Publié par : Memento Mouloud | novembre 20, 2009

Vendredi 20 novembre, made in France, RAS

- On distribue les vaccins contre la grippe A dans les écoles, en catastrophe, on dit c’est pas obligatoire, mais venez tous on sait jamais, H1 N1, la barre des deux millions est franchie, l’industrie de la peur avec un zeste de soviétisme, les complocrates effeuillent la marguerite des laboratoires, les sceptiques regardent passer, les convaincus font la morale à ceux qui ne prennent pas leur responsabilité, c’est le barnum de la panique, le début, le tout début d’une nouvelle ère, un psychologue allemand lui a donné un nom, les guerres du climat, il se nomme Harald Welser

- Klaxons et virées, pillages et voitures brûlées, la main baladeuse, l’Irlande cocufiée le Mondial a démarré, un sociologue des sciences, Bruno Latour, appelle ça les faitiches, il trouve ça rudement bien, il trouve que ça crée du lien et que le lien c’est bien, un peu comme la pub qui disait le thon c’est bon mais le thon blanc c’est excellent, le type patrouille aussi dans les campus américains, on sent que l’Occident s’envole dans les nuées de sauterelles et les fumées d’encens des sacrifices, retour au chaudron des devins, on avance vers la tombe d’autres lucioles avec charlatans et fifrelins.

- Un convoyeur s’envole son sac plein de billets vers un pays d’Europe aux anciens parapets. La police judiciaire distille des informations sur son compte, c’est pas Robin des Bois vous savez, il aurait des accointances avec la Serbie. La Serbie, cet atoll de pauvreté et de désespoir à moitié détruit par les bombardements de l’OTAN en 1999, les rites orgiaques, meurtriers et cupides des Milosevic’s boys et de son armée de lansquenets portés sur le viol, le pillage et les exécutions de civils désarmés, les assassinats en série qui ponctuèrent le règne de Slobodan et cette ère de médiocrité et de grisaille qui s’en suivit avec amputations et dévolution aux albanais d’une deuxième patrie. On voudrait qu’un petit convoyeur maqué à une serveuse et fréquentant les salles de musculation soit un type très bête, très borné, incapable de concevoir une opération quelque peu sophistiquée.

J’ai noté qu’on a dit de Tony Musulin qu’il était d’origine serbe, certains ont précisé, je ne sais pourquoi, serbo-croate, sans doute pour ajouter à l’étrangeté. Dans le même temps j’entendais un pauvre abruti de présentateur de je ne sais quelle radio FM dire tranquillement qu’à l’est on pratiquait le cannibalisme et que de l’est il aimait juste Adriana Krambeu, synecdoque pour sous-entendre les putes blondes maquillées, ces ukrainiennes qui allumeraient même le plus obtus des défenseurs de l’obturation anale entre mecs.

- Le gouvernement lance un emprunt pour l’avenir. Nouveau cadeau aux institutionnels irresponsables, nouvel avatar de cette dette publique qui grimpe à vitesse exponentielle sous la conduite d’un gouvernement qui prétendait s’atteler à sa réduction. Sarkozy avait démarré son mandat par le bouclier fiscal et un remodelage/ enfouissement des 35 heures, une volonté de réduire les effectifs pléthoriques des fonctionnaires enfin le passage terminal des entreprises publiques dans le giron du marché.

En deux ans et demi, nous obtenons un chaos fiscal, une incapacité de réguler le marché sinon par à coups, crispations, éructations, constitutions de commissions ad hoc, de fonds sans usage, d’une sorte de consortium de réalisation des actifs pourris des banques, la baisse réelle du taux d’activité des français, une explosion de la dette publique, un déficit budgétaire qui menace de placer l’Etat sous tutelle de la Bundesbank ou ce qui en tient lieu, la formation d’oligopoles dans de multiples secteurs qui entravent toute compétitivité par les prix ou l’innovation, l’alliance tacite avec la CGT. Quand les petits-bourgeois français auront liquidé leur épargne ou que celle-ci ne sera plus qu’un amas de confettis au même titre que la dette ottomane et les emprunts russes, sûr qu’ils reprendront le chemin de la rue, mais ce sera en fauteuil roulant.

- Depuis des années, des voisins roumains se persuadent qu’ils chantent comme des dieux, à les entendre je sais ce que furent les dégâts des années Ceaucescu.

Publié par : Memento Mouloud | novembre 19, 2009

Rolland Courbis, furia francese

Rolland Courbis est en prison, Rolland Courbis se sent seul, les yeux rivés sur la ligne blanche des calanques que domine de son cloaque gris, la prison des Baumettes. Cette fois-ci il doit son séjour en cellule, à une condamnation pour abus de biens sociaux dans le cadre des transferts de l’OM, évènement qui n’arrivera jamais dans la vie des grands fauves gentils de Canal +, ancien actionnaire de sa succursale et grande trayeuse, Sport +.

Défenseur d’Ajaccio dans sa prime jeunesse le sulfureux Rolland a vu passer bien des marées depuis sa condamnation dans le cadre de l’affaire de la caisse noire du SC Toulon, bien des cadavres aussi et bien des amis corses.

