Publié par : Memento Mouloud | octobre 14, 2014

Le libéral du mois : Robert Rivaton dit Bob l’éponge

bob rivaton

Les Français ont une vision étonnamment claire de l’économie pour un peuple dont on décrète un peu vite qu’il n’y comprend rien (car les français sont formidables). Six Français sur dix estiment qu’il faut limiter au maximum le rôle de l’État dans l’économie pour relancer la croissance (car les français s’y connaissent en théorie du minimax). Le redressement national (saveur pétainiste) aura pour seuls champions nos entreprises (fabliau version XXIème siècle). Pour libérer ces dernières (des pesanteurs de la lutte des classes, même morte), la première étape est d’indiquer clairement le chemin d’une libéralisation de l’économie avec la suppression des monopoles protégés par les murailles des réglementations et protections administratives en tout genre (en résumé tout le pouvoir aux patrons et cap sur une nation d’esclaves narcissiques).

Tout d’abord le marché du travail, lieu de blocages injustes entre salariés protégés et salariés précaires (ce qui est injuste c’est la protection des salariés) et à partir duquel une rigidité paralysante contamine l’ensemble de la sphère productive (vocabulaire épidémiologique). Il s’agit d’ailleurs du principal frein pour les investisseurs étrangers (synonyme de philanthrope), un quart d’entre eux le citant spontanément d’après le World Economic Forum (que les français qui s’y connaissent en économie fréquentent souvent). Mais d’autres secteurs sont concernés : banque, formation professionnelle, assurance, transport, santé, éducation, métiers de la justice, services, livres…

La liste est infinie (tant manque la pensée, le marché est infiniment universel ou universellement illimité, on peut y ajouter la conception, le contrat de couple, etc.) tant l’État a réussi à s’immiscer dans chacun des secteurs économiques (l’Etat s’immisce, c’est un peu comme l’amant dans le placard). L’aventure Free a eu des effets positifs mais la levée de boucliers qui a suivi montre la force et la capacité d’influence des rentiers de tout poil (car les actionnaires et le PDG de Free ne sont pas des rentiers). La libéralisation c’est aussi autoriser la respiration (métaphore des fonctions organiques), supprimer les réglementations qui nourrissent un autre Léviathan (ça fait biblique), le monopole de la production de la norme, l’État bien évidemment (passons aux bureaucraties de modèle européen, un rhizome administratif contre l’Etat jouisseur). La taxation devrait être également repensée pour tendre vers une plus grande neutralité. Ainsi, dans le secteur immobilier la récente augmentation des droits de mutation réduit la fluidité normale du marché alors que l’augmentation des taxes sur la propriété la renforcerait (abolissons les impôts sur les transactions et les patrimoines). Quel est l’intérêt de surtaxer les entreprises (pourquoi sur ?), leur cassant les jambes (l’Etat c’est la racaille), pour ensuite leur donner des béquilles via des allègements de charge ? Si ce n’est celui d’assurer la viabilité du rôle de l’État qui prélève au passage des frais d’intermédiation élevés (l’Etat-voleur contre les chevaliers d’entreprise).

La règle de bon sens (ça évite le syntagme sens commun) est de supprimer tous les plafonds qui constituent autant d’entraves superfétatoires à la croissance normale de l’économie (c’est vrai quoi le renard libre dans le poulailler libre, y’a que ça de vrai), qu’ils se trouvent dans les seuils de dix, vingt et cinquante salariés pour les entreprises dont il a été montré à quel point ils étaient destructeurs d’emplois ou que ce soit le plafond des dispositifs de réduction de l’impôt sur la fortune en cas d’investissement dans le capital de PME, alors que chaque euro investi à travers ceux-ci a un effet multiplicateur trois ou quatre fois supérieur que s’il était collecté sous forme d’impôt (c’est affirmé noir sur blanc dans les cours de première année de sciences-po)). Gardons à l’esprit que le marché, l’innovation, la compétition, telle l’eau qui emporte les barrages (car l’économie c’est naturel-hydraulique), finissent toujours par dépasser les barrières dressées face à eux (le marché c’est  Katrina fondant sur la Nouvelle Orléans), qu’elles soient le fait de l’État ou d’autres acteurs privés.

Cette première étape est celle de la réforme hors coût, qui se fera par la simplification des multiples lois et réglementations. Elle générera des effets économiques rapides et puissants permettant ensuite de passer à la réforme coût impliquant des changements de nature budgétaire (vous pouvez dormir tranquille, je continue).

Ce libéralisme n’est pas un pas vers l’austérité, il en est au contraire son pendant puisqu’il réduit le budget de contrôle de l’État sur la sphère économique en suscitant un immense appel d’air en faveur de la création d’entreprise (de la richesse partout et pour tous, amen). Il ne réduit pas le ratio d’endettement par la baisse du numérateur, mais par les perspectives de hausse forte du dénominateur, à savoir la richesse créée (petit rappel d’arithmétique). Parce que le long terme (6 mois, 3 ans) entre en jeu dans les anticipations des entrepreneurs, cette position doit garantir une stabilité juridique intangible (d’ici là on aura privatisé la gendarmerie, c’est plus sûr en cas de « dysfonctionnement »).

La seconde étape pour assurer la pérennité de ce mouvement dans la durée est de repenser le rôle de l’État et des organismes publics. Les entreprises françaises, asphyxiées par quinze années de surimposition, ne sont plus capables de rivaliser avec leurs concurrentes internationales (tout commence en 1999). L’investissement est notre planche de salut (vocabulaire religieux)– au moins autant que la baisse du coût du travail sur laquelle l’attention des hommes et femmes politiques est concentrée depuis qu’ils ont compris que la France n’était plus compétitive (c’est quoi un pays compétitif ?) – mais il ne viendra que de la baisse de la charge fiscale et réglementaire sur les entreprises. Si cette démarche est enfin lancée, notre attractivité auprès des investisseurs internationaux remontera en flèche. Cette baisse de l’imposition trouve son corollaire dans une baisse drastique des dépenses publiques. Il ne s’agit pas de raboter un peu partout mais bien de refonder l’État en le rendant plus efficient là où existent des gisements de productivité, de se retirer des secteurs dans lesquels son efficacité (qui la mesure ? sur quels critères ?) n’est pas supérieure de manière avérée à celle de l’initiative privée (et le contraire ?) – quitte à réaliser in concreto la comparaison dans des zones tests –, et de se concentrer là où il a une vraie légitimité. Ne nous y trompons pas, la France n’est pas faite pour un État réduit, la majesté de notre pays (Louis XIV is back) a été élevée par et pour l’État. Mais ce même État s’est noyé dans des missions dans lesquelles il a perdu de vue son rôle premier qui était de fournir un cadre positif pour l’expression des mérites des uns et des autres, ce même État s’est autonomisé des principes républicains qui fondaient le pacte social l’unissant aux citoyens au profit d’un fonctionnement autarcique dans son propre intérêt (l’Etat-gangster contre les gentils).

La coproduction de services publics, qui rencontre une attente forte de citoyens de plus en plus autonomes, offre une occasion exceptionnelle de réaliser cette réforme. Pour refaire l’intérêt général, il faut défaire la bureaucratie et lui insuffler des méthodes de management modernes issues du monde de l’entreprise (qui fonctionnent magnifiquement partout où elles sont appliquées). À cet égard, le signal introduit par la suppression de la prime de fonction et de résultat par la ministre de la Réforme de l’État et de la Fonction publique, au motif qu’elle aboutissait à individualisation accrue au détriment du travail collectif, est plutôt une régression. La hausse des impôts des particuliers, sans parler de celle des entreprises, n’est plus une alternative envisageable. L’austérité ne l’est pas plus. Elle a été possible et culturellement acceptable en Irlande, en Espagne ou en Grèce où une partie non négligeable de la population avait connu des temps de frugalité avant les décollages économiques respectifs des années 1980, 1990 et 2000.

Dans ces pays-là, où la croissance de la classe moyenne avait été trop rapide (il faut calmer les anciens pauvres, ils jouissent trop, retour au pétainisme transcendantal), il a été tolérable d’accepter que le mouvement de hausse soit interrompu par une période de réduction drastique des richesses (euphémisme pour désastre en chaîne et chômage de masse) mais ce n’est pas envisageable dans les pays où la classe moyenne est depuis longtemps installée dans son confort (on ne sacrifiera qu’un tiers des français, promis). L’Italie en est un parfait exemple.

Aussi la solution libérale est-elle la seule porte de sortie vers un avenir prospère. Dans le cas contraire, la tentation individualiste ne cessera pas, en dépit de la tentative de contrôle croissant de l’État. Que les pleutres se rassurent (Moi Rivaton, je suis courageux, bande de pédés), les temps des révoltes violentes sont bien loin, la révolution a été tuée le jour où la banque a fait le premier crédit à un ouvrier (1968 c’est loin les gars, 1944 encore plus), une immense majorité des gens ont plus à gagner dans la conservation de leurs biens que ne saurait leur offrir une quelconque révolution (enfin une phrase juste, le libéralisme c’est la conservation illimitée des patrimoines et le maintien des hiérarchies, tout doit changer pour que rien ne change dans la structure, les noms valsent, les positions se maintiennent). Mais une économie parallèle, faite de débrouille, de travail au noir, d’échanges informels (l’économie des 6-T, on se demande bien si Rivaton n’a pas les foies quand il les parcourt) verra alors le jour alors même qu’actuellement la France est l’un des pays qui sont le moins touchés par ce type d’économie souterraine du fait de l’efficacité de l’appareil fiscal de l’État (il doit parler d’un autre pays, non ?).

Que veut-on dire par l’expression « pays musulmans » ? Elle paraît évidente, mais ne l’est en vérité pas du tout. S’il s’agit de pays où vivent des « musulmans », le mot « musulman » peut occulter une réalité complexe et hétérogène. Il y a des musulmans croyants, d’autres croyants et pratiquants, d’autres musulmans agnostiques, ou encore des musulmans athées. Il y a des musulmans au sens religieux, et des musulmans qui, tout en étant inscrits par leur naissance dans un univers symbolique et culturel référé à l’islam, ne se reconnaissent pas ou ne revendiquent pas le fait religieux.

