les dark satanics mills, transformer la qualité en quantité, le travail en servitude. Le diable n’est pas un gentleman, il ne l’a jamais été. Le diable est un enculé, qu’on se le dise.

Pour la seule année 2012, American Booksellers Association évalue à 42 000 le nombre d’emplois éradiqués par Amazon dans le secteur : 10 millions de dollars de chiffre d’affaires pour Amazon représente donc trente-trois suppressions d’emplois dans la librairie de proximité. Et Amazon est le magasin universel, comme on cause de banque du même nom, car les escrocs se parent toujours des atours de l’Humanité. On peut y acheter une pelle à tarte, un slip, un teckel bas de porte anti-courant d’air ou un taille-haie électrique, selon l’humeur du moment.

« Je travaillais en équipe de nuit. La prise de poste se faisait à 21h30 et le “shift” se terminait à 4h50. Officiellement, selon l’agence d’intérim, je marchais plus de 20 km par nui. J’ai été embauché au poste de “picker” dont la fonction est d’aller chercher la marchandise réceptionnée par les “eachers” et rangée par les “stowers” dans les rayonnages des hangars, puis de l’amener à un “packer” chargé de les emballer. Il doit rester debout. Il n’est pas autorisé à s’asseoir. L’appareil électronique, la scanette qui permet d’identifier la marchandise, est géo-localisable. Les contremaîtres peuvent ainsi surveiller à quel endroit un “picker” se trouve dans l’entrepôt. Plusieurs fois par nuit, il vient vous informer de votre taux de productivité, enregistré en temps réel. Si un salarié ne respecte pas la cadence, les sanctions peuvent aller jusqu’au licenciement. La pression est telle que nombre d’entre eux souffrent de maux de dos, de dépression. Beaucoup de travailleurs en CDI finissent par jeter l’éponge après plusieurs années de travail chez Amazon. La moyenne d’âge est 25-35 ans. Les pauses sont rognées par le temps de marche vers les pointeuses situées au bout de l’usine. À la sortie, les salariés doivent parfois passer à travers des portiques pour vérifier qu’ils n’ont rien volé. S’il y a un doute, les vigiles peuvent utiliser des détecteurs de métaux et effectuer des fouilles au corps. Les travailleurs sont fouillés dès qu’ils sortent de l’entrepôt, sur un temps non rémunéré, pouvant aller jusqu’à 40 minutes par semaine. »

C’est la description du bagne selon Metropolis, Fritz Lang était visionnaire, la Nouvelle Eve est en cours de fabrication.

Selon Ben Sihamdi, un ancien manager, un initié peut consulter les informations personnelles de n’importe quel travailleur Amazon dans le monde, l’historique de ses rendements, les classements par entrepôt grâce au logiciel Full Center Console. A l’employé de dépasser le quota fixé, de devenir, « top-performer » et de s’habiller selon les journées à thème lancées par la Firme fun. Kindle Fire tient ses serfs virtuels dans son fief virtuel, « nos clients achètent plus de livres électroniques que de livres reliés », bientôt ils achèteront plus de n’importe quoi sur catalogue virtuel que de n’importe quoi en magasins. Un univers de monades reliées se profilent qui ne cesseront plus de s’oublier et de s’éviter. L’agencement collectif incarné Bezos trouvera autant de décérébrés à gaver, de jeunes gens à pressurer et de mercenaires à corrompre pour satisfaire son appétit abstrait d’empereur du kitsch et du médiocre. Car Bezos n’existe pas, c’est un mythe.

Le manque d’imagination a été le présupposé psychologique de la saga Amazon, dont le commando continue à agir sans qu’aucun cri opposé de la dignité humaine ne lui réponde plus, pour rassembler à nouveau la masse dissoute en destins individuels. Il n’y a plus d’arbalètes et plus de tyrans mais de la technique et des bureaucrates. Il n’y a que le bouton sur lequel appuie l’élément ploutocratique mais il n’y a aucun visage responsable, juste un prête-nom. L’autocratie comme dispositif technologique. Et tous sont mus par la parole creuse du seigneur hasard qui régit la quantité.

Blanchot Maurice : Qu’est ce que l’amitié ? Le véhicule de la désorientation

Blanrue Paul-Eric : Fondateur du cercle zététique, sorte d’épiphanie de la Vérité vraie pour les nuls, ancien légitimiste, ancien frontiste, c’est désormais un ami de Paul Faurrisson. Son ouvrage sur Sarkozy, Israël et les juifs, lui valut un certain prestige dans les cercles concentriques de l’antijudaïsme.

Blueberry : Célèbre avocat inscrit au barreau de la Roche sur Yon, ses chroniques judiciaires firent la joie des grands et des petits

Bonnets rouges : 1675, l’édit sur le papier timbré déclenche des émeutes à Bordeaux, Rennes, Saint-Malo, Nantes. En Basse-Bretagne, la révolte se répand. En Cornouaille, les insurgés se rassemblent à l’arrivée des gabeleurs qui organisaient la levée des nouveaux droits sur le tabac, l’étain et les actes notariés, un mixte entre Ecomouv et le fisc. Seulement, dès la première escarmouche, à Briec, les Bonnets rouges mettent en accusation les seigneurs qu’ils désignent comme les complices des gabeleurs quand ils ne les voient pas comme des simples gabeleurs, des affameurs car ils ont bien compris que ceux-ci prennent leur part dans l’affermage des impôts imposés par le conseil du Roi. Dès lors, ils ne réclament plus seulement l’abolition des taxes nouvelles mais la réduction des charges seigneuriales, une entaille dans le pacte féodal et absolutiste. La « Requête de la populace de cette Révolte », un de leurs manifestes, est explicite, « nous nous pleignons de la plupart de la noblesse de ce païs, qui nous maltraite en beaucoup d’occasions, tant pour Corvées, que pour Champars et pour droit de moulin ». Elle poursuit en désignant à la vindicte, « une partie des Gentilshommes qui nourrissent un grand nombre de brebis et autres bestiaux qui nous causent de grosses pertes dans nos bleds, parcs et terres…En outre ils ont un grand nombre de pigeons qui gastent nos bleds quoyque n’ayons pas permission de les chasser ». Puis viennent les noms car les Bonnets Rouges ne restent pas dans le vague, le Sieur du Pont l’Abbé, le Sieur Tiovaelen et celui du Cosquer qui finira lyncher par la foule à Quimper, au plus fort de la geste émeutière.

Puis la Requête s’en prend aux droits sur le vin et aux nouveaux impôts comme les manifestants actuels brûlent les radars parce qu’ils savent que les gens honnêtes ont droit à la sollicitude des pouvoirs publics, c’est-à-dire à la tonte. Les Bonnets Rouges du temps jadis ont compris qu’on les a pelés comme des moutons à surtaxes et continuent la litanie, revenant sur ces gentilshommes, les politiques d’alors qui ont « osté un grand nombre de nos armes du temps passé. Et quand le Roi en a besoin de se deffendre contre ses enemis ils nous ont contraint par force, des personnes qui n’avoient pas de pain à manger de vendre même leurs meubles pour acheter derechef des armes. En outre nous pleignons des gentilshommes qui coupent des arbres dedessus des fossés en droit réparatoire » car toutes les vexations doivent être réparées au jour de la révolte.

Vient donc le tour des gens de robe, ces « juges » qui « présentement n’ont aucune considération ny pour les pauvres, ny mineurs, ny pour la pauvre populace. Ils les accablent en toute occasions, en tenant leur procez tant que leur bien dure et les tenant toujours en angoisse ; c’est pourquoi nous cryons miséricorde contre la justice » afin que toutes les dettes soient effacées comme l’annonce le Lévitique. Les Bonnets Rouges ne brûlent pas seulement les portiques d’antan, ils ont pris les armes, parce que tous les recours ont été piétinés. Le désordre du monde, leur monde, demande réparation. « Nous ne pouvons avoir justice. C’est pourquoy nous sommes obligés de nous mettre en deffence contre la justice et contre la Noblesse ». Financiers, politiques et gabelous mêlés dans la même exécration.

Le duc de Chaulnes, gouverneur de Bretagne envoie, à Colbert, une lettre dans laquelle il qualifie la revendication des insurgés de modérée car il sait qu’ils en appellent au Roi tandis que les Bonnets rouges de 2013 savent parfaitement qu’Hollande est un pantin, si bien qu’ils pourraient aussi bien en appeler au peuple français comme à Dieu. Cela n’empêchera pas le même Duc d’occuper militairement le pays et d’annuler les concessions faites par les seigneurs dans des actes notariés quand ceux-ci craignaient de voir flamber leurs granges et demeures.

La prise d’armes des Bonnets rouges ne s’appuie par sur un fantasme pas plus que la révolte de 2013 n’est la conséquence d’un modèle agro-industriel à bout de souffle comme l’écrit le Monde. On trouve dans un registre paroissial de Lampaul-Ploudalmézeau, en Léon, une note du recteur, datée de 1674. Elle accuse le seigneur de Portsall de réduire les paroissiens, « à l’aumosne par un édit de sa cour », car les tribunaux sont seigneuriaux comme aujourd’hui, ils sont peuplés par les créatures d’Etat de l’Ecole Nationale de Magistrature. Ce seigneur s’est « fait adjuger des droits sur un ruesseau nommé le froud qu’il prétend luy apartenir, et autant de charreté de lin verd ou crud qu’on y rend pour rouir, autant de six sols pour luy, autrement un procez dans sa juridiction où il n’est pas possible de trouver un procureur qui luy soit adverse » ». Il concède aussi des places sur le rivage où échoue le goemon, engrais du temps, contre un prélèvement du 1/3. Plus au sud, les paysans sont en butte aux joyeux moines de Saint-Gildas de Rhuis auxquelles ils refusent la corvée de transporter leur bois ou du blé. On les condamne, les sergents venus saisir leurs vaches en représailles sont dérouillés, l’affaire est portée devant le Parlement et traîne plus de vingt années.

Comme l’avait bien vu Jean Jacquart, cette insurrection intervient après un long processus de paupérisation qui touche progressivement tous les groupes sociaux de la société rurale. Cette paysannerie a bien tenté de lutter contre le rouleau compresseur de la seigneurie et de l’Etat absolutiste mais Jean Jacquart conclut que la révolte est vaine si bien que la dégradation de la condition paysanne, qu’un Voltaire n’a jamais vue parce qu’il préférait chanter les louanges de la tolérance au sein des courtiers de la Bourse de Londres, touche aussi bien les manouvriers sans terre que les tenanciers parcellaires ou les gros exploitants des grandes fermes seigneuriales ou  cléricales. Ce que Mélenchon appelle aujourd’hui, une révolte d’esclave en consultant, circonspect, le précis d’histoire de la Révolution française d’Albert Soboul. Le paysan auquel Voltaire, toujours lui, héros de tous les républicains, offre son mépris est dépeint comme rude, ignorant, crédule, fourbe, brutal. Bien sûr, on peut se consoler en disant avec Madame du Deffand qu’ici-bas, « toutes les conditions, toutes les espèces, me paraissent également malheureuses depuis l’ange jusqu’à l’huître » mais le cafard de Madame du Deffand était alimenté par les français moisis du temps.

Madame de Sévigné, prudente avait évité la région de Vitré, elle ne voulait pas voir, les grappes de pendus aux arbres des chemins que Monsieur Colbert, qui avait pris la succession de Fouquet dans le service du Roi et la concussion, avait voulues comme un avertissement solennel. Le pouvoir actuel scrute, anxieux, les « marchés financiers », mais il ira jusqu’au bout de la fiscalité écologique. Louis XIV avait du se dire qu’il ne fallait plus temporiser, asservir son propre peuple est donc une sorte de constante. Seules les modalités diffèrent.

Bouchard Marie-Thérèse : pasionaria de la Ligue des contribuables, elle émigra à Genève en 2018

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Breivik Anders : Terroriste de droite le plus connu à ce jour, son manifeste de 1500 pages est à placer d’urgence dans le Guinness des records.

Breton André : Petit ours en peluche bleue qui composa la symphonie Nadja

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Buisson Patrick  : Une âme maurrasienne dans un corps de sondeur. Décoré de l’ordre de Saint-Grégoire-le-Grand c’est un adepte du populisme chrétien.

Camus Renaud : Seul pédé patenté de la réacosphère, au sens large du terme, Didier Eribon l’a comparé au Jouhandeau du péril juif car tout bon pédé est de gauche. Pourtant Monsieur Camus n’a jamais fait le voyage de Weimar mais celui de Gascogne. Il observe depuis son château gersois les derniers oripeaux de sa civilisation française moisir en silence.

Capitalisme ou la métaphore du hamster : « Ici il te faut courir de toutes tes forces rien que pour rester en place »

Catholicisme : Souvent revendiqué, il oppose les catholiques sociologiques et les convertis. Pour les premiers le catholicisme est une tradition familiale ou un groupe de référence, en tout cas un attribut du clan. Pour les seconds c’est un mystère et un appel. L’intersection entre les deux est le plus souvent nulle.

Cattori Silvia : Pasionaria antijuive mais suisse

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Céline Louis-Ferdinand : Auteur fétiche de tous les réactionnaires. Son parfum de scandale antisémite attire dans ses filets tout un peuple de lecteurs qui avance en frissonnant. Devant l’épaisseur de ses ouvrages de fiction, il semble que, découragés, nombre de ses fans l’aient transformé en trademark. Il vit que le monde était un temple aztèque et pensa que le judaïsme et son avatar chrétien étaient nés pour transformer ce monde en brasier. Il se fit médecin, druide puis chamane, il finit parmi ses chats et les tutus dans des odeurs d’encrier et des bruits de feuilles froissées. Le crime lui avait collé aux fesses, il en fit une œuvre.

Ceresole Norberto : Théoricien fasciste argentin assez brouillon, mentor « caché » de Chavez

Chauprade Aymeric : Conseiller en poncifs géopolitiques, il est un soutien de moins en moins discret de Marine Le Pen et un invité du club poutiniste des nouveaux riches Valdaï. Installé dans la patrie de feu Jorg Haider, il dispose à Moscou d’un porte-voix en la personne du saint-cyrien Xavier Moreau, fondateur du groupe de sécurité Sokol.

Choix collectifs : La démocratie parlementaire, par son incurie, pousse bien à l’augmentation incessante des dépenses publiques en faveur du rêve pavillonnaire, de la démesure pléonexique et des meutes oligarchiques qui savent parfaitement concentrer les décisions en quelques points. Aussi, l’assistance sociale et la charité publique sont le barnum qui permet de masquer les fondations de ce désordre établi. De fait, chaque attaque gouvernementale ou para-oligarchique contre le salaire minimum, les corporatismes syndicaux ou l’assurance-chômage sont une défense en acte du revenu minimum garanti pour le capital, du corporatisme de la finance et de l’assurance bancaire illimitée que prodiguent ces figures tutélaires que sont les banques centrales de tous les pays. En conclusion, l’aide publique au capital n’entrave pas la cupidité mais la produit et l’aiguise. Peut être faudrait-il emprisonner nos financiers dans des Global Finance’s Houses, en leur imposant le port d’une tenue distincte, en leur interdisant tout rapport avec leurs semblables restés à l’extérieur, et, en autorisant, durant leur vie, tout prélèvement cellulaire et après leur décès, tout prélèvement d’organes. Juste pour voir une fois, ce qu’il en est, sans trop de massacres, de proclamer, publiquement, comme on annonce régulièrement, « la pauvreté est un crime », la richesse est une saloperie.

Civilisation Occidentale : Mythe de droite qui est venu remplacer celui du bon vieux temps d’avant le 5 mai 1789. Fabriquée, dans les laboratoires de la guerre froide, la notion de civilisation occidentale élimine toutes les discontinuités et l’ensemble des cultures pré-industrielles qui ont façonné l’espace euro-américain. C’est le résultat d’une pensée massive à la Brecht qui permet de relier saucisson et culture occidentale et d’opposer le porc laqué à celle-ci.

Civilité : Parure de l’honnête bourgeois.

Classique : Pour tout classique, il existe un plaisir anthropologique du sentiment qui ne se confond pas avec la science ou la technique. Les anciens comme la théologie catholique lui servent de matériau, c’est-à-dire de ruines. Il n’est donc fidèle qu’à son œuvre.  S’il a pour ennemi les idéologues et les quiétistes, le classique cherche à établir un attribut éternel de quelque art que ce soit. Son classicisme commence par son étude et son étude est tout sauf livresque. Le classique ne discute pas, il explore. Le style relâché de l’affairiste Beaumarchais avec son « tout finit par des chansons » lui fait horreur. Il ne joue pas pour un parterre, il n’exécute pas par contrat, il compose dans le tissu de l’éternité. Entre l’illusion et l’abîme, le théâtre de foire et la déchetterie, le classique tient debout le squelette de la nature humaine, il est le lien vivant entre les anciens et nous, il est l’ancien de retour et le contemporain de projection, il est le passeur et le pont. Le classique est celui qui s’identifie à sa propre représentation, partout il force le trait dont il est déchiré. Le classique introduit l’amour comme ressort de la machine humaine. Cela n’est pas chez les anciens, cela n’est pas chez nous, cela n’est même pas chrétien. Tout Paris pour Chimène a les yeux de Rodrigue. Un classique peut dire cela, un autre ne l’entendrait même pas. Il ferait comme Wauquiez, il irait sur Youporn, il ne saurait pas que l’amour est affaire de langue et non d’images. A part les pervers on ne se voit jamais aimer, on se déclare tel et on fonce sur un chemin qui n’a pas d’autre issue que la victoire ou la défaite totale à moins qu’on ne prenne les campanules pour les fleurs de la passion. On n’emprunte pas le voile du serpent, cette série de détours et de caches, on n’entre pas en initiation névrotique du côté de la courtoisie, on brûle, on est comme foudroyé et transformé, on veut posséder, on scelle le corps et l’âme par où la passion dévastatrice s’insinue. Le classique célèbre dans un cadre géométrique qui tend à l’infini un sacrifice, ce qu’il monte, c’est une messe pour tous les temps présents, mais une messe rationnelle. Le classique compose, déplace, condense, il trace le graphe cartésien du temps et de l’espace et dessine la figure tragique ou comique selon le mobile des passions. C’est moi seul qui pouvais me détruire est la maxime du classique, il compte sur l’homme pour se dévorer et conjuguer l’art tauromachique d’Eros et de Thanatos, il n’a besoin ni de mystère brumeux, ni de symboles hagards et vides ni de forces sociales et historiques avec panneaux indicateurs et gros sémaphores. Il énonce simplement « Et monté sur le faîte, il aspire à descendre ». Un classique ne se livre pas, on ne trouve pas d’exhibitionnisme chez lui, son tas de secrets, il ne le dit ni misérable, ni rien, il le tait. Le carré du classique assemble du côté du couple, la passion et l’amour, du côté de l’éclat mondain, l’Etat-couronne et le calcul politique. Quand l’amour est conjoint à la Couronne, la gloire en est l’enfant, quand la passion et le calcul sont alliés et l’emportent, il ne reste que la terre brûlée. Rien de grand ne s’accomplit sans passion, mais rien de pérenne ne s’impose sous ce seul motif. Où l’on retrouve le sacrifice, l’eucharistie « est aussi une figure de celui de la Croix, et de la gloire et une commémoration des deux ». Il s’en suit que celui qui n’a pas connu l’amour est un humain en manque, un Faust bavard. Contrairement à ce qui est généralement avancé, les romantiques ont tous renoncé à l’amour et il faut attendre les surréalistes pour retrouver des héros français, des héros qui ne renoncent jamais, quitte à finir carbonisés car un amoureux est rétif à tout esclavage alors qu’il figure pour un contemporain une sorte d’idiot du village ou d’aliéné car le post-moderne renonce à tout sauf à la validité de son portefeuille et à la réitération de ses jouissances, même pitoyables.

Cochonne christique : modèle aussi répandu que l’étudiante ignare, l’idiote inutile et la précieuse grossière.

Collard Gilbert : assure les entrées et sorties du côté des Loges

Condamin-Gerbier (la confession de) : J’ai 42 ans, je suis originaire de Saint-Étienne. Dans ma famille, je suis le premier à m’être expatrié à plus de 50 kilomètres de la maison. J’ai quitté Saint-Étienne en 1990, à 20 ans, pour faire Télécom Paris avec une spécialisation en finance internationale, non pas pour gérer les fortunes, mais pour les activités de marché. A l’époque, je voulais être trader. C’est dire si j’étais con.

Le patron du master m’appelle et me dit : “On a une demande un peu particulière qui ne nous est jamais arrivée. On a été approchés par une famille française qui a un family office.” Je découvre alors le terme. Il m’explique que c’est une structure qui professionnalise la gestion de l’ensemble des affaires d’une famille. De la gestion de leur quotidien jusqu’à la gestion de leur patrimoine. Des super-secrétaires privés, des sortes d’intendants ou de régisseurs post-modernes et en costard qui s’occupent de tout. De la gestion de leurs employés, de leurs déplacements, leurs œuvres d’art, leur immobilier, leur bateau, leur avion, l’éducation des enfants, le goûter d’anniversaire de la petite dernière.

J’arrive donc à l’hôtel de Crillon, place de la Concorde à Paris.

La famille en question est la famille Chancel. Monsieur Jean-Louis Chancel est très peu connu, excepté pour son domaine viticole dans le Lubéron, qui produit un blanc, rosé et rouge de bonne facture. Originaire de Marseille, Jean-Louis Chancel est très proche de la COMEX et de son fondateur, Henri Germain Delauze. Il est résident, pour des questions évidentes de fiscalité, au Royaume-Uni, et a des intérêts dans le monde entier.

Monsieur Chancel a fait fortune dans le négoce de matières premières agro-alimentaires : l’huile, le jus d’orange, le café, le sucre. Il a su reconvertir le savoir-faire colonial des affairistes du vieux port. Il a vendu son groupe pour une très belle somme d’argent. Il décide alors “d’organiser ses affaires”. On est en 1994. J’entends pour la première fois un mot que je vais entendre quasiment tous les jours pendant les dix-sept ans qui vont suivre : le mot “trust”. Pour le jeune Stéphanois de 24 ans que je suis, originaire d’une famille de classe moyenne, la découverte de ce monde des grandes fortunes me fait bander.

On me rappelle pour revenir le lendemain matin. En l’espace de cinq jours, je vois ce monsieur vingt-quatre fois. À chaque fois il me rappelle. Parfois, juste pour prendre un café. On parle de tout et de rien. Parfois, on évoque des sujets qui ne le concernent pas. Il m’évalue. Sur quels critères je n’en sais rien.

Au bout du 23e entretien, M. Chancel me dit : “Si le boulot vous intéresse, il est à vous.” Il ajoute : “C’est quoi le salaire moyen de sortie de HEC ? Je vous donne trois fois le montant. Vous serez extrêmement bien payé, mais j’attends de vous une parfaite disponibilité.” J’accepte. Je signe un contrat d’une page. Une particularité du droit de Guernesey. Ses affaires personnelles se gèrent entre Londres, où il est résident, la Suisse, Guernesey et les Bahamas.

Je me retrouve, le dimanche 27 juin 1994, en fin d’après-midi, à descendre d’un avion sur l’aéroport de Guernesey, perdu au milieu de champs de vaches. Je suis logé dans une belle villa que je partage avec deux autres expatriés. On fait tourner autre chose que les tables et on attend. Le lendemain matin, on vient nous chercher en voiture. J’arrive à St Peter Port. M. Chancel n’est pas là. Mais on me donne une liste de choses à faire, on ne m’explique rien, on ne m’enseigne rien. Un vrai puceau.

Mon job ne dépasse pas l’optimisation fiscale. Même si je me rends compte qu’il y a des sommes qui sont remises à certains héritiers pour appuyer leur train de vie, enfants et beaux-enfants, résidents français, eux, et qu’elles ne sont pas du tout déclarées. Aussi ils pourront dire qu’ils se sont faits tout seuls, sans l’aide de personne, sans béquilles, sans rien. De vrais kadors.

Un jour, on m’appelle pour me dire qu’il faut impérativement que je me rende à Courchevel, où madame est partie avec ses petits-enfants. Dans une station-service où elle s’est arrêtée pour faire un plein, elle s’est fait voler son sac. Elle n’a plus de papiers, plus d’argent, plus rien, pas même un bâton de rouge à lèvres. Il faut lui amener en urgence du cash. Je pars à Londres, où je prends un avion pour Genève. On rouvre les portes de la banque, le Crédit suisse. J’arrive, je montre mon passeport, on m’accompagne dans une salle et on me demande pour qui est cet argent. Je réponds qu’ils ont reçu les instructions depuis les bureaux du Crédit suisse de Londres. Les personnes de la banque décident d’appeler les autorités, ils ne me connaissent pas, après tout.

Quelques minutes plus tard, Jean-François Beausoleil, qui est l’actuel patron du Crédit suisse pour toute la Suisse romande, mais qui était le directeur de l’agence de Genève à l’époque, arrive. Il me remet ce qu’il doit me remettre et pour s’excuser, organise le transfert en hélico depuis Genève jusqu’à Courchevel et retour jusqu’à Lyon. À Lyon, un avion privé me ramène à Guernesey. Cette fois-là, j’ai transporté un million de francs suisses.

Toute la structuration fiscale de cette famille se fait sous forme de trusts et j’apprends beaucoup de choses avec des avocats anglo-saxons et des avocats français qui les conseillaient sur les effets du trust en France ou en Suisse.

À l’époque, la famille Chancel a négocié un système efficace. Ils ont incorporé – c’est-à-dire créé – une banque aux Bahamas, du nom d’Apax, qui n’a pour clients, comme son nom l’indique, que les membres de la famille. Cette banque a une licence bancaire, elle a du staff, des bureaux, c’est une vraie banque, mais elle ne gère que l’argent de la famille. La banque est sous-dépositaire de comptes auprès de Crédit suisse Guernesey. Crédit suisse Guernesey acceptait de ne connaître comme client que cette banque parce qu’ils pensaient, au départ, qu’il n’y avait que des membres de la famille.

M. Chancel réalise que ce système est lucratif et discret : il joue sur deux juridictions, utilise une banque qui a un triple A qui rassure tout le monde, alors qu’officiellement, il n’existe pas auprès de cette banque suisse. Comme c’est un homme d’affaires, un entrepreneur qui cherche d’autres choses à faire pour s’amuser un peu, il se dit que ce système est une opportunité pour tous les gens qui ont des fortunes similaires à la sienne. Il commence alors à faire de cette banque privée et de son family office un vrai business en plus de ce qu’il fait avec sa propre famille.

Il négocie donc avec le Crédit suisse la possibilité d’ouvrir des rubriques à l’intérieur de son propre compte. Il y aura autant de rubriques qu’il y a de clients dans cette banque. Chaque fois qu’ils ouvrent un compte pour quelqu’un, Crédit suisse émet une lettre sur son papier à en-tête, signée par ses dirigeants. Il crée ainsi ce qui n’a jamais été créé depuis, le compte bancaire au porteur.

Si vous devenez client de la banque de M. Chancel, officiellement vous avez un compte auprès d’un établissement des Bahamas, mais vous avez tout de suite derrière un autre compte auprès d’un établissement de Guernesey triple A, le Crédit suisse, qui émet une lettre, une simple feuille A4, stipulant que le porteur de cette lettre est titulaire du compte n° 234.671, par exemple, déposé auprès de Crédit suisse Guernesey et jouit de tous les droits associés à l’utilisation de ce compte. Droits protégés par sa Gracieuse majesté et tous les lascars de la City. Vous pouvez ensuite vous pointer dans n’importe quel établissement du Crédit suisse et retirer ce qui se trouve sur le compte désigné sur la lettre. Chancel est un pionnier et a rentabilisé ce dispositif, qui existe depuis 1986, en six mois.

En 1994, sa banque est un mini-empire, avec une dizaine de milliards d’équivalents euros en actifs. M. Chancel réussit à démarcher beaucoup de grands noms français, des grandes familles, quelques-unes très connues. Il y a des clients internationaux, mais M. Chancel étant français, la clientèle l’est majoritairement.

Après trois ans, j’ai toujours envie de rester dans le même domaine mais sans Monsieur Chancel, j’ai appris, je veux voler, seul. Je m’en ouvre à l’un des avocats de M. Chancel qui est aussi celui de la famille Latsis, futur propriétaire du groupe bancaire EFG. À l’époque, ils ont une banque en Grèce, une banque en Suisse, La Banque de dépôt, qu’ils ont achetée à la famille Onassis, et une banque à Londres.

La famille Latsis a alors une ambition : créer un vrai groupe bancaire. Spiro Latsis demande à me rencontrer. Je le vois, ainsi que toutes les équipes qui sont autour de lui, et ils me font une proposition très intéressante avec deux responsabilités : m’occuper de certains investissements dont est chargé Spiro Latsis dans l’Europe francophone et développer le même genre de plateforme offshore que celle de M. Chancel. Je travaille pour eux pendant trois ans.

Je rencontre deux types de clients en face de moi : ceux qui sont dans une recherche d’optimisation fiscale et une proportion majoritaire de clients, européens et français, pour qui, l’impôt est l’ennemi parce que l’impôt c’est le souverain et qu’ils se fantasment en maîtres du monde, au-dessus des Etats qui sont faits pour les cons, les moutons à tondre parce qu’on jouit toujours de mépriser. C’est même ça la richesse, le droit de mépriser en bloc. Et quand on n’est pas riche et qu’on aspire à l’être, on commence par là : le mépris. Un peu comme Hegel faisait commencer la propriété non pas par le travail, mais par la volonté. Autour de ces familles de petits despotes, c’est une industrie de milliers de gens, d’avocats, de financiers, qui s’activent. Une ruche de domestiques de luxe, une familia au sens antique du terme.

Je découvre une industrie du contournement de l’impôt, de l’optimisation simple à la fraude de très haut niveau, avec non seulement une fraude par non déclaration, mais aussi des montages actifs, revus et analysés chaque jour avec une obsession de chaque instant. Je vois toute la palette des gens qui dépensent parfois plus en frais pour ne pas payer d’impôts que l’impôt lui-même.

Question de principe. Fister l’Etat pour fister les gens, se situer dans cet écart et uniquement dans cet écart. Aux gros cons, on servira la morale grégaire du travail. Passionnant votre job, non ?

Certains ne sont pas encore tout à fait dans le mépris, peut-être un reste de culpabilité, peut-être une certaine honte, qui sait. A moins que dans un monde post-chrétien, il n’y ait plus de communauté possible. Alors, certains citent l’aspect confiscatoire de l’impôt en matière successorale, car ce n’est plus le roi qui est transcendant, mais leur fortune puisque l’argent est un âne couronné mais un âne qui permet les secrets et les plis où se mouvoir dans la déroute de son nom.

Le système est très organisé. Il y a évidemment les cabinets d’avocats, mais aussi les fiduciaires, les comptables, les astuces dans le domaine de l’art, les arcanes du port franc à Genève. Cela va jusqu’aux conférences sur la fiscalité organisées à Paris, à Genève ou à Londres, qui commencent par une annonce de l’animateur : “Messieurs, on a vérifié la liste des participants, il n’y a personne de l’administration dans la salle, donc on peut parler librement.” Dans les faits, on trouve toujours quelques infiltrés, parce qu’en dernier ressort, l’Etat est une machine à domestiquer si bien que sa contrainte ne s’applique que, très peu, aux familles que je fréquente. Le plus froid des monstres froids, tu parles, un hippopotame envasé.

Je me rends compte que ceux qui tiennent les clés de la maison de toutes ces grandes fortunes ne sont qu’une poignée, une dizaine d’avocats parisiens. Quelle que soit la personne que je rencontre, à un certain niveau de fortune, je croise toujours les mêmes avocats.

On appelle ça une oligarchie.

L’un est devenu le spécialiste du trust. Un monde qui le fascine parce qu’il est à la frontière entre le monde anglo-saxon et le droit napoléonien. Pour mémoire, le trust est un objet financier aussi usuel et légitime pour un Anglo-Saxon que la SARL pour nous. La SARL, ce cadeau pour toutes les irresponsabilités. Cela vient de loin, le trust, puisque cela découle des franciscains et des querelles autour du droit de propriété, des droits d’usage et des droits de fait.

Un autre de ces avocats est un ancien de l’administration fiscale qui  a décidé de passer de l’autre côté de la porte verte. Comme un attorney devient avocat et vice-versa. Il a été recruté par un grand cabinet, qui est devenu un haut lieu du offshore non déclaré parce qu’il a eu en face de lui une administration de demeurés qui comprend mal de quoi on parle. Cette administration n’entend rien et elle a peur. A part matraquer des salariés tirant à hue et à dia, ces types ne sont bons à rien.

En 1998, je quitte les Latsis pour la famille Hambro (qui m’approche via un cabinet de chasseurs de têtes). C’est une vieille famille de banquiers aristocratiques qui ont un family office à Londres, très onshore (déclaré) et qui me demande de faire ce que j’ai fait chez Latsis. Le profil est excellent. Vieux nom de l’aristocratie, ce sont les banquiers de la reine d’Angleterre. C’est parfait pour les fortunes plus récentes qui sont rassurées par cette image. Eux, veulent faire du vrai beau family office.

Mais à cause de conflits au sein de la famille, que j’ignorais en arrivant, ils vendent le groupe à la banque Société générale. Je rencontre les équipes de Société générale Angleterre, puisqu’ils sont déjà présents comme banque commerciale, banque d’affaires. Très rapidement, je me rends au 109, boulevard Haussmann pour rencontrer les responsables en charge de la clientèle privée. Ils se disent intéressés par les structures de trust et nous demandent de former les équipes en charge de la partie banque privée de Société générale.

Ils ne sont pas très au fait de toutes ces pratiques et on a plusieurs sessions de formation. Ils reviennent à la charge et nous disent qu’ils ont beaucoup de CPI (conseillers patrimoine individuel) qui sont là pour parler des produits d’épargne défiscalisés, les livrets machin et truc. Ils se disent que beaucoup de ces CPI locaux et régionaux sont en contact avec des entrepreneurs, des professions libérales, et il y a des moments où, seuls, ils ne peuvent pas les aider dans leur environnement pour faire du offshore.

En parfaite connaissance de ses équipes dirigeantes, la Société générale nous demande donc de rentrer dans une approche industrielle de la fraude organisée. Il n’y a pas d’autres termes pour l’expliquer. Et on nous demande de faire “la tournée des popotes” en région, à Marseille, à Bordeaux, etc. On nous demande de voyager, puis de rédiger des brochures sur« Qu’est-ce qu’un trust ? »,« Comment fonctionne un trust ? ». Et je peux vous dire que ce n’est pas sur l’utilisation légitime de la structuration trustale anglo-saxonne.

Il est même organisé des espèces de joutes oratoires durant lesquelles les vingt-deux responsables régionaux CPI sont rassemblés, à Genève, pour plancher sur des cas d’école de clients qui voulaient faire du offshore. Les Suisses présentaient leurs solutions, les Anglo-Saxons les leurs et, à la fin, il y avait une synthèse qui expliquait que pour telle typologie de clients, il fallait plutôt s’adresser aux collègues suisses, pour telle autre aux collègues londoniens.

On reçoit à Londres des patrons d’agence. Parfois quand ils montent des dossiers à Guernesey ou aux Bahamas, il faut accompagner ces messieurs. À l’occasion, il faut leur organiser une journée de pêche au gros ou la tournée des putes. Et il y a le conseiller Société générale qui est là et se paie des vacances aux Bermudes. Les seuls plaisirs du capital, des plaisirs faisandés.

À cette époque, je suis sollicité par un avocat très impliqué avec la Fédération française de tennis. Il conseille beaucoup de joueurs de tennis, mais aussi un membre éminent du monde des affaires parisien, impliqué dans la construction de parkings, dont l’activité a la particularité de générer beaucoup de cash.

Il se trouve que cette personne a des actifs non déclarés à la Société générale en Suisse. Évidemment, il ne peut pas officiellement utiliser un argent qu’il n’a pas pour financer la construction de ses parkings. Grande technique classique des banques françaises : il bloque le montant du financement nécessaire sur son compte à Genève. Imaginons qu’il a 100 millions d’actifs, mais qu’il ait besoin de 50 pour ses travaux, il bloque 50. Ces 50 bloqués permettent à Société générale de Genève de donner une garantie à Société générale France. Société générale Paris finance l’opération en prenant officiellement une hypothèque sur le bien, voire quelques garanties personnelles, mais il y en a peu car les montants concernés sont très largement supérieurs au train de vie de ce monsieur.

En apparence, s’il y a un problème de remboursement, on se saisira du parking ou du bien immobilier. Mais on sait qu’on ne le fera jamais parce que si jamais il y avait un problème, on se servira sur les actifs non déclarés de ce monsieur à Genève.

Il y a une structure ici qui en a fait une industrie et qui s’appelle l’UCB, filiale de BNP Parisbas, qui existe toujours, rue de la Rôtisserie à Genève. Elle ne fait que ça, c’est-à-dire du rapatriement de capitaux non déclarés en France pour des investissements immobiliers, ce au travers de ces techniques dites de « back to back » ou de « prêts Lombard ».

Il s’agit au départ d’une technique de finances très classique de prêt sécurisé par un actif. Mais dans le domaine de la banque privée, cela devient parfois une garantie d’argent non déclaré pour une opération de financement dans un environnement où on est complètement déclaré.

En 2002,  je décide de créer ma propre société à Londres, qui s’appelle Mandarin Fortune, une petite SARL classique. Je prends mon assistante, ma doublure, mon coffre-fort. Je démarre avec des clients qui me connaissent bien, gros volume d’affaires, ça tombe comme à Gravelotte.

On fait du family office avec une palette de services très larges. On propose des services qui intéressent beaucoup de familles françaises et internationales. On continue à être sollicités sur des questions de délocalisation pour des motifs fiscaux, mais dans des environnements clairs et transparents, parfaitement lustrés par les législations de l’UE. À Mandarin, j’avais un investisseur pour capitaliser un peu plus que ce que mes deniers personnels permettaient pour pouvoir recruter des gens dès le départ. Question de levier. La société se développe rapidement. Cet investisseur me dit qu’il y a des gens qui s’intéressent à ce qu’on fait et qui voudraient prendre une participation dans la société. J’y suis favorable, cela me permettrait de sortir avec une belle plus-value.

L’investisseur en question est une petite banque privée à Neuchâtel, la banque Bonhôte, créée au XIXe siècle. L’actionnaire majoritaire est un Français, Jean Berthoud, résidant en Suisse. Je le rencontre. Il me raconte l’histoire de cette banque, que son fondateur, qui n’avait pas d’héritier, a vendue à un opérateur d’électricité Suisse. On vend donc à Bonhôte à la condition que je quitte Londres pour venir m’installer en Suisse afin de développer mon activité de family office à Neûchatel.

Je m’aperçois qu’il y a une guerre entre Berthoud et deux coactionnaires (un autre Français et un anglais) parce que ces types sont comme des seigneurs féodaux qui auraient trop lu Paul-Loup Sulitzer. En décembre 2004, les deux coactionnaires me proposent de quitter Bonhôte. Je refuse. Ils partent. Je me retrouve avec Berthoud qui avoue que le family office était une envie de l’un des actionnaires démissionnaires, et qu’il ne faut pas que je compte sur lui pour me soutenir dans mon développement. Par contre, il m’annonce ce qu’il dit prétend une bonne nouvelle : il vient de vendre une partie de son activité à l’UBS. En un mot, il me vend. Et voilà comment j’arrive à UBS. Faut bien entrer quelque part dans le saint des saints, peu importe l’ouverture.

À l’intérieur du portefeuille vendu à UBS par Bonhôte, il y a des clients français non déclarés qui avaient choisi Neuchâtel parce que c’est moins exposé que Genève, et parce que, parmi ces fortunes-là, il y a beaucoup de clients de l’industrie de luxe en France : comme beaucoup de ces grands groupes ont des marques horlogères, ils viennent donc régulièrement en Suisse, particulièrement dans le canton de Neuchâtel. Non, là je déconne. On vient pas à Neuchâtel pour offrir une Patek à Sarkozy, ça peut se faire mais c’est pas courant.

Je suis transféré à Genève et je me retrouve à l’intérieur du marché “France”, ce qu’à Paris, la banque présente sous le nom de “UBS France International”. Il y a trois départements : les “key clients”, qui représentent plus de 50 millions de francs suisses ; les “high net worth”, entre 10 et 50 millions ; et les “core affluent” : quelques centaines de milliers de francs à 10 millions. Vous voyez on travaille comme dans la grande distribution, bas, moyen et haut de gamme. Ce n’est plus du prêt à porter mais pas encore du hard discount.

Je remarque par exemple que tout le monde dispose de deux boîtes en bois sur son bureau. Et à partir de 18 heures, chaque soir, tout le monde va mettre ces boîtes dans un coffre, au fond de la salle. Quand je demande ce que sont ces deux boîtes, on me répond : « C’est le “kardex”. » Au départ, il s’agit d’une marque suisse-allemande de rangement de bureau. Chaque gestionnaire a ses boîtes, avec ses fiches Bristol manuscrites. Sur chacune figure le nom du client, ses coordonnées, quelques renseignements pratiques – certains clients ont plusieurs fiches – et, en haut à droite, un numéro de référence. Dans l’autre boîte, il y a le même nombre de fiches, avec le numéro de référence et tous les renseignements purement financiers concernant le ou les comptes ouverts par le client. C’est notre fichier Bertillon à nous.

Le “kardex”, c’est une comptabilité parallèle des gestionnaires suisses de la France offshore. Il y a des clients qui appellent de cabines téléphoniques, par discrétion. Pour les plus paranos, ils font comme Julien Coupat, ils empruntent des portables ou se la jouent Jason Bourne, en achetant des cartes qu’ils jettent. Ce système à ce que certaines infos ne soient pas rentrées dans le système informatique de l’UBS en Suisse. Tout cela est validé au plus haut niveau.

Tout l’immeuble où je suis, place Bel-Air, appartient à l’UBS. Les étages sont répartis par zone géographique. De mémoire, il y a : Russie, Espagne, Amérique latine, France et une toute petite partie Moyen-Orient. La France est au quatrième étage. Elle l’occupe entièrement. En tout, une trentaine de personnes travaillent à l’étage “France”, dans mon souvenir.

Tous les gestionnaires, les chargés d’affaires (CA), tout le monde est en open space. Paradoxalement, il n’y a aucun respect de la confidentialité. Et moi, je suis installé au milieu de cet open space. Chacun doit savoir tout sur les autres, c’est une manière de cénobitisme, le cénobitisme du fric, le nouveau dieu monothéiste tenant son crachoir dans tous les DAB du monde. La plupart des clients résidents en France sont des clients non déclarés et je découvre des pratiques d’espionnage merdouilleux.

On me donne par exemple un ordinateur portable équipé d’un système Citrix, avec un code de six chiffres permettant d’effacer le contenu de l’ordinateur en quelques secondes si nécessaire au moment de passer une douane. Tout le monde m’explique comment faire pour être le plus discret possible. Autre exemple : si je vais en France et que je loge à l’hôtel, il faut m’inscrire sous le nom d’une autre société. On me dit aussi : “Quand tu passes la frontière, vas-y plutôt en jean/t-shirt qu’en costume/cravate.” Ils ont ça dans le sang les suisses, l’uniforme civil.

On me propose de travailler avec le conseiller de toutes les grandes familles françaises du CAC 40. On me dit qu’il veut passer du côté banque privée. Quand je demande pourquoi il ne travaille pas à UBS Paris, on me dit que sa femme enseignante a un poste à Genève et qu’il préfère donc rester en Suisse. On se paie ma poire. C’est normal. Les chargés d’affaires me confirment qu’ils n’ont pratiquement aucun client déclaré. Qu’ils continuent d’apporter de l’argent en liquide à leur client. Il y a des valises qui circulent. Ils me confirment les directives qui sont données. Y a pas que Chirac qui paie en équivalent samsonite.

Un ancien d’UBS  me confie qu’en 2005 environ 80 % du temps des chargés d’affaires français est occupé à l’envoi de dossiers vers la Suisse ; 20 % seulement à l’obtention de clients résidents. D’entrée, on m’avait bien dit : “Tu penses bien qu’un client transparent fiscalement n’ira surtout pas auprès de la filiale parisienne d’une banque suisse.” Par définition, ils savent dès l’ouverture d’UBS France que, oui, à la marge, ils vont récupérer deux ou trois clients pour leur vendre de l’assurance vie ou une gestion de PEA, mais, dès le premier jour, il y a une intention affichée au plus haut niveau de la direction d’ouvrir ces implantations françaises pour capter cette clientèle française.

Et puis il y a la clientèle politique, qui est très minoritaire, peut-être 2 %. Mais à l’UBS, la volonté affichée derrière les politically exposed person (PEP) n’est pas d’acheter des relations qui vont être financièrement rentables mais de circonvenir, d’alimenter l’office divin du fric-roi par des vicaires non-permanents, les élus du peuple (défense de rire). Il n’y a aucune motivation d’affaires derrière la stratégie PEP. C’est au mieux de l’influence, au pire de la corruption. De ce point de vue, le marché France d’UBS ne fait ni moins ni plus que n’importe quelle autre banque privée de la place de Genève. L’UBS n’a rien inventé. Simplement, ils ont totalement industrialisé la pratique, comme aux États-Unis.

Je suis resté à UBS une année, jusqu’en mai 2006. Parmi les gens qui avaient manifesté un intérêt auprès de moi, il y avait la famille Reyl. Après mon arrivée à Genève, j’avais eu l’occasion de rencontrer François Reyl au titre des mondanités. Je lui ai fait part de mes frustrations à l’UBS sur le fait que je ne pouvais pas vraiment développer mon activité de family office. Il m’a fait part de sa volonté de développer ce métier.

On s’est rencontrés à plusieurs reprises avec son père, Dominique, avant de signer. C’était il y a sept ans. À l’époque, c’est tout petit, Reyl, avec une vingtaine de personnes, des bureaux très modestes. Ils sont gérants de fortune. Cela représente à peu près 700 millions d’euros de masse sous gestion. La société a été fondée par Dominique Reyl au début des années 1970. Étant Français lui-même, il a réussi à développer une assez belle base de clients.

Il faut bien comprendre qu’il y a eu deux moments chez Reyl : 1973-2002 et après 2002, date de l’arrivée du fils François, avocat, banquier d’affaires, élevé en Suisse, qui a étudié aux États-Unis. Il y a eu un moment où nous étions très proches l’un de l’autre. François est à la fois un excellent technicien et dispose d’un certain charisme. Il arrive d’un milieu différent qui est celui de la banque d’affaires et des grands cabinets américains, un Lagarde au féminin.

1973-2002 : c’est vraiment la période de Dominique Reyl, le père, un gérant de fortune qui a construit sa maison sur un fonds de commerce avec des français non-déclarés craignant l’arrivée des chars soviétiques en cas de victoire de François Mitterrand. C’était vraiment provincial, pompidolien à souhait. On aurait cru un film de Chabrol.

2002 : arrive François, qui récupère cet héritage et continue d’accepter de façon très active des Français non déclarés. Au Crédit suisse, à Londres, il était responsable de tout ce qui était levée de fonds pour des très grands groupes de private equity. Il avait donc un très beau réseau d’affaires. C’est cela la définition du charisme en milieu d’affaires. Quand il reprend la société de son père, c’est vrai que Reyl change quasiment du tout au tout. Il crée d’abord une deuxième ligne métier en plus de la gestion des clients privés, qui est toute la gestion institutionnelle via la filiale Reyl Asset Management. Puis il ouvre en 2004 le bureau de Paris.

Nous créons ensemble la filiale Reyl Private Office (pour le family office) en 2006 et on développe notre activité. Étant devenu très proche de son père et surtout de François, je commence à découvrir d’autres aspects de Reyl. Je comprends la nature de certaines pratiques quand je rencontre Hervé Dreyfus, le demi-frère de Dominique Reyl.

La première fois que nous nous sommes vus, c’était dans les anciens bureaux de Reyl. On me le présente comme travaillant chez Raymond James International où il est gérant de portefeuille à un niveau senior. J’ai plus l’impression que c’est un membre de la famille, de passage à Genève, et on me le présente d’ailleurs comme ça. Il vient passer un week-end en famille. Je retrouve Hervé Dreyfus dans les bureaux. Dominique Reyl m’invite à les rejoindre pour discuter. Là, Hervé, sans mentionner de nom, m’expose le dossier d’un potentiel client avec des actifs non déclarés en Suisse, qui veut quitter un gros établissement dans lequel il se trouve pour rejoindre une plus petite structure, plus flexible, où il puisse avoir un contact direct avec la direction.

La directive européenne de retenue à la source de l’épargne vient alors d’être introduite, mais comme les Européens n’ont pas utilisé des praticiens pour sortir ces textes, ils n’ont couvert que les comptes détenus en direct par des personnes physiques. Un truc tellement gros…mais bon, je passe. Hervé voulait la confirmation que si le compte était ouvert au nom d’une structure, il n’y aurait pas de retenue à la source, tout en préservant l’identité du client. C’est dire si c’est un pro Hervé, disons autant qu’un membre de l’administration fiscale, saut que l’un est adhérent de l’oligarchie mondialisée et l’autre de la CGT.

Hervé me sollicite sur tout un tas de questions. Pas toutes liées à des questions fiscales : pour un client qui a des œuvres d’art à vendre, pour un autre qui veut acheter des immeubles. Puis, un jour, je vais voir Hervé dans ses bureaux à Paris, et là, on commence à parler politique. J’ai encore la responsabilité de la délégation UMP suisse. Hervé me dit qu’il connaît très bien Cécilia Sarkozy, une amie d’enfance. Qu’il est le conseiller patrimonial de Nicolas. On est dans une période post-électorale, le niveau de connerie a baissé, on passe aux choses sérieuses. Hervé me dit qu’il se rend régulièrement à l’Élysée et au domicile du président. Il se prétend conseiller sur des opérations immobilières. Le lien avec Sarkozy, tel que je le décris, des conversations que j’ai pu avoir avec Hervé. Il m’a par exemple dit qu’il avait été son conseiller pour une opération immobilière sur l’île de la Jatte, où M. Sarkozy a acheté, je crois, un appartement. Là je m’adresse moins à vous qu’au cosaque hongrois, donc je reviens à nos moutons. Dans ses dires, que vous pouvez toujours considérer comme un délire, Hervé se présentait comme le conseiller patrimonial principal du client privé Nicolas Sarkozy depuis son mariage avec Cécilia et puis après. Il y a de nombreux réseaux chez Reyl qui sont totalement liés à Sarkozy.

Notre relation prend une autre dimension quand on me demande de travailler sur le cas d’un célèbre entrepreneur français, propriétaire d’un hôtel de luxe à Paris. À un moment donné, ce client me dit qu’il a besoin de cash en France. Il me fait clairement comprendre qu’il faut les lui apporter et que ce montant doit être prélevé sur les avoirs (non déclarés) qu’il détient chez Reyl. Une réunion impromptue s’organise et il est décidé qu’on va utiliser Hervé.

C’est à ce moment-là que Dominique Reyl m’a indiqué très clairement que Hervé Dreyfus, parfois, transportait du cash en provenance de Reyl, de Genève vers la France, mais aussi, parfois, ce sont des opérations de compensation qui sont réalisées entre des clients qui ont des excédents de cash d’un côté, recrédités de l’autre côté de la frontière.

On me fait comprendre aussi qu’Hervé est une source d’apport d’affaires importante. Hervé a des responsabilités au sein de Raymond James International, où il gère une clientèle résidente transparente, mais à chaque fois que, par ses réseaux, il a des besoins d’accompagnement de clients qui souhaitent déposer des actifs non déclarés, il les amène chez son demi-frère. C’est tout ce qui fait le succès de la démarche d’Hervé. Et puis c’est pas compliqué et on gagne à tous les coups. La cupidité semble universelle dans ce milieu, leur seul impératif catégorique, la traduction impeccable de ce qu’ils entendent par la valeur-travail.

Contre-colonisation ou Grand Remplacement ou Chances pour la France ou Vaste escroquerie :  De 1968 à 2005, la part des jeunes d’origine étrangère en Ile de France est passée de 16 à 37 %. Elle atteint le taux de 57 % en Seine Saint-Denis, de 41 % à Paris, de 40 % dans le Val de Marne. La part des maghrébins est, sauf en Seine Saint-Denis (20 %), de  10 %, celle des africains en provenance des zones sub-sahariennes, équivalente à celle des européens du sud, soit 5 %, à l’exception de la même Seine Saint-Denis, où elle atteint 16 %. La modification du tissu humain est indéniable mais elle ne reflète pas celle de l’ensemble de la France où la proportion des jeunes d’origine étrangère ne dépasse que rarement les 25 % (Nord-Est et littoraux méditerranéens, essentiellement) et s’établit, en moyenne, dans l’ensemble de l’hexagone, autour de 13-14 %. Or si on considère les taux d’emploi des classes d’âge actives (25-54 ans) chez l’ensemble des immigrés, on obtient 75 % pour les hommes contre 88 % pour les natifs et 53 % pour les femmes contre 77 % chez les natives. Statistiques qui illustrent deux logiques : celle du patronat qui a préféré peser à la baisse sur les salaires plutôt que d’affronter de manière capitalistique ou en termes de meilleure organisation du travail la concurrence, et celle de l’Etat après que le Conseil d’Etat a fait obligation à la France de mettre en place le regroupement familial. Il s’en suit, en toute logique, que le bénéfice économique déjà très limité de l’immigration est annulé par le coût des versements de l’Etat social sous forme d’allocations familiales, d’allocations logement, d’allocations-chômage, de revenus minima garantis, de CMU, et autres prestations des caisses d’assurances-maladie. A ces coûts s’ajoutent, les financements semi-publics de nouveaux cultes, les échecs répétés en matière de scolarisation, les dérives schizo-paranoïaques que ne manquent pas de créer des situations bloquées, les coûts humains et économiques des différents types de délinquance. L’immigration d’un lumpenprolétariat sans qualifications ou de paysans en déroute n’est donc pas une chance pour la France. Il n’en reste pas moins qu’une politique ne se définit pas en termes comptables et que traiter les étrangers indésirables en déchets humains rassemble  les suffrages de toutes les droites, réactionnaires ou non. La différence entre un progressiste et un homme de droite est donc la suivante : le progressiste entend édulcorer la production continue de déchets humains par les mécanismes capitalistes mondialisés, l’homme de droite, en tirer une jouissance égotiste.

Contre-Révolution :  La contre-révolution est ce qui maintient l’ordre ancien par opposition à la Terreur qui le détruit interminablement. Elle porte un sens existentiel et une posture, l’émigration, réelle ou intérieure. Le contre-révolutionnaire est un réfractaire à la mise en déroute. A partir de ce constat, on peut concevoir deux types de contre-révolutionnaire : le traditionnaliste qui aurait des racines et l’antimoderne qui vit dans un champ de ruines. Seul, ce dernier mène l’assaut contre l’esprit moderne, il entend ruiner les ruines, pas conserver un décorum. A ce titre, toute contre-révolution suppose une théorie de la Révolution et si l’anti-moderne en a connu l’ivresse, le traditionnaliste est comme chaviré par un dégoût d’origine. C’est ce qui explique le jugement péjoratif de Maurras à propos de Chateaubriand. Si on se reporte aux années révolutionnaires, les traditionnalistes étaient pour l’absolutisme, les réactionnaires partisans de Boulainvilliers, les réformistes, adeptes d’une monarchie constitutionnelle. A l’écart, Chateaubriand se définissait ainsi « républicain par nature, monarchiste de raison, bourbonniste par honneur ». Le temps sanctionne les désastres, il ne sert à rien de les déplorer, juste en saisir la mystique et le mouvement. Il pensait que l’égalité et le despotisme avaient des liaisons secrètes, il était élitiste, il n’était pas putschiste, seulement son élite était plus que muette, elle n’avait rien à dire, son bonheur s’était clos.

Courtoisie (Radio) : Cénacle post-vichyste.

Coûteaux Paul-Marie : souverainiste de tendance barrésienne, président d’un groupuscule, offre des dîners aux aspirants-lepénistes

Crétin (en relisant la fabrique du) : Le titre, mal tourné, m’avait éloigné de cet opuscule vachard, le majestueux Brighelli  s’exceptait, à propos, du troupeau dont il avait la charge et des bergers qui le menaient, il préférait pointer du doigt le pédagogue libertaire et la tarte à la crème du capitalisme. Selon le Savonarole du corps des agrégés de lettres, le premier est un aveugle, le vainqueur de 68, le vers dans le fruit, le second voudrait des zombies, l’école n’est plus le carrefour de l’ascension sociale, et Brighelli de chialer et de s’indigner.

Tout le reste est à l’avenant, le retour des dictées que conspuait déjà Paul Valéry, la vertu de l’ennui, la valeur heuristique de Clément Marot, la chronologie qui fout le camp, ouh mon bon Monsieur, la décadence est en route. Aussi, le petit livre rouge du parfait mépris en oublie de poser les problèmes essentiels en dehors des chimères d’une école dont le rôle serait de vaincre les barrières de classe par le mérite. Il y  a déjà quelque trente ans, des économistes avaient calculé que le PIB américain ne suffirait pas à mettre à niveau égal toutes les écoles des Etats-Unis, je doute que le constat ait changé et encore plus que ce soit là le but d’une telle institution.