Dominique Rutily exécuté à Hyères dans la grande vague d’épuration qui toucha le mitan post-fargettien du Var, Michel Moretti, ex-président de l’AC Ajaccio, désormais suicidé entre deux treilles et du pampre bien pressé. Reste les amis, dont Antoine Nivaggioni, ex-administrateur du club d’Ajaccio, ex-militant du MPA, ex-taulard, ex-patron de la Société Méditerranéenne de Sécurité, société para-publique contrôlant comme au bon vieux temps les aéroports d’Ajaccio et les ports, Toulon, l’époustouflante SNCM, de nouveau Ajaccio, un empire laissé en dépôt aux héritiers. Oui Rolland s’ennuie.

On connaît les mœurs des bergers corses. Quand un caïd arabe les emmerde dans leurs fiefs, ils ne se demandent pas si l’islam est compatible avec notre mode de vie comme Le Pen, ils n’en font pas un film fini à la pisse comme Jacques Audiard, ils ne se plaignent pas de recevoir 70 balles de kalashnikov en provenance de Bosnie-Herzégovine, ils sortent le calibre 12 et vont au but, avec 3 cadavres à la clé.

C’est donc un milieu où les silences comptent autant que les phrases, où les mots se projettent imperceptibles dans l’azur d’une table où s’abattent les cartes, où les regards ont un sens bien précis et codés, où on ne joue pas les putes sentimentales de l’UMP ou d’ailleurs, en tapinant pour pas cher et en se gravant des coeurs d’amour sur le bide après avoir dérouillé parce qu’on est très con et qu’on pense incarner l’Autre de la raison, la fidélité au Phallus en marche, c’est un milieu où le corps porte des stigmates d’acier, avec des flics tout autour et dedans puis des singes en rut qui jouent les dessalés quand ils descendent de leurs sièges de TF1, de Veolia ou des Hauts de Seine, un milieu qui pourrait redire les mots de Sophocle, « beaucoup de choses sont inquiétantes, mais aucune n’est plus inquiétante que l’homme ».

Publié par : Memento Mouloud | novembre 18, 2009

L’affaire Carpentras revue par French Carcan, un exercice de rétrologie

La thèse est la suivante : l’affaire Carpentras fut une manipulation orchestrée par le président Mitterrand afin d’empêcher la droite de s’allier au Front National. Cette thèse est colportée par Yves Bertrand ex-patron des RG, Eric Zemmour bouffon de plateau et Me Macary notable frontiste de la ville et accessoirement avocat d’un des protagonistes de la profanation mort dans des circonstances plus que troubles.

J’affirme que cette thèse ne tient pas debout et qu’elle témoigne à quel point l’ère Mitterrand aura perverti le rapport des français à la réalité.

On sait aujourd’hui que la profanation fut menée par un groupe de skinheads proches du PNFE dans la nuit du 8 au 9 mai 1990 et ce afin de commémorer l’acte final du suicide nazi. Ce n’est que deux jours plus tard que les services de police sont alertés et que Pierre Joxe s’empare du fait divers pour le transformer en enjeu national.

Bien entendu, la proximité de Joxe et de Mitterrand permet de conclure que le retentissement donné à cet évènement, somme toute anodin, fut absolument volontaire et destiné à créer autour du conducator de Latché un ersatz de religion civile dont le Front National fut la victime expiatoire.

Le but ne fut en aucun cas de diviser la droite, puisqu’elle l’était déjà, ni d’empêcher celle-ci de s’allier avec le Front National, les saillies crypto-antisémites de Jean-Marie Le Pen étant destinées, notamment, à empêcher tout glissement frontiste vers une satellisation digne du défunt CNI.

En effet, il est toujours bon de rappeler qu’après la déclaration de Jean-Marie Le Pen sur le détail, la défense des historiens dits révisionnistes, les vannes douteuses visant Anne Sinclair, le jeu de mot sur Durafour-Crématoire et la séance de dédicaces d’Henri Roques lors de la fête bleu-blanc-rouge de l’été 1989, les mises en cause permanentes dans la presse proche du parti du B’nai Brith moteur supposé du complot mondialiste, le leader du Front National avait adopté une rhétorique antisémite canada dry assez trouble pour échapper aux tribunaux mais assez explicite pour plaire aux forcenés et à tous ceux qui pensent que pointer le pouvoir des juifs et chatouiller leur lobby c’est se maintenir dans un anticonformisme de tradition anarcho-droitière.

En conduisant le cortège des manifestants contre la figure séculière du Mal (le racisme, l’antisémitisme et l’intolérance pour reprendre les mots de Pierre Joxe), François Mitterrand, accompagné de tous les seconds couteaux d’une droite qui attendait de dépecer les vieilles figures (Chirac et VGE), faisait oublier une triple crise politique, nationale et morale.

La grande affaire européenne masquait l’impuissance de l’Etat, son pitoyable pilotage de l’économie mondialisée (telle que la menait en sous-main Mr Haberer à la tête du Crédit Lyonnais), le colbertisme schizoïde d’élites qui trouvaient dans l’ouverture libérale de quoi arrondir les fins de mois tout en se faisant les contempteurs du reaganisme et du thatchérisme.