Le référent « islam » dans son usage homogénéisant, aujourd’hui, ne sert pas à penser le réel, mais sert des amalgames au service des obscurantismes en islam et en Occident. Le mot « islam » ne désigne pas seulement le fait religieux ; il faudrait pour cela parler d’« islamisme », comme on parle de « judaïsme » et de « christianisme », mais étant donné que le mot « islamisme » est utilisé aujourd’hui au sens d’une idéologie radicale, nous ne disposons plus en français d’un concept adéquat. Le nom « islam » désigne un ensemble de cultures, certes marquées par la religion, mais qui ne s’y dissolvent pas. Il y a des littératures, des philosophies, des arts, des architectures, des langues, des peuples en excès et en défaut par rapport au fait religieux. Bref, il s’agit d’un ensemble « géoculturel » complexe et hétérogène. Le terme « islam » n’est présent que six fois dans le texte coranique ! Ceci est très important, car les mouvement les plus radicaux de l’islamisme, ce qu’on appelle le « salafisme », veulent explicitement que le fait religieux s’étende à l’ensemble de la vie et dénoncent justement l’existence de la culture ou de la civilisation. C’est une idéologie totalitaire.

Les pays du monde arabe sont entrés dans la modernité vers le milieu du XIXe siècle. N’oublions pas, d’ailleurs, qu’à la fin des années 1970, les mouvements politiques dominants dans cette région sont des partis de gauche, laïques, et même marxistes pour certains. Les pays du monde arabe ont tout pris de la modernité, sauf ce que j’appelle la « révolution subjective ». Je veux dire que les grandes idées de la modernité n’ont pas affecté en profondeur le sujet de la tradition, elles l’ont ébranlé sans le transformer. La transformation passe par une modification des rapports de pouvoir qui n’a pas eu lieu. Pas seulement le pouvoir politique dans la cité, où les Arabes ont vécu sous le règne de tyrannies terribles, mais le pouvoir domestique, le pouvoir sur le sexe et les relations de genre. Bref, le patriarcat a subsisté, sauf dans quelques pays, comme la Tunisie. Ce qui a manqué, c’est la relève de l’ancien sujet, assujetti à la tradition, la relève du sujet en citoyen, selon le principe de «l’égaliberté», pour parler comme Étienne Balibar. L’ébranlement sans la possibilité d’une telle relève du sujet a conduit à l’impasse, et a ouvert à la prolifération de l’idéologie islamiste, qui proposait une issue par le ciel.

Or les conditions au développement de la psychanalyse sont d’ordre d’une part politique – la présence d’un État de droit – et de nature scientifique – lorsque le savoir psychiatrique se substitue à une conception démonologique de la folie; ou encore culturelle : lorsque la référence à l’inconscient pénètre l’univers intellectuel (littérature, philosophie, etc.) ; voire enfin subjective : l’émergence du sujet moderne, au sens kantien du terme. Ces conditions ne sont pas toutes réunies dans la plupart des pays de l’aire de l’islam, mais certaines existent çà et là, ce qui permet l’émergence de la psychanalyse comme thérapeutique et comme pensée marginale.

Si je me suis intéressé à la figure d’Agar, c’est dans le cadre d’une recherche qui visait à explorer les fondements symboliques de l’islam, et de ce que Freud avait appelé les refoulements constitutifs de l’institution religieuse. J’ai découvert que la figure mythique de l’ancêtre des Arabes est absente du texte coranique, alors que les autres protagonistes de la Genèse, notamment sa concurrente Sarah, sont tous présents. Sarah est en effet bénie, alors qu’il n’y a pas de trace d’Agar. Sans doute son statut de servante et de répudiée est-il pour quelque chose dans cet effacement. Quoi qu’il en en soit, il me semble que ce fait n’est pas sans conséquence sur l’organisation symbolique de l’islam, et sur la condition de la femme dans les agencements signifiants fondamentaux de son univers de croyance.

Le voile n’est pas un signe, c’est un objet qui interdit le corps de la femme à la vue des hommes. C’est la définition canonique du mot hijâb en arabe. La raison en est que le corps de la femme, dans la tradition et les textes islamiques, est considéré comme intégralement tabou, car il porte en lui les germes de la séduction et de la sédition pour l’ensemble de la cité. Les femmes sont déclarées manquantes de religion et de raison, elles sont les suppôts du diable, selon certains hadiths. Du point de vue du droit islamique, sauf pour la possession des biens, les femmes sont considérées comme des mineures, elle ne peuvent se marier, divorcer, voyager sans l’assentiment d’un homme (père, fils, époux) ; leur témoignage est sujet à caution et il faut le témoignage de deux femmes pour équivaloir à celui d’un homme; elles risquent en cas d’adultère la lapidation, etc. Que faut-il donc pour arrêter de penser le voile comme un signe ? Ou bien alors, le voile est un signe au sens où les chaînes réelles d’un esclave ou d’un prisonnier sont un signe. En fait, le voile est l’élément visible de tout un système de relégations et d’inégalités. En voulant le faire accepter dans l’espace public, les islamistes visent à y faire inclure l’exclusion.

Parler d’islam « modéré » ne veut pas dire grand-chose. Il y a des musulmans démocrates et d’autres qui ne le sont pas. Les musulmans d’aujourd’hui veulent majoritairement les inventions politiques de l’Occident, sans parler des inventions scientifiques et techniques, cela va de soi, mais considèrent en même temps que l’Occident a échoué spirituellement. C’est une discussion de fond qu’on ne peut déplier ici. Ils pensent aussi qu’il y a des forces hégémoniques en Occident qui veulent convertir au «Même» toute l’humanité, et les musulmans au premier chef. C’est pourquoi ils veulent associer à l’invention politique leur propre identité spirituelle, en pensant que ça peut marcher ensemble. Je fais là une synthèse, et je parle de l’islam comme si c’était un bloc homogène. Il faudrait entrer dans les détails et dans le jeu des différences sur le fond et sur la forme. Disons simplement que ce que je viens d’indiquer est une tendance axiale qui n’est pas près d’être modifiée. Que chacun en prenne la mesure.

La base de la civilisation, dans l’ensemble de l’humanité, est religieuse. Mais ce que les hommes ont produit sur cette base dépasse le fait religieux. Non seulement leurs créations le dépassent, mais bien souvent elles lui opposent des contre-pouvoirs. C’est ainsi qu’ont pu se développer des arts, des littératures, des philosophies affranchis de la religion. Je m’attache à le montrer particulièrement pour l’Islam. Je dirais même que ce qui a été fait de mieux dans l’Islam relève de la résistance à la religion. Prenons le cas d’Averroès, dans son fameux Traité décisif. Sous les dehors d’une tentative de conciliation de la religion et de la philosophie (la logique), il soumettait la première à la seconde. Ce qui fait problème, ce n’est pas la religion en soi, mais l’appropriation du politique par les religieux. À la limite, je dirais que l’islam n’est pas le problème, on y trouve le pire et le meilleur, comme dans toutes les grandes constructions, mais ce sont les musulmans qui doivent faire des choix dans un vaste héritage. Qu’est-ce qu’ils gardent, que doivent-ils abandonner, quels compromis ? Voilà la grande affaire des vivants à l’égard des morts. Le deuil dans les civilisations est un enjeu considérable.

Le soulèvement a permis la libération de la dictature, mais la libération n’est pas la liberté. Il faut construire les conditions durables de la liberté et de la justice. Et là le processus de transition se heurte à des intérêts divergeant avec la visée de la révolution, à une volonté d’appropriation, souvent d’ailleurs au nom de la révolution à laquelle on veut mettre fin.

En Tunisie, il est clair que le parti Ennahdha, d’orientation islamiste, ainsi que le gouvernement qui en est majoritairement l’émanation veulent exercer un pouvoir hégémonique et changer la société tunisienne selon leur conception religieuse. Ils rencontrent une résistance très forte de la part de la société civile tunisienne, de l’opposition républicaine du centre et de la gauche, du puissant syndicat tunisien l’UGTT, de la presse et des élites intellectuelles.

Les élections du 23 octobre 2011, où Ennahdha a obtenu la majorité à l’Assemblée constituante (40 % des sièges), avec seulement 20 % des électeurs à cause de l’éparpillement des voix de la gauche dans des centaines de listes, l’ont grisé. L’affaire du Printemps des arts est un exemple parmi bien d’autres de la persistance d’un atavisme menaçant pour les libertés. Ennahdha s’est joint aux mouvements salafistes pour accuser des artistes d’outrage au sacré et déclencher une campagne de menaces et d’intimidations inacceptable. Rached Ghannouchi, le président de ce parti, a même appelé à une manifestation de colère avec les extrémistes, qui aurait pu provoquer de graves troubles. Le prétexte en était, entre autres, un tableau qui s’avère être au Sénégal et non exposé à Tunis ! Les Tunisiens, en résistant, font l’expérience réelle d’une démocratie naissante qui n’a pas été octroyée une fois pour toutes, mais qui résulte d’un combat quotidien.

C’est en ce sens que je peux user de la fameuse expression d’Hölderlin : « Là où croît le péril, croît aussi ce qui sauve. » Le pouvoir islamiste ne semble pas en mesure de redresser le pays et de répondre aux aspirations économiques et sociales des classes défavorisés, à cause de son incompétence, de son idéologie libérale, et du retour des automatismes identitaires de l’islamisme. Il manipule ceux qu’on appelle les salafistes, dont une partie constitue sa base, pour faire régner une atmosphère d’intimidation et de peur. Il s’empare de tous les leviers du pouvoir dans la haute administration en y plaçant son personnel, sans se soucier de son aptitude à en assumer les tâches. En un mot, l’hypothèse d’un islamisme qui se recycle dans les responsabilités est mise en doute pour le moment. Si Ennahdha a dû récemment renoncer à inscrire la charia dans la Constitution, c’est uniquement parce que les progressistes tunisiens ont manifesté sans relâche. Ce n’est absolument pas un geste des islamistes, une concession de leur part, comme on peut le lire ou l’entendre ici et là. Ce genre de lecture minimise à la fois le mérite des laïques et la dangerosité des islamistes déguisés en démocrates.