A cela s’ajoutent les ravages de la culture mandarinale toute axée sur le diplôme et l’examen, qui n’a jamais su privilégier que le recueil de dissertations tirées d’un anabac annoté par je ne sais quel lettré familial ou mercenaire ou de nos jours l’expérience in vitro d’un autisme élargi qui consiste à aligner sous la surveillance étroite d’un mentor les équations, les résolutions de fonction et les concepts de la géométrie revus à la lumière de l’école secondaire française. En premier lieu, le rôle de l’école est bien de transmettre des savoirs, dès lors que cette transmission est entravée et que cela n’a aucune incidence sur le fonctionnement de nos sociétés, il faut en conclure que le statut du savoir n’est plus un absolu, qu’il est supplanté par la technique et que celle-ci n’a pas besoin de scientifiques brillants ou d’hommes cultivés et subtils, tous passionnés, mais de bricoleurs appliqués, dévidant la logique des usages et les paradoxes de la concrétion, simulation et marketing sont donc les deux poissons pilotes d’un tel monde.

En deuxième lieu, on ne peut vouloir restaurer l’ordre des savoirs et maintenir un enseignement de masse, les deux s’excluent. Aussi l’enseignement de masse vaut pour ce qui se nommait l’instruction primaire, l’appliquer au-delà est une supercherie et la meilleure manière d’instiller le dégoût et le ressentiment pour tous ceux qui se creusent les méninges du désoeuvrement et n’ont pas le moindre début d’intérêt pour la réflexion. En troisième lieu, la paupérisation continue des enseignants est l’exact reflet de la déconsidération qui atteint les porteurs de savoirs comme frappés du stigmate de la désolation. On les plaint de tant se prendre la tête à quatre mains, on dénie l’objet de leurs passions, leur nom même est devenu une insulte, on glisse intello à propos de tout et de n’importe quoi, comme jamais on n’oserait afficher d’autres termes insultants mais tenus comme tels par les vigilants de l’antiracisme. On prétend qu’un tel processus est intervenu parce que les enseignants seraient au 2/3 des femmes, parce qu’ils seraient incompétents, on accuse incidemment.

Mais que le traitement soit fonction des compétences et des performances, un seul regard sur les mondes chatoyants du spectacle suffit pour dénier un tel argument : sportifs nullissimes mais millionnaires, animateurs vulgaires et incapables, acteurs sans talents, journalistes sans scrupules et presque analphabètes, cela se voit tous les jours, on n’en déduit pas pour autant la culpabilité de tous, dès lors, la conclusion s’impose, la société française tient le savoir pour dangereux (une sorte de masturbation) et inutile (à la jouissance du couinement).

En dernier lieu, le savoir est fragmenté et le sublime est à la portée de tout humain puisqu’on le rencontre dans le monde sous forme de projection, de symbole ou d’œuvre, du moins si l’on en croit Kant. Dès lors, l’école n’est pas le seul vecteur ni le seul lieu qui mène à l’homme de goût et d’étude, c’est là son paradoxe et sa limite, ce qui oblige évidemment à réduire l’émiettement encyclopédique actuel, ce qui permet aussi de distinguer savoir positif et poésie ou mystère pour ceux que le char d’Elie ou le tombeau vide du Christ intriguent.

De cette part singulière de l’homme, l’école n’a rien à savoir, elle n’a pas besoin de maîtres mais de savants, pas besoin de pédagogues mais de chercheurs, pas besoin de public mais d’élèves, c’est-à-dire de têtes assez soutenues pour ne pas abdiquer devant le premier groin spectaculaire qui se présente, de têtes qui ne sont pas toutes adolescentes. En une phrase, il n’est pas certain que l’école, en dehors d’un enseignement primaire de masse, ait encore besoin d’obligation, elle aurait même quelque avantage à se débarrasser de cette tâche infinie d’éduquer qu’on croyait jusqu’ici dévolue aux parents en particulier et à la vie en général.

Si la manière grecque nous informait encore, on pourrait dire, l’école a besoin de sophistes, les individus, de Socrate et d’Eschyle.

Cultural Gang Bang : bande de joyeux drilles, leur ralliement à la candidature de Bruno Gollnisch pour la présidence de l’Unesco leur valut l’estime de toute la réacosphère

Curés : toujours pédophiles

Dantec Maurice G : Chroniqueur québécois dont les romans sont autant de schizo-analyses que certains prétendent lire jusqu’au bout. Son œuvre est une excellente introduction aux psychoses.

Daudet Lucien : Le plus drôle des membres de l’Action Française

Dazibaos :

Moi pour mes études, je me suis inscrite en région centre

Si non caste tamen caute

Un aphoriste plante des clous

L’instinct est le dépôt du raisonnement

Des analphabètes monétaires

Who paid the piper

Romantique et totalement addictif

Odio Humanis generis

Clap your hands

Rien ne peut se substituer à une vie humaine

Mangerbouger

Tout médiatique est remplaçable

In search of incredible

Geox respire

Encore un nom à paresser dehors

Vous n’auriez pas un petit euro pour que je mange un grec

40 % d’admis

Tous les jours une chance de gagner

Ma carte bleue m’est plus proche que tes lèvres

Be happy Be simplet

Dieu est l’objet infini du désir, la promesse

Contrat personnalisé

Ce back-room est éclairé par Led

Attentifs ensemble

Le deux fois crucifié où le trouver dans l’histoire ?

I cannot make it cohere

Les abeilles cueillent la lumière

Supprimant en sa chair la haine

Interdiction de nourrir les pigeons sous peine de poursuite

Exitiabilis superstitio

Pour appeler le chef de station

Sang, sexe et coups bas, une école presque normale

7 consignes à respecter

être libre c’est exercer ses pouvoirs

l’énergie ne peut être créée ou détruite, elle change de forme

La liberté a du bon

Il faut veiller à ne pas trop instruire

Plus frais, moins cher

Vous emprunterez de nouvelles portes

Qui jamais ne manque à l’appel s’attire le mépris

L’histoire du terrorisme est éducative

L’injonction d’être à la fois Z et non-Z

Un manteau pendu à une patère

Toute spiritualité est hypocrite

Pour Dieu l’expérience n’existe pas

Le monde se divise en deux : ceux qui ont besoin de tenir et les rentiers

Pour réussir les concours sciences-po

Ils souffraient d’une inquiétude diffuse, ils ne dormaient plus

Regardez l’avenir avec confiance

Ne mets pas tes mains sur les portes

L’individu est le lieu géométrique de toutes les faiblesses

Le plus grand choix du web

Le tableau de distribution commande le circuit électrique

E vei jausen lo jorn qu’esper denan

La Chose sociale a mille yeux

Génétiquement parlant, l’homme est presque une mouche

Nel mezzo del cammin di nostra vita

Tu risques de te faire pincer très fort

le sacrifice de soi est l’immondice de toute morale

La révolution fut un rêve de pierre

Le secret déconnecte le singulier et le collectif

Pas de compromis

Cauchemars sur mesure

Dieu crée ses propres objets

Contra vim mortis non est medicamen

Mortui non mordent

Ein Kompelle

Rejoignez la manière basse de penser

Taille dans le vif

Vous pouvez également composer un numéro d’urgence

J’ai trouvé le moyen le plus économique  pour m’envoyer en l’air

Pour arrêter de fumer faîtes-vous aider

Omnium Odium

L’animal est mieux équipé pour vivre

C’est pas l’euro qui fait augmenter le prix de ta baguette mais la pression démographique mondiale

Vénus après le vin, c’est du feu sur du feu

La Vème République c’est Salente sur Seine

Avant que la planète ne meure les êtres avaient cessé de parler

Un peine à jouir est un branleur ignorant le point g

Le christianisme est un exil permanent dans le monde

Culpa lata dolo aequiparatur

Le système financier américain est réellement insolvable

Nous saurons toujours où vous êtes et où vous allez

Meglio un amico che cento parenti, pure ricchi e potenti

Il ne faut juger de notre heur qu’après la mort

Métro, boulot, fourneaux

Leur égalité, nous rendre indiscernables

Déjà 150 000 lecteurs

 Le phénomène gravity enfin dans vos chiottes

Hollande en montagne

 Pascesoir

On peut tous avoir des superpouvoirs

12 meetings 3 pays

On peut être élu et garder l’os à moëlle

Dolo malo agit

Calzedonia le suicide de la société

Le christianisme est une lubie

Je range la culture dans ma poche

Never Mind Superman

Cum fide agit

La prison reste ouverte pendant les travaux

Donnez pour ma survie

La poésie est la clairière de l’ennui, son retrait

La technique n’est pas une question de prix

Ni Comte, ni Sponville

Homo liber

Etant donné que je suis sans domicile fixe

Vincent Niclo dans le rôle de la bête

La musique, c’est ce qui unifie

Vous verrez les vieux sous un autre jour

Paralogismes, contrevérités, allusions cachées

Travail ou loisirs, à eux de choisir

Les riches ne meurent jamais

Des chevaux de frise de livres et d’incompréhension mutuelle

On enterre beaucoup de belles choses dans la boue qui a les serties

Une guerre entre un acheteur et un vendeur n’est pas profitable

Salsa l’eau

Les animaux sauvages s’installent à Paris

Chez vous partout dans le monde

Le choix ne s’opère qu’à partir de l’incertitude

La TVA peut aller se faire cuire un oeuf

De Gaulle (Charles) : Comme son nom l’indique, il fit bander les français.

Démocratie : Dans un système parlementaire qui se respecte, ce ne sont pas les électeurs qui élisent leurs représentants mais les représentants et apparatchiks qui se font élire par les électeurs. Chaque victoire électorale est donc celle d’une coterie. Dès lors le système partisan établi qui permet de distribuer les prébendes et fiefs tente d’exclure les nouveaux venus, en les tenant hors du système convenu du partage. Ceux qui prétendent représenter le peuple par des élections sont des menteurs parce que le peuple n’est pas représentable. Il approuve, assemblé, son chef et basta. Dans un système électoral, tout chef, tout politique est une catin, ce qui explique largement la moralité douteuse et la bêtise de toute classe politique démocratique, sauf exception. Seuls les médiocres peuvent rêver d’en faire partie ou de s’y agréger. A contrario de tout ce qui s’écrit, plus une classe politique est démocratique, donc ouverte, plus son appétit de spoliations monte, dès lors qu’elle bénéficie d’une impunité presque totale. Le cycle est donc toujours le même, aux lions et aux guépards de bande dessinée succèdent les chacals et les hyènes de la démagogie et du pillage.

Desassossego : antonyme du verbe socegar qui désigne en portugais un certain apaisement

Dépense : Elle n’est pas une consommation, ni une destruction mais une poétique de la perte, un traitement du déchet, le fondement de toute civilisation. On l’appelle le luxe, le deuil, la guerre, la chasse, le culte, la cruauté, l’érotique, les monuments, les jeux, les spectacles, les arts, l’amour. Sans elle l’homme serait fourmi, abeille ou termite.

dieudo running

Dieudonné : Comique troupier à l’antijudaïsme viscéral. On ne sait si ses sketchs sont appréciés en Iran ou s’il prendra comme thème la vie à Téhéran pour son prochain spectacle.

Dieu est une femme : L’idée éternelle, existant en et pour soi se manifeste, s’engendre éternellement et jouit d’elle-même éternellement.

Disney ou la quintessence de l’Occident : Disney n’est pas un autre monde, c’est notre monde, la quintessence de l’Occident. Avant d’y arriver, il faut bien traverser ce qui était une campagne et qui n’est plus qu’un amas, avec ces centres commerciaux comme autant de pôles disposés près des nœuds autoroutiers. Le coeur d’une vie de lotissements et de résidences sorties de nulle part, le rêve stilo nuovo de la petite-bourgeoisie francilienne, c’est-à-dire, mondialisée. Quand on lit les noms de Marne la Vallée ou de Val d’Europe, on doit savoir qu’on est nulle part, même pas en France, dans une sorte d’atopie, un processus réitéré d’auto-colonisation. Nous ne sommes pas plus américains qu’ils ne sont quelque chose, notre patrie est l’infini territorial à portée de n’importe quel homme. Si l’Europe devait adopter un drapeau, ce ne serait pas la bannière étoilée ou la couronne de la très sainte Vierge sur fond bleu, mais le drapeau jaune, celui de Disney, mais aussi, celui des cocus.

Dans le parking, je croise quatre racailleux qui s’en vont, leurs têtes maussade, leurs démarches simiesques, leur langue en lambeaux, ce sont bien les seuls racailleux s’affirmant comme tels que je vais croiser. Car les racailleux quand ils entrent dans le territoire de Mickey baissent la tête, de peur d’être chassés du paradis. Ils savent que s’ils gueulent trop fort, on les priera fermement de déguerpir et de ne plus revenir. L’entrée n’est pas difficile à trouver, elle barre l’horizon, avec, au loin, le donjon de la Belle au Bois dormant et son dragon mécanique, couché dans une grotte à la Marie-Antoinette. Des cinémas, les studios Disney et les premiers adultes arborant les oreilles de Minnie ou de Mickey, l’air extatique. Il existe aussi des perruques d’héroïnes blondes pour les petites filles et des locks multicolores qui ont la préférence des cinquantenaires. Tout le monde est visiblement serein, comme débarrassé d’un fardeau. Non pas le fardeau de toute la vie, mais celui du sexe, de la mort, du conflit, enfin un lieu où désarmer, où tout poser, où applaudir tous ensemble à la parade et au spectacle final, avec Peter Pan et Alice, en guests. Une post-vie enfin réalisée.

Walt Disney l’a fait pour eux, pour l’Humanité, qu’il en soit remercié.

Comme l’indique le small world, ce monde des poupées où un berger juif grimé en hassidim joue de la flûte à côté de danseuses orientales d’une Egypte version Aladin, l’Eden accueille aussi les animaux, le mignon rhino et le tigre hébété. Dans la file d’attente, devant moi, deux gouines gentilles, aux sourires glacés, se donnent la main, avant d’embarquer sur le radeau du small world. Et quand je dis embarquer, c’est pour la métaphore car le parc est une vraie machine désirante deleuzienne. On y croise des flux et on les coupe, on les agence en série, on les balance sur les rails, les canaux, on les dirige vers la sortie, vers les restaurants et boutiques aux prix exorbitants, vers les poubelles omniprésentes. On les bombarde d’un flux permanent de phrases, de chants, de mots d’ordre, on délivre l’Humanité du silence. Et quand vous êtes seuls, enfin, sur le pont suspendu, alors que la nuit tombe et qu’il pleut, vous vous sentez soulagés, ils se sentent perdus, « Monsieur, Monsieur, exit please, exit ».

Je me souviendrais longtemps de cette parade où les princes ressemblent à des cadres de la Défense déguisés, où les fées sont hideuses, les héroïnes d’une fadeur à pleurer, d’où émergeait, d’une chorégraphie pitoyable, un chinois totalement hystérique, tandis que la sono balançait pour la cinquième fois, every thing is magic, alors que je me demandais à quoi pouvait penser Winnie l’Ourson tapant sur son tambour. Blanche Neige, la seule brune du lot souriait comme une danseuse de peep-show et des adultes se penchaient pour mieux voir tandis qu’un nain en costume d’employé contenait la foule sur les trottoirs. Mais de toute façon cette foule de vieux enfants est sage et aguerrie, parfois, elle court le long du parcours de la parade, poussettes en tête, mais c’est bien la seule entorse au régime de la bonne humeur, heureusement traversée des pleurs des enfants et des colères de leurs parents qui semblent anéantis quand leur progéniture traîne les pieds en hurlant, « Maman, j’en ai marre ».

Le plus surprenant fut de constater que des adultes de tous âges ne prenaient même pas l’excuse de leurs enfants pour venir parader en groupes ou en couple, attendre et piétiner même quand il est possible de prendre un fast pass. Mais le fast pass demande de marcher, peut-être de courir et ces gens veulent tout, sauf courir, ni même marcher, encore moins contempler et réfléchir, s’asseoir et méditer. Les touristes comptent en plusieurs langues le nombre d’attractions qu’ils ont englouties, quatorze dit un jeune adolescent obèse espagnol, quatorze, répond avec fierté un adulte non moins obèse qui doit être son géniteur. Un domestique en livrée, je veux dire un employé du magic world ouvre la porte, « bienvenue dans la maison hantée ». Je me demande, « pourquoi tous les employés au contact du public, autres que ceux en uniforme rouge, ont un accent étranger quand ils causent français ? ». La réponse réside dans le salaire, dans l’impératif de flexibilité, dans ce qu’on voudra. Un job d’étudiant, enfin, de néo-étudiant.

Disney est parcouru d’un vent glacial, le labyrinthe d’Alice vient de fermer. Il y a du monde pour Jumbo et pour les tasses d’Alice et pour le Space Mountain. Nous descendons dans le Nautilus. Je retrouve comme pour Robinson et son arbre, une bibliothèque surplombant ici un lit, là, un bureau. Des bibliothèques pour des gens qui ne lisent plus, des bibliothèques comme vestiges de l’ancienne Humanité. Tout y est agencé avec une certaine minutie, un certain goût, un soupçon de nostalgie, une certaine manière perdue de soigner les détails, de ne pas les perdre de vue. Il n’y a personne pour le Nautilus et Jules Verne, ou peu de monde, un jeune garçon veut voir et revoir la pieuvre, il hurle qu’il ne veut pas partir, son père l’arrache du lieu, « ça va être l’heure du spectacle ». Des cadrans, de vieux portulans, des fausses lettres, un salon et quand on sort les cris venus du space mountain.

Disney n’a jamais été capable de fournir autre chose qu’une image caricaturale du Mal et parfaitement insignifiante du Bien, parce que Disney est une féérie, un Temple où on prétend dissocier l’Agneau et le Tigre, chasser le péché, comme si la vertu en était séparable. Tous les bordels sont pavés de religion et toutes les prisons, d’articles du code pénal. D’après cette loi d’airain, on peut se demander ce qu’est Disney.

Aussi, peu importe que cette entreprise qu’est Disney, perdure ou s’effondre, peu importe si elle accumule investissements et dividendes, management cruel et bouffonneries en tous genres au point qu’un homme sensé qui voudrait en finir avec ce genre de divertissements renoncerait à tout détruire, car tout détruire a un prix. Disney trouve dans les esprits de tous les visiteurs mais aussi de tous ceux qui voudraient y aller ou se déclarent de farouches opposants à l’américanolâtrie avant de se résoudre à s’y rendre, Disney, dis-je, trouve une sympathie d’aspiration qui frise le véritable enthousiasme et dont la manifestation procure un obscur tressaillement ; cette sympathie, par conséquent, ne peut avoir d’autre cause qu’une disposition post-morale du genre humain, ce qu’on pourrait nommer son occidentalisation terminale.

Dissident : Il aime cet aphorisme, la dictature c’est « ferme ta gueule », la démocratie, « cause toujours ».

Dos Passos John : Il introduisit le procédé de la chambre noire et colla à même le labyrinthe romanesque quelques actualités et extraits de torchons

Droite : Rassemblement de demi-habiles, de benêts, d’idiots congénitaux, d’hyliques en furie et de partisans vulgaires du mérite

DSK ou les mésaventures d’un cochon farceur

Duns Scot :  « La révélation a dans l’univers un rôle pratique ; elle supplée la raison là où celle-ci ne peut atteindre »

Ecologic footprint : elle se situe entre 1,8 et 9,4 ha par dividuel selon que l’on est un fabriquant de jean émacié du Bangladesh ou un obèse nord-américain en route vers un CBD quelconque

Egalité et Réconciliation : A la recherche de la main tendue avec les corps sains de la jeunesse maghrébine

Éléments : Fanzine de la nouvelle droite diffusé en kiosque

Equilibre général (théorie de l’) : La théorie de l’équilibre général résume ce qu’est le libéralisme théorique. Il suppose quelques hypothèses fortes. En premier lieu que l’homme soit réduit à sa ratio calculante donc à une sorte d’automate dépouillé des désirs, passions et troubles divers qui le composent, Pareto appelait ça les résidus. Le calcul marginal des utilités guidant ses choix, l’automate toujours faire ainsi : en gros entre un kilo de tomates et me taper une pute quelle décision m’est le plus utile, je branche la fonction computer et j’attends. Deuxièmement la libre allocation des facteurs (capital/travail) suppose que l’espace soit isotrope et la mobilité absolue. Comme le facteur travail n’est pas encore pourvu d’un sas de téléportation et d’une ubiquité absolue, cette condition n’est jamais réunie mais ce n’est pas grave. Troisièmement, la seule information qui vaille est celle distillée par les prix. Comme les mécanismes d’asymétrie d’informations (voir Kenneth Lay ou Madoff) et de manipulation monétaire et mentale sont des variables de notre monde, cette condition est rarement vérifiée. Quatrièmement tout mécanisme de marché est réversible ce qui revient à dire que le temps n’existe pas.

Pareto qui était moins tarte et un peu plus enfoiré que tous les néo-libéraux d’aujourd’hui a soutenu pour sa part que la répartition des revenus obéissait à une loi intangible (leur concentration vers le haut de la droite tracée sur un repère orthonormé) et que l’histoire n’était jamais qu’un cimetière des élites moyennant en quoi il rejoignit le fascisme.

Entre la plume et l’enclume : antisémite tout terrain

Eros et Priape : Seul celui qui a porté, jour après jour, depuis un sombre et lointain horoscope le fardeau de sa vie pourra se réputer son propre biographe ; et des biographes qui ne soient pas lui, il s’en trouvera d’autres pour ne pas manquer de trahir, quitte à mentir sans le vouloir, la misérable aventure d’un misérable et ce qu’il reste de ses cendres. Du poète on attend qu’il rapporte les mots et les gestes, communs à la foule, le geste-enseigne par quoi chacun rappelle son espoir d’être préféré. C’est ainsi et pas autrement que Sarkozy fut adoubé.

Des latences érotiques, ouvrières infatigables, tissent notre manière de vivre et de mourir de jour en jour. Elles président aux faits et gestes, aux pensées, aux morosités, aux angoisses, aux désirs : vous pourriez me l’accorder, vous autres mais vous n’osez rien. Les ouvrières érotomanes meuvent les conduites normales des gens normaux, des personnes raisonnables et de la société raisonnable. Eros est aux racines de chaque vie au singulier, à la source de l’instinct pluriel, de toute association et de tout phénomène que vous appelez, vous autres, société.

La guerre de Libye s’était combinée avec la sombre crise et la fête permanente. Je ne fais pas allusion à l’obscurcissement du crédit des âmes, des intellects et des consciences mais à la douloureuse des bulletins de défaites envoyées au tout-venant des clients de toutes banques dont le solde navigue dans le découvert permanent. La rébellion ne signifiait rien en l’absence complète de chars, de véhicules blindés, d’avions, d’armes lourdes, de chaussures et même de mortiers. Les magasins militaires de Kadhafi ont bien vu disparaître l’arsenal du Guide mais c’était pour la vente à découvert des trophées entassés à coups de pétrodollars. Le batracien BHL vantait les Massoud du désert en guise d’avertissement aux alaouites de Syrie et aux clochards enfouraillés de la côte guinéenne. « La France est de retour les gars, ça va saigner » ; ça dégorgeait de véhicules et d’armes avec le Made in France frappé dessus. Une guerre de vaste fiente des libérateurs tombée des nuages de l’OTAN et que les villes de Syrte, de Tripoli, de Misrata reçurent en pleine poire. On les ajustait vues de la stratosphère et sans dégâts collatéraux, juste les cadavres dispersés de mercenaires tchadiens que les rebelles achevaient au couteau de cuisine, en emportant les trophées de chasse de toujours : la langue et les couilles. Ayant fui, les réfugiés, en quête suppliante d’un asile en plein désert, fuyaient vers les frontières et les tentes du HCR, obtenant à la dérobée un droit d’escale au milieu de nulle part. Avec une valise et une paire de chaussures.

Elle était la France, magistralement pollué par le possédé : il était, ce possédé, républicainement gratté et porté à la démangeaison par la faveur d’un peuple de 65 millions d’animalcules à tire-bouchon. Ce qui valait ma foi mille et une fois mieux. La France, il la conduisait depuis 10 ans cet animalcule. Et que le juge me coupe la main, s’il n’y a point un bel et bon syllogisme, bien rigoureux.

J’entends interpréter et passer au crible certains mobiles criminels et les voies secrètes de la fraude travestie en papesse honorable, chamarrée des noms d’Europe, de patrie, de justice, de liberté, de sacrifice, de rigueur, d’austérité et de demain et des enfants de la peau des testicules des autres. Je me propose d’annoter et d’exprimer, non point par delphiques ambages mais en latin clair, ce qui est à peine entrevu, ce qui est tu, canoniquement, dans les nobles babillages des gens du Bien : ces façons et ces procédures obscurs, ou enchevêtrés et tortillés, de l’être, qui appartiennent de droit à cette zone où l’erreur se déguise en pensée : ces pulsions bestiales que Platon localisa dans l’abdomen, lequel est le grand vase de toutes les tripes : ces pulsions qui jouent un si grand rôle dans l’histoire torve des hommes, dans celle de l’homme individuel, comme dans toute agrégation d’hommes.

Point évidente pour quelques penseurs et historiens, ou pour causer plus mieux, non chamarrée dans leur sublime dialectique, s’exhale une putride senteur issue du chaudron de l’histoire : au furieux, au livide, au spectral démêlement de la thèse, de l’antithèse, de la synthèse. Thèse vide, antithèse baroque et synthèse putassière « Français, je vous exhorte aux histoires ». Parmi lesquelles j’en ai bien peur, flottent pas mal de mensonges. Oui, oui, je vous y exhorte aux histoires. Moi aussi, minute, la mienne arrive. Ce n’est pas l’histoire du Logos, ni même le palmarès enguirlandé des fastes, ni l’assemblage des cœurs purs, des pauvres gens qui souffrent ! Que leurs manières et leurs principes dégoûtent d’aller humer la puanteur des plus puantes épaves. Ni l’apologétique des gens instruits et plus attentifs encore, plus appliqués à reconnaître toutes les perfections du monde. Ni le faux an acte et en archives des décrétales d’Isidore ou des donations de Constantin que le plaisant Valla, le grand Lorenzo, a démythifié le premier pour qu’un cardinal bavarois aille poser son cul sur le trône de saint Pierre. C’est l’humble geste de qui lève sa lampe au dessus des choses et de leurs amas abominables et qui dit à son frère « Tu vois ce que c’est ».

Il parvint, il parvint, il parvint rien qu’en appuyant sur le clavier de son blackberry, à faire cavaler des huissiers essoufflés, rêve maximal de l’ex-agitateur de plateau télé. Il parvint aux aux costards sombres anthracites, aux chemises bleu profond, qu’il porte avec la désinvolture d’un orang-outan, aux pantalons qui cassent sur la chaussure, aux cheveux moins frisouillés et teints, au jogging de l’agent de change uricémique, du bourgeois détesté mais lividement envié. Avec ces deux régimes de bananes lui tenant lieu de main, qui lui pendouillent aux côtés, retenues par de tous petits bras. Des mains qui n’ont jamais connu le travail et qui semblent attachées à ses bras comme mortes et en baudruches et sans savoir que faire devant les caméras. Les dix doigts d’un soudanais ganté. Il parvint, au smoking, il parvint. De tambour-major de la clique. Il parvint aux bottes de l’écuyer, aux éperons du galopeur. Il parvint, il parvint ! Il parvint au plumet de l’émir qui va se faire enculer discrètement quand il débarque à Roissy, du condottiere de partis carrés en retraite précipitée. Ce ne fut pas leur faute, pauvres gaullistes, pauvres chiraquiens. Sur la bouche, les mots obscènes de la rixe civile, vu qu’à la guerre ils ne servent à rien. Les vieux mots d’Audiard et de Belmondo des sombres pellicules et des comédies par douzaines. Il était déjà prêt, sur son cheval, son plumet et l’épée de l’Islam, des journalopes dans une charrette, pour la pompe et la piaprée d’un Alexandre dégouliné Brad Pitt. Et la différence, c’est qu’Alexandre est arrivé sur son char à Alexandrie, en Dionysos, en épiphane et lui peau de zob, ses bras levés devant les foules à charia qui partaient égorger Kadhafi quand un avion de l’OTAN l’avait déjà écharpé.

En général, je suis fasciné par la distinction seigneuriale, par la vieille macération de l’Espagne, par la peinture du Caravage, fasciné par les théologiens espagnols et leurs œuvres, par les personnes maigres et grandes. J’aimerais mieux être Don Quijote ou Loyola plutôt qu’un pauvre sacristain. Et puis je suis sensible à l’architecture romane, à celle de Byzance, à celle de l’Eglise primitive. Mes goûts littéraires aussi, sont influencés par ces anciennes métaphores narcissiques. J’aime mieux lire la théodicée de Leibniz qu’un demi-chapitre de Houellebecq. Il faut dire aussi, non sans amertume, que les instincts favoris de la vie commune et, bien plus, le magistère qui te vient d’une expérience longuement professée ou pâtie en commun, servent, parfois, même la cause du Logos. Et ils la servent mieux que les alambiqueries, les bavasseries, les subtilités et les discriminations infinies de l’intellect, sur l’océan sans fin de ses lemmes et de ses alinéas, de cet intellect bicorne ou quadricorne mais le plus cocu d’entre les cornus.

Et par ce dit, je vise à fixer dans leur lumière funéraire et, dans le ridicule éternel de leur couardise, quelques devises jubilantes et pompeuses ou péremptoires et éjaculées, à coups de phrases, paraboles et formules qui marquèrent dans la bouche des buveurs de ce vin là, et sur tous les murs outragés de France, avec les frontons de mairie et les cours de Bourse, le verbiage frauduleux de la clique. Un complet florilège requerrait l’ampleur totalitaire d’un Lexicon. Muray s’y est essayé, il y a laissé ses poumons de cancéreux à l’orée de ses 60 ans. Et j’en recommande la lecture, de ce Lexicon, à celui des hommes survivants qui serait doté d’une mémoire vive et exhumante, et qui, dans sa dernière intrépidité, disposerait d’une riche provision d’heures et d’études. Il ferait celui-là un bon potage de philologue et, dans la même foulée, d’annotateur des mœurs, ces écritures allant de pair.

Entre les dames, notre sexe doit choisir, tout comme elles-mêmes choisissent parmi nous. Elles n’eurent certes pas de préférence pour l’ermite et firent bien. Il n’est pas, le sexe, pour une mécanique aveugle et pluralisée et, à un moment donné, c’est le fait de l’un que de pénétrer l’une. Et l’un ne saurait, dans son acuité et sa tension élective, pénétrer à l’infini toutes celles qu’on voudra, à moins de s’appeler DSK. Car, s’il en était ainsi, il suffirait de baudruches pour se satisfaire. Des poupées de caoutchouc ou de pixels. Et nous pourrions en commander au grand Michelin ou aux réseaux sociaux ou à la Toile, d’une taille variable ou sur mesure, avec un petit pertuis, je veux dire une valvulette sur le côté, pareille à celle des bicyclettes, afin de les gonfler avec la pompe de cette dernière achetée chez Décathlon, en cas de besoin. Pfouh, pfouh, pfouh, pfouh. Et quand elle est à point, tu refermes le petit trou avec le bouchon ou tu clipses et puis tu la caresses, tu la bisouilles et tu pleures dessus et tu spermes ce que tu voudras.

A l’issue de la bisouillerie, tu la dégonfles, la nettoies, la replies et la ranges, comme une chemise repassée. Non, non et non.

Il veut sentir le mâle, dans celle qu’il prend, une âme, un moi biologique, une résistance et une acception particulières, singulières. Et puis, si ces filles ne rabâchent et ne piaillent, du matin au soir, que des hourras pour des vainqueurs du jour, en idiotes qu’elles sont, et qu’elles chantent les louanges de la Racaille Gros Modèle, oh, alors, qu’est ce qu’ils fichent là les autres mecs ? La bite à l’air ? Le choix est jaloux du choix, l’amour est jaloux de l’amour. Il réclame une réciprocité de sentiments. Si tu te donnes la peine de choisir, et que celle que tu préfères n’a qu’une Enflure en tête, eh ben ! Qu’elle garde son Enflure, t’as qu’à aller en voir une autre. C’est comme une serrure où il y aurait déjà une clé cassée dedans, t’as beau te démener avec la tienne, tu n’arrives pas à l’enfiler. Ainsi donc ces bataillons qu’ils y aillent à leur Culisée.

Je n’ai rien à dire à ce qu’une mère qui a laissé dans les faubourgs de Syrte ou sous les décombres d’un immeuble de Tripoli la raison et le sourire de son temps mortel, qui attend la fin de ses années vides, et qui vaque humiliée, comme appauvrie, à ses tâches domestiques, croie pouvoir pallier semblable solitude par un petit bain de foule qui a la même couleur que le ténèbres qui ont déjà occupé son cœur, parmi les vains apprêts et les vaines assiétées d’une cuisine déserte. Mais le deuil de ses veuves pesant un quintal et la fontaine du CNT des voiles verts coulant de la tête jusqu’au vernis noirissime des souliers et des you you pleins la gorge, tout ça c’est une comédie qui suscite la gaudriole et parfois la colère.

Et parfois, mes yeux se voilent à la pensée des disparus, du jeune homme égorgé dans un garage alors qu’il entrait à peine dans ce qui devait être sa vie qui s’est éteint à 21 ans au pied des latrines sans retour. Pour que des ânes eussent de quoi braire encore sur la liberté. Hi han, hi han, et toujours la liberté, hourra, hourra, dans le soleil imbécile de leur gloire. Ce faux semblant de gloire.

Esprits (les 2) : Dans un fragment, Pascal évoque et oppose l’esprit de finesse et de géométrie. Le premier est affaire de coup d’oeil, le second, de déduction et de logique. Le premier ouvrait la voie du roseau pensant, le second celle du déroulement infini de la vanité humaine qui croit percer un secret quand elle découvre une formule physico-mathématique et sa figure. Le premier est apparié à la bêtise, le second à l’esprit flicard. De l’un à l’autre, la parenté est nulle

Eugénisme : Commençons par les définitions de base. A chaque génération, on compte 50 mutations de l’ADN. Les allèles sont les différentes versions d’un même gène qui diffèrent par leurs bases. Aussi, un hétérozygote porte deux versions d’un même gène.

Le polymorphisme est une caractéristique variable au sein d’une population (la taille, par ex), il caractérise le genre humain parmi d’autres  mammifères. Les polymorphismes portant sur une seule base sont appelés Snips (single nucleotide polymorphism).

Néanmoins, les fréquences alléliques divergent d’un groupe humain à l’autre. On les calcule avec un indice statistique, le Fst (fixation index statistics)  qui caractérise les parts de variation à l’intérieur d’un groupe et entre groupes pour chaque snip. Sa valeur va de 0 (aucune différence entre groupes) à 1 (homogénéité du groupe, différence seulement entre les groupes).

La valeur moyenne du fst parmi les humains est de 0,1, aussi 90 % de la variété humaine est intra-groupale. Très peu de snip ont un fst supérieur à 0,4 (5%), pratiquement aucun n’atteint 0,7.

Néanmoins il existe une corrélation entre allèles. Dès lors, c’est avec des groupements d’allèles dont le fst est supérieur à 0,28 qu’on distingue très clairement 5 à 6 groupes humains d’ascendance.  Ces snips à fst élevés sont appelés AIM (ancestry informative marker).

Les associations de snips appelées haplotypes désignent un ensemble de marqueurs polymorphiques caractérisant un segment d’ADN car les allèles de snips très proches sur l’ADN sont associés, ils gardent la mémoire des chromosomes dont ils sont issus. Or, les haplotypes concernent des dizaines de milliers de bases soit 1/10 millième de la longueur d’un chromosome comme le 11ème qui est moyen.  De fait, les haplotypes permettent de discerner avec plus de précision l’origine ancestrale d’un individu, c’est un marqueur du groupe d’appartenance.

On retrouve dans le génome de Craig Venter, séquencé entièrement en 2007, la différence de 0,1 % entre les deux chromosomes homologues (père/mère). A celle-ci s’ajoute plus de 900 mille variants entre les deux ADN correspondant à des délétions, des duplications et d’autres évènements. Aussi l’écart, en nombre de nucléotides, entre les deux génomes haploïdes de Craig Venter s’établit à 0,5 % dont 0,1% pour les snips et 0,4% pour les CNVR. La localisation des CNVR n’obéit à aucune régularité (sur des séquences non-codantes, à proximité ou à l’intérieur d’un gène). Au sein de l’ADN de Venter la moitié des gènes sont concernés par une variation.

Or les snips et les CNVR sont le meilleur marqueur de différences entre groupes d’ascendance comme on le constate pour les mélanosomes dans l’épiderme qui concentrent la mélanine. Un gène, parmi d’autres, qui forme les mélanosomes  contient un snip dont un allèle est présent chez 90 % des africains tandis que l’autre allèle est présent chez 98 % des européens. Or la peau claire favorise la synthèse de la vitamine D indispensable pour éviter le rachitisme et dont la formation requiert la lumière solaire. Parallèlement, la lactase est un enzyme dont l’activité diminue à l’âge adulte. Or cette activité perdure, à l’âge adulte, parmi les populations du centre-nord de l’Europe ou les populations pastorales africaines, ce qui indique qu’un ou plusieurs gènes responsables de la régulation du lactase ont muté.

Or, comme un allèle rare au sein du genre humain peut devenir prépondérant dans un groupe restreint sous l’action conjuguée de l’effet fondateur corrélé à la théorie de la migration continue, on voit bien que la dérive génétique peut devenir une politique suivie et une bonne affaire.

En conclusion s’il est désormais possible de déterminer le/les groupes d’ascendance de chacun et de suivre ou de provoquer des mutations d’allèles rares parmi des lignées humaines, on voit bien que l’eugénisme n’est pas un mauvais souvenir ou une théorie absurde mais une virtualité que le marché et la démocratie ne demandent qu’à piloter.

Eva R-sistons : trouve une conspiration par jour

Evola Julius : Sa métaphysique du sexe n’est pas un traité à l’usage des amateurs de godemichés.

Fascisme : Dernière expérience historique catastrophique proprement réactionnaire. Fun, le fascisme est un hymne à l’œuvre civilisatrice de Kaufman and Broad.

Fasciste Fun : Porté disparu un jour de Tramontane, il fonda une chaîne de pizzerias dans la région d’Aix en Provence

Finkielkraut Alain dit Finkie : Échappé de l’Ulysse de Joyce, il poursuit chaque semaine le monologue intérieur de Léonard Bloom dont il est une incarnation post-moderne.

Foule : L’individu est déjà une foule à lui tout seul, son problème est donc d’en sortir. A contrario, la foule cherche son unité pour frapper et acquérir la puissance même du nombre. L’individu comme la foule sont donc des multiplicités en quête de points de condensation. Le traitement qui permet de les réduire à un amas d’atomes browniens consiste à saisir leur unité ex-post, soit par le marché, soit par les sondages dits d’opinion, en un mot via des artefacts. Ainsi, la foule est préparée et sert de matière première aux membres du gouvernement invisible en vue du but qu’il s’est fixé. Ainsi, alors que l’Angleterre était à deux doigts de chanceler, devant les nazis, en mai-juin 1940, seuls 5 hommes étaient réellement informés de la situation catastrophique qui était la sienne.

Fracassomanie : Tendance compulsive de tout réactionnaire. Il en viendra donc à confondre tout effet non recherché avec un effet pervers qui n’en est qu’un cas limite, voire pathologique.

France Orange Anxiolytique

Francs-maçons (une chronologie des) : 

1646 : Londres, Elias Ashmole fonde l’Invisible College, d’inspiration rose-croix. Féru d’alchimie et d’hermétisme, il rejoint une loge de 7 membres dont la seule trace est conservée dans son journal

1662 De l’Invisible College naît la Royal Society, et de la Royal Society la Franc-maçonnerie

1666 Paris : Création de l’Académie des Sciences

1707 : Naissance supposée de Claude-Louis de Saint-Germain

1721 : Le pasteur James Anderson rédige les Constitutions de la maçonnerie anglaise, publiées en 1723. Le texte est révisé en 1738 et réédité de manière continue jusqu’en 1815. Initié à Londres, où Pierre le Grand est sensé s’intéresser à la technique des constructions navales, le tsar fonde une loge en Russie et en profite pour taxer le port de la barbe, chez les Vieux-Croyants

1726 : Francis Drake énonce les trois principes de la maçonnerie anglaise : Truth, Relief and brotherly love (vérité, bienfaisance et amour fraternel)

1733 : Première loge dans les 13 colonies d’Amérique

Années 1730 : Les loges d’adoption agrègent les femmes de haute noblesse à la maçonnerie

1737 : Ramsay affirme l’origine templière de la maçonnerie. Origine du rite écossais en conflit avec la Grande Loge londonienne. L’organisation baroque des grades dans le rite écossais s’étage de Maître secret et Maître parfait jusqu’à ceux de chevalier Kadosh et chevalier de l’Aigle blanc et noir après sa consolidation de 1801. Dans le même temps, le lieutenant de police René Hérault, avec la complicité d’une danseuse, obtient d’un initié les secrets d’une cérémonie maçonnique : « La réception d’un frey-maçon » publiée dans la Gazette de Hollande.

1738 : La pape Clément XII lance une première bulle d’excommunication, In eminenti. Mais l’acte n’est jamais enregistré par l’Eglise gallicane ni par les parlements. Elle reste lettre morte

1740 : Naissance en France de différentes loges. 132 ateliers sont répertoriés en 1760, près de 1000 en 1789

1743 Première apparition publique du comte de Saint-Germain. Dans le même temps, le grade de chevalier Kadosh, le vengeur des templiers, est créé à Lyon.

1753 : Willermoz fonde la loge de la parfaite amitié. En 1767, il aurait reçu son Initiation aux premiers degrés de l’ordre des Elus-Coëns fondé par Pasqually.

1754 ou 1760 : Martines de Pasqually fonde le Temple des Elus-Coëns

1756 : Le baron von Hund fonde la stricte Observance Templière sous le contrôle de Frédéric II de Prusse. On y évoque les Supérieurs Inconnus.

1758 : Saint-Germain arrive à Paris et offre à Louis XV ses services en teinturerie, il fréquente la Pompadour

1760 : Lors d’une mission diplomatique en Hollande, Saint-Germain doit fuir à Londres où il est arrêté. Dom Pernety fonde les Illuminés d’Avignon, Martines de Pasqually, les Chevaliers Maçons Elus de l’Univers.

1762 : Saint-Germain est signalé en Russie.

1763 : Casanova rencontre dans les Pays-Bas autrichiens le comte de Saint-Germain sous son nom de Surmont. Il prétend changer une monnaie en or. Willermoz fonde le Souverain Chapitre des Chevaliers de l’Aigle Noir Rose-Croix

1768 : Pasqually rencontre Louis Claude de Saint-Martin connu sous le nom de Philosophe Inconnu. Dom Pernety devient bibliothécaire du roi de Prusse.

1771 : Le duc de Chartres, futur Philippe-Egalité et régicide devient grand-maître du Grand-Orient. L’ancienne grande Loge refuse de se joindre à l’entreprise d’unification, le Grand-Orient riposte en reconnaissant les groupes féminins.

1772 : Pasqually part pour Saint-Domingue. Willermoz et Saint-Martin fondent un Tribunal Souverain, future Grande Loge écossaise.

1774 : Tandis que Saint-Martin se retire, un délégué de la Stricte Observance Templière négocie avec Willermoz. Un Directoire écossais de la Province d’Auvergne est créé

1776 : Sous le nom de comte Welldone Saint-Germain présente ses projets chimiques à Frédéric II. La Société des Philathètes est créée afin de réunir tous les hermétistes. Weishaupt fonde les Illuminés de Bavière. Il aurait été initié par le maître de Cagliostro, le mystérieux Altotas, un certain Kölmer de retour d’Egypte. Au seins des 13 colonies, la déclaration d’Indépendance de tonalité maçonne est proclamée.

1778 : Saint-Germain rencontre à Berlin Dom Pernety. Willermoz fonde l’Ordre des Chevaliers Bienfaisants de la Cité Sainte.

1781 : Joseph II, empereur d’Autriche reconnaît la franc-maçonnerie. Dans la foulée a lieu l’année suivante le grand séminaire de toutes les loges à Wilhemsbad qui reconnaît le Rite Ecossais Rectifié

1784 : Lancé dans une fabrique de couleurs pour le landgrave de Hesse, Saint-Germain meurt

1785 : Cagliostro fonde le Rite de Memphis qui atteindra sous le nom de Memphis-Misraïm 90 grades. L’Ordre des Illuminés de Bavière compromis dans un complot est éradiqué.

1786 : Initié par les illuminés bavarois à Berlin, Mirabeau entretient une relation épistolaire avec Cagliostro et Lavater

1787 : Le nachtrag de Weishaupt, schéma de son organisation subversive est publié.

1794 : L’émancipateur des juifs, l’éradicateur en chef des patois, l’abbé constitutionnel d’une Eglise évanouie Grégoire présente à la Convention un projet de Conservatoire des Arts et Métiers installé à Saint-Martin des Champs

1821 Le pape Pie VII, par l’encyclique Ecclesiam a Jesu Christo, condamne les sociétés secrètes dont les carbonari. Il est relayé par la Cour de Vienne en 1824

1826 : Léon XII par sa lettre apostolique, Quo graviora condamne la franc-maçonnerie.

1835 : Le kabbaliste Oettinger prétend avoir rencontré le comte de Saint-Germain

1862 : L’ancien carbonaro Napoléon III tente une OPA sur la franc-maçonnerie française

Vers 1865 : Fondation de la Societas Rosicruciana in Anglia. Bulwer-Lytton, auteur de Zanoni y adhère

1875 : Convent de Lausanne qui transforme le grand architecte de l’Univers en principe créateur. Blavatsky fonde la Société Théosophique

1877 : Le Grand-Orient rompt avec la notion de grand architecte

1879 : Fondation de la Societas Rosicruciana aux Etats-Unis

1880 : Début de l’activité de Saint-Yves d’Alveydre, créateur de la Synarchie

1884 Léon XIII condamne dans l’encyclique Humanum Genus le relativisme philosophique et moral de la franc-maçonnerie

1886-1887 : Campagne anti-maçonnique proprement bouffonne de Léo Taxil

1888 : Stanislas de Guaita fonde l’Ordre Kabbalistique de la Rose-Croix. En Angleterre, l’Hermetic Order of the golden dawn est créé. La sœur de l’empereur MacGregor Mathers n’est autre que la sœur de Bergson. En Allemagne, Franz Hartmann fonde l’ordre ésotérique de la Rose-Croix

1890 : Joséphin Péladan abandonne Guaita et fonde la Rose-Croix catholique du Temple et du Graal.

1891 : Papus publie le traité méthodique de Science occulte

1895 : Félix Faure est élu président. Franc-maçon, il finira dans les bras d’une pute.

1898 : Aleister Crowley est initié à la Golden Dawn. Il fondera l’ordre de Thelema à son compte

1904 : Sur l’initiative du député Louis Lafferre, les frères sont sollicités afin d’établir des fiches sur les fonctionnaires d’Etat dont le zèle républicain laisse à désirer. Le Grand-Orient fournit 20 mille noms

1907 : De la Golden Dawn naît la Stella Matutina à laquelle adhère Yeats

1909 : Effusion Rose-Croix aux Etats-Unis sous la baguette de Spencer Lewis, alchimiste à ses heures.

1912 : Annie Besant fonde à Londres, l’ordre du Temple de la Rose-Croix

1918 : Naissance en Allemagne de la Société Thulé

1936 : Naissance en France du Grand Pieuré des Gaules. Enrico Contardi di Rhodio relate une visite de courtoisie que lui fit le comte de Saint-Germain

François de Souche : Lu sous le manteau, ce site aimerait bien que Coca-Cola lui loue des espaces neuronaux disponibles. Sa prose simple en fait l’homozygote de Rue 89, mais en démondialisé.

François 1er : Dès le 10 avril 1978, la politique menée par la dictature envers les opposants est dévoilée devant la commission exécutive de l’Eglise catholique par Videla. La politique du dictateur ne fut pas combattue par le cardinal Raoul Primatesta, archevêque de Cordoba, Vicente Zazpe,  archevêque de Santa Fe et le cardinal Juan Aramburu.  Néanmoins, les représentants de l’Eglise argentine s’interrogèrent sur  certaines disparitions attribuées aux « excès » de la répression.  Le cardinal Primatesta, poussé par de hautes personnalités catholiques dont Emilio Mignone, alla même jusqu’à critiquer la méthode des disparitions qui avaient, par trop, tendance à laisser quelque amertume dans les familles concernées. Seulement comme Zazpe le dit à Mignone, il n’était pas question pour l’Eglise argentine de rendre publiques les critiques prononcées lors d’un déjeuner cordial avec un membre de la junte de réorganisation nationale. Le nonce apostolique Pío Laghi, le cardinal Primatesta et divers évêques, conscients de leur responsabilité envers un régime ami, un régime qui avait sorti le pays du chaos en liquidant toute opposition et en ouvrant des camps et des centres de torture, trouvèrent une solution : jouer les messagers auprès des familles en annonçant la mort de leurs enfants de manière discrète et, dès lors, couper l’herbe sous les pieds des fouille-merdes et des « marxistes ».

Lorsque les soeurs françaises, Alice Domon et Léonie Duquet, furent enlevées, le nonce apostolique Pio Laghi n’hésita pas une seconde à mentir devant leur supérieure Evelyn Lamartine et la sœur Montserrat en déclarant qu’il ne pouvait rien pour elle oubliant que Dieu est celui devant lequel on ne joue pas. Néanmoins, l’épiscopat argentin n’était pas monolithique puisque les évêques Antonio Alfredo Brasca, Enrique Angelelli, Ponce de León et Alberto Devoto étaient engagés dans un mouvement proche de la théologie de la libération et que le second mourut lors d’un accident de la route assez suspect. De même les guérilléros (montoneros et membres de l’ERP)  et leurs soutiens qui chantaient, « nous sommes tous des terroristes » n’étaient pas des enfants de cœur mais s’étaient engagés dans une lutte armée qu’ils ne pouvaient gagner. Entre 1970 et 1973, 170 chefs d’entreprise furent enlevés et soumis à rançons. Les deux Argentine n’avaient pas l’intention de cohabiter en paix, le temps de la politique était terminé et on fit revenir Peron de son exil comme pour un dernier simulacre. Le voyage de retour était payé par la Fiat et l’homme que l’Eglise avait renversé en 1955 était désormais sous la coupe du grand vénérable de la Loge P2, Licio Gelli qui représentait, sur place, les intérêts coagulés du capitalisme italien et de l’Eglise catholique. Lorsque l’âme damnée d’Isabela Péron, le mage Lopez Rega mit sur pied avec l’aide de Licio Gelli et de l’Internationale noire, de la Cité catholique et des intégristes de toutes obédiences ainsi qu’avec l’appui de tous les secteurs de l’armée, la Triple A, ce furent plus d’un millier de gauchistes présumés qui furent assassinés, après avoir été préalablement mis en pièces.

Lors de la dernière année de démocratie, en 1975-1976, tandis que la CGT péroniste lançait une énième grève générale, le PIB s’était contracté de 5 %, l’inflation atteignait les 700 %, les rentrées fiscales étaient en berne, le pays, en état de cessation de paiement, les enlèvements et assassinats,  quotidiens. Le chaos sciemment provoqué, le terrain était déblayé pour un coup d’Etat donc la cible était constituée des ouvriers, notamment des délégués d’usines dont 10 mille furent arrêtés et quelques centaines assassinés puis déclarés disparus. Dans le même temps, l’agitation étudiante était réduite à néant à l’aide des mêmes méthodes.  Le tout avait une armature légale, un décret pris en temps de démocratie qui donnait l’ordre d’anéantir l’opposition sous le nom de code d’opération Indépendance. L’armée édifia dès lors son archipel concentrationnaire de 340 camps répartis sur 11 des 23 provinces du pays. Elle prit soin de salir tous les officiers en les contraignant à des tâches de police qui avaient la torture pour support.

On utilisa la gégène, l’asphyxie, les coups de karaté, de fouet, de bâton, de tiges, de barres de fer, on suspendait les prisonniers par les pieds ou les mains, on simulait des largages au-dessus la mer, on emmenait en renfort des chiens d’attaque dressés, on balafrait, on brûlait à la cigarette, au chalumeau, à l’eau bouillante, au fer rouge, on coupait, tailladait avec des instruments de bouchers et d’autres plus médicaux. Certains finirent écorchés vifs. Dans les camps de l’aviation et de la police on se spécialisa dans les sévices sexuels avec une technique très particulière de gang-bang appliquée sur les hommes comme sur les femmes. Il arrivait qu’on introduise comme conducteurs des objets métalliques qui, placés dans l’anus ou le vagin, servaient à diffuser une sorte d’évangile de la douleur. Comme certains tortionnaires étaient des gens misécordieux, ils laissaient le choix à ceux qu’ils allaient torturer : viol ou gégène ? Ils savaient ces gens déjà morts, alors les tortionnaires jouaient car l’homme est joueur. J’imagine qu’ils sont aujourd’hui des bons pères de famille puisqu’en  2012, on comptait 253 condamnations et 20 acquittements à propos de faits commis durant cette période.

En 1995, le capitaine Scilingo affirma que les méthodes employées par l’armée pour éradiquer toute opposition furent approuvées par la hiérarchie ecclésiastique. Il n’avait pas ajouté que le marché, les institutions financières internationales, l’Etat d’Israël, Henry Kissinger, Michel Poniatowski, le patronat argentin, ou le compositeur Ginastera avaient approuvé depuis longtemps les mêmes méthodes. José Alfredo Martinez de Hoz fut nommé ministre de l’économie. Il appliqua des recettes qui sont celles que nous commençons à connaître au sein de l’Union Européenne mais sans le passage, quelque peu urticant, par la case coup d’Etat et destruction de l’adversaire présumé, du moins en l’absence d’opposition déclarée. Il fut si efficace qu’il ramena la part des salariés dans le PIB à moins d’un tiers. La financiarisation de l’économie s’accompagna d’une désindustralisation massive et brutale si bien que la dette publique et privée fut multipliée par 10 entre 1975 et 1984. En 1990, elle atteignait les 65 milliards de dollars. Un régime de pouvoir venait de basculer.

Le pape François 1er est accusé par les prêtres Yorio et Jalics de ne pas les avoir informés des menaces qui pesaient sur eux, du temps où il était encore Monsieur Bergoglio. Rappelons que c’est le même homme qui permit au journaliste Horacio Verbitsky, onganiste dans les années 1960, ancien montonero durant les années du revival péroniste, protégé du général Güiraldes durant la dictature puis dénonciateur des généraux aux mains sales et de l’Eglise aux mains sanglantes durant les années démocratiques, d’obtenir une archive essentielle prouvant l’existence d’un camp d’internement nommé el Silencio au sein même d’un ancien territoire de l’Eglise puisqu’il s’agissait d’un lieu fréquenté aussi bien par le cardinal  Aramburu que par les prêtres récemment ordonnés avant que la Marine n’en devienne propriétaire.

Le même Horacio Verbitsky accuse l’ancien cardinal Bergoglio d’avoir joué le double-jeu durant la dictature afin de décapiter l’aile tiers-mondiste du clergé argentin. D’un côté encourager les prêtres à accomplir leur œuvre sociale, de l’autre les dénoncer comme subversifs si bien que l’homme aurait caché sa perversité sous le voile de l’innocence. Rappelons que l’audacieux Verbitsky écrivit, notamment, dans la presse cubaine et n’hésita pas à trouver l’origine du Sida dans quelque laboratoire secret des Etats-Unis, ce qui prouve qu’il est parfois allé de travers en prétendant marcher tout droit.

Dans le cas Orlando Yorio, le président de la conférence épiscopale, Adolfo Servando Tortolo avait posé comme principe qu’avant toute arrestation d’un prêtre, les militaires devaient en référer à l’évêque qui en avait la charge d’âme. Avant son arrestation, le 23 mai 1976, ce n’est pas Bergoglio qui lui retira son ministère mais le cardinal-archevêque Aramburu. Avant cet épisode, Yorio comme Jalics avaient été sermonnés puis poussés vers la sortie par la compagnie de Jésus. D’une part, parce qu’ils versaient dans la théologie de la libération, d’autre part parce qu’ils manquaient au vœu d’obéissance au nom d’une plus grande compréhension du mode de vie chrétien revu par le catéchisme marxiste tiers-mondiste. Aussi Bergoglio les accusa de proférer des sermons extravagants, de vivre avec des femmes, et de se compromettre avec les hérésies et la guérilla marxiste-péroniste mais il leur promit de défendre ses deux soldats du Christ devant les autorités militaires. Ce que nient Yorio et Jalics même si le premier concède qu’après l’aide que lui apportèrent l’évêque Jorge Novak et les sœurs de Marie, ce fut Bergoglio qui lui paya le voyage à Rome même s’il avait été exclu de la Compagnie.

On le voit les preuves de la perversité du jésuite Bergoglio sont minces pour ne pas dire des plus faibles voire nulles, pourtant elles sont colportées dans toute la presse de gauche avec une volonté de nuire manifeste. Exactement comme ce faux photographique où un pseudo-Bergoglio donne l’hostie au général Videla. En revanche, le caractère fluctuant, pour ne pas dire opportuniste de son principal accusateur, Horacio Verbitsky, n’est jamais rappelé.