La fin du roman national se masquait derrière les oripeaux de la vulgate antiraciste, de la France qui marche au mélange, du on ne peut pas accueillir toute la misère du monde mais on abandonne l’objectif de passer sous la barre des deux millions de chômeurs officiels.

La rupture de confiance envers les élus que venait de sanctionner le vote d’une loi d’amnistie concernant le financement des partis politiques indiquait l’ampleur d’une faillite morale où des socialistes sans boussoles et des gaullistes sans nation s’accordaient pour remettre les compteurs à zéro sans que jamais ne cesse le bal des affaires, le vaudeville interminable des copains et des coquins pris plus ou moins la main dans le sac mais toujours proches de la sortie, blanchis de combattre à si bon compte la barbarie et le fascisme.

L’affaire Carpentras s’est voulue le rassemblement de Nation derrière ses représentants moyennant l’exorcisme onirique du Mal que le Front National se chargeait d’incarner, dernière manifestation d’une unité de façade avant que le décor ne parte en lambeaux.

Publié par : Alibekov | novembre 16, 2009

Tolérance, métissage, tout ça…

générosité

Publié par : Memento Mouloud | novembre 15, 2009

Conversation avec Baudelaire

– Je ne veux pas qu’on voie pauvre, malade et mal vêtue, une femme à moi qu’on a connue belle, bien portante et élégante

– Vous la quittez ?

– Vous ne comprenez donc pas que je ne peux la quitter, que je l’ai rendue malade, que son visage défait c’est moi qui l’ait conçu et façonné, c’est moi qui lui ait dévasté ses pauvres belles années, c’est moi qui ait fait de cette femme un ridicule tas de suif accroché à des haillons, vous ne comprenez pas que je suis pourri jusqu’à l’os et que la seule transfiguration qui m’est promise tient dans cet encrier et ce chèque que vous me tendez, chèque que je vous demanderai de libeller à son nom.

– Mais vous disiez ne plus l’aimer

– Je dis ce qui me chante monsieur le procureur. Si le vertige supplée au délice et le venin au sang, vous saurez où je suis, du moins où je vais, non ?

– Pas vraiment

– Il est impossible de discuter avec un être qui ne connaît du monde que la surface lisse des sentiments et des éprouvettes, le carnet de chèques et le bon sens. Vous ne savez donc pas Monsieur que la poésie est le seul miracle dont Dieu nous ait octroyé la licence, que le mundus muliebris avec son appareil ondoyant, scintillant et parfumé nous apporte le songe même de la beauté et regardez ce que j’en ai fait, moi, son prêtre

– Il y a mille manières d’aimer

– Par devant, par derrière, à plusieurs, c’est ça vos manières d’aimer ?

– Vous êtes un jouisseur, vous êtes perverti Monsieur le Poète, on peut aimer en sentiment, on peut aimer en toute quiétude la grâce du foyer et celle d’avoir des enfants. On peut goûter ce calme non ?

– Vous savez la scène qui m’est venue. Sur un sofa il y avait un homme travesti en blonde et une blonde transfiguré en brun à moustaches. On voyait ses boucles dépasser de la perruque, on voyait bien qu’elle avait accroché un godemiché gigantesque devant la braguette de son pantalon. Tout d’un coup, la femme relevait les jupes de son amant et je vis qu’il ne portait pas de culotte juste sa nudité toute débarbouillée des poils irritants.

– Vous êtes voyeur, vous en jouissez

– Vous ne comprenez toujours rien, je suis le prince anonyme, tout observateur qui se glisse dans la joie du multiple, celui des flots, des foules, des pixels, des écrans, est un prince décervelé et sans patrie de la jouissance pure parce que comme vous, Monsieur, je suis démocrate et entortillé de latex au bout du gland

– L’homme vit dans les limbes, il n’a pas encore éclot

– Qu’attend il le phalanstère, l’harmonie, le chant des analogies avec vue à quatre pattes sur le terrier ? Et puis votre peuple donnez lui une pine et de la politique il suivra toujours, la grande fouterie universelle, le grand bordel, le tous les culs sont à tout le monde c’est le lyrisme du peuple, sa chanson, entonnez la. C’est dans ce genre de dépravation du sens de l’infini que multiplient l’alcool et les drogues, c’est dans ce genre de vibrations que gît la raison de tous les excès coupables

– La raison est partagée

– C’est vous le type même du financier qui s’en va immoler des populations entières à votre propre intérêt qui me parlez de raison partagée mais laquelle Monsieur ? Je vous le dis il est impossible de ne pas voir, de ne pas éprouver le spectacle lamentable de cette multitude maladive et colorée, noyée dans le flou des grisailles et l’envers des poussières, avalant tout ce qui vient, copeaux et limailles, s’imprégnant de néoprène et de chlore, les mains brûlés, la gorge éructante pour que jaillisse dans le néon des boutiques la féérie écarlate des tissus et des canapés. Et puis vous ne comprendrez jamais avec votre raison que dans ces lieux que vous me désignez et où vous n’allez jamais les vertus les plus humbles et les plus grandes ont leurs vestiaires au milieu du dégoût montant des vices les plus endurcis et des vomissements de prisons.