Pendant le soulèvement les islamistes étaient absents, aucune revendication de type identitaire ou religieux n’est apparue. Souvenons-nous que les trois mots récurrents des insurgés étaient « travail, liberté, dignité », c’est ce qui a marqué par la suite tous les soulèvements dans le monde arabe. Je persiste à penser que la demande fondamentale des peuples concerne les droits politiques et socio-économiques. Les motifs identitaires sont devenus secondaires.

La raison essentielle de la victoire des islamistes tient à l’implantation ancienne du mouvement Ennahda dans les espaces où vivent les populations défavorisées qui n’ont pas profité des effets de la croissance économique de la Tunisie au cours des quinze dernières années. Les islamistes sont apparus du fait de cette proximité, de la répression qu’ils ont subie et des valeurs morales opposées à la corruption qu’ils clamaient comme les plus aptes à réaliser le droit d’avoir des droits. Les islamistes ont été choisis, majoritairement, comme moyens, et non aux fins d’imposer leur idéologie. Dans le discours des leaders, l’islam apparaissait comme un supplément d’âme compatible avec la démocratie. Il y a eu un déguisement très habile. Face à lui, la gauche était dispersée entre des centaines de listes, prise dans la bêtise de la lutte « du narcissisme des petites différences », mal implantée localement ; ses leaders, très instruits, avaient les manières d’acteurs appartenant à une démocratie vieille de deux cents ans, la Suède par exemple !

L’islamisme veut la contrainte politique et morale et le libéralisme économique. Le marché mondialisé peut s’en accommoder parfaitement. C’est même un idéal pour lui, car dans les démocraties occidentales, il est obligé à certaines concessions coûteuses pour lui. Ah, s’il pouvait s’en passer ! Mais il le fait de plus en plus, à travers l’invention d’une forme perverse de la démocratie. C’est ce qui règne aujourd’hui. Ce qui me frappe à travers la crise actuelle, c’est l’émergence d’un nombre important de pervers économico-narcissiques, des prédateurs qui utilisent la démocratie pour détruire la vie sociale de millions d’êtres 
humains, en toute impunité. Bien plus, avec les encouragements des élites d’État.

Lorsqu’on étudie et écoute cette idéologie, on s’aperçoit que la théologie, une théologie très simpliste, est un élément parmi au moins deux autres ingrédients : le scientisme et le nationalisme. Quand ils expliquent l’interdit coranique de l’inceste par les lois de la génétique, quand c’est l’État national qui vient chez eux se substituer à la communauté spirituelle, c’est que les références à la foi et aux concepts de la tradition ne sont plus suffisants. Ce cocktail fait que cette idéologie est une construction nouvelle, composite, à caractère totalitaire, puisque elle veut régenter l’ensemble de la société au nom d’une cohérence supposée islamique. En fait, cette idéologie est symptomatique de la décomposition de la tradition religieuse, dans le terreau de laquelle apparaît un mythe identitaire moderne.

Surtout, les islamistes font appel au ressort de la  » religiosité psychique « , selon l’expression de Jean-Michel Hirt. La religiosité psychique n’est pas l’institution religieuse, qui peut fonctionner avec des règles, des discours, des interprétations, une logicisation de la passion du divin. La religiosité psychique est liée aux pulsions, à leurs forces démesurées, à leurs revendications effrayantes et à leur répression féroce, c’est pourquoi elle ne cesse de mettre en scène l’abject et sa purification, laquelle cède la place forcément à l’abjection, et ainsi de suite. Elle place l’exigence de Dieu dans les poils d’une barbe, dans les toilettes d’une femme, dans les cheveux d’une fille à peine nubile, etc. Aujourd’hui, l’institution religieuse de l’islam est dépassée, ébranlée par ces forces. Je pense qu’il y a une décomposition de la religion instituée, un ébranlement de sa maîtrise et de ses maîtres, au profit de ces clowns dangereux qui éructent des fatwas à longueur de journée sur tout ce qui respire. Partout, l’institution religieuse est confrontée, d’une manière cyclique, à ces spasmes du dieu obscur, et il lui arrive d’y céder, et de ne plus pouvoir faire prévaloir la responsabilité de la raison. Son intelligence se met alors au service de ses ennemis. L’Occident a fait une opération très forte, unique dans l’histoire : une  » scientisation  » de l’ensemble du fait vivant, et une critique radicale du théologico-politique, qui ne l’a pas totalement épuisé, mais souvent travesti. Au cœur de cette opération : l’invention d’une puissante rationalité du politique, pour tenter de se mettre définitivement à l’abri de la religiosité psychique et de ses passions, tout en reconnaissant la place de l’institution religieuse. Mais, aujourd’hui, l’économisme s’appuyant sur la voracité illimitée du capitalisme ébranle, jusque dans ses fondements, cette invention politique.

Il faut inventer une nouvelle démarcation du fait religieux et de la conception théologique, mais en ne répétant pas les erreurs progressistes. La démarcation ne peut pas être une exhibition de slogans et un affichage de la laïcité, mais un travail d’intelligence et d’intelligibilité de l’Islam comme civilisation, accessible à tous. C’est ce que j’appelle les  » nouvelles humanités en Islam  » : réactivation des œuvres de sécularisation, historicisation, critique, déconstruction, analyses…, en un mot, reprendre le fil d’une  » révolution de l’interprète moderne « . Cette tâche est l’affaire d’une ou de deux générations de chercheurs et de créateurs, mais il nous revient de la formuler comme responsabilité, et de créer le lieu qui permet d’y avoir accès : c’est le but de l’Université des libertés, fondée sur un réseau de chercheurs dans le monde musulman qui acceptent d’y exposer leurs travaux, en les rendant, pour une part, accessibles à tout le monde.

Le deuxième plan est celui d’un engagement politique plus direct. Il faut, en effet, contrecarrer la machination islamiste, dont il est clair maintenant qu’elle prétend  » représenter les musulmans « , et incarner une alternative crédible au regard des démocrates en  » Occident « , autour de la figure du  » musulman modéré « , opposé au  » terroriste  » et aux  » pouvoirs pourris  » dans les pays musulmans. Elle va emprunter toutes les formes possibles et, tout en alimentant d’une main le mythe identitaire, la violence, le désespoir des jeunes, elle va proposer de l’autre main le remède. Un second engagement est celui de la résistance aux prédicateurs qui prennent les migrants et leurs enfants comme cible. Enfin, il faut mener la bataille pour briser la connivence entre les gouvernements des pays démocratiques et les gouvernements tyranniques du monde musulman, et manifester notre solidarité avec les démocrates et les laïques de ce monde, les faire apparaître comme porteurs d’espérance.

La métaphysique a eu de beaux jours en Islam, c’est immense, puissant et beau. Elle a impulsé un travail de subjectivation spirituelle qui a contrecarré, voir subverti, le sujet théologique. Je pense, par exemple, à l’invention de l’idée d’ » inconscient  » chez Ibn Arabi, à sa théorie de l’interprétation des formes que prend le divin dans l’homme et dans le monde, à cette thèse de la réciprocité où  » l’homme créé par Dieu est créateur de son créateur « . Or, qu’est-ce que la spiritualité ? La psychanalyse indique sa source dans le rapport symbolique que l’homme maintient en lui, dans son existence, comme mortel-immortel. Je dis bien :  » dans son existence « , et non en hâtant sa mort par des actes destructeurs de soi et de l’autre. La peste émotionnelle de l’islamisme a réussi à diffuser dans la jeunesse cet idéal qui appelle à rompre le lien mortel-immortel dans l’existence, à faire croire que gagner l’immortalité passe par un usage sacrificiel de sa vie. C’est ce terrible court-circuit qui fonctionne aujourd’hui, et d’autant mieux que les sources de la haine et de l’indignité sont multiples.

C’est la fonction du maître invisible que d’empêcher une fusion narcissique de l’idéal et de l’origine. Aujourd’hui, dans le monde musulman, on assiste à une chute des idéaux, associée à une atteinte narcissique très grave chez les individus par les systèmes politiques. Les demandes de réparation, à défaut d’une solution politique, ont trouvé la réponse dans une exhaustion mortelle où l’idéal et l’origine se confondent. Les martyrs vont vers cette pointe incandescente en vue d’une restauration absolue du narcissisme dans la mort. Ce n’est pas seulement la répression qui peut régler ce problème, mais une créativité dans les registres du discours et des actes politiques qui permettent le désenlacement des sujets de l’origine comme idéal. La psychanalyse est vraiment là : elle n’est pas seulement une voie individuelle, mais une approche politique des illusions collectives qui engendrent la cruauté.

Il faut prendre au sérieux la formule de Georges Bataille selon laquelle la communication a pour objet le mal. La communication autour du bien, ça ne marche pas ; et aujourd’hui l’islam est perçu comme une des figures du mal, et ses allumés comme les pantins du mal. Quand un journaliste a en face de lui l’un de ces pantins, il préfère tirer les ficelles dans ce sens, pour que la communication remplisse sa fonction de procurer la jouissance du mal. Il faut réfléchir à cela. Les chercheurs de liberté vont devoir apprendre à parler autrement que comme les gens du bien. La psychanalyse indique une autre posture, celle de l’éthique du désir – qui est parfois tragique, du reste -, mais c’est celle qui déjoue celle du bien et du mal.

Publié par : Memento Mouloud | octobre 14, 2014

Il était une fois le frontisme (7) : David Rachline, profession notable

Ce fils d’agent d’assurances a grandi avec trois demi-sœurs. Si son père, aujourd’hui décédé, était juif et plutôt de gauche, sa mère, femme au foyer et longtemps abstentionniste, est aujourd’hui sa première électrice. Il prétend que sa famille paternelle vient d’Ukraine mais ne se demande jamais si elle a péri.Titulaire d’un bac STT (tertiaire). Il n’a pas obtenu d’autres diplômes mais affirme «ne pas avoir de complexe avec ça». L’homme de Fréjus, né à Saint-Raphaël, dit aimer le théâtre, la littérature et la Formule 1. Il ajoute que s’il devait choisir une religion aujourd’hui, il pencherait pour le catholicisme, « proche de [sa] conscience identitaire ». Hors Marine Le Pen, il n’avoue aucun modèle. Élu maire de Fréjus en mars dernier, à seulement 26 ans, David Rachline se félicite d’avoir «désendetté» la plus grande ville frontiste de «dix millions d’euros, sans en augmenter les impôts». De fait, il a étalé l’emprunt dans le temps, renvoyant le remboursement aux calendes grecques.