 

French Carcan : Monteur anonyme, adepte des gros nichons, il refusa un temps de rejoindre la ligne rose bonbon de Télé Courtoisie

Fromage Plus : Il adapta les digests de Bonald et de Maistre pour le compte d’Euro RSCG

Frontiste (langue) 

L’Invasion                      

Le samedi soir, je vais à Carrefour, c’est une invasion de noirs. Il y a deux ans ce n’était pas comme ça

Ici on n’en voyait pas avant. Juste une ou deux familles. Mais il en arrive toujours plus de la ville. Nous on veut juste garder la nationalité française, notre façon de vivre

On réserve les HLM en construction aux musulmans

Qui c’est qui commande ? C’est pas nous

Kebabs et compagnie

Si je restais 10 ans au Maroc, moi, est-ce que je pourrais voter ?

Pourquoi il y a une préférence pour les étrangers ?

A la caisse d’allocation familiale, ils m’ont dit, vous ne faîtes pas partie  de la bonne catégorie, je ne m’appelle pas Fatima

L’étranger qui fait venir sa famille soigne tout le monde avec une carte Vitale. Pourquoi on me réclame les dépassements, à moi ?

Des minarets à tire-larigot

Là-bas, on ne pourrait pas nous construire des églises

Je dis à tous les bien-pensants l’immigration ça suffit. Elle cause des dégâts économiques du fait de la concurrence salariale et crée des problèmes culturels dus à l’Islam

Les islamistes sont en train de nous grignoter, nous grignoter, nous grignoter. C’est une communauté intrigante.

Le Horla

Les gens n’osent plus sortir de chez eux, c’est pour ça qu’ils se réfugient dans un vote tendance

Nos enfants ont vu des drapeaux français brûler à la Bastille

Le Pen Family

Elle est plus femme, plus modérée, plus moderne

Pourquoi la repousser puisqu’on parle pareil

Marine et son père, ils ont les mots pour nous

C’est pas Hitler, Marine, elle est différente de son père. Mais si elle passe, tu paries ? Les voyous raseront les murs ! Et puis, si c’est pas elle, on est mort, on est mort

Les PDG ont des salaires de dingues et les racailles touchent l’aide sociale. Et nous, on trime toute notre vie. Marine Le Pen, elle, saurait remettre les choses à leur place

Laxatif

Laxisme envers les étrangers, les faux-chômeurs, les délinquants

Je suis écoeuré

Cela fait trente ans que les Goebbels nous traitent d’abrutis, alors qu’on avait raison. Ils ont foutu en l’air le clergé et la famille, et maintenant ils détruisent la ruralité. Les gars payés à coups de lance-pierre, les familles qui fuient la colonisation intérieure, les agriculteurs qui refusent de se suicider au raticide, ils ne peuvent plus voter pour ceux qui les ont fait patauger dans la merde

Grosses voitures

Des bronzés et des manouches qui conduisent des grosses voitures alors qu’ils touchent le RSA

Les petites racailles en BMW

Les trous du cul qui bloquent les rues en mettant leurs warnings

Les zélites

Le petit monde médiatique de gôche

Il faut montrer à ceux qui ont du pouvoir qu’ils ne sont pas seuls

Sarkozy nous avait promis le remboursement des lunettes rien n’est venu

On est la classe moyenne, on vient de la France profonde et on veut que le gouvernement fasse des choses pour nous

J’ai appelé à voter Sarkozy au second tour contre la gauche socialo-communiste, ça n’a pas plu aux élites du FN

Sarkozy nous a pris pour des jambons

Idées

La justice, l’Europe, le franc, je me retrouve en plein dans ses idées

Avec ma femme on regarde les débats d’Yves Calvi sur la Cinq, c’est formidable

Pourquoi les juifs qui n’étaient pas les seules victimes des camps de concentration tirent la couverture à eux

C’est pas pour être raciste, mais si on valorisait le français, de temps en temps, ça serait sympa

Vous trouvez ça normal, vous ?

Au Front maintenant, il vaut mieux être pédé qu’intelligent

Décadence

A cause de la suppression du service militaire, on a une armée de pantins dont les ¾ sont des blacks et des beurs

La France subit la concurrence des chinois. L’Europe protège pas notre industrie, et notre agriculture non plus. Au contraire, avec toutes les règles, elle nous complique la tâche

Tous les moyens de l’Anru ont été concentrés sur le Vert-Bois à Saint-Dizier, alors que nous, pour rénover notre habitat délabré, nous n’avons d’autre choix que de nous endetter

Il y a dix ans, autour de chez moi, il y avait cinq ou six entreprises dans lesquelles travaillaient 280 personnes. Aujourd’hui, je suis seul, et il n’y a plus que des assistés

Avec les filles ils sont irrespectueux. Je peux plus aller à Avignon le soir avec des copines. Ils provoquent. Ils disent qu’on est bonnes et personne ne dit rien

A Paris aussi il y a des quartiers où je ne vais pas

Les zassistés

Le RSA sans contrepartie c’est trop facile à ne rien faire

Vous savez qui habite en face ? Un père divorcé qui a décidé d’arrêter de travailler et qui s’en vante

On a l’intention de jarcler personne, la priorité nationale c’est de réserver les prestations sociales aux français quelle que soient leurs origines

Les gens qui travaillent en ont marre de payer pour les autres

C’est un vote contre les cas sociaux

Ras le bol de payer pour les autres, il y a trop d’assistés

Lutte sur place

Dans la grande distribution où je travaille, des gens bossent pour 1000 euros après quinze ans de carrière. Il faut se battre contre les exploiteurs

Si j’avais pris ma retraite à 60 ans, j’aurais touché 300 euros. Mon mari est en invalidité, je fais comment ?

Gauche : Challenger parlementaire de l’Eglise catholique depuis 1789

Germanicus : Le premier camp de Varus, par la grande étendue de son portour et les dimensions du quartier général, indiquait une troupe forte de trois légions ; puis un retranchement à demi abattu, un fossé peu profond montrait que là s’étaient établis les restes de l’armée déjà bien diminuée ; au milieu de la plaine des ossements blanchis et, selon que les hommes s’étaient enfuis ou avaient résisté, éparpillés ou entassés. A côté gisaient des fragments d’armes et des ossements de chevaux et aussi des têtes fixées sur les troncs des arbres. Dans les bois voisins des autels barbares devant lesquels ils avaient immolé les tribuns et les centurions les plus élevés en grade. Et les hommes qui avaient survécu à ce désastre, échappés au combat ou à la servitude, racontaient qu’ici étaient tombés les légats, là avaient été prises les aigles, où Varus avait reçu sa première blessure, où de sa main infortunée il s’était lui-même frappé et avait trouvé la mort ; le tertre d’où Arminius avait harangué ses soldats ; ils disaient combien de gibets, combien de fosses pour les prisonniers et la manière dont il avait, plein d’orgueil, insulté les étendards et les aigles. C’est  ainsi que l’armée romaine, revenue six ans après le désastre, ensevelissait les ossements de trois légions, personne ne sachant s’il mettait en terre les restes d’étrangers ou des membres de sa famille, les considérant tous comme des proches, des hommes du même sang, avec une colère grandissante contre l’ennemi, et éprouvant à la fois de la tristesse et de la haine. Germanicus posa la première motte pour construire le tombeau, hommage particulièrement apprécié pour les défunts et qui l’associait à la douleur des soldats présents.

Giles Hanah : La petite héroïne de F de souche, d’Ilys, des libertariens et d’autres s’appelle Hannah Giles. Elle a eu la peau d’Acorn, elle aurait fait trembler Obama. C’est la nouvelle Judith partie chez l’ennemi chercher la tête d’Holopherne. On mésestime toujours les poncifs bibliques chez ce genre de produit de l’Amérique puritaine et marchande, la fille d’une enseignante et d’un pasteur.

Damien Theillier qui semble triquer rien qu’à évoquer l’épiphanie de la petite brune aux talons aiguilles la présente ainsi, « sportive, elle est ceinture noire de ju-jitsu et pratique le surf, elle collectionne les planches dans sa chambre ». D’autres disent  « elle ne jure que par la discipline, enchaîne les séances de sport et les sessions de surf, ne boit ni alcool ni soda, calcule calories et protéines et ne mangent pas de sucreries, jamais. Les bonbons ne lui sont pas interdits, il y en a toujours eu à la maison. Mais il y avait aussi des pommes. Elle a toujours choisi la pomme. « Ceux qui vivent dans le plaisir meurent et vont en enfer », martèle Doug dans ses sermons dominicaux ».

Selon la fable racontée par Damien Theillier qui doit prendre ses lecteurs pour des pigeons ou des perdreaux qu’on appâte avec de gentilles histoires, elle rencontre son partenaire d’enquête en lançant des sortes d’appels à la candidature via Facebook. Ce sera James O’Keefe, « plombier » de son état, qui fut arrêté par le FBI alors qu’il posait des micros dans les bureaux d’un sénateur démocrate. Son coup réussi et le monstre Acorn terrassé, elle reçoit le Prix Ronald Reagan pour son action (dans les contras ?) et fonde sa propre association à but non lucratif (surtout ne pas rire), la Phoenix Foundation, basée à Austin, Texas, sans doute pour parfaire son indépendance à coups de subventions de l’industrie pétrolière.

Retour sur le cœur de l’affaire.

Acorn a commencé son action à Littlerock, en 1970. Présente dans 70 villes, avec 1200 antennes locales, elle a combattu les banques aux prêts usuraires, les patrons versant des salaires de misère, et les promoteurs aux méthodes brutales de gentryfication. Comme toutes les organisations qui prétendent venir en aide à ceux qui sont dans le besoin, elle a fini par se constituer une clientèle et à offrir des prébendes, à jouer des dépendances qui sont comme le mortier de toute société, car aucune entreprise n’est innocente surtout quand elle prétend se doter d’un esprit ou assurer la marche du Bien vers la perfection du bonheur. De là que le père d’Hannah Giles reçoive des courriels de menaces de mort ou qu’il se sente en danger depuis les révélations de sa fille.

Néanmoins, pour nombre d’américains, Acorn est devenue beaucoup plus qu’une bureaucratie oeuvrant dans le charity business. Le bouc émissaire des défaillances de l’american way of life, la parfaite cible pour ceux qui n’éprouvent de fierté qu’en pointant du doigt les saloperies supposées de l’autre camp. Acorn est donc devenue, au sein de l’Amérique conservatrice, une menace qui plane sur les Institutions démocratiques. Après l’élection controversée de George W Bush, en novembre 2000, Karl Rove, son spin-doctor et nombre de républicains conservateurs prennent Acorn pour cible, l’accusant de fraude électorale massive en faveur des minorités et des pauvres. En octobre 2008, alors que les recherches judiciaires n’ont rien donné, John Mac Cain, lors d’un débat avec Barack Obama, accuse Acorn de mener un travail de sape visant à la destruction de la démocratie américaine.

La première campagne ayant échoué, faute de preuves, FoxNews, la chaîne américaine de Rupert Murdoch, le Big Old Brother américano-britannique, relaie les cassettes enregistrées par Hannah Giles et son double masculin dans les locaux de 7 agences d’Acorn, une ayant refusé. Les extraits passant en boucle sur le réseau FoxNews ne sont pas bruts de décoffrage mais ont été montés si bien que la justice californienne en viendra à innocenter Acorn après le visionnage de l’ensemble du film.

Les deux redresseurs de torts se présentent en un duo improbable, celui du mac et de sa petite pute favorite, afin de trouver l’aide nécessaire pour monter un petit bordel avec du personnel venu du Salvador. Des mineures de surcroît. Bien entendu, James se dit banquier, étudiant, futur congressman. Spécialisé dans les pseudo-enquêtes en caméra cachée, façon les infiltrés de France 2 parmi les catholiques intégristes, première menace pesant sur l’hexagone, James filme. Mais que filme t-il exactement ?

Des employés qui lui donnent des conseils ou des gens qui se moquent d’eux ou se trompent sur leur identité ? A Baltimore, Tanja l’avocate fiscaliste leur montre la marche à suivre sur le chemin du Congrès :  berner les autorités en masquant la véritable activité d’Hannah, arnaquer le fisc en ne déclarant pas leurs bénéfices, obtenir des réductions d’impôts en falsifiant le statut de quelques-unes des mineures salvadoriennes. Un vrai bréviaire libertarien ou maffieux. A San Diego, l’avocat Juan Carlos qui croit avoir compris à qui il avait affaire, leur cause de ses relations avec les cartels présents dans la ville-frontière de Tijuana.

Personne ne se demande pourquoi aucun document officiel ne mentionne le couple, ni même un début de procédure ou d’agreement. Là où le site RottenAcorn échoua, la jeune et très hygiénique Hannah Giles qui peut si bien se maquiller en petite hôtesse d’accueil de bar à putes de la Nouvelle Orléans ou du Nevada, en jouant les étudiantes à chewing-gum incorporés dans la cavité buccale, la très exigeante Hannah Giles, avec ses lèvres pincées réduites à un trait et ses airs de sainte Nitouche qui ne sait pas pourquoi elle a décidé de combattre Acorn, va réussir.

Ses images vont exercer un effet de sidération sur la simple intelligence parce que le terrain avait été préparé. Dans son camp, la bouillie est servie. On sait d’avance que la pourriture ne loge pas dans la corporate governance ou à Wall Street ou dans le Grand Old Party, elle siège dans les derniers héritages de l’Etat social, elle campe chez les pauvres, elle s’invite chez les expulsés du rêve immobilier à crédit, elle innerve les bureaucraties parasitaires qui empêchent le business de se faire as usual et le Bien de triompher. Mayflower not dead. La charge est tellement cautionnée par tous, que les élus démocrates se sont ralliés à la sainte croisade, exactement comme la Cour Suprême ne voit aucun problème à ce que les grandes firmes puissent financer des clips électoraux, donc faire la pluie et le beau temps, en terme d’investiture. Seule la conférence des évêques américains a sauvé un minimum d’honneur dans cette curée mais tous les évêques sont pédophiles, c’est la nouvelle antienne.

Inutile de dissoudre le peuple américain, il se regarde ressusciter dans un remake interminable de The Night of the living dead.

Gregueria : La lune est la blanchisseuse de la nuit. On n’y trouve aucun adage, aucun aphorisme, aucune maxime car le chameau est toujours mité. On les doit à Ramon Gomez de la Serna.

Guaino Henri  : Onaniste gaullien qui n’aime pas les pédés et les allemands

Guéant Claude (dans le texte)

1

Claude Guéant a déclenché, samedi 4 février, une vive polémique en déclarant, lors d’un colloque organisé à l’Assemblée nationale par l’association étudiante UNI, que "toutes les civilisations ne se valent pas". Dans le discours obtenu par l’AFP, M. Guéant appelle à "protéger notre civilisation" et s’en prend à la gauche. "Contrairement à ce que dit l’idéologie relativiste de gauche, pour nous, toutes les civilisations ne se valent pas" […] Celles qui défendent l’humanité nous paraissent plus avancées que celles qui la nient", a-t-il argumenté, ajoutant : "celles qui défendent la liberté, l’égalité et la fraternité, nous paraissent supérieures à celles qui acceptent la tyrannie, la minorité des femmes, la haine sociale ou ethnique".

 

C’est le Guéant fils des Lumières, faisant une sorte de pont entre Voltaire et Leo Strauss

 

2

Le 15 mars 2011, Claude Guéant affirmait, dans un entretien au Monde, que "les Français ont le sentiment que les flux [migratoires] non maîtrisés changent leur environnement. Ils ne sont pas xénophobes. Ils veulent que la France reste la France […] Les Français, à force d’immigration incontrôlée, ont parfois le sentiment de ne plus être chez eux, ou bien ils ont le sentiment de voir des pratiques qui s’imposent à eux et qui ne correspondent pas aux règles de notre vie sociale. Nos compatriotes veulent choisir leur mode de vie, ils ne veulent pas qu’on leur impose un mode de vie."

 

D’abord le Guéant branché sur les thèses de l’Ordre Nouveau des années 1960 ou celles de la Nouvelle Droite façon seventies. Le voici ethno-racialiste (la France restera la France) ou du moins ethno- différentialiste (chez nous qui suppose un chez eux des immigrés incontrôlés), il en vient à évoquer, contradictoirement, comme trait de la francitude, le choix du mode de vie ce qui relève du Guéant libéral, libéralisme incompatible avec l’ethno-différentialisme. En effet, s’il y a choix il ne peut y avoir une unité quelconque d’où se dégagerait des « règles de notre vie sociale » une francité puisque celle-ci se réduit à un ensemble de normes surgies de la déclaration des droits de l’homme et donc applicables partout et en tout lieu. En conclusion le français ne peut être à la fois sans qualité et issu d’une culture singulière aux contours limités.

 

3

 

Après le début des frappes aériennes françaises en Libye, le 22 mars 2011, Claude Guéant se réjouit lors du Talk Orange-Le Figaro que Nicolas Sarkozy ait pris la tête de la "croisade" contre Mouammar Kadhafi : "Heureusement qu’il était là. Parce que le monde entier s’apprêtait à contempler à la télévision des massacres commis par le colonel Kadhafi, heureusement, le président a pris la tête de la croisade pour mobiliser le Conseil de sécurité des Nations unies et puis la Ligue arabe et l’Union africaine."

 

Le terme croisade renvoie à un univers sémantique qui n’est pas celui des chrétiens historiques mais des spins doctors de Bush. Une croisade se définit comme une lutte pour l’extension de l’Empire du Bien. Aussi les adversaires y sont toujours des monstres (tyrans sanguinaires) prêts à toutes les exactions (massacres). Alors que les crimes des partisans de l’Empire sont des dommages collatéraux ou des erreurs car ils sont motivés par la défense d’un Idéal pur.

 

4

 

Claude Guéant récidive le 24 mars sur i-Télé en affirmant une position très dure en matière de laïcité : "Les agents des services publics évidemment ne doivent pas porter de signes religieux, manifester une quelconque préférence religieuse, mais les usagers du service public ne doivent pas non plus."

 

Claude Guéant rejoint la posture des rédacteurs de Charlie-Hebdo. La laïcité n’est plus conçue comme neutralité mais comme lutte contre les religions. Du point de vue de la simple faisabilité, la première mesure concernant les agents supposerait des sanctions administratives définies et la définition constitutionnelle d’un agnosticisme d’Etat, la seconde qui concerne les usagers, est tout simplement impossible à mettre en œuvre dans un Etat qui se veut le garant des libertés individuelles.

5

Lundi 4 avril 2011, l’ancien secrétaire général de l’Elysée déclare en marge d’un déplacement à Nantes : "En 1905, il y avait très peu de musulmans en France, aujourd’hui il y en a entre 5 et 6 millions. Cet accroissement du nombre de fidèles et un certain nombre de comportements posent problème. Il est clair que les prières dans les rues choquent un certain nombre de concitoyens. Et les responsables des grandes religions ont bien conscience que ce type de pratiques leur porte préjudice."

 

Cette déclaration mélange une étonnante cécité historique (en 1905, il y avait des musulmans en Algérie mais leur statut de musulman était incompatible avec celui de citoyen français à part entière), une définition très floue du problème (est-ce l’accroissement numérique du nombre de musulmans qui pose problème ou un certain nombre de comportements ?) et un aveu d’impuissance (les prières dans les rues choquent en effet mais surtout elles devraient être interdites selon la lettre et l’esprit de la loi de 1905).

6

Le 29 août 2011, le ministre de l’intérieur cible la "délinquance roumaine". "Il faut savoir que 2 % de la délinquance en France sont le fait de Roumains et que presque la moitié des délinquants roumains sont des mineurs", a-t-il précisément annoncé sur RMC et BFM TV.

Dans un entretien au Parisien-Aujourd’hui en France le 12 septembre, le ministre de l’intérieur introduit la lutte contre la délinquance liée à l’immigration clandestine roumaine comme une de ses "priorités""La délinquance impliquant des ressortissants roumains – organisée en réseaux très perfectionnés avec à leur tête des chefs mafieux (…) – s’est largement accentuée ces dernières semaines, à Paris et en Ile-de-France, et dans une moindre mesure à Marseille et à Lyon" explique le ministre.

 

Claude Guéant mélange allègrement roumains et roms orientaux de toutes origines, ce qui est évidemment une marque de parfait mépris envers un pays dont l’émergence en 1920 doit beaucoup à la France. De plus il passe d’une priorité claire, la lutte contre toutes les formes de délinquance et notamment les cambriolages et les homicides ou agressions, sans compter les perpétuelles émeutes, trafics et incendies de véhicules dans les quartiers dits sensibles où l’échec de l’UMP s’avère évident (rappelons que ce parti est au pouvoir depuis 2002) au ciblage d’une délinquance périphérique même si elle est avérée. En cela, il crée une question rom/roumaine mais n’envisage absolument aucune mesure sérieuse pour démanteler les réseaux en question.

7

Invité du "Grand Jury" RTL, Le Figaro et LCI le 11 septembre 2011, Claude Guéantaffirme qu’"il y a une immigration comorienne qui est la cause de beaucoup de violences", notamment à Marseille où résideraient environ 80 000 Comoriens. "Je ne peux pas la quantifier", ajoute-t-il. Devant l’indignation de la communauté comorienne et de plusieurs responsables politiques marseillais, le ministre de l’intérieur exprimera trois jours plus tard ses regrets pour ces propos. "On a un problème récent de violences de personnes comoriennes, pas de Français d’origine comorienne. J’ai répété ce qu’on m’avait dit, mais si cela a pu blesser des Français d’origine comorienne et des Comoriens tout court, je le regrette", a-t-il déclaré le 14 septembre à l’Assemblée nationale.

 

Claude Guéant se révèle absolument pitoyable. Il ne peut rien quantifier, on le lui a dit. On finit par se demander si ce type est vraiment ministre de l’Intérieur.

 

8

Claude Guéant a suscité une très vive polémique non pas par des propos mais par une circulaire datée du 31 mai 2011 et signée de sa main, qui restreint la possibilité pour des diplômés étrangers d’obtenir un statut de salarié après leurs études. Laurent Wauquiez, ministre de l’enseignement supérieur, avoue le 17 décembre 2011 sur France 2 que cette circulaire était une "erreur" : "On s’est planté, il faut le dire clairement. Il y a des moments où on fait des erreurs, et il faut les corriger le plus vite possible." Claude Guéant finira par signer le 12 janvier 2012 une circulaire complémentaire, qui assouplit celle du 31 mai.

 

On imagine assez mal les Etats-Unis permettre à des étudiants étrangers de venir sur leur sol acquérir un diplôme pour leur monter la voie de sortie une fois leur titre obtenu. Claude Guéant oui.

 

Haine : meilleur guide que l’amour dès lors qu’on admet qu’il n’y aura jamais de monde réconcilié

Hank : Véritable feu follet, il prit la succession d’Alain Finkielkraut lors de son assassinat par un commando du MRAP-Pour une flottille libre à Gaza

Henri V : Contrairement à celui de Shakespeare, le comte de Chambord ne cessa jamais d’être un personnage de comédie. Celle de l’exil, puis de la restauration, enfin du drapeau blanc. Sa contribution à la destitution de la monarchie française fut essentielle. Le général Boulanger ne fit donc qu’achever un cadavre.

Hippocrate : Avatar néo-platonicien du comte de Saint-Germain

Hordalf : Compagnon d’un éphèbe vietnamien

Houellebecq Michel : Ancien exilé fiscal, ce lecteur assidu de Wikipedia aurait fréquenté les bordels thaïlandais. « Je ne suis pas un citoyen et je ne veux pas le devenir. Le devoir par rapport à son pays ça n’existe pas, il faut le dire aux gens, aucun. On est des individus. Je ne me sens aucun devoir à l’égard de la France. Pour moi, elle est un hôtel, rien de plus. Néanmoins, je me suis aperçu que la France, c’est vraiment bien. Pour un Français, ça se discute, mais pour un touriste… Je savais que la France était la première destination touristique mondiale mais je ne l’avais jamais expérimentée. J’ai découvert tous ces trucs bien organisés, comme les hôtels de charme, et je me suis rendu compte que les Français sont très bons en tourisme. En fait, ils sont doués pour servir. Je dis ça sérieusement : la France est le pays le plus doué pour servir que je connaisse, avec la Thaïlande. « Je sais que je représente quelque chose dans la société française… Je sais pas bien quoi au fond. Avec Nicolas Sarkozy, on est tombé sur un type sincère, ce qui s’était pas produit depuis longtemps, je crois. »

Lundi, au petit déjeuner à l’Élysée, au lendemain du remaniement, Nicolas Sarkozy a raconté à François Fillon, Brice Hortefeux et Jean-François Copé son dîner de la veille avec Houellebecq, Hortefeux…

Hussards : Beaucoup cités, très peu lus.

Identité : Fantasme lié à la mémoire, cette coupe mobile qui parcourt les strates historiques et les ruines, l’onomastique et les méandres du sperme.

Immigré : Administrativement, un résident fançais  né à l’étranger. Chez certains, un synonyme de musulman, chez d’autres le support d’une identité qui leur permet d’échapper à ce cauchemar d’être un autochtone. Comme si toute qualité était donnée à la naissance. Voire lors de la méiose.

Indigène : Célèbre film dénigrant le racisme impénitent des français et la participation bien connue des maghrébins, en particulier, et des arabes, en général, à la lutte antifasciste.

In-nocence : Néologisme forgé par Renaud Camus afin de créer un parti fantôme

Inscape : Procédé anglo-catholique d’entrée littéraire dans le paysage intérieur par la description minutieuse d’un évènement.

Islam : Hérésie chrétienne plus ou moins donatiste qui se présente comme la religion naturelle du Dieu unique. Ses théologiens ne sont lus que par un quarteron d’orientalistes et d’islamologues qu’Edouard Saïd aurait disqualifiés pour l’éternité. Aucune des procédures d’analyse usuelles ne peut lui être appliqué publiquement sans se voir taxer d’islamophobie et menacer par l’islamosphère et ses sicaires.

Juif : Ce nom divise les réactionnaires.

Kan Ha Diskan : procédé de répétition d’une partie d’une phrase dans la suivante, comme l’arithmétique dans le champ formel, il désigne un infini possible de la langue

Kobus van Cleef : médecin atrabilaire disparu en rade de Brest

Kroulik : Sa lecture à haute dose de Michel Onfray lui fit rejoindre la secte un jour d’avril 2014, nu et babouches aux pieds

Kung Fu Tseu : Ami méconnu d’Ezra Pound

Langue : Le bruissement s’y fit sentir chez Roland Barthes

Lemaire Bruno  : Disciple de Maurice Allais et ancien cadre chez IBM, il anime les séminaires économiques marinistes

Le Pen (Jean-Marie) : Dernier des ligueurs, il chercha en vain ses troupesd’assaut.

Lettrine : Forme close de prose qui se distingue du journal, de l’aphorisme ou du poème en prose.

Libéral-racialiste

Les libéraux-racialistes ont ceci de singulier qu’ils se réclament de la droite alors même que tout libéralisme en acte est une forme d’universalisme et que tout racisme est un dépassement de la nation vers un groupe qui lui est toujours supérieur. A leur manière, ils ont accommodé, une valeur de gauche, l’Universalisme, avec une autre, de droite, la Hiérarchie. Dans le processus, ont disparu Dieu et le pays, l’Eglise et la notion de peuple.

Comme libéraux de base, ils tiennent la concurrence comme le seul rapport possible entre individus, celle-ci engendrant la meilleure allocation des facteurs de départ et établissant une hiérarchie des richesses qui reflète celle que la nature a établie entre les agents. Comme racialistes, ils estiment que la nature a créé des races en lutte pour la domination du monde, mais qu’une seule incarne la vraie civilisation, la vraie culture et qu’il est de la plus extrême urgence de la laisser déployer sa volonté et son art de vivre. Que la Nature renvoie dans le cas du libéralisme au livre ouvert de Galilée dont il faudrait déchiffrer le langage et dans celui du racialisme à une conception organique et quelque peu occultiste, n’a aucune importance, tant l’idéologie exclut le principe de non-contradiction.

Comme les résultats du libéralisme ne sont pas exactement ce qu’il attend de la hiérarchie d’origine entre les races, tout libéral-racialiste en vient à chercher les obstacles qui empêchent l’adéquation absolue entre la hiérarchie des individus telle qu’elle résulte du marché et celle que la Nature a instituée d’avance, dans son dessein que le libéral-racialiste a deviné à coups d’intuitions et de savoirs secrets. Dès lors que cette inadéquation passe pour un scandale logique, à ses yeux, tout racialiste neurasthénique est tenté par le décadentisme à la Gobineau, quand c’est un combattant, il va quérir le complot qui se cache derrière ce quiproquo.

L’accusé sera l’Etat, social ou non, car à l’opposé du marché et de la race, l’Etat se présente toujours, sous la plume d’un racialiste, comme un artefact, le monstre froid de Nietzsche lu par le club Mickey des derniers surhommes. On pourra y ajouter l’ONU super-monstre froid cacophonique dont l’artificialité au carré est le parangon de l’anti-Nature ainsi que le spectre du bolchévisme dont Mélenchon ou Besancenot seraient les dernières incarnations. Le libéral-racialiste en frissonne. Tout est renversé, la maternocratie a remplacé le mâle alpha du clan avec toutes ses guenons en attente d’être saillies, les dysgéniques et fonctionnaires tètent des mamelles de la Providence statolâtre et pendant ce temps le membre du Herrenvolk croupit dans le marécage où ses forces s’épaississent. La révolte gronde.

Le libéral-racialiste a ses traîtres préférés : les libéraux-métissolâtres dont l’UMPS de Sarkozy est comme l’incarnation à Gauche toute. Le libéral-métissolâtre est comme le franc-maçon du XVIIIème, un concentré d’Humanité future. Il ne croit pas à la filiation, encore moins à la Race, chaque homme est une parcelle d’Humanité, à ceci près que certaines parcelles sont plus parfaites que d’autres. La seule méthode pour repérer de tels parfaits est simple : A cinquante ans, ils ont une Rolex au poignet. Le libéral-métissolâtre est son père et sa mère, son fils et parfois sa fille, toujours jeune et entreprenant, curieux et ouvert, le monde est son couvert, partout il s’invite au banquet de la vie. Le libéral-racialiste devine en lui, un ennemi sournois qui renverse les lois du monde en intégrant au sein du peuple-maître, des bronzés et des bridés, sacrifiant pour un plat de lentilles en or massif, le droit d’aînesse de la race supérieure.

Etrangement, libéraux-métissolâtres et libéraux-racialistes ont une même obsession pour le peuple juif. Pour les premiers il est cette entité cosmopolite, ce curieux peuple à la nuque raide qui a bravé toutes les persécutions pour que Yom Kippour soit chômé à Wall-Street. Pour les seconds, les juifs prouvent par leur existence, la vérité vraie de la Race. Ils existent comme Race unie, ils réussissent comme race unie, ils se battent comme une race unie, ils gagnent, comme une race unie. De là qu’indifféremment, un libéral-racialiste soit, tour à tour, philo ou antisémite, prêchant tantôt son admiration pour une sorte de simili-surhomme qui préfigure le vrai ou voyant dans le Juif, le maître de toutes les toiles arachnéennes empêchant l’Aryen de s’établir à sa place, en toute primauté. Car dans ce monde, l’Intelligence, la vraie n’a été donnée qu’aux juifs et aux aryens, les autres servant de comparses.

En tout point, le libéral-racialiste est un indigné, il n’est pas certain que ses colères aient la même ligne de basse que celles de papy Hessel mais il ne s’agit ni du même troupeau, ni des mêmes bergers.

Liberté d’expression : La gauche progressiste en a le monopole. D’ailleurs qui n’est pas progressiste ne sait parler, aussi qui n’est pas progressiste est un barbare.

Limonov Ed : Qui est cet Edouard Limonov ? Voyou à Kharkov, icône de l’underground moscovite, activiste dans l’âme, raté flamboyant, clochard puis valet de chambre d’un milliardaire à Manhattan, écrivain fêté par les branchés à Paris, soldat perdu dans les Balkans, chef sénescent du parti national-bolchévique, interné politique et opposant sans avenir. Un type qui se rêve révolutionnaire professionnel et technicien de la guérilla urbaine mais obtient le soutien d’Anna Politkovskaïa, la journaliste russe assassinée, ou encore d’Elena Bonner, la veuve de Sakharov, lorsqu’il fut emprisonné par Poutine, parce qu’en politique toutes les alliances sont bonnes à prendre même celle de la carpe et du lapin.

En 1991, en pleine catastroïka, il est sur la même longueur d’ondes que Zinoviev : renverser le régime eltsinien par tous les moyens devient sa priorité. Il incrimine traîtres de l’intérieur et de l’extérieur, il rêve d’épuration et combat la plongée dans le capitalisme qui n’est, à ses yeux, qu’un calvinisme à tête de dollar. Limonov n’est pas seulement un isolé, un despérado puisque l’animateur de l’émission de télévision 600 secondes suivie par plus de 70 millions d’auditeurs, Nevzorov, parti de positions monarchistes et anti-communistes, en vient à rejoindre le discours national-bolchévique, à partir de la défense des russes de l’étranger. La Russie est alors à un tournant, c’est un pays où tout est possible et les chars d’Eltsine tirant sur le parlement ou les troupes du Ministère de l’Intérieur prises en enfilade par les missiles anti-chars des indépendantistes dans les boulevards de la capitale tchétchène prouvent assez que Limonov n’était pas exactement le has-been alcoolique qu’on veut peindre sur une terrasse du quartier latin.

Emmanuel Carrère, en entreprenant sa bio, joue donc sur deux tableaux. D’un côté, Bérénice ou sainte Véronique, essuyant le visage de son Christ pouilleux dans sa montée au calvaire, il se fait chroniqueur d’une théodicée qui ne dit pas son nom. De l’autre, il poursuit son introspection et s’étonne que Limonov ne soit pas curieux à propos de la vie trépidante d’Emmanuel Carrère. Une autre manière de manifester son humilité.

Le corps du staretz pue, sans doute, mais c’est le staretz. De ce point de vue, l’écrivain ne sort pas du cercle enchanté de la pensée russe qui ne connaît ni l’Histoire, ni la psychanalyse. De ce point de vue, le bolchévisme n’a pas congelé la Russie, il l’a totalement anémiée. Il ne s’agit pas d’une modernisation conservatrice mais d’une entreprise délibérée d’effacement du réel et de destruction de la morale commune.

De la même manière que les africains doublent le monde diurne d’un théâtre des esprits, la nuit venue, les russes doublent tous les évènements d’une providence qu’il faut interpréter à la lumière de l’Apocalypse et de son secret ineffable. De même la science est un leurre et le rite une commodité sociale que le sublime chrétien russe sait traduire dans la prose des gnostiques car dans l’au-delà, tout se touche et le mal se renverse en bien, il suffit d’une confession sincère. Un russe authentique est celui qui, vivant en Occident, n’en est pas moins tenu par la nostalgie de la Terre-matrie, quitte, dans les années trente du siècle du communisme, à terminer parmi les 2 millions de pensionnaires permanents du Goulag. Il ne dit pas si je t’oublie Jérusalem, mais c’est tout comme.

« A suivre Limonov, on se retrouve souvent dans des squats aux draps pleins de foutre et aux cuvettes de chiottes débordant de merde congelée, avec des skins qui regardent en boucle Les Aventuriers de Robert Enrico avec Alain Delon et Lino Ventura (et Joanna Shimkus, Carrère, vous l’avez oubliée !) » écrit Piètre Assouline, sans doute mais un type qui prend pour idole Johnny Rotten est aussi un truqueur qui songe à l’opinion occidentale pour l’outrager comme dit Stendhal à propos du père incestueux des Cenci.

Exactement comme il pose aux côtés de Bob Denard, Le Pen ou Karadzic, Limonov avait trouvé en Arkan un partenaire à sa mesure. Qui des deux a convaincu l’autre de poser en snipper sur les collines surplombant Sarajevo ? Entre l’ancien chef des supporters ultras de l’Etoile rouge de Belgrade reconverti en nettoyeur pour le compte de la Serbie de Milosevic et le hooligan bravache de la période Brejnev, le courant a du passer mais c’est celui des quiproquos où l’on échange sa petite position de boss mafieux contre un paquet de panslavisme anachronique. Où l’on rejoue la défense de l’orthodoxie en dézinguant des passants sur la sniper Alley de Sarajevo. A la fin du siège qui vit tomber une moyenne de 329 obus par jour sur la capitale bosniaque, la ville avait perdu 300 mille habitants dont 14 mille tués, la Serbie était démembrée, ruinée, africanisée, bientôt bombardée par l’OTAN puis sous tutelle. En 2001, comme en écho, Limonov terminerait inculpé pour un hypothétique coup d’Etat au Kazakhstan.

On pourrait trancher dans la matière Limonov pour y disséquer une sorte de brute qui aime le coup de poing et la religion patriotique de ses pères mais on ne peut faire de Limonov un pauvre. Dans l’Union soviétique, il n’y avait pas de pauvres et de bourgeois, juste des nomenklaturistes, des militaires, des flics, des administrés, des mafieux et des désaffiliés. Limonov faisait partie de la dernière catégorie, il n’avait pas encore choisi sa voie, c’est l’exil qui lui a tracé le chemin.

On retient donc le poète russe préfère les grands nègres qui s’intitule It’s me Eddie en anglais et Fuck off Amerika en allemand si on en croit Piètre Assouline. Vient aussi le journal d’un raté où il écrit « j’ai pris le parti du mal : des feuilles de chou, des tracts ronéotypés, de partis qui n’ont aucune chance. J’aime les meetings politiques ne réunissant qu’une poignée de gens et la cacophonie des musiciens incapables. Et je hais les orchestres symphoniques, si j’avais un jour le pouvoir j’égorgerais tous les violonistes et les violoncellistes ». Toujours l’épat’, toujours l’écriture en miroir du type qui se demande quelle sera la tête de son interlocuteur des deux Magots.

Gombrowicz dans son journal, indiquait qu’avec le socialisme, l’écrivain européen serait enfin délivré de son public bourgeois. Et, en effet, Limonov est un pur produit de la société soviétique, amorale, jouissant de la pénurie, castagneuse, alcoolique, violente et sans rapport avec la réalité puisque cette réalité est indicible d’horreur brute ou de honte impossible à ravaler. Limonov n’a pas la posture de l’artiste raffiné. Il joue avec les règles du marketing littéraire occidental comme il jouait avec les logos du bolchévisme brejnévien. Il dit je, pour s’écouter vivre encore un peu et poursuivre sautant d’un nègre à grosse bite vers une Lolita aux culottes sales. Aucune importance, la vie est une sentine égotiste dont le collecteur se trouve dans un journal permanent qui a Limonov pour objet, Emmanuel Carrère pour interprète et le client pour tribunal.

L’homo sovieticus résiste à tout et ne s’attache à rien parce que son humus c’est la décharge en ferraille et le mensonge, son destin, il le sait proprement mystique et c’est pour cela que cet homme, avec son passeport russe sur le front, évolue entre deux alambics avec l’espérance de vie la plus faible du monde, du moins si l’on excepte l’Afrique sub-saharienne et quelques autres contrées

Comme dans toute figure russe du lieu commun, le rachat mystique vient s’ajouter aux deux autres poupées-Limonov, la brute et l’artiste. Il voudrait finir mendiant devant la mosquée de Samarcande sans autre temporalité que le vide du soufi, enfin détaché de tout et n’écoutant plus que l’infime palpitation divine. Aussi, Emmanuel Carrère dessine le cénotaphe d’un homme qui se veut déjà mort, ou en partance. Il appelle cela de l’héroïsme, c’est juste le parallèle de la sculpture soviétique. Limonov est un raté parce qu’il n’achève rien. Il pourrait dire « je suis un artiste mineur qui encule les majeurs et Pouchkine et Dostoïevski » mais il pige pour Voici. Voici à quoi ressemblait un héros soviétique « Toutes ces médailles sont pour les gagnants des compétitions socialistes : gagnant de la métallurgie, gagnant du 9ème plan quinquennal, vétéran du complexe de Norilsk, et vétéran de l’URSS pour travail soutenu et appliqué. Et là une médaille du jubilé pour les anciens de la grande guerre patriotique quand le complexe était militarisé. Je suis fier du rôle que j’ai accompli dans la guerre : j’ai accompli mon devoir patriotique de citoyen ». Une grand-mère racontait une toute autre histoire, celle d’un enfant qui avait mis les pieds sur les marches de l’ambassade de Finlande et qu’on n’avait plus jamais revu.

Entre le toc et la disparition, c’est de cette zone grise que vient Limonov, c’est de cette embrasure qu’aurait du se tisser son œuvre, elle n’est jamais venue. Si on admet que la représentation par le corps peut assurer à l’image une réalité plus vraie que la réalité elle-même, alors Limonov est l’image parfaite de ce que fut la conscience occidentale du communisme : un trou d’air et une hallucination. Et c’est dans cet espace qu’écrit Emmanuel Carrère.

Lipogramme : Carence alphabétique appliquée à la prose

Lounès dit aussi Lounès Darbois : A la recherche de l’aryenne perdue, son pavé de 2500 pages est désormais disponible en librairie

Luca Ghérasim : Roumain moins en Cour que Cioran et Eliade, il développa la performance en compagnie de Brion Gysin, tentant d’épuiser les séries tonales de la langue

Lynchage : Mesure extrajudiciaire très répandue dans le Deep South, elle visait, par l’usage local du terrorisme à maintenir le suprématisme blanc. Systématiquement appliquée en URSS, ce genre de mesures est passée inaperçue. Un lynchage médiatique a pour objectif de priver un artiste, un écrivain, un littérateur, un universitaire de prébendes et de médiateurs sur le grand marché où l’on vend des foutaises.

Martel Philippe : Ancien chef de cabinet d’Alain Juppé, il a passé la frontière frontiste

Masculin / Féminin : Partons d’une définition « la sexualité est l’ensemble des processus qui permettent des échanges d’ADN entre génomes », donc la reproduction sexuée est le couplage entre la formation d’un nouveau génome et la reproduction d’un individu. Or toute reproduction sexuée implique deux phénomènes la méiose (avec formation des gamètes, les cellules germinales que sont le spermatozoïde et l’ovule et qui ne possèdent qu’un jeu de 23 chromosomes) et la fusion de deux gamètes. Comme nous sommes anisogames, on distingue des gamètes féminines et des gamètes masculines. Bien sûr on peut toujours penser que nous deviendrons des méduses (on se reproduira par clonage-bouturage) ou que nous atteindrons un jour la parthénogénèse mais à ce moment là nous ne serons plus des humains. D’ailleurs il n’existe dans la nature aucun système de reproduction sexuée impliquant plus de 2 individus mais nos queers savent que la science ne connaît pas de limites.

On lit donc avec un certain effarement chez des biologistes standards, cette idée que le mâle serait un parasite faisant porter à un hôte sa descendance. On peut considérer que la reproduction des lézards ou des abeilles est une « norme », sous prétexte qu’il existe un double coût des mâles (qui diviserait par 2 la descendance féminine) mais c’est présupposer que le mâle est une erreur de la Nature ou une exception (et on retombe malencontreusement sur la création d’Adam par le Dieu phallo-logo-centrique comme évènement incompréhensible)

Le problème de la reproduction asexuée c’est qu’elle accumule les mutations délétères et s’avère incapable de résister aux parasites (les vrais cette fois-ci) par manque de brassage génétique, on n’a donc nul besoin de la Bible pour expliquer la nécessité du mâle parmi les mammifères. Toutefois, les néo-féministes et les queers ont tendance à se prendre pour des plantes, plutôt que pour des primates singuliers. Les queers se voient bien possédant des organes mâles (les étamines qui produisent du pollen) et des organes femelles (le style contenant les ovaires). De plus comme les plantes sont allogames (la fécondation s’opère par le pollen d’une autre plante) on voit que nos queers-plantes attendent beaucoup des techniques de reproduction assistée.

Sinon du côté humain le chromosome X possède 156 mégabases et 3500 gènes, le chromosome Y, 60, et une trentaine de gènes dont plus de la moitié ne sont pas présents sur le chromosome X. C’est lui qui porte les gènes de la masculinisation dont le SRY qui déterminerait, mais pas à lui seul, entre la 5ème et la 8ème semaine de gestation la différenciation des testicules (j’imagine que les queers rêvent de le neutraliser). Le problème c’est que le SRY semble le résultat d’une mutation ponctuelle (puisqu’on le trouve chez tous les mammifères mais pas chez les oiseaux, le devenir-oiseau des queers) intervenue, pour la 1ère fois, il y a 300 millions d’années. La dernière des inversions est, de peu, antérieure à la différenciation entre les primates et les 1ers hominidés (entre 30 et 50 millions d’années).

Dès la 8ème semaine de gestation l’hormone AMH élimine de l’embryon masculin les canaux de Müller puis la testostérone secrétée par les cellules de Leydig stabilisera les canaux de Wolff ( à l’origine des canaux qui véhiculent les spermatozoïdes). C’est le contraire chez l’embryon féminin puisque les canaux de Müller se différencieront en trompes de Fallope et formeront vers la 16ème semaine, l’utérus et une partie du vagin.

L’hypothèse d’Anne Fausto-Sterling parue dans The Sciences en 1995 c’est de distinguer 5 sexes : hommes, femmes, herms (hermaphrodites vrais dont les anomalies portent sur les gonades), merms (pseudo-hermaphrodites masculins) et ferms (pseudo-hermaphrodites féminins). Dans les cas des merms, les anomalies sont dues à une défaillance dans la production, la transformation ou la réception de la testostérone voire dans un fonctionnement défectueux de l’AMH, ce sont alors les « hommes à utérus » partiels qui adviennent et tous sont stériles (on le voit l’appareil génital masculin doit être en état de marche pour se reproduire). Dans le cas des ferms, on constate une certaine virilisation de l’appareil génital, les glandes surrénales secrétant trop d’androgènes lors du développement embryonnaire.

Anne Fausto-Sterling est absolument associée au militantisme de la société des Intersexués d’Amérique du Nord dont la figure emblématique est Cheryl Chase. Leur combat a consisté à lancer un moratoire sur les opérations d’enfants porteurs d’ambiguïtés génitales. Comme on nage dans un néo-lyssenkisme, elle en vient forcément à distinguer une science dimorpho-centrée et une autre puis elle en conclut que la science serait là pour dire le droit donc elle entend réformer, au nom de l’autre science, l’état civil et réguler les blocs opératoires. Le vocabulaire dont elle use est assez intéressant : les femmes sont munies de « toute la plomberie interne » nécessaire pour le trajet de l’urine et des ovules. On est donc dans le registre du bricolage.

Elle trouverait 1,7 % de naissances « intersexués » (incluant ce qu’elle nomme les cas de chromosomes supplémentaires et les « contradictions » entre gonades, hormones et organes génitaux). Elle découvre finement que la probabilité qu’une anomalie soit importante dépend de la taille du groupe considéré (faible en Nouvelle-Zélande, forte chez les esquimaux Yupiks) puis elle cite un cas qui semble détruire toute sa lutte contre le dimorphisme : celui de John auquel on avait retiré ses organes masculins (ses testicules) à la suite d’une circoncision malheureuse qui l’avait privé de son pénis. John fut transformé en Joan, le problème, c’est qu’il s’appelle aujourd’hui David Reimer et a renoncé à porter robes et culottes.

Pour finir Fausto-Sterling défend l’International Bill of Gender Rights adopté par on ne sait qui, en 1995 à Houston (Texas). Parmi les dix droits énoncés : celui de définir son sexe, d’en changer si on le désire via une opération chirurgicale (on voit donc que le problème de AFS ce n’est pas l’opération, c’est la conjonction d’une demande et de sa faisabilité dès lors qu’il est question d’en finir avec le dimorphisme phallo-centrique) et celui d’épouser « qui on veut », CQFD

Maurras (Charles) : penseur martégal du coup de force qu’il attendait en rédigeant des poèmes en provençal. Grand ordonnateur de la restauration royale, profondément troublé par la réhabilitation du capitaine Dreyfus, théoricien du faux patriotique et grand vendangeur du sang des français, Charles Maurras dit le Sourd s’attacha à réécrire en permanence l’ensemble de ses articles et ouvrages. Il fonda l’Action Française qui fut l’école des cadres de la contre-révolution avant d’être condamnée par Pie XI qui alla jusqu’à refuser les sacrements à ses membres impies. Athée, il défendit le trône vacant et l’autel des bondieuseries pudibondes. Positiviste, il se fit le grand pourfendeur des quatre états confédérés. Moderne, il poursuivit, seul, son dialogue avec le métèque Moréas. Il atteint à la gloire des salons sous la République de Poincaré et trouva en Mussolini le gentleman de ses rêves. Très hostile aux hyrco-cerfs post-aristotéliciens, à la dialectique heimatlos et au gentleyoutre Léon Blum, il fit d’une défaite française humiliante, une divine surprise avant de se lancer dans un monologue éditorial avec le maréchal Pétain qui lui préférait Bernard Faÿ. On ne lui connaît aucune aventure féminine ce qui tendrait à prouver que l’onanisme rend sourd ou que ses préférences allaient aux éphèbes, ce qui expliquerait sa passion pour les pélasges, ancêtres supposés des étrusques.

Quand on lit la biographie qu’Olivier Dard vient de consacrer à Maurras, on ne trouve rien de nouveau. Comme d’habitude le travail est bâclé. On apprend donc que Thalamas aurait enseigné l’histoire de Jeanne d’Arc à la Sorbonne, ce qui est faux, ou que l’attitude de Maurras envers Pétain est similaire à celle de René Gillouin ou Paul Claudel qui lui a composé une Ode. Or Maurras a soutenu le régime de Vichy du premier au dernier jour, ce qui n’est pas le cas des deux autres. Très occupé à éloigner l’accusation de collaboration avec l’ennemi à l’encontre de Maurras, Olivier Dard affirme sans aucune preuve concluante qu’en effet le Bonnet Rouge d’Almereyda, de son vrai nom Eugène Bonaventure Vigo était non seulement subventionné par des fonds allemands, entre 1914 et 1917, mais servait la politique du Kaiser. Ce qui revient à accréditer la thèse du complot défendue par Léon Daudet mais aussi à légitimer le meurtre-suicide de l’anarchiste à l’anagramme explicite : « y’a de la merde ».

Olivier Dard promet des sources étrangères qui vont éclairer d’un regard nouveau le kaléidoscope Maurras et il faut attendre la fin de l’ouvrage pour voir apparaître quelques titres en portugais ou en anglais mais toujours pas d’archives. Dard pense atteindre le fin fond de l’avant-gardisme en citant Boris Cyrulnik et sa notion de résilience dans l’épilogue, c’est Maurras dans la version femmes actuelles, « Maurras, le martégal qui a vaincu la surdité mais était franchement psycho-rigide ». On est très loin de la qualité des ouvrages de Pierre Boutang et Bruno Goyet, aussi on est de plein pied dans le sérieux universitaire autoproclamé, autant dire le vide et l’ennui.

Maurras était un orphelin de père, un jeune homme sourd et suicidaire qui s’est bâti une forteresse de papiers et de colloques avec quelques « frères » et disciples. Il n’a pas trouvé de père de substitution, l’abbé Penon ou un autre mais l’est devenu en adoptant son neveu et sa nièce, à la romaine. Maurras n’avait pas besoin de père, parce qu’il avait découvert la force de l’Institution, Royauté, Etat ou Eglise. Du désir, il se méfiait parce qu’il  le pensait mauvais d’où son ode à la raison critique et à l’analyse. Un homme qui a manqué de se pendre, un homme qui explique qu’il a obtenu qu’on décapite les cyprès du jardin familial, le jardin du Paradis, et qu’il en a un remords constant, est un homme qui se connaît comme nihiliste et combat ce nihilisme en se présentant comme un ennemi du désordre parce qu’on ne peut décemment se présenter comme un ennemi de la vie.

Dans la biographie de Dard, pas un mot sur la sexualité de Maurras ou le Maurras mondain. On ne lui connaît aucune femme déclarée parce que son bordel c’était son Journal mais on enregistre une série ininterrompue de disciples, donc de jeunes gens. C’est chez Maurras, comme dans une certaine tradition occidentale chrétienne, une bonne manière de franchir ou d’effacer la souillure féminine que Maurras efface en confondant sa mère avec une sainte donc avec Marie qui seule échapperait au péché originel d’être une figure du désir, donc de la déchéance. Comme Aragon, Maurras rêvait d’une gomme à effacer l’immondice, il pensait la trouver dans la langue française qu’il a ciselée comme un rhéteur, réécrivant ses textes à l’infini. Comment un mondain tout-terrain tel que Maurras n’a-t-il pas connu de femmes alors qu’il en attirait un certain nombre qui l’ont financé et aidé ? On ne le saura pas en consultant la biographie d’Olivier Dard qui s’en tient à un énième et soporifique portrait politique et moral du Maître. Or la langue française telle que la considérait Maurras, cette langue de la conversation, elle venait des femmes et Gide comme Maurras, les deux bretteurs du vide, ont participé à cet effacement, à cet enfouissement, comme si la littérature française était une abbaye sortie des murs de l’Eglise. Au moins Boutang le colérique a-t-il échafaudé une ontologie du secret à partir de son dialogue critique avec Maurras, parce que le secret est l’envers de la dialectique d’où le titre de l’ouvrage de Boutang, Sartre est-il un possédé ?, ce qui dans la langue de Céline donne, voici l’agité du bocal, le poison heimatlos qui va nous balayer.

Memento Kino : memento kino

 

Memento ReportMemento Report bis

Meyssan Thierry  ou le syndrome Keyzer Söze : Dans un article délirant, Opération Sarkozy, Thierry Meyssan de retour d’on ne sait quelle dictature ou régime pétro-bananier, invente la fiction d’un Sarkozy, créature mutante de la CIA et des réseaux maffieux corses. Dans sa rhétorique; cela se réduit à deux noms, Wisner Sr et Jr et Pasqua, dans ses sous-entendus, cela énonce la fable du complot juif avec Rothschild, l’agence juive et Strauss-Khan dans les parages.

Revenons à Usual Suspect. Dans ce film Verbal Kint reprend à son compte la remarque de Baudelaire selon laquelle le meilleur tour qu’ait joué le diable est d’affirmer son inexistence, depuis il semble que l’homme n’ait pas cessé de l’identifier et de tramer les fils paranoïaques d’une toile où tous les évènements conduisent au ventre de l’araignée en l’occurrence judéo-américano-maffieuse.

En effet pour Thierry Meyssan, cet axe est le mal incarné, celui qui véhicule la mort sous toutes ses formes et dispose d’un outil redoutable et immatériel, l’argent. Dès lors comment le brave animateur du réseau Voltaire s’y prend t-il pour lier Sha Ke Qi (le nom chinois de Nicolas Sarkozy) à la CIA ?

En bon raisonneur somnambule, il dispose trois acteurs, la CIA, la maffia, les Rothschild qu’il place dans la case méchants.

La CIA se réduit très vite aux seuls Wisner or édcite Meyssan, la deuxième femme de Pal Sarkozy n’est autre que la nouvelle femme de Wisner Jr employé du Pentagone mais qu’importe, le brillant journaliste a trouvé le fil. Bien sûr la CIA est protéiforme, c’est elle qui mène de Gaulle au pouvoir en 1958, c’est encore elle qui soutient l’OAS et tente de dessouder le vieux en 1961-1962, c’est toujours elle qui manœuvre les lambertistes et conduit Ségolène à la tête du PS, c’est la pieuvre qui organise le trafic d’héroïne entre l’Afghanistan et le Kosovo enfin c’est encore et toujours l’agence qui pousse Kouchner au Ministère des affaires étrangères. On l’aura compris, la CIA est omnisciente et ses tentacules sont implacables, elle n’échoue jamais, première marque du démon.

La maffia démarre avec Lucky Luciano qui aurait des liens ténus avec Léandri, un corse. De ces prémisses on glisse vers un cartel du crime nommé Union Corse, le lien avec Pasqua et le SAC est donc obtenu. Dès lors, de Peretti vient tournoyer or Nicolas Sarkozy eut comme première femme la nièce d’Achille. « Mais c’est bien sûre aurait dit le commissaire Bourel, Sha Ke Qi est l’homme des casinos et des machines à sous, le genre trouble, d’ailleurs il a pour pote Monsieur Desseigne, le proprio du Fouquet’s et les Partouche, si Meyssan avait été courageux et informé il aurait ajouté l’affaire du cercle Concorde mais ça aurait freiné sa démonstration. Ami de Pasqua dont il fit son témoin de mariage, Sarkozy devient, sans qu’il soit nécessaire de l’affirmer noir sur blanc, un parrain corse donc un initié des réseaux africains et pétroliers ainsi que des filières de blanchiment. Deuxième manifestation du diable, le sabbat trouble des trafics et des réunions enfumées avec vitres teintées, cadavres torturés, mitraillettes dans la boîte à gants et traites en tout genre.

Viennent enfin les Rothschild qui fabriquèrent Pompidou, manoeuvrèrent Balladur et emploient Nicolas Bazire, l’ancien chef de cabinet de l’homme d’Izmir. Les Rothschild auraient aussi formé Bolloré et employèrent le monsieur finances de l’Elysée, François Pérol, c’est donc évident, ils sont là, ils se tiennent derrière lui, comme on disait avant Vatican II durant la messe de Pâques, prions pour les perfides qui crucifièrent le Christ. Troisième marque du démon, l’argent qui salit, trompe et corrompt sauf s’il est iranien, des émirats, vénézuelien, russe ou syrien.