– Vous vous échauffez la tête avec de drôles de livres

– Je connais les vôtres, des caresses serviles adressées à des passions d’esclaves en colère. On y dénonce le toujours plus, la gabegie syndicale, les clans, le marxisme de l’Education Nationale, le Fouquet’s, Wall Street, les loges maçonniques, l’Opus Dei. Vous vous acharnez à déjouer les efforts de la société précédente, chrétienne et philosophique, vous vous suicidez à la technique dans un progrès d’autocar, vous biberonez à l’antibiotique et à l’anxiolytique parce que vous refusez à tout prix en gueulant contre le destin la force et les moyens de perfectionnement. Quand vous aurez liquidé tous les concepts et toutes les images quand on aura remplacé les pietas par Donald Duck et la palette graphique, il vous restera quoi, le suicide ?

– Non monsieur on agit, collectivement s’il le faut, on agit à tout prix, à toute force justement

– Mais tout créateur de parti se trouve par nécessité en mauvaise compagnie, à la fin vous verrez c’est elle qui triomphe, la vase remontre toujours.

– Vous écrivez bien au-dessus du vulgaire, pour un clan secret, des amis, vous vous tenez séparé d’après le gain spirituel que vous arracherez de telle ou telle fréquentation, ce n’est pas très pédagogue, ce n’est pas se soucier de l’élévation des hommes, vous la laissez aux marchands.

– Les marchands sont le cache-misère d’un peuple de policiers tyranniques qui se chargent d’épurer au profit de leurs vices privés ou de leurs vertus. Ce qui règne Monsieur. La calomnie, la diffamation, la jalousie envers les riches dont on voudrait épouser jusqu’à la culotte, jusqu’à la lie. On se traînerait pour y être mais on n’en est pas. Alors on crie. Ils sont vertueux sans plaisirs, ils seront bien criminels sans remords, c’est là leur tâche.

Publié par : Memento Mouloud | novembre 14, 2009

Jacques Attali, français, juif et con à la fois

Jacques Attali trouve que Jean-Louis Bianco est antisémite parce que l’ami Jean-Louis a osé avancer l’idée que Jacques était hostile à l’unification allemande du fait de ses origines. Je ne sais laquelle de ces deux assertions est la plus bête.

Pour Jean-Louis Bianco il est évident qu’un juif parce qu’il est juif sera hostile à l’Allemagne jusqu’à la fin des temps. Pourtant il suffit de lire Raymond Aron ou revoir le documentaire consacré par Marcel Ophuls à cette même Allemagne pour savoir qu’au nom des réalités géopolitiques ou du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes un juif pouvait parfaitement défendre cette idée de réunification sans rien oublier de la destruction des juifs d’Europe pour cette raison assez simple que la culpabilité collective n’existe pas.

Jacques Attali estime que toute personne qui tient un propos de bistrot sur les juifs est un antisémite, oubliant la définition de l’antisémitisme que nous pourrions résumer comme suit : est antisémite toute doctrine pour laquelle l’existence des juifs est un problème qu’il faut régler par l’exclusion, l’expulsion ou la destruction d’un groupe d’humains considéré comme juif. Je ne crois pas que Jean-Louis Bianco ait jamais adhéré à ce genre de doctrine, j’en conclus donc qu’il n’est pas antisémite, point final.

Toutefois Jacques Attali est un homme inconséquent qui a pondu il y a quelques années un ouvrage intitulé les juifs, le monde et l’argent. Dans un entretien paru dans l’Express il y indiquait ceci « ma conclusion est que les juifs ont toutes les raisons d’être fiers de cette partie de leur histoire ».

On trouve dans cet entretien les perles suivantes :

« Pour la Bible, la richesse est un moyen de servir Dieu, d’être digne de lui […] Le travail productif est même si important qu’il est interdit de ne faire qu’étudier ou prier, parce qu’on s’isole, on se dessèche et on ne comprend plus le monde ».

Evidemment Attali oublie que le concept de travail productif est inconnu avant le XVIIIème siècle et que les kabbalistes ont introduit Mammon comme ange de la richesse et démon de la cupidité ce qui indique le caractère toujours ambivalent de l’argent, caractère qu’il partage avec la dimension sacrée de toute existence.

On apprend ensuite que les juifs ont inventé la lettre de change ou que la manne divine est sans saveur non pas parce qu’elle s’insère dans le cycle de châtiments qui suit le culte idolâtre du veau d’or mais parce qu’elle indique aux juifs qu’il faut travailler pour bien manger.

Vient cette assertion, « pour un juif, la pauvreté est intolérable. Pour un chrétien, c’est la richesse qui l’est » comme si les oppositions étaient tranchées avec d’un côté les juifs versés dans l’invention précoce des minima sociaux et de l’autre les chrétiens adeptes du ressentiment. Attali continue, « L’Eglise assimile donc le prêteur au diable: il est comme le dealer qui fournit de la drogue, une nouvelle forme de la tentation ».