Ancien responsable du Front national de la jeunesse qu’il avait transformé en Ordre du Phoenix, son passé était déjà chargé. Passé par Egalité et Réconciliation (le club d’Alain Soral), il aime à se définir comme “un lepéniste total”, comprendre: un cerbère servile des Le Pen père et fille. Il est très vite nommé secrétaire départemental du FNJ dans le Var, qui devient « l’une des fédérations les plus puissantes ». Il s’occupe des élections régionales de 2004, puis prend la tête du comité Les Jeunes avec Le Pen pour 2007. Du temps de sa mandature au sein du FNJ il prend des contacts avec la Destra de Francesco Storace, fidèle à l’héritage néo-mussolinien du MSI. Très en pointe dès qu’il s’agit de vanter ses épurations de skinheads, on lui reproche, néanmoins, la dureté avec laquelle il a réglé les “problèmes” avec les jeunes soutiens de Bruno Gollnisch. Certains “Jeunes avec Gollnisch” (JAG) avaient même parlé de “purges rachlino-staliniennes”.

On pouvait y trouver l’épilogue d’une guerre interne qui opposait David Rachline à certains cadres du FNJ. Laura Lussaud, candidate FN en 2011 à Pornic avec 14,8%, n’en était plus à sa première « purge ». Cette ancienne Responsable du pôle « Jeunes actifs » et de la cohésion militante en 2009, et ancienne secrétaire régionale du FNJ, organisatrice de l’apéro saucisson à Nantes en 2010, avait déjà été l’objet d’une tentative d’éviction de la part de David Rachline quelques mois auparavant. Désirant, en bon petit soldat mariniste, faire le ménage au sein du FNJ, celui-ci avait réussi à faire démissionner Laura de ses responsabilités, après avoir nommé François-Xavier Gicquel au poste de responsable FNJ pays de la Loire, connu pour être un soutien de Gollnisch. Elle passera pour l’occasion en commission de discipline.

Elle s’engagera par la suite comme soutien officiel de Bruno Gollnisch en rejoignant les « Jeunes avec Gollnisch » et en prenant la parole au meeting de soutien à Villepreux en novembre 2010, où toute la crème de l’extrême droite radicale désirant soutenir Gollnisch s’était réunie. C’est sans surprise qu’on allait la retrouver dans l’entourage d’un autre banni, Alexandre Gabriac.

En 2008 alors qu’il entre au conseil municipal de sa commune, on trouve la trace du cher David dans un livre à la couverture noire, publié en 2008 par les confidentielles éditions Déterna. Jeunes Nationalistes d’aujourd’hui, signé Christian Bouchet, ex-MNR.

David Rachline y confie tout le bien qu’il pense de la prime de naissance, « condition indispensable d’une politique familiale digne de ce nom ». Cette mesure instaurée en 1998 à Vitrolles (Bouches-du-Rhône), dirigée à l’époque par Catherine et Bruno Mégret (MNR), prévoyait le versement d’une enveloppe de 5000 francs aux familles dont au moins un des parents était français ou ressortissant européen. Application du principe de « préférence nationale », ou plutôt de racialo-lapinisme bien compris, la disposition avait été jugée illégale par le tribunal administratif de Marseille.

Il prend un poste de commercial dans une société immobilière entre l’été 2008 et avril 2009. Installé dans sa position d’apparatchik il entend devenir notable et mène six ans durant une opposition farouche dans laquelle il évitera d’évoquer le train de vie corrompu de son prédécesseur umépiste Elie Brun ou les surfacturations dans le traitement des déchets du SMIDDEV, le Syndicat Mixte du Développement Durable de l’Est VAR. En 2010, le voici conseiller régional, juste avant la campagne présidentielle de 2012 durant laquelle il dirigea la campagne Web. Ce fut sa première grande aventure militante dans le sillage de Marine Le Pen car, très jeune, il s’est  » scandalisé de ces persécutions politiques, judiciaires et financières, ce qui [l’]‘amena à [s’]‘intéresser de près à l’action politique et militante, pour ensuite adhérer au Front National ».

Toutefois l’écrit Tarek  Belkhodja la continuité fréjusienne est assurée par l’indigné, « dans le dispositif administratif (chaque membre du comité directeur de la mairie est restée à son poste à l’exception de l’ex DGS, qui a eu la dignité de partir), dans l’orientation (vente effreinée du foncier de la ville aux promoteurs, financement délirant du club de foot au détrimant des autres sports, volonté de mettre sous tutelle le monde associatif), dans les parrainages ( je cite encore Francis Pizzorno et Alex Barbero ? ), … et dans la façon de faire de la politique. Mépris des oppositions, cumuls des mandats pour aller se balader ailleurs qu’à Fréjus … Sans oublier les reniements permanents des engagements de campagne ».

À Fréjus, les opposants au maire FN s’étaient interrogés sur le choix « douteux », et sur la compétence de Clément Brieda. Ce jeune spin-branleur n’avait à l’époque remporté aucun appel d’offres et avait investi, lors de la création de sa société, dans trois ouvrages intitulés Conduire un audit financier de début de mandatGuide pratique de l’élaboration du budget et Le budget communal : mode d’emploi. Il en avait sous-traité la lecture à ses assistants. Agé de 26 ans, consultant du cabinet de conseil Deloitte, diplômé de l’Edhec, il évolue au Front national depuis plusieurs années sous le pseudonyme de Bastien Doutrelant. « Je l’ai fait rentrer il y a trois ans à la commission économique du parti » avait confirmé Bernard Monot, qui a lui-même officié sous pseudonyme au FN jusqu’en février. Présenté aux universités d’été du FN comme un « analyste financier », autre type de branleur mais plus sérieux sur la place publique, Clément Brieda a animé les séances de formation des candidats frontistes aux municipales. Ce travail, il l’a réalisé pendant plusieurs mois « bénévolement », avait affirmé Jean-Richard Sulzer, monsieur « économie » du FN qui a animé un temps ces sessions avec lui. Un cadre du Front national admet que l’opération, à la veille des municipales, n’a pas été très discrète. « D’un point de vue com’, ce n’est pas génial… Il aurait dû faire créer cette société un an avant par sa grande-tante, la mettre en sommeil puis reprendre la gérance en mars. Là, ça prête le flanc aux critiques… ». En effet, prendre les gens pour des cons est une chose, l’affirmer aussi nettement c’est trop audacieux.

David Rachline avait mis le paquet pour faire des arènes de la ville un haut lieu de la fiesta varoise cet été. Et la programmation n’était pas sectaire : concert du mythique groupe de reggae The Wailers, ambiance gitane avec Chico & the Gypsies, soirée électro… et clou de la saison le 22 août : le retour fracassant des taureaux après huit ans d’absence dans l’arène. Le festivisme frontiste était sur les rails. Un joli coup pour… La Patrouille de l’événement, la boîte d’événementiel qui a organisé les festivités et qui partage ses bureaux du 16e arrondissement de Paris avec Jeanne, le microparti de Marine Le Pen, ou encore Riwal, l’agence de communication de l’ancien gudard Frédéric Chatillon.

Rachline affirme qu’il ne connaissait pas « particulièrement » les deux patrons de La Patrouille, Minh Tran Long et Romain Petitjean, anciens du groupuscule néo-nazi, la FANE de Marc Fredriksen (fédération d’action nationale et européenne), dissous en 1987. La petite entreprise produit ensuite coup sur coup – parfois en collaboration avec Fun Radio – cinq événements dans ces mêmes arènes entre juillet et août. Soit la totalité de la programmation estivale. Restait, ensuite, à payer les prestataires. Amis, de préférence. Pour les gros bras à l’entrée, les compagnons de route de Marine Le Pen n’ont pas cherché bien loin. Ils ont fait appel à Vendôme Sécurité, une société bien connue du FN qui l’a employée à de nombreuses reprises. Et qui trouve-t-on à la tête de la société ? Axel Loustau… le trésorier de Jeanne.

Le serpent gudard se mord la queue.

Question personnel, l’ami David est tolérant. Il a nommé comme directeur de cabinet, l’énarque Philippe Lottiaux. Candidat malheureux aux élections municipales à Avignon, Mr Lottiaux fut notamment directeur général des services de Mr Balkany à Levallois de 2001 à 2011. Moins connu, sous le nom de Philippe Bacart, il s’est produit dans divers théâtres parisiens comme La Comédie Tour Eiffeil ou au Théâtre Galabru. Il s’est également fendu d’un sketch sur le mariage pour tous.

En revanche, David Rachline, a décidé de rompre la convention qui liait sa ville au centre social de Villeneuve – un quartier de Fréjus –, ouvert il y a cinq ans. Le centre se voit privé de sa subvention et de ses locaux. Dans une lettre adressée le 3 septembre à la présidente du centre il ne cache pas que son motif est partisan. En cause : « des positions à caractère politique contre l’actuelle équipe municipale » de l’association. Ou plutôt de sa directrice. En effet, le maire reproche à Sandrine Montagard ses propos « dans deux articles de la presse nationale ». Elle rapportait, dans le Monde, des insultes entendues par des animateurs en sortie avec des jeunes, ou la lettre anonyme déposée dans les boîtes aux lettres du quartier appelant à prendre les armes contre « la racaille » et « l’idéologie qui se nomme le maghrébisme ». Sandrine Montagard avait également répondu aux questions de Libération sur la baisse importante des subventions aux centres sociaux fréjusiens. Elle y évoquait les « conséquences dramatiques » de cette réduction.