Aussi la différence entre Meyssan et Bryan Singer, outre le talent, tient dans un constat : le premier ne cesse de remuer le fantasme morbide d’une histoire rationnelle et réduite aux projets, objectifs et manœuvres de forces du mal que des gentils incroyablement tenaces combattent au bord du désespoir afin de sauver le monde des puissances des ténèbres. C’est la vision du monde d’une génération biberonnée à la protection américaine et qui ne supporte pas le réel dans son incendie cruel et acéré qui obligera bien les européens à sortir des fadaises sur le monde réconcilié et les gens qui s’aiment quand il devient trop évident, de la Belgique à la Géorgie qu’un fleuve de haine submerge cette cacacratie sans couronne qui tient lieu d’ordre international.

GB

Michéa Jean-Claude :

La thèse de Jean-Claude Michéa

La gauche moderne serait née en 1898, autour de l’affaire Dreyfus, et elle aurait accepté la religion libérale du progrès en se coupant du peuple. A partir de cet instant, elle devient un magistère intellectuel plus qu’une force populaire, un dispositif de trahison permanent des communautés enracinées et des nations, un maquillage grossier du socialisme originel au service du projet libéral d’uniformisation du monde et de déshumanisation des êtres, privés de common sense et de common decency sous le joug d’airain du marché régulé par la seule cupidité et la cruauté des élites, véritables vampires de notre temps.

Scolie 1 : du mythe de la common decency

Une fois qu’on a décrété que la common decency appartient à la sphère des sentiments les plus profonds et les plus essentiels de l’homme et qu’on l’a opposée à l’indifférentisme supposé des libéraux, on n’a pourtant rien défini. Ce n’est pas le sens commun qui a donné Galilée ou le Titien, ni le métier auquel tient tant le bon Michéa. Ce n’est pas la common decency qui peut expliquer la destinée de Napoléon ou de Rousseau qui abandonna ses enfants à l’orphelinat à mesure qu’il les générait. A l’instar de tous les penseurs de la gauche divine, Michéa substitue un mythe à une expérience de pensée.

Scolie 2 : le don comme Hiérarchie

Admettons que la triple obligation de donner, recevoir et rendre définisse l’échange non-marchand. On voit que le dispositif ne s’organise pas sur un plan horizontal mais au sein d’une Hiérarchie. Le premier effet de rupture d’un marché auto-régulé consiste dans la destruction des liens de subordination entre supérieurs et inférieurs, reflet de ceux entre Dieu et ses créatures. Le premier cadavre du marché c’est l’homme chrétien, sa première ruine, l’Eglise. C’est sur elle que s’organise la première spoliation massive et non sur les enclosures, comme le démontre parfaitement le règne d’Henry VIII. Lorsque ce premier acte est consommé, on ne parle plus de pauvres mais de question sociale.

Scolie 3 : l’oubli des contre-révolutionnaires

L’économie morale de la foule du XVIIIème était indexée sur l’intervention toujours correctrice du souverain sur les marchés des « bleds ». La ruse des rois, c’est d’avoir confier l’allocation des biens de première nécessité au marché. Le fardeau des Etats, d’avoir constaté que cela ne marchait pas. Il n’y a donc pas d’économie morale spontanée mais une conception de la justice décapitée avec le Roi. Quand Michéa cite Pierre Leroux et la relation entre la mère et l’enfant pour illustrer la nature non-contractuelle des communautés, non seulement il maintient la nostalgie d’un amour perdu, d’un âge d’or des tribus de papous, mais il écarte toute mention des contre-révolutionnaires. Joseph de Maistre comme Bonald ont dénié au contrat tout rôle fondateur dans l’existence des « sociétés ». Cette relation, ils l’ont traduite dans l’idée d’une Transcendance de la nature divine et sous la figure du Père. Maistre en a déduit que le sacrifice était au centre de tout cela, parce que le sacrifice est un don sans contrepartie à Dieu, la reconnaissance d’une Dette que rien n’étanche.

Scolie 4 : Des fictions nécessaires

Michéa prétend que le libéralisme est né de la peur des guerres civiles religieuses des XVI-XVIIèmes siècles et de la Tradition anthropologique pessimiste véhiculée par saint Augustin. En gros, l’homme est pêcheur et donc cruel aussi le libéral afin de purger les passions publiques aurait prôné le libre échange des vanités et de leurs produits. Seulement le libéralisme ne peut se réduire à Mandeville et à la fable des abeilles, son pseudo-cynisme est contrebalancé par des crises récurrentes d’hystéries moralineuses qui vont du mouvement abolitionniste à la chasse aux dysgéniques. Car si l’homme est partisan, il s’en suit qu’aucune nation, aucune société ne peuvent se constituer sans ces sortes de fictions nécessaires que sont les « sectes », les Etats et les rites. C’est la plus ou moins grande emprise de la religion civile nationale qui est l’indice de liens puissants dans une nation. Aussi, à proprement parler, toutes les nations se racontent des histoires et fixent des bornes aux libertés comme à l’arbitraire.

Scolie 5 : Hobbes, le Galilée de la politique

Hobbes n’est pas le premier libéral, c’est le Galilée de la politique. Son expérience consiste à dépouiller l’homme de ses qualités concrètes (socio-politiques) pour observer ce que donne la confrontation des atomes volontaires et libres dès lors que leurs conditions d’existence sont bornées par la faim, l’appétit et l’anticipation d’appétits contraires donc la peur. Sa réponse est simple : c’est le souverain qui opère les regroupements et les distinctions. C’est lui qui régule, par la garantie qu’il apporte, les échanges, baptisés contrats, entre les corpuscules. Le souverain et le marché sont donc équivalents. Dans ce cadre, le sens commun et la décence du même nom ont été parfaitement identifiés par Quételet « les phénomènes sociaux, influencés par le libre arbitre de l’homme, procèdent d’année en année, avec plus de régularité que les phénomènes purement influencés par des causes matérielles et fortuites ». Celui qui ne s’écarte pas de l’état moyen est donc un sage. On voit mal en quoi ce sage peut être baptisé de proto-socialiste. En revanche un tel agrégat est visiblement sans force. Le problème politique devient donc : comment créer des coalitions ?, ou comment neutraliser leur venue ?

Scolie 6 : Où sont passées les solidarités d’antan ?

Le mythe michéen des solidarités d’antan ne tient pas. Le village était polarisé entre quelques laboureurs, un nombre indéterminé de petits propriétaires tirant la langue et de manouvriers qui ne cessaient d’alimenter la liste déjà longue de ceux qu’on appelait sur les registres criminels du Chatelet les « inutiles au monde », en gros les vagabonds, mendiants et larrons. Les corporations étaient strictement hiérarchisées et opposaient des générations de maîtres à des vagues successives de compagnons qui ne pouvaient jamais s’établir ou le faisaient à leurs risques et périls, dans la zone grise des illégalismes tolérés. Les marchands, qui avaient parfaitement compris la condition précaire des petits propriétaires paysans, en ont donc profité pour exporter l’industrie à la campagne où la main d’œuvre était moins chère et plus docile.

C’est à partir d’un système constamment menacé de décomposition que le libéralisme s’est constitué.

C’est par une intensification du travail des familles paysannes que la consommation s’est peu à peu élevée, c’est par la conquête des marchés libres d’Amérique, avec leurs communautés de maîtres d’esclaves que l’industrie cotonnière mécanisée a pu trouver des débouchés. Et même ces facteurs ne permettent pas de comprendre l’émergence du capitalisme moderne qui intègre comme autres causes, la suprématie navale britannique et la main mise sur le Bengale. Quant à la dynamique du capitalisme, elle échappe, en partie, à toute intention, si perverse soit-elle. Un système technique a sa propre logique, l’interaction entre les sciences et les inventeurs, ces passeurs du monde industriel, est imprévisible, les échecs nombreux, les désirs agrégés des consommateurs relèvent de la contagion et les crises cycliques sont moins le fait de la cupidité que de cette espérance absurde d’une illimitation des richesses que tous les avertissements, façon les « arbres ne montent pas jusqu’au ciel », ne briseront jamais.

Le problème michéen est ailleurs. Il recherche des coupables aussi il les trouve.

Il a disposé le camp des bons d’un côté : les ouvriers et les gentils gens (de métier ou paysans) et de l’autre les méchants : la grande bourgeoisie et les intellectuels. Il célèbre les vertus des uns et les maléfices des autres. Ce qu’il invente c’est un sabbat des sorciers assassinant de manière délibérée le passé alors que la modernité est moins l’effacement de ce dernier que son obsession sous la forme d’une orgie du faux et d’une avalanche de kitsch et de mauvais goût qui sont constitutifs des démocraties. Contre un tel amas de bêtises, contre ce genre de chien de l’enfer, le sens commun et la décence ne peuvent sortir immaculés. Ils sont tout simplement compromis. Sur son autre face, la modernité a démontré qu’un art aussi nouveau que le cinéma a pu produire en quelques décennies un nombre de chefs d’œuvre sans équivalent dans un espace de temps aussi réduit et ce au milieu d’une quantité innombrable d’œuvres de série aussitôt produites et aussitôt oubliées. C’est le mystère de la noblesse selon Dante mais reporté au temps des foules en furie. Comment repérer l’homme d’exception ? Par ses œuvres. Comment savoir si l’on n’a pas erré ? En attendant le dénouement, comme dans l’Œdipe-Roi.

Scolie 7 : Nivellement ontologique

Quand Michéa chante les vertus du pécheur à la ligne et du football auquel on ne joue pas tout seul et les place sur le même plan ontologique qu’un film de John Ford ou une décision tragique de Churchill, on voit bien que ce type n’est pas sérieux. Quand il entre en transe parce qu’Orwell aurait combattu le fascisme les armes à la main dans une milice du POUM, on voit qu’il se gargarise de mensonges. Le « fascisme » en question aurait triomphé, sans peine, dès l’automne 1936 sans l’aide massive de l’Union Soviétique et non des anarchistes tory du monde entier. Le sens commun et la common decency, tels qu’en use Michéa, sont incapables de fournir un quelconque portulan devant les ambigüités du réel et les choix auxquels nous sommes contraints. On peut bien sûr agir en Bayrou de l’Histoire, dans le genre éternel Monsieur propre, mais cela n’existe que dans les contes à trois sous de la collection rose où officie Jean-Claude, entre deux sarcasmes et un baiser pour Lucien Sève.

Scolie 8 : De la beauté en temps capitaliste

Le capitalisme a renversé l’ordre du temps, celui où nous étions des nains juchés sur les épaules des géants. Les géants étaient muets devant ce nouveau monde et sa beauté suspecte. Un homme a bien vu que cette beauté et ce carnage tout autant se perdaient dans le contingent et l’oubli de l’évènement. Cet homme n’occupe aucune place dans l’ouvrage de Michéa. Normal, c’est un anti-moderne, un disciple de Joseph de Maistre, un type qui se dépolitiqua au contact des barricades et des coups d’Etat. Cet homme, c’est Baudelaire. Un autre homme est venu dire que l’art moderne n’était plus qu’une supercherie subventionnée, c’était Philippe Muray. Seulement l’un comme l’autre ont oublié ceci : l’accès au crédit a rendu nécessaire et poignant la détermination du luxe pour chacun d’entre nous. Si le luxe, c’est ce que les autres n’ont pas, la position décroissante de Michéa ne vaut pas plus que la position érotomane de DSK. Dans les deux cas, nous avons deux hommes qui se présentent comme l’exception à la règle. Michéa déjouerait la règle consumériste avec ses tomates qui n’en sont pas et se percutent sur une autoroute ; DSK, celle du couple avec son ballet d’escort girls et ses grosses doudous à lèvres pulpeuses. Tous deux voudraient nous dévoiler un secret et détruire l’écart pour accoucher de la seule œuvre qui soit dans le monde post-moderne : le scandale. Mais le scandale passe et l’œuvre en question apparaît pour ce qu’elle est : un moment dans le cycle infini de la consommation et de son éternel présent.

Scolie 9 Le retour de Drumont

Michéa exonère le socialisme de tout antisémitisme puis, après avoir considéré que taxer quelqu’un du nom de bolosse ou de goy revenait au même, il explique, calmement, que la surreprésentation des juifs dans le monde financier pouvait expliquer, et pourquoi pas justifier, l’antisémitisme de la fin du XIXème siècle, du moins quand il était ouvrier, socialiste ou syndicaliste révolutionnaire. Il est pour le moins étrange que ce soit la seule surreprésentation juive à laquelle s’intéresse Michéa, la même qu’avait guettée Drumont. Etrange qu’il ne cherche, même pas, à réfuter les réflexions marxiennes sur la question juive. Comme s’il fallait réécrire les juifs rois de l’époque, satire fouriériste de la finance louis-philipparde.

Comme Drumont, Michéa cite en passant Fourmies où le sous-préfet Isaac fit tirer sur la foule ouvrière. Outre ses méthodes d’enquête sociologique inspirée de Le Play (que Michéa ne cite pas dans ses figures de l’ancienne France puisqu’il la réduit aux seuls socialistes), Drumont avait trouvé chez Charcot cette idée selon laquelle la névrose était une importation sémitique en terre aryenne. Un peu, comme Michéa affirme que le nomade affairiste est l’ennemi intime de l’enraciné qu’il cherche à sans-papiériser sans répit. Le spectacle remplace l’hypnose comme méthode d’envoûtement et de possession et Facebook ou Twitter sont les vecteurs d’une aliénation qui conduit à la mort subite. Drumont écrit « les juifs entraînent tout le monde dans le mouvement de leur trépidation », Michéa s’emporte contre le mouvement brownien. Quand Drumont soupçonne que les juifs n’ont pas le cerveau des français, que la lèpre a corrodé leurs neurones, Michéa dénonce, avec fracas, la corruption morale des grands bourgeois et de ces 255 milliardaires qui planent sur les 2,5 milliards d’êtres humains sans le sou, comme autant de vautours et de bêtes de proie. Comme les juifs étaient responsables du pourrissement des « corps de centaines de milliers de chrétiens », le libéralisme est le vecteur d’une bouffe empoisonnée. Comme Drumont réclamait une expropriation nouvelle, Michéa s’empare du thème de la monnaie liquide pour promettre l’euthanasie des rentiers, il ne dit pas la France aux français, il réclame juste des circuits courts.

On le voit, les analogies entre l’antisémitisme de plume et le socialisme à la sauce Michéa sont trop nombreuses pour ne pas traduire le même symptôme : l’impuissance.

Scolie 10 : L’affaire Dreyfus comme mystique nationale

Le ralliement de la gauche socialiste à la République lors de l’affaire Dreyfus n’a rien à voir avec une crainte d’un coup d’Etat d’opérette ou la manifestation d’un sens inné de la justice. La Nation est le cadre qui s’impose à tous. Du côté de la gauche ouvrière, on se met à croire qu’une République qui peut sauver la tête d’un seul homme expédié sur l’île du Diable, pourra améliorer la condition matérielle de millions d’autres ; du côté de la droite, on estime que la défense acharnée du capitaine prouve la force d’un cartel de défense jacobin qui a les juifs pour fer de lance et n’hésite plus à piétiner les platebandes de la dernière arche sacrée : l’armée. Pour Michéa, c’est une erreur d’aiguillage, un retournement de la gauche en son contraire. Pour Péguy, l’épiphanie d’une mystique nationale dont il aura célébrer le mystère en recevant dans les premiers jours de l’agression allemande une balle dans la tête.

Scolie 11 Monsieur Eric Blair dit George Orwell

Tout socialiste qu’il était, Eric Blair publia son premier livre, sur son errance dans les bas-fonds, en prenant le pseudonyme d’Orwell. Il n’y attachait aucune importance si ce n’est qu’il voulait protéger la réputation de ses parents qui auraient vécu comme une injure de savoir leur fils clochard quand ils s’étaient saignés aux quatre veines pour l’envoyer à Eton. Les œuvres complètes d’Orwell, publiées en 1998, comptent 20 volumes et 9 mille pages, seul son journal de Barcelone dérobé par des agents du NKVD manque à l’appel. Ses carnets sont assez insipides. Contrairement à Brecht, il ne s’agit pas de mêler dans un work in progress évènements du monde et évènements intimes mais de juxtaposer, comme on télégraphie, les mille et unes aventures de son jardin, les dépêches d’agence résumées en quelques phrases, quelques anecdotes qui vont du nombre de rats à Londres à la signification d’un mot d’argot, enfin des observations naturalistes, à la manière de Zola, faîtes au détour d’enquêtes de terrain. Ses lettres témoignent d’une sorte de fanatisme de la sincérité et d’une obsession de la politique qu’avaient déjà noté Connolly qui fut son condisciple à Eton : « Orwell était un animal politique, il ne pouvait pas se moucher sans faire un discours sur les conditions de travail dans l’industrie du mouchoir ». Si Orwell a fini sa vie dans un ermitage écossais des Hébrides ou cloué sur un lit d’hôpital, ce grand contempteur de la ville n’en vécut pas moins la plus grande partie de sa vie dans des métropoles diverses. Et son mariage avec Eileen, démarra par un départ précipité en Espagne. Michéa, en bon pasteur, a adopté le credo orwellien « toute autorité me paraissait suspecte et même la simple réussite me semblait une sorte de brimade ». Phrase qui fait écho à celles d’Alain dont le terminus vichyssois a disqualifié la mémoire pour l’éternité. Quand il revient d’Espagne, même si les mécanismes internes des partis l’horrifient, il continue à écrire sur la politique et à se qualifier d’homme « définitivement de gauche » bien qu’il fustige, à propos des intellectuels, « leur absolue ignorance de la façon dont les choses se passent dans la réalité ». Respectueux envers les bâtisseurs de l’Empire, il n’en est pas moins anti-impérialiste, ce qui fait d’Orwell une sorte de monsieur dissidence au sein de l’establishment britannique.

Sa haine des intellectuels s’adressait à une « abstraction », une « figure typique », comme il l’écrivit à Stephen Spender après l’avoir affublé des titres de pédale poétique et de bolchévique de salon. Michéa gagnerait à méditer cette phrase d’Orwell « une fois que vous avez rencontré quelqu’un en chair et en os, vous réalisez instantanément qu’il s’agit d’un être humain, et non d’une sorte de caricature représentant certaines idées ». Pauvre, phtisique, assez dépourvu de charme, Orwell était aussi orgueilleux, comme le sont, ceux que la gloire évite, écrivant qu’il était capable, à l’opposé des experts, « de saisir dans quelle sorte de monde nous vivons », comme si le seul monde existant était celui de la politique ou du social.

Scolie 12 De l’art dans ses rapports à la fin de l’Histoire

Ce « poème » d’Allen Ginsberg résume assez bien l’art comptant pour rien, son degré assez effarant de stupidité, son hédonisme de l’extase, et son flash de boy-scout : « Holy ! Holy ! Holy ! Holy ! Holy ! / The world is holy, the soul is holy, the skin is holy / The nose is holy, the tongue and cock and hand and ass hole, Holy ! / Every thing is holy, everybody is holy”.

Ces titres d’interventions lors d’un colloque organisé à l’Institut National d’histoire de l’Art, son apothéose actuelle dans l’industrie permanente du commentaire et de la génuflexion :

« Présence réelle et sang menstruel chez les artistes femmes des années 1970 à nos jours » ; « menstrues et mictions dans l’œuvre de Paul-Armand Gette » ; « Panique génitale. Fluides menstruels et psychopathologie de la créativité féminine au passage du siècle » ; « Du corps fétiche à l’identification christique : la mise en Jeu/Je du sang dans l’art corporel de Gina Pane et de Michel Journiac » ; « Quand le corps exulte : manifestations des fluides corporels dans l’espace chorégraphique de Jan Fabre » ; « Du trop de fluide : corps humain versus corps post-humain ».

On peut toujours soutenir qu’il y a là un complot libéral mais j’en doute.

Millet Richard : Souvent confondu avec un libanais, Richard Millet n’en peut plus d’être interpellé sous le sobriquet de « mon frère » dans les rames de RER et les quais de la gare du nord

Milner’s Café

Ministres de l’Intérieur : Depuis le nain magyar Sarkozy jusqu’au nain ibérique Valls, ils semblent tenir les premiers rôles quintorépublicains ce qui prouve la bonne santé de ce pays et l’amour des libertés dont son peuple témoigne.

Minoritaire : Concept développé systématiquement par Gilles Deleuze. Le devenir-minoritaire affecte tout un chacun. Il ne se confond pas avec le fait de se grimer en immigré en clamant, « étrangers, ne me laissez pas seul avec les français ». Comme le dit ce chant salafiste, « ghurabaa’ hakazhal ahraaru fii dunya-al ‘ abid ».

Morand Paul : Son journal inutile est un indicateur précieux pour ceux qui s’intéressent à la phalange post-vichyste et à ses ramifications.

Mouloud dit Memento : Il rejoignit le cabinet de DSK, brûlant ses derniers posts de la période réactionnaire

Muray Philippe : Cancéreux bilieux, il prétendit découvrir les méandres de la post-Histoire et son moteur perpétuel, l’ordre cordicole de la vie sous perfusion. Pourquoi  avait-il si mauvais goût dans ses dilections contemporaines ? Pourquoi ses romans étaient-ils aussi mauvais ? Autant de questions qui laissent ses exégètes aphones. Qu’est-ce que j’aimais chez lui. Son désespoir absolu et son rire.

Multiculturalisme : Plus petit dénominateur commun qui consiste à manger des sushis, à fréquenter le hammam, à acheter sa baguette, à rêver de Miami ou de Dubaï, et à brancher son ordi sur le vaste monde des réseaux.

Naar Anthony : Ses contes et légendes du monde judéo-racialiste connurent un certain succès auprès du Moshav de Netanya

Nazisme : Son apport est vestimentaire. Ses panoplies servent toujours dans les orgies anglaises parrainées par le parti conservateur. Dans d’autres lieux, l’accord de la maîtresse de maison est souhaitable.

« Difficile d’être nazi au XXIème siècle quand cette pédale de Renaud Camus et cet enculé de soufi chiite de Richard Millet passent pour nos chefs suprêmes. Je ne cause même pas de ces débiles profonds avec leurs affiches du Joker en guise de guide suprême qui conspue chaque semaine l’arrivée du surhomme de demain, le métis à front de taureau. Putain, c’est vraiment dur de soutenir cet obscur objet du désir universitaire de Faurrisson ou ce bamboula de Dieudonné dans leur lutte contre le sionisme quand t’es secondé par de tels tocards.

On rêvait de pureté du sang et de truc super-païen avec des runes et des costards de Waffen-SS signés Hugo Boss et tu te retrouves au milieu des fans de ce bicot de Batskin en train de tendre le bras devant un pauvre drapeau à croix gammée qui pendouille dans une cave de merde en chiant de la bière sur un poster de Marine Le Pen qui est une suceuse de bites cashers, ça fout vraiment les boules. T’en arrives même à commenter les articles d’Ilys, mais là t’entres vraiment en pleine décadence réacosphérique et libertarienne.

Donc voilà, je suis un supernazi suprématiste, islamophobe et raciste qui aime la choucroute et Munich, qui lit Alain Finkielkraut et écoute radio courtoisie et Eminem. Des fois, je me repasse les entretiens total naked d’Oriana Fallacci mais vu qu’elle a plus de 60 piges et même qu’elle est morte, t’arrives difficilement à l’excitation alors t’es bien obligé de te taper un porno californien avec des blondes bien salopes dont je me demande si elles seraient pas sionistes vu qu’elles sucent à donfe n’importe quelles bites alors qu’une aryenne véritable, ça sélectionne. Question d’atavisme.

D’après le Nouvel Obs et d’autres, mes sites préférés s’appellent Stormfront et Gates of Vienna mais j’aime autant Julien Courbet et Morandini, d’ailleurs je suis pas sectaire parce que mon slogan c’est nazisme ou barbarie et que les négresses m’excitent surtout quand elles marchent en string et talon haut.

PS : je compte rendre visite à Breikik et à son psychiatre japonais, si des journaleux youpins veulent m’accompagner et me payer le voyage, je lance un appel d’offres pour une prochaine couverture sur « la menace nazie qui nous menace », ça fera toujours vendre leur papier de merde et ça permettra d’assurer ma survie.

Un nazi qui vous veut du bien »

Nicolas du Chardonnet (Saint) : Avant que BHL ne découvre qu’il s’agissait d’une église et non d’une figure de la scolastique, Bernadette Chirac soutint son occupation par les hérétiques de la fraternité saint Pie X, très amateurs de chants grégoriens.

Nieztsche Friedrich-Wilhelm : Célèbre fou de Weimar qui se pendait au cou des chevaux fouettés et signait Kaiser-Christ ses dernières lettres. Il passa sa vie à démolir les attendus métaphysiques de l’idéalisme allemand et de l’utilitarisme anglais à coups de marteaux franco-russes. Les concepts qu’on lui prête se résument souvent au titre de ses ouvrages. Pourtant sa référence à Zarathoustra indique clairement que le fils du pasteur se plaçait lui-même dans la lignée des ésotéristes, ce qui tendrait à indiquer que la pensée de Nietzsche tient à la fois de la toile d’araignée, du labyrinthe et du voile de Pythagore. Philologue et pianiste, il passera à la postérité sous le nom de philosophe.

Nimier Roger : A ne pas confondre avec Marie. Écrivain précoce, scénariste génial, conducteur médiocre, il est l’éternel jeune homme qui vogue de succès en succès, c’est le Greta Garbo de la bande. D’ailleurs tout hussard qui n’est pas mort avant 40 ans est un jean-foutre.

Noir parfois africain ou nègre : Se tient, selon le discours de Dakar, dans le vestibule de l’Histoire avec sa machette, ses femmes et le sida en prime. Navigue parfois sur des rafiots de fortune en direction des Canaries ou de Gibraltar. Athlète de naissance, chanteur et danseur, il a le QI d’un enfant de 7 ans et le chibre d’un étalon. Sa prédilection pour les blondes, le rap et les fringues est légendaire. Entre Huggy les bons tuyaux et fifty cents, son type navigue entre le mec cool et le rough guy.

Nouvel Ordre Moral ou NOM : L’affaire DSK indiqua son entrée en lice dans tous les foyers français

Objectivistes : Héritiers d’Ezra Pound, ils sont les pères du Black Mountain College d’où transiteront minimalismes et post-modernités.

Œil Absolu : A celui-ci s’oppose l’œil de l’esprit

Palais de la guerre de Munich : Bombardé par les alliés, il figure l’architecture selon le goût du Führer

Pataphysique du sexe ou Julius Evola et moi : Soloviev a montré l’erreur de ceux qui croient que l’amour sexuel a pour fin la multiplication de l’espèce et que l’amour n’est qu’un moyen pour parvenir à cette fin. De nombreux organismes, tant dans le règne animal que dans le règne végétal, se reproduisent par voie asexuée. Le fait sexuel intervient dans la reproduction des organismes supérieurs et non dans celle des organismes en général. Par conséquent, il ne faut nullement rechercher le sens de la différenciation sexuelle et de l’amour sexuel dans l’idée de vie et de multiplication de l’espèce, mais uniquement dans l’idée d’organisme supérieur. En outre, plus on s’élève dans l’échelle des organismes, plus la puissance de multiplication décroit, cependant que la force de l’attraction sexuelle augmente. Enfin, la capacité de reproduction de l’homme est moins élevée que celle de toutes les autres espèces du règne animal, alors que c’est chez lui que l’amour sexuel est le plus important et le plus intense et qu’il est le seul à en goûter le dégoût. Il apparaît donc que l’amour sexuel et la multiplication de l’espèce sont dans un rapport inverse, plus l’un des deux éléments est fort, plus l’autre est faible. Lorsque l’on considère les deux extrêmes de la vie animale, si la limite inférieure en est la multiplication, la reproduction sans aucun amour sexuel, à la limite supérieure, en haut de l’échelle, un amour sexuel est possible en l’absence de toute reproduction dans toutes les formes de grande passion. La plus grande différenciation individuelle signe le profond délire des passions, cette inanité que seule l’ombre de la mort plombe du sceau tragique.

Dans ses formes supérieures et typiques, l’éros a un caractère autonome et entier, qui ne peut pas être altéré par ce qui peut être matériellement nécessaire à son activation dans le domaine de l’amour physique. Néanmoins, il ne vit qu’en couple du côté de Thanatos.

Pour passer de l’étude du domaine des faits de conscience à celle du domaine des faits d’expérience, il est plus banal de faire remarquer que ce qui vaut pour le sexe s’applique aussi à l’alimentation. Aucun homme ne choisit ou n’aime que les aliments qui conviennent le mieux à son organisme et il en est ainsi, non pas parce qu’il serait corrompu mais, tout simplement, parce que c’est un homme, un être civilisé.

L’amoureux, lorsqu’il possède une femme aimée, ne songe pas plus au ( plaisir ) qu’à la descendance. Le piment de la souffrance et celui de l’humiliation s’invitent souvent entre les draps. L’Homme est cet être qui aime entre souillure et corps glorieux. L’hédonisme vulgaire, pas celui de Lucrèce mais celui des magazines et des séries télévisées, des plateaux et des forums, pose le principe de plaisir, le Lustprinzip pour fondement de toute vie psychique. Dans des époques de décadence comme la nôtre, non seulement l’érotisme se réduit essentiellement à une quête pitoyable, mais la sexualité est le grand marché où tout s’échange dans l’oubli de l’apoptose, qui est principe de toute vie. Celui qui veut jouir en foutriquet finit sur son propre bûcher, il est l’involution faîte corps, l’homme-cochon en devenir.

Ce raisonnement ne doit cependant pas nous conduire à considérer tout ars amandi  comme corrompu et décadent. En effet, il exista un ars amandi, un art ou une culture de l’amour, qui ne se différencie pas de la simple prostitution sinon qu’elle offre une limite. Cet art fut connu de l’Antiquité. Dans l’Antiquité, des femmes, maîtresses de cet art, étaient estimées et respectées au moins autant que ceux qui maîtrisaient les secrets de tout autre art et étaient capables de les appliquer car justement le secret est de maintenir le voile sur le vide. Dans l’antiquité classique, il est notoire que les hétaïres furent tenues en estime ; Solon fit ériger un temple à la déesse de la prostitution et il en alla de même de certaines formes du culte de Vénus à Rome. Du temps de Polybe, des statues d’hétaïres étaient placées à côté de celles de chefs et d’hommes politiques dans les temples et les édifices publics. Au Japon, des monuments furent érigés en l’honneur de certaines de ces femmes. Et, comme c’est le cas pour tout autre art dans le cadre du monde traditionnel, nous verrons que, pour l’ars amandi aussi, il faut parfois supposer l’existence d’un pseudo-savoir secret, surtout là où sont attestés des rapports entre ses détentrices et des cultes déterminés.

Dans les temps modernes, les temples ont été défoncés et les secrets sont livrés à tous. Le galiléisme a vidé le ciel et les terres de leurs rapports géométriques premiers. L’hétaïre d’antan et la petite pute d’aujourd’hui, la courtisane vulgaire et fardée et le vicelard en cravate ne tournent plus autour du Fascinus vainqueur, principe viril de toute magie et double voluptueux de l’art de donner et recevoir la mort, ils s’accrochent aux lambeaux du dieu dollar et de ses coadjuteurs, yens, yuans, euros, francs suisses et livres sterling. Ils s’y accrochent jusqu’à l’extinction des feux, demandant que des jeunes femmes/hommes viennent réchauffer leurs corps d’agonie, tremblant de froid et d’un stupre qui sent déjà la poussière et la morgue.

Marsile Ficin dit que la fièvre amoureuse consiste en une perturbatio et en une sorte d’infection du sang provoquée de la même façon que le mauvais oeil, parce qu’elle se transmet par l’oeil et le regard. On peut se dire que l’état fluidique, l’énergie jing de l’enseignement chinois, est éveillé tout d’abord par un regard et se répand ensuite dans le sang. Ou que l’amant porte d’une certain façon l’aimée dans son sang et vice-versa, quelle que soit la distance qui peut les séparer.

Chamfort touche plus juste lorsqu’il définit l’amour comme « l’échange de deux fantaisies et le contact de deux épidermes ». A part, chez les imbéciles du même nom, l’amour heureux n’existe pas.

Les concepts actuels d’homme et de femme sont plus qu’approximatifs. On n’est pas homme ou femme dans les mêmes proportions car tous, nous naissons femmes si bien que la femme, selon la loi de développement de l’embryon, n’est pas un sexe, elle est le fonds de l’Homme, son substrat métamorphique. Otto Weininger, lorsqu’il voulut approfondir la question de la différenciation sexuelle, se demanda s’il n’y avait pas lieu de reprendre la théorie selon laquelle le plasma des individus des deux sexes est différencié. : il proposa d’attribuer à ce plasma les noms d’arrhénoplasme et de thélyplasme et en déduisit que chaque cellule de l’organisme est sexuée. C’était avant le temps où les nazis se demandaient comment purifier le plasma germinatif allemand pour accomplir la prophétie d’une race de végétariens statufiés dans le monumental.

Weininger proposa une véritable formule pour le fondement premier de l’attraction sexuelle. Partant précisément de l’idée que, lorsque l’on prend pour critère l’homme absolu et la femme absolue, il y a généralement quelque chose de masculin dans la femme et quelque chose de féminin dans l’homme, il estima qu’un homme et une femme ne sont jamais autant attirés l’un par l’autre que lorsque l’addition de leurs composantes masculines et de leurs composantes féminines donne l’homme absolu et la femme absolue. Par exemple, un homme aux trois-quarts masculin, Yang, et au quart féminin, ying, trouverait son complément sexuel naturel dans une femme au quart masculine et aux trois-quarts féminine, par laquelle il serait irrésistiblement attiré et au contact de laquelle un intense magnétisme se développerait. Il en serait ainsi précisément parce que la somme des parties aliquotes serait égale à l’homme absolu et à la femme absolue. L’Adam primordial de la Kabbale. Où le juif antisémite retrouve dans les coquilles vides de la haine de soi, les intuitions des maîtres oubliés et conchiés.

Salomé ne voit pas le centurion épris d’amour, qui lui donne tout et finit par se tuer pour elle. Elle est fascinée par Jochanaan, le prophète, l’ascète. Elle, la vierge, lui dit « J’étais chaste, et tu m’as contaminée. J’étais pure, et tu m’as rempli les veines de feu…Que ferai-je sans toi. Ni les fleuves, ni les grands lacs ne pourront éteindre le feu de ma passion » dont le bilan tient dans l’addition d’un suicide et d’une mise à mort. Comme l’avait bien vu Bataille, l’amour est une tauromachie.

  DWH   Peak Oil : On le cherche fébrilement

Péché originel : L’homme, c’est-à-dire chacun, est si naturellement dépravé qu’il souffre moins de l’abaissement universel que de l’établissement d’une hiérarchie fantaisiste. Aussi la première erreur consiste à régler la beauté sur la nature. Or la beauté est liée au péché, à la mélancolie, elle s’égare et nécessite un tuteur donc une règle. C’est la thèse de Baudelaire qui se résume simplement : la vie est mauvaise, le bourreau et le patient ne font qu’un.

Pour de Maistre, si l’innocence paie pour le crime alors la communion des saints est un sacrifice au sens strict. Le scandale est ce qui fait obstacle à la perpétuation de la foi, pas ce qui en magnifie la geste. Les biens et les maux sont une loterie. L’innocence et la méchanceté n’ont rien à y voir. La loi juste ne vise pas un effet sur tous et sur chacun, elle est celle qui est faite pour tous, elle appartient à Dieu qui en tient le compte. Aussi, tout homme en qualité d’homme est susceptible de souffrir tous les maux. Mais en règle générale la masse du bonheur récompenserait la vertu. Dans tous les cas, le châtiment des méchants serait une prérogative souveraine. Néanmoins, de Maistre pousse le raisonnement jusqu’à affirmer que l’innocence n’existe pas et qu’il n’y a point de justes sur la Terre. Comme il n’y a pas de justes, il y aurait donc des saints qui acceptent de souffrir et demandent grâce pour leurs prochains. C’est la thèse grotesque de la réversibilité des douleurs de l’innocence au profit des coupables qui suppose que la passion du Christ n’est pas suffisante et que la Croix attend son lot de martyrs afin de justifier l’existence de ce monde.

Ayant régler son compte au dogme catholique, de Maistre s’attaque à la théorie du bon sauvage de Rousseau. Pour lui, le sauvage n’est pas bon, il est dégénéré. Seulement, ce ne sont pas les langues des sauvages qui sont des débris de langues antiques, comme de Maistre le prétendait, mais les créoles qui sont les débris de langues actuelles. La chute est ce qui attend l’homme non pas de naissance mais comme une virtualité. A chaque pas, il est susceptible de régresser. C’est la seule leçon qu’on puisse tirer de l’Histoire.

Pélicastre Jouisseur (le) : Gérant d’un Carrefour à Brest, il contempla du haut de la pointe du Penhir la fin programmée de l’homme blanc, préférant les mouettes à ses contemporains. Son double, Laurent Obertone, soutenus par tous les insurgés néo-pétainistes, aurait connu le succès en publiant un livre orange où il était question d’afro-maghrébins violeurs, de bites tranchées et de réclusions à perpétuité pour un vol de 2 CV d’occasion.

Pensée unique : celle des autres

Personne : Ki Hé Là est son nom

Perversité : Les chimères de l’égalité bourgeoise ne manquent jamais d’aboutir à l’existence d’une oligarchie vile et corrompue ou à la caricature du vieux Roi, en Wotan édenté ou en Siegfried mégalomane. Après les massacres, les tortures et les potences, la bouffonnerie des tribunaux et des délits d’opinion, la mascarade des mises sur écoute et des cambriolages nocturnes, la paranoïa des coteries qui transforment le jeu sale du parlementarisme en arcanes de la raison d’Etat. Toutes les chaînes sont rompues et l’on va donc chercher son identité dans un bric à brac de permanences usinées ou de prothèses et de mutations hormonales. Pendant qu’Ali demande à un consultant égyptien s’il est licite de se faire sucer par sa femme, Jean et Marcel se marient sur le parvis de la mairie avec caméras et journalistes, en attendant la transformation de Marcel, 45 ans et père de 3 enfants, en Edwige, car il s’est toujours senti femme, à l’intérieur. Quand on a posé que les vices privés font les vertus publiques, on en vient forcément à se dire que les bonnes intentions font les bonnes sociétés et qu’on peut tracer au cordeau les plans d’un Palais de Cristal où la fête sera permanente. C’est le même paralogisme qui prétend placer la Providence dans une pseudo-nature humaine impossible à réformer ou l’homme à la place de Dieu, contemplant, en théoricien, la parfaite immobilité de son œuvre. C’est le rêve d’un monde d’artisans, celui des planches de l’Encyclopédie. En martiniste impénitent, de Maistre a voulu donner un sens au délire révolutionnaire, en le mettant au crédit de Dieu qui aurait décidé de tailler dans l’Humanité comme on taille un arbre. La Révolution est une sorte de déluge, le châtiment des nobles et donc du peuple pour ses crimes afin qu’une Humanité rédimée comprenne que les chaînes souples qui la relient au grand architecte sont inaliénables et parfaitement ajustées. On tue sans doute des innocents mais comme il n’y a jamais vraiment d’innocents, on ne fait qu’accomplir les desseins inconnus de la Providence. Inquisiteurs comme jacobins ne sont donc que des automates. Halleluia. Néanmoins comme de Maistre lit l’Histoire comme une forêt de signes, il découvre une loi irréversible de cette même Providence. Celle du renversement des pôles. Si le peuple veut abattre la monarchie et le christianisme, c’est ce que ceux-ci seront restaurés. On en conclut que le spectateur émigré est nettement plus sage que le contre-révolutionnaire en armes. Finalement Kant, avec ses remonte-chaussettes et de Maistre, avec ses causeries, se rejoignent, prenant l’Histoire pour un théâtre et les hommes pour le chœur des figurants. Ils ne voient même plus leur impiété. Alors que la tragédie était réservée au seul regard divin, la voici qui se renverse en spectacle plaisant pour amateur de théodicée. On ne célèbre plus le fond cruel qui se déroule sous nos actes mais la sagacité de l’homme de lettres.

Pessimisme : « Moi j’ai toujours été dévot à la mort et je suis le convoi de la vieille Monarchie comme le chien du pauvre », cette phrase illustre cette vitalité désespérée qui est le propre de l’antimoderne. Le sentiment de l’Histoire ouvre donc un espace ambigu entre pessimisme et combat, avec cette certitude que l’échec est au bout du chemin. A l’opposé du progressiste, le contre-révolutionnaire a su dégager le concept d’époque, comme changement qualitatif dans l’ordre des évènements et non cumulatif dans l’ordre du temps. De Joseph de Maistre à Muray, en passant par Péguy, cette pensée est constante. Cette perspective s’oppose à celles de Chateaubriand et de Tocqueville pour qui la Révolution était déjà en cours avant d’éclater en convulsion, si bien qu’elle n’a pas eu lieu. A la place de l’époque, Chateaubriand perçoit dans l’irréversibilité de l’Histoire, la figure du déclin. Aussi tous les progressistes ont un petit côté prédicateur et concierges dès qu’on les compare à ses amoureux déçus que sont les anti-modernes et les révolutionnaires, cousins invisibles.

Pétain (Philippe) : Maréchal de France, vainqueur de Verdun, dictateur tardif, cet amateur de femmes acheva sa vie dans une cellule de l’île D’Yeu. François Mitterrand n’oublia jamais d’honorer sa mémoire. Maurras trouvait que Pétain était « vraiment un homme de la grande espèce » et voici comment il en vint à découvrir dans son sacre parlementaire, une divine surprise :  « quand la poésie vient d’atteindre tous les points de sa perfection consommée, quand elle a touché même le sublime, quelque chose lui manque encore si elle n’a pas produit ce qu’on peut appeler : la divine surprise, celle, précisément qui submerge tous les espoirs de l’admiration la mieux disposée. Et bien ! La partie divine de l’art politique est touchée par les extraordinaires surprises que nous a faites le Maréchal. On attendait tant de lui, on pouvait et on devait tout en attendre. A cette attente naturelle, il a su ajouter quelque chose, il y a répondu de façon plus qu’humaine. Il n’y manque plus rien désormais ».

Pièces détachées

Pinochet Augusto : Idole rastaquouère d’une certaine droite, il mourut en martyr de la lutte contre le communisme et la subversion, poursuivi par l’Inquisiteur Garzón.

Plagiat : Lautréamont en systématisa le procédé y compris lors de la composition de son nom qui venait des Mystères de Paris donc du roman-feuilleton

Plouc-Emissaire dit (le) : De sa chambre, il fit un télescope pointé sur le néant

Poésie : Son culte s’accomplit sous les trois espèces de la Mélopée, de la Phanopée et de la Logopée.

Police de la pensée : Mutins de Panurge et subversifs subventionnés, journalistes flicards, historiens témoins à charge, nègres divers pigeant pour le quart d’heure de gloire et plus, si affinités

Polydamas : Défenseur acharné de la Trinité, il devint directeur commercial de la Poste privatisée

Purge (selon The Economist ) : liquéfier le marché du travail, baisser impôts et cotisations sociales, offrir au capital un revenu minimum garanti et plus si spéculations et intervenir si nécessaire à coups de centaines de milliards en cas de collapse, en revanche afficher une inflexible pingrerie en matière de prestations sociales et de retraites par répartition, enfin tirer sur la bureaucratie publique pour la remplacer par la gabegie privée

Raspail Jean : Son camp des saints est un commentaire indigent, bien qu’un peu long, du radeau de la Méduse du peintre Théodore Géricault.

Réacosphère : Ensemble de blogs plutôt masculins où il est question de racailles, de femmes à poil, de Dieu, de la France qui s’en va, de socialisme national et même international à détruire d’urgence, de libéralisme qui vient, de race blanche supérieure, de paganisme et, parfois, de Littérature. Dans les faits, on la reconnaît, outre son opposition stérile à la génération lyrique, par sa pensée, à la fois, grotesque, basse et psychotique et son style de valet de chambre congédié et en colère ou de jeune consumériste à la libido exténuée. Les borgnes et les aveugles la confondent avec les fascistes et les réfractaires.

Réac’Inconnu : De son vrai nom, Gertrude Stein

Réel : Dans la trilogie lacanienne, il tient la place de l’horreur où les éléments se défont, début de toute pensée ou de toute mortification

République Djouhrienne : Il fut un temps où les libelles pouvaient renverser une monarchie vieille de mille ans, désormais c’est l’Etat, le Pouvoir, les Puissants qui insultent les citoyens. Dominique de Villepin disait que la France serait à celui qui la prendrait. Il prenait les français pour des petits courtisans offerts à la dérobée parce qu’il se voyait, lui et son pote, Alexandre Djouhri, comme des surhommes turgescents, des chevaliers en quête de Graal avec comptes numérotés et victoire dans l’isoloir, en prime.

Les plus atroces, impitoyables, ceux qui s’attaquent à la faiblesse, à la misère, à la tristesse, aux pauvres gens dépossédés, avec un noir humour, mêlé de bile verte, vous trouverez leurs forfaits dans le pamphlet des pamphlets, celui qui ne pardonne pas, et qui est œuvre de l’Etat, le Journal Officiel. Si méchant que nous devenions, nous ne pourrons jamais lui ajouter qu’un petit supplément bénin.

Alexandre Djouhri se fait appeler Monsieur Alexandre, comme Stavisky ou plutôt comme Belmondo jouant Stavisky dans le film d’Alain Resnais. Dans les procédures judiciaires, il se présente comme le dirigeant d’un "groupe de sociétés qui a pour objet de participer, en association avec des groupes industriels français de premier plan, à des investissements importants dans les pays étrangers". Hervé Séveno, patron du cabinet d’intelligence économique i2F et ancien de la Brigade financière de Paris n’est guère plus explicite: "Il pratique la diplomatie économique, des contrats entre Etats qui sont par définition secret-défense. Il n’a aucune raison de vous recevoir et ne vous recevra pas ». Un ancien de la DGSE explique, "c’est un intermédiaire new-age qui met en contact l’exécutif français avec des dirigeants d’entreprises du Moyen-Orient. Il se rémunère en prenant des parts dans des sociétés locales. C’est une espèce de private equity underground, probablement légal et quasiment intraçable, avec un contact privilégié en Arabie saoudite: le groupe Bug shan.".

De l’argent, du pétrole, des flics véreux, on éclaire les incendies mais c’est l’Etat qui les allume. Par bonheur, les oligarques ne s’aiment point entre eux même s’ils s’entendent pour nous dépouiller. C’est ainsi qu’il est possible de les connaître et de les décrire.

Bugshan. Le nom revient sans cesse dans les témoignages. Famille d’origine yéménite établie depuis un siècle à Djedda, en Arabie saoudite, les Bugshan ont fondé leur fortune sur l’importation des parfums Dior, mais aussi de pneus et de marques automobiles japonaises au Moyen-Orient. Jacques Chirac avait décoré le patriarche, Ali, de la Légion d’honneur en 2004. "Le seul véritable contact de Djouhri en Arabie saoudite, c’est Khaled Bugshan, un des chefs de la famille, assure Ziad Takieddine. C’est auprès des sociétés de cette galaxie qu’il se rémunère, et c’est eux qu’il utilise comme relais en Arabie saoudite, notamment pour Thales et Alstom." Guidés dans l’affaire Karachi, les juges ont aussi découvert qu’une société du groupe Bugshan, Parinvest, avait été destinataire de 13 millions d’euros de commissions entre 1997 et 2000, dans le cadre du contrat Sawari II. L’intermédiaire assure aussi que la société Issham, qui a reçu l’essentiel des commissions (plus de 150 millions d’euros), figure dans la galaxie Bugshan.

Nos politiques sont les appelants de nos malheurs (appelants, c’est un terme de vénerie et le pays crève d’oiseleurs), il y eut des appelants américains et russes, il y en aura des musulmans, des négro-africains, des sud-américains, des allemands, des chinois, des indiens, toute la panoplie des vendus au parti de l’étranger, ce qu’Audiard appelait avoir la légitimité dans le sang, c’est-à-dire le sens de l’autorité. Les français continuent à élire toujours plus d’appelants et de candidats-appelants parce qu’on leur a dit qu’ils étaient démocrates et républicains, de toute éternité. Pour juger de tels bonhommes, il faut un minimum éthique, un peu d’accord entre les juges. Aussi tous nos oligarques sont tolérants et relativistes car il n’est pas un procès politique où la condamnation n’ait été emportée par le vote d’hommes qui s’enverraient les uns les autres, et volontiers, en cellule pour indélicatesse auprès d’un corrupteur que la force, le hasard des intérêts et des compromissions permet seul de définir.

Quand je dis La République Djouhrienne, ce n’est pas une boutade, un paradoxe, ni une injure. Je nomme l’objet comme des mystagogues désapprirent à nommer, dans un lycée français, à l’écolier que j’étais, pauvre, inattentif, mais dès l’enfance ennuyé de toutes les scolastiques. Je nomme donc l’objet la République par son principe réel. Je la nomme par ce qui la fait durer. Je la nomme par ce qui lui ressemble, je la nomme par ce à quoi elle donne sa chance de prospérer. Je la désigne par son avenir, et voilà pourquoi je ne dis pas la république de Guéant ou de Valls, mais la république qui a rendu possible et qui soutient tous les Guéant et tous les Valls. Djouhri, ce n’est ni Hollande, ni Sarkozy. Pourtant, à l’origine réelle de la Vème République, il y a un coup d’Etat, il y a une conjuration doublée d’un abandon, il y a un fantôme de guerre civile, comme il y a Djouhri.

Inutile d’élever des statues républicaines à Djouhri. Son fils, Germain a épousé la fille d’un proche de Poutine, Serguei Chemezov, récemment décoré de la Légion d’honneur à l’Elysée. Car même les anciens agents du KGB peuvent entrer dans la liste de ceux qui ont rendu des services. A Londres, où il réside, Germain s’est rapproché d’un ancien associé de Messier Partners installé à son compte, Jean-Charles Charki. Un jeune homme qui se trouve être le gendre de Claude Guéant. Petit voyou recyclé en rentier des asymétries d’informations, Alexandre Djouhri fera un remarquable ministre non plus des affaires étrangères de la France mais des affaires de l’Étranger dans l’hexagone.

En conséquence, Alexandre Djouhri a ses entrées dans la Tripoli du colonel dispensateur de sa semence et vendangeur des vies libyennes. Alors que le régime est sur le point de s’effondrer, il accompagne Dominique de Villepin en Tunisie. L’ex-Premier ministre semble avoir servi de médiateur entre la rébellion libyenne et Béchir Ben Salah, directeur de cabinet du colonel, et très proche de "Monsieur Alexandre". Comment huiler les rouages et ouvrir de telles portes tout en remplissant ses valises, c’est très simple, il faut faire peu de cas du sang français. En 1999, la justice française condamne, par contumace, six Libyens à la réclusion à perpétuité pour leur rôle dans l’attentat, en 1989, contre le DC 10 d’UTA (170 victimes). Un mandat d’arrêt international est lancé. Problème: l’un des condamnés est Abdallah Senoussi, chef des services secrets libyens et beau-frère du colonel Kadhafi.

Avant même cette condamnation, Alexandre Djouhri serait intervenu auprès des autorités françaises pour faire "casser" le mandat d’arrêt visant Senoussi. Bien entendu, le conditionnel est de mise car Monsieur Alexandre a des avocats et leurs pressions s’achèvent par des mails dans ce style, "En tout état de cause, la demande de l’avocat laisse présager des poursuites si nous –et vous– persistons. C’est aussi l’avis de nos avocats, que nous avons consultés. Nous sommes bien conscients que cette demande n’a pas toutes les chances d’aboutir, qu’elle ne précise pas les passages supposés diffamatoires, bref que le procès qui pourrait advenir n’est pas gagné pour Djouhri. Néanmoins, face à un tribunal, n’étant pas auteur de l’enquête, [Le Journal]  ne saurait fournir ce qu’on appelle une "offre de preuves", accréditant les informations publiées. C’est pourquoi nous avons décidé de dépublier."

Alexandre Djouhri ne sera jamais condamné à la dégradation nationale à vie, on ne lui fera pas descendre des escaliers qu’il n’a jamais gravis… non par impuissance, la France est un pays de naturalisation facile, mais par dédain. L’escalier monumental de l’internationale des affaires a seul senti peser le poids du petit flingueur.

Le jeune Ahmed a laissé place à Monsieur Alexandre, son surnom dans le business. Changement de prénom, changement de statut aussi: Alexandre Djouhri, résident suisse, est désormais le conseiller influent des grands groupes industriels français, de Veolia à Alstom. On le voit embarquer dans le Falcon 7X de Serge Dassault. Fréquenter Henri Proglio, le patron de Veolia, puis d’EDF Conseiller le PDG d’Alstom, Patrick Kron. Epauler celui de Veolia, Antoine Frérot. Le gamin de Saint-Denis, élevé à Sarcelles, est parvenu à se frayer un chemin sous les lambris dorés du sommet de l’Etat: le ministre de l’Intérieur, Claude Guéant, reconnaît des « relations amicales » avec un homme qu’il qualifie de « très au courant des affaires du monde, des affaires industrielles ». Bernard Squarcini, patron de la DCRI et chasseurs de subversifs à Tarnac, ne tarit pas d’éloges sur le personnage: « Djouhri sert notre pays et le bleu, blanc, rouge. Bien sûr, il fait des affaires pour lui, mais il en fait profiter le drapeau. ». On ne sert pas à la fois Dieu et Mammon, son pays et son portefeuille, c’est la morale commune pas celle de la Vème République, la chose est évidente.

Le dimanche 13 janvier 2008, l’Airbus présidentiel vole vers Riyad. Nicolas Sarkozy doit rencontrer Abdallah, le monarque saoudien wahhabite. Après l’Arabie, le président s’arrêtera au Qatar, où il s’entretiendra avec l’émir Al-Thani, et il finira le surlendemain son périple à Abou Dhabi. Les ministres qui l’accompagnent et Jean-David Levitte, conseiller diplomatique et sherpa du président, papotent autour de la grande table. Nicolas Sarkozy les y rejoint. Il est manifestement en forme et a envie de s’épancher sur les coups que lui ont portés les "chiraquiens", notamment Dominique de Villepin. Depuis quelques mois, il sait que l’enquête des juges Pons et d’Huy s’oriente vers une mise en cause de l’ancien Premier ministre, qu’ils "soupçonnent d’avoir participé à une machination visant à [le] déstabiliser". Sarkozy s’était porté partie civile dans l’affaire Clearstream en janvier 2006. Il l’a emporté. Mais il n’oublie rien. Il sait que l’affaire aurait pu le "tuer". La peur rétrospective le pousse à s’épancher et à expliquer les raisons qui l’ont mené à vouloir accrocher Dominique de Villepin et ses prétendus comparses à un "croc de boucher". Il donne alors de l’affaire Clearstream une version différente de celle que la justice établira trois ans plus tard. Il raconte comment et pourquoi, en 2004, le "chantier" monté contre lui aurait pu l’empêcher de prendre la tête de l’UMP et de devenir président. Le président détaille les secrets du complot, fomenté, selon lui, depuis l’Elysée, mais mis à exécution par un certain Alexandre Djouhri, qui a bien failli avoir sa peau. Et il termine son exposé par : "S’il n’était pas venu à Canossa, il aurait reçu une balle entre les deux yeux !"

N’empêche, depuis l’arrivée de Nicolas Sarkozy à l’Elysée, Alexandre a ses habitudes au Château. Il s’y sent comme chez lui. En cette fin d’après-midi du 30 juin 2009 où la salle des fêtes est archipleine, Nicolas Sarkozy doit décorer dix personnalités autour desquelles gravite du beau monde. Puis c’est l’heure des petits-fours et du champagne. "M. Alexandre", habitué des lieux, commence à trouver le temps long. Il se tient aux côtés de Philippe Carle, qui fait partie du premier cercle du président ; il déjeune régulièrement avec lui. Il est également proche de Vincent Bolloré et de Martin Bouygues ; joueur de polo, membre du Club des cent, du Maxim’s Business Club du golf de Saint-Cloud, il a, entre autres activités, édifié sa fortune dans l’assurance en revendant sa compagnie à Axa, tout en restant l’un des conseillers des dirigeants du groupe. Les deux hommes quittent ensemble la salle de réception et foulent les pavés de marbre blanc et rouge du vestibule d’honneur, gravissent l’escalier Murat pour se rendre dans la première antichambre, puis la seconde donnant sur le Salon vert et le Salon doré, soit les bureaux du secrétaire général de l’Elysée et du président de la République. Les gardes républicains qu’ils croisent reconnaissent M. Alexandre, le saluent discrètement et le laissent aller, avec son compagnon, jusqu’à la porte du Salon vert, bureau de Claude Guéant, l’homme que la classe politique s’accorde à tenir pour le numéro deux de la République.

M. Alexandre entre sans frapper dans le bureau de son ami et en fait les honneurs à Philippe Carle, qu’il invite à s’asseoir. Il se dirige ensuite vers le réfrigérateur, en sort une bouteille de champagne, l’ouvre, emplit deux verres, en tend un à son compagnon, interloqué par une telle assurance en ce haut lieu de la République, et trinque avec lui. Djouhri continue de se faire le cicérone en ouvrant la porte du Salon doré. Philippe Carle ne se sent pas à l’aise, il préférerait de beaucoup déguster une nouvelle coupe dans la salle des fêtes.