Comme les techniques financières sont nées dans l’Occident latin (que ce soient celles de l’assurance, de la mutualisation des risques d’investissement ou de l’invention de techniques et institutions financières qui vont du chèque aux lettres de change en passant par les banques) on voit bien l’ampleur de la réflexion d’Attali dont les plus belles explications sont les suivantes :

« Pour le peuple juif, dans la mesure où la fertilité des biens est saine, il n’y a aucune raison d’interdire le prêt à intérêt à un non-juif, car l’intérêt n’est que la marque de la fertilité de l’argent. En revanche, entre juifs, on doit se prêter sans intérêt, au nom de la charité. Il est même prescrit, vis-à-vis des très pauvres, de faire des prêts à intérêt négatif! »

Si Jacques Attali était conséquent, il aurait conclu de manière évidente que la richesse est subordonnée au maintien de la communauté et dès lors à l’étude qui est la matrice matérielle de la persistance du judaïsme dans l’Histoire mais voilà à toute force Jacquou veut induire l’idée que le judaïsme et lui seul parmi les religions monothéistes s’accorde avec les réalités humaines et terrestres tandis que le christianisme est un dangereux toxique millénariste porté à incandescence par les prédicateurs fous de Dieu plongés dans l’imitation du Christ

« J’aurais trouvé malhonnête de ne pas parler de cet épisode marginal et fascinant. Un des chefs de la mafia américaine est un certain Meyer Lansky. Il fait partie de cette petite minorité de truands juifs – peut être 2 000 sur 2 millions de juifs russes immigrés aux Etats-Unis à la fin du XIXe siècle et au début du XXe. Cette fraction tout à fait «désintégrée» de la communauté constitue une grande première historique. Jusqu’alors, les juifs avaient une phobie de la délinquance et de la criminalité, pour des raisons théologiques, mais aussi de survie, puisque le comportement d’un seul pouvait mettre en cause la sécurité de toute la communauté. Les rabbins doivent refuser tout don d’origine douteuse. Et même au Moyen Age, où ils font l’objet des pires accusations – kidnappeurs d’enfants, meurtriers rituels, buveurs de sang humain, empoisonneurs de sources – on n’a pas d’exemple de prêteurs escrocs! Le gangster juif est donc une nouveauté; en réalité, il n’est plus juif du tout. Meyer Lansky n’a aucune relation avec la communauté. Associé à la mafia italienne, il permet à Lucky Luciano de prendre le pouvoir sur Cosa Nostra, avant de devenir lui-même le maître de la mafia américaine. Et quand, plus tard, il se fait arrêter – pour des raisons fiscales, comme Al Capone – et qu’il demande à Israël à bénéficier de la loi du retour, Golda Meir ne le lui accorde pas. »

Les contre-vérités s’amoncellent, la mafia américaine est un objet qui n’existe que dans les fantasmes d’Attali puisque chaque mafia est territorialisée, les truands juifs comme il les nomme jouent un rôle évident dans la structuration de la communauté juive aux Etats-Unis, les prêteurs-escrocs du Moyen-Age étaient appelés usuriers et on voit mal par quelle aberration historique les juifs auraient été exempts de la présence de mauvais garçons dans leurs rangs.

Publié par : Memento Mouloud | novembre 13, 2009

La question Islam/Occident

La fin du marxisme implique que l’ordre bourgeois soit le seul debout qu’on le nomme capitalisme, libéralisme ou mondialisation. Appelons cet ordre, le Système-Occident.

Deux fins antithétiques apparaissent : l’une présuppose que le système a pour fin l’émancipation de l’Humanité, il a donc pour modalité la défense inconditionnelle de toutes les minorités, c’est l’essence de cet espace critique appelé la gauche ; l’autre présuppose que les effets de cette critique contrecarre l’efficacité globale du système, qu’il en freine les performances et les possibilités, c’est l’essence de cet espace technophile et sans morale préétablie qui s’appelle la droite.

Or la crise implique que la performance globale du Système-Occident comme l’émancipation se heurtent à des impasses et apories qui menacent de désagrégation panique tout le dispositif. Il ne s’agit plus de simples dysfonctionnements attribuables à l’avidité ou aux rigidités bureaucratiques (cas du Crédit Lyonnais ou de la faillite d’Enron) mais bien d’une corrélation entre variables que le mathématicien René Thom a baptisé du nom de catastrophe.

Ainsi la crise des subprimes désarçonne l’ensemble du système bancaire en dévoilant l’étendue d’un aveuglement alimenté par les flux de crédit appariés dans le tandem infernal de la titrisation des encours et de la pratique du Leverage Buy Out.

Dès lors, la rançon d’un tel aveuglement se paie d’une restriction tout aussi primitive des investissements et des premières saisies et faillites. Paradoxalement, deux dictatures post-communistes sont censées servir de contrepoids à la chute de la nef, la Chine et la Russie de Poutine.