C’est sur Facebook que le maire a annoncé, le 3 septembre, la fermeture du centre : « Le partenariat entre la Ville et l’association gestionnaire du centre social de Villeneuve, prendra fin au 31 décembre de cette année. » Après son élection, David Rachline avait déjà considérablement réduit les subventions des trois centres sociaux fréjusiens, sans doute pour accélérer la cohabitation pacifique entre gens de sensibilités différentes comme on dit dans les milieux frappés d’euphémisme.

Son principal dossier idéologique porte sur la mosquée de Fréjus prévue pour deux mille fidèles. Sur son blog, il écrit, « la précédente municipalité UMP avait délivré en avril 2011 le permis de construire d’une importante mosquée (plus de 2000 places). Elle a ensuite délivré un permis de construire modificatif en août 2013. Or, ces autorisations, et notamment la dernière en date, posent de sérieux problèmes de légalité, au regard des règles d’urbanisme, de stationnement et en ce qui concerne la capacité des locaux. Sans parler de l’implantation de cette mosquée dans un quartier déjà difficile et du fait qu’elle attirera de nombreux non-fréjusiens […] En tout état de cause,  la justice sera sans doute amenée à constater l’irrégularité de l’autorisation délivrée par la précédente majorité UMP. C’est alors que nous pourrons consulter, conformément aux engagements pris durant la campagne et à la logique républicaine, la population par referendum sur ce projet. ».

Exit le referendum.

En effet, le bon David ne s’est pas associé à la plainte déposée par le maire umépiste de Saint-Raphaël, Georges Ginesta. Il s’en suit que le frontisme ménage les musulmans en vue des années qui viennent, car toute voix est bonne à prendre. Il les ménage à sa manière. D’un côté, il encourage en sous-main un racisme façon Dupont La Joie, de l’autre, il se présente en recours tout en fixant doctrinalement la figure de l’ennemi. C’est la nouvelle stratégie du FN, apeurer pour récolter.

Sinon business as usual, le maire a vendu 6 nouvelles parcelles, uniquement sur le quartier de Villeneuve où les associations ferment, c’est plus sûr. Le budget scolaire est en baisse de 20%, les transports scolaires supprimés, les classes transplantées ou vertes annulées et les agents de la police municipale protègent les boutiques ou du moins paradent à la manière locale.

Droites extrêmes / Le Figaro / Mediapart / Libération / L’Express / Rue 89 / Les Inrocks / Anticor 83/ Le Lab Europe 1/ Reflex / Tarek  Belkhodja

Publié par : Memento Mouloud | octobre 10, 2014

De l’art et de la vérité par temps démocratique

Comme le disait Nietzsche, la vie est femme, une sorte de voile, une allure réticente, pudique, apitoyée, ironique et séduisante, une manière de dire le monde sans doute saturée de belles choses mais pauvre en révélations et en instants qu’on dit uniques. Il s’en suit que le monde est un écart, une déception, un foyer d’histrions, d’épuisés, de crevards et d’artistes foireux qui auraient bien du mal à s’égaler à la cruauté, à la prodigalité et à l’indifférence qui est celle de la grande maîtresse, la Nature.

La démocratie, qui est devenue comme le régime unique de l’univers humain, est cette promesse de fraternité et d’illusions fleuries pour philistins et affairistes, une pauvre promesse qu’on ne peut aimer car on ne peut aimer que celui ou celle dont on sait qu’il manie le poignard, contre soi ou contre lui-même, peu importe. Le plus mauvais régime à l’exception de tous les autres. Churchill a tout dit en Malborough qu’il était, tous les régimes sont pourris et serviles, tous les régimes sont une honte pour le genre humain.

On n’aime réellement que ceux qui sont capables de vengeance, c’est-à-dire d’aveuglements emportés et frénétiques mais ne répudient pas pour autant la parure et l’apparence, ni cet héroïsme classique qu’on ne trouve que dans la guerre et l’étude. On n’aime que ceux qui nous maintiennent et nous révèlent. Il faut être sur la voie du dernier homme pour mesurer tous les plaisirs à l’aune de la sexualité quand l’homme est né sur les parcours de chasse et les champs de bataille, dans les haruspices et dans la mort donnée et reçue en l’honneur des dieux. Spiritualiser les passions et non les éradiquer à la manière chrétienne est donc la seule manière de surmonter un effondrement qui ne cesse de guetter, au confluent de toute mort.

Notre temps est un temps de déroute. Le premier crétin se voudra philosophe et artiste délimitant le concept à coups de formules et de transgressions fumeuses, toujours en veine de sauvagerie, jamais à court de petites violences minables et d’extases burlesques, ayant congédié dans un coin de mémoire d’ordinateur, cette Histoire de l’Occident qui se perd dans l’origine obscure du premier chamane décrit par Hérodote et non dans l’ouverture de la quinzaine permanente de la recréation du Monde. Aussi, la philosophie s’épuise avec le vieux Platon, elle ne réclame pas une anarchie mais une hiérarchie métaphysique inédite, une manière de ne pas raturer l’empreinte du désastre.

Ce n’est pas parce qu’on parcourt en vain le labyrinthe de notre esprit que nous sommes profonds, nous prouvons juste que nous n’avons pas de limites imparties, que nous sommes aussi le n’importe quoi et le presque rien, reste à devenir un luxe inutile, une ritournelle, une manière de tracer le sentier et de dire dans le bruissement des feuilles et une certaine solitude peuplée, « Ich, bin die Wahreit ». Ce n’est pas seulement la vie qui est femme, c’est aussi l’idée, insaisissable et capiteuse, tout sauf un progrès et une reprise.

Nous sommes des amoureux et des avides. Ce que les repus confondent avec le ressentiment. Le repus est un craintif, il craint pour son avoir alors il diffame l’avidité, il en appelle à la protection de la loi, contre cette soif de puissance. Comment voulez-vous qu’un repus ait accès à la vérité ou à la possession quand il pense les détenir pour son compte et dans la stérilité de la peur d’une perte à venir. Le repus voudrait arrêter le temps, il ne voit pas que lorsque l’un s’abandonne, l’autre s’accroît de cet abandon, si bien qu’aucun contrat ne pourra jamais résoudre cette dissymétrie.

La démocratie est un régime pour des hommes optimistes, des hommes qui n’ont pas besoin d’art mais d’agréments et de narcotiques, d’escrocs, de bons techniciens et d’ouvriers de la science qui appliquent les méthodes. Sa fabulation enchantée se résume au darwinisme avec ses quatre principes (variation, hérédité, reproduction différentielle et mutation) et à la théologie économique (minimax et optimum pour les libéraux, régulation pour les autres). Adaptation, sélection des meilleurs, coopération, ça le rassure. L’homme démocratique se trouve toujours le plus beau dans le miroir de l’Homme reconfiguré. Même la doctrine du péché originel l’insupporte et l’athéisme le fatigue.

Que la Nature soit à la fois d’une cruauté extrême et la mesure de toute Beauté et de toute prodigalité, non seulement l’homme démocratique ne veut pas le voir mais il voudrait l’effacer. Les plus pernicieux vont jusqu’à s’en détacher, ils deviennent bouddhistes ou causent de Schopenhauer. Ils répètent, « que de souffrances », puis ils congédient le seul remède disponible, l’art, du moins si on sépare l’art de sa définition selon l’homme de goût, c’est-à-dire, le spectateur.

Lorsque Déméter fut accueillie, à Eleusis, par la vieille Baubô, celle-ci lui montra son corps difforme et la déesse se mit à rire alors qu’elle cherchait sa fille en tout lieu. Puis Goethe la fit venir à cheval sur une truie lors de la nuit de Walpurgis avant que Nietzsche baptise de son nom, la Vérité.

Moins connue est cette critique de Musil, à propos du deuxième récit de Kafka, le soutier, paru en mai 1913 : « Et puis, il y a un passage où une servante vieillie sans amour séduit maladroitement un petit jeune homme, passage très bref, mais d’une puissance si concentrée que le narrateur, jugé d’abord, peut-être, simplement délicat, apparaît, soudain, comme un artiste très conscient qui se penche sur les sensations les plus infimes ».

Une même manière de définir ce qu’est l’opération artistique : rire de la difformité même au milieu des désastres, chevaucher la truie parmi les démons, dénommer en puisant dans les ruines, parcourir toutes les tessitures du sentiment.

Publié par : Memento Mouloud | octobre 10, 2014

Epidémie antique

D’une façon générale, la maladie fut, à l’origine d’un désordre moral croissant. L’on était plus facilement audacieux pour ce à quoi, auparavant, l’on ne s’adonnait qu’en cachette : on voyait trop de retournements brusques, faisant que des hommes prospères mouraient tout à coup et que des hommes hier sans ressources héritaient aussitôt de leurs biens. Aussi fallait-il des satisfactions rapides, tendant au plaisir, car les personnes comme les biens étaient sans lendemain. Peiner à l’avance pour un but jugé beau n’inspirait aucun zèle car on se disait que l’on ne pouvait savoir si, avant d’y parvenir, on ne serait pas mort : l’agrément immédiat et tout ce qui pouvait y contribuer, voilà ce qui prit la place du beau et de l’utile. Crainte des dieux ou loi des hommes, rien ne les arrêtait. On jugeait égal de se montrer pieux ou non et en cas d’actes criminels personne ne s’attendait à vivre assez pour que le jugement eût lieu et qu’on eût à subir sa peine : autrement lourde était la menace de celle à laquelle on était déjà condamné ; et, avant de la voir s’abattre, on trouvait bien  normal de profiter un peu de la vie.