Le toupet de son guide l’inquiète : va-t-il aller jusqu’à s’asseoir dans le fauteuil présidentiel, derrière le bureau Louis XV sculpté au XVIIIe siècle par Charles Cressent ? Indifférent à la beauté des meubles, il ne prête pas attention à la cheminée de marbre blanc, ni au "N" de Napoléon III, ni aux objets disposés là par Nicolas Sarkozy : l’icône N’Gol, comme l’appelaient certains africains et un voilier.

S’il est un temps pour faire oraison, il en est un pour la colère, il en est un pour le dégoût. Disons que le dégoût aura le visage d’Alexandre Djouhri. Le fond du trou ce n’est pas Sarkozy ou Hollande, ce n’est pas le déficit public, « nous vaincrons parce que nous serons compétitifs », les slogans imbéciles, les politiciens inconscients, ce n’est même pas une expédition en Libye, car tout cela est la suite d’une opération déjà ancienne par laquelle les classes moyennes avaient cru pouvoir liquider tout l’héritage intellectuel et moral de la France, afin de garder l’héritage matériel et d’échapper à la Révolution en habit rouge et en chars soviétiques. Nous ne sommes pas encore tout à fait démunis, il nous reste les riches possibilités de l’intelligence et du mépris.

Dans les années 1990, Djouhri tenait à montrer qu’il disposait d’un pistolet dans sa boîte à gants et qu’il n’hésitait pas à s’en servir. La patronne de la société de communication Image 7, Anne Méaux, une ancienne de la droite ultra, ne s’est-elle pas dite menacée, en novembre 2006, au pavillon Gabriel, à Paris, lors d’une réunion de la Fondation Euris, par un émissaire envoyé par Alexandre Djouhri ?. Derrière Alexandre, la silhouette d’Ahmed de Sarcelles n’est jamais loin, comme une doublure, une trace. Indélébile.

Un 4 avril 1986, un homme en sang débarque aux urgences de l’hôpital Saint-Louis. Dix minutes plus tôt, sa Golf GTI a essuyé le feu nourri de deux motards place du Colonel-Fabien, dans l’est parisien. L’homme a 26 ans, une balle de 11,43 millimètres dans le dos et aucune envie de répondre à la police. "Je ne comprends pas les mobiles, je ne me connais pas d’ennemis", assure juste Ahmed Djouhri, qui nie avoir riposté à l’assaut. Un "résumé des premières investigations" de la brigade criminelle, daté du 21 août 1989 indique pourtant que le "test atomique" sur ses mains a prouvé qu’il s’est bien servi d’une arme de 9 millimètres. Un an plus tôt, le même Djouhri avait déjà fait l’objet d’un "contrat", échappant à la mort en brisant le silencieux de l’arme d’un malfaiteur notoire, David Taieb, dans un restaurant des Halles, le Jacky’s. Ce dernier sera retrouvé abattu au Pecq quelques mois plus tard. Le rapport de police fait ces rapprochements, mais n’aboutira jamais à une quelconque poursuite. "

Le 26 avril 1990, une note du SRPJ de Versailles présente encore Djouhri comme "une figure montante du milieu parisien". Les Renseignements généraux disposent également d’un dossier sur l’homme d’affaires. "Il consistait surtout en un dossier de police judiciaire, avec des éléments assez anciens, sans condamnation, ni inculpation", explique Joël Bouchité, directeur central des RG de 2006 à 2008. Une chose est sûre: Djouhri fait ses premières armes dans le business comme associé à 25%, via sa compagne de l’époque, dans la marque de blousons griffés Anthony Delon, lancée par le fils de l’acteur au grand dam de celui-ci, avec de sanglants règlements de comptes à la clé. Il apparaît ensuite à la tête d’une petite agence de presse dite "euro-arabe ", d’où il creuse peu à peu son sillon dans les affaires et la politique. On le voit côtoyer un conseiller de François Mitterrand, Pierre Mutin. Un ancien directeur de cabinet de Jacques Chirac, Michel Roussin. Le Monsieur Afrique d’Elf, André Tarallo. Un ancien magistrat de la lutte antiterroriste, Alain Marsaud, qui reste l’un de ses plus ardents thuriféraires. Et même des piliers des services de police, dont François Antona, un proche de Charles Pasqua, et le numéro deux des RG François Casanova.

Les Djouhri s’imposent parce que jamais la prière du bien pensant, « tout ce que vous voudrez, mais pas de gifle », n’a été aussi glorieusement reprise que par notre UMPS héritier d’une démocratie-chrétienne dont il n’ose pas dire le nom. La gifle, il ne la reçoit pas moins chaque jour, l’UMPS a tout lâché, tout trahi. Regardez un peu son visage de vainqueur avec, dessus, la marque des cinq doigts de tous les forts de la République, sans même évoquer les coups de pieds au cul qui zèbrent son postérieur. Depuis 1789, la France va de révolution en réaction sans principe, hésite entre les insurrections inutiles et les généraux imbéciles dès lors qu’il est question de sauver le pays. Jamais nous n’avons été plus libres que sous le djouhrisme. Nous avions gagné des droits surtout celui à la désorientation. Le silence de Djouhri est bien l’abîme honteux et sublime, au delà duquel il n’y a rien qu’un peu plus de vase, celui-ci breveté Front National.

Jean-François Gayraud, commissaire divisionnaire à la DST, auteur d’une note sur Alexandre Djouhri en 2004, va vite se rendre compte de l’influence du personnage: objet de menaces répétées et de brimades en interne, il démissionne fin 2007. Deux ans auparavant, Bernard Squarcini, ancien numéro deux des RG et futur patron de la DCRI, s’était fendu d’une étonnante attestation de bonnes moeurs en faveur de Djouhri, affirmant que « rien de défavorable n’a pu être démontré concernant l’intéressé, et aucun élément lié au terrorisme, grand banditisme ou blanchiment n’a pu être mis en exergue ». Le même n’avait rien trouvé à redire sur le traitement de Mohamed Merah par ses services.

« Vous ne pensez pas que monsieur Djouhri a le droit qu’on le laisse un peu tranquille, trente ans après? » asserte Charles Pellegrini, ancien chef de l’Office central de répression du banditisme, proche de Bernard Squarcini or, début 2008, Alexandre Djouhri avait obtenu la tête du directeur international d’Alstom, Bruno Cotté, ancien directeur de l’office d’exportation d’armement Sofresa et patron de l’international chez Dassault Aviation Alstom. "Il a refusé d’utiliser les réseaux Djouhri en Arabie saoudite et en Algérie, ce qu’il a payé de son poste". L’intéressé, aujourd’hui directeur international de Safran, et le PDG d’Alstom, Patrick Kron, sont plongés dans le mutisme. Un revival de la République du silence et des maroquins.

Il y a une conception de l’ordre dans la rue avec la misère derrière les façades, des préfets optimistes et des hommes désespérés, qui sera toujours la honte de la démocratie bourgeoise. Les émeutes de novembre 2005 n’étaient pas une nouvelle Commune, juste un épiphénomène de la République djouhrienne, incarnée dans l’homme de la casbah d’Alger, du capitalisme international et des cérémonies religieuses aux veilles des désastres.  Si l’ordre, c’est la mesure rationnelle et le hors-champ de la mise à mort, nous n’avons rien de tout ça, rien qu’un désordre constitutif, une république vociférante dont les petits pétroleurs encagoulés ont saisi toute la dynamique en foutant le feu aux poubelles ou aux voitures de leurs voisins.

Djouhri est aussi apparu fin 2011 dans le volet financier de l’affaire Karachi, autour des commissions de l’énorme contrat de frégates Sawari II signé avec l’Arabie saoudite en 1994. L’intermédiaire Ziad Takieddine accuse Djouhri d’avoir piloté le basculement des commissions du réseau initial de sociétés bénéficiaires, réputé proche des balladuriens, à celui des chiraquiens à la fin des années 1990, ce que l’intéressé nie, évidemment. Entre crotales, la guerre se mène à ciel ouvert. Nous avons le régime des ordres de l’extérieur. Jamais la République n’a été si ouvertement le règne en France de l’Etranger, sans même l’excuse d’une défaite ou d’une ruine parce que la délimitation entre français et étranger n’a même plus de sens et n’en aura plus puisque la langue française est une langue passée et même trépassée. L’Étranger n’a plus besoin de troupes d’occupation, un coup  de bourses et un mail lui suffit. On appelle ça la mondialisation, elle vide de tout contenu le nom même de politique parce que les oligarques y trouvent un compte toujours bon et un portefeuille en progression.

Le djouhrisme ne peut définir la France qu’à la manière de son fondateur : Ma patrie, c’est là où je suis bien ; j’avais été heureux pendant trente ans, pourquoi vous aurais-je fait du mal ? Mon fils ne s’appelle t-il pas Germain. A défaut de maîtriser la syntaxe française, Monsieur Alexandre donne quelques gages puis continue son chemin. " Dans les registres du commerce, les apparitions de Djouhri se comptent sur les doigts d’une main. Un poste de directeur de 1995 à 2000 de DIM SA, une société suisse de courtage de produits industriels et pétroliers liquidée en 2005. Un autre de "secrétaire" d’une société londonienne présente dans l’énergie, Adenergy Ltd, dotée d’un capital de 1 million de livres, mais dormante depuis deux ans. Plusieurs sources évoquent aussi un rôle important dans Adremis SA, une société suisse spécialisée dans l’eau et le traitement des déchets au Moyen-Orient. Monsieur Alexandre gagne ses galons d’ éminence grise du CAC 40 en s’imposant à Veolia. « Henri Proglio a littéralement été «vampé» par la gouaille de Djouhri, qui était déjà proche de l’ ex-patron d’EDF, François Roussely », assure le criminologue Xavier Raufer, à l’époque consultant pour le groupe. Dans son antre aux stores toujours baissés, une ancienne boulangerie de la Butte-aux-Cailles remplie de dossiers criminels, Raufer assure avoir mis en garde Proglio: "Je l’ai averti des antécédents du bonhomme, il ne m’a pas écouté. J’ai préféré partir. La purge s’est poursuivie avec le départ d’Anne Méaux, sa communicante, qui était très proche, et de son lieutenant de quinze ans, le DRH Eric de Ficquelmont." Contacté, ce dernier assure ne pas vouloir revenir sur cette période "assez nauséabonde": "En tant que gaulliste, je devais me soumettre ou me démettre. J’ai préféré la seconde solution."

Mohamed Ayachi Ajroudi a un souvenir précis de Monsieur Alexandre. Le 3 juin 2004, cet homme d’affaires franco-tunisien, très introduit au Moyen-Orient, rencontre Henri Proglio au restaurant du George V sur proposition d’Alexandre Djouhri, en présence du député Alain Marsaud. Au menu des discussions, la création d’une filiale, Veolia Middle East, qui serait détenue à 51 % par Veolia et à 49 % par l’homme d’affaires. C’est lors de cette rencontre, affirme Ajroudi, qu’Alexandre Djouhri a exigé de recevoir gratuitement 20 % de la nouvelle société. "J’ai refusé cette tentative d’extorsion à plusieurs reprises, Marsaud ayant tenté de s’inviter dans le deal avec le communicant Laurent Obadia, ce qui m’a valu d’être menacé, suivi, agressé", assure Ajroudi. Une version fermement démentie par Henri Proglio.

L’épilogue de l’histoire se joue aussi au George V six mois plus tard. Djouhri, qui prend un verre au bar de l’hôtel avec Marsaud et Obadia, apprend que l’homme d’affaires franco-tunisien loge chambre 625. Ivre de colère et passablement aviné, il monte illico, frappe à la porte et boxe violemment Ajroudi. Djouhri, placé en garde à vue avec Obadia, sera finalement condamné à 400 euros pour "violence ayant entraîné une incapacité de travail inférieure à huit jours".

On préfère s’appesantir sur Samy Naceri, mais les méthodes sont les mêmes parce que les départs se ressemblent. Un voyou qui réussit par des méthodes de voyou ne sera jamais un honnête homme, c’est ainsi.

On peut se dire qu’une fraction de la bourgeoisie française s’empara des cadres politiques de la nation. Elle réussit à faire honte à tout ce qui représentait une force, une responsabilité, un métier. Les industriels ne furent plus les héros du Progrès, mais les exploiteurs du peuple. On les rejeta vers l’action souterraine, où, assez souvent, ils firent merveille en fournissant à point nommé à la République des complots aussi parfaits que si elle les avait fabriqués avec sa seule police. Les autorités sociales, nées au croisement de toutes les spoliations se réunirent en impuissances d’argent à la remorque de n’importe quelle conjuration, n’importe quel self-made-man fringuant, Tapie ou Djouhri, peu importe. Quand on voit les gueules de Seillière ou Gattaz, on a compris.

Et maintenant que le prolétariat est disloqué entre chômage de masse et chapelles ethniques après avoir été investi par un parti de la révolution granitique, dans la Citadelle de la CGT 1947, que les paysans sont des recycleurs de pesticides et d’engrais, que la grande bourgeoisie trembleuse s’apprête à livrer ses filles aux futurs Commissaires Internationaux de la Mondialisation Heureuse parlant le pidgin anglophone, ou à les marier aux entrepreneurs qui en veulent, maintenant que la petite bourgeoise prolétarisée, endettée, tondue, ne peut rien par elle-même… maintenant qu’il n’y a plus l’Etat, mais une vaste entreprise de dénationalisation, reste-t-il encore quelque chose à défendre que n’ait pas été acheté, vendu ou souillé par la République djouhrienne ?

Il semble que le grand travail français, depuis 1789, c’est de faire honte à son prochain, c’est, pour la France, d’avoir la honte de son être ou d’en être parfaitement satisfait, ce qui en est la propriété converse.  Arrêtons-nous un instant à cette contemplation, qui ne nous empêchera pas de dériver, de tout ce qui préparait les voies au triomphe d’un universalisme de pacotille. On a introduit l’idée non plus seulement de grenouiller, mais de faire de la France autre chose qu’une Patrie, d’en faire une volonté impériale, de mise en ordre du monde afro-maghrébin, une farce grotesque. On aurait pu s’en rendre compte avec le projet anté-gaullien de nationalité commune à l’Angleterre et à la France, l’entrée dans l’Empire britannique avec la fanfare du désastre mettant la France en mesure de se choisir elle-même une nationalité supérieure en fonction de ses périls et du plaisir de quelque politicard vaincu. La nationalité européenne a suivi, la mondiale la couronnera. Très logiquement la France est passée de son statut de fille aînée de l’Eglise à celui de fille aînée de l’Humanité aussi Mitterrand octroya à toutes les nationalités le droit de manifester à Paris, ombilic du tous ensemble, ouais, ouais.

Est-ce l’Etat djouhriste qui a découvert le complot du Printemps français et des Veilleurs ? Dans ce cas, ne faut-il pas s’interroger sur la valeur réelle de cette trouvaille, compte tenu du fait que le héros éponyme de la Vème est un voyou ? La République n’a-t-elle besoin que de porte-flingues un peu vulgaires pour combler en bouffonneries le vide de sa nature ingrate ? Quant au complot, qui peut juger de ce qu’il est ? Qui décidera de son objet ? Etait-il dirigé contre les homosexuels et le mariage pour tous ou contre François Hollande qui serre si bien la main de Djouhri ou celles de ses semblables ?

Il n’y a qu’une tradition quintorépublicaine en France, c’est le mensonge. Il y faut du catholique et du militaire pour réveiller l’ardeur et les souvenirs. On attaque les catholiques sur leurs moeurs, les généraux sur leurs intentions. On reconnaît que le scandale est dans l’Etat djouhriste mais on oublie que la bêtise et la volonté d’imposer silence sont dans la nation, du moins une fraction de celle-ci. Complot de l’Etat contre lui-même, impuissance méthodique, ministres qui s’espionnent entre eux — complot du pseudo-parti de l’ordre et de la Nature contre l’Etat, complaisance dans la ruine des villes et la misère des hommes en temps de paix ?

L’interventionnisme djouhriste s’illustre dans l’affaire de l’Angolagate – une vente d’armes remontant aux années 1990 qui continue d’empoisonner les relations entre Paris et Luanda. «Des contrats portant sur 50 milliards d’euros sont depuis en suspens», souligne Hervé Seveno, ancien policier devenu l’un des ténors de l’intelligence économique et intime de Djouhri, pour justifier l’irruption de Djouhri dans le dossier. Relayant la cause de Pierre Falcone, principal prévenu du dossier Angolagate, il milite au plus haut sommet de l’Etat pour sa libération, quitte à faire pression sur des magistrats. Le conseiller justice de Nicolas Sarkozy, Patrick Ouart, jugé trop peu actif, n’y a pas survécu : il a quitté l’Elysée fin 2010 pour pantoufler chez LVMH après s’être plaint de menaces. Djouhri, aurait parlé de le «fumer» et l’autre connard de plier, l’image est parlante.

La première trace de Monsieur Alexandre remonte à 1981, où il avait 22 ans et est interpellé pour vol à main armée autour d’une affaire de braquages de bijouteries. Rien ne sera retenu contre lui, casier judiciaire vierge. En 1985, puis 1986, il est victime de deux tentatives de meurtre en marge de règlements de comptes entre les Delon père et fils. Alexandre travaille alors pour Anthony, à qui Alain reproche de parasiter la marque «Delon». Le litige commercial dégénère en fusillades entre bandes rivales. Djouhri, «conseiller technique» d’une boîte de fringues de Delon Jr, échappe à une première algarade : dans un restaurant, le pistolet automatique pointé contre lui s’enraye, Djouhri achève à mains nues le désarmement de l’assaillant. Suivra une fusillade place du colonel Fabien, à Paris où cette fois une balle de 11,43 se loge dans son dos. A ce propos, le tribunal de grande instance de Nanterre (Hauts-de-Seine) a statué de cette manière, en 2007, «En l’absence de lien établi entre le passé d’Alexandre Djouhri et ses activités économiques actuelles, l’évocation de faits anciens n’est pas susceptible d’apporter une contribution pertinente à un événement d’actualité ou à un débat d’intérêt général ». De son côté, Bernard Squarcini, patron de la DCRI souligne qu’Alexandre Djouhri est «inconnu au Service de traitement des infractions constatées [Stic]». Curieux : ce fichier de police est régulièrement critiqué pour recenser dans le même pot les mis en cause, victimes ou simples témoins d’une affaire, au risque de l’amalgame.

A propos d’Ahmed dit Monsieur Alexandre, Une autre «fiche confidentielle», estampillée «très protégée», précise à son propos (après rappel de quelques antécédents) à la rubrique «confidentiel défense»«Individu à ne pas appréhender sur contrôle, signaler présence et informer service.» Seul un Alexandre Djouhri peut se flatter d’un rapport aussi direct avec le président en exercice – via Maurice Gourdault-Montagne et Dominique de Villepin sous Chirac, via Claude Guéant et Bernard Squarcini sous Sarkozy. «Du jamais vu sous la République», souligne un haut fonctionnaire de la Défense. Mais si justement, c’est toujours du déjà-vu en République, un vieux refrain, une sorte d’adaptation de quel malheur d’avoir un gendre.

Son ascension dans les sphères du pouvoir est passée par Elf et Veolia. Sa proximité avec Jean-Baptiste Andreani, ancien policier corse reconverti dans la sécurité privée, et Pierre-Yves Gilleron, ancien commissaire de la cellule antiterroriste de l’Elysée également sensible aux sirènes du privé, lui permet de se glisser dans le sillage des deux gestionnaires des commissions occultes du groupe pétrolier, Jacques Sigolet et André Tarallo. Avec eux, Alexandre Djouhri s’installe en Suisse au début des années 1990, tout en conservant un rond de serviette à l’hôtel Bristol, à Paris. Sigolet s’est depuis rangé des voitures après avoir été victime de trois tentatives d’attentat sur fond de ventes d’armes en Afrique. Mais Djouhri est toujours là, en partenariat avec Mathieu Valentini, poursuivi dans l’affaire Elf. Chez Veolia, il a d’abord pris la roue de Bernard Forterre, alors numéro 3 de l’antique Générale des eaux, candidat malheureux à la succession du patriarche Guy Dejouany. Après la parenthèse Jean-Marie Messier, le «développeur» est devenu omniprésent auprès d’Henri Proglio (cumulant les casquettes à la tête de Veolia et d’EDF). Djouhri est un «ami personnel», confessera pudiquement ce dernier lors d’une déposition devant la police. Alain Marsaud, ancien magistrat et député UMP, entre-temps recruté par la Générale des eaux, décrira plus directement leur relation, présentant Djouhri comme «l’homme sans qui Proglio n’est rien».

Une vie est heureuse, suggère Djouhri, quand elle commence par l’ordure et se prolonge par la puissance et l’ambition. J’ose dire qu’avec lui un genre se poursuit dans la littérature française : ni le roman d’aventure, ni le roman policier, mais le roman de République. Alexandre Djouhri déjeune avec Arnaud Lagardère, amuse Serge Dassault, fascine Henri Proglio, intéresse Jean-Louis Borloo, adore Yazid Sabeg… Ce dernier, PDG de la Compagnie des signaux et commissaire du gouvernement à l’Egalité des chances, lui sert à l’occasion de témoin de moralité ou de chauffeur. C’est dire la répartition des pouvoirs. En retour, Djouhri militait à l’Elysée en faveur de sa nomination à la présidence d’Areva : avec Yazid chez le fabricant de centrales nucléaires et Henri à la tête de l’électricien, plus besoin de fusionner EDF et Areva, pacsés de facto par les amis d’Alex ! La filière nucléaire a refusé ce touchant scénario.

Jamais avare d’un coup de pouce aux amis, l’entreprise Djouhri est venue au secours de Serge Dassault en son fief électoral de Corbeil-Essonne. Le principal employeur local, l’usine Altis de semi-conducteurs, étant menacée de faillite, compromettant sa réélection, l’avionneur déniche en 2009 un repreneur miracle : Germain Djouhri, fils d’Alexandre. Par la voix de son avocat, Djouhri père assure qu’il n’est pour rien dans le deal, son digne rejeton étant simplement précoce en affaires. Le bras droit de Dassault et maire consort de Corbeil-Essonnes, Jean-Pierre Bechter, la soixantaine bien tassée, présente Djouhri Jr, tout juste trentenaire, comme un «ami personnel» qui va «sauver» Altis en investissant 30 millions d’euros. Acceptons l’incongruité, mais, comme souvent chez les Djouhri, on s’interroge sur l’origine des fonds. Pas bien longtemps : Germain Djouhri passe rapidement la main à ce bon vieux Yazid Sabeg, nouveau sauveur providentiel jugé plus crédible – quoique… Un «ami depuis vingt-cinq ans», précise cette fois le bras droit de Dassault. Admirable chaîne d’amitié qui laisse entière la question de l’origine des fonds : Sabeg n’ayant investi que 1 000 euros de sa poche, d’où proviennent les 140 millions promis dans son offre de reprise ? 40 d’un mystérieux «investisseur privé», 20 de l’Etat français, solde à répartir entre banquiers, futurs actionnaires qataris ou russes.

La Russie ! Nouvel eldorado pétrolier, terrain de chasse pour aventuriers des affaires. «Alexandre ne s’y intéresse qu’en raison de sa belle-famille», nuance un proche. Car son fils Germain a eu le bon goût d’épouser la fille d’un oligarque, Sergueï Niyzov. Petit oligarque, mais oligarque quand même. En mars 2010, Nicolas Sarkozy reçoit Dmitri Medvedev en visite officielle. En marge des grands discours sur l’amitié franco-russe, il est surtout question de vendre quatre bâtiments de projection et de commandement à la marine russe – un marché de 1,5 milliard d’euros. Moscou est demandeur, Paris est ravi de fournir un peu de travail aux chantiers navals de Brest et de Saint-Nazaire. Lors du dîner officiel à l’Elysée en l’honneur du président russe, le plan de table est soigné : côte à côte, Alexandre et Germain Djouhri, le beau-père russe, Henri Proglio. Le lendemain, Nicolas Sarkozy remet en personne la légion d’honneur à Sergueï Chemezov, ancien espion du KGB en RDA (à l’époque supérieur de Vladimir Poutine), aujourd’hui président de Rostekhnologuii, office d’import-export du complexe militaro-industriel. Une breloque remise à la demande d’Alexandre Djouhri, selon plusieurs sources. «Peu après la remise de la décoration, Chemezov, arborant fièrement son insigne rouge, a réuni une trentaine d’invités dans un salon de l’hôtel Bristol. Plusieurs industriels et hommes d’affaires étaient présents : Louis Gallois [EADS], Luc Vigneron [Thalès], Jean-Charles Naouri [Casino], etc. Peu discret, comme à son habitude, l’homme d’affaires proche de l’Elysée Alexandre Djouhri allait de l’un à l’autre, embrassait chaleureusement son ami Yazid Sabeg.»

 

Les deux pays ont topé là en décembre. Selon le négociateur nommé par Poutine, la France aurait accepté les transferts de technologie contre le versement de commissions hors normes – 20% du contrat, de quoi engraisser bien du monde et renvoyer à la préhistoire l’affaire des sous-marins au Pakistan. Alexandre Djouhri n’en a cure, son regard est déjà tourné vers la Chine, en défricheur pour le compte d’EDF.

Syphilitiques, fous, rois, pantins, ventriloques, Qu’est-ce que ça peut faire à la putain Paris, Vos âmes et vos corps, vos poisons et vos loques ? Elle se secouera de vous, hargneux, pourris, disait Rimbaud. Un petit algérien naît en France. Pourquoi est-ce en France qu’il décida de s’enrichir. Peut-être en hommage à la désinvolture et au gaspillage français, un peu parce que la France était un pays riche et que Djouhri devait manifester un goût jamais démenti pour le voisinage et l’amitié de tous les ploutocrates ; mais surtout parce que la réputation de la France en ses républiques successives, en sa transformation toujours plus rapide des Droits de l’Homme en Droits des minorités, lui faisaient des promesses implicites de discrétion. Du temps où le patriotisme républicain avait un objet, Sengor rédigea la constitution de la IVème République, c’était un bambara, Debré, descendant d’un rabbin, celle de la Vème, Djouhri, fils de rien est incapable de rédiger quoi que ce soit, il vit de la France et il en vit bien, mais en Suisse. La France lui est bien une espèce de patrie puisque, ubi bene ibi patria. Pas assez bien pourtant pour que Djouhri daigne y résider.

Nous vivons en un temps tout ami de la fraude, où intelligent et canaille sont devenus presque parfaitement synonymes. Platon montrait déjà, dans le Ménon, que la vertu en démocratie ne doit pas pouvoir s’enseigner, puisque les fils de politiciens démocrates, comme Thomas Fabius, se révèlent si souvent de déconcertantes canailles. Il est normal, disait en souriant le président Paul Reynaud, que nous soyons aidés par l’Amérique, comme il est normal pour une danseuse d’être aidée par un banquier …comme nous n’avons pas les charmes d’une danseuse, cela durera moins longtemps. Déjà, il peignait la France en femme entretenue, c’est une constante que les êtres les plus corrompus lui attribuent ce rôle ingrat de femme insouciante et jolie à la cuisse légère. Mais répondons comme Barbara que cette cocotte, c’est notre mère.

Du parfait démocrate, Djouhri a ce caractère de self made man, fait de rien et fait tout seul. Monsieur Alexandre ne sait pas d’où il vient, ni où il va. Il n’est ni d’ici, ni de là. Il n’a besoin, en dernière analyse, que d’une seule connaissance, un seul secret qui lui a été transmis : l’homme a des désirs et l’argent est le moyen de payer le désir des hommes, et d’acheter les hommes contre la satisfaction de leurs désirs.

Relisant Le Pain dur, je crois voir Djouhri dans la nuit où il alla brusquement déterrer les armes cachées dans un couvent, je crois l’entendre demander, au passage, au supérieur du couvent s’il ne lui céderait pas quelques Christs anciens « Il faudra me montrer ça, je suis amateur de tous ces bons dieux ». Mais ces paroles ne sont pas de Djouhri le « bleu-blanc-rouge », elles sont de Ali Habenichts, création du génie de Paul Claudel ; elles préparent la cession pour quatre francs à Habenichts du Christ que les anciens moines, et les parents guillotinés de Cygne de Coufontaine avaient baisé avant la mort.

« Quel est le prix du monde, quel est le prix de tout ? », c’est la seule question que se pose Djouhri.

RER : Pour les provinciaux, évitez d’emprunter le B, à l’exception du trajet vers Roissy, les autres peuvent être longs, très longs.

Richesse : Place le montant du PIB à gauche puis il te faut soustraire l’endettement cumulé, l’épuisement des ressources et l’abrutissement généralisé ? Que reste-t-il de ta richesse ? La croyance, ton credo quia absurdum.

Roms : Infra-humains burinés qu’il est encore licite d’animaliser. Selon Manuel Valls, ils ne sont pas comme nous et constituent la première menace de France. Barrès en était.

Ronet Maurice : Si la beauté masculine avait un visage, ce serait le sien.

Ruines : Lieu commun de la dilection fasciste-kitsch pour la destruction Rrose Sélavy : génératrice d’anagrammes dont les dés sans loisir étaient des lois du désir, un peu comme les taies d’eau rayées de Raymond Roussel

Sarkozy le dico :

A

Attali Jacques : Neuilléen, sis en face de la mairie, il rencontre Nico en 1983.

Avenue Charles de Gaulle (Neuilly) : La famille y occupe un 5 pièces cuisine sur un axe qui le place parmi les déshérités relatifs du célèbre triangle de la haute bourgeoisie de l’est parisien : le NAP

Avocat : Il passe en 1981, le certificat d’aptitude à la profession d’avocat et entre dans le cabinet de Guy Danet. Payé au tarif conventionnel des collaborateurs de 1ère année, ce job octroyé via l’entregent d’une amie de sa mère, lui permet de palper 10 mille francs par mois. En 1987, Arnaud Claude et Michel Leibovici lui proposent de s’associer dans un même cabinet spécialisé dans le droit de l’immobilier et celui des affaires. Il est réputé pour être un rabatteur d’affaires et non un technicien du droit. Le cabinet eut donc comme client Servier, Martin Bouygues, Bernard Arnault, Henri Leconte, Laurent Fignon

B

Balladur Edouard : Nico se lie d’amitié avec ce dernier, au siège de campagne de Jacques Chirac en 1980. Après la victoire électorale de mars 1993, il est avec Nicolas Bazire une sorte de vice-premier ministre.

Balkany Patrick : pote neuilléen, de 7 ans son aîné. Son père, juif hongrois, fut l’ami de Pal Sarkozy. Il rencontre Nico, en 1976, à la section RPR de Neuilly. C’est au volant de sa 604, qu’il initie Nico aux joies nocturnes du gai Paris. En 1983, il rafle la mairie communiste de Levallois. Dès lors, les deux hongrois préparent des contrats immobiliers avec un pool de promoteurs communs, sorte de club fermé et efficace. Entre 1983 et 1989, Balkany parvient à élever sur ses terres 360 mille m2 de bureaux, réitérant à chaque mandat le même exploit. En 1994, le juge Halphen se penche sur la gestion des Offices HLM des Hauts de Seine dont Balkany détient la présidence, mais sans succès. C’est durant cette période difficile que Pasqua et lui-même montent l’affaire Schuller-Maréchal, une histoire sordide de pot de vin qui aurait du convaincre le beau-père d’Halphen d’intervenir auprès de son gendre. En 1996, il est condamné à 15 mois de prison avec sursis pour avoir employé deux membres des services municipaux comme domestiques dans sa résidence de Giverny, sans doute pour s’occuper du moulin. C’est durant cette période que les festivités de Levallois ressemblent à  des réceptions de rois nègres emperlousés et que le léopard hongrois se déplace escorté par six limousines. En 1987, la Cogedim, très active dans la ville, lui construit un duplex de 512 m2 avec 4 mètres de hauteur de plafond. Social à sa manière, il transformera une colo en forêt bourguignonne en relais de chasse, dédié à la passion cynégétique du maire et de ses invités. Très famille, il permettra à Jean-Marc Smadja, cousin germain d’Isabelle d’acheter un terrain préempté par la ville pour lui accorder un généreux permis de construire. Traitant ses opposants de « petit pédé », il laisse dans son sillage une certaine rancœur. S’il perd, un temps, la mairie et son poste de député, il les récupère sans aucun accroc en 2001 et 2002, alors que l’enquête sur les HLM des Hauts de Seine l’avait conduit à la position inconfortable de mis en examen. La justice française étant magnanime et le procureur Yves Bot, indulgent, le parquet de Nanterre classera le tout sans suite, relançant la saga Balka, un temps DJ sur une radio antillaise. Il forme avec sa femme, Isabelle, née Smadja (grande famille de pieds-noirs tunisiens), un tandem infernal, lui, son cigare scotché entre les lèvres, elle, en Salomé glissant vers la soixantaine, bracelets et bijoux en or s’entrechoquant à chaque pas, une sorte de parade de la vérité si je mens mais sortie des écrans. Outre Giverny, on trouve les Balkany au Maroc et sur l’île antillaise des millionnaires et de tous les blanchiments, Saint-Martin. Patrick Balkany se présente, partout, en monsieur bons offices, on le trouve en Inde, en Afrique noire. Madame gère, outre les 100 millions d’euros de budget du conseil général des Hauts de Seine pour sa partie scolaire, l’ascension programmée de Monsieur Jean. Très en cours, Balkany obtient pour sa ville, de la part de la Caisse des dépôts, un prêt de cent millions d’euros et sa femme le rang de chevalier de la légion d’honneur, en janvier 2008

Barbelivien Didier : Le « frère » de Nico. Ils se rencontrent dans la loge de Michel Sardou en 1984.

Bauer Alain : Socialiste à 15 ans, apparatchik à 19, conseiller de Rocky à 23 et patron du Grand-Orient à 38, monsieur Réseau a connu les allées grises de la Sari de Christian Pellerin et celles parfaitement balisées d’Air France, d’Airbus et de Lagardère. Sa boîte, AB Associates vend des audits et des études de Sûreté urbaine. Partisan de la vidéo-surveillance, adepte du Taser, il repère un dangereux nid de terroristes à Tarnac. Nico le bombarde professeur de criminologie au CNAM

Bazire Nicolas : bras droit de Bernard Arnault depuis 1999, il lèverait chaque année entre cent et deux cent mille stock-options sans compter son salaire et bonus qui s’élèvent à plus de 3,6 millions d’euros annuels. A sa sortie de Matignon où il seconda Balladur, il passe chez Rotschild dont il est désormais membre du conseil d’administration. Il est un des principaux conseillers officieux de Nico avec Henri de Castries du groupe d’assurances AXA.

Bernheim Antoine dit Tonio : Grand connaisseur du calcio et joueur de bridge, il fut le n°3 de la Generali et celui qui introduisit les Arnault, Bolloré, Pinault, Sarkozy dans le club fermé des très riches. Associé-gérant chez Lazard frères, alors présidée par Michel David-Weill, il invente le système des holdings en cascade, chef d’œuvre d’opacité et de densification des fortunes appuyé sur une sorte d’effet de levier : il s’agit de contrôler le maximum de sociétés avec le minimum de capital engagé donc de minimiser les risques et de maximiser les profits. C’est lui qui aurait tracé sa feuille de route « Tu as le temps pour devenir riche et faire des affaires. Réalise d’abord ton rêve : être président de la République. Après, tu seras encore jeune et tu feras comme moi ». Suite à une série de différends avec David-Weill, il quitte Lazard pour la Generali en 2001.

Bertrand Xavier : Maire de Saint-Quentin, dans l’Aisne, franc-maçon, il est le fils d’un employé de banque. Modeste, il dirige un modeste cabinet d’assurances pourvu d’un employé à temps partiel. Encarté au RPR à 16 ans, il devient député à 39, en 2002. Inculte déclaré, amateur de macarons et de jeux vidéos, il est propulsé au secrétariat général de l’UMP en janvier 2009 après son passage au gouvernement sous la houlette de Raymond Soubie.

Besson Eric : Ancien salarié de Vivendi. Il rejoint Sarkozy lors d’un meeting à Dijon en avril 2007 après l’avoir flingué dans une brochure minable du PS, l’année précédente. Pris d’un soudain re-birth évangélique il confiera sa faute devant un parterre umépiste hystérique avant de pondre son Qui connaît Madame Royal ?, co-écrit par l’inénarrable Claude Askolovitch, opus dont le seul intérêt fut de confirmer la nullité politique des socialistes et de leur candidate.

Bolloré Vincent : Elève à Janson de Sailly, il fut très tôt familier des Edgar Faure, Pompidou, Jacques Duhamel et François Mitterrand. Claude Bébéar et Tonio Bernheim furent ses Tontons flingueurs dans les milieux patronaux. Il aurait rencontré Nico en 1982 chez Laurent Burelle, proprio de la holding Plastic Omnium et administrateur d’une société financière de Bolloré. Il est très impliqué dans le fret (Air France est son 1er client), les plantations d’hévéas (Sierra Leone, Malaisie), la gestion du port à conteneurs d’Abidjan, la multiplication des sas de sécurité et autres portiques électroniques, la société Gaumont, le ciné Mac-Mahon (ancienne Mecque des cinéphiles très à droite), la SFP, cédée par le gouvernement Jospin. Son raid sur Bouygues lui rapporta 230 millions d’euros de plus-value, la cession de ses parts Pathé à Pinault, 120. Propriétaire de Direct 8 et des « gratuits », Direct Matin et Soir, c’est le spécialiste de l’info discount. Il prend d’assaut Havas, en y plaçant Séguéla au poste de vice-président viager. Il est à noter qu’il dispose d’un siège au conseil d’administration de Médiamétrie. Aussi le breton du XVIème arrondissement est à la fois publicitaire, éditeur, distributeur et arbitre.

Bouygues Martin : Ami de Nico depuis 1984, leurs enfants fréquentent alors la même école primaire, Sainte-Croix. Bachelier, conducteur de travaux, il prend la tête de la filiale Maison Bouygues dont les œuvres parsèment les zones pavillonnaires cheap puis de la SAUR, spécialisée dans la gestion de l’eau et des déchets. En 1989, il est le patron. En 1994, le gouvernement Balladur, sympa, lui offre le troisième réseau de téléphonie mobile et l’édification, sans risques, du stade de France. Dès lors, le yachting devient une passion commune des deux hommes. Jusqu’au 18 janvier 1995, TF1 invitera 14 fois le premier ministre Balladur sur ses plateaux. Noël 1995, le juge Courroye enquête. Martin reconnaît le versement via Bouygues-Nigéria de subsides à Michel Botton pour soutenir l’action anti-fasciste de son beau-frère, Michel Noir, à la tête de la mairie de Lyon. En 1996, fort de ses 12 milliards d’euros de patrimoine, il est son témoin de mariage avec Cécilia et le futur parrain de son fils, Louis. En 1997, principal conseiller de Martin, Nico lui permet de repousser l’offensive-éclair de Bolloré, qui le prend pour un neu-neu, sur la maison Bouygues en général et TF1 en particulier. Pinault permet de boucler le tour de table délogeant Bolloré des meubles. En l’an 2000, le groupe atteint plus de 16 milliards d’euros de chiffre d’affaires. Les relations sont au beau fixe avec un certain Saparmourat Nyazov émir post-soviétique du Turkménistan. Salarié à hauteur d’1,5 millions d’euros, Martin consulte Nico quand Harry Roselmack gagne ses galons de premier bronzé glamour du petit écran. Elu, Nico expédie son ancien directeur-adjoint de campagne, au poste de directeur-général adjoint de TF1. Début janvier 2008, l’arrêt du robinet publicitaire sur la télévision publique figure une sorte d’épiphanie différée pour une chaîne en perte d’audience.

Bresson Gilles : Ex-chef du service politique de Libé, il fut un grand fan de Nico.

Bruni Carla : Issue d’une riche famille turinoise, un temps la deuxième de la ville, elle hérite des biens de la famille, plus que de l’oniro-gaucho-dodécaphonisme de son père d’état-civil. Par sa mère, elle est française d’origine et immergée dans le monde des partitions musicales. Toute la famille se veut artiste et affiche donc un non-conformisme qui est devenu la norme cordicole actuelle puisqu’il conjoint les coucheries dites transgressives et l’adulation pour les lampions les plus éculés, en l’occurrence les princes en carton-pâte de Monaco, ce qui n’a jamais empêché une sorte de culot de Madame sans-gêne qui alterne entre la saillie d’un sans-culotte éméché et la déclaration bouffonne d’un valet shakespearien. Carla aurait appris en 1990 que son vrai père était le musicien et homme d’affaires, Maurizio Remmert. D’ailleurs Sarko qui a l’esprit de famille proposera un stage à la fille de ce dernier dans les ors et dorures de l’Elysée. Son frère aîné mourra du sida à 46 ans, ce qui explique son engagement acharné dans la lutte contre le virus. Elle loue depuis 2004, l’hôtel particulier qui fut celui des époux Séguéla qui invitent le couple présidentiel à Megève lors de la saison blanche.

Budget (ministre du) : Indulgent envers l’Olympique de Marseille, il transmet au Parquet le dossier sur l’affaire de l’OPHLM de la ville de Paris. Le club marseillais affichait alors 120 millions de francs de dettes fiscale et sociale. Sous son règne les prélèvements obligatoires atteignent plus de 44 % du PIB.  En deux ans, l’endettement augmente de 700 milliards de francs.

C

Charon Pierre : Ex-conseiller en com de Chirac, il fut l’ami de Nico qui lui présenta Stéphane Courbis, patron d’Endemol-France ou ces pointures absolues que furent Karl Zéro ou Arthur, sans négliger côté Canal +, Pierre Lescure et Michel Denisot. En disgrâce durant la Régence Cécilia, Nico le charge d’élargir les fosses septiques du cap Nègre et de la copropriété pour un coup estimé à 750 mille euros hors-taxe.

Chirac Jacques : En 1983, c’est lui qui le soutient lors de son élection-surprise à Neuilly contre Pasqua. Afin de l’approcher Nicolas noue une relation de proximité avec Claude, sa fille, à partir de 1988. Il la sort, l’emmène à Wimbledon en jet privé. En 1992, il assiste en témoin au mariage de Claude avec Philippe Habert. Il ne devient dans la langue fleurie de Chirac, le petit salaud, qu’après que le Monde aura révélé une sombre histoire de rachat de terrains appartenant à la famille de Bernie. Toutefois durant la campagne présidentielle de 2002, il participe à 46 meetings de soutien à l’homme vieilli.

Ciganer-Albeniz Cécilia : Elle est née en novembre 1957 à Boulogne-Billancourt. Sa mère, petite-fille du compositeur Isaac Albeniz, était la fille d’un ambassadeur espagnol. Son père avait fui la cavalerie rouge soviétique, rencontre Joseph Kessel au Brésil et sympathise avec ce dernier. Puis il s’installe comme fourreur à Paris. Mannequin cabine chez Scaparelli, elle devient attachée parlementaire auprès du sénateur de l’Indre, René Touzet puis rencontre Jacques Martin. En 1984, Nico est d’ailleurs présent lors de la cérémonie de mariage. Cécilia sera la marraine de Pierre Sarkozy et ce dernier le parrain de Jeanne-Marie, sa deuxième fille. Quand Nico la rencontre, elle a deux filles, de 6 mois et 2 ans et demi. Nico, fier comme Artaban, s’affiche avec elle lorsqu’il est élu député en 1988. Il l’épouse en octobre 1996. Ses témoins de mariage sont alors Martin Bouygues et Bernard Arnault. De leur union, naîtra Louis. Jusqu’à son divorce elle avait la haute main sur l’agenda de son homme, participant aux réunions de cabinet du ministère de l’Intérieur. Avec ses 1m 78, elle dépasse de quelque 15 centimètres son mari. En août 2007, elle s’envole pour Tripoli afin de négocier avec le propagateur du Bunga-Bunga la libération des infirmières bulgares. En décembre 2008, son appartement de Neuilly est visité par des voleurs qui, sans doute, n’étaient pas informés du nom de la propriétaire.

Clavier Christian : Selon les propos de Nico, l’inoubliable Jacqouille serait son jumeau. Il aurait tout fait pour retrouver le corps de son père dans un ravin, comme pour mettre hors d’état de nuire, d’ignobles loustics qui avaient agressé et dépouillé l’acteur au volant de sa Jaguar.

Clearstream (affaire) : Il semble que ce soit Guéant qui l’ait géré de A à Z. Bauer serait le premier à avoir averti Nico que son nom figurait sur les listings. Elle démarre le 9 janvier 2004 lorsque le vice-président d’EADS, Jean-Louis Gergorin informe Villepin de l’existence d’un vaste réseau de corruption industriel s’étendant à l’administration française et aux russes. Il s’appuie sur des listings truqués attribués à la banque de clearing luxembourgeoise, Clearstream, mise en vedette par le journaliste Denis Robert. On prétend dès lors que Nico disposerait de comptes occultes dans une banque italienne chargés jusqu’à la mule via des rétro-commissions liées aux ventes de frégates de Taïwan (ce qui ressemble assez à un enfumage caractérisé). Villepin charge le général Rondot, fils de l’ancien spécialiste auprès de la revue des jésuites, Etudes, du monde arabe, de vérifier l’information. Dès le premier trimestre 2004, il semble, selon les dires de Pasqua, que Nico est au courant de la manœuvre. En mai, Villepin transmet l’affaire à Van Ruymbeke à travers les lettres bidons d’un corbeau qui n’est autre que Gergorin Jean-Louis que le juge a rencontré à plusieurs reprises. Septembre 2004, le juge a la preuve du caractère fictif de tous les listings. Le 17 du même mois, le Parisien publie le nom de Sarkozy. Le 15 octobre, Nico exige une réunion avec Villepin et le directeur de la DST, le 9 novembre, il se répand dans le Monde. En juin 2005, il réintègre en maître, le ministère de l’Intérieur. En octobre, démarrent les émeutes en Seine Saint-Denis qui ne le déstabiliseront pas mais le renforceront, définitivement. En janvier 2006, il porte plainte pour dénonciation calomnieuse, il est alors clair qu’il présente comme une réplique, ce qui se présente comme un flingage en règle de Villepin par le pôle financier mobilisé autour d’une affaire éclaircie depuis longtemps.

Colonna (affaire) : La traque du berger corse sera menée en petit comité : Cécilia, Nico, Guéant et Squarcini, Bertrand étant écarté. Dès février 2002, Nico reçoit dans sa mairie de Neuilly Jean-Guy Talamoni, alors leader de Corsica Nazione, comme il recevra le groupe parlementaire du même parti lorsqu’il sera ministre de l’Intérieur. Roger Marion, n°2 de la PJ et en charge du dossier Colonna est muté à Marseille, si bien que Nico réintroduit dans la traque, le Raid et les policiers corses. Chaque semaine, Guéant reçoit Christian Lambert, alors patron du Raid et Squarcini, des RG. Colonna est arrêté à la veille du referendum sur le nouveau statut de la Corse, le 4 juillet 2003. Il est possible qu’Yvan Colonna ne soit pas tout à fait un inconnu pour Nico. En effet, la première femme de Nico est originaire de Vico, au nord d’Ajaccio, village qui domine Cargese, fief des Colonna. Or, durant l’été 2002, un des fils Sarkozy (orthographié dans l’annuaire corse de Vico jusqu’en 1999, Sarkosi) se baladait en compagnie de la sœur du berger corse, dans un véhicule arborant un écusson FLNC. De plus, Nico était un bon client du restaurant « A Stonda » géré par Jean-Thomas Campinchi, un ami intime des Colonna et le successeur de la même Christine Colonna à la tête de l’établissement.

Contre-manifestation du 30 mai 1968 : D’après la légende, Nico s’y glissa tenant son grand-père par la main, on ne sait toujours pas s’il y rencontra Malraux et François-Marie Banier

D

Dassault Serge : Il s’empare du Figaro en 2004. Il fut condamné en Belgique en 1998 à 2 ans de prison avec sursis pour corruption de socialistes flamands. Sa gestion flamboyante de la ville de Corbeil-Essonnes (91) s’est illustrée lors de la révélation du prêt de 500 mille euros à un jeune négrillon des Tarterêts pour ses projets humanitaires en milieu difficile. Toujours prêt à tendre les chèques pour les voyages scolaires, l’édification d’une mosquée ou la réfection des centres de vacances, Serge Dassault a acquis un tel savoir-faire en matière d’achat de la paix sociale qu’il fait de cet homme, un concepteur d’avant-garde en matière de management de la diversité.

Dati Rachida : Fille d’un maçon marocain installé à Chalon sur Saône et d’une mère algérienne, elle est étudiante en économie à Dijon. Elle prétend décrypter les grands de ce monde à partir d’une analyse quasi-bourdivine de la presse tabloïd et du Who’s who, ce qui tendrait à affirmer que les grands en question sont très cons. Toujours est-il que d’après la légende, elle rencontre Albin Chalandon qui n’est plus de première jeunesse lors d’une réception à l’ambassade d’Algérie. Ce goût des vieux émaille la première partie de son ascension. La voici comptable chez Elf. Elle cherche toutes sortes de parrains avec les dents, Jean-Luc Lagardère, Marceau Long ou Simone Veil finissent par la trouver fort sympathique tant son art de la lèche est appliqué. C’est la vieille Simone qui l’aide à intégrer l’Ecole nationale de Magistrature. Intégrée au cabinet de Sarkozy, place Beauvau, Hortefeux annonce qu’il  a trois raisons de la détester « c’est une femme, elle est arabe et elle est intelligente », ce qui n’est jamais qu’un contre-portrait de la femme idéale selon Brice, un homme, de souche et quelque peu abruti. Comme tous les feux follets de l’ère Nico, ce dernier lui trouve un poste au conseil général des Hauts de Seine. Elle assure les liaisons Cécilia-Nico quand le couple est en crise et recueille les confidences de la première dame qui la propulse sœur jumelle.  Un temps première courtisane quand elle s’affichait au bras de Nico lors d’un dîner officiel à la Maison-Blanche le 7 novembre 2007. A partir de juin 2008, elle n’est plus des voyages présidentiels. Au Ministère de la Justice, son incompétence lui aliène ses conseillers, les magistrats et les avocats. Mais Rachida connaît les partitions de la pleurnicherie flatteuse et courtise le frère Sarko, François, alors en plein divorce, et la mère juive, Dadu. Mère d’une petite Zohra, dont le prénom même illustre son attachement profond à ce pays, Rachida est expédié par son mentor au parlement européen, où toutes les nullités de l’Euroland finissent un jour ou l’autre par échouer, comme un banc de phoques atteint la terre promise.

Decaux Jean-Claude : Selon Forbes, sixième fortune de France avec un patrimoine de 5 milliards de $, empereur du mobilier urbain et tenancier de l’aménagement citoyen (vélib, motocrottes, sanisettes), présent dans 48 pays, sa société génère un chiffre d’affaires de 2 milliards d’euros. Résident sur l’avenue Maurice Barrès à Neuilly, l’homme y héberge aussi son siège social en lieu et place de logements sociaux dont le retour sur investissement n’était pas évident. Nico le fréquentait aussi, tous deux enfourchés sur leurs vélos, à la Baule. Il débute sa carrière comme colleur d’affiches pour ses parents, à 15 ans dans la capitale de la betterave à sucre, Beauvais. A 27 ans, il invente l’abribus avec affichage publicitaire. Bien que le conseil d’Etat lui ait collé un abus de position dominante dans les dents en 1998, Decaux s’en est sorti en rétrocédant une redevance aux municipalités.

Desseigne Dominique : PDG du groupe Barrière et propriétaire du Fouquet’s et de la résidence ultra-privé, la Villa Montmorency, dans le XVIème arrondissement, il héberge Nico durant la campagne présidentielle, quand son couple se défait. Carla étant une voisine, on peut supputer que Nico l’aurait rencontrée en sortant les poubelles, bien avant leur rencontre officielle chez Séguéla, grand vassal de Bolloré. Nico le connaît depuis1981, sa femme, Diane Barrière, héritière du groupe du même nom (casinos et grands hôtels comme celui de la Baule), étant une amie de Cécilia. Ancien notaire, il doit à Pasqua et à son autorisation des machines à sous un gonflement par 20 des recettes en moins de deux décennies (soit 3 milliards d’euros dont l’Etat pompe la moitié). En 2003, Nico porte le nombre de bandits manchots du seul casino d’Enghien à 280

Devedjian Patrick : Ancien d’Occident, Pasqua le bombarde en compagnie de Nico secrétaire départemental adjoint de la Fédé RPR des Hauts de Seine, il s’empare de la mairie d’Antony en 1983 puis devient député au scrutin de liste en 1986. En septembre 1993, il organise la dissidence balladurienne de 40 députés autour d’un déjeuner. En 1999, le voici porte-parole du RPR. En 2002, il est ministre délégué auprès de Nico mais aussi secrétaire de la fédé UMP des Hauts de Seine. Il fut aussi l’avocat perso de Charlie. Il rêva un temps d’emporter la mairie de Lyon et fit la courte échelle au hussard magyar pour s’emparer de l’UMP au nez et à la barbe des chiraquiens, ou de ce qu’il en restait de moins vermoulus. En 2007, il déclare « l’UMP n’a pas vocation à redevenir le parti des godillots, la brigade des applaudissements, la démocratie des autocars, la voiture-balais qui récupère ceux qui se trompent toujours ». En juin 2007, il succède à Nico comme président du conseil général des Hauts de Seine et inaugure son mandat en enjoignant à tous de respecter les procédures prévues par le Code des marchés publics. A l’été 2008, il vise quasi-explicitement Isabelle Balkany, en évoquant le nettoyage des écuries d’Augias et 3 procédures pénales lourdes en cours. Celle-ci n’est autre que la vice-présidente du département en charge des affaires scolaires. En mai de la même année, cette dernière avait poussé Jean Sarkozy à la tête du groupe UMP du conseil.

E

Elysée : Plus de 11 mille m2 dont 300 forment les appartements privés. Outre son parc d’1,5 ha, il possède 365 pièces dont 90 en sous-sol. Plus de 100 millions d’euros sont consacrés à son fonctionnement dont 70 % pour les dépenses du personnel (872 personnes), soit l’équivalent du budget d’une ville de 150 mille habitants.

Estrosi Christian : Grandi à l’ombre de Jacques Médecin et de Pasqua. Champion de France de moto, ce qui lui valut son surnom de motodidacte, il est aujourd’hui le comte en titre de la principauté de Nice.

F

Françafrique (confettis de la ) : Outre Robert Bourgi, ancien des réseaux Foccart, on trouve pour la gestion des relations avec les frères africains, Patrick Stefanini, collaborateur d’Hortefeux, Thierry Saussez, Jacques Séguéla ou Patrick Balkany. Autant dire des has-been ou des petites pointures.

Free Party ou l’invention du Teknival : C’est Nico qui réussit à convaincre l’Internationale rebelle des sound systems d’organiser un Teknival sous surveillance, très lâche, de la gendarmerie. Outre les trafics divers qui agrémentent de genre d’évènement, l’Etat n’hésite pas à débourser 250 mille euros après le passage de la méga-teuf hyper cool, ajoutant 40 mille euros en subventions auprès de deux villages cumulant 600 habitants. Comme le dira le fasciste Sarkozy, « j’essaie d’ouvrir le spectre électoral sans renier nos valeurs ». Lors d’une autre rave dans le Larzac, le même déboursera au nom de l’Etat, 300 mille euros.

G

Guéant Claude : Enarque, il fut secrétaire général de la Préfecture des Hauts de Seine en 1986, puis directeur adjoint de Pasqua entre 1993 et 1994. Il est alors nommé directeur général de la police nationale.  Il travaille en tandem avec Daniel Léandri à la tête du shadow cabinet de Pasqua. Comme dir-cab de Nico, il place Gérad Girel à la Direction Centrale de la Police Judiciaire et Martine Montiel au Quai des Orfèvres tandis que Michel Gaudin devient directeur général de la police nationale. Lui-même énarque, Gaudin fut dir-cab de Pasqua à la présidence du conseil général des Hauts de Seine. De même, Alain Fontaine (direction de la sécurité publique) et Jacques Lamotte (patron des CRS) furent de l’écurie du 9.2. En 2007, le voici secrétaire général de l’Elysée et premier ministre parallèle, puisqu’il préside le G7 (les 7 ministres les plus importants du gouvernement) en l’absence du président. Il coordonne l’action des conseillers de Nico, Raymond Soubie pour les questions sociales, Patrick Ouart à la Justice, Jean-David Levitte pour les affaires étrangères, François Pérol à l’économie. Il nomme les directeurs de cabinet, coopte Jean-Marie Bockel ou Christian Blanc, défait Martinon et les préfets assis sur un siège éjectable. C’est lui qui se charge des contacts dans ce qui reste de Françafrique et de Françarabie.

Gula : Pâtisseries, chocolat, bombecs sont pour cet homme, une occasion perpétuelle de tentation donc de perdition.

H

Halliday Johnny : Nico entretiendrait pour cet homme, une fascination d’adolescent. Grand connaisseur du répertoire, il partage ce vice avec Jean-Pierre Raffarin. Il le rencontre via Jean-Claude Camus, son impresario.

Hortefeux Brice : Il rencontre Nico au sein de la machine RPR dès 1976. Il fut dir-cab puis secrétaire général de la mairie de Neuilly de 1983 à 1993. En 2007, il chute puis Cécilia écartée, il reprend du poil de la bête au Ministère de l’Immigration et de l’Identité Nationale, le Mimin, où il atteint le score de 29 796 reconduites à la frontière. Deux ans plus tard, le voici super-Ministre du Travail et n°2 de l’UMP.