Dans ce cadre, l’Islam, dans les pays où il règne, apparaîtrait comme une force et un projet auprès de peuples dont les moteurs seraient le ressentiment et l’humiliation. Dans cette optique, cette religion s’appuie sur une autorité souveraine hostile à toute critique des fondements et à tout sens du sublime esthétique et ne tolère que deux procédures : l’interprétation qualifiée des oulémas (l’itjihad) et le caractère séculier et global de règles qu’elle impose à travers sa jurisprudence (le fiqh) à toute société et à tout individu.

Toutefois, ce qu’oublie les contempteurs de l’Islam c’est que celui-ci n’est pas un bloc homogène, que l’itjihad fut toujours débordé par les tendances mystiques, contourné voire déligitimé par les pouvoirs séculiers et que le fiqh est profondément altéré par les logiques patrimoniales, efficientes et consuméristes qui sont celles du capitalisme.

Dans ce cadre ceux qui se sentent exclus de la souveraineté ou comptent au nombre des gueux et désoeuvrés, qui se comptent par millions, valent pour variables hétérogènes dans un dispositif toujours au bord de l’implosion.

Or l’Oumma est dominée par des aristocraties ou des juntes (y compris la forme para-étatique prise par Al Qaida), et non pas des bourgeoisies. Ces castes se présentent au regard paradoxal du Système-Occident comme une menace (attentats, chantages divers, présence de micro-communautés de combattants et de micro-réseaux de soutien au djihad sur le sol occidental, défense inconditionnelle de la liberté de culte sur le sol euro-américain, guerres de faible intensité) et un recours (sauvetage de banques, investissements massifs, recyclage des pétro-dollars, système de normes et de valeurs devant régir les communautés musulmanes présentes sur le sol occidental).

Aussi le djihad n’est pas marginal au regard de l’Oumma, il est le signe tangible des victoires remportées contre le Système-Occident, la revanche symbolique que proposent des juntes corrompues et des aristocraties cruelles à ceux qui sont exclus du système comme à ceux qui aspirent à un ordre bourgeois basé sur les compétences et l’épargne : sur le terrain militaire, il a pour objectif l’épuisement des forces occidentales et de l’ennemi israélien par une guérilla permanente après que celles-ci ont occupé des positions militaires dans l’ensemble de la zone qui a pour épicentre le Golfe Persique.

Sur le terrain financier, il entend imposer ses règles à un système financier à court de liquidités et qui n’a pas à ménager le puzzle politique et ses questions afférentes de justice et de distribution équitables des colifichets et des biens.

En conclusion, l’absorption de l’Oumma, telle qu’elle fonctionne produit de l’hétérogène sur deux fronts.

Sur le premier front, en lançant, finançant ou tolérant le Djihad armé, les régimes arabo-islamiques entretiennent l’alliance tacite entre aspirants à la bourgeoisie, gueux et désoeuvrés dans un millénarisme qui se soutient de Dieu faute de mystique royale si bien que ces régimes sapent les fondements de leur pouvoir et ne cessent d’appeler à l’aide la machine militaro-policière du Système-Occident et son savoir-faire dans la guerre contre-subversive (le cas algérien est ici exemplaire).

Sur l’autre front, les premières étapes de la gangrène se mettent en place, restrictions des libertés publiques et prolifération d’un appareil clandestin de tortionnaires couverts par une législation d’urgence, aveuglement et lâchetés devant les atteintes à la simple dignité humaine commises par les régimes hostiles ou en marge du système, manipulation des peurs et des défections dans l’opinion publique acquise au système, pour finir indiscernabilité des figures de la liberté et de la menace par aveuglement, recouvrement et bêtise.

Memento Mouloud

Publié par : Memento Mouloud | novembre 13, 2009

MC Raoult et Docteur N’Diaye : bienvenue à Schizoland

Eric Raoult est un produit de synthèse du laboratoire post-gaulliste. Toujours échappé de son rôle d’accordéoniste dans le band Puissance 4, les inoubliables concepteurs de la ritournelle « viens boire un petit coup à la maison », son rôle est de jouer les sémaphores auprès da la volaille électorale égarée sur les terres frontistes. Député-maire du Raincy où même une guenon attifée d’un foulard UMP serait largement élue, Raoult est l’incarnation umépiste du français supposé de souche, son miroir déformant. Bien en chair, un peu gros, le sourire niais, des yeux vides de labrador en folie, des costards passe-partout, une épaisse malice de ruffian qu’on subodore, la main leste sur les cuisses des femmes, une joue marquée d’avoir trop reçu de revers et de soufflets, une mentalité de Sgnanarelle modeste et bas du front, pour résumer un Pierre Mondy sans le talent. Qu’il en appelle au devoir de réserve d’un goncourable en se drapant de son écharpe de maire, c’est comme s’il sonnait le clairon, débout les morts, à nous les vieux, pensez aux régionales.