Thucydide

Dans ce désastre ce qu’il y avait de plus misérable et de plus affligeant, c’est que chacun, à peine touché de la contagion, se voyait déjà condamné et perdant tout courage gisait inerte, le cœur désespéré, imaginant ses funérailles : il expirait sur place. Ceux qui évitaient de visiter leurs parents malades, par amour excessif de la vie et par crainte de la mort, se trouvaient vite châtiés par une mort honteuse et misérable ; ils périssaient abandonnés, privés de secours, victimes de l’indifférence. Ceux qui avaient fait leur devoir succombaient à la contagion et à la fatigue que leur avait imposée l’honneur, ainsi que les accents suppliants et les voix plaintives. Telle était la mort réservée aux meilleurs.  L’épidémie reflua des champs sur la ville, apportée par les gens des campagnes, foule souffrante qui, à la première atteinte du mal, accourut de partout. La mort n’en faisait que plus aisément des monceaux de cadavres. Tous les sanctuaires des dieux eux-mêmes, la mort les avait remplis de victimes, et partout les temples des habitants du ciel s’encombraient des cadavres de tant de visiteurs que leurs gardiens y avaient entassés. La religion ni les puissances ne comptaient déjà plus. La douleur présente était plus forte qu’elle. Et les rites funèbres ne s’accomplissaient plus dans la ville où le peuple les avait toujours pratiqués jusque-là. Tout était au trouble de la confusion, chacun dans l’affliction enterrait comme il pouvait son compagnon. Que d’horreur la nécessité pressante et la pauvreté inspirèrent. Sur des bûchers dressés pour d’autres, on vit des gens aller à grands cris déposer les corps de leurs parents, en approcher des torches et soutenir des luttes sanglantes plutôt que d’abandonner ces cadavres.

Lucrèce

Publié par : Memento Mouloud | octobre 7, 2014

Le socialisme selon Jacques Attali

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Le constat

La France, « paysanne et étatique » ne peut pas reconnaître la Surclasse nomade qui sait « créer, jouir, bouger » et vivre « luxueusement, souvent sans payer ce qu’elle consomme»

La surclasse, Le Monde, 7 mars 1996

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L’urgence

Il faudra « organiser l’abandon par les Etats de leurs fonctions thérapeutiques et éducatives pour les confier progressivement au marché »

L’avènement de la planète nomade, Libération 1er octobre 1993

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La prophétie

« L’homme sera un jour produit comme un objet, en série, comme le sont déjà les animaux qu’il mange. C’est en tout cas ce qu’amène à prédire la logique de la science et de l’économie »

Lignes d’horizon, 1990

provos 1

L’Europe

« mêlant service public et démocratie, identité et territoire, mémoire et avenir, continent le plus rétif à la disparition des concepts qu’elle a créés : Etat, nation, citoyenneté, institution, hôpital, école. Elle paiera très cher, par un chômage durable, leur défense vaine »

L’avènement de la planète nomade, Libération 1er octobre 1993

provos9

 

 

L’ennemi

« le voyage dont on ne revient pas : la Drogue »

Lignes d’horizon, 1990

provos 4

L’élite

de « jeunes nomades vêtus de jeans, chaussés de baskets, un baladeur aux oreilles, libres dans leur tête »

Lignes d’horizon, 1990

andré 1

 

 

Mondialisme

« Le nord a besoin de créateurs du sud pour nourrir ses propres objets-nomades de musiques, d’images, de cultures ou de cuisines lointaines »

Lignes d’horizon, 1990

provos 2

 

 

Baratin techno-populiste

« il faut imposer une justice sociale plus exigeante qui assure à chacun l’égalité des chances d’accéder à cette surclasse » devant les « tendances » irréversibles que l’ « on prévoit mais que l’on ne souhaite pas »

Lignes d’horizon, 1990

 

 

Publié par : Memento Mouloud | octobre 3, 2014

Napoléon et le cheikh égyptien

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Napoléon au cheikh égyptien, « vous aviez tout, vous n’avez plus rien »

Le cheikh à Napoléon, « si, nous avons le Coran »

alfredo 2

Fin 2012, début 2013. Le débat sur le mariage homosexuel occupe la scène politique et médiatique française. Manifestations, grandiloquences de tous bords, débats sans fin à l’Assemblée nationale, diatribes dans la presse et sur les plateaux télés s’enchaînent des mois durant. Tapage entretenu par le gouvernement socialiste tout juste élu pour divertir l’opinion de sa politique économique.

Au-delà du mariage homo, des collectifs et associations LGBT (Lesbiennes, gays, bi et trans) imposent dans le brouhaha l’extension du droit à la procréation médicalement assistée (PMA) aux couples de lesbiennes. L’inter-LGBT en a fait un enjeu de la campagne présidentielle. La PMA, jusqu’alors réservée aux couples hétérosexuels médicalement infertiles, est travestie en condition impérieuse de l’égalité homos/hétéros. Le débat est sciemment réduit à cette fausse symétrie.

On voit émerger tel collectif « Oui, oui, oui » – oui au mariage, oui à la filiation, oui à la PMA. Du Parti socialiste à la mouvance anarchiste, de la très institutionnelle inter-LGBT aux féministes queer du pink bloc, des éco-techs d’Europe-Ecologie aux mélenchonistes du Front de gauche : tous reprennent le dernier cri de l’époque : « La PMA pour tous et toutes ! ». En quelques semaines celle-ci est érigée en norme. Elle devient le marqueur identitaire d’une gauche qui peine à se distinguer de la droite en matière sociale et économique. Qui-ne-sou-tient-pas-la-P-M-A-n’est-pas-de-gauche-ouais-ouais ! Forts de cet unisson, membres du gouvernement, actionnaires du Monde, militants gays ou féministes libérales unissent leur voix pour réclamer la légalisation de la gestation pour autrui (GPA), c’est-à-dire des mères porteuses.

Fortes de ce mutisme, les avant-gardes de la gauche cybernétique – philosophes post-modernes, transhumanistes, post-féministes, médecins et biologistes spécialisés dans la procréation – s’en donnent à cœur joie. L’homophobie de droite, qu’elle soit réelle ou montée en épingle (il y a aussi les Gays Libs, une droite homo, une bourgeoisie gay), leur permet de présenter leurs délires sous un jour émancipateur. Cette gauche cyber-libérale travestit le combat pour la liberté individuelle en apologie de la liberté marchande. Elle confond égalité politique et uniformisation biologique des individus. Elle rêve d’un eugénisme libéral, de l’abolition du corps et d’utérus artificiel. Elle fantasme une post-humanité par re-création technologique de l’espèce humaine. Sous le masque de la transgression et de la rébellion : l’adhésion enthousiaste au technocapitalisme.

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Les technologies développées dans le cadre de l’élevage industriel (insémination artificielle, fécondation in vitro) ont, au cours des années 1970 et 80 progressivement été appliquées aux femmes pour le traitement de l’infertilité humaine. «Au-delà des importantes questions éthiques que soulève l’expérimentation, au nom du désir d’enfant, de méthodes issues de l’élevage industriel sur le corps des femmes, il faut bien voir qu’à travers ce transfert technologique ce sont les valeurs productivistes de l’économie industrielle qui ont été transférées», écrit la sociologue Céline Lafontaine dans un livre sur la bioéconomie (la mise sur le marché de pièces détachées humaines: sang, tissus, cellules, ovules…). «En ayant permis de contrôler les paramètres biologiques et génétiques de la reproduction, les biotechnologies développées dans le cadre de l’agriculture industrielle sont au fondement même de la bioéconomie, dont le premier objectif est d’accroître la productivité». La transposition au corps féminin de biotechnologies conçues pour contrôler la reproduction d’animaux d’élevage est donc à l’origine de l’exploit scientifique qu’a représenté la naissance du premier «bébé-éprouvette». Ce passage de l’élevage industriel à la reproduction humaine est historiquement attesté par le fait que Jacques Testart, le père scientifique d’Amandine (première Française née de fécondation in vitro en 1982), a commencé sa carrière à l’INRA (recherche agronomique) comme biologiste spécialiste de la reproduction des bovins.

Jacques Testart écrit d’ailleurs à propos de la reproduction artificielle: «Comme l’a montré Jean-Pierre Berlan, le but des nécrotechnologies est d’exproprier « cette propriété malheureuse des plantes et des animaux: se reproduire et se multiplier« . Il s’agit donc de séparer la production qui reste dans les mains des agriculteurs, de la reproduction qui devient le privilège de l’investisseur, c’est-à-dire de quelques multinationales. D’où le projet «séculaire mortifère de stérilisation du vivant.»

Testart, qui est passé des animaux aux humains, sait de quoi il parle lorsqu’il affirme que «les techniques d’insémination artificielles de mères porteuses d’embryons sélectionnés conduisent à des monopoles sur les géniteurs et œuvrent à la raréfaction variétale (sélection)». Et de poursuivre pour les mêmes procédés adaptés aux humains: «qui souhaiterait choisir un embryon génétique taré quand des dizaines de normaux seront disponibles? Une telle banalisation de la norme par sélection compétitive ouvre la porte d’un nouvel eugénisme».

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En 1992, une équipe de recherche danoise dirigée par le professeur Shakkebaek (endocrinologue et pédiatre) publie une étude qui fait grand bruit dans la communauté scientifique. Elle montre que la concentration du sperme humain en spermatozoïdes a diminué de moitié entre 1938 et 1990, passant de 113 à 66 millions par millilitre de sperme. Controversée au début, l’étude est reprise en 1997 par une épidémiologiste américaine qui en confronte les résultats avec d’autres études internationales. Elle confirme : la production de spermatozoïdes est en chute libre en Europe et en Amérique du Nord. Or, on sait que le temps entre l’arrêt de la contraception et le début de la grossesse s’allonge significativement lorsque la concentration spermique tombe au-dessous de 40 millions de spermatozoïdes/ml. Aujourd’hui, entre 18 % et 24 % des couples ne parviennent pas à avoir un enfant après 12 mois de relations sexuelles sans contraception. Ce que confirme René Frydman, co-concepteur avec Jacques Testart du premier bébé-éprouvette français : en France, « le nombre de PMA [...] est en constante augmentation et va atteindre 70 000 tentatives par an. »