I

Immigration : la loi de juillet 2003, portait à 5 ans, la durée minimale de séjour afin d’obtenir une carte de résident de 10 ans. Le régime des cartes d’un an qui se met en place dépendait, à l’origine, du redéploiement vers les services concernés de 2000 fonctionnaires affectés aux immatriculations. Si 90 % des entrées illégales se font à partir de simples visas de tourisme, Sarkozy confie leur délivrance aux services consulaires dont l’incorruptibilité est bien connue. Les attestations d’accueil sont désormais du ressort du maire. Le regroupement familial n’est plus automatique mais repoussé de deux ans. La régularisation qui suit les mariages mixtes est dans la même foulée portée à 2 ans. Elle introduit un délit de mariage blanc et une suspicion en matière de paternité de complaisance. Dans le droit d’asile, les notions d’asile interne, de pays d’origine sûrs et protection subsidiaire sont introduites. Les préfectures obtiennent le monopole des reconduites à la frontière. En mars 2003, Nico promet un charter par semaine si bien qu’entre les mois de mars et de mai 2003, 7 charters sont affrétés au profit d’Euralair Horizons. Si l’on prend comme exemple le charter du 5 avril 2003 (61 expulsés et 89 policiers) son coût, hors frais d’hébergement et primes versées, fut établi officiellement à 220 mille euros, or l’enveloppe globale des reconduites à la frontière était fixée à 35 millions d’euros. De plus les scènes musclées d’embarquement et de débarquement écornant l’image de la France, Nico se résout à glisser les expulsés au compte-goutte parmi les passagers des vols réguliers. De même, il mène le démantèlement en trompe l’œil de la double-peine. Celle-ci se nomme en langage judiciaire, Interdiction du territoire français. En 2001, 5000 avaient été prononcées, moins de 1500 exécutées. En revanche, parmi les 600 arrêtés d’expulsion préfectoraux, 57% avaient été suivis d’effet, prouvant une fois de plus que l’arbitraire administratif se nourrit de la défaillance de l’appareil judiciaire dans un Etat de droit. A ce constat de carence,  s’ajoutent les catégories de non-expulsables définies par la loi : ceux arrivés avant l’âge de 13 ans en France, ceux qui y résident depuis 20 ans, enfin les parents ou conjoints de français qui résident sur le territoire national depuis 10 ans.

Indy : Chien fameux du couple Nico-Cécilia que cette dernière qui disait travailler 16-18 heures par jour envoie auprès du Raid pour parfaire son éducation canine. Le brave labrador soumis au traitement qu’on imagine a fini, lors de son retour, par avaler une bouteille plastique qui l’a conduit droit à l’hospitalisation.

Institution Saint-Louis (à Monceau) : Nico y suit quasiment toute sa scolarité. Il y passe un bac B, comme branleurs, je le sais, je l’ai passé aussi. Il l’obtient en 1973.

Intérieur (Ministère de l’) Il l’obtient en guise de lot de consolation en 2002. Son cabinet comprend Hortefeux, Lefèvre et Louvrier. A son arrivée, il change 70 % des préfets et bouleverse les organigrammes policiers stratégiques (type DST, PJ, Sécurité Publique, etc.). Claude Guéant devient alors son dir-cab. En 2003, Daniel Canepa joue les Monsieur fusible lors de la canicule mortelle. En 2002, fâché qu’Yves Bertrand conserve la direction des RG, et ce depuis 1992, Sarko exige la suppression des notes blanches anonymes, sauf en matière de terrorisme dont le service est alors dirigé par Bernard Squarcini. Lors de l’été de la canicule, la résidence d’été du directeur des RG à Grasse est visitée par des inconnus tandis que le domicile de Philippe Massoni, secrétaire général du Conseil de sécurité intérieure, est lui-même fracturé, avant qu’on apprenne par voie de communiqué, qu’il s’agit là d’un malheureux imbroglio, le Massoni dévalisé n’étant jamais qu’un homonyme. Sarkozy n’en obtient pas moins une rallonge de 6 milliards d’euros pour son ministère. Il entretient les meilleurs rapports avec le syndicat des commissaires, Alliance (celui, minoritaire, des gardiens de la paix) et Synergie (celui des officiers). Durant cette période, le syndicat des commissaires se flatte d’être à l’origine de la Loi sur la Sécurité Intérieure dont on a pu observer, depuis, l’efficacité.  On trouve dans le packaging des mesures votées, la fouille des véhicules, la transformation de l’outrage à agent en délit ou le fichier des empreintes génétiques pour tous les condamnés. Sarkozy remercie les commissaires pour leur œuvre collective en alignant l’indice de ces derniers sur celui des hauts fonctionnaires. Toutefois en juin 2003, les premiers signes de conflit dans l’Institution policière émergent. Néanmoins, Nico introduit dans la pratique policière, le culte des résultats et l’évaluation stakhanoviste des actes, à coups de primes, de là l’envol des amendes, des gardes à vue et la répression Potemkine qui suivront, gonflant les fiches poubelles baptisées mains courantes. On lit donc des directives rédigées en ces termes « il ne saurait être question en mars de descendre une fois encore en dessous de 150 interpellations ». La BAC se voit notifier, des « en baisse, à suivre ». Cette émulation de cour de récré entre brigades voisines devient donc le mode de gestion usuel du personnel. Aussi le ministre introduit la publication mensuelle des chiffres de la délinquance. Il mène tambour battant la fusion police-gendarmerie et le redéploiement territorial des effectifs, datant de 1941.

J

Jégo Yves : Député de Seine et Marne, proche de Manuel Valls, il fut favorable au droit de vote des immigrés aux municipales. Il semble très proche de Michel Vialatte (adjoint au maire de Nice, J. Peyrat) mis en examen dans une vaste affaire de corruption et de trafic d’influence sur les marchés publics

K

Karoutchi Roger : Fils de pieds-noirs tunisiens, gay friendly, agrégé d’Histoire, aimable sparring-partner de l’inusable Jean-Paul Huchon, il rencontre Nico en octobre 1975 alors qu’il dirige l’Anef. Pasqua le propulse en 1976, au comité central du RPR. En 1986, Philippe Séguin le coopte dans son cabinet des affaires sociales. Parti pour s’implanter à Nanterre, il ne réussit pas à s’emparer d’un conseil municipal que Richard Durn tentera de liquider au pistolet automatique. Il devient conseiller municipal à Boulogne-Billancourt mais seconde le même Philippe Séguin, alors président de l’Assemblée Nationale. C’est ainsi  qu’il rencontre Jean-Claude Méry dont la cassette sera un temps l’objet d’une duplication accélérée et ce, jusque dans les appartements de Lagarfeld. Il devient en 2001, sénateur des Hauts de Seine. Déjà en 2003, il cède sa place de number one sur la liste régionale en Ile de France à Jean-François Copé, avant de récidiver pour Valérie Pécresse car Roger est toujours très obligeant.

L

Lagardère Arnault : En 2003, il succède à son père dont la mort suspecte et subite n’est toujours pas éclaircie. Il hérite du groupe éditorial Hachette, d’un empire de presse, d’un groupe de distribution (dont les NMPP), d’Europe 1, d’un ¼ de Canal Plus, de la cogestion du groupe EADS offert à Lagardère father by Jospin and DSK. De plus le statut juridique de la société est en commandite ce qui permet d’échapper à toute OPA hostile. Selon Arnaud, son père aurait désigné en Nico, son « grand frère protecteur ». En, italien, son parrain. En 2006, Alain Genestar est débarqué de Match après la publication d’une photo de Cécilia avec son amant. C’est Chirac qui obtient la tête de Philippe Camus à la tête d’EADS après avoir opéré un chantage fiscal, via Francis Mer, à propos de la succession d’Arnaud. Noël Forgeard le remplace contre l’avis des actionnaires allemands qui détiennent 30 % du groupe. En 2006, l’idiot du village vend ses 7,5 % de participations dans le groupe, alors que le cours va dévisser. Il en obtient 2 milliards d’euros et une mise en cause pour délit d’initié. Forgeard qui a forcé sur les bonus et stock-options démissionne. Dès lors, Nico a l’intelligence de propulser Louis Gallois à la tête du consortium.

Lefèvre Frédéric : Originaire de Neuilly, fils de médecin, il rencontre Sarkozy dès 1981. Heureux propriétaire d’une villa à la Baule, le monsieur Parlement de Sarkozy est en contact avec tous les élus, toujours prêt à rendre service. C’est Patrick Ollier, futur monsieur MAM qui lui dégotte un job alors qu’il conseille le président de l’Assemblée, Jacques Chaban-Delmas. Puis il devient attaché parlementaire de MAM. Enfin, il rejoint Nico au Budget. En 1996, il met sur pied une boîte de lobbying très rémunératrice et met la main à la production de films. Il se dit, très tôt, ami avec Julien Dray et Manuel Valls. En 2007, suppléant d’André Santini à l’Assemblée, il prend sa place quand le titulaire est propulsé au gouvernement.

Louvrier Frank : Attaché de presse de Nico dès 1997. Titulaire d’un diplôme de communication politique, le spin doctor au petit pied, s’est fait la main sur Elisabeth Hubert, depuis laborantine, puis Dominique Perben, tenu dans un oubli rancunier. Dir-com de Sarko depuis 1999.

M

Macias Enrico alias Gaston Ghrenassia, administrateur de certains casinos du groupe Partouche en général et de celui d’Arcachon en particulier. Il est de la fête de la Concorde, le soir de la victoire présidentielle.

Mallah Andrée : la Mère. Fille d’un médecin du XVIIème, immigré juif de Salonique et gaulliste, elle mène des études de droit. Puis après s’être interrompue, donnant naissance à Guillaume (1952), Nicolas (1955) et François (1957), elle est inscrite comme avocate au barreau de Nanterre. Elle travaille sur l’affaire Villarceaux (3 châteaux et 814 hectares dans le Vexin), un des grands moments, du gaullisme immobilier. En 1970, le propriétaire des lieux, le comte de Tulle de Villefranche, entend vendre 213 ha du domaine. Un notaire, Jean-Pierre Delarue et la SARL Villarceaux sont sur le coup. Après quelques tours de magie dont la justice n’a jamais éclairci les trucs et manigances, le comte est spolié de 14 millions de francs et la propriété vendue aux enchères. Madame Mère y défend un certain Bruère, animateur de la SARL. Le notaire finira tragiquement suicidé dans un hôtel du XIème (Paris). En février 1994, ministre du budget, Nico aura l’obligeance de laisser les requêtes des plaignants au point mort.

Mariani Pierre Ex-dir cab de Nico au Budget, il sera l’un des dirigeants de la BNP

Mariani Thierry : Député du Vaucluse, ce petit-fils d’immigré italien peut se révéler tour à tour un grand admirateur de feu Saddam Hussein et un contempteur passionné de l’homosexualité

Minc Alain : Il tient le rôle du juif de cour énarchique tel qu’on rêve de le détester. Caricatural à souhait, le polak présidentiel, l’homme qui aurait coulé un bon nombre de ceux qu’il a conseillés (directeur financier chez saint Gobain, il subit une déroute lors de son raid sur la CGE, à la tête de la holding française de Carlo de Benedetti, Cerus, il loupe son assaut sur la vénérable Société Générale de Belgique et plombe définitivement sa boîte, ce qui fera dire à Carlo, philosophe, « faire de Minc un chef d’entreprise c’est comme confier à un sociologue la gestion d’une charcuterie »)   s’est vu octroyer une gamme incroyable de décisions : la fin de la publicité sur la télé publique, la rédaction d’essais d’actualité, la conformation idéologique du balladurisme, l’euthanasie des vieux, etc.

Monceau (Plaine) : Nico y passa son enfance difficile, dans la villa de son grand-père maternel

Musulmane (Question) : Le Conseil Français du Culte Musulman (CFCM) est mis sur pied après la négociation d’un accord entre la Mosquée de Paris, liée à l’Algérie, l’UOIF (235 associations sur le territoire métropolitain dès 2003) et la FNMF, proche du Maroc. L’UOIF obtient la vice-présidence du Conseil.

N

Nanterre (Fac de ) : Il y est inscrit en droit lors de l’année scolaire 1973-1974. Il y anime la cellule de l’Anef, le syndicat des étudiants gaullistes. En 1976, prenant la parole dans une Assemblée générale, lors d’une Assemblée générale, il est assailli par une meute de trotskystes conduite par Julien Dray et s’en tire la chemise déchirée. Il obtient au forceps sa maîtrise de droit privé en 1978.

Nègre (Cap) : Résidence sise au Lavandou. Demeure des Bruni-Tedeschi dominant un domaine privé d’une cinquantaine de villas. Alberto Bruni l’avait acquis en l’achetant au riche industriel italien Faraghi

Neuilly : Fief de Sarkozy, la ville voit dans les années 1980 s’installer les sièges sociaux des entreprises attirées par la faible taxe professionnelle qui s’y déploie. Dès 1984, le cercle Neuilly Communication, abrité par la Sacem, voit se succéder, de conférences en agapes de réseau, Rousselet ou Séguéla, petits princes de la vulgarité propre à l’ère Mitterrand. Gérard de Roquemaurel (Hachette-Philipacchi), Philippe Nicolas (agence Berliet), Jean-Claude Decaux (Sanisettes et Vélib), Guy Verrecchia et Alain Sussfeld (UGC) s’y succèdent dans un ballet continu. Il y fait des premiers pas poussifs, dignes d’un apparatchik impavide de feu le PCUS. D’abord responsable de section, puis secrétaire de la circonscription Neuilly-Puteaux, enfin conseiller municipal RPR en 1977.  Le 29 avril 1983, à 28 ans, il devient maire de la ville en lieu et place de Charles Pasqua. Oeuvrant dans les dîners, 3 dans la même soirée, parcourant la ville en quête des crottes de chiens et des rosiers mal taillés, il conquiert le cœur de ses concitoyens. En 1984, il se lie avec Martin Bouygues. Durant cette période où Sarkozy accorde une extension à la pizzeria Livio ou une modification du Plan d’Occupation des sols au bénéfice d’UGC, tous les hôtels particuliers du début du XXème siècle furent détruits à la pelleteuse et remplacés par des immeubles qui sourient aux promoteurs (parmi eux Michel Mauer, patron de la Cogedim, injustement détenu lors d’une sombre affaire de fausses factures en faveur du RPR), il ne restait plus à Nico qu’à enterrer l’avenue Charles de Gaulle afin de protéger les riverains des nuisances sonores.

P

Pasqua Charles : Duc des Hauts de Seine, il fait de Sarkozy son bras droit à l’organisation après le lancement du RPR en décembre 1976. De 1983 à 1986, suite à l’affaire de Neuilly, il le tient à l’écart des instances nationales du Parti ainsi que des réunions du RPR voire des festivités des Hauts de Seine, alors plus riche département de France. Leur réconciliation s’opère sur le cadavre de Malik Ousssekine, Nico soutenant le moral de son mentor. Charlie le coopte alors au sein de son cabinet. Devenu député en 1988, Nico laisse vacant son siège au conseil général, ce qui permet à Pasqua de s’en emparer en même temps que la présidence. Il est désormais le Duc du 92. Plus tard, tenaillé par les juges, Charlie adoubera à la tête du département le même Nico, échangeant sa place pour une immunité parlementaire bien venue.

Pasqualitos (los) : Outre Sarkozy, on y trouve Balkany, Devedjian, Mariani, Karoutchi et Raoult

Peretti Achille : député-maire de Neuilly et un temps président de l’Assemblée Nationale puis président du conseil constitutionnel. Il disposait de seconds couteaux dans le département, Charles Ceccaldi-Raynaud à Puteaux et Emile Graziani à Boulogne.

Pérol François : D’une famille de médecin, il fut secrétaire général adjoint de l’Elysée. Inspecteur des Finances, un temps bras droit de Francis Mer au ministère des Finances, il poursuit son action quand Nico prend ses quartiers à Bercy. C’est Pérol qui plaide le rapprochement Suez-GDF contre Guaino. Il rejoint Rothschild. Après son passage par l’Elysée, il prend la tête du groupe Banques populaires-Caisses d’Epargne et sa filiale en déconfiture Natexis dont il suivit les dossiers à Bercy, chez Rotschild et désormais du haut de son observatoire directorial.

Pontaillac : Station balnéaire près de Royan, Nico y passa ses vacances d’été.

Prise d’otages : Le 13 mai 1993, Human Bomb prend en otage les élèves de la maternelle Charcot de Neuilly. Pendant 46 heures, Nico aura investi la maternelle se proposant de se livrer comme otage contre la libération des enfants. Il négocie de manière continue avec Erik Schmitt. Dans la soirée du 13 mai, il obtient la libération de 15 otages contre le versement d’une rançon. Le samedi 15 mai vers 7 h 30, HB assoupi est abattu par un homme du Raid. Le commissaire Louis Bayon sera nommé plus tard par le même Sarko conducator des GIR, Christian Lambert propulsé à la tête du Raid, André-Michel Ventre, chef de poste au commissariat de Neuilly, deviendra contrôleur général à la PAF. Le procureur Lyon-Caen qui avait refusé de couvrir la version de Pasqua, à propos de la légitime défense, sera simplement muté.

Proglio Henri : Il fait son apprentissage sur les marchés de la superbe ville d’Antibes chez ses parents, marchands de légumes. PDG de Veolia (ex-Générale des eaux, ex-Vivendi), 33 milliards d’euros de CA, 1er employeur privé de l’hexagone, n°1 planétaire des services à l’environnement, distributeur d’eau « potable » auprès de 70 millions de consommateurs, spécialiste du traitement des déchets industriels, et grand pourfendeur des activistes syndicaux. Veolia distribue des CDD mais aime l’esprit maison, tendance mobilisation permanente. Proglio est du Fouquet’s au bras de Rachida Dati. Son meilleur attaché de presse est André Santini qui représente l’ensemble des communes dépendantes du géant tricolore sous capitaux étrangers. Dans les années 1970-1980, il est à noter que la Générale des eaux, la Lyonnaise du même nom et Bouygues étaient les principaux contributeurs de la joute démocratique entre partis républicains, la célèbre bande des 4 dénoncée par l’ignoble fasciste Jean-Marie Le Pen. Certains cadres de la Générale des eaux ont prétendu que Proglio était du temps de Dejouany, le grand interface entre l’entreprise et les politiques en difficulté. L’intéressé dément. Rappelons que Jean-Noël Guérini, candidat PS malheureux à la mairie de Marseille et vice-président du conseil général des bouffes du Rhône fut attaché de direction de la Sarp (spécialisée dans le déchets toxiques) entre 1990 et 1995. Détaché en Italie, absent de l’annuaire des cadres, il n’en touchait pas moins pour un service ne dépassant pas trois jours/mois, un salaire de 3000 euros mensuels.

Prostitution : Eté 2002, alerté par les électeurs de l’Ouest parisien, Nico décide de frapper un grand coup dans le monde de la prostitution à ciel ouvert et établit le délit de racolage qui n’était jusqu’ici puni que d’une contravention de 5ème classe.

R

Redoublement : Nico connût les affres du cancre en redoublant sa 6ème au lycée Chaptal avant de réintégrer l’enseignement privé dès l’année suivante

Richard Stéphane : Enarque, il est dir-cab du Ministère des Finances sous Madame Lagarde après un passage chez DSK. De 1997 à l’an 2000, il dirige le pôle immobilier de Vivendi (la CGIS) que J6M cède à un prix d’ami. Il y investit alors que cette entreprise, sous le nom de Nexity, est introduite en Bourse à 17,5 euros l’action. Deux ans plus tard, le titre atteint 55 euros. Parti avec 800 mille euros, Stéphane, le couronné, se retrouve avec un pactole de 50 millions, de quoi jouer du levier. Dès lors, on le retrouve capo de la branche transport de Veolia.

RPR : En 1997, Philippe Séguin lui offre le poste de secrétaire général. Tête de liste aux élections européennes de 1999, Nico récolte 12,7 % des voix.

S

Sangatte : Le centre fut ouvert en septembre 1999. Il compte en 2002, 1000 ressortissants originaires pour la plupart du Proche ou du Moyen-Orient. La fermeture du centre est de bout en bout une opération franco-britannique. Le 5 novembre 2002, le camp est bouclé. Comme 300 candidats au passage par le Channel errent dans les rues, 6 compagnies de CRS sont dépêchées sur place. En décembre 2002, le hangar est détruit. Entre janvier et juin 2003, on recense dans la seule ville de Calais, 5000 étrangers en transit. Le coût du passage ayant doublé après la fermeture du centre (passant de 500 à 1000 euros).

Sarkolitos (les) : Yves Jégo, Thierry Mariani et Christian Estrosi

Sarkozy Paul : Le père, hongrois s’exile suite à la déferlante soviétique, puis, passé en France, finira par s’intégrer dans les milieux publicitaires. Il épouse Andrée Mallah en 1949 et quitte le domicile conjugal en 1959. Il est né à Budapest sous le nom de Pal Sarközy de Nagi-Bocsa, en 1928. La famille y possédait un domaine à Alatayan, à 100 km de la capitale du petit Etat qui vivait sous l’ombre tutélaire du maréchal Horthy. Selon Anita Hausser, il s’engage auprès de la légion étrangère sise à Baden-Baden. Transféré à Sidi Bel Abbès, siège historique de l’unité coloniale, un médecin militaire le déclare inapte au service. Il est donc démobilisé à Marseille en 1948 sans avoir vu les joyeuses rizières tonkinoises. Après Andrée, Pal atteindra le score de trois mariages consécutifs, ajoutant à la longue liste de la fratrie, Caroline et Olivier. Il vit sur l’île de la Jatte et semble verser dans l’art contemporain, période « classique », affichant sur ses murs, un Picasso, un Max Ernst et des dessins de Modigliani. Il habite Levallois, fief de l’ami Balkany

Sarkozy Guillaume : Monsieur frère aîné fut un temps n°2 du Medef.  Au sortir de l’Ecole supérieure des travaux publics qui forma l’état-major du groupe Bouygues, il intègre le cabinet de Michel Poniatowski au ministère de l’Intérieur. Il prend la tête des Tissages de Picardie (110 salariés), après avoir racheté l’entreprise à sa belle-famille, entreprise qu’il conduit vaillamment au dépôt de bilan. Président de la Commission sociale du Medef puis de l’Union des Textiles (en voie de délocalisation), il est bien vu par la Fédé CGT du textile qui adore qu’on la traite au gravier et sans ménagement. Aux tables rondes, il préfère les contacts discrets et informels. Lors de sa tentative de conquête de la présidence du Medef en tandem avec Francis Mer, il se voit distancé par la candidate de la Fédération des banques, Laurence Parisot. Il se reconvertit dans un groupe de retraites complémentaires à gestion paritaire, Médéric

Sarkozy François : Major de l’internat de médecine, pédiatre de formation, il intègre Russal-Uclaf et Aventis. Conseiller en stratégie et en organisation, le gentil des magazines, prend la présidence d’AEC Partners alors qu’il siège au conseil de surveillance de la société BioAlliancePharma. Il lance en 2008, une webTV en partenariat avec François de la Brosse, le monsieur Internet du président. Capable de décrocher des budgets auprès de Nestlé ou HSBC Assurances, il est propriétaire d’un nouvel appartement donnant sur le parc Monceau et d’une maison à l’Isle sur la Sorgue, la ville de René Char. Il fut très lié à Cécilia. Divorcé lui-même, il sort avec de la Brosse, Benamou ou Rachida. Branchée sur l’immobilier et la décoration intérieure, sa conversation semble calquée sur celle d’un VRP en tournée ou d’un portugais enrichi dans la promotion immobilière. Très inquiet pour l’évolution de Zohra, François s’est vu attribuer la paternité de la fille mythique de Madame Dati, maire du VIIème arrondissement.

Sciences-Po : Nico intègre le séminaire des carriéristes d’Etat et soutient en 1981 un mémoire de DEA sur le référendum du 21 avril 1969

Service militaire : Sous le patronage de Pasqua, il l’effectue au Bourget avec Eric Raoult puis obtient une place à la Cité de l’air, à Paris.

Soubie Raymond : Conseiller de tous les présidents de la Vème République. Bordelais, imprégné de la doctrine sociale de l’Eglise, il est issu d’une famille cultivée. Fondateur d’Altedia, il a la haute main sur le placement des chômeurs par des officines privées et œuvre dans le conseil aux grandes entreprises. Quand il vend sa société, il laisse sa femme dans les murs et prend le contrôle de l’Agence Emploi-Formation.

Sport : Il semble que Nico pratique de longues dates l’équitation, le vélo et la course à pied. De fait, avec Nicolas Bazire, du temps où la balladurite gagnait jusqu’au Nouvel Obs, tous les lundis matins, les deux compères partaient dans des courses folles trois heures durant. D’après Nico, l’accident équestre de Christopher Reeves l’aurait traumatisé, depuis c’est safe horse.

Stern Edouard : Plus connu pour ses combinaisons latex et les confessions de Cécile Brossard (sa présumée meurtrière), rédigées par Régis Jauffret que pour son amitié avec Nico, Edouard avait évincé son père à 24 ans, lors d’une OPA hostile. Son beau-père, Michel David Weill, l’introduit au sein de la banque Lazard puis lui montre la porte de sortie en 1997. Parti avec 300 millions d’euros en poche, il crée un fonds d’investissement et prend des participations chez Suez, HSBC, le CCF. Athlète des paradis fiscaux, il s’abouche aux oligarques russes. Un kaddish est célébré en sa faveur dans la synagogue du XVème arrondissement, rue Chasseloup-Laubat où Védrine crie son désarroi. Cécilia était une grande amie de Béatrice David-Weill, son ex-femme. C’est Nico himself qui lui fournit un pistolet quand son ami se dit menacé, en 2004. Selon un journaliste de la tribune de Genève, Stern avait sur lui tous les numéros privés de Nico ainsi que nombre de notes et documents indiquant qu’il gérait la fortune de nombre de politiques français dont les noms sont restés anonymes.

T

Tapie Bernard : En faillite personnelle depuis 1993 jusqu’en 2008, où un comité ad hoc d’arbitrage le remet sur pied.

Turquie : A l’été 1975, il rejoint ce pays à bord d’une Coccinelle.

U

UDR : Il y adhère en 1974 et remet sur pied la permanence locale de Neuilly (Hauts de Seine). En juin 1975, on entend Nico hurler lors des assises nationales, « être jeune gaulliste, c’est être révolutionnaire ». Catherine Nay le remarque et lui consacre un article, Robert Grossmann le coopte dans l’équipe nationale. Le 6 décembre 1975, il organise le rassemblement des jeunes UDR au Bourget avec en première partie de Chirac, Nicolas Peyrac, Thierry le Luron et Il était une fois.

UMP (prise de l’) : Le 30 janvier 2005, le tribunal correctionnel de Nanterre condamne à 18 mois de prison avec sursis et dix ans d’inéligibilité, Alain Juppé, alors président du parti. La scène est donc vide et attend son second, Nico. Son intronisation mis en scène par Cécilia et le producteur Renaud Le Van Kim fut évaluée à 5 millions d’euros. Au dernier exercice juppéien, la dette du parti se montait à 14,6 millions d’euros. Sous le règne de Sarkozy, les dons de personnes physiques passent de 3,7 millions en 2004 à 8,3, les cotisations des militants de 5,3 à 9,2 millions, l’Etat subventionnant la formation à la hauteur de 32 millions d’euros annuels. La dette atteint alors 21 millions d’euros. Après la victoire, La dette du parti rapportée à son budget atteint un peu plus du ¼ de ce dernier.

V

Vernes Jean-Marc : Banquier bon teint, il fut le principal actionnaire du périodique « Neuilly Journal Indépendant » distribué par les NMPP et vendu à 30 exemplaires par mois.

Villa Montmorency : Elle est située dans le XVIème à un jet de pierre de la porte d’Auteuil et du bois de Boulogne, on y trouve les Bolloré père et fils, Arnaud Lagardère, Sylvie Vartan, Mylène Farmer ou Rika Zaraï.

Y

Yade Rama : Née à Dakar, Ramatoulaye n’est française qu’à ses 18 ans. Elle rencontre Nico en 2005 et ce dernier la propulse dès mars 2006, secrétaire nationale de l’UMP à la francophonie. Son père, Djibril Yade fut le secrétaire particulier de Senghor à la présidence sénégalaise. Si, elle grandit à Colombes, elle n’en décroche pas moins hypokhâgne, Sciences-Po et le concours d’administrateur du Sénat, ce qui témoigne d’un tempérament d’aventurière évident. Elkabbach constatant son incompétence lui retire la communication de la chaîne parlementaire au bout de quelques mois. Carriériste, elle fut l’attachée parlementaire d’Yves Cochet en 1999-2000 et confiera devant un comité ad hoc du CRAN que le choix de l’UMP comme tremplin fut une simple question d’opportunité.

 

Sei Shônagon : elle inventa les notes de chevet où l’on trouve des choses qui émeuvent profondément, celles qui ont une grâce raffinée, celles qui sont détestables, celles qui semblent éveiller la mélancolie, celles qui remplissent d’angoisse mais aussi manteaux de femmes, nuages, gens qui prennent des airs savants, ignorants ou idiots, etc.

Silk Road (la chute de) : La caractéristique du réseau Tor est de relayer les informations d’une manière aléatoire à travers des routeurs installés dans le monde entier et qui vont chacun les chiffrer. Ce« routage en oignon » est censé rendre impossible toute surveillance directe des communications. Le navigateur de Tor est logiquement un outil de prédilection pour les dissidents qui peuvent ainsi naviguer sur internet de manière anonyme et communiquer en limitant les chances de se faire repérer. Si Tor permet de protéger les identités des internautes, il offre également la possibilité de masquer celles des propriétaires de sites au sein de ce que l’on appelle les « hidden-services » (« services cachés »). Ces derniers ne sont accessibles qu’au sein du réseau Tor, en utilisant le navigateur dédié, et ne sont référencés dans aucun moteur de recherche. Leurs URL sont une complexe série de lettres et de chiffres se terminant par l’extension .onion. Le principal avantage d’ouvrir un « hidden service » est que les serveurs du site se connectent directement au réseau Tor. Leur adresse IP est donc masquée, rendant impossible leur localisation, et donc l’identification de leur propriétaire.

Ces dernières années, les hidden-services ont commencé à faire la une des médias après l’apparition de plusieurs sites proposant divers services et produits illégaux : drogue, faux papiers, virus informatiques. Lancé au début de l’année 2011, Silk Road devient rapidement le plus célèbre d’entre eux et le symbole de ce que l’on surnomme « les darknets ». Sur Silk Road, toutes les transactions se réglaient en bitcoins, une monnaie virtuelle reposant sur un système décentralisé permettant d’assurer l’anonymat des transactions. De plus, le site avait mis en place un véritable petit système bancaire interne. Chaque utilisateur disposait d’un compte qu’il devait alimenter en bitcoins pour effectuer des achats. Lors des transactions, le site assurait le versement des sommes d’un compte à l’autre via un complexe système de virements rendant quasi impossible tout traçage.

Se réclamant d’une vision radicale des libertés individuelles, et notamment la liberté d’entreprendre, Silk Road permettait à quiconque de vendre ou d’acheter de particulier à particulier n’importe quel type de produit ou de service mais sans garantie de l’Etat ou des Etats. Le site était rémunéré en prélevant sur chaque transaction une commission variant entre 8 et 15 % en fonction de son montant, un prestataire de services, ni plus, ni moins.

Les forces de l’ordre ont finalement mis la main, mercredi dernier dans une bibliothèque de San Francisco, sur le mystérieux pirate. La plainte pénale diffusée ce jour là révèle que le FBI a, non seulement réussi à démasquer le propriétaire de Silk Road, mais a également collecté un nombre impressionnant d’informations. On apprend notamment que les principaux serveurs du site, sur lesquels étaient stockées des données confidentielles telles que l’historique des transactions ou les messages internes, ont été localisés et copiés. De plus, cette arrestation intervient alors que, la semaine précédente, une autre plateforme de vente de produits illégaux hébergée par Tor, Atlantis, avait brusquement fermé ses portes en « urgence » et  « pour des raisons de sécurité ». Au début du mois d’août, le FBI avait déjà réussi, en utilisant une faille dans une application du navigateur Firefox, à attaquer un hidden-service hébergeant des contenus pédopornographiques dans le cadre d’une enquête ayant conduit à l’arrestation d’un homme en Irlande.

Il semble que l’arrestation de DPR et la fermeture de Silk Road soient en grande partie le fruit non pas d’un exploit informatique, mais d’une enquête de « terrain » bien traditionnelle, durant laquelle les agents ont eu recours à des méthodes telles que l’infiltration ou encore la mise en scène d’un meurtre. Néanmoins, les documents judiciaires de l’arrestation de DPR montrent qu’en réalité, les différentes agences américaines sont bien présentes sur divers réseaux alternatifs, et notamment Tor. L’Etat n’est pas seulement molaire, ses molécules se dispersent en autant de synapses et d’astrocytes rendus transparents, tel ce cerveau de souris morte disséqué par une équipe de Stanford. Durant plusieurs mois, DPR a ainsi poursuivi ses activités sans savoir qu’il était déjà sous l’étroite surveillance de policiers avec qui il a même traité car le libertarien ne comprend jamais qu’il n’est qu’un rouage de la machine où chacun n’est que l’image brouillée de l’autre.

L’agent de l’unité de cybercriminalité du FBI ayant rédigé la plainte, Christopher Tarbell, explique ainsi avoir « acquis une grande familiarité avec le site Silk Road grâce à divers moyens, y compris une activité sous couverture de ma part et de celle d’autres agents de forces de l’ordre ». Or acquérir une grande familiarité avec le site Silk Road, c’est se rendre parfaitement indistinct face à un criminel, un dissident ou un homme des services jouant au dissident. Qui manipule qui ? Personne n’en sait rien, tous font partie d’un dispositif sans limites dont l’archonte gnostique est la figure achevée.

Un autre agent cité dans la plainte, « l’agent 1 », a, lui, été chargé de rechercher les premières références à Silk Road sur internet. Et il a retrouvé un message posté le 27 janvier 2011 sur le forum d’un site consacré aux champignons hallucinogènes. Dans celui-ci, un internaute utilisant le pseudo « altoid » annonçait avoir découvert un site du nom de « Silk Road » et expliquait comment y accéder en donnant son adresse et en détaillant comment se connecter au réseau Tor. Deux jours plus tard, un autre message au contenu similaire, et une nouvelle fois signé « altoid », était posté sur un forum consacré aux bitcoins. La suite ne dit pas si l’agent 1 a consommé les champignons sous le nom d’altoid ou si altoid aurait pu être un avatar de l’agent 1 dans une autre variation du récit, un avatar se nommant DPR. Car pour le FBI, altoid c’est DPR.

Au mois d’octobre 2011, altoid poste un message sur un forum consacré aux bitcoins. Il y explique rechercher « un professionnel des technologies de l’information de la communauté bitcoin » pour travailler au sein d’une « startup » basée sur la monnaie virtuelle. Les réponses sont à envoyer au mail suivant : rossulbricht@gmail.com. Les policiers disposent à partir de ce moment-là d’un mail personnel de celui qu’ils identifient à DPR, une adresse qui, de plus, appartient à une société, Google, réputée pour collaborer très facilement avec la police. Car Google est l’auxiliaire de toutes les polices. Le nom du gars, on le connaît, Ross William Ulbricht, un jeune homme de 28 ans originaire du Texas, sa vie n’aura désormais plus aucun secret pour les agents du FBI qui n’ont plus qu’à accumuler les preuves matérielles. Imaginons que Ross soit le leurre au milieu de la Toile où vibre DPR et les guêpes du FBI.

Avec son adresse Gmail, le FBI dresse tout d’abord le portrait numérique d’Ulbricht en épluchant ses comptes Google +LinkedIn, Facebook, étudiant chaque photo et vidéo pour déterminer ses fréquentations, ses goûts. On y apprend notamment qu’il est un étudiant/chercheur plutôt brillant, diplômé en 2006 en physique de l’université du Texas. Puis, qu’il a entamé un cursus d’ingénieur à l’université de Pennsylvanie où il effectue des recherches durant cinq ans. Durant cette période, Ross Ulbricht verra même certains de ses travaux publiés.

Puis, explique-t-il sur son profil LinkedIn, ses « buts ont changé ». Désormais, il veut« utiliser la théorie économique comme un moyen d’abolir l’usage de la coercition et de l’agression au sein de la race humaine ». Pour cela, il affirme être « en train de créer une simulation économique donnant aux gens une expérience de première main de ce que pourrait être la vie dans un monde sans usage systémique de la force ».

Le parfait idiot utile, l’idiot croyant, l’idiot qui espère, l’idiot lettré, la farce grotesque de l’intellectuel libre incapable de résister à quoi que ce soit sans brandir une grande idée fixe. Le FBI dispose d’un appât rêvé. Le libertarien est aussi con qu’un gauchiste, c’est le propre de l’Etat que de fabriquer des ennemis à sa mesure.

Sur You Tube, on apprend qu’il s’intéresse à Ron Paul, un homme politique américain libertarien que DPR cite régulièrement dans ses messages sur Silk Road. On peut également voir qu’il a ajouté dans ses favoris des vidéos du Mises Institute, un institut économique se réclamant de l’école autrichienne d’économie. Or, sur Silk Road, DPR cite régulièrement le Mises Institute comme une des inspirations du site.

Mais surtout, grâce à Google, le FBI dispose des adresses IP utilisées pour se connecter à la boîte mail et grâce auxquelles il est possible de localiser d’où une personne se connecte à internet. Ainsi, l’une d’elles, utilisée le 13 janvier 2013, correspond au domicile d’un ami d’Ulbricht l’ayant hébergé à San Francisco. Les enquêteurs repèrent également une autre adresse IP, correspondant à un cybercafé situé non loin de là, utilisée à la fois pour se connecter au compte Gmail mais également utilisée dans un code informatique retrouvé sur le serveur de Silk Road.

Ulbricht utilise également cette adresse Gmail pour se créer, au mois de mars 2012, un compte sur le site Stack Overflow, un forum d’entraide d’informaticiens. Cherchant des conseils, il y poste douze lignes d’une partie du code de Silk Road. Quelques minutes plus tard, peut-être parce qu’il s’est rendu compte de son imprudence, Ulbricht modifie son compte et remplace son adresse personnelle par une fausse adresse frosty@frosty.com. Mais il ne fait, en fait, que faciliter le travail des enquêteurs. Car, si frosty@frosty.com n’est pas une vraie adresse internet, elle correspond au « nom » de l’ordinateur utilisé par l’administrateur de Silk Road, et on la retrouve dans un programme utilisé uniquement par celui-ci. Ulbricht lie ainsi directement son adresse Gmail à DPR. A croire qu’Ulbricht travaille déjà pour le FBI ou se glisse dans la peau d’un informateur-appât ou ne trouve plus d’espace autour de lui pour être un autre et fuir, imperceptiblement. Or, l’analyse des messages échangés via le système de messagerie interne du site, récupérés sur les serveurs, montre qu’Ulbricht était littéralement cerné par des agents sous couverture, jouant le rôle d’acheteurs ou de vendeurs de drogue, voire de tueur à gages, et ce depuis plusieurs mois.

Ainsi, dans une autre plainte déposée cette fois dans l’État du Maryland, on apprend qu’à partir d’avril 2012, un agent fédéral du Maryland infiltré sur le site est entré en contact avec DPR en se présentant comme un vendeur de drogue. Au mois de décembre, il se plaint auprès d’Ulbricht de ne trouver que des clients voulant de trop petites quantités. « En dessous de dix kilos, ça ne vaut pas vraiment le coup pour moi », écrit-il. Le lendemain, DPR répond : « Hey, je pense que nous avons un acheteur pour toi. Quelqu’un de mon équipe t’envoie les détails. » Et le 10 janvier 2013, l’agent du FBI conclut effectivement un deal portant sur la vente d’un kilo de cocaïne au prix de 27 000 dollars, avec un autre vendeur qui prévoit de revendre la drogue au détail sur Silk Road même. Le 17 janvier, un autre agent sous couverture livre le colis à une adresse qui n’est autre que celle de l’employé de Silk Road ayant servi d’intermédiaire. L’hypothèse se vérifie, on ne sait plus qui de l’héroïnomane-agent, du libertarien-dealer, du physicien-trafiquant ou de la mule du FBI travaille pour l’Etat tant tous concourent à son épiphanie sous la forme d’un glaive justicier.

Le 26 janvier, DPR reprend contact avec le dealer/agent du FBI pour lui parler d’un autre problème. Ulbricht a découvert qu’un de ses employés avait détourné de l’argent sur les comptes d’utilisateurs. Il s’agit du même collaborateur ayant acheté de la cocaïne lors de la précédente transaction. Dans un premier temps, DPR demande juste à son interlocuteur s’il connaît des gens qui pourraient forcer la main du voleur, en le secouant au passage pour lui donner une leçon. « J’aimerais qu’il soit battu, et ensuite forcé à renvoyer les bitcoins qu’il a volés. Du style, faites-le asseoir devant son ordinateur et obligez-le à le faire. » C’est la conception de la police dans sa version libertarienne, la mafia, purement et simplement, ou plutôt la camorra, plus flexible. On entre chez ces gens comme dans une maison sans porte ni vitres parce qu’ils se griment dans les postures de clown d’un seigneur féodal interstellaire. Ils sont encore plus cons que le dernier des banlieusards qui prend sa caisse à 2 heures du mat’ pour aller trimer dans les down-towns de L-A, un dimanche matin.

L’employé a également été arrêté par la police, pour une raison non précisée, et Ulbricht craint qu’il ne parle. Le lendemain, il envoie un nouveau message : « Pouvez-vous modifier l’ordre pour exécuter plutôt que torturer ? » L’agent du FBI décide d’accepter de jouer le jeu. Il négocie le contrat pour 80 000 dollars et met en scène l’enlèvement, la torture puis l’exécution du voleur. Il n’est pas précisé à quel point la « victime » a été complice de la police, ni si elle a été elle aussi inculpée ou si elle a bénéficié d’un statut de repenti. Mais le FBI est allé jusqu’à envoyer des photos trafiquées, la montrant en train d’être torturée, puis également de son cadavre. Peut-être est-il mort d’ailleurs, on peut toujours sous-traiter ce genre d’affaires aux narcos mexicains, ils connaissent le boulot, un peu comme la CIA sous-traite les tortures aux copains en uniforme d’Egypte ou d’ailleurs.

Ulbricht est même visiblement choqué par ce qu’il vient de faire. Dans un message envoyé à son tueur à gages après avoir vu un des clichés, il se dit « un peu perturbé »« Mais ça va », précise-t-il, c’est jusque que « ce genre de choses est nouveau » pour lui. Ulbricht est passé de l’autre côté, il se voit Übermensch. Il décide de la vie des autres, il s’approche du cercle de fer de l’archonte. Il se défait de la glaise, il vogue dans le pneuma.

Polen, zwei Soldaten bei Stadtbummel

Soral Alain : Selon l’équipe d’Ilys, cet essayiste ithyphallique et chauve posséderait un membre démesuré.

Stalker : De son vrai nom Juan Asensio ou Juanito. C’est le comte de Monte-Cristo de la critique littéraire contemporaine.

Steve Jobisme : Une de Libé au lendemain de mort de Steve Jobs : une pomme blanche pleure sur fond noir. Comme un écho des « repose en paix Steve », « tu as changé ma vie Steve », « grâce à toi, je n’ai plus peur de l’avenir Steve », « tout ce qui vient de l’Amérique n’est pas bon, tout ce qui vient d’Apple l’est. Merci à toi Steve ».

Steve Jobs était sans doute un homme dur en affaires, un homme qui ne paie pas sa pension alimentaire quand il ne reconnaît pas un enfant, un homme qui préfère salarier des chinois au lance-pierres plutôt que des américains syndiqués, un homme qui humilie ses employés, un homme qui n’aurait jamais fait la guerre du Vietnam, un homme qui ne penche pas pour l’aumône, mais c’était avant tout le genre de gars à avoir compris que le luxe c’est tout ce que n’a pas le voisin. Le client n’est sûrement pas celui qui est incapable de savoir qu’il veut quelque chose qui n’existe pas, il est avant tout celui qui sait ce dont il ne veut pas ; un peu comme ces types qui achèteront toujours une Volkswagen et se feraient hacher menu plutôt que d’acheter une Peugeot.

Tout produit est un millésime, tout produit sort d’un classement, tout produit indique un cru. Ce que les vignerons français ont compris depuis le XIXème siècle, un homme comme Jobs l’a appliqué à une nouvelle industrie, à sa série ininterrompue d’objets-images. On ne voit pas bien en quoi l’art est concerné en quelque point que ce soit. Si vous cherchez un Bordeaux, consultez le Coks et Féret, si vous cherchez un Bourgogne, le livre du docteur Lavalle, si vous cherchez une machine, demandez à un ingénieur qui sache s’exprimer dans la langue commune sans enferrer son interlocuteur dans un idiotisme à la con qui ne sert qu’à se sentir encore plus neu-neu qu’on est.

Avec son Think different qui s’adresse « aux marginaux, fous, rebelles et fauteurs de troubles », Jobs avait pour cible le snobisme de la subvertitude tranquille. Celui qui permet de vivre dans un loft en chaussettes trouées avec des canettes de coca sous le canapé, en attendant la femme de ménage. Son végétarisme, son bouddhisme, le choix symbolique de la pomme, sa réputation entretenue de génie audacieux, tout ce dispositif indique que Steve Job appartenait à la pire engeance qui soit : celle des artistes ratés.

Tout véritable artiste se limite à ses œuvres, il n’embarque personne et lorsqu’il dérape, il est certain que le cauchemar est assuré, du moins si on définit le cauchemar par cette volonté tenace de faire entrer tout un chacun dans le rêve d’un seul. Car Job ne voulait pas seulement poser au dessus d’un Macintosh ou un iPhone 4 S en main. Job voulait devenir aussi indispensable aux membres de sa secte que l’eau pour boire et l’oxygène pour respirer. Que cet homme décède dans l’allégresse générale ne témoigne que pour les caractères de la gloire temporelle.

On a les idoles qu’on peut et les tweets continueront à jaillir à la cadence de plusieurs milliers par seconde jusqu’à ce qu’on passe à autre chose.

 

Sublime : Selon Burke, tout ce qui agit d’une manière analogue à la Terreur est une source du sublime. En revanche est sublime, selon Kant, ce qui démontre une faculté de l’âme dès lors qu’on peut penser le phénomène en question même s’il dépasse toute mesure des sens. C’est donc l’illimité pensé comme Totalité qui est proprement sublime et se différencie de la beauté. Le philosophe allemand distingue deux types de sublime : le mathématique (ce qui est absolument grand) ; le dynamique (qui suggère un infini en puissance). Ce sublime dynamique génère comme affect la peur.

Pour de Maistre, l’exécution publique est un rituel fondateur de société. Il exprime la fascination humaine pour le bourreau et l’homme de guerre. Baudelaire reprend le canevas. Ainsi, la peine de mort aurait pour fonction de sauver spirituellement et le criminel et la société. En sacrifiant on rappellerait, opportunément, la faute à l’origine de toute société humaine. On passe donc du supplicié à la victime sacrificielle. Léon Daudet passera du bourreau à la maquerelle. Chez lui, le bordel unit deux maîtres, l’aventure et le plaisir. Aussi, la société trouve aussi dans la maquerelle son fondement et dans les pensionnaires, autant de victimes offertes à la perversité native de l’homme.

Dès lors, le sacrifice (du condamné, des jeunes filles) restituerait au monde sacré ce que l’usage aurait avili et rendu profane. Mais cette définition est nulle et non avenue. La profanation est ce qui restitue un objet ou un lieu au monde commun, le sacré ce qui le retranche de ce monde. Il n’y a rien de pur ou d’impur là dedans, nous ne sommes pas chez les brahmanes. Le sacrifice chez les païens était la manifestation d’un lien répété avec une divinité, la prière en tient lieu chez les chrétiens. L’un est une orthopraxie, la seconde, un dialogue avec celui qui est là sans l’être, celui qui s’est retiré. Dieu est non seulement absent, mais il est muet, Dieu est un œil immobile. Le condamné à mort n’est pas un analogue du Christ rachetant la faute d’Adam et la prostituée, une Eve en porte-jarretelles.

Pour en arriver à cette aberration, il faut soutenir que la souveraineté est l’association humaine qui aurait pour fondement l’horreur. Récemment, Giorgio Agamben a retourné la figure du bourreau en celle de l’homo sacer, double du souverain. Or le lien humain repose sur le vide et non sur le châtiment. Saint Just l’a bien dit « la communauté chasse le roi de son sein », c’est cet acte qui rend Louis XVI sacrifiable, promis à la mort, sans que son exécution soit un crime.

De même, le sublime contre-révolutionnaire touche parfois au kitsch pur et simple. En effet, on peut se demander si Chateaubriand n’a pas contribué à changer Dieu en tapissier-décorateur avec son « j’ai cru et j’ai pleuré », ses recours à Rousseau et à la palingénésie où toutes les figures de maccabées sont convoquées pour un dernier tour dans les Mémoires. Le romantisme serait donc la victoire des sentiments donc des femmes. Mais Maurras, à qui on doit ce jugement, confondait le paroxysme et le sentiment

kinopoisk.ru

Sugar Daddy : Un communiqué de Roland Jaccard affirme qu’il n’en est pas

Sweeney Todd : Cinéphile incompris, fasciste renié, philosophe vilipendé, il obtint l’investiture du parti populaire slovaque lors de la présidentielle de 2022

Terray Emmanuel (être de droite selon) :

Je suis d’une famille de droite classique républicaine. Au fur et à mesure que les années ont passé, il m’a semblé qu’il fallait prendre la mesure du fait que la moitié du monde (juste des français) ne pense pas comme moi ; et qu’on ne pouvait pas réduire ce fait à la simple défense d’intérêts matériels. D’autant que dans cette moitié qui ne pense pas comme moi, beaucoup de gens ont peu d’intérêts matériels à défendre. Je voulais comprendre ce qui les amenait à défendre un ordre établi qui les traite relativement mal (un ordre établi en mouvement perpétuel, qu’est-ce que c’est sinon un désordre maintenu ?). Comme anthropologue, je me suis toujours efforcé de comprendre une société autre, une culture autre (l’important c’est l’autre donc la droite c’est l’autre de l’anthropologue au même titre qu’une tribu de Côte d’IvoireSeulement là où l’anthropologue comprend l’ivoirien, il condamne son prochain, de droite). Ce livre est le fruit d’un effort déployé pour comprendre la tribu de la droite.

J’ai travaillé dans des sociétés faites de lignages juxtaposés qui peuvent être très opposés les uns aux autres mais qui appartiennent tout de même à un même clan. Et quand un autre clan entre en scène, ces lignages savent toujours s’entendre. On a un mécanisme du même genre dans la pensée de droite. Malgré son extrême diversité, la pensée de droite a toujours été capable de se réunifier quand l’adversaire se faisait menaçant (comme on l’a vu dans toute l’histoire de la droite française qui a toujours prouvé le contraire).

Les historiens qui ont réfléchi sur la droite – à commencer par René Rémond, à continuer par Sirinelli et ses collaborateurs puis par Michel Winock – insistent toujours sur sa diversité (en fait sur sa tripartition et sa pseudo-allergie au fascisme). J’observe pour ma part une continuité indéniable dans le temps et une grande cohérence. La tension entre les deux pôles (libéralisme économique et conservatisme social) est un mécanisme constant dans l’histoire de la droite. La droite défend l’ordre établi (Depuis 1875, l’ordre politique établi c’est la République parlementaire, je doute que Maurras ou Barrès l’aient défendue). C’est le point de départ. Mais l’ordre établi change sous la pression des mouvements du monde. Par conséquent, la droite est confrontée à une échéance : ou bien nous restons fidèles à l’ordre établi tel que nous l’avons toujours défendu et nous tombons dans la réaction (la réaction est un terme venu de la gauche libérale, de Benjamin Constant) ; ou bien nous nous adaptons.

Vous avez une très belle transition de ce genre au début du XIXe siècle. Sous la Restauration, la droite aristocratique féodale ( ???) souhaite que l’Ancien régime soit rétabli. Mais la société a changé, la révolution industrielle commence, les banques et l’argent prennent de l’importance. Cette évolution pousse la droite légitimiste dans la réaction et c’est la droite orléaniste qui se place au cœur du jeu : ce sont les valeurs de Guizot et Louis-Philippe qui l’emportent. L’argent. (toujours le simplisme de la gauche. Ce que Terray ne comprend pas c’est que la société héritée de la période précédente est dominée par une élite divisée)

Balzac décrit admirablement cette mutation : vous avez d’un côté la duchesse de Langeais et le comte de Montriveau, partisans de l’Ancien régime ; et de l’autre Rastignac, qui décide de s’adapter à la société telle qu’elle est devenue, qui va épouser la fille de l’usurier et se faire de l’argent (Terray oublie de préciser que l’usurier en question est juif). On pourrait aussi prendre un exemple à la fin du XIXe siècle. La droite, jusque là, est résolument monarchiste (c’est faux, elle est divisée entre catholiques et agnostiques, légitimistes, orléanistes et bonapartistes). Vers 1880-1890, les plus lucides voient bien que la République est installée et qu’on ne reviendra pas à la monarchie (il n’est pas question de lucidité mais de l’échec cuisant de Boulanger véritable fossoyeur de la monarchie. De plus le pape appelle au ralliement). Et par conséquent, c’est le mécanisme du Ralliement. Dans l’Histoire, l’expression désigne le ralliement des catholiques mais ça va bien au-delà : la droite devient républicaine et ceux qui restent monarchistes versent dans la réaction (la droite n’est pas républicaine comme l’entend la gauche qui défend le parlementarisme ou un Etat socialiste).

Je me demande si on n’assiste pas au début d’une transition du même genre.

Si la mondialisation ultralibérale devient la règle définitive, si la droite classique s’accroche à ses positions, elle deviendra elle aussi réactionnaire par rapport à cette idéologie ultralibérale. Il y a une tension évidente entre les deux. Mais la crise peut aussi freiner le triomphe de la mondialisation ultralibérale ; à ce moment-là, la droite républicaine classique retrouverait ses marques.

Si on regarde l’échiquier politique français, on voit bien que Sarkozy et Juppé, ce n’est pas la même chose. Or on ne peut pas dire que la tendance Juppé a définitivement perdu la bataille. La crise peut favoriser une envie de modération et de stabilité. Sarkozy n’est pas de la droite classique. Les valeurs de la droite classique et celles des tenants du libéralisme économique s’opposent presque terme à terme : la stabilité, l’enracinement, la sécurité et le consensus d’un côté ; la mobilité, le nomadisme, le goût du risque et la compétition de l’autre. Sarkozy est du côté du libéralisme. (Ce n’est pas une question de valeurs mais de stratégies : la droite doit-elle privilégier le grand large ou défendre les notabilités intérieures qui sont désormais acquises au consensus. Or la stratégie de Sarkozy consistait à rompre le consensus en passant en force sur nombre de sujets et en appelant les notables français à investir au sens propre du terme le grand large)

Ceci dit, cette distinction n’efface pas les fondamentaux : l’ordre, la hiérarchie, l’autorité, la priorité donnée au plus proche sur le lointain, restent constantes. L’idée d’égalité est rejetée par toutes les fractions de la droite – l’inégalité est même considérée comme un bienfait, un moteur de la compétition, donc de la croissance, de l’innovation (si l’égalité est un effet de la loi ou d’une éthique, les différences constitutives des êtres humains ne recoupent qu’imparfaitement les inégalités qui sont dépendantes d’une modernité qu’il faut analyser comme telle. Le propre de la droite c’est de prétendre soit que l’inégalité ne repose sur rien mais que la combattre conduit à une issue funeste, soit que l’inégalité est l’enregistrement de différences biologiques ou d’une échelle du mérite sanctionnée par l’argent et/ou la compétence). Quant à Bayrou, il est clairement d’une droite conservatrice, républicaine, d’influence chrétienne – ce qui est important à souligner, parce que ce n’est pas la règle générale.

Je suis frappé par la chose suivante : dans la mesure où elle privilégie l’ordre et la sécurité d’une part, le proche sur le lointain d’autre part, la pensée de droite a des assises sociologiques qui lui assurent une audience considérable. Je pense à des gens qui n’ont pas beaucoup, et qui ne sont pas prêts à risquer ce pas beaucoup dans des aventures politiques incertaines, qui raisonnent selon l’adage « un tiens vaut mieux que deux tu l’auras », « ne lâchons pas la proie pour l’ombre » (ils ont donc voté Hollande car la peur était de ce côté).

C’est un point intéressant parce que historiquement, la droite s’est toujours méfiée du suffrage universel. Et puis la révolution de 1848 est arrivée et il y a eu les premières élections au suffrage universel masculin. Divine surprise : les monarchistes ont eu 500 sièges et les républicains, 200. La droite a découvert que le suffrage universel, à condition qu’il soit bien balisé, à condition que le choix des candidats soit bien encadré, pouvait jouer en sa faveur (donc la droite ne s’est pas toujours méfiée du suffrage universel puisqu’elle le découvre indolore depuis 1848).