Marie N’Diaye est un autre produit de synthèse, celui de l’intelligentsia franchouillarde-cosmopolite. Elle possède en commun avec Darrieussecq, outre un conflit pour plagiat, une même absence de style, un même minimalisme d’écriture emprunté aux magazines féminins, un même accès juvénil aux prébendes éditoriales, les mêmes encensoirs baptisés critiques. Dans les deux cas, on fantasme la position d’écrivain antifasciste pour masquer qu’on est à la hauteur de rien, ni de l’Histoire, ni de l’écriture, juste de bonnes petites fillettes à cartables, devenues de gentilles femmes d’extérieur qui ont choisi l’écriture romanesque comme d’autres choisissent la banque ou la gestion, avec cette application, ce manque d’humour et de distance, cette ingénuité dans l’arrogance discrète et insupportable qui accompagnent l’émancipation de la femme, son empowerment, comme disent les féministes d’outre-Atlantique.

Oui la France de Monsieur Sarkozy est monstrueuse, mais pas de la manière dont l’entend l’exilée de Berlin, dans son 18 pièces qu’elle a transformé en Jersey permanent avec vue sur la Spree. Quand on a de tels Victor Hugo, on mesure le délire qui s’est emparé de ce pays.

Le 11 novembre Monsieur le Président de l’identité nationale qui s’offusque si fort de 40 pétasses recouvertes de burqa, a prononcé un discours sur le sens de la première guerre mondiale. Monsieur Identité Nationale a dit nous, mais son nous voulait dire à la fois, allemands, européens, puissants, français, sages etc., c’est-à-dire à peu près n’importe qui.
J’ai pensé à Clémenceau qui répondit à un type qui lui demandait ce que les temps futurs retiendraient de Versailles, « en tout cas ils ne diront pas que la Belgique a envahi l’Allemagne ».Le Tigre se trompait.

Avec Sarkozy et ceux qui lui rédigent ses discours, les français n’ont pas défendu leur indépendance, leur autonomie, leur puissance, leur manière de vivre et d’espérer, de pleurer et de mourir, non les français ont déclenché, à parité avec les allemands, la guerre civile européenne et même, les salauds, se sont montrés si peu généreux qu’ils ont précipité les allemands dans les bras des nazis.

Le même, le jour d’après, s’en prenait à ceux qui dénigrent notre histoire.

Publié par : Memento Mouloud | novembre 12, 2009

Dialogue, un mec/une nana

- C’est drôle tu ressembles à quelqu’un d’autre

- je ressemble toujours à quelqu’un d’autre, métamorphic man, tu vois

- Ah ouais, marrant

- T’es plus français de souche avec la frange

- Français de bouche aussi, question langue if you see what I mean

- Arrête putain, on dirait un vieil obsédé

- Pourquoi vieux, j’aime bien les crabes moi

- T’es dégueu

- T’as dit de souche, dans ma souche y a la grève de sable et de rocaille avec les étoiles déchues, les coquillages brisés et les pinces des crabes ouvertes sur le ciel dans la dérive de la marée, j’aime l’odeur d’iode, j’aime l’odeur des femmes, la marée dans le cœur…

- Poète relou, alors ?

-Heum

- J’aime bien les poètes relous c’est comme ça

- C’est drôle dès qu’on parle beauté avec une nana on est relou, question d’hormones, tu penses ?

- ça doit être les karmas avec cycle et tout le reste, là j’ai chaud d’un coup

- T’habites loin ?

- Tu sais bien où je crèche, tu sais aussi tout le reste, je dévoile en voilant, je voile en dévoilant, Isis en traîneau, la nature et le gouffre, tu viens ?

- De souche, méfiant, en attente, je te vois jambes écartées et soutif ôté mais c’est comme une brume de chaleur, encore une fois l’iode pris dans les traits, photons dansants prisonniers des pinceaux azotés, l’embrun, encore une fois ta caverne, t’es belle au moins ?

- bof, c’est à voir, peau d’orange par ci, seins distingués, lèvres très douces, lèvres épaisses un peu noires en coraux qui griffent, je jouis à la verticale du désespoir, j’aime peu les coups, j’aime assez le tintement des yeux et des mots, la main qui passe et la pression sur le ventre quand le sexe s’efforce, ce genre de choses

- Pas le temps de parler

- De quoi, de souche, de tes artères, de tes ancêtres, de ta terre, de ton humus ?

- de tes arceaux, t’es quoi un arc en ciel sur détritus, une mangeoire à mecs fatigués, à séducteurs feu-follets, tristes et badigeonnés, à bouffons mutants rangés dans la case diablotins ados, biroutes à fierté, c’est toujours bon à savoir

- T’as qu’à plonger, marin

- Un autre jour ma belle, l’esquif est un peu grippé, ça sent la houle

- Tu voudrais que je pleure, je sais pleurer tu sais, je suis une femme, une femme ça sait pleurer, ça sait toucher, ça maquille au sentiment, ça combat au lacrymal, ça s’efforce dans la pitié, ça griffe dans le soupir, ça détruit dans le clignement et la larme estompée, ça humilie d’un mouchoir…

- Desdémona, fazzoleto, les classiques de la démence, j’étais parti pour un coup

- On part toujours pour un coup, c’est après que ça dérive, sans qu’on sache exactement, sans qu’on s’explique, ça s’ouvre, ça prend de l’espace, ça obscurcit, ça enfle, ça finit par étouffer, je voudrais dire baise moi s’il te plaît et va t-en mais ça ne se passe jamais vraiment avec simplicité, toujours un problème, toujours un sursis, toujours un espoir