Si l’on en croit une récente étude menée par des chercheurs de l’institut Marques de Barcelone :  « Près de six jeunes espagnols sur dix auraient un sperme de qualité inférieure aux normes de l’OMS définissant d’éventuels problèmes de fécondité. […] L’étude montre une grande disparité dans la qualité séminale selon les régions. En Galice, dans le nord-ouest du pays, seulement 8,5 % des jeunes ont un niveau de concentration anormalement bas, contre 22,7 % dans la région de Valence ou en Catalogne. Les altérations de la qualité du sperme sont nettement plus fortes dans les régions industrialisées. Selon Marisa Lopez-Teijon, co-auteure de l’étude, cela signifierait que “la contamination par des produits d’origine industrielle a une influence plus grande que l’âge, le stress ou la consommation de tabac, d’alcool et de drogue sur la fertilité masculine ». « L’Aquitaine et le Midi-Pyrénées présentent un déclin plus marqué que la moyenne. […] Les populations [de ces deux régions] n’ont pas de particularités physiques, notamment pour leur indice de masse corporelle. Ces territoires ne font pas partie de ceux où les taux de consommation de tabac ou d’alcool sont les plus élevés. Les auteurs cherchent plutôt l’explication du côté des facteurs environnementaux. […] [Ces deux régions] présentent une population importante susceptible d’être exposée à des produits tels que les pesticides, pouvant perturber le fonctionnement hormonal. Leurs activités viticoles “sont celles où l’on utilise le plus de pesticides proportionnellement à la surface agricole”, précise Joëlle le Moal [auteur de l’étude]. »

Chez la femme, de trop rares études pointent la responsabilité des perturbateurs endocriniens dans des anomalies de la fonction ovarienne, de la fertilité, de l’implantation utérine après fécondation et de la gestation – ainsi qu’une augmentation de l’incidence du cancer du sein. Chez l’homme, le nombre de cancers des testicules, imputables aux perturbateurs endocriniens, a doublé au cours de ces trente dernières années dans les pays européens, pour devenir le premier cancer de l’homme jeune (20-34 ans). Ces mêmes polluants entraînent une diminution de la production de testostérone des fœtus masculins in utero qui aboutit à des défauts de masculinisation chez les petits garçons et à la multiplication des malformations génitales, directement liées à des problèmes d’infertilité.

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Bénéficiant des progrès de la stérilisation chimique de la population, la reproduction artificielle de l’humain est devenue en quelques années un gigantesque business. Un nouveau secteur industriel qui pèse plus de 650 millions d’euros au Royaume-Uni, plus de trois milliards de dollars aux Etats-Unis. La PMA n’a donc rien de naturel ni d’une simple aide à la procréation. Elle implique un lourd dispositif biomédical avec nombre de risques pour les patientes. Elle exige la création de banques de données. D’une hiérarchie dans la classification de ces données (gamètes de prix Nobel par exemple). Elle accroît notre dépendance vis-à-vis de l’industrie médicale et ouvre la voie à l’eugénisme. Non pas l’eugénisme négatif (par élimination) mais un eugénisme «positif». Comme le proposaient les biologistes soviétiques partisans d’un eugénisme socialiste «vu l’état actuel de l’insémination artificielle (largement utilisée pour le bétail) la sélection humaine pourrait faire un gigantesque bond en avant [...] par insémination artificielle de femmes choisies pour leurs qualités, par du sperme d’hommes non moins choisis»

Connectez-vous sur http://www.eggdonor.com, le site de la Egg Donation Inc, leader américain de la vente d’ovules. Entrez une adresse mail, un mot de passe, un numéro de téléphone et vous voilà inscrit. Sur la page qui s’ouvre, vous pouvez dès à présent choisir, parmi les centaines de femmes en compétition pour vendre leurs ovules, celle qui correspond à votre projet de parentalité. N’ayez crainte : Eggdonor garantit que toutes ces jeunes filles sont jeunes (entre 21 et 30 ans), en bonne santé, bien éduquée, jolies et bien proportionnées.  Afin de vous orienter dans votre achat, affinez votre recherche à l’aide des critères suivants : type ethnique (« race » dit-on aux États-Unis), niveau d’études, couleur des yeux, taille, couleur et type des cheveux, religion… D’un simple clic vous accédez au profil de Rebecca #44710 et à ses nombreuses photos. La voilà enfant en robe de princesse, avec Papi et Mamie ; plus tard, partageant un verre avec ses amies, ou encore le jour de la remise de son diplôme. Rebecca #44710 est une jolie californienne de 29 ans, de type caucasien. 1,53 m pour 56 kilos. Elle n’a pas encore d’enfants, ni vendu d’ovule à un autre couple. Dommage, si c’était le cas vous pourriez vous enquérir de l’état de l’enfant et voir s’il correspond vraiment au type de produit que vous recherchez.

Un second clic permet de vérifier les antécédents médicaux de Rebecca. On apprend que son grand-oncle est mort d’un cancer et que sa grand-mère maternelle souffrait de dépression. Rebecca est hétérosexuelle et ne multiplie pas les partenaires, en fille ouverte elle a des amis LGBT. Son quotient intellectuel est de 120, elle ne prend aucune drogue, boit un peu d’alcool. Elle prend une pilule contraceptive de marque Loestrin. Ses seins ont été refaits en mars 2004. Aussi le décolleté avantageux de la photographie n’a rien à voir avec son patrimoine génétique. Elle dort sans peluche, pense que les policiers sont ses amis, que son travail est épanouissant, qu’il faut laisser une marge même à ses ennemis, elle aime les sports de combat et jouit les yeux fermés. Vous la trouvez adorable, alors ajoutez-là à vos favorite donors.

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Chez le danois Cryos Bank, leader mondial du sperm business, le sperme est livré en 24 heures, moyennant 500 à 2 000 euros selon la qualité souhaitée. Vous pouvez choisir le donneur en fonction d’un nombre toujours croissant de critères (incluant jusqu’au style vestimentaire en Grande Bretagne). Profitez-en, la livraison à domicile est possible y compris si votre pays prohibe le don de gamètes. L’exploitation de la matière première reproductive fonctionne selon un process bien rôdé : prospection, extraction, conditionnement, vente. Les recruteurs et publicitaires chargés de trouver des fournisseurs opèrent notamment en milieu universitaire : les étudiants sont jeunes (donc plus fertiles) et ont besoin d’argent. Et comme dans tout secteur industriel, lorsque l’offre ne satisfait plus la demande, on recourt à la main d’œuvre étrangère, recrutée là où elle est la plus compétitive : en Europe de l’Est et en Asie. Ainsi de jeunes femmes de l’Est fournissent en ovules la plupart des cliniques spécialisées espagnoles.

« Dans bien des pays où prospère l’industrie des bébés, on laisse largement dans l’ombre le fait que le “don d’ovocyte” n’a rien d’une partie de plaisir : il suppose d’abord un blocage des ovaires grâce à un traitement spécial (leuroprolide) qui peut provoquer des effets secondaires, comme la tacchycardie ou la baisse de densité osseuse. On pratique ensuite des injections quotidiennes pendant au moins dix jours pour stimuler les ovaires et produire suffisamment d’ovocytes (une femme n’en délivre normalement qu’un par cycle). Ce traitement est dangereux puisqu’il est capable de provoquer un syndrome d’hyperstimulation ovarienne (OHSS) dont les formes peuvent être légères, mais aussi sévères, voire mortelles. Les femmes qui subissent ce traitement à des fins personnelles, pour augmenter une fertilité insuffisante ou dans le cadre d’une fécondation in vitro, ne cherchent pas à obtenir plus de 7 ou 8 ovocytes, mais celles qui vont vendre leurs cellules à Kiev ou à Chypre savent qu’elles auront droit à une prime si elles produisent davantage. »

Aux États-Unis, le prix d’un ovule varie aujourd’hui entre 2 500 et 50 000 $, en fonction des critères : âge de la fournisseuse, nombre de grossesses ayant déjà fonctionné avec ses ovules, nombre d’ovules produit à chaque stimulation ovarienne, couleur de peau, profil génétique, antécédents médicaux, origine sociale, caractéristiques physiques, résultats aux tests de QI et niveau d’éducation.

Dans les centres, le procédé mis en œuvre varie selon les besoins du client (et les moyens financiers dont il dispose). La mise en contact des gamètes – la synthèse de l’embryon – s’effectue par insémination artificielle, par fécondation in vitro, ou encore par injection directe du spermatozoïde dans le cytoplasme (ICSI). Oui Madame, une question ? Le tarif ? Aux États-Unis, comptez 865 $ pour une insémination (hors prix du sperme), 12 000 $ par cycle de fécondation in vitro (comptez en moyenne 4 cycles pour une grossesse, soit 48 000 $). Chaque cycle vous coûtera 14 000 $ en cas de FIV avec injection directe du spermatozoïde.

« À eux seuls, les Français [qui représentent 10 % de la clientèle de l’Espagne] rapportent à l’ensemble des cliniques spécialisées espagnoles un chiffre d’affaires de 350 millions d’euros. Sans compter les allongements de facture pour les médicaments non remboursés, la congélation éventuelle des embryons, les implantations supplémentaires, etc. Selon les établissements concernés, le taux de réussite de la première FIV avoisinerait les 40 %, contre 30 % au mieux en France. Mais les couples ont également 60 % de chances de revenir et de payer à nouveau plein pot pour une seconde tentative. À 7 000 euros en moyenne la FIV avec don d’ovocytes (contre 3 000 euros en France), l’aventure se paie au prix fort. »

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Dans la banlieue chic de Los Angeles, le Fertility Institute, dirigé par le docteur Steinberg, fabrique chaque année 800 bébés par fécondation in vitro. Parmi eux, 700 ont des parents parfaitement fertiles. Ces riches Américains ont préféré recourir à la FIV et au diagnostic pré-implantatoire afin de garantir les meilleures caractéristiques génétiques à leur progéniture. Et accessoirement de choisir le sexe de l’enfant.  Trois jours après la fécondation des ovules en éprouvette, on prélève une cellule de chaque embryon pour scruter son code génétique. Plus de 400 maladies et affections sont détectées, et les embryons jugés défectueux sont écartés. Les praticiens du Fertility Institute procèdent alors à un second test :  « Si par exemple la patiente veut une fille, seuls les embryons féminins lui seront implantés. L’ensemble de l’intervention coûte 18 400 dollars. Quand on y ajoute les auscultations, les analyses, le suivi et le traitement hormonal, le prix total dépasse les 25 000 dollars ».