D’autre part, la démocratie implique un effort, une dépense d’énergie, de temps. Quiconque a eu des responsabilités sait que c’est bien plus facile de décider soi-même et d’essayer de faire appliquer cette décision plutôt que de consulter cinquante personnes et discuter pendant des heures pour arriver à un avis commun (Il n’y a rien de facile à décider soi-même, on appelle ça la responsabilité et elle appelle une sanction. De plus décider à 50, 100 ou dix millions ne change rien au caractère parfaitement imprévisible des décisions humaines et de leurs effets). Or les gens ne sont pas spontanément portés à l’effort (les libéraux aussi le disent d’où leur défense de la sanction de l’oisiveté par le marché). Il existe aussi, plus profondément, ce que Dostoïevski a appelé la peur de la liberté. J’ai été défenseur prud’hommes dans les années 70 à la CFDT. Dans notre idéologie, nous voulions une défense collective, participative. On voulait associer les gens qui venaient porter plainte à leur propre défense. On se heurtait à des résistances farouches. Je les entends encore : « Monsieur, je remets mon sort entre vos mains, je vous fais une entière confiance. » (bon sens, si je vais voir un avocat je m’attends à ce qu’il soit compétent, non ?) Ce recul face à la liberté et la responsabilité (jamais définies) jouent très fort en faveur de la droite, qui fait une distinction fondamentale entre l’élite et la masse (la gauche intello-progressiste aussi : il y a l’homme total et conscient quasi parfait et les autres irresponsables et apeurés, aliénés et manipulables).

Si on laisse la nature opérer, la force des choses jouer, la pensée de droite est effectivement validée (c’est quoi la nature humaine sinon la force des habitudes qui n’ont la nature animale que comme substrat et limites). Les gens de gauche ont souvent tendance à sous-estimer l’effort et les prises de risque qu’ils demandent. Si vous n’aimez pas l’ordre établi, si vous ne craignez pas l’innovation, les risques, si vous êtes un peu parieur, ce tempérament vous conduit à être de gauche (faux, ce tempérament conduit à la spéculation d’où la connivence entre la gauche intello-progressiste et la finance). Si vous êtes davantage soucieux de sécurité, si vous craignez pour ce que vous avez, pour ce qui existe, si vous craignez l’arrivée de gens venus d’ailleurs, vous êtes de droite (enlever les gens d’ailleurs, et encore, vous avez le portrait du syndicaliste français quintorépublicain).

La revendication sarkozyenne du mouvement relève de la formule du prince Tancrède dans « Le Guépard » : « Il faut que tout change pour que tout reste pareil. » Je crois que c’est le principe même de la politique de Sarkozy. L’idée est de sauver l’ordre établi dans ses fondamentaux avec ce qu’il contient d’inégalités, de toute puissance de l’argent ; mais de faire les mutations accélérées et cosmétiques qui permettront de sauver cet essentiel (complète erreur de perception, Sarkozy voulait vraiment la rupture).

L’islam nous est proposé comme un adversaire de substitution, car il faut toujours un adversaire, depuis que le communisme a disparu. On n’a pas assez noté que les Trente Glorieuses sont exactement contemporaines de la guerre froide. Je suis convaincu que l’avènement de ce que Robert Castel a appelé la société salariale – une société de croissance, de plein emploi, de progrès du niveau de vie, de sécurisation des statuts pour les travailleurs – cette société construite par l’effort commun de l’aile réformiste du mouvement ouvrier et de la bourgeoisie éclairée, devait beaucoup à la pression extérieure exercée par l’aile communiste du mouvement ouvrier (c’est toujours le coup du bilan globalement positif du communisme historique. Rappelons que le mouvement communiste était inexistant au Royaume-Uni où naquit l’Etat social durant la guerre, en Suède où il se concrétisa dans les années 30 du XXème siècle ainsi qu’aux Etats-Unis. De plus le communisme a enterré la Révolution désormais plombée par le modèle bolchévique).

L’islam, aujourd’hui, ne met pas en cause le destin capitaliste. C’est un adversaire moins menaçant. Mais on fait mine de le craindre pour se souder contre quelque chose. Le printemps arabe a provoqué une petite dépression. Notre droite aurait été très désorientée si toutes les révolutions arabes avaient conduit à l’avènement de démocraties dans tout le monde arabe. Mais les partis islamistes sont en train d’emporter la bataille politique aussi bien en Tunisie qu’en Egypte. La droite peut donc continuer à brandir la menace islamiste. Cette attitude se rattache aussi à cette hostilité à l’étranger qui est une dimension importante de la pensée de droite (quel rapport ? Si les islamistes l’emportent c’est bien que l’Islam n’est pas une menace fantasmée comme vient de le découvrir le leader de l’opposition tunisienne. Ensuite la xénophobie doit être dissociée de l’antisémitisme de la droite française, continu jusqu’en 1945 ce qu’oublie étrangement Terray)

Elle ne voit pas les étrangers d’abord comme des humains. La pensée de droite déteste les catégories universelles. Vous trouverez quantité de penseurs de droite pour vous dire que l’humanité est une notion zoologique ( une notion abstraite), sans contenu politique ni social, ni culturel. Pour eux, ce qui existe, ce sont les nations : certaines nous sont proches, d’autres lointaines. L’idée de préférence nationale, elle est formulée par le Front national, mais elle est au cœur de la pensée de droite (on passe de la nation à la préférence mais l’idée de préférence nationale suppose un déclin de la nation).

C’est aussi lié à sa conception de l’ordre : l’ordre implique que ses éléments restent distincts, et que chacun reste à sa place (dispositif incompatible avec le libéralisme qui admet une inégale disposition des propriétés et son mécanisme correctif, le commerce liant les hommes par une chaîne continue de dettes et de créances, l’Etat de chargeant de régler le thermostat de la prospérité). Or si vous n’êtes pas dans une société d’apartheid, l’immigration apporte le risque d’hybridation, de mélange, de métissage, de confusion. Et, par définition, un immigré c’est quelqu’un qui ne reste pas à sa place. Tout cela est donc contraire aux valeurs de la droite. L’instinct profond de la droite l’amène à être hostile à l’immigration (un instinct hostile à l’immigration ?).

Tout au long des XIXe et XXe siècles, la France a toujours extrêmement mal accueilli les étrangers d’où qu’ils viennent : elle a mal accueilli les Belges, les Italiens – rappelez-vous le pogrom d’Aigues-Mortes –, les Espagnols… J’ai lu des journaux des années 30, qui expliquent que le catholicisme complètement fétichiste et fanatique des Polonais interdisait absolument leur intégration dans la République française laïque… Remplacez le catholicisme par l’islam, et vous aurez les peurs d’aujourd’hui (il est bien connu que la France est un pays fermé à double tour depuis 1850 puisqu’il y avait 2,5 millions de naturalisés sur 36 millions d’habitants dès 1931, sans compter les étrangers).

Etre de droite c’est avoir peur. Observez la pensée de Finkielkraut, vous retrouvez cette notion de forteresse assiégée : nous sommes entourés par les barbares, ils sont à nos portes, nous sommes menacés de déclin, de disparition… C’est un thème cardinal dans la pensée de droite depuis 1830.

Pendant la révolution de 1848, les barbares de l’époque, ce sont les Bretons, les Picards, les Auvergnats qui s’entassent dans les faubourgs de Paris et comme ils ne parlent pas encore très bien français, car Jules Ferry n’est pas encore arrivé, ils sont réputés étrangers, ils menacent la civilisation bourgeoise parisienne. Dans le livre de Louis Chevalier, « Classes laborieuses et classes dangereuses », vous trouvez des descriptions et des citations éloquentes sur le sujet. Il n’y a pas grand-chose à changer entre les textes de cette période et ceux d’aujourd’hui : la civilisation disparaît, il n’y a plus de repères, la morale s’évanouit. C’est un thème constant de la pensée de droite, ce thème de la peur. Dans la préface de « Lucien Leuwen », Stendhal a cette très belle formule : « Adieu ami lecteur, essayez de ne pas passer votre vie à haïr et à avoir peur. » On a vu dans la campagne présidentielle que la haine et la peur sont des moteurs fondamentaux pour les candidats de droite (la droite c’est la haine quelle objectivité).

Transformisme : Identification de la politique avec l’art de s’adapter aux circonstances en singeant les réformes tout en adoptant l’impératif du gouvernement des mœurs et de la société. En France, l’exemple le plus flagrant en fut la loi dite des 35 heures qui jugea négligeable les spécificités des PME, précarisa les travailleurs les plus faibles et déposséda l’ensemble des salariés de tout contrôle réel sur l’organisation du temps hors et au travail.

Tropisme : le bord, la limite où tambourinent les mots muets Unica Zürn : compagne des poupées d’Hans Bellmer

 

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Trouille Clovis : « De Clovis Trouille, on connaît les évêques en porte-jarretelle et les femmes fatales qui téléphonent dans des cimetières. Sa peinture aux couleurs vives exalte la liberté de penser. Et la liberté de baiser, qui va forcément avec. Quand Clovis Trouille peint des braquemarts, des culs, des dards, des seins, des fesses, des coucheries, des enculades et d’autres joyeusetés de bordel ou de monastère, ce n’est pas le sexe qu’il représente, c’est avant tout l’énergie vitale, infatigable, irrésistible d’un véritable libertin, c’est à dire d’un “libertaire”: en athée fervent »

Clovis aurait dû élargir la cible : des secrétaires de cellule qui s’enculent, des faucilles et des marteaux soulevés avec plein de poils dedans, les princes rouges de Sotchi  ou de Leningrad un braquemard dans le cul, deux autres sous les aisselles, des femmes fatales un téléphone dans le vagin avec le drelin-drelin au cœur du Kremlin ou du PC surréaliste pendant que des moines-soldats nazis jouent à la chenille qui redémarre en appuyant sur les cibles, gros godemichés clignotant déclenchant dans une dernière enculade orgiaque l’apocalypse, ça aurait été sacrément libertin, athée et sans limites, un buzz énorme.

« Au paradis, il préfère la sodomie. Ses toiles s’intitulent -avec parfois de truculents jeux de mots- L’immenculée conception, Adoration du bouc ou O ! Calcutta ! Calcutta ! (prononcez “quel cul t’as, quel cul t’as”)… Voilà les vraies valeurs, à ses yeux. “Je suis pour l’art noir, pour le caractère Maudit. Je rejette la morale de la société bourgeoise, l’imposture de la religion, la morale de ses curés, son patriocularisme.”

Putain, c’était un subversif le Clovis et avec ça des inventions lexicales à couper le souffle, imaginons sa déclaration toute rouge de colère « je suis pour l’art, je rejette la morale de la société bourgeoise, l’imposture de l’over-enfilade et de la soubrettisation du monde avec branlette patriotique obligatoire, la morale de ses journaleux acnéiques, son nationalo-occultisme des morts foutant les vivants »

« le peintre Clovis Trouille se retrouve maintenant accroché aux cimaises du Musée d’Art et d’Histoire Louis-Senlecq de l’Isle-Adam, à une heure de Paris, jusqu’au 7 mars 2010. Sous le titre Voyous, Voyants, Voyeurs, l’exposition rassemble parmi ses plus belles toiles »

Un vrai révolté, je dirai un mystique du refus le Clovis, tout de jansénisme revêtu le genre Saint-Cyran, expédié en cellule par un Lebrun vachard qui lui dirait t’as pas honte Clovis d’embrasser un crucifix en pleine rue, dis t’as pas conscience que s’agenouiller devant la statue en plâtre d’un pauvre esclave crucifié dans un bled de merde de Judée c’est de la foutaise, de la perte de temps et que time is money.

« Dans le catalogue de l’exposition, le philosophe Michel Onfray souligne avec ardeur que le combat de Clovis Trouille reste plus que jamais d’actualité. Il s’enflamme contre ces “valeurs bourgeoises dans lesquelles nous croupissons depuis deux millénaires”, incapables que nous sommes, en plein 3ème millénaire, de détruire définitivement la “machine à haïr les corps, la vie, le désir et les plaisirs” qu’est le monothéisme judéo-islamo-chrétien. »

Michel is back, la bourgeoisie qui aurait deux millénaires d’existence au compteur et qui a inventé, la salope, la machine monothéiste qui fait qu’on peut plus baiser une chèvre sans se haïr, qu’on peut plus s’accrocher des branches de saules et se fouetter le dard aux orties sans se trouver un peu ridicules, qu’on peut plus torgnoler sa légitime ou la choisir parmi la fratrie sans se dire qu’on court à l’inceste et au pêché, c’est vraiment dégueulasse et le plus salaud de tous c’est quand même le Grand Rabbin là-haut dans son Sanhédrin, salaud Bernheim, fils de pute néo-freudien, je te crache à la face moi Michel Onfray philosophe normand et nitchien de gôche

« Le saviez-vous? Clovis Trouille détestait se séparer de ses toiles. Son plus grand collectionneur, celui qui parle le mieux de lui aussi, est Daniel Filipacchi. Éditeur et patron de presse, Daniel Filipacchi –“l’homme qui a lancé Lui et salut les copains »

On ne savait pas, jusque là on pensait naïvement que créer une œuvre c’était affronter la puissance du désoeuvrement et de l’échec, lancer une flèche qu’un autre viendrait trouver dans les décombres, dialoguer parmi les siècles et se trouver ami de quelques traits inconnus, de quelques lignes sans visages dans le silence d’une solitude peuplée.

 

Uruffe (curé d’)

 

«Et que s’est-il passé, alors ?»
- Je lui ai dit: «Je vais te donner l’absolution.» Et j’ai ajouté: «Est-ce que tu me pardonnes ?» Elle a murmuré: «Oui, je te pardonne… Mais je ne veux pas de ton absolution.» Puis elle a fait quelques pas, me tournant le dos… Quand j’ai tiré, j’étais à 1 m d’elle.
- Après ?
- Comme elle était tombée sur le dos, les bras en croix…
- Vous vous êtes agenouillé ?
- Oui…
- Penché sur son corps, vous l’avez dévêtue et, à l’aide d’un couteau, vous avez pratiqué dans son ventre une césarienne monstrueuse qui vous a permis d’extraire l’enfant du cadavre de sa mère, encore tout chaud…
-… Oui…
- Comment se présentait l’enfant ?
- Il n’a pas crié. Il avait seulement les yeux grands ouverts sur moi.
- Alors vous l’avez baptisé et poignardé dans le dos, avant de lui taillader le visage pour le défigurer, car vous craigniez qu’il vous ressemble.
- Oui.»

Interrogatoire de Desnoyers, prêtre de la paroisse d’Uruffe, par le président de la cour d’assises de Nancy, devant laquelle il a comparu en 1957.

Le curé d’Uruffe que les paroissiens appelaient l’Abbé Desnoyers était né en 1920 à Haplemont, hameau du Saintois en Lorraine. C’était l’aîné d’une famille paysanne pieuse et catholique qui possédait 80 ha de bonnes terres. Sous l’instance de la grand-mère maternelle, il accomplit les petit et grand séminaires à Bosserville puis Villers les Nancy avant d’être ordonné en 1946. De la guerre, il garde une sorte de mythomanie qui le conduit à se prétendre factionnaire allemand quand il ne fut qu’un des centaines de milliers requis par le STO.

Claude Lanzmann a voulu faire de l’Abbé Desnoyers le paradigme de la perversion de l’Eglise et de son lien avec toutes les mauvaises fois de la société bourgeoise alors que ce dernier n’est jamais que le témoin d’un effondrement du catholicisme dans une terre de vieille tradition paysanne.

Son costume de prêtre, son ordination, l’abbé Desnoyers les conçoit comme une panoplie de Superman qu’on enfile avant de redevenir Clark Kent. Le prêtre dévoué devient un jouisseur invétéré dès que le sacerdoce s’efface, rien ne le retient, rien ne vient l’arrêter, il ne se fixe ni règle, ni précaution inutile, il va droit au but. A sa manière il invente un sublime kitsch et sanglant, une trace de sperme et de sang que l’Eglise voudra effacer avant qu’elle ne resurgisse avec les affaires de prêtres pédophiles.

Vicaire à Blamont en 1946, il séduit Madeleine, une jeune fille de 16 ans. On l’exile à Rehon, dans le nord industriel de la Meurthe et Moselle. Il n’en continue pas moins de la voir, de la marier puis de cocufier le mari, dès lors que ce dernier part au Maghreb pour sa période de service militaire. La relation avec Madeleine dure jusqu’en octobre 1956, veille du double meurtre et de la chute du bon Abbé.

A Rehon alors qu’il délivre l’extrême-onction à un paroissien, il répond aux sollicitations d’une veuve assez joyeuse pour lui administrer des voluptés d’un autre ordre en lisière d’un cadavre éclairé à la bougie. Des rumeurs courent, le bon Abbé veut bien octroyer ses faveurs à la veuve ménopausée mais contre un argent sonnant et trébuchant. Elle offre donc sur les étrennes de son mari, 200 mille francs à son amant de prêtre, de quoi acheter une 4 CV et parcourir la campagne.

A Uruffe, paroisse de 392 âmes, le voici prêtre en titre et prêtre d’un style nouveau, un gars de plein air, entreprenant, moderne. Il fonde une chorale, une équipe de foot, un cinéma paroissial, des groupes de voyages, il rend service à tous, embellit l’Eglise. Il se déchaîne sur les communiantes, emmène les jeunes filles, les Bergeronnettes sur la plage du Lavandou où il se rince l’œil, leur enjoignant de se déshabiller sous la protection de sa soutane.

On le retrouve avec son groupe de jeunes filles à la jupe blanche dans Lourdes, toujours aussi actif, toujours aussi dévoué. Michèle Léonard, enceinte de ses œuvres, il subvertit les parents qui ne veulent rien voir et circonvient la jeune fille en plaçant son enfant dans un orphelinat. L’Honneur est sauf, il peut continuer. L’évêque est alerté, le curé nie fermement, plonge à genou, demande qu’on lui prête foi. L’évêque part. Dès lors il passe à un autre scénario, une sorte de Théorème de Pasolini revu en bouffonnerie macabre.

Il séduit Régine Fays et oblige sa jeune sœur à le masturber sous la table alors qu’il joue aux cartes avec ses parents. On ne sait rien des jeux auxquels il convie la jeune sœur de Régine Fays, une vingtaine de fois réitérés selon ses dires, parce que le juge d’alors n’a pas jugé bon de recueillir le témoignage d’un psychiatre à qui l’Abbé Desnoyers avait tout raconté. Régine, sa maîtresse en titre, tombe enceinte. Il lui ordonne de déclarer qu’un sagouin l’a violée lors d’un bal. Mais la jeune fille, ouvrière dans une verrerie de Vannes le Châtel, veut garder l’enfant avec l’accord de sa mère. Le bon Abbé sent, dès lors, que Clark Kent va dévorer Superman, il panique.

Il s’est résolu à la convaincre d’avorter ou à les tuer, elle et l’enfant. Il lui donne donc un rendez-vous nocturne et la prend dans sa 4 CV. Il lui propose l’absolution, elle la refuse. Il lui court après et l’abat d’un coup de revolver tiré à un mètre de la nuque et de dos. Résolu, il sort son couteau de scout, éventre la jeune femme, en sort le bébé, lui administre le baptême, lui lacère le visage afin qu’on ne puisse pas reconnaître en lui, ses propres traits. L’affaire conclue, il cache le corps dans un bosquet et se rend chez ses parents.

Après l’assassinat il discute calmement d’héritage avec ses géniteurs, c’est Michèle Léonard qui le joint au téléphone, lui demandant « où est passée Régine ? ». Derechef, il prend sa 4 CV et tombeaux ouverts, rejoint Uruffe. Il prend la direction des recherches, sonne le tocsin, très tard, les fouilles n’ayant pas abouti. Il part alors trouver le corps et tombe à genou, prie avant d’avouer devant les gendarmes.

Le procès est bâclé et dure 10 heures en tout et pour tout. Pendant ses 14 mois de détention, l’homme a reçu des lettres de soutien, il paraît devant le jury en sandale, presque en martyr. Il avait dit "Ce que je demande avant tout, c’est de ne plus redevenir curé d’Uruffe." et "Tout s’est passé comme si ce n’était pas moi, comme si je ne savais pas qui a fait ce mal", comme tous les pervers lucides, « une force m’a poussé, une voix, Dieu, une sorte de possession, je n’étais plus moi-même », ce genre de billevesées, ce sublime de pacotille qui fera dire à la Semaine religieuse : «Par le crime et la chute d’un homme, fût-il prêtre, ne saurait être atteint le ministère de l’Eglise. Plus un idéal est élevé, plus il est difficile à soutenir, plus admirables sont ceux qui en ont fait la loi de leur existence.» tandis que Marcel Jouhandeau ajoutait: «La religion, qui a beau le condamner moralement, lui conserve indélébile le signe dont elle l’a marqué, qui ne peut être effacé par rien dans le ciel, ni sur la terre, ni dans les enfers.».

Une sorte de Dostoïevski aux assises, un détour mystique qui masque l’horreur du crime et le cynisme de celui qui l’a perpétré sous l’armure protectrice de sa soutane. Dix témoins sont cités dont 2 gendarmes, un commissaire de police, le médecin légiste, le maire et 3 psychiatres, seules Michèle Léonard et la mère de Régine Fays déposent, le reste des paroissiens est silencieux, la famille du bon Abbé étrangement amorphe, on n’a rien vu, un peu su, mais rien vu, un travail lent de désagrégation de la tradition est en route. Plutôt déposer son catholicisme aux chiottes que s’interroger sur l’évidence, tout ça c’est la faute de l’Eglise, elle a des épaules solides, elle existe depuis longtemps, elle endossera notre bêtise, notre indifférence, notre lâcheté et en sera par la fait même, contaminée car l’Eglise n’agit pas comme une Institution humaine, mais comme une assemblée de saints revue par Louis Massignon. Le plus saint de tous, c’est encore le plus pervers, et les staretz catholiques de s’agenouiller devant tous les Dimitri Karamazov de la Terre en signe de rédemption promise.

L’Abbé Desnoyers obtiendra de sauver sa tête, on lui octroie les circonstances atténuantes et il accomplit 22 ans de détention avant d’être libéré et de se réfugier dans un abbaye. Jean-François Colossimo a prétendu qu’il était plongé dans une ascèse terrifiante, d’autres qu’il s’est marié, personne n’en sait trop rien, ce qu’il reste de cette affaire, c’est une fêlure qui ne cessera de s’agrandir.

Ce qui a tué les vocations et donc l’Eglise, ce n’est pas le monde moderne décadent et athée conspué à longueur de sermons, c’est la soif d’impossible couplée à une sorte de sublime de fête foraine qu’on commence à puiser chez les peintres russes du nihilisme avant d’en faire le matériau du cinéma hollywoodien et le motif de tant de génuflexions devant la racaille et les mafias et toutes sortes de serial killers qui ne fascinent que par la série des crimes obsessionnels qu’ils commettent. L’autre mouvement consistant à lancer des quinzaines de l’Autre où se succèdent les immigrés, les sans-papiers, les roms, les chrétiens d’Orient, les prisonniers, les SDF, les familles mono-parentales, les victimes de l’exclusion, les réfugiés du Darfour, les rescapés des tremblements de terre, etc. Ce que c’est que l’Homme, il semble qu’on ne veuille plus le savoir, selon l’Eglise l’Homme est une figure de faiblesse qui s’évanouit et se diffracte en mille peuplades de pauvres types qu’il s’agit de contrôler. Fuite devant la fuite et la maison glisse vers le précipice alors qu’elle se croit l’ombilic du monde.

Incapable d’enseigner que la sainteté n’est pas l’affaire de tous mais de quelques élus, que le Bien commun suppose une communauté limitée en nombre et dans l’espace ainsi que la défense acharnée des libertés, que le droit est de nécessité, que la pensée ne se réduit pas à des équations et des stances statistiques, que le dogme ne se confond pas avec les mille et une manières d’éviter de mettre un préservatif durant les rapports extra-conjugaux et encore moins avec la défense hystérique du célibat des prêtres, l’Eglise a littéralement perdu la raison, la société et jusqu’aux sens, noyant son naufrage dans une croisade soft contre l’avortement et ses suppôts.

Son Trésor, muet et purement livresque, une archive, n’irradie que ceux qui veulent bien le consulter mais son magistère est irrémédiablement entravé dès lors qu’elle refuse de quitter ses campements scouts, ses casemates tribales avec foulard Hermès et rendez-vous mondain et ses alumbrados intermittents qui vont porter la bonne nouvelle en sandale et en chemise flottante en mimant les saint François en chromos.

Veigh Timothy Mc : Contre toute évidence, ce soldat politique selon la définition d’Évola est présenté comme un loup solitaire, ou pire, un pied nickelé. Son attaque contre le siège du FBI à Oklahoma, devait sans doute donner le signal d’une insurrection qui n’en finit pas de venir.

Venise : Ville-Temple où vint mourir Ezra Loomis Pound né dans l’Idaho. Il était devenu fasciste parce que le fascisme, plutôt qu’un système de gouvernement, était un système de pensée. C’était à la fois une philosophie, une religion, un mouvement politique. C’était la pétition de grandes espérances, l’ébranlement de mythes, l’appel de la conscience obscure. Sa ruse était d’habituer les hommes aux illusions morales pour les empêcher de s’étonner des illusions économiques. Sa force était d’être réellement en harmonie avec des régions profondes de l’âme humaine. Il est entendu que la plupart des notions dont il se servait ne sont que de faibles reflets de vraies pensées, des ersatz déraisonnables, un vrai tumulte de mots. Mais sa supériorité était dans un style que forgent l’héroïsme et l’honneur et qui brille d’éclats innombrables. C’était une sorte de philosophie de la forme. C’était une création dont la littérature et les arts tirent des mythes qui sont beaux. Le fascisme offrait à l’homme un système total où il est mystifié, mais où cette mystification ne le dégrade pas. Il lui assurait à la fois un régime inhumain puisqu’il ne lui permettait pas les conditions matérielles suffisantes, et une doctrine humaine puisque l’homme y puise prodigieusement l’orgueil d’être homme. C’était par cette voie que le monde fut conquis à d’extraordinaires puissances de ténèbres. Pound était revenu dans son pays menotté, on l’avait interné 13 ans dans un asile, il s’était tu 13 autres années, il était le siècle à lui tout seul et le siècle l’avait vomi.

Verge (vols de) : Le premier cas de vol de verge remonterait aux années 1970, au Nigeria. Depuis, la rumeur s’est répandue dans toute l’Afrique de l’Ouest et même en Afrique centrale. Exemple au Sénégal, le 16 septembre, avec ce titre de Seneweb news (dans un article de leur site repris par ThiesInfo.com) : « Il vole le sexe d’un adolescent et le rend sous les menaces. » On y apprend ceci : « Yaya Sylla a échappé à une mort certaine, mais il nie encore. Mardi dernier, le Guinéen a échappé de justesse à une foule en furie, qui l’accusait d’avoir volé le sexe du jeune P.D. ». L’article raconte ensuite comment, accusé par la foule, Yaya Sylla se met à faire des incantations :

« Selon la tutrice de la victime […] : “Quand on a menacé de le tuer, il a demandé à ce qu’on lui apporte un Coran, de l’ail, de l’eau et du citron…. Sylla a fait des incantations. Il a lavé le garçon et quelques minutes après, lui a remis un sexe. ” Problème, celui qu’il a remis à ce jeune de 17 [ans] n’était pas le sien. “Il a interverti les termes du Coran. C’était plus gros.” »

De fait, c’est toujours le même scénario. Un homme en salue un autre ou le touche, c’est alors que sa verge rétrécit, voire disparaît. L’homme « spolié » hurle alors au vol de verge. Le 13 septembre dernier, Abdoulaye Diedhiou, un journaliste sénégalais du Populaire, écrivait un article sur un cas de vol de verge. « Le quartier Sam Notaire secoué par une affaire de vol de sexe ». Joint au téléphone, il explique : « Personnellement, je ne peux pas dire que je crois vraiment à ça », pour autant, en tant que journaliste, il est ennuyé : « Sur des affaires comme celles-là, je ne peux pas dire si réellement ou pas il y a eu rétrécissement de sexe. Ce qui nous incite à croire que c’est possible, c’est qu’il y a eu beaucoup de victimes et en plus, ce sont des adultes. C’est possible que ce soit vrai, mais effectivement, c’est illogique. »

Ernest, un ami sénégalais, a assisté plusieurs fois à ces scènes : « J’ai vu des gens se faire tabasser pour avoir volé le sexe de quelqu’un. » La plupart du temps, effectivement, la foule lynche celui qu’on accuse de sorcellerie, parfois jusqu’à ce que mort s’en suive.

Vitupération : Contre la canaillocratie et les législateurs bébés, l’anti-moderne déploie une langue, parce que toute multiplicité humaine n’est qu’une langue. Seulement à l’instar de Léonard de Vinci, l’inachèvement et la rareté de ses œuvres le caractérisent. Il laisse donc la systématicité à ses adversaires. A l’esprit de sérieux, à l’implacable mécanique de la victoire, il oppose l’humour, il se détache et il disparaît.

Vortex : Selon Ezra Pound, point d’énergie la plus grande, la guerre en est la figure palpable, elle réduit à néant l’arrogance, l’égocentrisme, la fierté de l’individu bourgeois

XPé : Menacé de mort par un écrivain néo-thorézien et alcoolique, son combat héroïque contre les sarrasins et l’Islam connut son acmé lorsqu’un dit mahométan le menaça sur son portable

Yggdrasil : Frêne qui soutient le monde

Zemmour Eric : Essayiste franco-judéo-algérien très aimé des rédacteurs de François de souche.

Publié par : Memento Mouloud | février 11, 2014

Lorsque vous serez enterré…

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Lorsque vous serez enterré dans une petite église d’un petit bled français selon le rite catholique romain, vous ne verrez pas un curé octogénaire ou africain se prendre la langue dans une diction catastrophique au cours d’une homélie sirupeuse hachée d’une sorte de rondo veneziano pour messe en kit. Vous ne verrez pas un homme sexagénaire jouer le rôle dévolu aux enfants de chœur et déposer à la va-vite le produit de la quête au pied de l’autel. Il vous sera épargné la vision du calice entre les mains tremblantes d’un prêtre luttant, visiblement, contre ses problèmes de prostate. Vous ne saurez pas la communion offerte aux derniers vestiges d’une catholicité en perdition qui ne sait même plus qu’on ne communie qu’après confesse. Même plus des bigotes mais des fantômes de dévotes appuyées sur des béquilles et qu’on transporte au cimetière dans le fourgon des Pompes funèbres. Vous ne sentirez pas l’encens, vous n’entendrez pas l’épître aux corinthiens et les Jésus prends pitié et lorsque vous parviendrez au caveau ouvert, il n’y aura plus que les employés des pompes funèbres pour terminer la cérémonie au plus vite car on aura déjà rangé le curé dans une kangoo d’occasion. 

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Farida Belghoul

Fille d’un éboueur et d’une femme de ménage dans une fratrie de 5 enfants, elle est encartée au parti communiste quand elle rejoint Convergence 1984, la deuxième marche pour l’égalité et contre le racisme. « Elle est arrivée dans notre collectif après la marche en 1984 – elle n’a eu de cesse de casser ce collectif en nous accusant d’être des intégristes  du repli communautaire – que nous étions pour l’endogamie – que nous voulions un mouvement d’arabes alors qu’elle voulait créer un mouvement antiraciste generaliste ouvert en génereux », raconte un marcheur de 1983, «elle a abandonné ses troupes en ne leur fixant pas de perspectives et s’est consacrée à sa vie personnelle». 

Elle est alors en maîtrise d’économie et a réalisé deux films qu’on imagine subventionnés par le PCF ou une MJC quelconque. A Tolbiac, elle a dirigé durant deux ans le cercle communiste et a ferraillé contre Julien Dray, le trotsko du coin. Elle publie un roman Georgette que réédite Kontre-Kulture, la maison de son ami Soral. Elle se marie, opère un virage vers le soufisme et devient professeur de français et d’histoire-géographie dans un lycée technologique. Elle aurait découvert à cette occasion la misère de l’éducation nationale en banlieue et se désole du niveau des élèves. Farida sort la copie d’un de ses élèves scolarisé, en terminale professionnelle maintenance. C’est la copie d’une dictée. «Et voilà le résultat :"Gavroch rempait a plat ventre, galopé a quatres pâttes, prennait sont paniè au dents, ceux tordair, glissait, ondulait, cerpenté d’un mort à l’otre."»

En 2007, elle retire ses trois enfants, Meriem, Hussein, et Zine, de l’école publique et leur fait cours dans son pavillon de Bezons (Val-d’Oise) présenté par Libération en 2008, comme un simple F3. Libé la trouve alors, drôle comme tout. C’est de là que naît son projet de cours particuliers pour les enfants perdus, le Reid (pour Remédiation éducative individualisée à domicile). Elle ne trouve pas les financements. On l’avait vu arpenter les bureaux de Martin Hirsch, Haut commissaire aux solidarités nouvelles, à la quête de subventions ou de publicité.

«Je ne compte plus sur les financements publics. Je n’y crois plus. Mon dernier recours est de m’adresser à la société civile. Si 25 000 personnes donnent chacune 10 euros pour ce projet, la somme permet de couvrir la totalité des frais de la première année de fonctionnement du Reid. J’ai déjà créé moi-même l’association loi 1901. Tout est prêt : les jeunes candidats au Reid attendent, les instructeurs sont disponibles, le programme est conçu, il ne manque que l’argent. Nous voulons démarrer en septembre 2008. Il y a même un comité d’experts qui se constitue pour suivre ce dispositif. Ce seront des experts qui connaissent le terrain, pas des experts d’en haut qui noieraient le poisson. Des enseignants de lycée professionnel notamment.»

La réalisatrice Samia Chala avait filmé un huis-clos paranoïde voulue par une mère qui craignait que l’école ne transforme ses enfants en « barbares »« Je ne peux pas sauver mes élèves, mais je peux vous sauver vous », répond-elle à sa fille de 14 ans qui lui répète que l’école et ses amis lui manquent. « Méthodes d’apprentissages bidons, programmes bidons. On fabrique des délinquants, demain des barbares », souffle Farida Belghoul. Deux ans plus tard, elle revient en politique, soutenant la candidature de Dominique de Villepin à la présidence. « Elle a essayé de m’enrôler », se souvient Nordine Gasmi, un ancien du Mouvement de l’immigration et des banlieues, ancêtre des Indigènes de la République.

Sur Internet, Farida Belghoul a testé l’impact des vidéos vite montées, vite postées et diffusées sous le label « télé libre ». Depuis plusieurs mois, elle donne libre cours à ses obsessions : la faillite de l’éducation nationale, le parti socialiste « allié aux homosexuels » ou les complots des étudiants juifs de France derrière SOS Racisme. Visiblement la CAF et le salafisme y sont épargnés.  On y apprend que des étudiants juifs ont importé le rap en banlieue « dans une opération de destruction de la jeunesse ».  Doublant Adjani sur sa droite, elle a proposé sur les ondes de Radio camp des saints l’« année de la robe… puisque la théorie du genre veut de manière définitive nous faire porter le pantalon ! ». Farida Belghoul dit sa haine du projet tertio-républicain : "Couper l’école de l’église, de la religion, du ciel, d’une certaine façon." Marianne a remplacé le Christ dans les salles de classe. Une Marianne qu’en 2013 on a choisi d’incarner en une "Femen hystérique", tandis que le ministère de l’Éducation s’applique à faire des jeunes des "LGBT" (du nom du mouvement Lesbien, Gay, Bi, Trans) en puissance et à mettre à bas l’identité masculine – quitte à pousser les petits garçons à la masturbation puis à la mutilation. Elle a évidemment reçu de la part de Dieudonné, une quenelle d’or.

Mediapart / Le Monde /  Libération / Le Point / BAM

 Ludovine Dutheil de la Rochère, de son nom de jeune fille Ludovine Megret de Serigny d’Etigny, fille d’un cadre bancaire et d’une mère au foyer, ancienne pensionnaire de la maison d’éducation de la Légion d’honneur et mère de quatre enfants. « J’ai grandi entourée d’une vingtaine de cousins germains et de trois frères. Aujourd’hui, deux d’entre eux vivent en Amérique du Sud, nous nous parlons chaque semaine sur Skype. ». Cette ancienne professeurE d’histoire-géographie qui fume comme un pompier en mission se déclare fière d’avoir réussi son capes du premier coup mais botte en touche quand il s’agit d’évoquer le concours d’entrée de l’école des chartes. En 1999, elle est engagée par la revue conservatrice-libérale, Commentaire en tant que secrétaire générale. Elle rejoint, en 2003, l’équipe de com’ de la conférence épiscopale où elle rencontre Frigide Barjot qui a aussi ses entrées. Enfin elle est adlectée au sein de la fondation Jérôme Lejeune, bastion français du national-lapinisme intégral. « Pour moi, l’homme est au cœur de la cité et la cité est au service de l’homme. L’homme est le cœur de tous les sujets. La cité est le fait de vivre ensemble et le fait d’être là pour chacune des personnes. C’est ça qui me “drive”. Quelles que soient les fonctions que j’aie pu occuper, c’est toujours ça qui m’a guidée. »

Tugdual Derville, forrest gump résilient vendéen, père de 6 enfants, diplômé de la petite école des porcs d’Etat (sciences-pipo) et de l’ESSEC, il est le fondateur du site Ecologie humaine avec Pierre-Yves Gomez, économiste et Gilles Hériard Dubreuil, spécialiste du développement durable. La CroixPèlerin et La Vie ont beaucoup relayé le lancement de ce groupe de réflexion. Sur Internet, la "cathosphère" ( l’ensemble des blogs et des sites qui se revendiquent catholiques) se sont aussi montrés très intéressés par ce think tank. Deuxième d’une famille de quatre enfants, il ne comprend rien de ce qu’on lui demande à l’école, se croit un cancre. Deux premières, trois terminales, trois baccalauréats de français… « La dyslexie a été une énorme souffrance, relit-il. Le cerveau est vraiment fait différemment, c’est une contrainte de tous les jours, jusqu’à la fin de sa vie. ». En 1994, il dirige l’alliance Vita créée par Christine Boutin dont il est, désormais le délégué général. En 1999, il organise le mouvement anti-pacs avec le succès que l’on sait. Son frère est le directeur spirituel de la prélature de l’Opus Dei dont le bon Tugdual semble appliquer les sages conseils compassionnels néo-franquistes. Aussi, sur les conseils de son père spirituel de 87 ans, cet ­ultra-actif se plonge chaque matin dans son « sanctuaire » intérieur. En outre, il donne des conférences à la fondation Guilé, sise en Suisse. Celle-ci se charge de sensibiliser les acteurs économiques aux grands dangers de notre temps comme la laïcité. Cette fondation a témoigné devant l’OSCE contre la « laïcité à la française » et fait du lobbying intensif pour obtenir des sanctions économiques contre la France. Elle offre, par ailleurs, aux « décideurs » des « conditions  privilégiées d’échanges interdisciplinaires et des parcours d’enrichissement personnel dans des lieux et des moments de qualité ». Il est aussi proche des légionnaires du Christ, une congrégation de prêtres catholiques. Elle forme de très jeunes garçons à rejoindre la militia christi des temps modernes. Son fondateur, l’Abbé Marcial Maciel, vénéré comme un Saint vivant par le Pape Jean-Paul II, fut débarqué lorsque les témoignages s’accumulèrent. En effet, l’abbé, sans doute inspiré par le Baphomet des templiers, avait tendance à sodomiser en série quelques jeunes recrues. Scicluna, responsable de l’instruction des crimes sexuels au sein de la Congrégation pour la doctrine de la foi, fut mandaté par son patron, le cardinal Ratzinger pour enquêter. Les témoignages concordent sur le mode opératoire. Prétextant être malade, Maciel s’alitait et faisait appeler un petit séminariste dans sa chambre. Il le forçait à le masturber pour apaiser ses douleurs. Puis il infusait le saint esprit de ses gonades dans le fion de ses victimes. Le prêtre leur faisait jurer de garder le silence, assurant qu’il avait pour cela une permission spéciale du pape. Miséricordieux, il allait jusqu’à donner l’absolution aux garçons qui se sentaient coupables. On apprendra en 2009 que Maciel, par ailleurs toxicomane, avait eu trois enfants de deux femmes différentes. Il y a quelques jours, le 1er mai, le Vatican déclarait que l’homme était un imposteur : "Les comportements très graves et immoraux du père Maciel, confirmés par des témoignages irréfutables, se présentent parfois comme de vrais délits et démontrent une vie sans scrupule ni authentique sentiment religieux." mais Tugdual connaît bien les mille et un tours du Malin et la sagacité de l’Eglise militante. Sa confiance n’en est qu’accrue.

Béatrice Bourges : Désignée par The Independent comme la femme la plus dangereuse de France, une sorte de nouvelle Jeanne d’Arc selon Shakespeare, elle est l’autricE de l’insignifiant, l’homoparentalité en question, dont elle assure elle-même la promotion. Elle souligne ses racines auvergnates mais est née en Algérie, elle est la fille d’un père ingénieur chez Total et d’une mère graphologue et mène des études de droit, puis entame un 3e cycle à HEC ; de 1988 à 1997, elle collabore avec le RPR Franck Borotra, au Conseil général des Yvelines puis à l’Assemblée nationale. En 2002, elle se présente aux législatives, dans ce même département, sous l’étiquette "divers-droite" et obtient 7,8% des suffrages. Celle qui se décrit volontiers comme "pugnace" récidive en 2012, (7,1%) soutenue, cette fois, par le Parti chrétien démocrate. Intarissable sur la famille, son union, son rôle primordial de cellule de la société, elle est divorcée et remariée. Spécialisée dans le domaine de l’action parallèle, elle vient de créer sa société de coaching et de formation en entreprise, évoquant son expérience en tant que "secrétaire générale d’une association de chefs d’entreprise" pendant dix ans. Elle compose la troisième figure du trio Jean-Claude Martinez, Christine Boutin parti à l’assaut de l’Assemblée soporifique des députés doryphores de Strasbourg où les douze étoiles de la Vierge qui ornent le drapeau de l’UE lui rappelleront la sienne, "j’ai une étoile là-haut, je ne la quitte pas des yeux", lâche-telle en regardant le plafond. Puis, quelques instants plus tard : "Certains vont penser que je suis malade, je le suis peut-être, peu importe".

Les Veilleurs : Ils sont jeunes et bien élevés du moins selon la norme petite-bourgeoise élargie, mais comme Marie-Capucine ont connu des heures de gardes à vue. Peut-être, à l’instar de Nicolas qui s’est vu affublé de 2 mois ferme de prison, ont-ils assisté, expérience insoutenable, à un rapport anal entre deux transsexuels tandis qu’ils récitaient le Notre Père frappés d’une turgescence désagréable ? On leur a jeté leur plateau-repas au sol, on ne leur a pas dit « bonjour, Monsieur ou Mademoiselle », on leur a distribué un petit coup de matraque et peut-être ont-ils aimé cela (le voies du Malin sont si chamarrées), aussi les Veilleurs sont des martyres de la foi dans un monde de brutes totalitaires socialo-franc-maçonnes. « J’ai l’impression de jouer un rôle pour mon pays. » crie Marie-Capucine. Samuel a été poignardé par des racailles, les réseaux asociaux bruissent de rumeurs de représailles organisées en coulisse par le Béria franco-sioniste-métèque, Manuel Valls. Articulé sur la démonstration publique et commune de leur foi, leur éveil est tissé de paranoïa infantile. Les voici prisonniers politiques quand on les embarque au commissariat pour une garde à vue ou montant des campings pour tous afin de dénoncer les mensonges pour tous car tout est pour tous, chez ces garnements pneumatiques prenant en charge le troupeau des hyliques pervertis par l’athéisme d’Etat et ses écoles marxistes. Madeleine fut encartée à l’UMP dès l’âge de 16 ans mais refuse l’hédonisme et la médiocrité. C’est la génération rebelle selon Valeurs Actuelles, on a juste envie de leur dire, rentrez chez vous dans 20 ans, vous serez notaires, cadres, haut ou bas fonctionnaires voire pharmaciens.

Marion Maréchal (nous voilà)-Le Pen

Arnaud Stephan, pseudo d’un quadragénaire, est plus qu’un simple collaborateur parlementaire : conseiller médias et communication de la députée du Vaucluse, il gère dans l’ombre sa trajectoire politique.  Sous son véritable nom, le consigliere est issu des JAN (les Jeunesses d’action nationaliste, dissidents du FN). Il fut l’homme de confiance de l’ex-conseiller régional d’Ile-de-France Jean-François Touzé, qui a alterné postes de responsabilités au FN et années de dissidence envers Jean-Marie Le Pen.

Pendant vingt ans, il a fréquenté les groupuscules de Touzé : Espace nouveau, Alliance populaire, Parti national républicain (PNR – dont il est secrétaire général et candidat aux législatives en 1997), fusion entre le CNI (Cercle national des indépendants) et le PNR, en 1998, Nouvelle Droite républicaine (NDR) en 2008. Il collabore alors à plusieurs revues, Persiste et signeLe Choc du mois ou encore Patrie liberté. Entre 1991 et 1993, il intègre le directoire du GRECE (Groupement de recherche et d’études pour la civilisation européenne), où il gère les relations presse et les « initiatives culturelles ».

C’est donc un médiateur culturel.

Comme d’autres membres de l’équipe Maréchal-Le Pen, Arnaud Stephan est arrivé sur la planète Le Pen par l’intermédiaire de Yann, la sœur cadette de Marine. La mère de la députée tient une place importante dans le dispositif. A la tête de la direction nationale des grandes manifestations frontistes, « elle la conseille sur sa façon de faire de la politique, explique Arnaud Stephan. On discute, on prépare des émissions ensemble, parfois à Saint-Cloud, au domicile de sa mère, dans un cadre familier »« Elles sont très proches et très fusionnelles », confirme Maxime Ango-Bonnefon, un mariniste-gollnischiste. « C’est un soutien de vie », tempère Marion Maréchal.

Autre personnage clé dans la construction de son identité politique, son père, Samuel qui fut le président du FNJ dans les années 1990 et l’un des artisans de la stratégie de « dédiabolisation » mégrétiste. « C’est son plus proche conseiller », assure Maxime Ango-Bonnefon. Retiré de la politique, à la tête d’une société de conseil aux entreprises ivoiriennes à Paris et Abidjan, il a « encore quelques réseaux, notamment dans la communication », raconte Rémy Rayé. « Il fait partie de mes exemples politiques, il a marqué les esprits, il a participé à façonner le concept de “ni droite ni gauche” », explique la députée frontiste.

Marion Maréchal s’est aussi entourée, la première année, d’une assistante parlementaire passée par le GUD (Groupe union défense) à Lyon. Victoria Dufour, 23 ans. Son père, Marc Dufour, un ancien des groupes Yann Tran Long, ancienne figure de la FANE et mercenaire à ses heures perdues, figure parmi les militants « très actifs » du noyau d’une trentaine de personnes fédérées à Carpentras, selon les assistants parlementaires de la députée. En juin 2012, il expliquait au Nouvel Observateur avoir « commencé à activer les réseaux » en amont des législatives. C’est lui qui pilote aujourd’hui la logistique de la campagne du suppléant de Marion Maréchal à Carpentras. « On se voit souvent, je le connais bien. Il fait partie du cercle amical de Marion », raconte Rémy Rayé. Sa femme, Antonia Soton, milite elle aussi pour Marion Maréchal. Elle a surtout été citée dans l’affaire Dulcie September, cette représentante du Congrès national africain (ANC) en France, assassinée en 1988. À l’époque compagne de l’ancien chef du GUD et mercenaire Richard Rouget, Soton a expliqué à un journaliste l’avoir aidé à surveiller des militants de l’ANC.

Aujourd’hui, le GUD est toujours présent dans la vie d’Antonia : sur sa page Facebook, où elle affiche l’emblème ; dans les « dîners celtiques » auxquels elle participe ; et à travers les anciens gudards qu’elle fréquente (Frédéric Chatillon, vieil ami de Marine Le Pen ; Marie-Dominique Klein, dont le fils, Édouard Klein, a relancé le GUD en 2010). Elle côtoie parallèlement toute une galaxie catholique traditionaliste, à travers l’institution Saint-Louis, où elle enseigne. Elle conserve des liens étroits avec Yann Tran Long, avec qui elle a créé en 2012 « Veni Sancte Spiritus », une association catholique traditionaliste où l’on retrouve au poste de trésorier Benoît Rigolot, l’expert-comptable qui a contrôlé les comptes du micro-parti de Marine Le Pen.

D’un peu et on se croirait dans le Da Vinci God.

C’est à Lyon, épicentre de la droite catholique identitaire, que l’on trouve les autres « cercles politiques » et « amicaux » de Marion Maréchal nous voilà. À commencer par les dirigeants du FNJ, les Lyonnais Julien Rochedy et Paul-Alexandre Martin. La députée les considère comme « des amis » et a effectué « des déplacements à l’étranger avec eux, car ils aiment entretenir les liens avec les autres partis européens ». Comme en septembre, lorsqu’ils sont reçus par le Vlaams Belang, parti populiste flamand, ou en juin, lorsqu’ils rencontrent en Suède plusieurs homologues européens. C’est aussi à Lyon qu’est installée Janus International, la société qui gère sa communication sur Internet. Derrière cette agence « spécialisée dans l’intelligence économique, la communication de crise et le Web politique », on trouve Olivier Giot-Bordot et Sylvain Roussillon, issus des rangs de l’Action française. Contacté, le premier ne fait pas mystère de sa « formation politique » et estime « avoir cette chance, en tant que maurrassien, d’être indépendant ». Cette « collusion » se serait faite « dans le giron de la Manif pour tous », selon Julien Rochedy.

Car pour acquérir une certaine autonomie par rapport à l’appareil frontiste, Marion Maréchal s’est appuyée sur la nébuleuse des anti-mariage pour tous. Elle-même le reconnaît, « on est assez autonomes, j’ai ma fédération dans le Vaucluse avec Hervé (de Lépinau) ». Jean-Marie Le Pen ? « Je l’appelle peu, je le vois peu. Même Marine Le Pen, je la vois assez peu. » Quant à la demeure familiale, à Montretout, elle n’y « passe quasiment plus. Ce n’est plus un lieu politique comme ça a été le cas avant ». Pour se construire ses propres réseaux, elle a profité du discrédit de Marine Le Pen auprès de la frange catholique de l’extrême droite, agacée par sa « dédiabolisation » et son absence des « manifs pour tous ». « Marion a pris un positionnement très clair, elle était présente à toutes les manifestations contre le mariage homosexuel. Elle séduit cet électorat-là », glisse Maxime Ango-Bonnefon.

Elle est donc allée soutenir Nicolas Bernard-Buss, le martyre anti-mariage pour tous condamné pour rébellion, et plusieurs mouvements spécialisés dans le happening catholique (les Veilleurs, les Sentinelles).

La députée s’exprime dans Présent, quotidien de la droite catholique traditionaliste, elle monte au créneau contre la recherche sur l’embryon et contre l’IVG, qu’elle souhaite « dérembourser » pour « responsabiliser les femmes », et a récemment demandé la suppression d’un article du projet de loi sur l’égalité hommes-femmes visant à protéger les femmes étrangères victimes de violences. En mai, elle s’est rendue au pèlerinage de Chartres où elle a reçu un « accueil sensationnel », selon son entourage. « Elle est bien accueillie par ces manifestants, par le Printemps français, même si la plupart ne sont souvent pas des frontistes, mais plutôt des UMP, des centristes, des militants de l’UNI, des souverainistes tendance Dupont-Aignan ou RPF », raconte Rémy Rayé.

Pour rayonner, le Printemps français est entré en contact avec Marion Maréchal. En août, elle a reçu une invitation pour leur université d’été. À Lyon, c’est l’association « les Enfants des Terreaux », (qui a défilé le 26 janvier avec « Jour de colère ») qui l’a approchée, via Olivier Giot-Bordot. À Paris, la députée frontiste est venue soutenir Béatrice Bourges, la porte-parole du Printemps français, en grève de la faim devant l’Assemblée nationale mais qui ne finira pas comme Bobby Sands. Elle s’est aussi rendue plusieurs fois au Carré parisien, « club d’événements » du 15e arrondissement où se croise le gratin des droites post-pétainistes. Le 15 juillet, elle y intervenait sur l’engagement des jeunes. Le 15 octobre, elle était invitée à la conférence du géopataphysicien Aymeric Chauprade. Ce jour-là, le rallye rassemblait des piliers du Printemps français (comme Frédéric Pichon) mais aussi des gudards (comme Édouard Klein).

Bénéficiant de réseaux solides, notamment au sein du Printemps français, Aymeric le conquérant conseille aussi bien Marine que Marion. « Ils ont une certaine complicité, ils travaillent beaucoup ensemble », confirme Maxime Ango-Bonnefon. « Je lui demande son avis sur certaines questions, comme la situation en Afrique. C’est quelqu’un de reconnu dans son domaine », estime-t-elle.

Dans le Vaucluse, l’assomption de la benjamine inquiète Roger Martin, son adversaire du Front de Gauche en déroute. « Sur les marchés, c’est comme si elle guérissait par l’imposition des mainsIl y a autour d’elle un phénomène médiatique qui va plus loin que Marine Le Pen ou Gilbert Collard. Elle est reçue comme la réincarnation de Jeanne d’Arc. » Cette année, les pompiers de Velleron, qui l’avaient déjà invitée à leur bal, ont posé avec la députée FN sur six des dix clichés de leur calendrier 2014.

A star is born.

Mediapart / BAM

 

 

 

Publié par : Memento Mouloud | février 4, 2014

Précis de guérilla urbaine par gros temps impérial

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Combattre en zone ouverte était le propre des armées, ce propre s’est évanoui à mesure que l’Urbs croissait sur la surface de la Terre comme une apoptose impossible. Le combat parmi le milliard de naufragés des bidonvilles sera bientôt un impératif. Comment distinguer un combattant d’un civil, comment avancer  dans ce dédale, l’épée de l’extermination suspendue telle un ultime fantasme. Ils ne trouvent plus d’eau à consommer, ils passent plus d’un jour en opération, les voici en manque de résilience, déjà traumatisés.

Ils se demandent comment rendre la ville transparente, il faut la peindre dans le noir profond de l’opaque. Le rire du combattant déchiqueté à la mitrailleuse lourde mais chargé à l’épinéphrine résonne toujours dans les synapses fragiles du combattant en charge du désordre consumériste établi. Entre ce dernier et son adversaire, un intervalle compris entre 0 et 200 mètres limite la possibilité de recourir au feu nourri. On peut donc cadrer la scène comme on dissèque une tortue mais il faut tourner l’axe de la caméra et observer la stupeur du flic planétaire qui ne résiste à la panique que claquemuré dans son bunker roulant ou derrière un écran de contrôle après que le drone a pilonné sa cible. Abu Ghraïb n’était pas une erreur ou l’application des leçons algériennes d’Aussaresses mais le nécessaire défoulement de soldats qui ont appris à combattre dans quelques jeux vidéos. Ils entassent les corps comme ils ont fourgué à la poubelle leurs dernières consoles. Ils s’amusent et puis jettent. Ce sont les sentinelles d’une civilisation qui ne sait plus ce qu’elle est et se consume dans l’entonnoir de ses souvenirs.

En novembre-décembre 2004, les forces de la coalition américano-britannique perdirent 99 hommes et eurent 570 blessés lors de la reprise de Falloujah. Ils surent enterrer leurs morts, ils ne surent pas panser les survivants. Ils en sont incapables. Un survivant coûte cher, un estropié témoigne pour la vanité des combats de l’Empire. Quant aux morts, leur décompte est comme la sonnerie aux adieux dès qu’il dépasse le millier. L’Empire est contraint au mercenariat et le mercenariat se paye d’une instabilité chronique et d’une corruption nécessaire. La guerre en zone urbaine nécessite un ratio minimum de 4 assaillants contre 1 défenseur. A Mogadiscio, il atteignit les 25 contre 1. La débauche de moyens en est la conséquence. La gabegie aussi.

Comment penser la ville du côté de l’Empire ? L’espace y est cloisonné et interdit la liberté absolue/relative de manœuvre, il est tridimensionnel, enfin il est saturé de civils. Quand elle progresse en force compacte, l’infanterie est vulnérable. Le chasseur devient proie d’une mine, d’un explosif quelconque, d’une embuscade. La ville peut se transformer en tombeau des forces assaillantes. L’issue du combat est donc aléatoire et le soldat le sait. Au premier camarade qui s’effondre c’est toute la chaîne qui menace de s’effriter par la contagion mimétique de la peur et de la folie exterminatrice.

La ville est un mille-feuille vertical.

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Tenir le haut ne suffit pas parce que le haut lui-même est une cible facile. Un snipper n’occupe jamais une terrasse. Le lieu souterrain est un espace mixte militaro-civil. L’Empire tient dans ses plans, la nature matérielle des sous-sols pour savoir quelles armes utiliser mais il ne peut enterrer vivants des milliers de personnes sans se considérer lui-même comme barbare. Il peut taire sa barbarie mais ce silence ne dure pas. Et la modernité, même liquide, se veut promesse de paix et non fleuve de sang. Enfin la ville dispose toujours de réseaux d’alimentation et quand elle est encore industrielle, d’usines chimiques. Quelques transformateurs au PCB peuvent ainsi se transformer en matrices de contamination et un soldat de l’Empire est un soldat éduqué. Il sait bien que ce genre de contamination est rarement réversible.