- L’amour toujours, encore la souche, français, trop français, un brin d’amour

- Non, la guerre absurde, la vie comme un champ de bataille, l’intensité dans un couloir et une cuisine, les coups, la gueule ouverte, les insultes, les réconciliations, quelle merde

- On y replonge quand même

- Par ennui, par distraction, par bêtise, j’aime qu’on me baise tu sais, j’aime pas bien non plus, enfin ça dépend, je dis un peu n’importe quoi

- Moi aussi, j’aime que ton visage clignote dans l’ombre d’une lampe douteuse, j’aime tes yeux baissés, une lueur perdue sous les paupières, j’aime le timbre de ta voix, un ut majeur dans les cordes pincées, j’aime le mouvement de ta gorge, la déglutition difficile, le verre d’eau posé, j’aime l’intimité d’un oubli, la corolle en danger, te prendre dans les bras, divaguer

- L’instant de grâce, après la gravité, après les pleurs, la femme qui chiale, l’homme sauveur, tu sais c’est la partition habituelle, t’as l’air …, j’aime ta voix, tes phrases, on pourrait peut être se voir

- se toucher ?

- On verra bien.

Publié par : Memento Mouloud | novembre 11, 2009

Brasillach précurseur du gauchisme

Je viens de parcourir Notre avant-guerre écrit à la première personne du pluriel, adressé tout autant à la jeunesse française qu’à la petite meute mondaine qui était celle de Robert Brasillach.

Le style est celui d’un premier prix au concours général, oscillant entre un pastiche du Nerval mémorialiste, l’évocation en moins, et tout ce qui traîne de poncifs dans cette prose de rhéteur arthritique qui tenait lieu de vade mecum littéromane avant que Christine Angot se révèle le symptôme d’autre chose, la complète destruction de la littérature française.

Robert Brasillach avant d’être fasciste déclaré fut un mondain à la manière dont Proust peint Oriane de Guermantes et son cercle. Il règne donc dans le petit salon amical, un certain esprit, une émission permanente de signes de reconnaissance, on cite les classiques pour agrémenter les soirées, on fouille où on peut, Macrobe, Sénèque, Virgile, on déterre un grimoire grec, on alterne les jeux de mot et les prouesses bachoteuses, on exhibe l’ironie du candidat gagnant, on plaint les juifs, les étrangers, les érudits, les talents qui tranchent, grincent, arasent, révèlent ou on les oublie (Artaud, Blanchot, Aragon, Jean Renoir, Jean Epstein, Germaine Dulac, Céline peint en forcené, l’équipe des Annales, Bataille, Kojève, Bernanos, Pierre Duhem, de Broglie, Dumézil etc.) entre deux disques enfournés dans un phonographe et un lever du jour où on regarde du haut des toits le Paris du Quartier Latin, les chaussettes remontées par saccades.

Côté gentil garçon, on a le Robert prévenant qui aime la compagnie des vieux et leur tient le crachoir, ce seront Bellessort, Massis, Colette et Maurras en papys/mamies gâteaux, côté culotte de peau, on plante la tente, on court les forêts, on descend les rapides en canoë, c’est déjà la France du rafting et du jogging, des butagaz et du camping.

Brasillach aime le théâtre du Cartel, plus Jouvet que Baty parce que ce dernier s’égare tout de même dans la mise en scène, disjoint littérature et planches, tente avec désespoir de brûler le vieux marigot des vrais Hamlet, des vrais Don Juan, des vrais Faust pour rappeler que si le théâtre est féerie c’est celle du faux, que la vérité, dès lors, a moins à voir avec la mimesis qu’avec l’estrangement, ce choc d’où tout émerge comme le dira Heidegger après avoir abandonné le nazisme en rase campagne

Lui, Robert aime le nazisme et les Pitoëff, Jouvet, le Christ et les cathédrales de lumière, les drapeaux rouges glissant dans un décor spectral d’uniformes bruns alignés au cordeau, Brasillach vibre au mythe, à la nation, à la race, il le dira le fascisme c’est la joie.

Le mythe, l’unité trouvée, la joie vécue, ce triangle fonde l’onirisme politico-esthétique de Brasillach, le même dont hériteront les gauchistes avec leurs prétentions à refonder l’homme dans toutes ses jointures en l’émancipant dans la joie sans limites où les sexes, les classes, la propriété, les langues, les savoirs, les inhibitions, les tristesses, les vieilleries, les dieux n’existent plus.

Les thématiques idéologiques ont changé mais la structure est la même, culte étroit d’une jeunesse de bourgeois désoeuvré dont les mains fines et blanches battent dans le vide d’une conversation sans fins, traînant l’ennui d’un salon à l’autre dans de grands éclats de rire qui font toujours croire à l’amitié partagée, jusque dans le dernier bal où les gueules froissées et les visages défaits ne sont là que pour un spectateur lointain, un œil plissé dans la spirale du Temps, un œil qui attend que la mort fasse son œuvre.

Memento Mouloud

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