Avez-vous pensé à la GPA, ou gestation pour autrui ? Un secteur de la reproduction artificielle de l’humain en pleine expansion. La location de matériel reproductif humain séduit particulièrement des couples aisés des pays occidentaux. Bénéficiant de la libéralisation de cette pratique dans plusieurs pays, le marché des mères porteuses a explosé au cours des dix dernières années. Son chiffre d’affaire atteindrait un milliard d’euros par an rien qu’en Inde : « La croissance du marché procréatif s’est inscrite dans une économie où l’Inde encourage le tourisme médical, avec des spécialités telles que les interventions dentaires, les remplacements de la hanche ou la chirurgie esthétique. Dans ce contexte, de plus en plus d’étrangers ont sollicité des mères porteuses indiennes. Certaines régions, dont celle d’Ahmedabad-Anand dans le Gujarat, se sont spécialisées dans ces services. Les experts et médecins estiment que de 25 000 à 30 000 étrangers font appel chaque année à des mères porteuses ».

Dans cette même province, une gigantesque « usine à bébés » vient de voir le jour. Sous la direction de Nayna Patel « une femme médecin, spécialiste de la fécondation in vitro, formée à Singapour, en Angleterre et en Corée du Sud », elle réunit dans un même établissement plusieurs centaines de mères porteuses. Soumises à des contrôles et examens réguliers, celles-ci sont logées à dix par chambres dans la clinique durant toute la grossesse.  « Beaucoup attendent des jumeaux, car, pour augmenter les chances de succès, on implante souvent deux voire trois embryons – quitte à procéder ensuite à une “réduction embryonnaire” selon le désir du client. Comme les futurs parents souhaitent souvent être là le jour J, la délivrance passe fréquemment par une césarienne. [...]

Dissidences / sniadecki / Alexis Escudero

Publié par : Memento Mouloud | octobre 1, 2014

Made in France (3) : une lettre

Quand me fut parvenue la nouvelle du décès de ta fille, j’en ai été littéralement accablé. Néanmoins, pour quelle raison serais-tu si profondément remué par ta douleur personnelle ? Examine de quelle façon la fortune nous a traités jusqu’à ce jour, comment elle nous a arraché ce qui doit être aussi cher à l’homme que ses enfants : patrie, considération, dignité, honneurs de toute sorte ; ce seul surcroît de disgrâce a-t-il pu ajouter grand-chose à ta douleur ? Un cœur rompu à ces épreuves-là ne doit-il pas désormais être endurci et faire moins de cas de tout le reste ?

Que de fois, tu as dû arriver à cette idée, qui m’est venue souvent, qu’à l’époque où nous vivons les êtres qui ont pu échanger sans souffrance la vie contre la mort n’ont pas été les plus maltraités ! Et d’ailleurs, qu’est-ce qui pouvait, par les temps qui courent, la pousser tellement à vivre ? Quelle réalité ? Quelle espérance ? Quel réconfort ? Passer sa vie mariée à un fort/une forte en gueule puis en changer ? Il t’était facile, vu ta haute position, de choisir dans la jeunesse d’aujourd’hui quelqu’un d’assez loyal pour que tu estimes lui confier ta descendance sans paraître imposer quoi que ce soit. Tu aurais fait de même pour les doublures.

Obtenir des enfants qu’elle se réjouirait, plus tard, de voir florissants ? Des enfants capables de garder par leurs propres moyens la fortune transmise par leur père ou leur mère ? Destinés à briguer les honneurs selon l’ordre régulier ? A user de leur liberté dans les affaires publiques ou dans celles de leurs amis ? Y a-t-il une seule de ces possibilités qui n’ait été retirée avant d’avoir été offerte ? Il n’empêche que c’est un malheur de perdre un enfant. Oui, si seulement ce n’était un malheur pire de subir et d’endurer ces maux-là.

Tu le sais, nous sommes à la merci du hasard et de la nature. Revenant d’Asie, je volais, presque endormi, je me mis à regarder les nuages et puis l’écran. Derrière moi se trouvait Kiev et puis Moscou, devant Athènes et puis Rome. Ces villes si florissantes gisent comme plastifiées dans le decorum à touristes quand elles ne grouillent pas d’happenings avec statues déboulonnées et bougies incendiées. Elles attendent la ruine. Comme Thèbes ou Corinthe, autrefois. Et quoi, nous nous indignons, chétifs humains, si l’un d’entre nous, dont la vie doit être relativement courte, a péri ou a été tué, quand les cadavres de tant de villes et de civilisations gisent disneysés ou enfouis en une multiplicité de lieux qui font de cette terre un cimetière sans noms d’auteurs ou une gigantesque farce.

Hier, une foule d’hommes illustres et moins illustres ont péri. L’empire français n’est plus. On ne sait ce que sont les centres et les périphéries, des chaînes de Ponzi parcourent tous les entrelacs de la cupidité et de l’avarice. Même si ta fille n’avait pas rencontré son dernier jour, un soir du mois d’août, elle aurait dû mourir quelques années plus tard, puisqu’elle était née créature humaine.

Elle a vécu aussi longtemps qu’il le lui fallait, son existence a été inséparable du déclin de notre pays, elle a vu son père occuper certains faîtes alors que son pays descendait, elle a consommé tous les biens de la vie, quand la France n’était presque plus. Quelle raison avez-vous, toi comme elle de vous plaindre à cet égard de la fortune ?

N’oublie pas qui tu es, un homme qui a toujours eu pour habitude de donner conseil et prescription aux autres et n’imite pas les mauvais médecins qui, lorsqu’il s’agit des maladies d’autrui, se déclarent détenteurs du savoir et sont incapables de se soigner. Il n’est douleur que longueur de temps n’atténue ou n’adoucisse comme il n’est d’amour humain qui ne se défasse ou s’aigrisse. Il serait humiliant pour toi d’attendre ce moment au lieu d’aller au-devant, grâce à ta sagesse.

Enfin, puisque nous en sommes arrivés à une telle infortune que nous devons nous soumettre même à la situation présente, garde-toi de donner à quiconque lieu de penser que tu pleures moins ta fille que la mise en bière du pays et la victoire des porcs.

Publié par : Memento Mouloud | septembre 26, 2014

Bernard Cazeneuve contre les islamonautes ou la croisade s’amuse

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Malgré vos décapités par milliers, vos yazidis liquidés, vos chiites tronçonnés au plastic, vos performances et vos écrits rébarbatifs, ici rien n’a changé. Chaque jour, on répète comme un mantra que la crise est là et qu’il faudra des sacrifiés, chaque jour les caddies sont poussés, chaque jour ça tweete, chaque jour youporn fait le plein, il doit bien y avoir une section spécialisée où vous trouverez à la fois la sodomie et les têtes tranchées. Vous pourrez bander un peu plus avant qu’un drone n’en finisse avec vos prêches délicats et vos excursions dans des coins qui poursuivent l’extension du domaine du tourisme. Votre segment est imprenable : montagnes, trekking, tortures et mises à mort. Vos snuff movies ont inondé le marché, vos allez connaître la baisse tendancielle de la valeur du meurtre de masse. Vous découvrirez ce que nous savons depuis un certain temps : la production la plus usuelle de l’industrie contemporaine c’est le junk et le déchet, cette production incluant l’Humanité ou ce que nous continuons à désigner comme tel. Sans doute, parce que nous sommes fainéants et quelque peu rétifs devant le risque et l’innovation. Mais le transhumanisme et le capitalisme vont main dans la main, vous n’en êtes qu’un appendice. Un condiment, si vous préférez.

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Il a fallu que la Turquie ouvre ses frontières pour que la Syrie et l’Irak, pardon la wilâyat al-Furât, acceuille quelques ennemis de l’intérieur, la cinquième colonne de la charia en terre mécréante. Très franchement, nous les préférons avec vous après que vos sbires les aient formés en prison. C’est votre matériau humain, c’est votre cœur de cible, de petits voyous et/ou des étudiants illettrés en quête d’ascension sociale. Ici l’ascenseur est en panne, ils attendent donc de vos katibas qu’elles les propulsent au firmament de la renommée pour jouer les Nabila en kalash.

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Certains savent parfaitement où vous êtes, avec qui vous oeuvrez, comment vous communiquez et la teneur de vos pitoyables ruses. Ils anticipent vos actes, vos séquences, vos opérations, ils dessinent votre réseau. Vous n’êtes destinés qu’à une chose, perpétuer le désordre du monde mis en scène par les cerveaux malades d’Hollywood. Vous êtes les créatures échappées de nos complots, l’île du docteur Moreau où se déploient des êtres hybrides, vis-à-vis duquel l’homme peut s’esclaffer, car vous êtes un objet de risée plus que de terreur. Nous étions fatigués de rire du chimpanzé qui a des droits, tout de même, votre épiphanie a répondu à toutes les attentes, comment peut-on régresser à ce point se demande le petit-bourgeois cosmopolite standard en comptant ses smileys. Sa moue dégoûtée indique qu’il a fermé, qu’il ferme, et qu’il fermera les yeux sur tout bombardement dans lequel s’engage son gouvernement, en son nom post-humain.

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Nous avons proposé au premier venu de s’acheter plusieurs séquences vitales (encore dénommées vie), de désirer sans fin ce que l’industrie lui propose et de jouir sans temps morts dans les moments qui lui sont impartis. Le petit-bourgeois cosmopolite a cessé de lire, de contempler, de fuir, d’agencer, il est désormais son propre entrepreneur, c’est-à-dire son propre bourreau, ça vaut toutes vos décollations au sabre et filmées sur vos smartphones.  

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Nous vous observons comme un conducteur de camion-benne quand il approche d’une enfilade de poubelles. Vous n’êtes pas des hilotes en furie et nous ne sommes pas des jeunes lacédémoniens un soir de cryptie. Dans le meilleur des cas, vous êtes nos zombies préférés, quand nous vous éliminons, nous abattons un monstre de pixels. Les sépultures sont donc inutiles et la décharge vous attend. Et les mouches bourdonneront sur vos ventres putrides d’où sortiront de noirs bataillons de larves qui couleront comme un épais liquide le long de vos vivants haillons. Derrière un rocher, une chienne inquiète vous regardera d’un œil fâché, épiant le moment de reprendre sur un tas de cadavres et de membres déchirés le morceau qu’elle avait lâché à la vue d’un drone pilonnant, à quelques pas de là, une noce quelconque.

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