L’Empire conçoit les zones climatiques chaudes comme un réservoir d’incendies émeutiers. La condition tropicale est comme promise au déferlement de Pougatchev basanés qui naîtraient des rayons solaires. Entre les deux tropiques et poussant sur les contreforts méditerranéens, régnerait une folie déterminée au degré Fahrenheit près. La ville est aussi un substrat épidémique adéquat. On fait mine de s’inquiéter mais on prépare la guerre biologique indirecte. Les leçons du blocus de l’Allemagne impériale n’ont pas été oubliées. La faim est l’ultime alliée des puissances occupantes.

La communauté est le terreau de la guérilla car l’irrégulier n’est pas un combattant appointé. Sans un groupe, il est  perdu sur la voie putassière du terrorisme. Il finit par se vendre au plus offrant, au plus fourbe, au plus malin. Et la réduction à la figure du terroriste est l’arme de tout empire parce qu’un terroriste est l’ennemi du genre humain et pas seulement de quelques soldats ou d’une puissance étrangère. Le plus sûr moyen d’en finir avec toute résistance est de disloquer les communautés en atomes opportunistes puis en groupes d’intérêts. Il faut clairement que la stratégie de combat s’avère perdante, dans tous les sens du terme. A la fin de la guerre en cours, ce pourquoi on combattait n’existera plus. L’agonistique aura fait place au non-sens, à la folie meurtrière de celui qui tue pour tuer dans une série linéaire sans fin.

Aussi tant qu’une communauté subsiste, la guerre est une option ouverte.

Le préalable de toute occupation victorieuse d’une ville quelconque est donc l’évacuation de la population dite civile, re-territorialisée dans l’espace expérimental et pérenne mais toujours invoqué comme passager, des camps de réfugiés. On y trouve toujours les supplétifs nécessaires, les espions et délateurs et les candidats au rêve occidental du consumérisme à portée de main et de bourses.

L’Empire est le maître des tuyaux. Ravitailler son corps expéditionnaire est un impératif. Jouer de la fluidité est la réplique de l’irrégulier. Un lance-roquette à charge thermo-barique suffit donc à occasionner des dégâts et à semer la panique dès lors qu’il n’est pas attendu. La ville se couvre de murs d’enceinte et de corridors, l’irrégulier fait usage de ses portables, la NSA entre alors dans l’arène. Dans tous les cas, l’assaillant est conduit à l’attrition ou, par défaut, à la tactique des raids ou à celle de l’anéantissement. On ne peut détruire en quelques coups au but, une composition acéphale. Seulement les impériaux savent que la destruction des centres de gravité de l’adversaire nécessite l’appui de coalitions internes. Il faut promettre et lier avant de frapper.

Dès lors la pauvreté de l’irrégulier le contraint à découvrir le point de la courbe où sa force devient spirituelle quand le soldat impérial cherche le point de vanité mais aussi le cercle de bêtise où il plantera ses banderilles.

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Les capteurs TV et IR, même montés sur drone, atteignent vite leur limite en matière d’intelligence c’est-à-dire de transparence. Le déploiement de forces destinés à abattre un seul terroriste foireux à la Merah en témoigne. La transparence est un projet sans fin, parallèle aux processus de paix illimités et aux conférences et tables rondes qui n’en finissent jamais de redéployer les paris. La surprise nécessite une gamme élargie de traîtres, de renégats et de ralliés, elle est donc fondée sur le secret. Les impériaux ajoutent à ce paradoxe, une faille qui n’est pas réductible. Le combat en milieu urbain distille les chefferies en autant d’unités de pénétration, les nodes d’action. Selon la théorie en vigueur l’intégration des nodes en un schéma opérationnel a pour médiation la professionnalisation des troupes, soit leur devenir-cyborg. Ils produiront des matériaux plus légers et plus résistants, des ordinateurs miniaturisés, des capteurs quasi-invisibles. Le guerrier absolu sera en vue parce qu’il sera un guerrier programmable, un guerrier modulaire. Seulement la décentralisation de l’initiative augmente le degré d’incertitude et n’ajoute pas que du bruit à l’ordre du combat mais une variation proche du chaos. L’infra-tactique n’est pas le plan opérationnel qui n’est pas le plan stratégique si bien que l’émergence ajoute ses dimensions à toute opération en cours. Quels adversaires finissent par sélectionner les troupes d’assaut impériales sinon des monstres arctiques ou des concrétions d’hyliques en furie ?

L’appui aérien des nodes d’action est entravé par la prolifération des missiles sol-air et des RPG qui, par saturation, perturbent les détecteurs de départ. Quant à la seule chaleur, elle est réfléchie par le sol méditerranéen ou sahélien. Combattre dans la fournaise est comme s’aventurer sans troisième œil absolu dans le fatras du combat urbain. Les impériaux répliqueront par un balais ininterrompu d’aéronefs hétérogènes qui finiront par se percuter, composant une symphonie de Stockhausen pour des oreilles aux tympans troués. Quand des pilotes, en manœuvre, s’écrasent régulièrement sur des maisons ou tranchent des fils de téléphérique, il est indubitable qu’ils seront les hommes les plus meurtriers dès lors que le combat est en cours. Mais ils ne tueront pas des irréguliers. Quand les communiqués impériaux s’excusent de quelques dommages collatéraux, ils savent qu’ils ont perdu de nouveaux appuis et que l’opportunisme s’accommode mal des mistake’s massacres qu’ils génèrent à mesure que le temps enlise la guerre dans l’habitude.

On dit que le temps c’est de l’argent mais c’est une vue de l’esprit. Le Temps est ce qui convoque l’argent à son point de vanité. Le temps transforme les planches à billets des banques centrales en volutes.

Les israéliens reprochaient au Hezbollah de placer des robes de mariées immaculées, des jouets ou des poupées sur les tas de gravats après le passage de leurs bombardiers mais le passeport de Mohamed Atta, lui aussi, était comme sorti du pressing où les identités se falsifient. Pour échapper à la précision des bombardiers de l’Empire, qui peuvent changer de cible et choisir un armement adéquat en trois minutes et bientôt 15 secondes, il faut combattre léger, combattre indistinct, combattre dans la dimension du quelconque. Que restera t-il alors à cibler ?

Ils finiront par placer toute la ville insurgée sous surveillance aérienne, c’est-à-dire permanente. Les Unmanned Aerial Vehicles seront les gardiens aux yeux farouches évoluant à moyenne altitude tels des vautours ou des aigles. Fossoyeurs, éboueurs et chasseurs tels seront les impériaux. Ils pourront nommer leurs ennemis des rats ou des renards, les irréguliers seront comme les loups affamés venant en meute sereine prendre le pouls d’une opération-surprise avant de se retirer et de se disperser parmi les dividuels de la foule.

Si on part du principe qu’un aéroport près d’une zone urbaine est un point d’entrée tactique et un nœud logistique pour toute force impériale, les irréguliers ne doivent pas attendre que les troupes l’aient cadenassé et rendu opérationnel. Il faut, nécessairement le détruire, de fonds en comble. Une piste de 2500 à 3 mille mètres de long ne s’édifie pas en un jour dès lors que la périurbanisation et sa lèpre de bidonvilles et de gated communities repoussent sa reconstruction à une centaine de kilomètres de la zone de combat, ce qui nécessite du temps et quelques prouesses logistiques donc un étirement des lignes de communication et une certaine fragilité dans l’édifice. Il faut être aussi con que Saddam Hussein pour laisser la base Cobra américaine se construire brique par brique à 150 kilomètres de la frontière irakienne sans aucun harcèlement, ni tentative d’infiltration.

Le combat urbain est un combat où les combattants s’étripent en se regardant. On ne tue pas son adversaire par erreur. En revanche les appuis aériens des troupes d’assaut impériale sont suspendus au signal, c’est donc ce signal, de fait cette identification, dont le sens va du flou au précis, qu’il faut détraquer. Infiltrer des irréguliers dans les rangs des impériaux, en convaincre certains de lâcher prise voire de se retourner, pousser d’autres à la psychose paranoïde sont des options classiques, de même que s’emparer d’un GPS et en recharger à l’instant la batterie. La frappe risque alors de confondre l’ami et l’ennemi en une même cible. Trois tirs de ce genre et la confiance en l’appui disparaît. Le node doit stopper sa progression.

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Le piège posé par les impériaux est des plus retors. Dès lors qu’ils interviennent, ils n’exercent pas simplement une action militaire, ils induisent en creux un ordre souverain en formation et contraignent l’irrégulier à la guerre civile. Le spectre de la Terreur plane sur le combattant parce qu’il est défini comme un criminel et qu’il se défend de cette accusation en adoptant un discours contre-souverain qui ne peut que susciter d’autres ennemis. Ce que créent les impériaux c’est un contre-noyau étatique en formation qui ne pourra coaguler qu’en réclamant le monopole de la contrainte violente qui ordonne les bienfaits du marché et leur distribution inégale. L’irrégulier est pris dans le filet du désenchantement, il est privé de sa force spirituelle et réduit à la sphère du calcul infra-machiavélien. Il doit s’adosser à plus puissant que lui ou composer avec l’administration impériale. Dans les deux cas, il est dépossédé de son combat pour ne plus être qu’une faction à la recherche de prébendes. Il peut gagner mais ce qu’il gagne c’est le mépris de lui-même ou un narcissisme de survivant.

David Kilcullen a mis en forme powerpoint le mode opératoire de la contre-insurrection. Il ne délivre pas une doctrine, il œuvre dans le marketing de la réunion tupperware pour gradés et futurs généraux. Dans les batailles impériales récentes, le nombre de généraux augmente, celui des capitaines et des lieutenants diminue. Il s’en suit que la contre-insurrection est le masque d’une guerre qui se perpétue pour distribuer commandes et prébendes. Les impériaux ne combattent pas pour défendre des valeurs et une légitimité quelconque parce qu’ils n’ont aucune valeur mais des procédures à adapter. Les destructions sont nécessaires quand un acteur a franchi les bornes tracées par le serpent de la norme et que l’acteur en question ne dispose pas du feu nucléaire. Les impériaux frappent alors mais c’est pour rappeler les règles établies de l’état de non-droit qu’ils défendent de zones off-shore en discours d’apparat.

Les impériaux ont pour tâche d’empêcher toute coalition. Ils ne font pas la guerre, ils organisent une police efficace. Ils ne traitent pas des discours. Ils modèlent des corps. Ils ne s’occupent pas de savoir et chercher, ils autopsient et dissèquent. De toute façon ils savent. Quand un homme ne répond pas à la question, « quel est ton prix ? », par une évaluation chiffrée en dollars, modeste ou non, ils savent que c’est un fou, un révolutionnaire ou un ennemi, voire les 3 à la fois. L’Empire n’est pas celui du moindre mal mais de l’Optimum, il est inconcevable qu’on puisse le combattre au nom du Bien ou du Mieux. Celui qui le combat incarne le Mal, point à la ligne.

Les impériaux ont donc innové. Ils n’utilisent pas des outils cartographiques et des graphes pour rien. Quand ils n’envoient pas des troupes, ils font occuper par des petit-bourgeois et des désoeuvrés et naufragés quelques places du monde pour que l’épiphanie du monde optimal commence par le renversement du Tyran honni, de n’importe quel tyran trop usé. Comme Auguste, en son temps, l’Empire promet une paix éternelle, non pas celle des cimetières mais des boutiques virtuelles et leurs amoncellements de ringards et d’envieux.

L’Empire demande de nouveau, « quel est ton prix ? ».

Le Joint Special Operations Command a trouvé son ennemi rêvé parmi les membres d’Al-Qaïda, il peut donc continuer la série des tortures, celles des informations et pour finir celle des raids. A la fin, seul le hasard de Cournot triomphe et les couilles arrachées d’un chahid ne comptent pas plus que la série des sorcières exorcisées sur les bûchers. John et ses potes ont fait du bon boulot, bien qu’un peu répétitif, Rachid et Samir aussi, ils viennent de faire sauter un hôpital, le Command Post of the Future n’a plus qu’à cartographier la zone.

« Au moment où les nations de la région s’engageaient sur la voie des réformes économiques, de l’allégement des tensions ethniques et de l’élargissement de la société civile, Belgrade semblait prendre un malin plaisir à aller en sens contraire. Pas étonnant que l’OTAN et la Yougoslavie aient fini par entrer en collision. La meilleure explication de la guerre de l’OTAN réside dans la résistance de la Yougoslavie à la réforme économique et politique et non dans les mauvais traitements infligés aux albanais du Kosovo » car les mauvais traitements ne sont pas incompatibles avec les lois du marché. Selon certaines modalités et conditions, elles en sont même un adjuvant suffisant et nécessaire.

L’ennemi de l’Empire, c’était le partisan chtonien et/ou le révolutionnaire marxiste-ubiquiste. La déterritorialisation et son processus accéléré ont abattu le premier et rendu le second obsolète. L’irrégulier se bat en jonction avec une communauté inavouée parce que sans substance ni prédicat. La Terre et l’avenir lui ont été soustraits, reste le dégoût. La querelle des valeurs n’est plus, la guerre fait rage autour de normes indécises qui tanguent entre le fait et le droit. Les Etats-Unis, le Canada, Israël, pour ne causer que des Etats dits démocratiques autorisent la torture et l’espionnage illimité de leurs ressortissants, toujours suspects de virer leur cuti car manipuler un criminel, un voyou voire un terroriste est dans l’ordre des choses policières mais détecter le devenir-ennemi d’un dividuel ou l’émergence d’une coalition ressort d’une autre logique.

Dès lors, les impériaux ne déploient pas leur force en vue d’une conquête, d’une administration fiscale et d’une mise en valeur marchande des territoires, ils génèrent des réseaux et des clients. Ils forment des forces de sécurité locale, cooptent des seigneurs de la guerre, établissent une base logistique et laissent émerger quelques segments d’HUMINT qui sont le complément de l’œil absolu et planétaire. Un chiasme  s’ouvre parmi le dispositif impérial. L’ordre exécutif AQ EXORD permet au Joint Special Operations Command de mener des opérations dans une vingtaine de pays en attendant le monde entier et, depuis 2008, la CIA rénovée est adossée aux bombardements sans pilotes des drones. Le Princeps de la Cosmopolis ne demande pas la destruction de l’ennemi présumé, les braves gars d’Al-Qaïda. Il ordonne d’en user jusqu’à la moelle la force fantomale et réactive, de transformer la chaîne terroriste number one en levier d’une opération plus large de prise de contrôle de régions entières, contrôle qui se désigne du nom de Partenariat.

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Il existe donc un partenariat trans-saharien et des bases de drones aux Seychelles voire des réseaux glocaux comme celui d’Africom. Il est toujours possible de recruter par dizaines de milliers des miliciens choisis parmi les réfractaires supposés puis de les laisser en butte aux mesures répressives de leurs ennemis locaux, eux-mêmes cooptés. La scissiparité de la lutte armée en factions rivales est un réservoir sans fin de membres des escadrons de la mort, qu’ils soient policiers ou terroristes. De l’armée argentine ou mexicaine au state-building irakien et afghan, la logique est imparable. Dès lors qu’une armée a pour cible un supposé ennemi intérieur, elle perd sa discipline, se corrompt, gère des archipels concentrationnaires où elle transforme une partie de ses personnels en tortionnaires, monte des coups foireux et des opérations d’intoxication à tiroirs et finit par se révéler incapable de mener une véritable guerre et d’accomplir sa mission usuelle, la protection des intérêts d’un peuple souverain. Cette logique là est parfaitement fractale, elle révèle le fonctionnement réel de l’Empire.

 L’état d’exception et la loi martiale se confondent. Voici le bilan tiré de l’opération Phoenix lancée par les Etats-Unis, au Vietnam, « s’appuyant sur une structure décentralisée répliquant celle du Vietcong, reposant essentiellement sur les milices rurales encadrées par la CIA ou les forces spéciales, Phoenix est responsable de la neutralisation de près de 80 mille cadres de l’insurrection entre 1968 et 1972. Accusé d’être un programme d’assassinats ou de reposer sur la sous-traitance à des mercenaires ou à des éléments incontrôlables, il semble bien au contraire que Phoenix soit une illustration de l’usage sélectif de la force. Non seulement la force militaire (bien que seuls un tiers des cadres neutralisés aient été tués au combat) mais également la coercition judiciaire (car la neutralisation s’opère dans le cadre de la loi). Du reste, en dépit des dérives, la qualité du renseignement obtenu explique le rôle majeur joué par Phoenix dans la désorganisation du Vietcong ». Ce qui revient à dire que Phoenix est un modèle et que la torture, même déléguée à des mercenaires ou à des « éléments incontrôlables » est une composante majeure de la loi impériale. Bien entendu, ce modèle peut emprunter au relativisme des études anthropologiques et réunir, comme dans le programme Human Terrain System, des officiers de renseignements, des spécialistes de l’action militaro-civile et des universitaires qui pourront, à l’instar des médecins, s’intégrer aux équipes pluridisciplinaires engagées dans les mises en condition et interrogatoires des cadres d’une insurrection quelconque.

Déjà le dispositif militaro-urbain reçoit plus de crédits qu’une quelconque antenne universitaire. Debord ou Deleuze font partie des références galonnées si bien que les armes de la critique ont viré vers la simple critique des usages les plus efficients des armes. L’armée disposée en de multiples nodes forme un essaim ou un nuage et elle agit comme le marché autorégulé dans la théorie d’Hayek. Les multiples attracteurs lui dictent ses objets d’étude et lui permettent de corriger ses erreurs. Il ne s’agit pas de gagner, juste de trouver à se poser sur un plateau éphémère, le meilleur des états possible du système (rebaptisé réseau). Avec cette particularité que l’objet d’étude en question doit être détruit ou ramené au simple bruit, une friction maîtrisable.

Une telle modalité articule la colonne d’airain de l’Etat et la machine de guerre. Celle-ci agit comme le dehors fascisant de l’ordre constitutionnel libéral global. Le destin d’Ariel Sharon en est un parfait résumé. Responsable de l’unité 101, il s’était fait une spécialité des raids punitifs et des assassinats de palestiniens considérés comme des ennemis à abattre sans distinction. Il fut aussi responsable de la campagne contre-insurrectionnelle de 1971-1972 dans Gaza et des tentatives qu’il fit de réduire la pression démographique de la zone via un accord d’émigration avec le Paraguay ou la simple déportation des bédouins, reconfigurant le théâtre d’opérations à coups de bulldozers, de liquidations ciblées, d’infiltrations et de mouchards. Chef de guerre, on lui attribue un rôle essentiel en 1973 comme en 1982. Enfin chef d’Etat, il sera conduit à retirer Gaza de la carte d’Eretz Israël avant de mourir débranché par les médecins de Tsahal. On lui reproche encore Sabra et Chatila comme si ce massacre perpétré par les phalanges libanaises lui revenait. Il lui revient bien des choses mais pas celle-ci.

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Il lui revient notamment d’avoir démontré par l’exemple que n’importe quel camp de réfugiés peut être investi et nettoyé à tout moment. Les pauvres resteront ce qu’ils sont, le continent noir du capitalisme mais le message envoyé est clair, ils sont vulnérables et leur promiscuité n’est un rempart pour personne. De plus, aucune larme ne sera versé.

« Notre déplacement à travers les immeubles repousse les insurgés dans les rues ou les allées, où nous les pourchassons ». Pauvres lapins affolés. « Ils doivent payer le prix fort. Tous les matins en se réveillant, ils doivent découvrir que dix à douze des leurs ont été tués, sans savoir ce qui s’est passé. A vous d’être créatifs, efficaces, ingénieux ». La tactique vaut pour un homme comme pour des dizaines de milliers. On coupe l’électricité, l’eau et le téléphone. On poste des snipers et des centres d’observation, mobiles ou fixes. On délimite une zone de sécurité. Personne n’entre ou ne sort. La traque commence. Les dégâts collatéraux sont légion mais ils sont divulgués en différé, le temps de préparer les mouchoirs et les communiqués.

Il faut porter la guerre dans l’Intime, non pas que la guerre n’ait jamais convoqué l’intime ni effranger celui-ci, mais la guerre en question est comme extraite du film Brazil, on meurt déchiqueté par une bombe dans un bureau ou un restaurant, à table ou dans son lit. On contemple un trou béant dans son mur ou son plafond, on nettoie quand c’est possible mais le niveau de merde monte toujours, c’est ce niveau là, ce lent niveau d’asphyxie que recherche l’assaillant impérial. Il ne te restera plus qu’à te soumettre ou à mourir. Telle est l’alternative.

Une palestinienne disait que les soldats ressemblaient à des insectes géants vus de près, c’est-à-dire autour de la table du salon. Encore une référence cinématographique, Starship trooper, cette fois-ci. Le story telling a gagné le combat et la mise à mort. Un parpaing se détruit à la masse, un mur de béton, à l’explosif, c’est une simple question de matériau. Quelques radars à ondes à large spectre, des cartouches de 7,62 mm perforant le bois, la brique ou la terre battue, enfin des grenades incapacitantes font le reste. Les impériaux dans leur phases de liquidation apprennent à leurs soldats à tuer en toute impunité car seul l’objectif compte. « Je veux dix morts par jour dans chacune des zones du commandement régional », comme un commissaire dirait, « je veux dix arrestations par jour, démerdez-vous ». « Les militaires commençaient à raisonner comme des criminels, des tueurs en série. Ils collectent autant de renseignements que possible sur les individus appartenant à des organisations ennemies, leur apparence physique, leur voix, leurs habitudes comme des tueurs à gages professionnels. Au moment où ils pénètrent dans la zone, ils savent exactement où aller chercher leurs cibles et il ne leur reste plus qu’à les liquider ».

 La guerre en milieu urbain a atteint sa phase réflexive, post-moderne. Il faut déconstruire à la manière d’un architecte les fonctions des rues, des places, des immeubles, des appartements, des pièces. Dans les faits, c’est toute la surface bâtie qui se liquéfie et se transforme en une immense décharge après le combat. Décharge qu’il faudra bien réhabiliter un peu comme le Beyrouth du temps de feu Hariri.

 La guerre n’est plus l’affrontement de deux volontés mais une machine désirante donc productive. Il faut stimuler la prolifération de menaces. Le moyen le plus efficace de la combattre est de contribuer à son actualisation afin que l’ennemi ne soit plus informe. Ainsi la guerre devient si délicieusement expérimentale du point de vue formel qu’elle ne résout en aucune manière un conflit dialectique mais suscite une réponse immédiate et totale. La guerre n’est plus un art, c’est un happening.

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La stratégie est la simple mise en intrigue d’une nébuleuse de raids qui dessinent le portrait de l’ennemi et lui confère une rationalité et une unité qu’il n’avait pas. Compter pour un, à l’échelle stratégique, une multitude de foyers de réfraction serait donc la tâche tactique dévolue aux différents nodes d’action qui agissent en monades. Et lorsque les insurgés forment un môle, il faut démolir et recomposer l’espace tactique selon des axes de pénétration qui permettent la mobilité des chars et des bulldozers.

Cosmopolis est un vaste camp-champ de bataille en sursis. Il faut des murs pour filtrer, il faut des murs comme point d’appui. Si Elbit construit des murs en Cisjordanie et sur le rio Grande, si l’Arabie Saoudite en édifie deux sur les frontières yéménite et irakienne, si l’Afrique du sud est une peau de léopard qui laisse s’enfoncer derrière son mur électrifié le Zimbabwe dans la putréfaction, le hasard n’y est pour rien. Les murs surgissent comme une poussée de champignons après la pluie et ils surgissent comme seuils et enclaves. D’un côté le programme Nexus destiné à franchir rapidement les aéroports étasuniens, de l’autre les gated communities et autres barrières. Une architecture du malaise scénographie l’état d’exception permanent et la mobilisation des miliciens pour une sécurité enfin totale et jamais totalement atteinte.

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Comme le disait un ancien marines, « ils construisent ce mur pour épater la galerie, pour que les américains, en le voyant, s’écrient ‘’ah ouais génial, ça va les arrêter » », ça arrêtera peut-être un gringo bien gras abruti par la télé. Mais un gars d’Oaxaca, un gars qui a la dalle et qui veut du boulot, ça l’arrêtera pas. C’est comme mettre un sparadrap sur une saloperie de plaie ouverte. Du pipeau ».

Publié par : Memento Mouloud | janvier 25, 2014

La jurisprudence Dieudonné

 

Le libéralisme de l’arrêt Benjamin s’est souvent trouvé pris en défaut, le Conseil d’État n’hésitant pas à valider l’interdiction de nombreuses réunions ou manifestations, qu’elles soient le fait de l’extrême droite juste avant la seconde guerre mondiale, des communistes pendant la guerre froide, ou des mouvements indépendantistes avant la décolonisation. Pour justifier ces interdictions sans donner l’impression de trahir les principes, il suffit de grossir un peu le risque de trouble à l’ordre public ou d’invoquer des circonstances exceptionnelles.

Le professeur Frédéric Rollin rappelle quant à lui que l’arrêt Benjamin (1933)  lui-même n’est pas si libéral qu’on le présente, puisqu’il soumet « la liberté d’expression à l’exercice du pouvoir de police alors que l’on pouvait penser à l’époque que les grandes lois de 1881 et 1907 excluaient tout contrôle administratif préalable. » Outre la « dignité humaine » (ce qui renforce le controversé arrêt Morsang-sur-Orge de 1995 sur le lancer de nain), le Conseil d’État s’appuie sur la « tradition républicaine » et la « cohésion nationale » pour justifier une mesure de police administrative.

Le juge parle d’"atteinte à la cohésion nationale". Derrière cette notion, on peut mettre tout et n’importe quoi. Critiquer l’action du gouvernement pourrait très bien être interprété comme portant atteinte à la cohésion nationale. Le juge aurait pu s’en tenir à la notion d’atteinte à l’ordre public, qui est par ailleurs évoquée. Pourquoi avoir ajouté cette expression curieuse de "cohésion nationale" ?

Le Conseil d’Etat vient d’admettre que la seule crainte préalable que des propos interdits par la loi soient tenus dans ces lieux publics justifie l’interdiction de ces manifestations. Faut-il rappeler que l’État de droit se caractérise par la nécessité de prouver, dans la réalité, que des faits répréhensibles ont eu lieu avant de les interdire et de les sanctionner? Si tel n’est plus le cas, nous sommes dans l’arbitraire.

Le surgissement d’un nouveau contentieux des mesures d’interdictions prises sur le fondement des pouvoirs de police générale du maire ou du préfet est très largement le produit du démantèlement des régimes de police administrative spéciale issus des années 1930 ou de l’après-guerre : de la suppression de la police des publications étrangères, au démantèlement progressif de la police des spectacles, des publications destinées à la jeunesse ou autres régimes de même nature, les autorités publiques se trouvent aujourd’hui contraintes d’intervenir dans un cadre fixé de manière très générale et sur la base de pouvoirs beaucoup plus limités que ceux dont elles disposaient sur la base de ces textes. Il en résulte donc un nouveau paradigme du contrôle du Conseil d’État qui ne peut plus se limiter à la vérification du respect des conditions posées par ces textes mais doit resituer les mesures qui sont prises dans le contexte général du droit de la police administrative.

Les lois donnant des pouvoirs de police spéciaux à l’administration étant en recul depuis plusieurs décennies, la jurisprudence viendrait donc lui octroyer des pouvoirs généraux, non encadrés par le pouvoir législatif, pour restreindre les libertés au nom de l’ordre public. Selon  Jean-Jacques Urvoas, très proche du ministre de l’Intérieur, l’analyse de Valls, c’est de dire que le droit ne suffit pas et qu’il faut créer les conditions d’une inversion de jurisprudence, donc engager une bataille dans l’opinion.

Le succès de Dieudonné auquel l’accès aux "medias officiels" est plus que difficile est déjà un produit de la circulation de l’information par Internet, mais les troubles à l’ordre public invoqués sont eux-mêmes également fortement influencés par les nouvelles capacités de mobilisation que donnent les réseaux sociaux.

Et, sans surprise, comme le remarque Guillaume Champeau sur Numérama, « déjà, les demandes d’étendre la censure de Dieudonné à Internet commencent ». Interrogé vendredi 10 janvier sur France Inter, le ministre de l’intérieur a ainsi affirmé sa volonté de bloquer les vidéos diffusées par Dieudonné sur son site Internet et sur plusieurs plateformes de vidéo, dont YouTube.

 Félix Tréguer

 

 

 

Publié par : Memento Mouloud | janvier 22, 2014

DSK ou les mésaventures d’un cochon farceur

cochon farceur

DSK ou les mésaventures d’un cochon farceur

« Un livre outrageant »

 

DSK

 

« Une saillie antisémite »

 

Anne Sinclair

 

« De la littérature de caniveau journalistique »

 

Juan Asensio

 

« Un livre porno-sioniste »

 

Alain et Dieudonné

 

« Connais pas »

 

Régis Jauffret / Marc-Edouard Nabe / Ariane Chemin / Raphaëlle Bacqué /  Stéphane Zagdanski / Marc Weitzmann

 

« La marque du démon »

 

Abel Ferrara

 

« Cojones »

 

Juan Francisco Ferré

 

« Un roman strauss-kahnien de moins »

 

Philippe Lançon

 

« Volver / Devolver »

 

Marcela Iacub

 

« Où c’est la Mordovie ? »

 

Gérard Depardieu

 

« Un livre minable »

 

Jean-Marc Ayrault

 

« Un opus socialiste »

 

Fraction anarcho-balladurienne

"François est formidable"

Julie Gayet

Publié par : Memento Mouloud | janvier 21, 2014

Les franquistes à visage humain contre l’avortement

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Un amendement met le feu aux poudres dans les rangs des opposants à l’IVG. Jusqu’ici, au terme de la loi Veil de 1975, une femme pouvait recourir à l’interruption volontaire de grossesse (IVG) dès lors que "son état la [plaçait] dans une situation de détresse". Mais mi-décembre, des députés PS ont choisi de supprimer en commission cette notion de "situation de détresse", considérant qu’une femme enceinte qui, tout simplement, "ne veut pas poursuivre une grossesse", peut "demander à un médecin l’interruption de grossesse". Comme 1/3 des femmes françaises ont recours à l’avortement, les députés recherchent la concordance entre le droit et le fait.

L’amendement socialiste devait être débattu en séance dans le cadre du projet de loi pour l’égalité entre les femmes et les hommes. La différence sémantique qu’il introduit ne devrait rien changer dans la pratique. Pourtant, il suscite de très vives réactions. Aussi bien du côté des défenseurs d’une lecture stricte de la loi Veil, principalement des parlementaires de droite, que des opposants historiques au texte, près de 40 ans après son adoption.

Le député UDI, Jean-Christophe Fromantin, confie au "Nouvel Observateur" qu’il déposera un amendement de suppression pour revenir aux "réserves initiales" de la Loi Veil et en "garder l’esprit" d’origine. "L’état actuel de la loi est satisfaisant, abonde son collègue UMP Hervé Mariton, qui juge "inutile" l’amendement PS. "L’avortement doit rester possible en France. Il n’y a pas de demande de changement dans la société française".

Le collectif d’associations "La Marche pour la vie", qui manifeste dimanche, juge que cet amendement à été initié par "un lobbying des féministes" qui vise à "promouvoir l’avortement comme un droit". Alors qu’en Espagne, le gouvernement fraguiste de Mariano Rajoy s’apprête à restreindre les possibilités d’avorter aux cas de viol et de menaces "durable et permanente" sur la santé de la femme enceinte, une délégation de sénateurs espagnols a prévu de se joindre ce dimanche à la manifestation contre l’avortement. Comme les différents obstacles à l’exercice du droit à l’avortement tendent à le rendre ineffectif en Italie, en Irlande ou en Pologne, il s’en suit que l’Europe catholique-puritaine redonne de la voix.

La « Marche pour la vie » des opposants à l’avortement a réuni 16 000 personnes, selon la policeSes organisateurs ont revendiqué 40 000 participants, un« record ». Partis de Denfert-Rochereau aux cris de « Oui à la vie » ou encore « Viva Espana », les franquistes à visage humain ont rejoint en fin de journée l’esplanade des Invalides.

Rassemblés par une quinzaine d’associations, ces manifestants souvent venus en famille ont salué l’initiative espagnole visant quasiment à supprimer le droit à l’avortement. Ils dénonçaient au contraire une tentative de « banaliser totalement » l’interruption volontaire de grossesse en France. En tête du cortège, une grande banderole affichait en rouge et or le slogan « Libre d’être contre l’IVG ». Une autre appelait à un très baroque « statut de l’embryon ».

A l’exception de 2013, où La Marche pour la vie s’était ralliée à la Manif pour tous du 13 janvier, cette marche a lieu chaque année depuis 2005. Elle est organisée par un collectif d’une dizaine d’associations françaises d’aide aux mères en détresse et de défense de la vie de la conception à la mort naturelle. Car le catholique souffre mais doit s’y résigner. Car le catholique est pécheur et donc coupable. A ce titre il doit obéir aux (vraies) autorités (naturelles) que Dieu lui a fournies dans son insondable miséricorde. La marche pour la vie souffrante et obéissante avait réuni en 2012 près de 7 000 personnes selon la police, 30 000 selon les organisateurs. Dans un message aux organisateurs, diffusé par la radio du Saint-Siège, le nonce apostolique en France, Luigi Ventura, déclare que « le pape François est informé de cette initiative en faveur du respect de la vie humaine (…) Il salue les participants à cette marche et les invite à maintenir vive leur attention pour ce sujet si important ». M. Ventura rappelle dans ce message les mots du pape à Rome dans l’homélie prononcée pour la journée d’« Evangelium Vitæ » le 16 juin 2013 : « Regardons Dieu comme le Dieu de la vie, regardons sa loi, le message de l’Evangile, comme une voie de liberté et de vie. Disons oui à l’amour et non à l’égoïsme, disons oui à la vie et non à la mort. »

L’avortement est donc doublement condamné comme le symptôme majeur d’une hostilité à la vie et à l’amour, les deux se confondant dans le discours papal. Le pape évoque donc l’horreur d’une pratique qui lui rappelle par trop que le sexe, le plaisir et l’amour sont disjoints. Il ne lui vient pas à l’idée que l’amour et la conception le sont tout autant. Ce qu’il vise c’est la concupiscence. L’homme moderne et plus encore la femme avorteuse et avortée sont des damnés en puissance, il faudrait les contraindre à revenir sous les draps d’un san Benito mais les temps ont changé. Surtout le goupillon a quelque peu perdu son sabre. Les temps sont au pluralisme.

Selon la Table ronde, « Le trajet s’effectue dans la bonne humeur, avec cet « esprit LMPT » que chacun endosse avec joie après quelques semaines d’interruption car la grossesse est un mystère ! Beaucoup de familles sont présentes. Le « bon père de famille » – utilisons cette expression avant qu’elle ne devienne hors la loi (mais le bon père de famille est tout de même le dernier aventurier) – porte sur ses épaules un enfant, comme pour nous rappeler que le fœtus n’est pas qu’un amas de cellules, mais cet être en devenir. Sur le chemin, on croise Bruno Gollnisch qui arbore son écharpe de député européen en devenir, ainsi que la présidente d’honneur du Parti Chrétien Démocrate en devenir, Christine Boutin, venue en famille soutenir cette initiative citoyenne. Lorsque le cortège arrive au niveau du boulevard du Montparnasse, les speakers, les bras en croix, nous invitent au silence. Pendant quelques instants, la joie fait place à la gravité de la prière sourde : nous marchons pour la vie oui, mais aussi contre la culture du mort qui règne autour de l’avortement. Mais c’est pour mieux reprendre notre route vers la Place Vauban, bientôt noire de monde, ce qui n’est pas sans rappeler la manifestation du 17 novembre 2013. Les intervenants – dont Jean-Marie le Méné (membre de l’Académie Pontificale pour la vie, gendre de Jérôme Lejeune et président de la fondation du même nom)– se succèdent pour nous expliquer le projet du Gouvernement. On nous annonce alors l’arrivée imminente des Hommen, sortes de fakirs néo-catholiques. Ils débarquent alors, des quatre coins de la place dans leur uniforme habituel : masque blanc orné d’une larme, pantalon coloré et fumigène brandit avec force (l’image n’est-elle pas équivoque ?). Commence alors une mise en scène décrivant la rencontre d’un couple ( un couple d’hommens ????), la mise au monde d’un enfant, source de joie, puis la tentative d’assassinat d’obscures faucheuses sur le poupon (à ce moment, la foule n’hésite pas à crier "Francs-maçons, en prison !"). Les Hommen pointent alors du doigt un immeuble à l’autre bout de là place car quand le sage pointe du doigt, etc. : postés là, d’autres de leurs camarades déploient une gigantesque banderole rappelant le droit des enfants ou plutôt celui des fœtus en devenir. La marche s’achève avec une annonce des organisateurs : ils soutiennent le Jour de Colère (dont voici le treillis post-franquiste : la nébuleuse Jour de colère ) qui se déroulera dimanche 26 janvier. De quoi rappeler qu’il y a des colères saines »

Le Nouvel Observateur / Le Monde / BAM / La Table Ronde

Publié par : Memento Mouloud | janvier 20, 2014

L’affaire DSK rend con : la preuve par Régis Jauffret

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Je suis romancier, je mens comme un meurtrier. Je ne respecte ni vivants, ni morts, ni leur réputation, ni la morale, c’est par cette phrase que Régis Jauffret introduisait Sévère sur le marché car la position moderne de l’écrivain, la position de la grande transgression ne tient plus. L’écrivain de ce temps est comme les autres écrivaillons ou écrivants selon Barthes, il pisse de la copie et la déverse sur le marché, pour vivre et il la pisse plus ou moins bien, dans les méandres d’une tradition et ceux d’un site où il est un employé. Employé de l’opinion ou péripatéticien de l’édition, ce métier ne donne aucun privilège. Le paradoxe du menteur n’offre aucune perspective sur l’étrangeté parce que ce qu’il reste de la modernité, c’est ce hors-lieu, l’exil et il ne se conquiert pas à coups de déclarations et de micro-manifestes. Or le bon Régis n’est pas en exil. Il refait le ménage des journalistes pour mieux les accabler. Pour mieux se distinguer aurait dit Bourdieu. La position de l’artistocrate n’en est pas moins une position d’histrion, alors va pour le cirque.

Ces livres sont plus difficiles à écrire qu’un roman, précisément parce qu’ils s’intéressent de près à la réalité. Ils ne la quittent pas. Le fait divers, je m’en fous. L’important, c’est d’aller sur place, et de comprendre la différence qu’il y a entre ce qu’on croit savoir et la réalité. Il y a certaines choses que le journalisme ne peut pas apporter. D’abord parce que les journalistes n’ont plus de liberté. Quand on les envoie quelque part, ils ont l’obligation de ramener quelque chose. Moi, je peux ne rien ramener du tout. Et dans l’errance, on trouve des idées neuves ou inconnues, des sensations. Aller au Sofitel, aux étages des suites, voir ces femmes seules, qui se tuent toute la journée à faire des lits King size, ce qui est physiquement éprouvant. Ça m’est arrivé plein de fois de tomber sur une femme de chambre qui était entrée sans que je l’entende. Et je me suis dit : dans quel état d’esprit faut-il être pour voir dans cette situation une invitation au sexe? 
Après, je n’oserais pas me qualifier de ‘journaliste’, parce que je n’ai pas le même sérieux. Je ne suis pas rigoureux. Avec moi, ça part vite en couilles. Je pars entouré, parce que j’ai la tendance un peu aristocratique des écrivains franchouillards qui n’en branlent pas une et qui se disent: "Ça s’arrangera à l’écriture." Ce qui m’intéresse en tant qu’écrivain, c’est d’aller sur le terrain de l’événement. Pour ce livre, en plus de voyages à New York et en Afrique, j’ai examiné tout ce qui a été dit sur le sujet et je me suis aperçu que tout le monde a dit la même chose, mais pas tout. De toute manière, il y a très peu de faux. J’ai recours à la fiction quand je ne peux pas faire autrement, pour remplir ces espaces, ce que les documents ne documentent pas. C’est-à-dire parler du temps.
Le sommeil est tombé avant la nuit. Un homme corpulent au visage masqué étendu sur le matelas efflanqué d’une cellule de la prison de Rikers Island. L’appareil soupire à peine en soufflant l’air dans ses poumons. Ou à propos de Strauss-Kahn, encore directeur du FMI, invité par Poutine : un silence absolu régnait dans l’immense pièce où autrefois le vieil Andropov à bout de souffle mettait deux longues minutes pour se traîner de la porte jusqu’au bureau. Il craignait le silence, ce guet-apens. On s’apprêtait à fondre sur lui, à passer autour de son cou des paroles meurtrières, un nœud coulant. Les doubles-fenêtres l’empêchaient d’entendre les bruits des pas des soldats, les allées et venues des berlines des dignitaires. Le reste de l’espèce humaine avait disparu, il était seul avec son bourreau.

Cette affaire n’est pas privée ! En France, l’idée se diffuse peu à peu que le romancier n’a pas le droit de s’emparer du réel, de l’histoire immédiate. On peut voir ce livre comme un refus de s’y soumettre.

En Afrique, il dit à son guide Arrête de dire à tout le monde que je suis écrivain. On va me prendre pour un journaliste.  C’est le problème des écrivains qui se prennent pour ce qu’ils ne veulent surtout pas être : des journalistes. Le mépris des «médias», ce grand ectoplasme, est à peu près commun à tous les romans strauss-kahniens, comme si la formule risquait à tout moment de se retourner. Arrête de dire à tout le monde que je suis journaliste. On va me prendre pour un écrivain.

Un temps, j’ai même tenu compte des théories du complot, mais c’est tellement absurde qu’on se demande comment les médias ont pu les colporter. Le fait d’aller à New York, d’y occuper une suite au Sofitel même, m’a permis de réaliser que ce que l’on avait dit des femmes de ménage qui vont toujours par deux dans les chambres – ce qui étonnamment n’a jamais été vérifié par un journaliste – est faux. J’ai vu de mes yeux qu’elles entrent seules dans les chambres. Donc Diallo n’était pas en faute. Ensuite, on a dit qu’elle avait fait ça pour se faire un peu d’argent en plus. Or elle gagnait 3 000 dollars par mois : pourquoi aurait-elle accepté un pourboire de 50 ou 100 dollars pour une fellation ? On a dit ça parce qu’elle est noire, africaine, on n’aurait jamais dit ça d’une Blanche. Toute la réception de cette affaire a relevé d’un racisme inouï. Quant à la thèse du désir : 1) DSK n’est pas un adonis. 2) Diallo est excisée, elle ne peut plus ressentir de plaisir.

Nafissatou Diallo a recraché le sperme : ça veut dire que DSK n’avait pas mis de préservatif. Or ça, personne ne l’a remarqué. Il avait eu un rapport dans la nuit, vraisemblablement non protégé, et il aurait pu contaminer Diallo avec une maladie grave, ce qui est criminel aussi. C’est étrange que personne n’ait relevé ça. J’ai fait attention aux mots. Diallo a dit : “J’ai senti un liquide âcre dans la bouche.”Alors que n’importe quelle femme aurait dit : “Il m’a éjaculé dans la bouche.” Ça veut dire quoi ? Ça veut dire que probablement elle n’avait jamais fait de fellation, que son mari, sans doute musulman strict, ne le lui demandait pas. Alors qu’on nous a présenté cette femme comme une prostituée. La vérité, souvent, est dans les mots employés, et personne n’a examiné cela.
Diallo est une Africaine émigrée, qui ne sait pas que cette personne n’a pas le droit. Elle passe son temps à dire “I gonna lose my job, I gonna lose my job”. Pourquoi ? Parce qu’elle se pense en faute. Alors que DSK ne s’est rendu compte de rien, vraiment de rien. En ce sens, on peut parler d’innocence totale, comme on parle de l’innocence d’une andouille. Faire le voyage en Afrique m’a permis de voir que ça existe encore aujourd’hui : les femmes n’y ont aucun statut. Si elles se font violer, c’est de leur faute, et on les rejette parce qu’elles portent le déshonneur. Voilà d’où vient Diallo. Elle est peule, et en peul, le mot “viol” n’existe même pas. Quand un mot n’existe pas, ça veut dire que pour un peuple, l’acte en tant que tel est nié. Les filles travaillent dès l’enfance, elles sont maintenues dans un état d’analphabétisme, parce que c’est plus pratique. Diallo est analphabète.
Comme par hasard, Diallo vient de Guinée, une ancienne colonie française. Elle vient d’un pays où, pour une histoire comme ça, elle se serait pris une balle dans la tête par les gens de son pays. C’est une histoire colonialiste. Si on n’a pas, alors, examiné les détails dont je parle, c’est parce que nous venons du colonialisme, qu’il est encore en nous. Les éléments étaient là, mais on les a mal interprétés à cause de notre vision colonialiste. Pendant ce temps, DSK s’est présenté comme une victime, alors qu’il a bénéficié d’une batterie d’avocats et d’enquêteurs, ce qui n’est pas à la portée de tout le monde. L’injustice supposée envers DSK m’échappe complètement.
Anne Sinclair est un personnage qui nous est proche. Elle a vécu dans un certain confort, dans un monde qui nous est familier. Je peux facilement me mettre à sa place, et être dans le vrai même si je me trompe. Entre moi et Nafissatou Diallo, en revanche, il y a un abîme: elle appartient à une civilisation différente, qu’elle a en plus essayé de fuir. Mais surtout elle est analphabète. Essayez de vous imaginer analphabète: vous pouvez, mais ça n’est pas vous. C’est quelque chose qui transforme tellement l’intégralité de votre personne que c’est presque impossible.
Anne Sinclair Pour être durassien, elle est sublime, forcément sublime. C’est une martyre. Elle a été humiliée, bafouée publiquement une première fois lorsque DSK a eu une liaison avec une économiste au FMI – une histoire qui n’a amusé que la France –, puis elle a dû subir cette deuxième humiliation. J’avais la certitude qu’au fond, elle l’avait déjà quitté, or là où elle est éblouissante, c’est qu’elle va au bout de son devoir. Je ne sais pas si on s’imagine le calvaire que cette femme a pu vivre. C’est une véritable héroïne d’aujourd’hui, victime des médias. C’est la première femme trompée dont l’image a été à ce point dupliquée, dans un contexte qui annule ce qu’elle avait été avant. Je pense que sa solitude était totale. Quoi qu’elle fasse, elle était jetée en pâture et son attitude interprétée. Ça a dû être un supplice.
Elle marche vers Central Park. Elle se dit qu’elle est seule sous le ciel bleu. Les passants dans les allées sont des personnages imaginaires. Son époux, une image grotesque qu’elle évacue à chaque pas, dans un éternuement. Elle s’assoit sous les arbres. Aussitôt, la voilà qui trébuche. L’hypothèse du réel, redevenue une certitude, une douleur. Même le souvenir de leur première nuit, il l’avait profané, cabossé, rendu poisseux par ses épanchements adultères. Un homme, une déception, et ces cachets qui tiraient vers sa trompe tout le sang de sa tête. Un éléphant dans le magasin de porcelaine de l’ambition, et elle qui paierait jusqu’au bout les pots cassés. Elle romprait comme on s’envole. Elle n’aurait pas la faiblesse de finir au fond du pot conjugal que son mari continuerait à remplir des ordures de la trahison… »

Une chambrière noire comme un pneu, prompte à la rapine, au mensonge, si souvent cul par-dessus qu’on pouvait confondre ses joues avec sa paire de fesses, une créature dont les orifices happaient le pauvre pénis du Blanc pour lui faire payer au prix de l’uranium enrichi chaque goutte de sperme répandu. Comme d’habitude, Jauffret ne recule devant aucune pulsion, aucune abjection, pourvu qu’elle secoue le paragraphe. Mais, cette fois, la technique du fer littéraire chauffé à blanc sert une morale dans l’air du temps : les femmes sont héroïnes et victimes de la cochonnerie masculine. Le personnage de Nafissatou a droit à des égards : la scène du viol n’est contée qu’à la fin. Et c’est elle, Nafissatou, qui a – presque – le dernier mot : «Est-ce que tous les clients ont le droit de faire tout ce qu’ils veulent avec nous ?» Presque, car le romancier conclut La responsable lui a répondu que non.

Les Inrocks / Le Figaro / Le Nouvel Obs / Le Point / Telerama / BAM / Philippe Lançon / Régis Jauffret

Publié par : Memento Mouloud | janvier 20, 2014

Matériaux pour une théorie du con

matériaux

Si on observe le genre humain, on ne dépassera jamais cette idée qu’il n’existe que trois groupes bien délimités : les honnêtes gens, les canailles et les cons.

Les honnêtes gens se reconnaissent à ceci, qu’ils agissent non pas au détriment de leurs congénères ou en sacrifiant leurs intérêts et plaisirs mais en combinant leurs désirs avec ceux des autres. C’est ce qu’on appelle d’un terme désormais désuet, la responsabilité. Chez eux, le gain qu’ils attendent d’une action ne cesse de polliniser au-delà de leurs ruches, ce sont des bâtisseurs, des faiseurs, des gens qui ne laissent pas tomber l’échelle quand ils finissent par occuper un plateau ou un sommet. Ce sont aussi des gens raisonnables, c’est-à-dire non pas castrés, ni des automates, ni des puritains mais des êtres pourvus d’un entendement qui n’est jamais laissé en jachère.

Les canailles sont assez faciles à cerner. Ils ne pensent avoir gagné qu’à la condition de plumer quelqu’un ou plusieurs personnes et si possible, un pays, un continent ou la Terre entière. Très représentés dans la finance mondiale, le monde dit de l’entreprise, le gangstérisme, les bureaucraties privées et publiques et les politicards, ils se divisent en trois sous-groupes : les canailles légales, les canailles suffisantes et les canailles bourrines. Les premiers jouent les passagers clandestins et vivent en parasites sur les projets des honnêtes gens, les seconds sont infatués à un tel point que leurs calculs finissent par se heurter au mur du réel, les derniers pillent, cognent, tuent avec un plaisir intense qui les rapprochent de la dernière catégorie, les connards.

Les cons appartiennent à deux groupes distincts. Le premier groupe ne cesse de se nuire au prétexte de tendre la main, d’aimer, de sauver ou parce que les déficiences neuronales de ses membres sont telles que les motifs d’une telle bêtise sont innombrables. Le second groupe est tout simplement nocif. Il pourrit la vie de ses congénères, au singulier ou au pluriel sans aucune limite. Comme l’avait bien vu Audiard, c’est d’ailleurs à ce trait qu’on reconnaît les cons. D’eux, on peut tout attendre.

C’est la faiblesse des gens honnêtes et parfois des canailles de penser que les cons nocifs seraient sensibles à la raison ou se comporteraient en gentlemen après un quelconque arrangement. Le con nocif est comme les dieux de l’antiquité, ses métamorphoses sont incessantes et le mal qu’il répand en agissant doit être stoppé au plus vite, pas entretenu. Car la connerie nocive est contagieuse et les lois devraient exister pour la contenir, pas pour faciliter sa propagation.

On en déduit facilement que la connerie est insensible à l’éducation ou à l’instruction, qu’elle est générale, diffuse et n’appartient en propre à aucun groupe mais au genre humain, dans son ensemble. Il y a, il y a eu et il y aura toujours un pourcentage élevé de connards mais comme les plus intransigeants des cons nocifs obéissent dans leur répartition à une loi de puissance, prévoir leur arrivée ou les repérer à temps quand ils occupent une position de pouvoir est toujours imprévisible donc quasiment impossible. On juge un con nocif dans l’après-coup.

Le con nocif corrode l’honnêteté comme il arase un double qui lui fait horreur. Aussi, il a tendance à travestir son ennemi en lui collant un nom d’ethnie, de peuple, de classe sociale, d’animal n’importe quel rassemblement humain ou totem faisant l’affaire. Aussi, le con nocif est toujours occupé à une croisade car faire chier le monde, au sens propre du terme, est son affaire, sa grande affaire.

La connerie est donc la ligne de basse de l’Histoire humaine, elle a pour alliés, la naïveté et l’aveuglement, pas toujours volontaire, des honnêtes gens, le cynisme à courte vue des canailles légales, la bêtise des canailles suffisantes, enfin la collaboration énergumène des canailles bourrines. Néanmoins, son triomphe n’est jamais total puisqu’il supposerait la fin de l’Humanité. La surmonter est donc un travail de Sisyphe, pire que de se voir dévorer le foie par un volatile alors qu’on est enchaîné sur un rocher. Presque désespérant quand on y pense car, face à  la connerie, il n’y aura jamais de rédemption.

Un con nocif s’éteint parce qu’il n’a pas le choix soit qu’on lui signifie que toutes ses issues de secours sont bouclées, soit qu’on lui pointe la gueule d’un canon de revolver sous les naseaux, car le con a ceci de particulier qu’il finit par transformer l’honnête homme, quand il n’a plus d’autre choix que de lui livrer bataille, en une sorte de monstre arctique puisque le con est inaccessible au logos et à ses rites.

Le connard, pour finir, n’est ni mon hypocrite lecteur, ni mon semblable, ni mon frère, juste un ennemi aux mille masques, sans doute la marque d’un déraillement initial lorsque Dieu tira de la glaise et de la côte d’Adam de quoi le fabriquer en série car la connerie est la tentation à la portée de tous, la petite intensité du déficient, cette joie de nuire afin d’exister, cette compulsion de répétition dans la bêtise, cette incapacité de penser, de résoudre, de nouer et de bâtir. Le con possède donc sa maxime sublime, tant que je perds, tant que je vous emmerde, je joue, ad libitum.

Publié par : Memento Mouloud | janvier 19, 2014

Pourquoi les cons évoluent en rangs serrés et en formations compactes

L’image de cons qui s’ébrouent en adoptant une élégante formation compacte est familière, mais pourquoi au juste les cons se disposent-ils ainsi ? Deux hypothèses principales ont été avancées par les scientifiques. La première est que la formation en rangs serrés est plus efficace du point de vue cognitif et permet aux cons de mutualiser le peu de pensée qu’ils secrètent et le peu de courage dont ils disposent, un peu comme les cyclistes d’un peloton qui se regroupent pour bénéficier de l’effet d’aspiration du groupe et réduire leurs efforts. Selon la deuxième hypothèse, le plus nocif des cons de la troupe se place en tête et les autres cons le suivent.

L’hypothèse de la mutualisation neuronale semble la plus logique, mais elle s’est heurtée à une objection de principe : selon les modèles théoriques, pour tirer avantage de la formation en rangs serrés, les cons devraient se coordonner d’une manière extraordinairement précise. En effet, chaque con doit se placer dans la partie ascendante du tourbillon cognitif qui se forme à la pointe de la meute et suivre le plus proche d’entre les cons. Or, la marche d’un con est beaucoup plus instable que celle d’un être qui édifie. Comme le con ne cesse de se débattre dans l’entropie cognitive, la formation en rangs serrés ne cesse d’émettre une idée puis de la perdre. De sorte que pour profiter de l’émergence d’un acte, un con doit non seulement se placer correctement, mais ajuster le rythme de l’embrasement de ses neurotransmetteurs en fonction de la distance qui le sépare du con le plus proche.

De nombreux scientifiques estimaient impossible que les cons soient capables d’une telle coordination dans l’action destructrice, d’où le recours à l’hypothèse alternative de la troupe suivant le con le plus nocif. Mais en science, c’est l’observation qui tranche. Une étude dirigée par le conologue Marco Lusitanos, du Royal College de Hatfield, Royaume-Uni, vient de démontrer que les cons peuvent coordonner leurs mouvements beaucoup plus finement qu’on ne le pensait jusqu’ici. Pour tester l’hypothèse de la mutualisation, Lusitanos et ses collègues ont mis au point des capteurs miniaturisés, qui enregistrent les données GPS cinq fois par seconde en synchronisation avec un appareil permettant de compter les actes de destruction dans une zone quelconque.

Grâce à ces capteurs sophistiqués, l’équipe britannique avait la possibilité d’étudier très précisément la progression de chaque con dans un groupe. Restait à trouver des cons suffisamment apprivoisés pour qu’on puisse les équiper de capteurs et les suivre dans leur quotidien. L’occasion a été fournie par un projet mené en Autriche pour introduire la brute gothique, quasiment éteinte en Europe depuis quatre siècles. Dans le cadre de ce projet, mené par le neurobiologiste Hermann Bosch, des brutes gothiques ont été entraînées à effectuer une « action dirigée » : ils suivent un con nocif qui les conduit de leurs aires de regroupement en Autriche à leurs quartiers d’été, en Calabre.

L’équipe britannique et celle de Bosch se sont donc associées. En août 2011, Lusitanos et ses collègues ont équipés de capteurs 14 jeunes brutes gothiques à Salzbourg. Puis les cons ont pris leur envol, en suivant un signe. Les chercheurs ont rassemblé les données des capteurs pendant trois virées (le tour d’Europe a duré 36 jours). En analysant les données, Lusitanos a eu la surprise de découvrir que la formation des brutes gothiques répondait exactement aux prédictions des modèles de mutualisation : les cons se placent de manière à optimiser leurs actes, et battent des mains au bon moment en poussant des petits cris de satisfaction. Ce qui signifie qu’ils sont capables de percevoir et de réagir aux évènements avec beaucoup plus de précision qu’on ne le croyait jusqu’ici.

Selon Lusitanos, « il est impressionnant de voir à quel point ils sont conscients de la position de chacun de leurs compagnons, et de ce que font les autres cons ». Pour le chercheur, il se pourrait que les brutes gothiques se servent de leur cerveau reptilien pour percevoir les mouvements des autres cons. Néanmoins, si l’on connaît assez bien le système locomoteur du con en action, il reste de nombreuses découvertes à faire sur le système sensoriel utilisé par les cons.

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